Un Corse à Lille de Elena Piacentini


Le livre :  Un Corse à Lille : une enquête du commandant Léoni de Eléna Piacentini. Paru le 1er juin 2017 aux éditions Au-delà du raisonnable.  18€ ;  (300 p.) ; 20 x 14 cm

Leoni, le commandant de police corse créé par Elena Piacentini en 2008, débarque à Lille avec une réputation de dur-à-cuire, sa grand-mère et ses dossiers. Sa nouvelle équipe n’en saura pas plus avant que le cadavre d’une jeune prostituée et celui d’un chef d’entreprise au management brutal propulsent le groupe d’enquêteurs sur le terrain. C’est là que les flics se jugeront. Et le Corse préfère ça à de longs discours.

La série policière des enquêtes de Pierre-Arsène Leoni compte 7 romans. Les trois premiers (parus chez Ravet-Anceau) étaient introuvables depuis plusieurs années. Les éditions Au-delà du raisonnable en propose une nouvelle édition, revue, afin de réunir toute la saga. Voici le premier, Un Corse à Lille. Les tomes 2 et 3 paraîtront fin 2017 et en 2018. Les enquêtes de Leoni peuvent se lire dans n’importe quel ordre.
« Leoni, un flic qui tranche » Christine Ferniot, Cercle Polar-Télérama
« Elena Piacentini a inventé un sacré personnage » Yann Plougastel, Le Monde

 

L’auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia et vit à Lille depuis vingt ans. Elle a créé Pierre-Arsène Leoni,un Corse qui dirige la section homicide de la PJ lilloise. Elle orchestre avec psychologie une humanité malmenée et excelle dans la construction narrative complexe de destins croisés.Elena Piacentini est également scénariste (Albertine Productions,France TV, Image & Cie-Lagardère). On se souvient de Tensions sur le Cap Corse diffusé le 8 avril dernier sur France 3. Elena est aussi novélistes, elle a participé à de nombreux recueils de nouvelles et souvent pour de belle causes. Elle est l’une des voix émergentes du polar français.

 

Extrait :
«Pierre-Arsène était convaincu que Stanislas Bailleul avait été retenu prisonnier de cinq à sept jours, par la personne qui avait fini par le tuer. Sa mort n’avait pas été douloureuse, puisqu’elle avait été provoquée par une overdose de morphine. Quant aux blessures en forme de croix sur le torse, elles avaient été infligées post mortem, vraisemblablement par un scalpel. Tout cela ne militait pas en faveur de la thèse de la vengeance, et la mise en scène du meurtre semblait trop élaborée pour quelqu’un qui aurait simplement voulu égarer la police…»

Le Post-it de la bibliothécaire :

Le commandant Pierre-Arsène Léoni n’a guère le temps de s’habituer au climat du Nord. À peine arrivé à la P.J. de Lille, ce flic d’élite, spécialiste des homicides, doit faire face à une vague d’enlèvements de chefs d’entreprise dont on retrouve ensuite les cadavres, le torse marqué d’une croix. Racket, crimes mystiques ou règlements de comptes ? Léoni et son équipe traquent un ennemi qui rend sa propre justice.

Qu’elle plaisir de retrouver le commandant Léoni dans cette enquête qui est sa toute première enquête lilloise. On remonte au source, et le voir s’intégrer à son équipe et prendre ses marques, c’est un vrai régal.

Redécouvrir Mémé Angéle et son affection, ses petits plats, ses proverbes corses. Un pour chaque moment de la vie. C’est qu’elle est philosophe et aimante notre mémé Angèle. Nous aimerions l’avoir pour grand mère, nous aussi.

En plus de ça la réécriture de ce 1er roman par son auteur lui apporte une profondeur et une épaisseur qui lui confère toutes les qualités d’un excellent polar. Une véritable humanité se dégage de ces personnages et de ces dialogues, un roman à ne surtout pas manquer. Et que j’ai relu avec un plaisir non dissimulé.

GVL

Disparitions de Dominique Sylvain


Disparitions de Dominique Sylvain : Une femme en colère.

 

Disparitions de Dominique SylvainLe livre: Disparitions de Dominique Sylvain. Paru le 1er octobre 2013 chez in8°. 4,00 EUR ; (26 p.) ; 17 x 11 cm

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Résumé :

Elsa et Cédric ont décidé d’avoir un enfant en faisant appel à une mère porteuse qui se nomme Issara. Mais aujourd’hui, Elsa marche dans les rues de Bangkok, le cerveau en feu, en quête de son enfant et peut-être aussi de son amour trahi, et assoiffée de vengeance.

Dominique SylvainL’auteur : Naissance le 30 septembre 1957.Dominique Sylvain est née à Thionville en 1957. Journaliste freelance, posée un temps à Usinor où elle officie à la direction de la communication pendant huit ans, elle n’hésite pas à s’envoler pour l’Asie (Tokyo, Singapour). Elle y puise évidemment une inspiration exotique que l’on retrouve dans Baka ! (« idiot » en japonais), premier roman mettant en scène une de ses héroïnes fétiches, Louise Morvan, mais aussi plus parcimonieusement dans les aventures de Lola Jost et Ingrid Diesel. Le Passage du désir pourrait être le hutong du Petit Bercail cher à Lao Che.Dominique Sylvain a écrit près d’une quinzaine de romans parus principalement chez Viviane Hamy, qui ont suscité l’engouement du public et dont certains ont reçu des prix littéraires. Elle est par ailleurs membre de l’association « 813 ».
Dominique Sylvain est l’une des grandes dames du polar français.
Extrait :
« La rage, c’est un sabre planté dans ton œsophage. Une lame brûlante qui irradie. Ce sabre te fait souffrir. Chaque minute, chaque seconde. Mais en échange, il te donne une grande force. Celle d’aller jusqu’au bout de ce que tu as décidé. Non, ils ne savent pas. Ni elle, ni lui. Surtout lui. »
« Je te connais si bien. Chaque centimètre de ta peau, et ton odeur imprimée dans ma tête. Cédric, tatoué partout, en moi. Je te porte dans mon ventre mental. Comme un enfant haï. »

Mon avis : Elsa et Cédric s’aime, ils veulent fonder une famille. Oui mais , Elsa ne peut pas avoir d’enfant. Ils ont tout essayé. Elsa a fait des tas d’examens, des tas de démarches, a suivi des tas de protocoles, avalé des tas des tas de médocs, fait des tas d’injections. Mais rien n’y fait. Alors il ont pris leur décision en commun : enfanter par procuration.Il vont donc faire appel à une mère porteuse. Une jeune thaïlandaise, prête à vendre son ventre pour quelques billets vert. Celle-ci se nomme Issara et  elle potera l’enfant d’Elsa et de Cédric. Car c’est Cédric qui fournira les spermatozoïdes pour leur futur bébé.

1461425_375070385971721_807556353_nOui mais voilà, Issara est belle et elle commence à s’attacher au fœtus qu’elle porte. Et puis Cedric n’est pas insensible au charme de la futur maman. Et puis Issara a peut-être d’autres idées en tête en plus des euros à empocher. Alors ce qui devait arriver, arriva. Cedric a succombé. Il a abandonne Elsa et part vivre ave Issara et leur bébé à venir.

Alors Elsa sombre avant de se relever.  Et aujourd’hui, Elsa marche dans les rues de Bangkok, le cerveau en feu, en quête de son enfant et peut-être aussi de son amour trahi. Elsa est une femme qui n’hésitera pas à traverser la moitié de la Terre pour retrouver son enfant, le fruit de sa chair né du ventre d’une autre. Elle est rageuse, déterminée, insubmersible presque, habitée de cette force qui n’est que le négatif de son manque immense.  Une soif de vengeance qui butera sur le réel. Bien différent de ce qu’elle pouvait imaginer.

Dominique Sylvain avec ce récit abrupte traite d’un sujet de société qui reste un tabou aux yeux de beaucoup. En effet la maternité de substitution n’est pas autorisé en France, ce qui a entrainé le développement d’un « tourisme procréatif » vers des pays autorisant cette forme de maternité. Mais au delà de ce tourisme médical, la gestation pour autrui  soulève des problèmes d’ordre philosophique et éthique concernant notamment le risque de marchandisation du corps humain, l’atteinte à la dignité des femmes et la négation du lien qui s’établit entre le la gestatrice et l’enfant pendant la grossesse.

Pour autant Dominique Sylvain va plus loin. Elle se place du coté des protagonistes de cette maternité complexe. Et toujours sans juger les choses, elle pose le problème de façon humaine. Il en ressort un texte poignant et émouvant puisque forcément noir.

