L’Instinct des Innocents de Mélanie Taquet


Le livre : L’Instinct des Innocents de Mélanie Taquet. Paru le 2 Mai 2016, Edition Librinova. 10€90 ; (60 pages) ; 14 x 21.5 cm.


4ème de couverture :

Cinq histoires courtes, cinq chemins de vie. Leila, Adèle, Ben, Magalie et Madame Ronchin : un voyage dans la psyché et les souvenirs, une immersion dans l’amour, les blessures et la violence. Un périple plein d’humanité qui ne vous laissera pas indemne.  Découvrez notamment « L’ultime voyage de la Rose », nouvelle finaliste du concours des éditions Epoints et Librinova 2016 « Des nouvelles pour voyager ».

 

 

L’auteur : Mélanie Taquet réside à Londres où elle divise son temps entre son travail d’éducatrice Montessori et sa passion pour l’écriture et les voyages.
Finaliste du Concours des Éditions Epoints et Librinova « Des nouvelles pour voyager », elle a aussi été finaliste du Prix Rimbaud 2008 de la Maison de la Poésie.
Elle est auteure d’un recueil de nouvelles, L’instinct des innocents publié en 2016.
En Juin 2017 Mélanie Taquet auto-publie son premier roman, Une vita pas si dolce, qui rencontre un franc succès auprès des lecteurs avec plus de 4500 exemplaires écoulés en quatre mois.
Repéré par la maison d’édition Eyrolles, le texte fait peau neuve et ressort en février 2018 sous le titre Reste aussi longtemps que tu voudras.

 

Extraits :
« Je l’ai encore croisée ce matin. J’ai changé de trottoir dès que j’ai reconnu sa démarche éthérée, mais ça n’a pas suffi. Sa longue jupe flottait derrière elle comme un petit nuage blanc, je trouvais ça tellement joli que j’ai eu du mal à détacher le regard. »

Les Lectures de Maud :

Mélanie Taquet L’instinct des Innocents


Un recueil composé de 5 nouvelles noires. Des personnes de la vie quotidienne vont se retrouver confronter à des situations de deuil, de violence, de culpabilité. Des sensations pas toujours faciles à exprimer.

La fille du RER B est celle qui m’a le plus marquée avec les entrailles assassines. Ces deux atmosphères très bien retranscrites par la plume de l’auteur à la fois incisive et pudique. Le malheur et la souffrance sont omniprésents pendant cette lecture et pourtant, l’on peut parfois entrevoir se profiler quelques nuances d’espoir.

Cette lecture vous bouscule, vous bouleverse, vous touche, vous prend aux tripes, elle est dure et magnifique à la fois.

Je remercie l’auteur pour sa gentillesse et sa disponibilité, une très chouette rencontre !!

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La violence dans le monde du polar et du roman noir : épisode 4


La violence dans le monde du polar et du roman noir : épisode 4

La violence dans le monde du polar et du roman noir : le clap de fin.

Un livre, des interrogations, une idée d’interview qui germe, des auteur(e)s plus que partant, des flingueuses, une Cheffe, une belle expérience avec de belles rencontres.

Vous l’aurez compris la violence, comme bien d’autres choses, n’est pas une science exacte. Elle est soumise au vécu, aux fréquentations, à la sensibilité. Elle peut avoir différentes formes et différents degrés dans son acceptation comme dans sa « réalisation ». Elle peut toucher tout un chacun, malheureusement. « Elle se cache dans tout la violence, et elle n’est pas réservée  à quelques « gens violents » », nous dit Niko.

L’auteur va distiller la violence dans ses romans comme il l’a ressent, l’a vécut, dans ce qu’il se sent capable d’écrire ou non. Barbara souligne « N’oublions pas que si le lecteur subit la violence décrite dans le livre, nous nous la maîtrisons en fonction de notre sensibilité. Je sais, par exemple, que je ne mettrai jamais en scène un pédophile ou un serial killer. J’en serais incapable. ».

Techniquement la violence psychologique est plus « facile » notamment pour nos auteures. Pour la violence physique « il me faut connaître les conséquences des actes. Pour faire vivre la scène il faut la visualiser. Pour embarquer le lecteur il faut être crédible » précise Corinne. Ajoutant « Au-delà de ces données, il faut surtout et avant tout respecter les VRAIS victimes ».

« Il y a mille violences, et il y a autant de façons de les raconter qu’il y a de romanciers » concluront-nous avec Jacques.

Nous sommes ravies d’avoir partagé cette interview particulière avec nos auteurs. Un très grand MERCI à Corinne Martel, Barbara Abel, Niko Tackian et Jacques Saussey pour le temps que vous nous avez gentiment et généreusement accordé.

Merci à Danièle d’avoir bien voulu me suivre sur cette idée. Merci pour son travail titanesque de retranscription des différentes discussions.

Merci à Geneviève d’avoir dit « oui, je vous suis les filles ».

Et merci à vous lecteurs-lectrices d’avoir suivi cette interview hors-normes.

Miss Aline

Vous pouvez retrouvez les 3 premiers épisodes de cette enquête ci-dessous :

La violence dans le monde du polar et du roman noir : épisode 1

La violence dans le monde du polar et du roman noir : épisode  2

La violence dans le monde du polar et du roman noir : épisode 3

L’affaire Rose Keller – Ludovic Miserole.


Après Ophélie ce matin c’est au tout de clémence de nous révéler son avis sur sa lecture  de L’affaire Rose Keller

