1974 – Arnaud Codeville


La double Chronique

Deux flingueuses ont lu le même bouquin. Et chacune leur tour elle vous donne leur avis.

Là c’est Miss Aline qui vous parle de …

Le Livre: 1974 de Arnaud Codeville. Paru le 01 mai 2016 en auto-édition. 18€ ; 528 pages ; 13 x 20 cm.
4ème de couverture:
À Sebourg, petit village du Nord de la France, c’est l’effervescence. Les pompiers mettent le feu au 16 de la rue Jean Jaurès. La plupart des habitants se massent pour admirer le spectacle. Tous redoutent la vieille demeure et tous se réjouissent de la voir disparaître à jamais du paysage et pour cause : elle serait hantée… Parmi la foule de curieux, un homme assiste à l’incendie. Il est sans doute le seul à être aussi fasciné par l’agonie de la bâtisse… Pour rien au monde, il n’aurait raté ce moment.

 

 

 

 

L’auteur : Né en 1980, Arnaud Codeville est infographiste et développeur web. Il arrive à la littérature en passant par sa passion de toujours : les jeux de rôle qui le propulsent dans des univers hors du commun. En 2015, il sort son premier roman :La tour de Sélénite.

 

 

 

 

 

Extrait :
« Malgré la distance, Poirier put entrevoir le visage de l’interlocuteur du vieil homme et pendant l’espace d’un instant, il eut la nette impression qu’il lui était familier. Troublé, le policier tourna la tête et regarde Joël qui venait de s’allumer une Marlboro. Ce type là-bas avait de faux airs de …son collègue. Etait-ce là un vilain tour de son imagination ? se demanda-t-il en scrutant de plus en plus le visage de Joël. Ce dernier s’en aperçut et pivota vers lui, intrigué Stéphane voulut lui en faire part, mais se retient. Finalement, il secoua la tête pour enlever cette drôle d’idée, embraya et fit demi-tour. Dans un crissement de pneus, ils quittèrent la rue Jean Jaurès pour de bon. »

 

L’accroche de Miss Aline :

 

Une 4ème de couverture qui ne laisse rien présager du contenu du livre. Il y a le mot « hantée » certes mais pas de quoi ne pas lire le roman.

Quelques mots en prologue nous parlant d’une maison que l’on brûle intentionnellement à Sebourg. Un homme qui regarde le spectacle jusqu’au bout. « Hantée », maison…je tiens mon paranormale. Va suivre le développement des faits qui devrait m’amener là. Mais je  suis loin, très loin d’imaginer ce que je vais vivre en lisant ce roman.

 Je fais alors  la connaissance de Joël Masson, inspecteur de police dans le Nord de la France. D’emblée, il m’énerve à vouloir finir au fond d’une bouteille d’alcool. À se morfondre. Il a vécut un drame familial, il ne veut pas vraiment en parler. Qu’à cela ne tienne mais bouge toi mec. Le capitaine Lassard va l’envoyer sur une enquête qui devrait se régler en deux temps trois mouvements : une tentative de cambriolage dans une maison à Hérin. À partir de là, je ne maîtrise plus rien, Joël non plus d’ailleurs. Le fantastique, oui. Le paranormal, un très petit oui. Les deux mélangés ça me donne la chaire de poule. Je ne veux même pas lire le soir. Faut pourtant aller jusqu’au bout pour être certaine que le bien triomphe et ne pas rester sur des cadavres à foison, du sang et autres substances glauques, des hallucinations (d’ailleurs en est-ce vraiment ?), des portes étranges… Tout à coup Joël se réveille… enfin ! Je veux savoir et ma lecture prend la vitesse des rebondissements qui se succèdent avec frénésie.

1974 est mon premier livre lu d’Arnaud Codeville. Le texte est fluide avec beaucoup de dialogue, ce qui pour moi rend un texte vivant. L’écriture est très imagée. On ne fait pas que lire, on est dans l’histoire : on voit tous, on vit tous. C’est une écriture captivante voir hypnotique.

Merci à Arnaud Codeville, rencontré fin novembre au salon de Mon’s Livre (Belgique) de m’avoir ouvert un univers que je ne côtoyée pas. Rendez-vous au prochain roman !

 

Publicités

La nuit de l’Ogre, Patrick Bauwen


Le livre : La nuit de l’Ogre de Patrick Bauwen , paru le 09 mai 2018,aux Éditions Albin Michel. 22 euros, 496 pages, 15,5 x 22,5 cm.

4ème de couverture:

La mort est un art.
Vous en êtes le spectateur.
Et vous pourriez être sa prochaine victime.

Des sous-sols de Paris aux recoins obscurs des facultés de médecine, Chris Kovac, médecin urgentiste, se lance à corps perdu dans une enquête qui ressemble à une nuit sans fin.

 

 

L’auteur: Patrick Bauwen dirige un service d’urgence dans un hôpital de la région parisienne. Il partage sa vie entre ses deux passions : l’écriture et la médecine d’urgence. L’OEil de Caine (2007, 40.000 exemplaires vendus en librairie) a obtenu le prix Polar des lecteurs du Livre de Poche et le Prix Carrefour du 1er roman, Monster (2009), le prix Maison de la Presse, et Seul à savoir (2010) a reçu le prix Littré. Le jour du Chien (2017) a reçu le prix polar Babelio.
Patrick fait parti de la prestigieuse Ligue de l’Imaginaire.

Extrait:
« C’est alors que je remarque le sac. Elle l’a laissé dans la voiture. Je me penche et l’attrape d’une main. Il est lourd. Tintement contre le siège. On dirait bien du verre. Je pousse un soupir et le repose. Quand bien même j’aurais voulu lui courir après, aucune chance d’y parvenir avec ce truc.

Une rue plus loin, je me gare sur un emplacement de livraison, allume les warnings, défais ma ceinture et soulève à nouveau le sac. Je remarque alors pour la première fois les taches brunes maculant le tissu.

Le fond est humide. Une substance poisseuse suinte au travers.

Je dénoue les attaches. Ouvre le rabat. Regarde à l’intérieur.

Il y a des vêtements. Pleins de sang. Ce même sang qui goutte à présent dans ma voiture. Mais ce n’est pas le plus terrible. Le plus terrible est le bocal en verre, au milieu.

