Pourvu que ça brule de Caryl Ferey


Collectif Kris
97822263259520-3718799Le livre : Pourvu que ça brûle : récit  de Caryl Férey. Paru le 4 janvier 2017 chez Albin Michel. . 20€ ; (297 p.) ; 21 x 14 cm

4ème de couv : 

De la Nouvelle-Zélande à l’Australie en passant par l’Indonésie, la Jordanie, le Chili ou les Etats-Unis, un carnet de route très rock, l’autoportrait en noir et blanc de l’auteur de Zulu, Mapuche et Condor, Caryl Férey, chantre du thriller engagé, avec qui la réalité devient fiction survoltée.

 

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Pourvu que ça brule de Caryl Ferey"L’auteur : Caryl Férey vit à Paris. Après s’être aventuré en Nouvelle-Zélande avec sa «saga maorie» (Haka et Utu), en Afrique du Sud avec Zulu (récompensé entre autres par le Grand Prix de littérature policière en 2008 et adapté au cinéma en 2013) puis en Argentine avec Mapuche, il nous entraîne avec Condor dans une exploration sombre du Chili, dans une course-poursuite sanglante transfigurée par l’amour. Le nouveau roman de Caryl Férey nous fait voyager et frémir autant que réfléchir et nous rappelle, s’il le fallait, que l’auteur s’est imposé comme le maître du thriller des grands espaces et de l’ailleurs.

 

Extrait : 
Quinze jours passèrent encore, puis soudain mon amour réapparut, là, au comptoir du Cornerbar où l’attendait mon désespoir le plus féroce. J’oubliai jusqu’à respirer en l’abordant, mais Francesca m’entraîna à l’écart pour m’expliquer la situation. Roscoe était jaloux et lui interdisait de parler aux garçons, en particulier moi, qui traînais dans leur bar fétiche. Je lui répondis qu’on s’en foutait de Roscoe, mais le lâche avait chargé ses copains maoris de la surveiller. Je n’eus pas le temps de lui conseiller d’envoyer paître son idiot du village qu’une poigne d’acier comprima ma gorge : d’une solide manchette, un Maori de cent dix kilos me tira en arrière sous les yeux atterrés de Francesca. Manquant d’oxygène, mes bras s’accrochèrent au vide tandis que le colosse me soulevait de terre. J’eus une dernière vision de Francesca, le regard à la fois désolé et furieux, avant de me faire jeter dehors.
Je ne parle pas le maori mais nul besoin de traduction : j’approchais d’elle encore une fois, le guerrier me mâchait menu et me renvoyait en France sous forme de Canigou.
Roscoe, son of a bitch.
Roméo et Juliette, Othello, je traversais Shakespeare par l’express du soir.

 

Chronique de lecteurs

Le petit avis de Kris

POURVU QUE CA BRULE – Caryl Ferey

A mi-chemin entre fiction et réalité, le romancier raconte ses voyages, ses rencontres et quelques événements de sa vie.
Découverte d’un Caryl aventurier un peu à l’image de ses personnages et on comprend mieux l’intensité et l’épaisseur de ses héros.
Une quête incessante dans ces pays souvent touchés par la pauvreté, le gangstérisme ou plus simplement l’ignorance.
Un roman qui est en réalité l’essence même de l’auteur. Plus habituée aux polars et thrillers j’ai été subjuguée par la force de cette écriture et je l’ai dévoré comme un roman d’aventures.
Découvrir la naissance, le cheminement, l’élaboration (parfois sur plusieurs années) des héros de romans tels que ZULU et MAPUCHE apporte une lumière différente sur ceux-ci et les sublime encore plus s’il en est besoin.
Toutefois l’écriture de MAPUCHE reste un morceau d’anthologie ! Ah Jana !!     
Et l’émotion de Cannes pour Zulu … grandiose !
Enfin les clins d’œil à l’éditrice font mouche à chaque fois.