Voici donc la seconde partie de…

La double Chronique

Le livre : L’affaire Rose Keller, de Ludovic Miserole. Paru le 13 septembre 2018 aux éditions French Pulp. 18€ ; (410 p.) ; 14,2 x 21,1 cm.
4ème de couverture :
Rose Keller est au chômage depuis plus d’un mois. Elle est réduite, en ce dimanche de Pâques du 3 avril 1768, à mendier sur la Place des Victoires à Paris.
En acceptant de suivre, pour un écu, un jeune homme soigneusement habillé qui a besoin de quelqu’un pour un peu de ménage dans sa maison d’Arcueil, elle ne peut se douter qu’elle se dirige tout droit vers l’enfer.
Elle ne sait pas encore que l’homme qui vient de l’engager n’est autre que Donatien Alphonse François de Sade, celui qu’on surnommera  » le divin marquis « , qui lui fera subir les pires outrages imaginables.
L’auteur : Après le succès de son premier ouvrage Rosalie Lamorlière, dernière servante de Marie-Antoinette, Ludovic Miserole nous invite à nouveau à rencontrer un personnage méconnu de notre histoire.
Avec un talent indéniable, il combine la vérité historique, puisée minutieusement dans les sources, et l’invention, autrement dit, il marie subtilement histoire et fiction pour mettre en scène un passé révolu. Derrière le portrait de Zamor se dessine, en filigrane, celui des héros – les grands, que nous connaissons, comme les anonymes, les « humbles » qui ont œuvré dans l’ombre – d’une France révolutionnaire et post-révolutionnaire.
L’extrait :
« Il était revenu comme il le lui avait dit. Environ une heure après l’avoir laissée dans cette chambre des Halles avec des questions, des doutes et cette peur qui peu à peu l’avait envahie durant ces longues et interminables minutes. Une première torture mentale avant bien d’autres qui ne manqueraient pas de survenir. Avant aussi toutes ces tortures physiques dont elle serait victime. Mais cela, elle ne le savait pas encore.
Avec un sourire carnassier, il l’avait fait monter dans un fiacre dont il avait très vite monté les petits volets de bois pour en occulter les glaces. La peur, elle, n’avait que décuplé. La voiture s’ébranla dans un noir d’encre. Pas un mot n’avait été échangé durant le trajet à l’exception d’une fois, environ à mi parcours.
– Savez-vous où je vous mène ?
– Comment le saurais je ? Vous ne m’avez point dit et je n’y vois goutte, lui avait elle répondu avec un certain aplomb.
Il n’avait pas daigné répondre. Le silence était lourd. Une arme facile, à la portée de tous et qui, bien gérée comme elle l’était par cet homme, pouvait faire bien des ravages. Et en effet, Rose se liquéfiait. Lui, n’ayant que peu de considération pour sa compagne de voyage, fit mine de dormir. »

L’avis de Clémence, de la page Les lectures de Clémence :

L’affaire Rose Keller, de Ludovic Miserole.

Première plongée pour moi dans l’univers de l’auteur. Je ne suis pas une adepte des romans avec un fond historique car j’ai tendance à m’ennuyer. Mais là l’auteur m’a fait changer d’avis…

L’auteur a su me captiver en m’emmenant avec lui dans une époque bien lointaine où il m’a fait vivre aux côtés de personnages bien particuliers.

Je vous avoue que ces personnages ayant existé m’avaient jusque là peu intéressés , et quelle grossière erreur !

Ce livre vous emmènera dans les tréfonds de l’être humain. Obscurité, cris, pleurs, souffrances morales et physiques seront vos compagnons de lecture.

Vous ferez connaissance avec Rose et son tortionnaire, le légendaire Marquis de Sade. On essaye alors de trouver des circonstances pour comprendre cet homme pour qui le plaisir est la douleur des autres… mais en vain.

Il vous fera aller au-delà des quelques pages sombres du livre pour tenter d’y trouver la lumière…J’ai adoré visiter cette époque où la guerre des classes faisait rage où la richesse ne devait en aucun cas se mélanger à la pauvreté…

Alors si comme moi , le personnage du Marquis de Sade vous intrigue, n’hésitez pas foncez chez votre libraire ! Tous ces petits secrets seront dévoilés au grand jour.

Je ne regrette absolument pas d’avoir osé changer de style de lecture et de m’être tournée vers la fiction historique. Ce premier volet signé le commencement d’une trilogie que je suivrai avec beaucoup de plaisir .

Je remercie Kim des éditions French Pulp pour sa confiance, encore et toujours…

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3


La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 3

Les interviews croisées 2e partie

Nous reprenons aujourd’hui la suite  de nos interviews croisées avec Barbara Abel, Corinne Martel. Jacques Saussey et Niko Tackian. 

Aline et Danièle ont passé à la question nos 4 auteurs.

Et ils se sont prêtés de bonnes grâces à ce jeu.

Pour connaitre la genèse de ce projet c’est Ici

Et pour avoir les premières questions/réponses c’est là.

Allez, place au second opus


 

Les Flingueuses : Pensez-vous que la violence fasse tourner le monde ?

 

Corinne : Elle n’est qu’un moyen déclencheur et non l’élément premier. Même la violence gratuite n’est pas si gratuite, elle exprime quelque chose.

Barbara : J’imagine que oui, d’une certaine manière. La violence, physique ou psychologique, est le résultat d’un rapport de force, donc à partir du moment où le pouvoir fait tourner le monde, la violence aussi, forcément.

Niko : La violence c’est toujours une solution de repli, quelque chose qui s’exerce car on est incapable de résoudre un conflit intérieur, car on a atteint ses propres limites, car on « lâche » la bride à nos pulsions animales. La violence nous rend toujours plus petit que l’on est.

Jacques : Les civilisations successives se sont bâties autour d’une escalade sans fin d’amours empoisonnés, de trahisons, de vols, de viols et d’assassinats. La mort de l’ennemi, de l’adversaire ou de l’être aimé, ou leur simple asservissement, nourrissent l’appétit insatiable d’un rapport de forces permanent entre les hommes. La violence est à la fois le carburant et le véhicule de l’humanité.

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Miss Aline et Niko Tackian

Danièle et Aline : Dans un polar la violence c’est un vecteur pour un message, une fin en soi, une figure de style incontournable ?

Corinne : Elle n’est pas pensée comme un scénario elle arrive parce que c’est l’évidence, mais pas pour une énigme mais pour une souffrance. Je ne commence pas un roman en me disant tiens lui je vais lui défoncer le crâne, c’est par la douleur intérieure des personnages, qu’ils partent en guerre ou pas, après il faut se donner la liberté de les laisser mener le combat.

Barbara : La violence dans un roman ne peut être qu’un vecteur pour faire avancer l’histoire. La violence gratuite n’a pas beaucoup d’intérêt, et certains auteurs qui se complaisent dans la violence passent souvent à côté de leur sujet.

Niko : La violence faisant partie de la vie et le polar étant un genre du réel, c’est un élément obligatoire de la palette, ce n’est jamais le moteur d’un récit pour moi, en tout cas pas consciemment.