Celui que je tiens à présent entre mes mains.

Parce qu’à l’intérieur, il y a une tête humaine. »

 

Les Sach’Avis de Sacha

Le « muhahaha 😈 » du jour !

Chris Kovak, médecin urgentiste aussi sombre que séduisant, prend en stop une jeune femme blessée qui fuit au premier feu en abandonnant son sac. Celui-ci contient du sang et une tête humaine dans un bocal. Dans le même temps, son ancienne compagne, la lieutenante Audrey Valenti, enquête sur une agression atroce. Ils font tout pour s’éviter mais leurs chemins se croisent.

Le « muhahaha 😈 » du jour !
Encore une fois, je ne l’ai pas dévoré car je l’ai savouré ! Une histoire terriblement bien ficelée dans un thème que je ne raconterai pas (j’ai toujours peur d’en dire trop😂) mais qui m’a fascinée! J’adore toujours autant la plume de Patrick Bauwen et le personnage de Chris Kovak plein de profondeur et de complexité !
Alors lis-le, c’est un pitain de bon bouquin! Tu vas trembler! Muhahaha 😈

Dix petites poupées de B.A. Paris


Le livre : Dix petites poupées de B.A. Paris.  Paru le 3 janvier 2019 aux Editions Hugo Thriller.            19,95 € ;  370 pages  ; 14 x 21 cm.

4ème de couverture :

La disparition

Layla a disparu il y a douze ans, en pleine nuit, sur une aire d’autoroute, alors qu’elle rentrait de vacances en France avec son petit ami, Finn. On ne l’a jamais revue depuis.

Les soupçons

Finn a raconté la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit-là. Mais pas toute la vérité. Ni aux policiers qui l’ont interrogé lors de l’enquête, ni même à Ellen, la sœur de Layla, avec laquelle il a refait sa vie et qu’il s’apprête à épouser.

La peur

Quand un de leurs voisins croit apercevoir Layla près du cottage où vivent Finn et Ellen, le passé ressurgit. Finn reçoit d’étranges et inquiétants e-mails. Layla serait-elle encore en vie ? Et pourquoi des petites poupées russes, souvenirs de l’enfance des deux sœurs, font-elles soudain leur apparition ?

L’auteur : B.A. Paris a vendu plus de 2 million d’exemplaires de son premier thriller, Derrière les portes. Traduite dans 37 pays, elle est devenue une star mondiale. En France, après l’immense succès de Derrière les portes en 2016, Défaillances a été retenu dans la sélection du Prix des lectrices de Elle en 2017.  Depuis sa sortie en mars 2018 en Angleterre puis au Etats-Unis, Dix petites poupées rencontre à son tour un succès phénoménal.
Extrait :
« Incroyable, la façon dont ces deux poupées russes me travaillent l’esprit. Il me serait très facile de jeter celle que j’ai trouvée, ou tout au moins la reléguer dans mon tiroir avec l’autre, celle qui a appartenu à Layla. Mais je la garde à portée, dans ma poche, comme pour me rappeler que je ne peux pas me montrer trop confiant. Inévitablement, cependant, elle fait remonter des souvenirs de Layla. Et pour ne rien arranger, Ellen a laissé sa famille de poupées russes bien alignées sur le plan de travail de la cuisine au lieur de les remboîter et de les remettre dans la salle à manger. Je ne veux pas lui demander de les déplacer pour ne pas montrer que j’y accorde une quelconque importance, ni lui faire croire qu’elles me mettent mal à l’aise. »

L’accroche de Miss Aline :

 

Dix petites poupées, B.A. PARIS

« Voilà la déposition que j’ai faite à la police, dans un commissariat quelque part près de l’A1, en France. C’est la vérité. Mais pas toute la vérité ».

Ce sont tes mots, douze ans plus tôt, Finn pour parler de la disparition de Layla. Forcément qu’en guise d’introduction, tu poses tout de suite le doute. Qu’as-tu fais réellement à Layla ? Que n’as-tu pas dis ?

Au fil des pages tu me parais bien mystérieux dans le sens ou tu es à la fois victime et suspect. Victime parce que tu semble harcelé par un mystérieux corbeau qui voudrait te faire croire que Layla n’est peut-être pas morte ou du moins qu’il connait des choses sur toi ? Suspect parce que tu es trop nerveux. Tu parles à un moment d’un « passé honteux », de quoi s’agit-il ?

On voyage entre « maintenant » et « avant » ou tu nous racontes ton angoisse face aux accusations du mystérieux corbeau et l’histoire de ta rencontre/ relation avec Layla. Tu m’as l’air d’être un beau parleur limite manipulateur. J’arrive à m’interroger sur ce qu’a pu te faire Layla. Je t’imagine en victime de violence conjugale peut-être pas physique mais morale sans aucun doute.  Y aurait-il  eut  la fois de trop et tu aurais perdu les pédales.

La police n’ayant pas de corps, ni aucune preuve… tu t’en sors bien !

Est-ce une « perversion » que de t’engager avec la sœur de la victime ? Peut-être qu’elle lui ressemble tellement que tu fais un transfert. Ellen n’est pas Layla, elle semble plus posée, plus calme. Une relation « normale » enfin !

Qui te rappelle Layla avec ses poupées semées à tout va sur ton chemin ? Quelqu’un qui sait (ou du moins se doute), quelqu’un qui a vu quelque chose ? Pourquoi 12 ans après les faits ?

Tu cherches mais tu ne dis pas tout  à Ellen, ni a Tony (flic à deux mois de la retraite) qui est devenu ton ami après la disparition de Layla. Si tu es innocent, pourquoi ne pas tout dire ? Tu laisses planer le doute, je n’arrive pas à te croire totalement.

Plus j’avance dans le récit et plus je me demande jusqu’où je vais aller pour découvrir la vérité sur Finn et sur Layla. Je suis loin de voir la fin arriver. Coup de théâtre, je reste sans voix. Limite je relis pour être certaine d’avoir bien compris cette fois. Comme toujours, après coup, je me dis que j’avais tout les éléments pour (peut-être) arriver seule à la conclusion.