 

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La veille de presque tout de Víctor del Arbol : le chouchou du week-end


 chouchous-du-week-end
vicLa veille de presque tout  de Víctor del Arbol. Traduit de l’espagnol par Claude Bleton. Paru le 4 janvier 2017 chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs. 22€50 ; (306 p.) ; 24 x 15 cm
Présentation de l’éditeur :
Un policier désabusé, poursuivi par les rumeurs autant que par sa propre conscience, est appelé au chevet d’une femme grièvement blessée dans un hôpital de la Corogne. Alors qu’on remonte le temps pour tirer l’écheveau qui a emmêlé leurs vies, leurs histoires (tragiques et sublimes) se percutent de plein fouet en une sorte de road movie sur une côte galicienne âpre et sauvage.
vic1L’auteur : Victor del Árbol est né à Barcelone en 1968. Après des études d’histoire, il a travaillé dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. Actes Sud a publié La Tristesse du Samouraï en 2012 et La Maison des chagrins en 2013. Son précédent roman, Toutes les vagues de l’océan, a été élu grand prix de Littérature policière, roman étranger, 2015.
Extrait :
Quand ils entrèrent dans la maison, la pluie redoublait. Dolores les reçut, enveloppée dans une aura d’ambiguïté qui caractérisait aussi cette maison. Il n’était pas facile de savoir si cette femme était triste ou simplement lasse, si elle avait fumé ou si elle feignait de flotter dans sa bulle de musique, de lumières tamisées et de livres. Dans la cheminée, une bûche se consumait lentement, brûlant par intermittence, tels les battements d’un cœur en bois.
— La cheminée en juin ? s’étonna le vieil homme.
Elle haussa les épaules.
— Je ne l’ai pas allumée parce que j’avais froid.
Au milieu des braises, une demi-douzaine de mégots et un paquet de cigarettes froissé, et quelques pages que Dolores avait arrachées à un volume de La Montagne magique.
— Aujourd’hui, ces malades et ce sanatorium me sortent par les yeux ! dit-elle quand le vieillard, haussant un sourcil, lui demanda sans le formuler quelles étaient ces pages jetées au feu.
Elle avait une bonne réserve de classiques à brûler en fonction de ses états d’âme. Elle ouvrit une bouteille de blanc d’albariño et remplit deux verres. Daniel alla fureter dans la bibliothèque. Le vieil homme regarda son petit-fils du coin de l’œil, se tourna vers Dolores et leva son verre à mi-hauteur. Ils trinquèrent en silence, avec la pluie en bruit de fond.

Résumé et  petit avis :

L’inspecteur Ibarra a été transféré depuis trois ans dans un commissariat de sa Galice natale après avoir brillamment résolu l’affaire de la petite disparue de Málaga. Le 20 août 2010, 0 h 15, il est appelé par l’hôpital de La Corogne au chevet d’une femme grièvement blessée. Elle ne veut parler qu’à lui. Dans un sombre compte à rebours, le récit des événements qui l’ont conduite à ce triste état fait écho à l’urgence, au pressentiment qu’il pourrait être encore temps d’éviter un autre drame.

À mesure que l’auteur tire l’écheveau emmêlé de ces deux vies, leurs histoires – tragiques et sublimes – se percutent de plein fouet sur une côte galicienne âpre et sauvage.

Une fillette fantasque qui se rêvait oiseau marin survolant les récifs, un garçon craintif qui, pour n’avoir su la suivre, vit au rythme de sa voix, un vieux chapelier argentin qui attend patiemment l’heure du châtiment, un vétéran des Malouines amateur de narcisses blancs…

Aucun personnage n’est ici secondaire et l’affliction du passé ne saurait réduire quiconque au désespoir. Chacun est convaincu que le bonheur reste à venir, ou tente pour le moins de s’inventer des raisons de vivre. C’est ainsi que, dans ce saisissant roman choral, l’auteur parvient à nimber de beauté l’abjection des actes, et de poésie la noirceur des âmes.