Jacques : Je ne la programme pas, pas plus que mes scènes d’amour. Elle doit venir d’elle-même au fil du récit, comme dans la vraie vie. C’est en lui conservant cette fraîcheur que je peux la rendre vivante, palpable, crédible.

Aline et Danièle : Homme-femme, auteure-auteur, tous égaux devant/face à la violence ?

 

Corinne : La règle veut que l’homme frappe et la femme empoissonne.

Barbara : L’important, avant toute chose, est de justifier les actions des personnages, quelle que soit cette action et quel que soit le personnage. La violence doit donc être justifiée comme n’importe quelle autre action. L’écriture permet d’être subtile dans cette violence, plus qu’au cinéma, puisque c’est un art plus descriptif et qui autorise une plus grande introspection.

Niko : Dans la réalité les femmes sont les victimes de violences dans 80% des cas et la société est profondément injuste à leur égard sur bien des aspects. Ça se reflète forcément dans la fiction, ce n’est pas une figure de style. En ce qui me concerne, je ne réserve pas le monopole de la violence aux hommes, sur ce point comme sur tous les autres, nous sommes égaux.

Jacques : La violence fait au moins deux victimes à chaque fois qu’elle se manifeste. Celui ou celle qui la subit, et celui ou celle qui y a recours. Parce que l’emploi de la violence n’est pas anodin. Il laisse des traces. La culpabilité, le remords, la condamnation, le mépris, le rejet, la vengeance… Et si la force physique manque parfois aux dames, la nocivité de la pensée de destruction appartient bel et bien aux deux sexes.

Dany et Jacques Saussey

Danièle et Aline : Dans une scène de violence, vous êtes plutôt  victime ou agresseur ?

 

Corinne: Ils sont indissociables il n’y a pas de victime sans agresseur et inversement. Parfois on agresse à bon escient on rend la justice et le plaisir procuré est immense. Parfois la victime nous rappelle des souvenirs et on se perd en elle.

Barbara : Tout dépend des besoins de l’histoire. Là, c’est juste une question de mise en scène, suivant l’émotion que l’on veut susciter ou le point de vue par le biais duquel on veut raconter l’histoire.

Niko : Quand j’écris un criminel, je suis criminel dans ma tête, je résonne avec sa façon de voir le monde. Car lui ne se voit pas comme nous le voyons.

Jacques : Écrire la même scène selon les deux points de vue opposés. Cela apprend à se poser la bonne question quand on commence un chapitre. Par qui vais-je le faire raconter ? Tout dépend du sentiment dominant qu’on veut faire ressortir. La haine ? La peur ? La culpabilité ? La veulerie ? Choisir un thème d’ambiance, c’est ici choisir le narrateur…

Aline et Danièle : Le lecteur de polar,  vit-il par procuration une violence qui ne peut ou ne veut pas s’exprimer dans sa réalité ?

 

Corinne : Il s’agit peut-être tout simplement de plaisir, pas forcément de noirceur. Un lecteur qui aime lire un roman à l’eau de rose n’est pas forcément une âme en peine ou en manque.

Barbara : un lecteur m’a un jour dit qu’à la lecture de mes romans, qui sont toujours ancrés dans notre quotidien, il trouvait une certaine forme de satisfaction à assister à la déchéance des personnages car ça lui permettait de relativiser ses propres soucis. Est-ce du voyeurisme ? Je ne le pense pas.

Niko : Je n’en sais rien. Je suis déjà bien occupé à comprendre et définir les états émotionnels que me procure l’écriture, acte solitaire, pour réussir à analyser ceux des lecteurs ! Je pense qu’un livre est un voyage individuel pour chacun.

Jacques : Le voyeurisme est le regard d’une personne extérieure à une scène réelle qui la dérange et qui s’en repaît, consciemment ou non. Le lecteur, lui, est plutôt aspiré par une fascination morbide, à mon sens, hypnotique même parfois, quand le thème vient bousculer les repères moraux qui servent de rambarde contre l’innommable.

 

Voici la fin de ce 3e opus de notre série Violence dans le polar et le roman noir.

Nous retrouverons très vite Aline pour le clap de fin !

 

 

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 2


La violence dans le monde du polar et du roman noir.

La violence dans le monde du polar et du roman noir.

Episode 2, les interview croisées partie 1

Au printemps dernier, deux Flingueuses sont venues me trouver avec un projet un peu fou. Aline par qui tout est arrivé a d’abord tenu à me  présenter sommairement ce projet. J’avoue sur l’instant je n’ai pas compris grand chose. J’ai quand même noté dans un coin de ma mémoire que quelque chose se préparait sur le thème de la « violence dans le polar ».

Aline ayant aiguisé ma curiosité, j’ai dit:

– Banco, bien sur que je suis preneuse pour Collectif Polar. Belle idée, Miss Aline, mais je ne vois pas comment tu vas procéder.

– Ne t’inquiète pas Cheffe, je suis sur le coup avec Mamie Danièle

Et nos deux Flingueuses de revenir vers moi en me proposant une série de questions et des interviews croisés de différents auteurs de polar.

C’est seulement à se moment là que j’ai compris que l’idée avait germé suite à leurs échanges autour de la lecture commune du roman Les voleurs du temps de Corinne Martel

Alors je les ai laissait faire, intervenant le moins possible sauf si demande express.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la genèse de ce beau projet c’est ICI « La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 1″  Nos 2 Flingueuses vous en parlent mieux que moi ! Et en plus elles vous proposent une petite biographie de chacun de nos 4 auteurs

 Car… Au final, quatre auteurs donneront leur consentement pour ces interviews au long-court : Corrine Martel, il va de soi mais aussi Barbara Abel ainsi que Niko Tackian et Jacques Saussey.

La parité est respectée que les interrogatoires commencent :


Les interviews croisées

1ère partie.

Les Flingueuses : Pouvez-vous nous donner votre définition de la violence physique et/ou psychologique?

Corinne : La violence physique est peut-être la moins « lâche ». L’auteur  « assume » en laissant des traces. La violence psychologique est plus pernicieuse.  Il faut une espèce d’intelligence pour la pratiquer.

Barbara : La violence naît à partir du moment où quelqu’un se sent agressé. C’est ce qui provoque une blessure physique ou psychologique.

Niko : La violence est le moment où la réalité vous rattrape. Nous sommes tous équipés pour l’exercer. La violence des mots est bien plus répandue et souvent bien plus radicale.