Comme le Petit Poucet, B.A. PARIS sème les poupées sur le chemin de Finn, et parallèlement  le long de ta lecture.  Ce chemin livresque où j’ai retrouvé la qualité d’écriture de l’auteur : fluide, rythmée. B.A. Paris a l’art et la manière de dépeindre des personnalités complexes. Les cartes ont bien été distribuées, coup de bluff et un roman coup de cœur.

Je remercie les Editions Hugo thriller pour ce SP et le renouvellement de leur confiance. Un très grand merci à B.A. Paris pour ce coup de maître. J’attends le prochain roman avec impatience.

disparition, suspect, doute, poupées, manipulation, personnalités complexes;

Le signal de Maxime Chattam


Le livre : Le signal de Maxime Chattam. Paru le 24 octobre 2018 chez Albin Michel dans la collection Thriller. 23€90 ;  (740 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls. Jusqu’ici, tout va bien. Un vrai paradis.

Si ce n’étaient ces vieilles rumeurs de sorcellerie, ces communications téléphoniques brouillées par des cris inhumains, ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse les adolescents, et ce shérif complètement dépassé par des crimes horribles.

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un live ?

 

L’auteur :  Maxime Chattam est né à Herblay, Val-d’Oise , le 19 février1976. Enfin presque parce que Maxime Chattam et Maxime Williams sont des pseudonymes de Maxime Guy Sylvain Drouot, et c’est ce Maxime là qui est née en France. Au cours de son enfance, il fait de fréquents séjours aux États-Unis: sa première destination en 1987 est Portland dans l’Oregon, ville qui lui inspirera son premier roman.
Rêvant d’abord d’être comédien, il suit le Cours Simon, devient figurant dans un spectacle de Robert Hossein et joue dans plusieurs téléfilms.

Il fait plusieurs petits boulots pendant plus de deux ans et reprend ses études de Lettres modernes. Il écrit « Le cinquième règne » à cette époque puis fin 1999, devient vendeur de romans policiers à la FNAC. « Le Cinquième règne » est publié bien plus tard, en 2003, sous le pseudonyme de Maxime Williams.  Il suit une formation en criminologie pendant un an à l’Université de Saint-Denis. Durant cette année, il apprend les rudiments de la psychologie criminelle, de la police technique et scientifique et de la médecine légale. Toujours libraire, il consacre ses week-ends à son projet de thriller. Il rédige « L’âme du mal » en 2001, qui est publié l’année suivante chez Michel Lafon. Signé du pseudonyme de « Chattam », en référence à une petite ville de Louisiane, le livre crée la surprise et conquiert rapidement un public. Ce roman devient le premier volet de la « Trilogie du mal, » suivi de « In Tenebris » (2003) et « Maléfices » (2004). Marié à l’animatrice Faustine Bollaert depuis 2012, il est père d’une fille née en 2013 et d’un garçon né en 2015.

Extrait :
Le feu jaillit sous la forme d’une boule incandescente tandis que Duane Morris perdait connaissance, encore accroché à son siège, le visage ensanglanté.
Et pendant une seconde, les flammes ressemblèrent à des visages hurlant en silence dans la nuit. Puis elles flairèrent leur proie et se jetèrent dessus pour la dévorer vivante.

 

Chronique de Lecteur : L’avis de Jean Luc

Chronique de lecteurs

 

La famille Spencer emménage dans la petite ville perdue de Mahingan Falls. Les nouveaux venus n’y trouvent pourtant pas la tranquillité espérée : suicides mystérieux, disparitions de jeunes filles et autres accidents peu naturels s’enchaînent, semant l’angoisse chez les enfants Spencer. Ethan Cobb se doit d’enquêter.

J’avais adoré ces trois précédents romans, tous originaux et le dernier particulièrement bien documenté.
Mais cette fois-ci, je n’ai pas vraiment accroché avec son dernier thriller “ Signal”.

J’ai eu comme l’impression que Maxime Chattam été retourné dans une zone de confort trop facile pour lui avec  du gore, du fantastique à outrance.
J’ai bien aimé la première partie de cette histoire qui monte crescendo, il pose ses personnages dans une petite ville américaine, ce n’est pas sans rappeler Dôme de Stephen King et aussi la série Mist.

Mais j’ai trouvé certains personnages trop caricaturaux et malheureusement la fin reste trop prévisible.
Un autre bémol pour moi, l’histoire manque globalement d’originalité, mais il faut reconnaître que le savoir-faire de Maxime Chattam lui permet de construire une histoire plutôt prenante même si il y a quelques longueurs. Il y a les gentils, les méchants et on est quasiment dans une construction similaire à celle d’un film d’horreur.

En revanche, j’ai bien aimé la bande des jeunes adolescents qui va lutter à sa manière contre un monde surnaturel et là c’est plutôt très bon ! Mais je n’en dirai pas plus..

Pour moi Maxime Chattam a déjà fait beaucoup mieux, il reste cependant l’un de mes auteurs favoris et l’ambiance qu’il a créée dans ce roman reste noire à souhait.

Alors avis aux amateurs…

Une proie si facile de Laura Marshall


Le livre : Une proie si facile de Laura Marshall. traduit de l’anglais par Silke Zimmermann. Paru le 8 février 2018 chez Fleuve éditions dans la collection Fleuve Noir. 19€90 ; (379 p.) ; 21 x 14 cm
4e de couv :

Maria Weston demande à devenir ton amie.

Et si c’était ça, l’origine de tous les problèmes ?

Au collège, déjà, Maria Weston cherchait désespérément à être admise dans le cercle très fermé des filles les plus populaires de l’école. Mais les rumeurs précédant son arrivée en cours d’année avaient ruiné tous ses espoirs d’y parvenir. Pire encore, elle était devenue la victime facile de leurs manigances. Quand Louise reçoit un jour une demande d’ajout d’ami émanant du compte Facebook de Maria, elle est horrifiée… Car Maria Weston est morte vingt-cinq ans plus tôt.

Alors que Louise a mis des années à enfouir le souvenir de cette fille tout au fond d’elle-même, l’invitation et les messages inquiétants qui s’ensuivent font d’un coup ressurgir le passé. Tout comme le secret de Louise, si intimement lié à la disparition de sa camarade.

Un secret qui, révélé au grand jour, pourrait bien détruire sa vie.

