Résilience de Yannick Monget


Collectif Isabelle

$CDCLe livre : Résilience de Yannick Monget . Paru le 18 février 2016 à  La Martinière. 22€60 ; (661 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de Couv :

100 jours avant l’effondrement.

À Paris, en Chine, de curieux incidents se produisent à proximité de réacteurs nucléaires. Un virus informatique semble avoir réussi à prendre le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

2 ans après l’effondrement.

En Antarctique, des survivants s’organisent dans des bases de haute technologie abritant un écosystème reconstitué. La surface du globe est ravagée par la radioactivité et la résurgence du virus noir, qui a décimé la plus grande partie de l’humanité. Que feront-ils de cette dernière chance ?

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Ultra-documenté, ce thriller aux accents de blockbuster américain enchaîne de façon implacable les chapitres avant et après la catastrophe. L’auteur parsème son livre de références à de véritables incidents, comme le virus Stuxnet, conçu en 2010 par les États-Unis pour prendre le contrôle des centrales iraniennes. Entre jeux de lobbies, dessous du nucléaire civil et pressions politiques, cette course contre la montre révèle comment l’irresponsabilité et l’aveuglement de certains menacent le destin de la planète tout entière.

 ymL’auteur : Yannick Monget a 36 ans. Il est le président fondateur du groupe Symbiom, qui développe des projets de sensibilisation, de recherche et de développement pour l’environnement. Son roman a été salué par de nombreux experts dont l’ancienne ministre et avocate spécialisé dans le droit environnemental, Corinne Lepage, pour qui «le lecteur ne sortira pas indemne de réflexion sur cette aventure.» Yannick Monget est également l’auteur du thrillerGaïa.

 

 

Lire le début de Résilience

 

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Résumé et petit avis de notre lectrice :

A Paris, en Chine, de curieux incidents se produisent à proximité de réacteurs nucléaires. Un virus informatique semble avoir réussi à prendre le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

Résilience de Yannick Monget, un roman exceptionnel dont personne ne ressortira indemne… Les connaisseurs du nucléaire seront confortés dans leurs idées et les profanes se poseront de nombreuses questions…

Une écriture fluide, aux chapitres cours terminant sans cesse par des rebondissement, l’art d’orienter le lecteur vers une fin qui parait évidente et qui pourtant… à lire impérativement !

Un fantastique roman d’anticipation mais qui au final nous fait toucher « la réalité qui pourrait être » de très prés…

Cette décennie, pour moi, aura connu « Pilgrim » et « Résilience »

     Mon petit avis sur Pilgrim ICI

 

 

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Hobboes de Philippe Cavalier : L’ABCdaire de deux nanas fondues de Cavalier.


L'ABCdaire de deux nanas fondues de Cavalier

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Hobboes de Philippe Cavalier.

Le principe est simple, avec Anne Ju, on se partage les 26 lettres de l’alphabet. Chacune met un mot sur chacune des  13 lettres qui lui ont été attribuées. Ces mots définissent, un sentiment, un ressenti, une impression que nous a laissé cette lecture. Ensuite, chaque mot sera expliqué par nous deux.

Ainsi vous retrouverez l’alphabet complet à travers nos deux blog.

Le challenge c’est aussi de parler du livre à travers des mots qui ne sont pas de notre propre ressenti.

Bon j’avoue cette fois j’ai un peu triché. Pour chacune des lettres qui m’étaient attribuées, j’ai proposé non pas un mais deux mots.

Oui, ce roman est tellement riche, que 26 mots c’était un peu juste. 39 c’est plus raisonnable. Sutout que Hobboes est un véritable et gros coup de cœur pour moi !

$$&&&&&&&Le livre : Hobboes de Philippe Cavalier.Paru le 29 octobre 2015 chez Anne Carrière dans la collection Thriller. 21€ ;  (379 p.) ; 24 x 16 cm.
 Le résumé : 
Ravagée par une supercrise, l’Amérique doute et vacille. Des millions d’exclus prient pour un avenir meilleur aux marges de ses villes. Des frontières du Canada à celles du Mexique, rumeurs et légendes s’échangent sur les routes. Parmi les hobboes, les vagabonds, on parle d’hommes doués de pouvoirs surnaturels et d’un guide promis à venger les humiliations des pauvres. On parle de révoltes et de NovAmerica, le monde d’après la prochaine révolution. On parle surtout d’un inconnu capable, à lui seul, de changer le destin de tout un peuple… Enseignant à la prestigieuse université Cornell, Raphaël Banes dédaigne les prophéties. Privilégié, il n’accorde pas un regard à ceux qui n’ont plus rien. Mais quand tout s’écroule autour de lui et qu’un mystérieux commanditaire lui ordonne de remonter la piste d’un de ses anciens étudiants disparu, commence pour lui la traversée d’un continent où les lois s’effacent et où il faut bien plus que du courage et de la chance pour espérer survivre.