Jacques : C’est le fait de se retrouver dans une situation où est menacée notre intégrité Peu importe son origine, la violence brise l’équilibre précaire de la sécurité. Elle est la porte d’entrée de l’angoisse, le déclic premier du roman noir.

Danièle et Aline : Pensez-vous que la violence provienne d’une société, d’un entourage qui l’engendre ou est-elle innée chacun la maintenant bridée ou non ?

Corinne : Comme le cancer, nous serions tous porteurs. Nous sommes tous le noir et la lumière, après il y a le parcours personnel qui amène d’un côté ou d’un autre, qui fait ressortir les couleurs dans le cœur.

Barbara : Je pense qu’elle provient du vécu du personnage, donc de la société ou de son entourage. Je n’ai pas vraiment de légitimité pour répondre à cette question, mais me dire qu’elle est innée me semble terriblement déprimant.

Niko : Elle provient principalement, pour moi, de notre entourage depuis nos premiers jours d’existence. Notre enfance, notre éducation, notre milieu, les rencontres que nous avons, ou pas, la chance de faire. Nous sommes le fruit de nos actions mais aussi des actions des autres. Mais il y a toujours moyen de changer…

Jacques : Je pense que la violence est l’un des premiers mécanismes automatiques de l’instant de survie, et qu’à ce titre nous en portons tous l’étincelle noire soigneusement enfermée au fond de nous. Si la société génère des situations conflictuelles entre les hommes, elle n’en est que le catalyseur. La vraie matière organique de la haine et du désir de nuire repose en nous, comme un terreau qui attend patiemment la petite graine de la colère pour lui insuffler la vie.

Aline et Danièle :  Vous est-il arrivé de faire l’expérience de la violence : la voir ou la subir ?

 

Corinne : la voir oui, la subir aussi, mon second roman est comme « un testament » pour moi, mais aussi pour tous ceux qui m’ont confié leurs maux. Un peu de violence physique, très peu, mais saupoudré d’énormément de violences psychologiques. Écorché vif depuis le premier jour. C’est comme un jeu de cartes, à la base nous avons tous des jeux différents et on n’y peut rien, après on pioche…Bonne ou mauvaise pioche et après on joue. Tapis ? Pour savoir mon jeu il faudra me le demander les yeux dans les yeux

Barbara : J’ai été agressée une fois dans la rue, par une femme complètement bourrée. Comme je refusais de répondre à ses provocations, elle s’en est prise physiquement à moi. Au début, je me suis sentie démunie, je n’ai pas l’habitude de me battre. J’ai fini par lui en coller une, je ne dis pas que je lui ai fait grand mal, mais du moins ma réaction l’a surprise et elle m’a foutu la paix. A la suite de cet épisode qui m’a tout de même chamboulée, j’ai pensé à prendre des cours de self défense. Et puis, finalement, j’ai peu à peu repris confiance en moi et je n’ai plus, à ce jour, pensé suivre de cours.

Niko : Avec mes parents et la manière déplorable dont ils ont géré leur divorce. Avec l’école et la manière dont elle cherche à vous déformer pour que vous puissiez rentrer dans le moule. Avec le monde du travail et la manière dont il érige des règles visant à vous rendre plus productif au dépit de vos propres aspirations. Avec la société dans laquelle je vis et ses innombrables conflits, inégalités, injustices.

Jacques : Lorsque l’étincelle noire s’allume, tout devient possible. Et pour chacun de nous. Les arts martiaux, notamment le Karaté, m’ont aidé à canaliser cette énergie destructrice et à l’apprivoiser.

Danièle et Aline : Avez-vous déjà eu du mal à écrire une scène de violence ? Laquelle et pourquoi ?

Corinne : Même si je ne devrais pas le dire : non, c’est me retenir qui est compliqué, parce qu’à bien regarder les informations, nos mots sont tellement en dessous de la réalité.

Barbara : En fait, en ne racontant rien, je sollicite leur (les lecteurs) propre imagination qui est souvent plus terrible que les mots que j’aurais pu utiliser pour décrire la scène

Niko : Pas du tout. Pour ce qui est de la violence physique, mes années de pratique sur les tatamis m’ont donné le sens de la douleur, des os qui se brisent, du goût du sang dans la bouche, de la peur, de la souffrance, du sentiment de domination ou au contraire d’être la victime… ça me sert énormément à rendre réel cette violence là. Pour ce qui est de la violence psychologique, elle se construit autour des personnages avec la nécessité de leur avoir donné une psychologie juste. C’est une violence plus technique.

Jacques : je n’aime pas particulièrement décrire l’acte en lui-même au moment où il se déroule. C’est la raison pour laquelle je me débrouille le plus souvent pour que le lecteur y assiste par procuration, soit en arrivant trop tard, soit parce que je coupe la narration à l’instant où cette scène va se déclencher

Aline et Danièle : Les garçons, vous avez des héros récurrents ce qui induit un « happy end » même s’ils sont bien abîmés. Avez-vous l’intention de tuer un héros ? Il n’est pas nécessaire de nous dire quand !

 

Corinne : Ah mais je n’ai pas de héros récurrents c’est justement en partant de ce constat qu’est né l’idée de Bébé 3.

Barbara : Je ne suis pas un garçon !

Niko : Je pourrais absolument tuer un personnage important mais il faudrait que ça ait un sens par rapport à l’histoire et surtout par rapport à la ligne de mes personnages.

Jacques: Ha ha ! Même sous la torture, je ne révélerai rien !

Voici pour les premières questions-réponses entre nos flingueuses et nos auteurs.

Des échanges assurément passionnants.

Je suis certaine que comme moi vous souhaitez connaitre la suite. Alors je vous donnes, nos protagonistes vous donnent rendez-vous après demain.

La violence dans le monde du polar et du roman noir. Episode 1


La violence dans le monde du polar et du roman noir.

 Episode 1 : Le projet et ses protagonistes

A 800 kms de distance un livre : Les voleurs du temps de Corinne Martel et deux flingueuses : Danièle et Miss Aline.  Nous pouvons lire notamment ceci : « Il y a deux ans maintenant, je lui ai posé la question : « Tu me donnes tes yeux ? ». Je n’ai pas eu de réponse… Je me suis servie ! J’ai fait de petites et délicates incisions sur le contour. Ils me regardaient encore, c’était un moment absolument magique ! Nous n’avions pas besoin de parler, il suffisait de plonger. Après quelques intenses minutes, je les ai arrachés d’un coup sec ».