L’auteur : Laura Marshall a grandi à Wiltshire et a étudié l’anglais à l’université du Sussex. En 2015, elle décide de se lancer dans l’écriture, et participe au Curtis Brown, Creative Writing. Son premier roman, Une proie si facile, a été finaliste au Bath Novel Award 2016 et présélectionné pour le Lucy Cavendish Fiction Prize 2016. Il est en cours de traduction dans plusieurs pays.

La chronique Jubilatoire de Dany

 

Une proie si facile de Laura Marshall

L’action se passe en Angleterre où Louise élève seule son fils Henry, depuis son divorce avec Sam. Elle s’installe dans sa nouvelle vie de mère célibataire hyperactive jusqu’à ce qu’un souvenir d’adolescence, réactivé par FaceBook, fasse voler en éclats son fragile confort. Même si le sujet me fait penser à David-James Kennedy et son roman « Malgré elle », l’auteure installe ici l’amour maternel comme véritable enjeu de l’intrigue de ce thriller très bien mené.

Au-delà du suspense, ce sont les dangers que représentent les amis virtuels avec qui nous rentrons en contact qui sont évoqués, tout comme les rites d’intégration bien réels ceux-là, de nouveaux venus dans des groupes constitués. Ces deux aspects concernent ici des adolescents mais nul n’a dans ce domaine le privilège de l’âge.

Des personnages attachants et une intrigue puissante font de ces 384 pages, un moment de lecture agréable et noir à souhait.

Lu en numérique

 

La petite fille du phare de Christophe Ferré


 

La petite fille du phare de Christophe FerréLe livre : La petite fille du phare de Christophe Ferré. Paru le 3 octobre 2018 aux Editions L’archipel dans la collection Suspense. 22 € ;  (544 pages) ;  15×24 cm.

 4ème de couverture :

Ploumanac’h, Côte de granit rose. Le temps d’une soirée dans un bar proche de leur maison, Morgane et Elouan laissent la garde de leur bébé, Gaela, à son frère adolescent.

Au retour, un berceau vide les attend. Aucune trace d’effraction, nulle demande de rançon. Les pistes se multiplient, mais l’enquête piétine.

Très vite, la police judiciaire pense que la petite fille ne sera jamais retrouvée.

Pour les parents de Gaela, l’enfer commence. D’autant qu’on fouille leur passé, et que celui-ci présente des zones d’ombre. Morgane est bientôt suspectée d’avoir orchestré la disparition de sa fille…

Un suspense au dénouement aussi stupéfiant qu’une déferlante sur les côtes bretonnes.

2973499L’auteur : Christophe Ferré est née en 1963.  Christophe Ferré écrit des romans, des pièces de théâtre et des fictions radiophoniques. Il a obtenu le Grand Prix international de la fiction radiophonique pour Chambre d’Amour. En 2010, il reçoit le Grand Prix de la nouvelle de l’Académie française. Il est l’auteur de neuf romans dont La Révélation de Chartres (Salvador, 2015)

 

Extrait :
« Ses mains saisirent l’enfant. Alors l’être de la nuit l’emporta avec lui et disparut dans le cauchemar de la nuit ».
« Les vagues sont comme l’amour, elles sont belles en arrivant sur le rivage, mais l’instant d’après, elles n’existent plus ».

 

 

Les P’tits Papiers de So.

La petite fille du phare- Christophe FERR֤E

 

La petite fille du phare nous emmène dans une Bretagne que l’auteur semble bien connaître, on y découvre la côte de granit rose, ses paysages, ses traditions, on respire l’air marin, on s’y croit.

Dans ce cadre magique se produit un drame. Un bébé de 10 jours disparait. Tout au long de ce roman, nous suivrons Morgane, mère de la petite Gaela disparue. L’écriture est fluide, on se laisse porter de chapitre en chapitre pour retrouver le bébé.

Le pitch est prometteur, on nous annonce une fin renversante. La lecture démarre par un chapitre engageant, sombre angoissant.

Oui mais voilà. Difficile de se sentir proche de cette mère qui semble dénuée de tout instinct maternel, presque sans émotions. Difficile de croire au drame familial tant les personnages semblent froids, distants. Volonté de l’auteur pour semer le trouble ?

Tout s’enchaine, tout s’explique, et pourtant, il m’a manqué un quelque chose dans cette lecture. J’aurai aimé vibrer avec Morgane, j’aurai aimé avoir mal au ventre pour elle, d’avoir perdu cet enfant, j’aurai aimé souffrir avec elle alors qu’elle vit un cauchemar. J’ai regretté ne pas retrouver cette atmosphère angoissante du premier chapitre. Tromperies, trahisons, ponctueront cette quête de vérité, mais là encore, l’émotion a manqué. La petite fille du phare est un roman qui se lit facilement, rapidement, accessible à tous.

Merci aux Editions L’Archipel et à Christophe Ferré pour l’envoi de ce service presse.

 

Si vous souhaitez un autre avis de Flingueuse c’est ICI et c’est celui d’Aline

Rivière tremblante – Andrée A. Michaud


Le livre : Rivière tremblante de Andrée A. Michaud. Paru le 19 septembre 2018 aux Editions Payot et Rivages, collection  Rivages/Noir. 21 € ; 366 pages ;  22,5 x 15,5 cm

4ème de couverture :

Août 1979. Michael, douze ans, disparait dans les bois de Rivière-aux-Trembles sous les yeux de son amie Marnie Duchamp. Il semble avoir été avalé par la forêt. En dépit de recherches poussées, on ne retrouvera qu’une chaussure de sport boueuse. Trente ans plus tard, dans une ville voisine, la petite Billie Richard, qui s’apprête à fêter son neuvième anniversaire, ne rentre pas chez elle. Là  encore, c’est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. Pour son père comme pour Marnie, qui n’a jamais oublié le traumatisme de l’été 1979, commence alors une descente dans les profondeurs du deuil impossible, de la culpabilité, de l’incompréhension. Ils ne savent pas qu’un autre drame va frapper le village de Rivière-aux-Trembles…

L’auteur : Andrée A. Michaud est née au Québec. Après des études de philosophie, de linguistique et de cinéma, elle entame une carrière de romancière. Elle est rapidement reconnue pour ses romans noirs très littéraires, entres Bondrée, récompensé par plusieurs prix aux Canada et en France : le prix du Gouverneur général (important prix littéraire) le prix Saint-Pacôme (dédié au roman policier), le prix Arthur-Ellis, le prix des lecteurs Quai due polar/20 Minutes et le prix Rivages des libraires.