Une nouvelle fois le prose de Victor del Arbol a su me séduire.
Son dernier roman, « La veille de presque tout » est une pure merveille.
Je devrais dire est encore une pépite dont seul Victor à le secret.
La puissance de ses mots, sa poésie, le finesse de ses personnages, tout me va chez cet auteur.
Ce monsieur est un grand du noir. Et si vous ne le connaissez pas encore alors vous aurez la chance de découvrir un univers extraordinaire, celui que seule la littérature sait en offrir.

Victor del Arbol est un auteur hors norme. Sa plume est sans nul autre pareil. Il nous enchante à chacun de ses romans. Ils nous entraîne dans un tourbillons de sentiments que nous ne pouvons plus contrôler. Il nous envoûte . Et son lyrisme déchirant nous étreint l’âme.

Victor del Arbol est un ensorceleur.

Et en quatre romans seulement il construit déjà une oeuvre.

Et quelle oeuvre !

Planète à louer de Yoss


chronique-de-lecteurs

J’ai le plaisir une nouvelle fois d’acceuillir Anne Ju Chesneau pour une nouvelle Chronique de lecteur.

Pour en savoir un peu plus sur Anne Ju c’est là

Place donc à la Chronique n°3 pour Collectif Polar par  AJC :

9782354080938,0-1153555 9782354081966,0-1551327 Le livre :  Planète à louer de Yoss. Traduit de l’espagnol (Cuba) par Sylvie Miller. Paru le 20 janvier 2011 chez Mnémos dans le collection DéDale. 19€80 ; (265 p.) ; 24 x 16 cm
Rééditer en poche le 14 mars 2013 chez Mnémos dans la collection Helios. 9€90 : (313 p.) ; 18 x 12 cm

Résumé :

« Toute ressemblance entre la Cuba des années 1990 et cette terre du XXIe siècle est purement intentionnelle»

Dans un futur indéterminé, une guerre nucléaire totale est sur le point d’éclater. Afin de sauver la Terre, des espèces extraterrestres en prennent possession, après avoir fait montre de leur force en annihilant l’Afrique. Ils y imposent des règles draconiennes visant à rétablir l’équilibre écologique. Un siècle plus tard, notre planète est redevenue un paradis, un « monde souvenir », où les riches xénoïdes viennent faire du tourisme. Mais derrière l’image d’Épinal, les conditions de vie des Terriens sont loin d’être idylliques. Buca, la prostituée, Moy, l’artiste métis ou Alex, le scientifique de génie, tous n’aspirent qu’à une seule chose : fuir… partir… s’exiler… quitter la Terre… par tous les moyens !

 

L’ avis d’ Anne JU:

Me voilà de nouveau, complice dans cette lecture suite à la demande du blog de Geneviève, Collectif Polar, dans la rubrique Avis de lecteurs. J’ai choisi ce livre, par le plus grand des hasards ! C’est le titre qui m’a plu. Je n’avais pas trop capté que c’était de la SF (eh oui je suis aveuglement les conseils de lecture de mon maître Jedi) ! Mon 1er roman SF !!! Waouh mais vraiment pur SF !

Au début, j’ai eu du mal à accrocher tous les wagons. Je me demandais quand les chapitres allaient se terminer ! Et là, au fur et à mesure, j’ai compris que ce n’était pas 1 histoire mais 7 histoires ! 7 nouvelles, 7 personnages différents mais qui ont tous un lien.

La planète à louer vous vous doutez bien que c’est la nôtre ! La Terre est devenue une sorte de grand parc d’attraction ! De nouvelles espèces voient le jour, instaurent de nouvelles règles. Car comme souvent les Humains n’ont pas compris que ces extra-terrestres n’étaient pas forcément venus pour leur nuire mais pour les aider ! Bref, ça c’est parfaitement humain au final ! Regardez les films comme Independance Day ou d’autres. Donc, ils vont voulus jouer les gros bras, les meilleurs et ils ont perdus ! Les ET sont ceux qui imposent leurs lois.