 S’en suit une discussion sur le « comment on peut écrire ça ? ». Qu’à cela ne tienne : demandons-leur ! Chiche…

Ce qui va suivre est un article hors normes sur un thème présent dans tout bon polar qui se respecte : la violence. Emballées nous soumettons l’idée à Geneviève, notre porte-flingue, qui valide le projet et l’article à venir pour le blog.

On se lance… Il nous faut des auteur(e)s. Qui va participer à cette enquête ? L’auteure de la lecture commune cela va de soi. Ensuite on voulait une parité. Au final, ils sont quatre à avoir accepté de nous consacrer du temps, de répondre avec sincérité à notre questionnaire de flingueuses et d’échanger entre eux. Ils ont eut la gentillesse de nous insérer dans leur emploi du temps bien chargé : salons, corrections, interviews, lancements, sans oublier  leur vie personnelle. Ils ont su se rendre disponible pour partager avec « Le Collectif Polar » leur vision, leur rapport à la violence.

Nous avons prit contact avec chacun(e) d’entre eux/elles en leur soumettant le projet et son déroulement. En attendant leur réponse, le questionnaire commun s’élabore en coulisse. 11 questions pour faire le tour de la question ! S’ils acceptent leurs missions, le questionnaire va leur être adressé individuellement. Les réponses peuvent être aussi argumentées/développées que nécessaire.

Nous flingueuses, nous allons recueillir les réponses, les analyser, déterminer les points de convergences et de divergences. Si besoin, nous demanderons à l’auteur(e) des précisions.

Bien sur nous n’allons pas nous arrêter là. Nous allons ouvrir une discussion en live (merci Messenger !) avec nos quatre auteurs, nous flingueuses et notre Cheffe en la personne de Geneviève. Nous voulons un échange entre eux sur le thème, des précisions sur certains points.

Miss Aline et Barbara Abel

Ont répondu présents :

Corinne Martel : la plus jeune dans le circuit et l’instigatrice (à son insu) de cet article.

Née à Paris fin des années soixante, Corinne Martel est passionnée par l’écriture. Avec Les voleurs du temps, elle nous livre son deuxième roman : « Mes mots sont des histoires, des émotions. Le thrilleur psychologique mon terrain d’expression ».

Les voleurs du temps « le marteau s’échoue sur son crâne à l’endroit exact prévu. Le choc est d’une violence inouïe. La frappe brise l’os frontal et le pénètre jusqu’au manche avec un bruit sourd. Une gerbe de sang macule le plafond et une multitude de gouttelettes rouge  vif asperge son visage et ses cheveux. Elle voudrait bien s’essuyer mais elle ne peut pas. Ses yeux sont complètement fous. Sa tête bascule en avant. Le marteau est planté si profondément qu’il me faut plusieurs secondes pour parvenir à le retirer. »

 

Niko Takian : un auteur sur tous les supports : de la télé au papier.

Né à Paris en 1973, Niko Tackian fait des études de droits, d’Histoire de l’art avant de devenir journaliste et rédacteur en chef. Scénariste, réalisateur, romancier Niko Tackian est un touche à tout. Il se définit lui-même comme « un raconteur d’histoire ». Il reçoit en 2015 le prix des lecteurs au Festival Polar de Cognac pour Quelque part avant l’enfer avec un thème minutieusement étudié : le phénomène de la mort imminente. En 2016 suivra La nuit n’est jamais complète puis Toxique. Ce premier volet, paru aux Editions Calmann Lévy, nous amène à suivre le commandant Tomar Khan, que l’on retrouve dans Fantazmë en ce début 2018.

Toxique : « Ubak avait troqué ses aboiements hargneux contre un couinement inquiet à mesure que son collier l’étranglait, le forçant à suivre sa nouvelle maîtresse en freinant des quatre pattes dans la boue. Marie-Thomas grimpait maintenant les marches de la passerelle qui passait au-dessus de l’A4. Lorsqu’elle arriva au milieu, elle se tourna vers le chien et souleva la laisse à hauteur d’épaule. Ubak décolla du sol pour se retrouver pendu à son collier. Il se débattait devant Marie-Thomas et couinait en essayant de respirer. Elle pivota légèrement pour le laisser pendre au-dessus du vide, les yeux braqués vers la nuée de voitures lancées à pleine vitesse.

–          Bonne balade, dit-elle en le regardant s’écraser contre le bitume de l’autoroute. »

 

Jacques Saussey : le motard presque franco-canadien qui a son bureau vraiment partout.

Né en 1961, Jacques Saussey écrit ses premières nouvelles à 27 ans, en 1988. Deux d’entre elles ont été primées dans des concours et une éditée en BD.

La Mante Sauvage son premier polar, sera suivi par beaucoup d’autres : Le loup peint, L’enfant aux yeux d’émeraudes … Il est désormais repéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui montent » dans le polar.  

: « Je me penche sur le détonateur, enclenche le système de commande Wifi. Le décompte est lancé. Si je me fais descendre et ne peux appuyer sur le bouton d’appel de mon téléphone, le réseau secondaire prendra le relais. Dans une demi-heure, très exactement, il ne restera plus un boulon entier de cette carcasse de métal. Plus rien, à présent, ne pourra arrêter mon processus de destruction massive »

 

Barbara Abel : qui représente notre ouverture à l’international et à la Belgique réunis.

Née en 1969 à Bruxelles en Belgique, d’abord comédienne, elle écrit sa première pièce de théâtre, L’Esquimau qui jardinait, qui est montée avec succès sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa.
Son premier roman policier publié, L’Instinct maternel, lauréat du Prix du roman policier du festival de Cognac, elle assure également des chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique.

Son roman Un bel âge pour mourir paru en 2003 a été adapté pour France 2. S’ensuivent Duelle en 2005, La mort en écho  en 2006, Illustre inconnu en 2007, Le Bonheur sur ordonnance en 2009, La brûlure du chocolat en 2010, Derrière la haine en 2012 (Prix des lycéens de littérature belge 2015), Après la fin en 2013, L’innocence des bourreaux en 2015 et Je sais pas en 2016. 2018 est l’année de Je t’aime.