 

Extrait :
«  Puisque j’étais vivant et pas encore totalement cinglé, j’avais pris mes jambes à mon cou, inconscient que la bête que je tentais de semer avait fait son nid dans mes entrailles, que l’homme est un putain de cheval de Troie transportant dans ses tripes tout ce dont il a besoin pour s’autodétruire et s’empoisonner la vie, à commencer par l’attirail de souvenirs tranchants qui lui lacèrent les flancs à chaque faux pas. On ne peut rien contre cette tumeur qui prolonge ses métastases du cerveau jusqu’au ventre. La seule façon de fuir sa mémoire, c’est de se faire lobotomiser. Je n’en étais pas encore là, mais il m’arrivait d’envisager cette option lorsque les heures s’étiraient dans tous les sens et que le cafard, avec sa flopée de pensées visqueuses, profitait de cet instant de stagnation universelle pour me sauter dessus. »

L’accroche de Miss Aline 

 Rivière tremblante, Andrée A. MICHAUD

Comment vous parler de ce thriller qui n’en est  pas vraiment un ? Bien sur, il y a disparition d’enfant, même deux  à trente ans d’intervalle. Bien sur l’enquête sera et est menée. Bien sur il y a aura soupçon de culpabilité. Mais l’essentiel de ce roman n’est pas là pour moi.

 Dans les deux premiers tiers du livre, on fait la connaissance de Marnie Deschamps qui voit disparaitre sous ses yeux son meilleur ami. Au moment des faits, ils ont une douzaine d’année. On va aussi côtoyer Bill Richard dont la fillette de 9 ans ne rentrera jamais de l’école.  Ce qui est le plus touchant, perturbant, déroutant c’est la façon dont l’auteur te fait vivre ça de l’intérieur. Dans la tête, le cœur, les tripes de Bill et Marnie. Ils vont vivre la disparition comme une descente aux enfers. Ils vont survivre au-delà des enfers. Ils vont s’enfoncer au plus profond d’eux-mêmes pour puiser la force vitale. Ils vont vivre leurs douleurs comme un gouffre infini, un trou noir qui absorbe tout.

J’ai plus d’empathie pour Bill dont la douleur se fait dans le souvenir permanent de Billie. Qui continue de lui inventer des histoires, qui garde son chat au-delà du raisonnable, qui lui donne l’éternité à 9 ans. Bill qui parfois s’effondre, où le trou noir manque de l’engloutir totalement. La douleur est  déchirante, béante, un puits sans fin dont aucun son ne peut sortir. Une douleur qui n’a pas de nom, pas de mot. Une douleur qui envahit chaque parcelle de son corps, de son cœur. Une douleur où Billie meurt à chaque fois.

Marnie est plus abstraite dans sa douleur. Elle n’a pas moins mal non, mais c’est tellement différent. C’est une douleur qui vient de l’enfance, qui est bercée par l’enfance. Elle y met tellement d’interrogation, de réponse formée et déformée. Elle était trop jeune à l’époque pour se « rendre compte » vraiment. C’est une douleur comme un souvenir comme une vieille peluche que l’on retrouve au fond d’un grenier et dont on  avait oublié la bouille. Elle aussi sombre dans ce trou noir qui de son côte ressemble plus à la folie.

Dans la troisième partie ces deux histoires vont se télescoper ou plutôt se frôler. Un enfant à disparu à Rivière-aux-trembles. Là encore, la lumière n’est pas sur l’enquête mais sur Bill et Marnie. Ils vont devoir faire face et revivre leur propre disparition. Où sont leur ami et fille ? Pourquoi, comment, par qui ? Le manège tourne sans cesse. Ne cessera-t-il jamais ? Jusqu’où va-t-il falloir aller pour avancer, juste avancer sans oublier ?

Bill et Marnie se sont deux souffrances comme deux étoiles dans le firmament qui ne pourront jamais se toucher. Ce sont deux mondes au bord du gouffre, deux cœurs vidés, une apnée constante.

L’auteur a un style d’écriture particulier en cela qu’il n’y a pas de dialogue à proprement dit. Il est inclus dans le texte, pas de tiret-à-la-ligne. Au début c’est déroutant puis tu comprends que tout se passe dans la tête de l’un et de l’autre. Comme si eux aussi se racontaient l’histoire.

Les phrases peuvent être longues. Là encore on s’habitue. Elles ressemblent à cette douleur pesante, lancinante, qui se traine et ne veut pas partir. Tu es emmenée malgré toi dans ce récit et tu vis cette descente dans les abysses  de la douleur. Tu voudrais les consoler, les bercer dans tes bras, mêler tes larmes aux leurs.

Je ne connaissais pas Andrée A. Michaud et c’est pour moi une magnifique découverte. Il n’est pas dit que je ne vous en reparle pas avec Bondrée ou Lazy Bird deux autres de ses romans.

Bonne lecture.

Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain


Le livre : Tu tairas tous les secrets d‘Hervé Jourdain – Paru le 11/10/2018 aux éditions Fleuve édition dans la collection Fleuve noir – 19.90€   – epub 13.99 € (416 pages) ; format 21×14 cm

 4ème de couverture :

Une femme est retrouvée morte dans le parc naturel des Ardennes. À quelques kilomètres de là, le corps d’une autre est repêché dans la Seine. Sur le pull que portait la première victime, l’ADN de l’épouse d’une chef de brigade de la PJ de Paris. Au cou de la deuxième, un curieux médaillon en forme de chouette.Le commande Guillaume Desgranges est chargé de l’enquête parisienne. Et ce qui se passe dans les Ardennes, il refuse d’en entendre parler : il a élevé seul son fils et remué ciel et terre pour retrouver celle qu’il aimait. Le temps a passé. Son évaporation ne regarde qu’elle, à présent, où qu’elle soit. La brigadière Zoé Dechaume ne l’entend pas de cette façon et n’a qu’une idée en tête : remonter la piste ardennaise. Alors, en toute clandestinité, et en duo avec sa coéquipière Lola Rivière, elle va se lancer sur les traces d’une femme qu’elle ne connaît pas, mais dont elle a toutes les raisons de penser qu’elle vit encore. Entre Paris, la Belgique et les Ardennes, mettant en péril leurs carrières et bien plus encore, les deux jeunes femmes vont se heurter aux secrets qui contraignent au silence, écorchent, et finissent par tuer ceux qui les portent.