$$AVT_Philippe-Cavalier_1218L’auteur : Philippe Cavalier est né en 1966. Quand il était étudiant en Langues orientales et en littérature comparée, il s’est passionné pour ces cultures « exotiques », et pour l’histoire, les croyances religieuses, et les pratiques ésotériques qu’elles comportent parfois.

La preuve, c’est sur les sorciers et les magiciens dans la littérature qu’il rédige sa thèse à la Sorbonne. Il était donc logique de le voir s’atteler dès sa première aventure littéraire à la rédaction d’un thriller fantastico-historique : Le siècle des chimères. Philippe Cavalier prouve une nouvelle fois ses talents de conteur hors norme avec Hobboes, un thriller unique et déroutant, un road-book à grand spectacle et au souffle d’épopée.

 

 Allez hop mon ABCdaire de A à Y.

Et retrouvée la suite et les autres lettre de B à Z chez Les motordus D’Anne Ju ICI

Et… Oui je sais j’ai un peu triché puisque j’ai cette fois donner 2 mots par lettre. Le livre s’y prêtait tellement il est riche.

A : Comme Aventure à Apocalyptique :

Ge :  C’est, en effet, un livre d’aventure que nous propose Philippe Cavalier. Et l’aventure, croyez moi, va être belle et grande.

Une aventure qui a pour toile de fond Armagedon. Un récit pré-apocalyptique.

Anne-Ju : Je n’aurai pas dit mieux pour cette lettre et ce début d’ABCdaire ! Ca va être une vraie aventure ce livre ! Et nous lire aussi. Attention chers pèlerins, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !
Car l’aventure, on aime ça ! Oui, on est des tordues. Alors si en plus, on y rajoute des airs d’Armagedon, d’Apocalypse ..que demander de mieux ? Rien si ce n’est de nous lire, de le lire !

 

C : Crise à Contre Utopie

 Ge : L’argument de départ de ce roman est une crise économique sans précédent.

L’auteur installe son histoire dans un contexte de fin de civilisation. Il bâtit un récit à l’atmosphère anxiogène qui met du relief notre crise actuelle. Nous sommes amenés à regarder d’un œil plus attentif le monde qui nous entoure  avec ses guerres terroristes, sa crise économique qui engendre ses problèmes de migrants, sans parler de ses dérèglements climatiques.

Philippe Cavalier nous propose avec Hobboes un conte dystopique. Une contre utopie qui sonne le glas de notre civilisation qui érige comme idéologie l’ultralibéralisme

Anne Ju : N’ayez pas peur chers pèlerins, ce livre est certes pas de plus drôle mais il faut bien ne pas se voiler la face et dire les mots sur les actions, les causes, les effets et surtout les conséquences. J’ai l’impression, Geneviève, que nous devenons des porte-paroles !
La crise est effectivement le déclencheur de tout ce qui va se passer dans le roman et surtout les bases de cette utopie. Ce roman est une loupe sur la société actuelle et sur ce qu’il fait tourner le monde.

E : Exclusion à Eschatologie :

Ge : La crise économique a jeté les gens dans la rue, des hordes de gens vont par les routes. Plus que jamais l’exclusion fait rage. D’ailleurs à travers le pays n’y a-t-il pas plus d’exclus que de gens qui vivre encore de cette société ultralibérale qui abrutit certain et rejette les plus faibles. Ces exclusions sont bien la preuve qu’une fin de civilisation se prépare. Et nous ne sommes pas loin de penser à fin d’un monde, le nôtre. Et de là à voir poindre de faux prophète nous contons des histoires et des discours eschatologique, il n’y a qu’un pas.

 Bon une petite définition s’impose même pour moi ; lol !