Duelle : « Je sais que tout cela peut paraître fou. Qu’on ne peut imaginer pouvoir subir de telles humiliations sans se révolter. Mais le cercle infernal s’est refermé sur moi sans que je prenne conscience de sa force et de sa tyrannie. Au début, on accepte […]. On espère, on vit, on rêve, on se dit qu’il y a pire. On trouve la force de continuer, de trouver des excuses, en se créant d’autres limites, en remettant la révolte au lendemain,[…] . Chaque jour qui passe est un pas de plus dans l’abîme. Et quand on s’en aperçoit enfin, il est trop tard. »

De gauche à droite : Dany, Jacques, Corinne et Niko

Les échanges vont avoir lieu en mai, dans la bonne humeur ! Nous n’instaurons pas de timing chacun faisant selon ses disponibilités. Une fois tous les éléments rassemblés, nous voilà avec 25 pages de notes à synthétiser.

Nous allons donc tout (ou presque) vous dire sur la violence vue par nos quatre auteur(e)s, leurs facilités à l’appréhender, leurs interdits, leur goût à nous la faire partager … c’est bien de cela dont il s’agit : ils ont du plaisir à nous raconter des horreurs et nous tant de plaisir à les lire !

Alors suivez-nous dans le monde magique de la fiction polardesque …

Dans l’épisode 2 nos auteurs répondront à nos premières questions !

Le choix : Sommes-nous prêts à en assumer le prix ? – Corinne Martel et Marine Destombes


Le livre : Le choix : Sommes-nous prêts à en assumer le prix ? Roman graphique de Marine Destombes d’après un roman de Corinne Martel . Paru le 5 avril 2018 aux Éditions, Independently published. 18,98€ ; 164 p. ; 15 x 23 cm.

4ème de couverture :

A-B-C. Trois lettres. Trois plans. Un seul choix possible !

A l’heure où la littérature se consomme comme des kleenex et que la date d’expiration s’approche de celle d’une bouteille de lait, “Le Choix” nous prouve qu’après une première vie, il peut y en avoir une autre.

Cette fois, le texte qui a ému un grand nombre de lectrices et de lecteurs est accompagné du dessin.

Et pas n’importe lequel.

Je suis un grand fan du 9ème art. Le Choix m’a interpellé, intrigué. La grande variété et l’enchaînement des planches sont un plaisir sucré pour mes papilles de Bédévore. Tous les codes sont utilisés pour être mieux brisés. Les traits se mélangent pour donner une fresque bigarrée selon les envies des auteurs. Parfois enfantins ou simplement maîtrisés, ils constituent un en- semble subtil jouant avec nos émotions.

La plongée en apnée dans cet ouvrage est un délice délicat.

Le Choix…

Laurent Loison

 

L’auteur : de Corinne Martel est  née le 8 octobre 1969 à Paris. Passionnée par l’écriture, Corinne Martel est rapidement remarquée puis récompensée de nombreuses fois pour ses essais en poésie et littérature.
Après avoir réalisé ses études et obtenu ses diplômes dans un institut supérieur de gestion et de commerce, Corinne Martel embrasse une carrière orientée dans les jeux vidéos et activités pour enfants qu’elle exerce toujours à l’heure actuelle.
Fascinée par la littérature imaginaire, elle décide de s’inspirer de ses expériences ludiques pour écrire son premier roman, « Et tu vis encore » (IS Édition, collection « Sueurs glaciales », 2016), un thriller énigmatique doté d’un suspense et scénario à couper le souffle qui laisse entrevoir une carrière prometteuse. 
Écrivain ou auteur ? Ses mots sont des histoires, des émotions. Le thriller psychologique son terrain d’expression.

 

Extrait :
“Mon corps se révolte
Mon dos, mes épaules, mon ventre, mes jambes,
Tout me fait mal, j’ai perdu le contrôle.
 
Mon corps se révolte contre les choix de mon esprit.
Comme quand j’ai tué Nathan.
Parce que je vais recommencer.
Sauf que cette fois il s’appelle Paul.
 
Mais il le veut. Il m’a suppliée.
Ce n’est peut-être plus un meurtre ?
Juste une euthanasie ?
 
C’est , dans tous les cas, la fin d’une vie.
Je serai récidiviste.
 
Respecter le jugement de la famille,
Respecter l’envie de Paul
Ne me soulage absolument pas, en Fait.
 
Seule la finalité importe.

 

Le ressenti de Jean-Paul

 

Bonjour à toutes et à tous…

 Après l’émotion reçue lors de ma précédente lecture, j’ai décidé de chambouler l’ordre de ma PAL et de passer “Le choix” au premier plan !

J’étais encore sous l’emprise de cette auteure atypique autant continuer, savoir jusqu’où elle pourrait encore me mener…

 J’ai retrouvé de nouveau son style incisif, pointu mais toujours aussi poétique. De ses mots il se dégage même parfois une petite musique un peu comme une comptine pour les enfants.

Dans ce livre pour mon plus grand bonheur les dessins (de Marine Destombes) ont autant d’importances que les mots.

J’ai pris mon temps pour découvrir cet ouvrage hors norme.

Ce n’est plus un roman, mais bien plus qu’une simple BD.

Chaque planche retranscrit les lignes d’écritures d’une Corinne au style sans concessions.

Les visuels – certains sont magnifiques – évoluent le long de l’histoire, caressants le papier, tantôt légers et évanescents, tantôt durs, voire cruels, accompagnant comme une ombre des dialogues tissés à la perfection !

Le choix ?

Comment faire le bon ?

A, B, C ?

Je ne vous en dirai pas plus… A vous de trouver “la” Solution !

Corinne en déesse-mère va vous hypnotiser comme moi et vous n’aurez de “Choix” que de succomber à son prochain ouvrage… 

 

Les loups à leur porte de Jérémy Fel


Le livre : Les loups à leur porte de Jérémy Fel. Paru le 19 Août 2015 aux Editions Rivages dans la collection Littérature francophone. 20€  (434 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche le 5 Octobre 2016 aux Editions Rivages, Collection Rivages Poche. 8€80 ; 410 pages; 17 x 11 cm

4ème de couverture :
Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un « diner » perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret inavoué les lie ?