 

L’auteur : Hervé Jourdain est né le21/08/1972 à Sainte-Maure-des-Fossés, féru d’Histoire et de course à pied.
Il réussit le concours de gardien de la Paix et s’installe à 20 ans dans le sud de la région parisienne. Parallèlement à son activité professionnelle, il s’inscrit à l’université Paris-I et obtient une licence d’Histoire. Il intègre alors un service de renseignement en 1998 avant de devenir, deux plus tard, officier de police.
Lieutenant à la brigade des mineurs de Paris puis capitaine au sein de la brigade criminelle installée au mythique 36, quai des Orfèvres, il décide par défi de se lancer dans l’écriture de romans policiers.
Il est alors capitaine de police lorsqu’il publie Sang d’encre au 36 (2009), un premier roman qui lui vaut le prix des lecteurs du grand prix VSD du polar.
Il remporte en 2014 le prix du Quai des Orfèvres avec son roman Le Sang de la trahison.
Il a par ailleurs collaboré à l’écriture d’un long métrage, fait office de conseiller sur le tournage d’un téléfilm policier, effectué une brève apparition dans le film « Contre-enquête » (2007) aux côtés de Jean Dujardin.
En 2017, il reçoit le prix Sang d’encre décerné par le festival de Vienne pour son roman, Femme sur écoute, paru chez Fleuve Éditions en 2017.
Sous le pseudonyme Clovis Bienvenu (l’identité de son grand-père maternel), il est également l’auteur de Le 36, quai des Orfèvres à la croisée de l’histoire et du fait divers, paru chez PUF en 2012 dans la collection Questions judiciaires.…Il est aujoud’hui commandant de police.

 

Extraits :
« Certains comptabilisaient le nombre d’autopsies auxquelles ils avaient assisté. Un procédurier se targuait d’en avoir réalisé dix-huit la même année. Une autre enquêtrice, à coup sûr une fétichiste, conservait dans un tiroir un stérilet saisi sur le cadavre d’une femme tuée par son amant qu’elle se plaisait à montrer aux stagiaires de passage au 36. Peut-être pour les faire fuir. Ou pour les épater. Ou pour exorciser cet instant de découpe, cet acte de boucherie, ce dépeçage en règle d’un corps qui ressemblait à s’y méprendre au sien. »
« Selon la copie du rapport d’autopsie qu’elle avait consultée dans la foulée, le cadavre avait séjourné face contre terre durant un mois avant sa découverte. Au fil des heures et des jours, des escouades d’insectes nécrophages s’étaient nichés, développés et reproduits dans et aux abords du macchabée. Les orbites avaient été évidées, les tympans visités, les lèvres forcées, la bouche pénétrée. Les mouches bleues croisaient d’autres diptères dans les cavités gonflées par les larves de coléoptères. Le légiste avait prélevé de nombreux spécimens. Certains avaient été plongés dans du formol, d’autres avaient été conservés vivants dans des tubes aérés afin de dater au mieux la mort de la victime. Puis il avait autopsié ce qui pouvait encore l’être. Les meilleurs morceaux avaient été dévorés : cœur, poumons, rate, foie. Le larynx était intact, aucune fracture n’était signalée, pas plus que la présence de corps étrangers. En résumé, rien n’évoquait une mort violente. Ce décès paraissait inexplicable chez un sujet féminin qui ne semblait pas avoir plus de cinquante ans au vu de l’examen odontologique… »
 

La chronique jubilatoire de Dany

Titre et auteur : Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain

On retrouve les protagonistes de Femme sur écoute, dans une intrigue plus classique, mais avec un duo féminin immanquable ! Une enquête complexe où l’auteur nous entraine dans les Ardennes. C’est un peu le hasard qui fait se relier deux scènes de crime et qui va lancer Lola et Zoé sur les pistes de ces femmes disparues. Elles n’en ont pas la légitimité, elles devront jouer avec les personnages secondaires pour approcher de la vérité, toujours border line.

Que feriez-vous si, avisé que vous êtes gravement malade, on vous proposait un traitement miracle ? Les pieds sur terre ou la tête dans les nuages, une galerie de personnages bien campés  renforcent toute l’ambigüité posée par l’auteur.

De nombreux thèmes sont abordés par Hervé Jourdain à la périphérie de cette enquête : l’exploitation des immigrés clandestins, les médecines alternatives, les sectes, les maladies rares, l’amour maternel, les SDF … procurent aux lecteurs des moments d’émotions dans ce monde de brutes. Notons aussi la sobriété du ton : pas d’effets spéciaux de superproduction, tout est précision et minutie. En prime une visite du Bastion, le new 36, maintenant opérationnel … ou presque !

J’aime beaucoup, mais il n’aurait pas dû assassiner une 2CV !

 

Lu en version numérique.

 

 Extrait :
«  Le front collé contre la planche d’une étagère, elle attrapa une conserve en verre. Ce qui ressemblait à des abricots flottant dans un jus épais. Elle tira sur la languette afin d’ouvrir le couvercle. En vain. Trop faible. Elle l’agrippa avec les dents et poussa le bocal de ses deux mains. Pas mieux, le caoutchouc usé se déchira sans libérer l’air nécessaire. De colère, elle le jeta contre le mur. Le verre se brisa, le jus l’éclaboussa.
Elle se rua au sol telle une mendiante, pinça de la pulpe de fruit mêlée de terre entre ses doigts et la porta à sa bouche. Elle ferma les yeux. Ils se rouvrirent sur des larmes. Honte de ramasser de la nourriture tombée au sol, douceur du sucre, crainte d’être abandonnée, espoir d’être sauvée, elle était chahutée par des vents contraires.»