Disparitions de Dominique Sylvain fait parti d’un coffret

Femmes en colère

Femmes en colère  Paru le 21 septembre 2013 Disponible, Pochette 18,00 EUR ,  les 4 vol. ; 17 x 11 cm.;qui réunit :
 La sueur d’une vie de Didier Daeninckx;
  Disparitions de Dominique Sylvain ;
 Tamara, suite et fin de Marcus Malte
 Kebab palace de Marc Villard

 

 Des nouvelles noires qui ont pour héroïnes des femmes qui relèvent la tête et avancent pour affirmer leur existence et redonner du sens à leur vie .

 

4e de couv de Femmes en colère :

Ces deux dernières années ont été marquées par la montée en puissance et la  radicalisation des femmes en colère. Des Pussy Riot aux Femen, elles  investissent la musique, défilent à moitié nues, se badigeonnent le corps de  slogans ou marchent pour venger leurs enfants morts. Aux lourdes organisations  masculines, les femmes préfèrent les opérations commando. Quatre écrivains se  penchent sur des femmes qui relèvent la tête. Politiques chez Didier Daeninckx,  revancharde avec Marcus Malte, éprise de justice en compagnie de Dominique  Sylvain ou hébétée chez Marc Villard, elles avancent pour affirmer leur  existence et redonner du sens à leur vie.

De ces 4 titres, ces 4 nouvelles j’ai choisi de vous parler de celle de Dominique Sylvain. Sans doute par que c’est la seule femme en colère dans ce coffret.

Sois zen et tue le de Cicéron Angledroit


Vous le savez le 17 juin prochain je reçois 3 auteurs pour un nouvel Apéro Polar.

Avec Lou Vernet et Nils Barrellon il y aura notre Cicéron Angledroit national.

Aussi pour découvrir cet auteur malicieux et facétieux rien de mieux qu’une petite chronique de lecteur.

Et c’est Eppy Fanny qui nous donne son ressenti sur “ Sois zen et tue le , la première enquête de notre détective pas comme les autres.

Le livre :  Les enquêtes de Cicéron Volume 1, Sois zen et tue-le de Cicéron Angledroit. Paru le 9 septembre 2016 aux Editions Palémon dans la collection Enquêtes en Série. 10€ ; (263 p.) ; 18 x 11 cm

 4e de couv :

Attention, cet ouvrage comporte certaines scènes pour adultes et un vocabulaire susceptibles de choquer les âmes chastes…

Mais qu’est-ce qu’il lui prend, à la mère Costa, de me demander d’enquêter sur la mort de son mari enterré depuis dix ans ?

Si j’accepte, c’est bien parce que j’ai besoin de sous !

Et puis il y a cette histoire de truands de banlieue qui explosent à chaque coin de rue… Et ces SDF qui n’en sont pas.

Ajoutez une ou deux femmes mariées, un Yorkshire… Mélangez le tout et dégustez !

Mais c’est qui qui tue ? Pour le savoir il va falloir me suivre, moi Cicéron Angledroit, jusqu’au bout de cette histoire…

Mise en garde de l’éditeur : de nombreux cas d’addiction ont été rapportés. Cette addiction semble irréversible et définitive. Toutefois, à ce jour, aucune plainte n’a été enregistrée.

L’auteur : Cicéron Angledroit. Banlieusard pur jus, l’auteur – de son vrai nom Claude Picq – est né en 1953 à Ivry, ceinture verte de Paris transformée depuis en banlieue rouge.
« Poursuivi » par les études (faute de les avoir poursuivies lui-même) jusqu’au bac, il est entré dans la vie active par la voie bancaire.
Très tôt il a eu goût pour la lecture : Céline, Dard, Mallet… Et très tôt il a ressenti le besoin d’écrire.
Sois zen et tue-le est le premier titre de sa série d’enquêtes humoristiques dont l’ambiance et les dialogues, entre San Antonio et Pieds Nickelés, raviront les amateurs du genre…
Extrait : 
Cicéron Angledroit… ça vous épate hein, ça, comme nom ? Et pourtant, ça fait 35 ans que je me le traîne. « Angledroit » ils n’y pouvaient rien, mais « Cicéron », quand même ! Je leur en ai voulu longtemps. Enfin quand je dis « leur » je devrais dire « lui », car ma mère, quand je suis né, elle parlait à peine le français. Alors ce genre de jeu de mots lui passait un peu au-dessus. Lui, mon père, ce devait être un rigolo… ou, du moins, devait-il le croire. Ma mère, il l’avait ramenée de je ne sais quel voyage en Yougoslavie. Probable qu’il l’avait achetée comme on achète un souvenir. Une femme, vous parlez si ça va bluffer les potes, et belle avec ça ! Bien sûr elle ne parlait ni ne comprenait notre belle langue de Shakespeare V.F. mais, au moins, quand elle l’ouvrait, il pouvait imaginer qu’elle le félicitait. Il a quand même attendu mes 18 mois et nos premiers balbutiements en français à ma mère et moi pour nous laisser quimper. Juste le temps de me déclarer à l’état civil sous ce prénom débilisé par son nom.
Maintenant, vu ce qui se passe là-bas, dans le pays émietté de ma mère, je lui en veux moins. Sans le faire exprès, il l’a sauvée. Elle vit, peinarde, dans son deux pièces-cuisine du 17ème arrondissement, près de la cité des fleurs. Elle parle français et a oublié sa langue natale faute de la pratiquer.
 Et moi, Cicéron Angledroit, je suis détective privé. Pourquoi détective privé ? Et bien parce que j’estime qu’il est temps de réhabiliter, dans la littérature française, les détectives privés. On en manque. Ils ont été délaissés au profit des flics, plus classiques, plus « autorisés » aussi. Remarquez que, dans cette histoire qui commence, on ne m’a encore rien demandé. Je passais juste… comme témoin… et encore j’ai pas vu grand-chose. Je suis arrivé après l’événement. Mais dans les premiers quand même.

La Chronique d’Eppy Fanny 

Si vous aimez les choses lissées et policées, passez votre chemin.

En revanche vous n’avez pas d’a priori ? Vous aimez la vie et les gens ?

Alors Go pour un tour de piste avec Cicéron !

Une vraie découverte, celle d’un détective, chaud lapin, pas foudre de guerre, sauf pour la bagatelle, et qui vous entraîne avec délice dans la Banlieue Parisienne où il adore se baguenauder.

Les Personnages :

Une galerie de Pieds Nickelés, de désabusés, de laissés pour compte… Sans oublier ses femmes qui s’emmerdent royalement dans leur couple, qui deviennent très humides au contact de ce cher Cicé, ce qui entraine des dérapages et de formidables tête-à-queue. Quelle santé !

L’histoire :

Une excuse cette enquête sur la mort suspecte du père Costa dix ans plus tôt.

Oui une excuse, juste pour le plaisir de nous dépeindre cette banlieue que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Des lieux qui me parlent ayant grandi et vécu dans le 91 si cher au cœur de l’auteur.

Pour l’envie de nous parler de ces voisins serviables et gentils venant d’horizons lointains et qui partagent avec le sourire le peu qu’ils ont… N’en déplaise à certains.

Puis, surtout, ce plaisir, intense, que prend l’auteur, dans cette écriture truculente, inspirée de San Antonio et d’Audiard, mais 100% Cicéronnaise…

Comment ça se dit pas ? Mais si !

Puis ces passages érotiques, ou comment savourer les à-côtés du métier de détective.

Faut bien des avantages !

Puis Cicéron il côtoie des zigues aux petits oignons. René, Momo … C’est du lourd !

Extrait page 163-164 :
« Je ne comprends pas le manège :
Qu’est-ce qui t’arrive ? Une dispute conjugale ?
Mais non, j’la connais pas c’te pouffe ! Enfin, si, de vue, vu qu’elle est toujours fourrée là avec son chiard. Mais en rangeant mes chariots, j’ai trouvé ce paquet de couches que des gens avaient oublié au crochet.
Il me met sous le nez un paquet de change « Pissosec », tout en continuant :
Tu t’rends compte ! Vingt balles que je lui faisais. Et c’te conne…
Qu’est-ce que tu vas en faire maintenant ?
J’vais aller à la caisse centrale me les faire rembourser. J’leur dirai que c’était pour offrir et que je m’ai gouré d’taille. Comme ils me connaissent, y aura pas de problèmes. ça les étonnera pas non plus que j’aie perdu le ticket de caisse.
Pas de problèmes, alors ! Tu seras même gagnant dans l’histoire. Et Momo, t’as des nouvelles ?
J’l’ai vu hier soir, ça allait. Il va même toucher de l’invalidité. Une pension ! On peut dire qu’il a l’cul bordé d’nouilles, çui-là ! »

Bande de petits obsédés vous espériez un extrait plus axé cul…

En ben non ! Pour savoir de quoi est capable Cicéron auprès de ces dames il vous faudra acquérir le bouquin ! Et si vous bavez sur vos godasses, tant mieux !

Vous irez plus vite chez le libraire le plus proche !

C’est décalé à souhait et bourré d’humour.

Une bulle de bonne humeur dans ce monde bien trop gris.

En clair la Sécu devrait rembourser Cicéron !