7 histoires parlant de 7 personnages qui ont des rôles différents dans cette nouvelle société à Cuba : une prostituée-incubatrice, un joueur de Voxl, un artiste-déchirant (j’utilise le terme déchirant dans son sens premier…il faut avoir le cœur bien attaché en lisant sa nouvelle), un flic peu scrupuleux…..Bref, un panel de différentes personnes dans cette nouvelle société.

On constate que même ses nouvelles lois, ce nouveau fonctionnement a aussi ses failles : drogues,corruption, mafia, sexe….Bref ce n’est pas forcément une belle vision du futur mais bon on a l’habitude ! Dites-moi messieurs les auteurs, pourquoi les futurs sont-ils toujours aussi bétonné, sombre, gris, triste et aussi dangereux ? Ça ne donne pas envie…Bon après je ne vois pas forcément un futur avec des champs de tulipes partout …mais un juste milieu.

Bref je m’éloigne un peu …Je reviens à ce roman de SF. SF ! Oui  je n’en reviens toujours pas d’avoir lu ça! Ce n’est pas désagréable au final. Après de là à dire que je vais être une adepte, je ne pense pas. Je n’ai pas l’esprit SF. Mais je suis contente de cette expérience. Car pour une ignorante comme moi, le style est fluide et ça se lit super bien. J’ai bien ressenti l’engagement de l’auteur et c’est ce qui m’a aidé à aimer ce livre au final. Et oui, je pourrai même le conseiller ;-). Mais je ne me permets pas de le comparer à tel ou tel autres romans SF vu que je n’ai aucun recul de ce côté.

Je n’ai pas trop parlé de Cuba mais je ne peux pas tout vous dire. Sachez juste que ce n’est en rien moralisateur, c’est juste un constat certes froid et dur mais un constat.

Collectif Polar c’est toujours un plaisir de participer à tes chroniques de lecteurs. A.J

Un extrait :
 » Le monde est la machine. En dévorant l’art, elle dévore son créateur. Elle est perpétuellement avide de sang, de douleur et d’inspiration, et il y a toujours de nouveaux artistes désireux de lui servir d’aliment. C’est la vie et c’est l’Histoire. C’est le cycle éternel. »
Quelques mots sur l’auteur :

yossYoss, de son vrai nom José Miguel Sánchez, est l’un des fers de lance du renouveau science-fictionnesque cubain. Il est licencié en biologie.
Déjà publiés en Italie et en Espagne, la France l’accueille dans ses anthologies et revues avant de l’inviter aux festivals des Utopiales (2002 et 2004) et des Imaginales (2003). « Planète à Louer » (Se Alquila una planeta) a paru en janvier 2011 chez Mnémos. Son recueil, Interférences, publié en 2009 chez Rivière blanche, a été nominé au Grand Prix de l’imaginaire Étonnants Voyageurs 2010 et Sylvie Miller, sa traductrice, a reçu le Prix Jacques Chambon de la traduction pour ce recueil.
Il est récipiendaire du Prix UPC de l’Université de Catalogne (2010), l’un des prix espagnols les plus prestigieux pour une œuvre de SF.

Yoss est passionné d’arts martiaux, il est ceinture noire de judo et de karaté. Il est aussi chanteur dans son groupe de heavy metal, TENAZ dont il écrit la plupart des paroles.

Vous pouvez retrouver Anne Ju sur son blog, Les Motordus d’Anne Ju

mais aussi sur sa page Facebook : Les Motordus d’Anne Ju

Merci Anne Ju pour ta curiosité et ta fidélité.

Je t’espère à nouveau très vite sur mon blog

Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol.


$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Le Livre :Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol.
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Paru le 4 février 2015 chez Actes Sud ; Actes Noirs. 23,80 € ; (595 p.) ; 24 x 15 cm.

Le point de vue des éditeurs

Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu‘un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina. La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite « île aux cannibales » marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants. Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé. La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.

Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un XXe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

 Extrait : « Pour le monde, nous serons l’oubli. Une goutte au milieu d’un million de gouttes, nous nous fondrons dans cette immensité appelée l’humanité. « 
$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$L’auteur : Victor del Árbol est né à Barcelone en 1968. Après des études d’histoire, il a travaillé dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. Actes Sud a publié La Tristesse du Samouraï en 2012 et La Maison des chagrins en 2013. Son précédent roman, Toutes les vagues de l’océan, a été élu grand prix de Littérature policière, roman étranger, 2015.
Résumé et avis
 Lorsque Gonzalo Gil apprend que sa soeur s’est donné la mort dans des circonstances tragiques, des secrets de famille ressurgissent. C’est alors pour lui l’occasion de découvrir l’homme qu’était son père, de l’enfer du goulag des années 1930 à la Barcelone affairiste contemporaine.
  Résumer un livre de Victor del Arbol, c’est comme essayer de remonter le courant d’un torrent. C’est dévoilé trop de choses, c’est le dévoyer. Vous parlez de ses personnages…oui,mais lesquels ? Là aussi l’exercice est périlleux.
Car le style de Victor est fait de petite touche. Une peinture pointilliste qui peu à peu dévoile l’histoire, les histoires. Celles qui s’imbrique les unes dans les autres et qui finissent par former une fabuleuse  cohérence. L’auteur livre des fragments d’existence, des bribes de souvenir.
$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Chez Victor del Arbol, les personnages sont plus importants que l’histoire elle même. Chacun d’eux à une vie propre. Une vie même avant le début du roman. Et ils trouveront leur place dans le roman de façon tellement naturelle. Et là aussi chaque vie va s’entremêler pour enfin former un accord homogène. Aucun n’est ni tout blanc, ni tout noir.
Ainsi petite touche par petite touche, l’auteur nous entraîne dans une histoire dense et haletante, entre guerre civile espagnole, seconde guerre mondiale, stalinisme et franquisme. Il ne se pose pas en juge mais en témoin . Et ses mots ( Victor me confier qu’il écrivait à la main avec un simple stylo plume) forment  une exceptionnelle tragédie noire d’une force et d’une beauté saisissante.
Vous l’aurez compris, je suis totalement sous e charme de sa plume.
Extrait : » La mémoire, c’est une chose prodigieuse. Elle invente à sa guise le récit d’une vie, utilise ce qui lui convient et rejette ce qui la gêne, comme si rien n’avait jamais existé… « 

Pour lire le début c’est ici

Beso de la muerte de Gilles Vincent


Beso de la muerte de Gilles Vincent

Le livre : Beso de la muerte de Gilles Vincent . Paru le 15 février 2013 aux éditions Jigal. 18€ ;  (246 p.) ; 21 x 14 cm

 4e de couv : 

Août 1936, en Espagne, on assassine Garcia Lorca, accusé de téléchargement (38)sympathie républicaine. Août 2011, à Marseille, on découvre le corps calciné d’une femme, abandonné entre les rails. Entre ces deux morts, s’écrivent les tragédies du vingtième siècle, les secrets d’État, les coulisses de la démocratie espagnole naissante et la passion dévorante d’une jeune femme pour l’ombre du poète…

Entre ces deux âmes suppliciées, un pacte étrange, bien au-delà du temps, va profondément bousculer la nouvelle enquête de la commissaire Aïcha Sadia…

Émouvant, tragique, attachant, à fleur de peau et diaboliquement crescendo…

« Gilles Vincent fait partie de ces auteurs qui vous prennent par la main dès le premier chapitre et ne vous laissent plus repartir… » Passion Polar.