 

Torrents de Christian Carayon


Le livre : Torrents de Christian Carayon. Paru le 06 octobre 2018 aux éditions Fleuve éditions dans la collection Fleuve noir policier . 19.90€ ;  (336 pages) ; 21 x 14 cm. epub 13.99€

 4ème de couverture :

  1. Des morceaux de corps humains sont découverts dans une rivière qui dévale vers la ville de Fontmile. On finit par identifier deux victimes, deux femmes portées disparues depuis longtemps. La peur et l’incompréhension s’emparent des habitants, jusqu’à l’arrestation de Pierre Neyrat, un chirurgien à la retraite. Ce dernier connaissait une des victimes, l’amie intime de son fils. Il a les compétences pour démembrer ainsi les cadavres et un passé trouble. Mais surtout, il a été dénoncé par sa propre fille. Bouleversé par ces événements qui réveillent la douleur de la perte de la femme de sa vie et font imploser sa famille, son fils François décide alors de remonter le cours de l’histoire. Car derrière les silences, ce sont les violences de l’Occupation que Pierre Neyrat a tenté d’oublier. Mettant ses pas dans ceux de son père, François va reconstituer ce passé dont il ignorait tout, où se sont noués les fils fragiles de son existence. Deux époques, deux enquêtes, pour un polar mené de main de maître.
L’auteur : Christian Carayon, originaire du Sud-Ouest, enseigne l’histoire et la géographie en lycée depuis plus de 15 ans. Il vit actuellement dans la Sarthe.
Véritable cinéphile, il est également féru d’écriture depuis son enfance. Il se lance dans l’écriture en 2012 et publie Le Diable sur les épaules (Les Nouveaux Auteurs, 2012 ; Pocket, 2013), un thriller historique se déroulant dans le Tarn, finaliste du prix du jury du Polar historique de la revue Ça m’intéresse-Histoire.
Les Naufragés hurleurs, son deuxième roman, reprend le personnage du criminologue Martial de la Boissière.
Un souffle, une ombre (Fleuve Editions, 2016) est son troisième roman, vendu en plusieurs langues avant même publication française. Torrents est son quatrième roman, chez le même éditeur en 2018. Pour en savoir plus, son site ICI
Extrait :
« Je ne crois pas qu’on puisse revenir de l’autre côté une fois qu’on y a basculé, contrairement à ce qu’a avancé un soi-disant expert en psychologie. Une troisième possibilité, ma préférée, est apparue, et c’est cette dernière que je tente de suivre. Notre gars a eu peur de se faire pincer. Il a commis une erreur, une imprudence, appelle cela comme tu veux, mais il a cru que les poulets allaient débarquer chez lui. Ce qui l’a obligé à faire le ménage.
— Cette fameuse erreur, ce serait d’avoir été repéré par sa future victime.
— Tu réfléchis aussi vite que ton paternel… Je penche cependant pour quelque chose de plus radical. Tu ne fais pas déplacer les flics parce que tu affirmes qu’un inconnu n’arrête pas de mater tes jolies fesses. En revanche, pour une tentative d’agression… Je crois qu’il a raté son coup. Qu’il y a quelque part une miraculée qui ne se doute sûrement pas de ce à quoi elle a échappé. Je dirais dans un maximum de trois semaines avant que, ton père et mézigue, on se mette à repêcher des bras en lieu et place des truites. »

   

La chronique jubilatoire de Dany

Torrents de Christian Carayon

 

François, dessinateur de vocation, a tout perdu quand sa compagne Emilie a disparu en 1979. D’autres disparitions, par la suite, perturbent le microcosme campagnard où vit sa famille, avec en prime la découverte de restes humains dans le torrent. François va revenir dans son village natal car il ne croit pas en la culpabilité de son père, soupçonné d’être « le dépeceur ».  L’enquête qu’il va mener avec l’aide de Camus, ancien flic, va l’entraîner à révéler les secrets de famille, ceux que le père a enfouis quand il a changé de région, après la seconde guerre mondiale et les exactions commises au nom de « l’épuration sauvage ». Ce père va passer de la position de notable à celle de proscrit … et s’il était innocent ? Comment François va-t-il pouvoir passer du doute au mensonge pour préserver le peu d’honneur qu’il reste à sa famille ?

Ce sont bien ces questions que se pose le lecteur au cours de cette double enquête. On sent très bien la patte de l’historien quand François est obligé de rouvrir les vieux dossiers.

Des chapitres courts et rythmés, trois narrateurs, contribuent à impliquer le lecteur dans la quête de la vérité avec un suspense final bien mené.

C’est le quatrième roman de Christian Carayon … auteur à suivre notamment pour l’ambiance campagnarde qui n’est pas sans rappeler celle de Franck Bouysse, attirante et étouffante à la fois où le silence est une valeur partagée, complice de la religion du secret.

Lu en version numérique.

 

 Extraits :
« Il y a ce film qu’il adore où un shérif défend sa prison, seulement secondé par un jeunot, un boiteux et un soûlaud. Putain ! Il en parle tout le temps. C’est quoi le titre, déjà ?
— Rio Bravo. Papa t’écorcherait vif de ne pas t’en souvenir.
— Ouais, c’est ça : Rio Bravo. Lui, il était comme John Wayne. Un John Wayne désarmé et en cravate. Il leur a répliqué que toute personne qui passerait outre à la loi serait poursuivie jusqu’à ce qu’elle ait l’occasion de voir ce qu’était la vraie justice, pas celle des lâches qui, à dix contre un, ont la prétention d’être à la fois juges et bourreaux. Ça, je m’en souviens très bien. Il a ajouté que l’empressement avec lequel certains éliminaient ou souhaitaient éliminer les suspects ressemblait fort à une manière de les faire taire à jamais, de peur qu’ils n’aient à livrer les noms de leurs complices qui, entre-temps, étaient peut-être devenus leurs accusateurs. Nom de Dieu ! Il était en train de les pousser à bout. Avec les deux autres, on s’est regardés, fatalistes. On s’est dit que, ce coup-ci, ça y était, qu’on allait tous y passer. »
« Je sais qu’on me trouve froid et parfois indifférent au sort des autres. Ce n’est pas vraiment de l’indifférence. C’est simplement que me soucier des miens accapare tout mon temps. Cette inquiétude constante est épuisante. J’ai trouvé une parade pour m’en soulager quelque peu : m’éloigner, me retirer de la scène. D’une certaine manière, je fuis. Je ne fuis pas une vie qui me déplaît, au contraire. Je fuis le fait d’avoir trop à perdre. Mon refuge a été mon travail, puis Combe-Sourde. J’ai déplacé cette peur, je l’ai emportée dans la montagne, comme on envoyait les tuberculeux soigner leur mal en altitude. Je l’ai confinée là-haut, promettant de venir la voir tout le temps si elle acceptait de ne plus redescendre. »