Merde à Vauban de Sébastien Lepetit


Le livre : Merde à Vauban de Sébastien Lepetit. Paru le 4 juillet 2013 chez Nouveaux Auteurs. 18€95 ; 21 x 14 cm.

Réédité le 8 mai 2017 chez Flamant noir éditions. 19€50 ; (398 p.) ; 22 x 14 cm.

La 4e de couv :

Besançon, mai 2008. Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire et professeur d’histoire donne une conférence pour promouvoir la candidature du réseau Vauban au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lendemain matin, on le retrouve mort au pied de la citadelle. Meurtre ou suicide ? Affaire privée ou coup porté à la candidature de la ville ? Fabien Monceau, jeune lieutenant de police parisien juste nommé à Besançon va mener l’enquête aux côtés du commissaire Morteau, un Franc-Comtois chevronné et bourru. Une enquête difficile menée de main de maître par un duo explosif.

L’auteur :   Sébastien Lepetit, alias Saint-Fromond, 43 ans est  originaire de Bretagne et vit en Franche-Comté depuis une dizaine d’année.. Amoureux des pierres, des bâtisses et de leur histoire, c’est sur les sentiers de montagne ou de forêt qu’il s’en va cueillir au calme les pensées et les sensations qui deviendront l’âme de ses romans. . Dans ses romans, les lieux où vivent les personnages ont une place particulière,… au point d’en devenir également des personnages à part entière. Il aime lire Umberto Eco, Pierre Magnan, Peter Tremayne, Anne Perry, et tant d’autres.

 

Conseils aux lecteurs

Ce roman s’appréciera encore mieux s’il est accompagné de quelques dés de comté affiné en cave pendant au moins dix-huit mois et d’un petit verre de vin d’Arbois ou, mieux encore, de vin jaune.

EXTRAITS 1 :
— Monsieur Monceau !… Félicitations. Vous êtes affecté à… Besançon.
Fabien était comme K.-O. Il avait serré les mains tendues et était descendu de l’estrade sous les applaudissements
 polis et quelques rires diffi cilement contenus. Besançon !
Mais où était-ce, Besançon ? Là-bas, dans l’Est ! Fabien avait beau réfléchir, il n’arrivait pas à visualiser Besançon sur une carte. C’était là-bas, vers l’Allemagne ou vers la Suisse,  même pas en Alsace. Tout ce que cela évoquait chez lui, c’était le froid, une ville morte, coupée de la civilisation, perdue au loin, à la fi n d’une ligne de chemin de fer. Où c’est, Besançon ? se répétait-il, Est-ce que quelqu’un sait où , Besançon ?

 

Résumé et avis : 

Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire de la ville de Besançon, est retrouvé mort après avoir donné une conférence pour promouvoir la candidature des sites Vauban au patrimoine de l’Unesco. Non loin du lieu du crime, une inscription intrigue les policiers : Merde a Vauban. Fabrice Monceau, jeune lieutenant fraîchement nommé, va aider le commissaire Morteau dans son enquête.

Nous avons là le point de départ d’une enquête classique, un Whodunit de toute beauté, le lecteur disposant des mêmes indices que l’enquêteur et donc des mêmes chances que lui de résoudre l’énigme. Un roman à énigme qui va nous amener a exploré la bonne société franc-comtoise, ses mœurs, ses travers et ses bassesses aussi. La vie des édiles de provinces, des notables respectés et établis. Nous allons nous prendre au jeu et explorer toutes les hypothèses afin de les éliminer une à une. Surtout que l’affaire se corse, puisque d’autres élus vont eux aussi être assassinés.

Mais Merde à Vauban, ce n’est pas que cela. C’est aussi une plongée au cœur de la capitale comtoise. Et tout au long de ces pages, nous allons découvrir l’histoire mais aussi le patrimoine de cette belle ville de Besançon. Et c’est le commissaire Morteau en personne qui va nous servir de guide.

Et puis c’est aussi ses personnages qui font la truculence de ce roman. Et que dire de nos deux héros ? D’abord le lieutenant Fabien Monceau, un jeune officier fraîchement promu, un jeune loup qui a les dents longues. Et puis Fabien c’est un homme qui plait aux femmes, il est sûr de lui, il sait ce qu’il veut. Persuadé d’être affecté dans une brigade parisienne ce jeune homme est dépité de devoir faire ses classes à Besançon. Et pour sa première enquête c’est le patron qui le prend sous son aile.Le patron parlons-en. Un vieux commissaire, qui n’a plus rien à prouver. Lui il a refusé toutes les promotions. Pas question de quitter sa région pour accéder à un grade supérieur. Il aime son département, sa ville et compte bien y finir sa carrière. Morteau est un flic qui vit seule depuis que sa femme est partie. Enfin seul, pas tout à fait, il y a flocon. Alors il est plutôt bourru, et puis il est enclin à la bouteille et adore la bonne chair.Ainsi Le vieux briscard commissaire et un jeune lieutenant parisien se lancent dans une enquête policière dans la bourgeoisie provinciale, sur les traces d’un tueur insaisissable  Bref un duo détonant et pourtant c’est deux-là vont devoir s’entendre pour mener à bien cette difficile affaire. Vous l’aurez compris, Merde à Vauban, est un bon roman policier qui nous fait passer un peu plus qu’un bon moment de lecture.

EXTRAIT 2 :

Le Phoque ! Il ne se souvenait plus de quand on l’avait affublé de ce surnom ridicule. Il le devait à sa moustache, épaisse et tombante, et à son embonpoint qui, selon ses collègues, lui donnait un air de phoque. Mais il savait aussi que lorsqu’il avait un tantinet abusé du Pontarlier ou du vin blanc, il avait l’œil un peu  vitreux. C’était surtout à cela qu’il devait son surnom, mais personne n’aurait osé le lui dire, ni au commissariat,  ni au Petit Mont d’Or. Au début, ça l’avait agacé et il avait répliqué assez vertement. Mais on ne lutte pas contre un  sobriquet. Ses collègues et ses amis de comptoir évitaient simplement de le prononcer devant lui. Puis, peu à peu, les habitués du Petit Mont d’Or avaient de nouveau lâché le mot, d’abord par accident puis, comme il ne réagissait  plus, le surnom s’était imposé dans les conversations. Il était donc naturellement revenu aussi au commissariat.

 

 Extrait : » Encore une emmerdeuse ! Le train n’était pas parti depuis cinq minutes qu’elle avait déjà pris son téléphone. Elle était assise trois rangées devant Fabien Monceau et il ne voyait d’elle que ses cheveux, une coiffure sans doute très à la mode avec tellement de mèches noires,, brunes, blondes et même rousses qu’il était impossible de savoir quelle était sa couleur d’origine. Et elle parlait, elle parlait, elle parlait. Juste au-dessus de sa tête, il y avait un autocollant avec un téléphone aux yeux fermés qui sommeillait, mais le symbole devait être trop compliqué pour qu’elle le comprenne. Même l’annonce du contrôleur qui demandait aux passagers d’aller passer leurs coups de fil sur les plates-formes entre les voitures n’avait pas semblé la concerner. Elle continuait à débiter sans fin des banalités sans intérêt. Et mademoiselle avait une haute idée de sa personne, visiblement, puisque si on en croyait les confidences qu’elle chuchotait à haute voix, un certain Philippe, sans doute privé de l’élémentaire bon sens qui pousserait n’importe quel homme à fuir pareille engeance, la regardait régulièrement avec une insistance qui la mettait mal à l’aise. Visiblement, il ne fallait pas désespérer, puisque quelque chose pouvait la mettre mal à l’aise…D’un geste rageur, Monceau plia le journal gratuit qu’il avait attrapé au vol à la sortie du métro et dont il n’avait pas encore réussi à lire le moindre mot, et se leva. Il posa calmement la main sur l’épaule de la terrifiante séductrice et lui demanda poliment d’avoir la gentillesse de bien vouloir parler plus bas, voire d’aller terminer son appel téléphonique en dehors du wagon, car il était fort gênant pour lui d’entendre ses confidences et il avait la sensation d’être indiscret. Elle s’était tue et le regardait d’un air médusé, le téléphone toujours collé à l’oreille, sans doute par crainte que celle-ci ne tombât si elle l’en écartait. Monceau n’était pas beaucoup plus vieux qu’elle, mais sa coupe de cheveux très classique et ses vêtements, un pantalon de toile noire avec un pull à col roulé en fine laine noire et une veste noire assortie à son pantalon tranchaient nettement avec le look branché de la demoiselle. Il émanait de son visage émacié une autorité qu’il se plaisait à cultiver.- Oh ! Euh ! oui… Excusez-moi… répondit-elle avec un reflet de mépris dans l’oeil qui semblait tout au contraire dire : «Qu’est-ce qu’il me veut, ce con ?»Monceau retourna à son siège sous le discret regard reconnaissant de ses voisins plus timides. À peine était-il assis que la Circé de banlieue reprenait à peine plus bas : «Excuse-moi, il faut que je parle plus bas parce qu’il paraît que je gêne… Ouais… Ouais ben, tu sais, y en a toujours des comme ça. Enfin ! Où j’en étais ? Ah ! oui. Philippe… Oh ! je te jure, j’étais trop mal…» « 