L’auteur : Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. C’est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu’il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.
Les loups à leur porte (2015), son premier roman, est un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante.
En 2018, il publie Helena« , un des titres phares de la rentrée littéraire chez Rivages.

Extrait :
«Son cœur s’emballa quand le monstre lui tendit le morceau de chair qu’il tenait à la main, comme une invitation au festin, avec dans son regard le sourire que son visage figé ne pouvait plus former.

Il le sentit entrer dans sa tête, tenter de le posséder en y déversant des flots de paroles incompréhensibles, des incantations noires destinées à détruire les dernières barrières. L’odeur du sang se fit plus forte et attisa sa faim, une faim qui lui donna mal au ventre, une faim qu’il fallait assouvir. »

Les Lectures de Maud :

Les loups à leur porte de @Jérémy Fel

Nous voici plongés dans les profondeurs du noir, du dur, du machiavélique et de l’abomination. Plusieurs histoires se succèdent avec chacune leur force, leurs personnages et leur drame. Un enchaînement d’anecdotes embarque le lecteur dans une folie meurtrière.

Mary Beth, femme courageuse, pensait avoir refait sa vie en toute quiétude va rapidement voir son passé resurgir de manière sanglante et la confronter de nouveau au calvaire vécu près de 20 ans plus tôt. Elle fait partie, avec son fils, des protagonistes les plus attachants du roman.

L’auteur signe ici un premier livre magistral, une écriture magnifique qui contraste très bien avec le thème qui se veut violent et abjecte. La succession de victimes est impressionnantes mais tout à fait acceptable pour certaines. Pour tous les fans de glauque je vous recommande vivement cette passionnante lecture !!!!

Je lirai très prochainement Héléna son tout nouveau roman

 

Le pouvoir de Naomi Alderman


Attention coup de coeur et chouchou du week end !

Le livre : Le pouvoir de Naomi Alderman.  Traduit de l’anglais par Christine Barbaste.  Paru le 3 janvier 2018.  21€50 ; (393 p.) ; illustrations en noir et blanc ; 22 x 14 cm.
  4e de couv :
 ET SI LES FEMMES PRENAIENT ENFIN LE
POUVOIR DANS LE MONDE ENTIER ?
Aux quatre coins du monde, les femmes
découvrent qu’elles détiennent le « pouvoir ».Du bout des doigts, elles peuvent infliger
une douleur fulgurante – et même la mort.Soudain, les hommes comprennent
qu’ils deviennent le « sexe faible ».Mais jusqu’où iront les femmes
pour imposer ce nouvel ordre ?

« Électrisant ! Choquant ! Décoiffant ! Vous ne regarderez
plus jamais les choses de la même façon… »

  Margaret Atwood, auteur de La Servante écarlate

« Mettre en lumière les travers des humains
et continuer d’éveiller les consciences :
c’est là que réside le pouvoir de ce livre. »
Aurélie Janssens, librairie Page et Plume, Limoges

« Une écriture électrique. Un rythme endiablé. Si le pouvoir
change de camp, pour le meilleur comme pour le pire,
ne passez pas à côté : Lisez ce livre ! »
Charlotte Desmousseaux, librairie La vie devant soi, Nantes

 

@Livemint

L’auteure, qui vit entre Londres et New York où elle a travaillé comme scénariste pour des jeux vidéo, s’était fait remarquer par deux romans en France, traduits aux éditions L’Olivier, Désobéissance (2008) et Le Mauvais genre (2011). Fille d’un historien renommé du peuple juif, Naomi Alderman est née en 1974 à Londres et a grandi dans la communauté orthodoxe de Hendon d’Angleterre.

 

 

 

Extrait :
Il ne s’est rien passé de spécial, aujourd’hui. Simplement, chaque jour qui passe, on grandit un peu, chaque jour apporte sa pierre, jamais la même, et de cet amoncellements émerge soudain une possibilité qui n’existait pas auparavant. C’est ainsi qu’une jeune fille devient une femme. Pas à pas, jusqu’à atteindre l’âge adulte.

 

Le post-it de Ge

Présenté comme une « dystopie féministe », The Power, le dernier roman de Naomi Alderman vient de remporter outre-Manche le Bailey’s Women’s Prize 2017 qui récompense une œuvre de fiction écrite par une écrivaine de langue anglaise.

Du jour au lendemain, aux quatre coins du monde, des adolescentes découvrent qu’elles sont capables de générer de leurs doigts une puissante décharge électrique pour se défendre ou agresser. Dorénavant, elles n’ont plus à se laisser dominer par les hommes et rien ne les empêche de prendre le pouvoir. Roxy, Allie, Margaret et Tunde sont témoins de ce bouleversement.

Dans le roman d’Alderman, les femmes ont ce pouvoir inédit de tuer les hommes par une simple pression du doigt. Son livre est aussi une réflexion sur la notion même de pouvoir : qui l’a, pourquoi, et une fois que l’on a le pouvoir combien de temps s’écoule avant que ce dernier ne nous corrompe ?

Ici en effet les rapports de pouvoir sont inversés. C’est une jeune fille d’Afrique sub-saharienne qui découvre la première son don. Très vite cette jeune femme qui n’a connu que la condition de soumission, comprend que grâce à ce nouveau pouvoir, elle va pouvoir changer les choses. Surtout qu’elle a aussi le pouvoir de transmettre ce don de vie et de mort à d’autres femmes.

Les rapports de force s’inversent, le concept ici est poussé à son extrême. C’est là tout l’intérêt de ce texte mais c’est pas le seul.

Ce thriller futuriste est le premier roman de science-fiction à remporter un prestigieux et généreux prix littéraire britannique. Aussi aujourd’hui, on peut à raison se demander si « le futur de la science-fiction n’est pas féministe ». ….

Je vous laisse méditer là dessus.

Moi j’ai ma petite idée !

« Tunde élargit son cadre pour intégrer les spectateurs à l’arrière-plan, derrière les baies vitrées du centre commercial, et filmer leurs réactions : on voit des hommes qui cherchent à éloigner de force leur femme des vitres ; et des femmes qui les éconduisent d’un mouvement d’épaule, sans un regard, sans un mot, et qui, paumes écrasées contre les vitres, dévorent le spectacle des yeux. Tunde comprend alors que ce truc va prendre comme une traînée de poudre, embraser la planète tout entière et changer le monde. Plus rien ne sera jamais comme avant et cela le comble d’une telle joie qu’il se met à crier avec les femmes au milieu des flammes. »

Mort point final – Frank Klarczyk


Mort point Final de Frank Klarczyk

La double Chronique

Vous savez que vous avez de la chance, aujourd’hui on vous propose deux avis pour le prix d’un !