Le miroir aux fruits de la passion de Richard Louis


Le livre : Une enquête du chef Michel-Arthur Chevalier, Le miroir aux fruits de la passion.  Paru le 28 mars 2018  aux éditions L@ Liseuse. 19.90 € ; (280 pages) ; 15 x 23 cm

4ème de couverture :

Première enquête du chef Michel-Arthur Chevalier

Panique à Matignon : l’ambassadeur de France en Italie a disparu et son chef de cuisine a été assassiné. Pour rester le plus discret possible, le gouvernement français dépêche sur place le meilleur élément de la brigade spéciale du Premier ministre : le cuisinier Michel-Arthur Chevalier, alias Mac. Pendant qu’il enquête dans les arcanes du Saint-Siège, tout en goûtant aux trésors de la gastronomie italienne, de vieux ennemis se rappellent à lui et l’obligent à se replonger dans des souvenirs qu’il aurait préféré ne pas voir ressurgir…

Un roman palpitant dans lequel l’esprit de déduction et l’appétit sont tous deux aiguisés par une intrigue au moins aussi savoureuse que les recettes dévoilées à sa suite.

 

L’auteur : Richard Louis est issu d’une famille avignonnaise. Son arrière-grand père tenait une épicerie fine et son père restaurateur et traiteur à côté du Palais des Papes. Après avoir tenu le restaurant familial au début de sa vie professionnelle, Richard Louis s’est orienté vers une carrière dans la communication globale pour des entreprises régionales et nationales, tout particulièrement dans le domaine de la restauration. Sa passion pour l’écriture date de l’époque où il faisait du théâtre et où il avait tellement eu de plaisir à jouer une pièce qu’il s’était proposé d’en écrire la suite. Finalement, le temps qu’il parvienne à la fin, certains des comédiens avaient quitté le théâtre et, la pièce n’a jamais été jouée ! Alors, il en a écrit une autre, et puis il s’est lancé dans la narration des romans policiers … Ainsi, c’est au petit matin qu’il s’adonne à sa passion pour l’écriture. Dans ces ouvrages, il met en scène un personnage récurrent, Michel-Arthur Chevalier (alias MAC), un enquêteur qui est également chef de cuisine. Richard Louis, en amateur des mots mais également de saveur culinaire, propose à la fin de chacun de ses romans, les recettes des plats qu’il évoque dans ces récits. À ses heures perdues, l’auteur aime aussi jouer de la musique, dessiner, peindre ou sculpter.

 …

 

Extraits :
«  Le type qui m’avait renseigné n’était pas un enfant de chœur, pour qui connaissait son pedigree. Il m’avait Supercontacté par téléphone et, pour sa sécurité, n’avait jamais voulu que l’on se rencontre. Il m’avait tout balancé d’un coup. Il m’avait dit « qu’il y avait des choses qui ne se faisaient pas. En particulier, faire du mal à des enfants ». Il avait ajouté qu’il avait participé, au Rwanda, à une action punitive qui avait coûté la vie à vingt-huit enfants d’un village rebelle. Le temps avait passé, mais il avait toujours beaucoup de mal à s’en remettre. Je n’y croyais pas vraiment.»

La chronique jubilatoire de Dany

Le miroir aux fruits de la passion de Richard Louis

Un roman de 232 pages en fait, car la fin est un recueil de recettes : les recettes bien contemporaines de MAC pour les amateurs comme dans la série de Michèle Barrière qui reprenait les recettes médiévales.

Une narration sur trois époques permet au lecteur de reconstituer l’histoire douloureuse de Michel-Arthur Chevalier (MAC), membre d’un corps d’élite attaché au premier ministre du gouvernement français, sous couverture de son métier de cuisinier.

Les amoureux de Rome retrouveront avec plaisir les décors somptueux de la capitale italienne où la précision des descriptions peut nuire au rythme de l’intrigue.

Quant au contexte de l’action, la revue de presse très documentée et restituée in extenso nuit elle aussi au déroulement dynamique du récit.

En résumé une bonne intrigue sur le sujet sensible de la pédophilie au sein de l’église, entravée dans sa narration par un trop plein de précisions.

 

« Ah, c’était trop beau ! Cela faisait bien trois mois que j’étais resté tranquille dans ma cuisine à essayer de nouvelles recettes. Et, après ma dernière place, j’avoue que j’en avais bien besoin ! J’en venais même parfois à oublier que je pouvais sortir de ma cuisine. C’était un phénomène très particulier. Je m’y sentais vraiment en sécurité. Le monde extérieur n’existait presque plus. Il s’arrêtait au passe, cette fameuse barrière qui protégeait la cuisine de la salle et… vice-versa ! »

 

« J’avais prévu un repas dégustation, à prendre sur la terrasse. Il avait fait très beau toute la journée et je pensais qu’une soirée sous les étoiles, avec quelques lampions accrochés aux arbres et le grand photophore sur la table, serait du plus bel effet. J’avais composé un plateau de tapas chics, faciles à manger et variées, car je ne connaissais pas encore ses goûts. Il comprenait, entre autres, despiquillos à la brandade de Nîmes[R] – la brandade Raymond, la vraie, sans pommes de terre – de la tapenade noire maison aux figues[R] – une recette d’un ami turc –, des chips de betterave[R], des sucettes de volaille[R] et différentes petites verrines apéritives[R]. J’avais également préparé des américanos[R], un cocktail que je buvais allongé avec du Schweppes. Verre givré avec une tranche d’orange fendue, en décoration, sur le rebord, piquée d’une cerise confite. Tout était prêt !

J’avais mis toutes les chances de mon côté. »