 

 

Un mot de l’auteur

« Bien sûr, en choisissant pour titre «Merde à Vauban», je trouvais plaisante l’idée de faire de Léo Ferré, l’auteur de cette inoubliable chanson, un auxiliaire involontaire de la police. Dans le même temps, je voulais également écrire un roman policier inhabituel et placer l’intrigue dans une ville trop peu connue, sans doute l’une des plus belles, Besançon. J’ai pour habitude de donner aux lieux où se déroulent mes romans une grande importance, au point d’en faire un personnage majeur de l’histoire et que celle-ci ne puisse s’envisager ailleurs. Je n’avais pas envie d’en faire un roman noir, ni un polar sanglant, et c’est sans doute pour cela que les premiers lecteurs de «Merde à Vauban» y ont décelé «un humour discret mais toujours présent». Mais surtout, je tenais absolument à écrire un roman policier cohérent, avec une intrigue réaliste et un dénouement sans artifice.Tout cela a donné naissance à «Merde à Vauban». Si en le lisant, vous avez passé un bon moment, avez eu envie de goûter au vin jaune pour accompagner votre comté, si vous avez appris des choses sur Vauban ou sur la Franche-Comté, et surtout si vous avez été étonné par la chute de cette intrigue, vous disant quelque chose comme «Bon sang, mais c’est bien sûr !», alors je serai un auteur heureux. » Sébastien Lepetit. 

 

Twin Peaks : l’autobiographie de l’agent très spécial Dale Cooper de Scott Frost


Twin Peaks l'autobiographie de l'agent très spécial Dale CooperLe livre : Twin Peaks : l’autobiographie de l’agent très spécial Dale Cooper de Scott Frost. Traduit de l’américain par Annick Bauduin.  Paru le 11 mai 2017 chez M. Laffon. 14€,95 , (290 p.) ; 21 x 14 cm

Quatrième de couverture

Twin Peaks

L’autobiographie de l’agent très spécial Dale Cooper

Découvrez Dale Cooper avant son arrivée à Twin Peaks

Tous les fans de la série Twin Peaks se demandent qui est la mystérieuse Diane à qui l’agent Cooper s’adresse en permanence dans son dictaphone. Or, depuis l’enfance, l’agent spécial du FBI Dale Cooper enregistre ainsi tous ses secrets. Des secrets qui nous parviennent enfin et qui nous permettent de mieux comprendre l’histoire de celui qui a réussi à percer les mystères de Twin Peaks. Ses aventures amoureuses, ses rapports familiaux, sa vie d’étudiant, la première fois qu’il découvre une jeune femme assassinée et bien d’autres événements qui vont construire son étrange et très attachante personnalité.

L’auteur : Scott Frost est le frère de Mark Frost, cocréateur avec David Lynch de la série Twin Peaks. Il a d’ailleurs écrit deux épisodes de la série.

 

Le Post It de la Bibliothécaire

 

Pénétrez l’étrange univers de Dale Cooper. Découvrez comment ses obsessions les plus intimes, sa passion des énigmes lui permettent de comprendre les forces diaboliques qui planent sur la petite ville de Twin Peaks… Voici l’autobiographie du célèbre agent du FBI, reconstituée à partir des enregistrements de son magnétophone. Une collection tout à fait privée de bandes magnétiques qui contiennent tous les secrets de Dale Cooper… et surtout ceux dont on n’a jamais parlé dans la série télévisée ! Dale Cooper : un tireur hors pair, un homme qui ne succomba qu’une fois aux charmes d’une femme. Dale Cooper : trop beau pour être honnête ? Voici toute son histoire, depuis l’âge de treize ans…

L’agent Dale Cooper, personnage central de la série télévisée Twin Peaks, enregistre tous ses secrets sur son dictaphone depuis l’enfance : ses rapports familiaux, ses aventures amoureuses, sa vie d’étudiant, etc. Des confessions qui permettent de mieux comprendre l’étrange personnalité de l’enquêteur.

Après des années d’attente, l’autobiographie du célèbre agent du FBI Dale Cooper sort enfin !Ou plus exactement ressort enfin, car j’ai encore chez moi la version de chez Pocket de 1991. Et je la garde précieusement.

L’autobiographie et la transcription des bandes enregistrées de l’agent du FBI qui mène l’enquête dans la série télévisée « Mystères à Twin peaks ». Pénétrez l’étrange univers de Dale Cooper. Découvrez comment ses obsessions les plus intimes, sa passion des énigmes lui permettent de comprendre les forces diaboliques qui planent sur la petite ville de Twin Peaks.

Comment qualifier cet « ovni » ? Produit dérivé de la série ? Roman à clefs pour décrypter l’univers de la série culte Twin Peaks ? Spin-of de celle-ci ?

Pour les fans de la série culte de David Lynch (et j’en suis !) à l’heure de la sortie de la saison 3 de Twin Peaks 25 ans après et dont les 1ers épisodes seront découverts au Festival de Cannes 2017, cette biographie de Cooper est une bénédiction. MHF

La maison des tocards de Mick Herron


  mickLe livre : La maison des tocards de Mick Herron. Traduit de l’anglais par Samuel Sfez. Paru le 19 janvier 2012 aux Pressses de la Cité dans la collection Sang d’encre.  21€ ;  (381 p.) ; 23 x 14 cm

mickRéédité en poche le 5 octobre 2016 chez  Actes Sud, Babel dans la collection Babel Noir. 9€ ; (391 p.) ; 18 x 11 cm.

 4e de couv : 
Un otage va être exécuté dans moins de quarante-huit heures. Sa meilleure chance de survie ? Les déclassés des services secrets britanniques, les tocards du MI5.

A cause d’une bourde commise lors d’un exercice anti-terroriste dans le métro londonien, la carrière de River Cartwright au sein du MI5 stagne. C’est peu dire, puisqu’il a été relégué au Placard, une maison perdue dans un quartier miteux de la ville où d’autres espions ratés paient pour leurs erreurs en regardant le temps qui passe. Mais une vidéo diffusée sur Internet montrant un otage menacé d’exécution sort ce petit monde de sa torpeur. Voyant là l’occasion de se racheter, River Cartwright décide, à l’aide de ses compagnons d’infortune, de sauver cet homme. Au mépris de toutes les règles de prudence et de bon sens…

Peuplé de personnages savoureux, ce roman d’espionnage atypique et rythmé revisite avec humour les codes du genre, et brosse un portrait sans concession de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

mickL’auteur :  Le Britannique Mick Herron est connu outre-Manche pour sa série de romans mettant en scène deux femmes détectives. La Maison des tocards est son premier livre publié en France. Il est né à Newcastle upon Tyne, en Angleterre Il fait ses études supérieures au Balliol College de l’Université d’Oxford, où il obtient un diplôme en anglais.
Extrait : 
Voici comment River Cartwright avait quitté la voie rapide pour se retrouver avec les Tocards.
 Huit heures vingt, un mardi matin, la gare de King’s Cross remplie de ce que le Vieux appelait les autres : « Des non-combattants, River. Une occupation tout à fait respectable en temps de paix. Excepté que nous ne sommes plus en paix depuis septembre 1914. »
L’élocution du Vieux évoquait à River des chiffres romains : MCMXIV.
Il s’arrêta, consulta sa montre ou fit semblant (ce qui revenait pratiquement au même). Le flot des passagers coulait autour de lui comme l’eau sur un rocher, avec force soupirs et claquements de langue irrités. Devant la sortie la plus proche – un rectangle par lequel s’engouffrait la pâle lueur de janvier – deux Cadors vêtus de noir se tenaient aussi raides que des statues. Leur arsenal imposant passait inaperçu aux yeux des non-combattants, dont le nombre avait augmenté depuis 1914.
Les Cadors – que l’on appelait ainsi parce qu’ils accomplissaient toujours leur travail à la perfection – restaient bien en retrait, conformément aux instructions.
Vingt mètres plus loin, la cible.

Résumé et petit avis :

La maison des tocards

À la suite d’une faute impardonnable, River Cartwright, un jeune agent du MI5, voit sa carrière pourtant prometteuse brusquement interrompue. Direction « la maison des tocards », placard où tous les rebuts de la profession sont relégués. Alcoolisme, usage de drogue et perversion, compromissions politiques et trahisons… Chaque occupant expie sa faute en restant des mois, voire des années, à végéter dans ce trou, enchaînant les missions sans intérêt.