Ce matin c’est jean Paul qui vous livrait son ressenti.

Ce soir c’est Oph qui vous fait part de son Off.

Allez place à Ophélie notre super Flingueuse

Mort. Point final de Frank KlarczykLe livre: Mort point final de Franck Klarczyk. Paru le 05 mai 2017 aux éditions Lucien Souny Plumes Noires. 6€50; 192 pages;  17,8 x 1,3 x 10,8 cm
 
4ème de couverture:
Dans un commissariat de la banlieue parisienne, Paul Catard est interrogé par le capitaine Vigeois. On vient de retrouver l’homme bâillonné et menotté dans la chambre de sa petite amie. La situation prêterait à sourire si la petite amie était pas Mélanie Vasseur, lieutenant de police travaillant dans l’équipe de Vigeois. La surprise est d’autant plus grande lorsque Catard dévoile que Mélanie a survécu à une innommable tragédie qui s’est déroulée dans un lycée de province, quelques années auparavant, que personne n’a depuis oubliée. Souffrant de violents traumatismes psychologiques, elle a pourtant réussi à intégrer la police et, encore mieux, à cacher son passé. Vigeois et ses hommes se questionnent encore sur la véracité de ces révélations quand ils sont appelés en renfort au parc de la Légion d’honneur de Saint Denis où un attentat se prépare. Le temps est compté, et la police n’a plus le droit à l’erreur !
franck et Gabriele

Frank avec Gabriele notre Mini Flingue à SMEP 2018

L’auteur: Il se destinait à être professeur mais Frank Klarczyk s’est trompé de porte. Il est entré dans la police, voilà vingt-cinq ans. Il est un « policier de la rue », comme il aime le dire, c’est-à-dire qu’il exerce au sein de la police-secours. D’abord affecté en région parisienne, puis dans le Nord, il est aujourd’hui en poste dans le Sud-Ouest, et plus précisément à Brive-la-Gaillarde. L’écriture est devenue son exutoire, même s’il a commencé à écrire bien avant d’entrer dans la police. Son tout premier texte était un scénario pour …. une comédie policière ! Si ses histoires s’inspirent de son expérience et collent à la réalité, elles flirtent avec la fiction, le fantastique. Frank Klarczyk aime écrire sur le fil du rasoir, sachant qu’à tout moment cela peut basculer, saigner ou, pour le moins, surprendre. Deux polars sont précédemment parus aux éditions Geste : Sanglante vérité ; Les crocs de la Corrèze

 
Extrait:
« Sans s’asseoir, Bernard ouvrit son tiroir de gauche et en sortit un document qu’il posa sur son plan de travail. Il laissa le tiroir ouvert.
 — Écrivez vos noms, prénoms, date du jour et « Dictée » ! 
 — Non mais, faut arrêter le délire là ! se plaignit Bertrand, nonchalamment et bien haut, depuis sa place – première rangée, milieu de classe, côté fenêtre. 
 — Maintenant, je vous mets en garde ! trancha le professeur, d’une voix de stentor, en posant les dix extrémités de ses doigts sur le bureau, de part et d’autre du document. Il s’agit là du dernier avertissement.
Chacun de ses mots pesait sur la classe.
 — Vous ne m’interrompez plus et, si vous voulez intervenir, vous levez le doigt. Sinon, à partir de cet instant, les sanctions tombent. Vous écrivez donc « Dictée » ! L’arrogant Bertrand reprit, avec un geste provocateur :
 — Z’y va ! Ta mère aussi, elle a qu’à écrire ! 
Par réflexe, avec autant de rapidité que de précision, la main de M. Bernard plongea de nouveau dans le tiroir pour y saisir, cette fois, un pistolet automatique déjà armé et équipé d’un silencieux. Dans un mouvement fluide, presque professionnel, son bras se tendit et il fit feu, une seule fois. Une détonation étouffée… « 

Le OFF de OPH

couverture

Une tuerie, au sens propre comme au figuré, voilà ce que je dirais de ce roman si je devais le décrire en un mot.

Au sens propre parce que les morts se cumulent au fil des pages, au figuré parce que ce livre regroupe tout ce que j’aime dans le roman noir.

Tout d’abord l’ambiance: sombre, angoissante, pesante. C’est la peur au ventre et l’angoisse étreignant mon cœur que j’ai tourné les pages sans pouvoir m’arrêter.

L’écriture: tranchante, précise, enrichie par un vocabulaire soigné mais aussi précisément choisi. Un style sobre mais mis en valeur par de nombreuses références culturelles, et des figures de styles savamment dosées.

Du rythme: alternance de chapitres courts et longs passant du passé au présent dans une partition que Franck, en chef d’orchestre, nous impose sans fausse note.

Des thèmes centraux brossés avec rigueur et amenant le lecteur à la réflexion: la place de la lecture dans nos vies, la déliquescence de la langue française par l’avènement des nouvelles technologies, le déclin de l’éducation nationale et le malaise chez les professeurs, les conséquences de la pression de conformité chez les adolescents, la vengeance…

« Prenez un livre. Quand vous parcourez ses lignes, que vous vous en imprégnez, s’opère alors une connexion entre vous et l’auteur. Une connexion privilégiée qui s’offre à votre esprit et vous éclaire. C’est là que vous accédez à une véritable ouverture sur le monde… C’est la magie des lettres. »

Enfin, les personnages sont plus fascinants les uns que les autres. Ils sont fouillés, construits jusque dans leurs plus profondes fêlures, psychologiquement remarquables.

Je sors scotchée de cette lecture qui, jusqu’au point final, m’a tenue en haleine.
L’intrigue est remarquablement menée et les rebondissements m’ont mise ko les uns après les autres pour me laisser groggy en refermant ce livre.

Un roman que je ne peux que vous conseiller si vous êtes amoureux du noir, des intrigues à tiroir et des livres qui, au delà de l’histoire, vous poussent à nourrir votre réflexion sur notre société.