« L’eschatologie est un ensemble de doctrines et de croyances portant sur le sort de l’univers après sa disparition (eschatologie universelle). C’est  le discours sur la fin des temps. Il relève de la théologie et de la philosophie en lien avec les derniers temps, les derniers événements de l’histoire du monde ou l’ultime destinée du genre humain, couramment appelée la « fin du monde ». »

A.Ju : Ah mais toi aussi tu nous sors ta science. Je suis en train de me dire que ce livre est extrêmement riche en vocabulaire, en terme apocalyptique. Mais tu connais mon niveau de curiosité et j’adore en apprendre tous les jours. Ce roman m’a montré un coté dure et difficile à accepter dans notre société : l’exclusion. Or, elle est bien là et de plus en plus présente et forte. Il ne faut pas d’étonner que les plus faibles et plus malheureux arrivent si bien à se faire manipuler.

G : Ghetto à Genre humain

Ge : Les Etats-Unis sont sans dessus dessous, sa puissance vacille. Une crise majeure, supra frappe l’économie mondiale. Des centaines de milliers de gens deviennent des indigents. Des vagabonds vont sur la route, deviennent des chemineaux passant d’un état à un autre car ils ont tout perdu. D’autres plus grégaires s’entassent dans des bidonvilles, des favelas. Dans les grandes agglomérations, des ghettos voient le jour. Au milieu de Central Park survivent des gens entassés dans des camps de fortune . Los Angeles ressemble à Rio. Certains miséreux s’organisent afin de préserver ce qu’il y a de bon dans notre civilisation. D’autres ne pensent qu’à eux. Ils sèment destruction, se préparent à la guerre pour répondre à la promesse d’un nouveau monde…

Ainsi va le Genre Humain.

A.Ju : Tiens je viens de mettre la chaîne info et j’ai eu le sentiment de retrouver ce que tu viens d’écrire. L’auteur n’a rien inventé ! C’est déjà ce que l’on vit. Que devient l’humain dans ce monde de ghetto ? Que va devenir l’humain si cela continue ainsi ? Si tu n’as pas une grande ville sans son ghetto, c’est qu’il manque quelque chose ! Au secours !!! Réveillez vous !! Faites quelque chose !! STOP

I : Illuminé à idéologie :

Ge : Quand le monde s’effondre que de faux prophètes chantent la fin de celui-ci, on voit apparaître tout un tas d’illuminés qui se pose là comme le rédempteur ou le sauveur. Prêt à tout pour arriver à leur fin. Des cavaliers de l’Apocalypse qui voudraient faire voler en éclat l’idéologie dominante et reprendre les rênes de celle-ci à leur compte. Des illuminés prêts à imposer leurs propres dogmes, des idéologues aux croyances douteuses qui ont pour seule doctrine leur propre profit.

A.Ju : Je te rejoins tout à fait ! On a vite fait de passer du côté obscur ! Des illuminés qui sont tellement à fond dans leur doctrine, peuvent mener à la fin du monde ! Ceci étant quand j’y pense, c’est souvent des illuminés qui ont fait les choses que l’on connaît. Si on prend les religions, les croyances naissent sur des faits qui peuvent sembler complètement « illuminés ». L’illuminé pousse-t-il à la croyance ? Je pense que ceux sont les meilleurs messagers pour véhiculer les idéologies.

K : KO et Kyrielle :

Ge : Dire que ce roman m’a mise Ko, c’est juste un doux euphémisme.

Car ce roman, c’est le chaos.

C’est un roman qui vous bouscule, qui vous plonge dans une kyrielle de sentiments. Parfois très opposés les uns aux autres On peut aussi être Ok par sa complexité, par la multitude de thèmes abordés. On peut se perdre dans la kyrielle de personnages que nous propose l’auteur.  De Raphaël Banes qui est le fil rouge, comme le dit Anne Ju, de ce roman en passant par Milton Milicent l’étudiant , l’officier Harper, Camden Hodge ou encore Franklin, le chien, tous ont un rôle à jouer dans ce grand cercle de la vie. Le scribe, Scanaal et Okhlos, la compagnie de cheminots des Sheltas ou le clan des Formeroï., c’est sous leur trait que le mythe prend forme et devient réalité.

 A.Ju : Tu viens de me mettre KO avec cette définition ! Et un mot de plus dans mon vocabulaire ! Merci

Ge : Rien de plus tu es sûre ?