Lorsqu’une vidéo diffusée sur Internet montre l’enlèvement d’un jeune Londonien d’origine pakistanaise par un groupuscule d’extrême droite, Cartwright et l’équipe de bras cassés de la maison, désireux de se rattraper, décident de tout tenter pour résoudre l’enquête, quitte à se frotter aux grands pontes des services de la Sûreté britannique.

Ce roman d’espionnage singulier, peuplé d’une galerie de personnages hauts en couleur, bouscule avec humour, ironie et irrévérence les codes du genre.

Mick Herron a su rendre très humain ce drôle de roman d’espionnage genre plutôt très viril habituellement. Si les situations dans lesquelles notre anti-héros évolue sont cocasses voire comiques, il n’en est rien de l’histoire, elle,  est ténue et  sombre comme le destin brisés de ces jeunes gens en plein vol. Point de poudre au yeux ici, point de femmes fatales et dangereuses, point de casino royal. Juste des hommes et des femmes, des gens comme vous et moi qui  qui se débattent avec leurs mesquineries et leurs  frustrations. Des hommes et des femmes face à leurs erreurs passées en quête de redemption.

Un roman d’espionnage caustique et atypique donc, qui à tout du roman noir et psychologique, sans concession sur la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

Premier volet de la série des Slough House.