Extrait :

« En parcourant les derniers mètres avant la pension, Aïcha Sadia songea aux troubles ressentis face aux crimes atroces. Elle avait appris, il y a longtemps, que ces troubles ne forment en fait qu’un habile déguisement de l’âme. La mort, se dit-elle en poussant la porte d’entrée, pareille à une vieille enjôleuse, n’en finirait sans doute jamais de fasciner les vivants… »

L’auteur : 

Gilles Vincent est né à Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1958. Un grand-père député du Front Populaire, grand résistant, déporté… Une grand-mère institutrice, hussarde de la République, bouffeuse de curés. Un père prof de Fac, une mère prof de Lettres, puis psychanalyste (personne n’est parfait). Et c’est du côté de Valenciennes qu’il passe sa jeunesse dans laquelle ne trouvent grâce à ses yeux que les livres, les histoires, les mondes imaginaires. À 14 ans, au Maroc, il découvre Frédéric Dard et dévore tout San Antonio jusqu’à en oublier la magie du désert. Sa décision est prise : plus tard lui aussi il racontera des histoires. À 20 ans, il abandonne ses études pour une carrière de commercial. Puis il rejoint le sud, Marseille tout d’abord puis les environs de Pau où il vit depuis quelques années, tout entier consacré à « l’aventure des mots » : ateliers, classes, conférences et romans. Il a publié 7 romans dont Djebel, un polar dont Isabelle Adjani a acheté les droits cinématographiques. Il a reçu le Prix Marseillais du Polar 2010 pour son roman Sad Sunday. Dans les auteurs qui l’ont marqué, on retrouve Duras, Besson, Van Cauwelaert, Jim Harrison, Jesse Kellerman et Frédéric Dard bien sûr ! Dans ses passions se mêlent le ciné, les bouffes entre copains, les courses autour du lac, la lecture bien sûr, les rêves, tous les rêves et Madrid où il se verrait bien vivre un jour…

Extrait du prologue

17 août 1936.

« La poussière soulevée par les pneus de la camionnette formait un large sillon beige, une cicatrice floue au travers la nuit bleutée de Grenade.Le chauffeur faisait craquer les vitesses, freinait à grand bruit à l’amorce de chaque virage, tandis qu’à l’arrière, coincés entre les miliciens, les quatre prisonniers se cramponnaient pour ne pas valdinguer.Les cris des soldats les avaient cueillis en plein sommeil. Des gifles sans sommation, des insultes, des coups de pied au cul et, pour finir, des cordes nouées autour de leurs poignets ramenés dans le dos.Deux anarchistes, un instituteur boiteux et un poète : la prise de la nuit.La camionnette s’était ébranlée dans la poussière de l’été, avait traversé la ville muette, poursuivie par un jeune garçon à bicyclette qui avait pédalé au beau milieu des avenues désertes en hurlant : «Papa ! Papa !»À bout de souffle, il avait perdu de vue la carcasse métallique, jusqu’à ne plus discerner que le nuage beige se fondant dans les larges rues de la ville.Le gamin avait alors fait demi-tour, laissé l’air de la descente lui sécher les larmes, sachant au fond de lui qu’on emmenait son père bien au-delà du monde des vivants. Persuadé que les fascistes l’exécuteraient comme tant d’autres ces jours-ci qu’on voyait pourrir sous le soleil au fond des impasses, fusillés à genoux ou abattus d’une simple balle dans la nuque.Les faubourgs une fois derrière elle, la camionnette ralentit l’allure, s’enfonça sur la route caillouteuse qui escaladait les collines au nord-ouest de la ville.Après quelques kilomètres, sous la lueur de la lune qui perçait au travers des nuages, apparurent des corps affalés au milieu des talus. Des communistes, des anarchistes ou de simples républicains, fusillés par grappes le long de la route.Le 20 juillet, Grenade était tombée sans grande résistance aux mains des rebelles fascistes. Depuis, on exécutait à tour de bras. Dans les ruelles, les arrière-cours et les campagnes environnantes, les salves résonnaient toute la journée jusque tard dans la nuit. Les milices phalangistes arrêtaient tout ce qui était suspect de sympathie républicaine, et les hommes, des paysans pour la plupart, étaient passés par les armes sans autre forme de procès.La camionnette bâchée, une fois à mi-distance des villages de Viznar et d’Alfacar, quitta la route et s’engagea sur un chemin étroit qui menait à une ferme nommée «Cortijo de Gazpacho». Elle parcourut une centaine de mètres et s’immobilisa à flanc de colline.Les portières claquèrent dans la nuit ainsi que les ordres, comme des coups de fusils. La ridelle métallique s’abattit dans un grand bruit de tôle. Le chef des miliciens demanda aux quatre prisonniers de s’avancer de quelques mètres, jusqu’au bord d’un trou, sans doute creusé là par quelque paysan dans l’espoir d’y trouver de l’eau.- Toi, le poète, tu te mets sur le côté. Les autres, à genoux. »