A.Ju : Ah tu insistes et tu as raison. Donc je te rejoins pour toute cette pléiade de personnages. Certains sont mis en avant et d’autres relégués au plan secondaire. Mais ils ont tous un rôle à jouer dans ce roman. Je vous rassure, on arrive à s’en sortir.
Ce qui m’a mise KO dans ce roman c’est la complexité que tu évoques. Autant de points graves traités dans ce roman c’est un véritable challenge. Un challenge aussi pour moi car je ne m’y attendais pas. Mais j’ai tenu bon et je suis assez fière sur ce coup.

M : Mythologie et Mutation

 Ge : Anne Ju parlait de légende dans son abécédaire. Je parlerai plus volontiers  de mythes ou mieux de mythologies.

Ici c’est surtout la mythologie celtique qui imprègne l’histoire. Mais on le sait, chaque peuple, chaque civilisation a sa propre mythologie. La romaine qui emprunte à la grecque qui emprunte à la macédonienne qui emprunte à la mésopotamienne…. Les mythes scandinaves, germaniques et celtiques offre, tout comme les autres, un nombre incroyable de dieux, de divinités, de héros, de monstres et d’humains légendaires qui interviennent dans cette mythologie.

Ici, les mythes anciens vont-être réinterprétés sous nos yeux. Et…

Sous nos yeux de lecteurs voit se jouer la mutation d’un monde. Un monde qui va créer lui-même son propre mythe.

A.Ju : Depuis toute petite, j’adore les légendes. La mythologie m’a toujours passionné ainsi que la légende arthurienne et les peuples nordiques comme les Vikings. Une religion avant l’heure. Car souvent les peuples prenaient plus au sérieux les légendes que les religions.
Il est clair que l’on va vivre une réelle mutation avec ce livre. C’est impressionnant et à lire (si avec tout ça vous ne comprenez pas qu’il faut le lire, je n’y comprends plus rien !)

O : Okhlos et Origine

 Ge : Oklos est un des personnages de ce roman mais c’est aussi un de ces mythes. Oklos, c’est l’origine du changement. C’est autour d’Okhlos que vont se cristalliser tous les espoirs des pauvres hères qui ont tout perdu et qui pensent pouvoir reconquérir leur avenir.

C’est encore Oklos qui prendra la tête du clan de Formeroï. Mais ça je vous en reparle un peu plus tard.

 A.Ju : Euh je ne suis pas obligée de rajouter quelque chose, si il n’y a rien à rajouter ? Car là, je n’aurai pas dit mieux !!

Ge : Oh bien si Anne Ju, que penses-tu de OKhlos ? Que t’a-t-il inspiré lors de ta lecture ? Et sur Origine, rien à dire, non plus ?

A.Ju : A vrai dire je ne sais pas si je peux dire qu’Okhlos m’a inspiré. Il m’a plutôt fait flippé. Car comme tu dis, il est l’Origine de tout cela. Alors attention, je ne suis pas contre le changement. Bien au contraire, j’adore ça. Des choses doivent changer dans notre monde pour par que l’on arrive à ce que Philippe Cavalier nous décrit dans Hobboes.  Okhlos est réel leader. C’est marrant mais ça me fait penser un peu à ce qui se passe en ce moment aux USA avec Trump qui se présente aux élections. Si on y réfléchit bien, Okhlos, Trump, tu ne vois pas une ressemblance ?
Ok là on part dans un débat politique, mais Trump est un leader qui a prévu de gros changements et qui pourrait être à l’origine de moments très douloureux.

Q : Querelle et Quête :

Ge : Avec Hobboe, il est plus question de Quête que d’enquête ;  même si les 2 mots ont la même étymologie.

En effet,  ici,  l’action de chercher à trouver, à découvrir est une constante. Chacun des protagonistes a ses raisons propres de « quester ».

D’ailleurs, tout le prétexte du livre part de la querelle d’un professeur d’université, Raphael Banes, avec son doctorant, Milton Milicent aux le sujet de sa thèse. La querelle ne porte pas tant sur le sujet de la thèse de l’étudiant en socio et en politique : Les mécanismes économiques parallèles structurant les sociétés de marginaux, mais plutôt sur l’éclairage que celui-ci lui apporte. Milton se propose d’étudier les nouveaux récits de la fin des temps, mais Barnes dédaigne les prophéties.