Extrait 2 : 
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, répétait River dans sa barbe.
A présent, il pouvait ajouter quelques détails au portrait-robot dressé par Spider : jeune homme originaire du Moyen-Orient, les manches de sa chemise bleue relevées, un jean noir raide et neuf. Qui achèterait un pantalon neuf pour une telle occasion ? Il écarta la question : il serait toujours temps de se la poser plus tard.
Un sac à dos visiblement lourd se balançait sur l’épaule droite de la cible. Le fil qui pendait à son oreille, semblable à celui que portait River, aurait pu être relié à un iPod.
— Confirmez contact visuel.
River porta la main gauche à son oreille et parla doucement dans son bouton de manchette.
— Confirmé.
Un troupeau de touristes encombrait le hall. La disposition de leurs bagages évoquait un campement de pionniers. River les contourna sans quitter du regard la cible qui se dirigeait vers les quais de la gare annexe, d’où partaient les trains en direction de Cambridge et de l’est, généralement moins bondés que les express en partance pour le nord.
Des images indésirables affluèrent : débris de métal éparpillés sur des kilomètres de rails brisés, buissons en flammes au bord des voies jonchés de lambeaux de chair.
« N’oublie pas que le pire peut toujours empirer », disait le Vieux.
Le pire avait déjà empiré de manière exponentielle au cours des dernières années.
Deux policiers postés devant un portillon ignorèrent la cible mais fixèrent River. N’approchez pas, les mit-il en garde mentalement. Ne m’adressez même pas la parole. C’était toujours à cause de petits détails que les opérations capotaient. Il ne voulait à aucun prix d’une altercation qui alerterait la cible.
Les policiers reprirent leur conversation.
River se ressaisit.
River Cartwright était un jeune homme de taille moyenne aux cheveux blonds et au teint pâle, avec des yeux gris souvent pensifs, un nez anguleux et un grain de beauté sur la lèvre supérieure. Quand il se concentrait, il fronçait les sourcils d’une manière qui lui donnait l’air un peu perdu. Ce jour-là, il portait un jean bleu et une veste sombre. Si on l’avait interrogé sur son apparence, il aurait parlé de ses cheveux, qu’il avait récemment fait couper chez un de ces coiffeurs turcs qui peaufinent leur travail à l’aide d’une flamme nue sans crier gare. River était sorti du fauteuil ébouillanté, décapé comme un parquet. Maintenant encore, sa nuque le picotait.
Les yeux toujours rivés sur la cible à quarante mètres devant lui – ou plutôt, les yeux fixés sur le sac à dos –, River s’adressa de nouveau à son bouton de manchette.
— Suivez-le, mais laissez-lui de l’espace.
Le pire serait que la bombe explose à l’intérieur d’un train, mais une détonation sur le quai ne valait guère mieux. L’histoire récente prouvait que les gens étaient plus vulnérables quand ils se rendaient au travail. Non qu’ils soient plus faibles, mais pour la simple raison qu’ils étaient entassés dans un espace clos.
River ne regarda pas autour de lui, certain que les Cadors vêtus de noir le suivaient de près.
A sa gauche, des sandwicheries et des cafés, un pub, un stand de viennoiseries. A sa droite stationnait un long train. Sur le quai, à intervalles réguliers, les passagers tentaient de faire entrer leurs valises par les portes. Au-dessus, des pigeons volaient bruyamment de poutrelle en poutrelle. Un haut-parleur donna des instructions : la foule enfla dans le hall derrière River, tandis que des individus s’en détachaient.
Dans les gares, il y avait toujours cette impression de mouvement contenu. Les foules sont des explosions en suspens, les gens des fragments, seulement ils ne le savent pas encore.
La cible disparut derrière un groupe de voyageurs.
River se décala sur la gauche ; la cible réapparut.
Alors qu’il passait devant un café, un couple assis lui rappela un souvenir. La veille, à la même heure, River se trouvait à Islington. Pour son évaluation, il devait constituer un dossier sur une personnalité publique : on lui avait assigné un leader de l’opposition, mais l’homme venait de subir deux crises cardiaques et se trouvait maintenant dans une clinique du Hertfordshire. Comme on ne semblait pas lui chercher de remplaçant, River en avait choisi un de sa propre initiative. Il avait suivi Lady Di pendant deux jours d’affilée sans se faire repérer : bureau puis salle de sport ; bureau puis bar à vin ; bureau puis maison ; puis café, bureau et encore salle de sport… Le logo du café lui rappela cette filature. Dans sa tête, le Vieux aboya : « L’esprit, le boulot : au même endroit. Ça te paraît une bonne idée ? »
Bonne idée.
La cible prit à gauche.
— Potterville, marmonna River.
Il passa sous le pont puis tourna à gauche, lui aussi.
Après un bref coup d’œil au ciel – aussi gris et humide qu’un torchon –, River s’engouffra dans le mini-hall qui abritait les voies 9, 10 et 11. Du mur extérieur dépassait un chariot à bagages : la voie 9 3/4 accueillait l’express pour Poudlard. River poursuivit son chemin. La cible se dirigeait déjà vers le quai no 10.
Tout s’accéléra.
Il n’y avait pas beaucoup de monde – le train suivant ne partait qu’un quart d’heure plus tard. Un homme lisait le journal, assis sur un banc. C’était à peu près tout. River pressa le pas, réduisant l’écart. Derrière lui, il ressentit un changement dans le brouhaha ambiant, les murmures se faisaient plus nets : il comprit que les Cadors attiraient l’attention.
La cible ne se retourna pas. Il continua d’avancer, comme s’il avait l’intention de monter dans le wagon le plus éloigné : tee-shirt blanc, chemise bleue, sac à dos, etc.
River parla de nouveau à son bouton de manchette.
— Attrapez-le.
Puis il se mit à courir.
— Tout le monde à terre !
L’homme sur le banc se leva. Aussitôt, une silhouette noire se jeta sur lui.
— A terre !
Plus loin, deux hommes sautèrent du toit du train pour barrer le chemin de la cible, qui se retourna pour se trouver face à River qui lui faisait signe de s’allonger au sol.
Les Cadors hurlaient des ordres :
Le sac.
Lâche le sac.
— Pose ton sac par terre et mets-toi à genoux, lui intima River.
— Mais je…
— Lâche ton sac !
La cible lâcha son sac, qu’une main ramassa. D’autres saisirent le jeune homme, le plaquèrent au sol, bras et jambes écartés, lui écorchant le visage sur les dalles tandis que le sac à dos remontait jusqu’à River. Il le posa précautionneusement sur le banc libre, l’ouvrit.
Au-dessus de lui, un message enregistré se répétait en boucle : L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Des livres, un cahier A4, une boîte à crayons en fer.
L’inspecteur Samms est prié…
Un Tupperware contenant un sandwich au fromage et une pomme.
de se présenter…
River releva la tête. Sa lèvre se contracta. Avec calme, il ordonna :
à la salle de contrôle.
— Fouillez-le.
— Ne me faites pas de mal.
Le garçon parlait d’une voix étouffée : il avait le visage écrasé contre le sol, des armes pointées sur sa tête.
La cible, se corrigea River. Pas le garçon, la cible.
L’inspecteur Samms…
— Fouillez-le !
Il retourna au sac à dos. La boîte contenait trois stylos-bille et un trombone.
est prié de se présenter…
— Il est clean.
River lâcha la boîte en fer sur le banc et examina le reste : livres, cahier, un crayon égaré, un paquet de mouchoirs.
à la salle de contrôle.
Les objets s’éparpillèrent au sol. Il secoua le sac. Rien dans les poches.
— Fouillez-le de nouveau.
— Il est clean.
L’inspecteur Samms…
— Quelqu’un peut-il éteindre ce truc ?
Il entendit la note de panique dans sa propre voix et se tut.
— Il est clean, monsieur.
est prié de se présenter…
River secoua à nouveau le sac comme un prunier, puis le laissa tomber à terre.
à la salle de contrôle.
L’un des Cadors se mit à murmurer avec empressement dans un micro fixé à son col.
River s’aperçut qu’une femme l’observait par la fenêtre du train à l’arrêt. Il l’ignora et se dirigea vers le bout du quai.
— Monsieur ?
Il décela un certain sarcasme dans la voix.
L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Chemise bleue, tee-shirt blanc, songea River.
Ou bien chemise blanche, tee-shirt bleu ?
Il accéléra. Un policier s’approcha de lui alors qu’il atteignait le guichet, mais River l’esquiva, lança des instructions incohérentes puis s’élança à toute vitesse vers le hall principal.
L’inspecteur Samms – à cet instant, l’annonce codée qui signalait un incident au personnel s’interrompit. Elle fut remplacée par une voix humaine : « Pour des raisons de sécurité, la gare doit être évacuée. Nous vous prions de rejoindre la sortie la plus proche. »
Il disposait de trois minutes tout au plus avant l’arrivée des Dogues.
Les pieds de River avançaient tout seuls. Ils le propulsaient vers le hall, tant qu’il avait encore la place de bouger. Autour de lui, les gens commençaient à descendre des trains. A bord, des annonces avaient mis un terme à des voyages qui n’avaient pas encore commencé ; on était à deux doigts de la panique – dans les gares et les aéroports, elle était toujours sur le point d’affleurer. On avait beau faire remarquer le flegme des foules anglaises, il était rarement au rendez-vous.
Son oreille bourdonna.
Le haut-parleur annonça : « Veuillez vous diriger calmement vers la sortie la plus proche. Cette station est fermée. »
— River ?
— Spider ! Espèce d’abruti, hurla-t-il dans son bouton de manchette, tu t’es trompé de couleurs !
— Qu’est-ce qui se passe, bordel ? Il y a des gens partout qui…
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, c’est ça que tu as dit.
— Non, j’ai dit tee-shirt bleu…
— Va te faire foutre, Spider.
River arracha son oreillette.
Il avait atteint l’escalier par lequel la foule s’engouffrait dans le métro. A présent, elle en sortait en un flot continu. L’irritation prévalait, mais on entendait d’autres murmures : peur, panique contenue. La plupart d’entre nous croient que certaines choses n’arrivent qu’aux autres, notamment la mort. Les mots dans le haut-parleur ébranlaient sérieusement cette certitude.
« La station est maintenant fermée. Veuillez vous diriger vers la sortie la plus proche. »
Le cœur de la ville, c’est le métro, se dit River. Pas le quai d’un train de banlieue. Le métro.
Il s’enfonça dans la foule qui évacuait la gare, ignorant son hostilité. Laissez-moi passer. Sans grand résultat. Sécurité, laissez-moi passer. Un peu mieux. Aucun chemin ne s’ouvrit, mais les gens cessèrent de le repousser.
Deux minutes avant les Dogues, probablement moins.
Le couloir s’élargissait au pied de l’escalier. River se précipita vers un espace encore plus vaste : des machines le long du mur, des guichets aux stores baissés dont la file d’attente avait été absorbée par la masse des gens qui s’éloignaient. Déjà, la foule se clairsemait. Les escaliers mécaniques étaient immobiles, on avait barré l’accès avec des rubans de sécurité. Les quais commençaient à se vider.
River fut arrêté par un policier.
— On ferme la station. Vous avez pas entendu les haut-parleurs ?
— Je suis dans les renseignements. Les quais sont évacués ?
— Les renseign…
— Est-ce que les quais sont évacués ?
— C’est en cours.
— Vous êtes sûr ?
— C’est ce que je…
— Vous avez un moniteur de contrôle ?
— Bien sûr, nous…
— Montrez-le-moi.
Les bruits environnants se firent plus sourds, l’écho des voyageurs flottait sous les plafonds. Une autre rumeur approchait, des pas précipités et lourds sur les dalles : les Dogues. River disposait de peu de temps pour redresser la situation.
— Vite.
Le flic saisit l’empressement de River – difficile de ne pas le remarquer – et lui indiqua une porte où était inscrit Accès interdit. River l’avait franchie avant que n’apparaissent ceux qu’il entendait arriver.
La petite pièce sans fenêtre aux relents de bacon ressemblait à un repaire de voyeur. Une chaise pivotante faisait face à une rangée d’écrans. Chacun clignotait régulièrement, montrant divers aspects d’une même scène répétitivement : un quai de métro désert. On aurait dit un mauvais film de science-fiction.
Un courant d’air lui indiqua que le flic venait d’entrer.
— A quoi correspondent les quais ?
Le policier lui indiqua des groupes de quatre écrans.
— Northern, Piccadilly, Victoria.
River les inspecta. Toutes les deux secondes, une nouvelle image.
Du sous-sol parvint un grondement indistinct.
— Qu’est-ce que c’est ?
Le flic resta interdit.
— Ce bruit.
— Ben, c’est un métro.
— Ils circulent ?
— La station est fermée, expliqua le policier comme s’il s’adressait à un idiot, mais les lignes restent ouvertes.
— Toutes ?
— Oui, mais les trains ne s’arrêtent pas.
Ça ne changeait pas grand-chose.
— C’est quoi le prochain ?
— Le prochain quoi ?
— Métro, bordel. Quel quai ?
— Victoria. Direction nord.
River sortit en trombe.
En haut de la volée de marches, un petit homme brun bloquait le passage vers la gare. Il parlait dans un micro. Il changea soudain de ton en apercevant River.
— Il est ici !
Pas pour longtemps. River avait enjambé la barrière et se trouvait en haut de l’escalier mécanique. Il franchit le ruban de sécurité, descendit les marches immobiles quatre à quatre.
En bas, les couloirs étaient étrangement vides. A nouveau cette atmosphère de science-fiction.
Les métros traversaient les stations fermées au pas. River atteignit le quai tandis que le train s’avançait tel un gros animal lent qui n’avait d’yeux que pour lui. Et il en avait une cargaison. River sentit tous ces regards piégés dans le ventre de la bête, rivés sur lui tandis qu’il fixait quelqu’un qui venait d’apparaître à l’autre bout du quai.
Chemise blanche, tee-shirt bleu.
River courut.
Derrière lui, quelqu’un d’autre courait, l’appelait par son nom, mais ça n’avait pas d’importance. River faisait la course avec un train, et il gagnait – il le rattrapa, le dépassa, entendant le bruit de sa marche au ralenti, un grincement métallique auquel répondait la terreur croissante à l’intérieur. Il entendait frapper contre les vitres. Il avait conscience que le conducteur le regardait, horrifié, convaincu qu’il allait se jeter sur les rails. River ne pouvait rien à ce que croyaient les gens : tout ce qu’il pouvait, c’était courir sur ce quai, le plus vite possible.
Devant lui – tee-shirt bleu, chemise blanche –, quelqu’un d’autre faisait également la seule chose qu’il pouvait faire.
River n’avait pas suffisamment de souffle pour crier. Il parvenait à peine à avancer, mais il réussit…
Presque. Il réussit presque à être assez rapide.
Derrière lui, on cria de nouveau son nom. Derrière lui, le train accélérait.
Il eut conscience que la cabine du conducteur le dépassait, à cinq mètres de la cible.
Car il s’agissait bien de la cible. Cela avait toujours été la cible. A mesure que l’écart se réduisait, il vit qu’il s’agissait d’un jeune homme. Dix-huit, dix-neuf ans ? Cheveux noirs, peau mate, un tee-shirt bleu sous une chemise blanche – va te faire foutre, Spider – qu’il déboutonna pour laisser apparaître une ceinture bourrée de…
Le train rattrapa la cible.
River tendit un bras, comme s’il pouvait saisir la ligne d’arrivée.
Dans son dos, les pas s’arrêtèrent. Quelqu’un poussa un juron.
River était presque sur la cible – à une demi-seconde près.
Mais presque, ça n’était pas assez.
La cible tira un cordon à sa ceinture.
Et tout fut fini.

22/11/63 de Stephen King : Une lecture bicéphale, chapitre 2


22/11/63 de Stephen King : Une lecture bicéphale.

Avec mon ami Frédérique nous vous proposons une lecture commune.

Et oui nous avons osé. Et sur un des grand titre de Stephen King encore.

Aussi, aujourd’hui et demain nous partagerons avec vous nos deux avis.

Hier c’était Frédérique qui ouvre le bal !

Aujourd’hui j’essaie moi aussi de vous faire danser !

Le livre: : 22/11/63 de Stephen King. Paru le 27 février 2013 chez Albin Michel. 25,90€; (936 p.) ; 24 x 16 cm.

4e de couv :

Extra

Samedi, 23 novembre 1963

Dallas : JFK et Jackie, sains et saufs.