Résumé et avis :

Un soir qu’il rentre chez lui, plus imbibé que d’habitude, Thomas Roussel, commissaire à la PJ de Pau, ne sait pas que sa vie va lui péter à la gueule. Claire, sa jeune compagne, au final d’une soirée apocalyptique, lui balance ses quatre vérités, rassemble ses affaires et claque la porte. Départ sans retour. Dépression, alcool, nuits blanches et bitures à répétition. Jusqu’à ce qu’il rencontre Délia qui le sort de la mouise. Non contente de l’extirper de la bibine, la belle Délia lui offre ses bras, l’amour et tout le tralala… Quatre ans plus tard, jour du mariage. Thomas Roussel danse au milieu des flonflons… Le téléphone  sonne. C’est Claire, qui appelle de Marseille, qui dit qu’on va la tuer, qui le supplie de venir la chercher, de la sortir de là… Le lendemain, des cheminots marseillais découvrent le cadavre calciné d’une jeune femme. Roussel prend sa bagnole et fonce, tandis qu’à Marseille, la commissaire Aïcha Sadia prend l’affaire en main.

Il le dit lui-même… au travers de ses romans, un seul sentiment l’intéresse, le sentiment amoureux et ses multiples déclinaisons : aimer, quitter, désaimer, découvrir, être quitté, retrouver, perdre, attendre, espérer… Dans Beso de la Muerte, c’est la passion poussée jusqu’à la folie qui est ici mise en scène.

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Camp de réfugiés espagnol dans le sud de la France. En 1939, la République est vaincue. Le Général Franco, autoproclamé Caudillo (chef, guide) accède au pouvoir pour une dictature de quarante ans. Les républicains espagnols fuient par milliers en France où ils sont internés dans des camps.

On entre de plein pied dans la guerre civile espagnol avec ce titre et on est happé par l’écriture névrotique de l’auteur. On file à fonds de caisse avec nos deux flics. On remonte leur enquête. On plonge dans les heures noire de l’Espagne des année 30 mais pas que…On aperçoit les liens tenus de l’état français avec la politique de répression espagnol 50 ans plus tard. Quand le pays meurtri quotidiennement par les attentats de l’ETA, répond  par la violence du GAL, Groupe Antiterroriste de Libération. On redécouvre aussi le grand poète qu’est Fedérico Garcia Lorca, un dramaturge homosexuel et engagé dans la lutte contre les groupes phalangistes.

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Federico Garcia Lorca, Poète, dramaturgue, peintre, pianiste, compositeur…(1898-1936) Assaci;é par les phalangistes dans les premiers mois de la guerre civile espagnol (1936-1939)

Vous l’aurez compris c’est 60 ans d’histoire contemporaine espagnol que nous parcourant en lisant ces lignes. Mais c’est aussi une enquête palpitante mené tambour bâtant, avec ses retournements de situations. C’est aussi un road-movie nerveux, Une histoire passionnante, émouvante parfois cruelle.

Un polar fiévreux servie par une écriture hypnotique. Gilles Vincent m’a une nouvelle fois prise dans ces filets, alors qu’il n’avait déjà convaincu avec Djebel, Peine maximum et Parjure.