Moment de panique au cours d’une visite à Dallas.

Page 3

Les américains ont eu très peur

Dallas (envoyé spécial) La ville a rarement vécu un choc d’une telle ampleur ! Alors que le retenti, semant la panique.

Les gens ne cachaient pas leur soulagement : « Quand je pense à ce qui aurait pu se passer, j’en tremble encore. L’assassinat du président aurait marqué d’une tâche .

Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l’histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que…

Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.

Avec une extraordinaire énergie créatrice, King revisite au travers d’un suspense vertigineux l’Amérique du baby-boom, des « happy days » et du rock and roll.

« L’oeuvre d’un génie ! »Time Magazine

« Un véritable magicien du roman… Une des plus formidables histoires de voyage dans le temps depuis H.G. Wells. »New York Times

« Colossal, généreux, passionnant… La quintessence du talent de King. »Miami Herald

 

L’auteur : Stephen King est né le 21 septembre 1947 à Portland, dans le Maine Auteur de plus de cinquante romans et deux cents nouvelles, couronné par de nombreux prix prestigieux, Stephen King est un mythe vivant de la littérature américaine, le maître absolu du fantastique et du suspense

L’avis de Geneviève:

Vous avez lu la quatrième de couverture ? Et bien tout est dit. Nombreuses sont les éloges autour de ce roman de monsieur King. Beaucoup ont crié au chef d’oeuvre. Alors, bien sur, il me fallait le lire.

De plus, Catherine, une camarade du comité de lecture polar, m’en avait elle aussi fait une chronique extra.

Et puis le 22/11/63, c’est sa date de naissance. Alors elle ne pouvait que le lire.

 Et puis encore, il est paru le jour de mes 47 ans, je ne pouvais, moi aussi, que le lire.

Il n’y a pas de coïncidences qui tiennent, le hasard fait souvent bien les choses.

Il faut dire aussi que le sujet me plaisait. L’assassinat de John Fitzgérald Kennedy a tout du fait divers qui passionne les foules. Refaire l’enquête sur cet assassinat, repartir à Dallas, le jour de celui-ci, tout cela ne tenter bien. Surtout avec Stephen King au commande.

Alors je me suis engouffrée dans la vie de Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon et de Al Templeton, spécialiste du Fat Burger. Et pendant les 2 première partie et plus de 250 pages, j’ai gentiment appris à les connaître. J’avais avalé plus du quart de ce pavé et toujours rien ne se passait. La lecture était plaisante certes mais pas d’émotions à l’horizon. J’en parlais autour de moi et nombreux étaient ceux qui me conseillaient de poursuivre ma lecture. Et puis comme je ne suis pas du genre à laisser tomber au premier obstacle venu, je continuais donc.

Et là je suis entré directement dans le passé. J’ai suivi Jake Eping, devenu George Amberson pour l’occasion. Avec lui j’ai remonté le temps. Comme lui je suis entrée de plein pied dans les États Unis d’Amérique de la fin des années 50. Je l’ai regardé changer 2-3 petits trucs du passé, empêcher un père de famille de tuer tout sa petit famille, éviter un accident de chasse à une jeune fille innocente. Tout cela pendant que le passé, lui, essayait de se défendre contre ses changements. Car le passé est tenace et c’est un monstre particulièrement retors.

 Mais malgré les coups du sort, George tenait bon. Il n’oubliait surtout pas son objectif de départ, empêcher l’assassinat de JFK pour faire de demain un avenir meilleur.

Et à partir de là, j’ai commencé à adhérer à l’histoire que me raconter Stephen King. L’enquête sur l’assassinat de JFK bien que servant de canevas passe au second plan. King nous fait un portrait saisissant de l’Amérique de l’après guerre. Cette Amérique triomphante où règne pourtant la pauvreté, le racisme , l’antisémitisme, la bigoterie religieuse., la ségrégation, une indifférence générale pour la condition féminine…

 King n’est pas nostalgique. Ici point de » c’était mieux avant ». Il dissèque cette Amérique et joue le parallèle avec celle de notre époque.

D’ailleurs se n’est pas le seul parallèle que King induit dans ce livre. Comme lui George Amberson devient écrivain, sans doute pour passer le temps. Mais cette mise en abyme est aussi un prétexte pour lancer quelques clins d’oeil aux lecteurs tout au long de ce livre. Ces clins d’œil sont autant de références à ces autres bouquins. Et l’auteur les glisse ,insidieusement et avec malice, ça et là dans ce roman.

  

Extrait: « Le soir, je travaillais sur un roman que j’appelai provisoirement La Ville assassine. La ville en question était Derry, évidemment, bien que je l’aie renommée Dawson dans mon livre. Je l’ai commencé en guise de camouflage, pour avoir quelque chose à montrer au cas où je me ferais des amis et que l’un d’eux demande à voir sur quoi je travaillais. […] Finalement, le texte de La Ville assassine est devenu plus qu’un camouflage. J’ai commencé à le trouver bon et à rêver qu’un jour il puisse être publié ».

Enfin en plus d’être un roman de science fiction, une satire sociale, un roman d’action, policier et d’espionnage , 22/11/63 et aussi une grande histoire d’amour. Et ,tout au long de la seconde partie du roman on tremble pour l’aventure de Jake Epping/George Amberson et Sadie Dunhill.

Pourtant j’ai quelques réticences persistantes à la lecture de ce livre. D’abord, j’ai trouve quelques longueurs surtout au départ de l’histoire. J’avais beau essayer de me convaincre que cela servait à mettre en place l’intrigue et à faire monter progressivement la tension, l’ennui était palpable.

 Et puis j’ai trouvé quelques incohérence dans cette uchronie. Un exemple : L’histoire du cancer d Al ne tient pas la route. Comment en moins de 24h cet homme en parfaite santé ce retrouve-t-il en soin palliatif avec une infirmière à domicile à son service depuis des mois? Et tout cela se serait mis en place durant les 2 minutes de décalage qui suit son dernier saut dans le temps et son retour dans le présent… Non, non, non cela ne tient pas debout.

Et enfin; le final est à mon goût un peu trop convenu. J’aimais le chaos général. Ce chaos qui résulté d’un effet papillon pré-supposé. Il faut savoir assumer ses actes.

Mais bon, 22/11/63 reste un très bon livre. Et Stephen King un excellent conteur.

Alors je n’ai qu’une chose à vous dire : lisez le.

 Et comme le héros vous apprendrez à vos dépens qu’on ne peut impunément corriger ce qui a été accompli.

27 septembre 2013, 17:44

22/11/63 de Stephen King : Une lecture bicéphale, chapitre 1


22/11/63 de Stephen King : Une lecture bicéphale.

Avec mon ami Frédérique nous vous proposons une lecture commune.

Et oui nous avons osé. Et sur un des grand titre de Stephen King encore.

Aussi, aujourd’hui et demain nous partagerons avec vous nos deux avis.

Et c’est Frédérique qui ouvre le bal !

Le livre: : 22/11/63 de Stephen King. Paru le 27 février 2013 chez Albin Michel. 25,90€; (936 p.) ; 24 x 16 cm.

4e de couv :

Extra

Samedi, 23 novembre 1963

Dallas : JFK et Jackie, sains et saufs

Moment de panique au cours d’une visite à Dallas.

Page 3

Les américains ont eu très peur

Dallas (envoyé spécial) La ville a rarement vécu un choc d’une telle ampleur ! Alors que le retenti, semant la panique.

Les gens ne cachaient pas leur soulagement : « Quand je pense à ce qui aurait pu se passer, j’en tremble encore. L’assassinat du président aurait marqué d’une tâche .

Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l’histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que…

Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.

Avec une extraordinaire énergie créatrice, King revisite au travers d’un suspense vertigineux l’Amérique du baby-boom, des « happy days » et du rock and roll.

« L’oeuvre d’un génie ! »Time Magazine

« Un véritable magicien du roman… Une des plus formidables histoires de voyage dans le temps depuis H.G. Wells. »New York Times

« Colossal, généreux, passionnant… La quintessence du talent de King. »Miami Herald

L’auteur :Stephen King est né le 21 septembre 1947 à Portland, dans le Maine Auteur de plus de cinquante romans et deux cents nouvelles, couronné par de nombreux prix prestigieux, Stephen King est un mythe vivant de la littérature américaine, le maître absolu du fantastique et du suspense

 

 

Avis de Frédérique :

2011. Al, propriétaire d’un restaurant au fond duquel se trouve une fissure temporelle permettant de se transporter en 1958, cherche à trouver un moyen d’empêcher l’assassinat du président Kennedy. Sur le point de mourir, il décide de passer le flambeau à son ami Jake. Ce dernier va alors se retrouver dans les années 1960 et découvrir qu’altérer l’histoire peut avoir de graves conséquences.

Parce qu’on se souvient toujours de son premier Stephen King, à la fin de ce livre j’ai eu l’impression de retrouver le Grand maître. Oui je le reconnais j’ai arrêté d’acheter vos œuvres je ne retrouvais plus la patte de l’auteur. Mais ce texte où on imagine que l’on peut remonter le temps pour changer le cours de l’histoire est génial.

Jake Eppimg professeur d’anglais va accepter la requête d’un ami mourant Al Templeton, empêcher l’assassinant de JFK le 22/11/63. Mais le passé est tenace. Il ne veut pas être changé. Notre héros va être confronté à toutes les questionnements du voyageur dans le passé. Car après son premier passage dans le trou du terrier il se rend compte des changements apportés au passé.

Jake Epping devenu Georges Amberson va tomber amoureux d’une jeune bibliothécaire Sadie. Mais entre sa mission d’arrêter Lee Harvey Oswald, vérifier qu’il était le seul tireur et son idylle, il emploie des expressions que personnes d’autres n’emploie et là chapeau à Stephen King car une personne voyageant dans le passé ne peut-être au point surtout sans préparation . On retrouve l’ambiance de cette époque ( l’auteur a eu l’idée de ce roman 8 ans après l’assassinat de JFK mais il ne se jugeait pas près à l’écrire, cette attente a été profitable ). Tout le long du récit des petits cailloux nous rappellent des romans de Stephen KIng, cette musique de Glenn Miller In the Mood lui en donne le tempo et n’oublions pas les résonances harmoniques des évènements.

Je me pose la question et nous quel est l’évènement que nous aimerions changer dans notre histoire. POur l’instant aucune idée et vous ?

Pour la première fois le maitre m’ a fait lire d’autres ouvrages :

Replay de Grimwood, Caroline, oh Caroline de Paul Van Herck ou encore Oswald : un mystère américain de Norman Mailer.

Je me suis réconciliée avec Stephen King, et quel plaisir de l’avoir vu au Grand Rex. Le passé est peut-être tenace mais l’avenir est fragile, un vrai château de cartes.

Et pour ceux qui n’ont pas encore lu ce grand roman bienvenue en Terrain d’Antan.

Je serai toujours là de Philippe Savin


Je serai toujours là de Philippe Savin : un 1e roman à découvrir.

 

Le livre : Je serai toujours là de Philippe Savin. Paru le 23 octobre 2013 chez Pôle. 17,90 € ; (297 p.) ; 24 x 16 cm

4e de couv :

Récemment affecté dans les Cévennes, le commandant Nathan Prieur espère un nouveau départ avec sa femme et ses deux filles. Mais de nouveau, il se retrouve confronté à l’horreur lors du meurtre abominable d’une adolescente.

Nathan Prieur, impliqué personnellement dans cette affaire, se lance sur les traces de l’assassin. Un compte à rebours impitoyable commence, car il en est certain : le monstre ne s’arrêtera pas là.

Des destins se croisent. Des vies s’effacent. Des meurtres sont perpétrés avec une incroyable cruauté. Des mensonges oubliés surgissent du passé. Des fantômes hantent les bâtiments en perdition. Le mal rôde sur les Cévennes. La folie s’est emparée des hommes…

Jusqu’où Nathan Prieur devra-t-il aller pour connaitre la vérité ?

Et vous, jusqu’où irez-vous pour sauver l’être que vous aimez ?

L’auteur : Né en 1966, Philippe Savin  a fait des études commerciales et a commencé sa carrière professionnelle en travaillant dans une petite agence de publicité. Par la suite, il a ouvert un commerce de prêt à porter qu’il ait revendu au bout de six ans. Depuis, il travaille dans la grande distribution, secteur textile. Ilvit actuellement dans le sud de la France. Je serai toujours là est son premier roman.

 

 

Extrait :
La mélancolie imprégnait cet endroit, maintenant et depuis toujours. Un mot plus puissant lui vient à l’esprit : abandon. Ce mot, ce sentiment l’enveloppa

  
Résumé et avis :

Récemment affecté dans les Cévennes, le commandant Nathan Prieur, père de deux jumelles que tout oppose, flic torturé par une ancienne enquête au dénouement tragique, est de nouveau confronté à l’horreur. Sa fille Lucie disparaît. Peu de temps après sa meilleure amie est retrouvée morte, sauvagement torturée, les os brisés, la moitié de son corps brûlé. Une horreur. Secondé par le lieutenant Victor Sanchez, Nathan Prieur se lance sur les traces d’un assassin impitoyable.

La couverture est séduisante. Je me suis laissée tenter.
Une enquête en pays cévenol par un flic ayant fuit Paris après un drame.
Une de ses filles va se retrouver au cœur de l’enquête et ce n’est plus seulement le commandant de police qui va mener l’enquête mais un père de famille prêt à tout.
L’auteur distille une atmosphère pesante, il maîtrise parfaitement ses intrigues , en menant plusieurs de front.

Son écriture fluide et une fin « surprenante et bouleversante font de ce premier roman un thriller prenant.
Un auteur à suivre.

Extrait :
Je pense que nous sommes les seuls maîtres de nos destinées, qu’il y a sans cesse des choix à faire pour éviter de nous écarter du droit chemin. Les tentations sont grandes. Les pièges, nombreux.


Morts thématiques de Eric Fouassier


 

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9782355930775,0-547819Le livre : Morts thématiques de Eric Fouassier. Paru le 19 août 2010 chez P. Galodé Editeur.

4e de couv :

Une dépouille au Panthéon… rien de plus normal.

Mais quand le cadavre est retrouvé non pas à l’intérieur mais à l’extérieur d’un mausolée, en l’occurrence celui du grand mathématicien Lagrange… cela devient beaucoup moins normal. Si on ajoute que le mort porte, épinglé sur sa poitrine, un étrange poème qui se révèle être une énigme mathématique… là, les choses se compliquent singulièrement.

Le commandant Gaspard Cloux, de la brigade criminelle, est dépêché sur les lieux. Les situations inextricables, il connaît : sa femme est morte quatre ans auparavant dans un accident de la route dont il se considère comme responsable. Depuis, étouffé par la culpabilité, il tarde à reprendre pied. Ne parvenant pas à affronter le regard de sa petite fille de sept ans, il a confié celle-ci à ses beaux-parents mais cette séparation le déchire.

Cette nouvelle affaire va l’obliger à remonter la pente et à surmonter sa douleur. Car le mort du Panthéon ne tarde pas à faire des petits… disséminés un peu partout dans Paris. Et toujours la même mise en scène macabre : le cadavre est retrouvé dans un lieu en rapport avec la vie d’un mathématicien célèbre, et une énigme faisant appel à l’algèbre ou à la logique semble inviter Gaspard Cloux à suivre le tueur dans un funeste jeu de piste.

Qui est-il d’ailleurs, ce mystérieux assassin ? Un tueur en série ? Un illuminé ? Un dangereux maniaque ? Une chose est sûre en tout cas : c’est une équation à plusieurs inconnues que devra résoudre Gaspard pour mettre fin à cette série de meurtres en apparence inexplicables.

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L’auteur : Eric Fouassier est né en 1963 en région parisienne. Romancier et nouvelliste  Auteur de nouvelles depuis de nombreuses années, il a publié au sein de revues ou dans des collectifs. Eric Fouassier est aussi Docteur en droit et en pharmacie, membre du conseil de l’ordre des pharmaciens.

 

Citation
Un meurtrier qui prend le risque d’attirer sa victime dans un haut lieu touristique pour lui réclamer son compte et qui s’amuse à laisser derrière lui une devinette en alexandrins, ça sent mauvais.

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Mon petit avis :

Le corps du mathématicien Lagrange est retrouvé à l’extérieur du Panthéon avec une énigme mathématique épinglée sur la poitrine. Le commandant Gaspard Cloux, de la brigade criminelle, mène l’enquête. D’autres morts sont retrouvés disséminés dans Paris, la même mise en scène se répétant.

Éric Fouassier signe ici son premier roman. Et…

Nous voilà en présence d’un très bon polar de facture classique.  Il met en scène un flic cabossé par la vie qui ne se remet pas de la mort de son épouse. Un mari, un père à la dérive qui se raccroche à la vie à travers son boulot. Un personnage attachant comme on les aime.

Pour ne rien gâcher, ce polar à l’ancienne est écrit avec intelligence. Il nous plonge dans une ambiance crépusculaire.

Et que dire de la successions d’énigmes mathématiques réjouissantes que nous propose l’auteur.

  A remarquer que  ce titre a reçu le Prix du roman policier de Serre-Chevalier 2011.

Le Prix du Roman Policier Serre Chevalier Plume de glace a été créé en 2010 afin de promouvoir les nouveaux auteurs de polar français dans le cadre du Festival Plume de Glace. Le prix est décerné par les lecteurs via un vote sur internet.

« Et tandis qu’alentour la ville s’assoupit, mes lèvres leur quémandent dans le noir un impossible pardon. »