Alors Milicent va partie en quête d’un livre prophétique écrit par le Scribe que les vagabonds se transmettent sous le manteau afin d’étayer sa thèse.

Et à son tour Raphael Banes va partir en quête de son étudiant disparu et du même coup va suivre la piste de ce fameux livre.

Et des quêtes et des querelles, il y en aura bien d’autre tout au long de cette histoire étonnante et passionnante.

A.Ju : C’est tout à fait cela. Une longue quête et des querelles tout au long du livre. Mais si tu n’as pas de quête dans la vie tu n’avances pas ? Or Raphaël est à un moment de sa vie, où tout s’est arrêté. Cette quête de l’étudiant perdu qui va se transformer en une quête personnelle est une réelle querelle de ses certitudes. Ce n’est pas toujours évident d’être en accord avec soi-même et surtout d’ouvrir les yeux sur de nouvelles possibilités.

S : Du Shelta au Surnaturel

Ge : Dans ce roman vont s’affronter 2 clans, les Sheltas comme les nomme l’auteur et les Formeroï. (petite parenthèse : le nom du premier clan les Sheltas vient d’un jargon secret utilisé par des personnes traditionnellement itinérantes dans les iles britanniques, des irlandais principalement pour que les autorités ou la police ne les comprennent pas. Cette langue est basée sur l’inversion systématique ou l’altération des consonnes initiales des mots gaéliques. Fin de la parenthèse)

Donc deux clans rivaux comme le bien et le mal. Un affrontement au sommet en quelque sorte.

J’ai posé la question des 2 b de Hobboes à l’auteur, je lui demandais si cette orthographe avait à voir avec la dualité de ses deux clans de vagabonds

Il m’a répondu entre autre :

 « les deux B renvoient métaphoriquement aux deux grandes compagnies de vagabonds qui s’affrontent dans le livre : Sheltas et Fomoroï »

Mais il m’a dit aussi que :

 « Hobboes reste une oeuvre de fiction. Si les Sheltas existent bel et bien, leur contrepartie négative sont une pure invention (une dérivation des Fomorés des légendes celtiques en fait).

Oui. Métaphoriquement un B pour les Sheltas et un B pour les Fomoroï. Dans les légendes irlandaises, les Fomoroï sont les premiers habitants de l’île. Ils sont décrits comme des entités négatives que les Thuata dé Danann, les « gens de la déesse Dana » affrontent lors de leur conquête de l’île. Pour se venger, les Fomoroï volent les enfants des conquérants. »

Vous l’aurez compris, ce livre est aussi empreint de surnaturel.

A.Ju :Sérieusement, qu’est ce que tu veux que je rajoute à tout cela ???? C’est juste méga top tout ce que tu viens de dire ! En plus, cerise sur le gâteau, l’auteur complète ! Respect total !

Ge : Là je suis certaine que tu peux nous dire deux trois choses, sur le coté surnaturel du livre ! Cela t’a-il choquée, gênée, émerveillée ? Que sais-je encore !

A.Ju : Alors non je n’ai pas du tout été choquée ni gênée. J’avoue que je suis réceptive à ce genre de phénomène. Je crois en certaines choses et certaines sciences liées au surnaturel.
Il est clair que quand j’ai débuté ce roman, je ne m’attendais pas forcément à du surnaturel. J’ai aimé. Avoir l’esprit ouvert pour comprendre ce livre est important. Pour ceux qui sont du style « fermé », ce livre va les déranger c’est certain. Ils vont vous dire qu’il s’agit des foutaises. Mais au fond d’eux, quelque chose va se produire. Du surnaturel ? Peut-être. Mais surtout une prise de conscience. Il en faut et toutes ces métaphores aident à aborder le roman de manière moins noir. Alors qu’il est bien noir, ce livre.

U : Utopie et Usurpation :

Ge : Si je m’en tiens à la définition que donne Le Larousse de l’utopie : Construction imaginaire et rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal ; nous sommes bien avec Hobboe dans ce contexte.

Il y est question de société idéale mais d’une société qui remplacerait l’ancien donc une nouvelle contre-idéale.

Vous me suivez toujours ? Si oui, vous êtes bien les seuls.

En fait…Pour moi Hobboe est le livre des Utopies usurpées.

Des types qui sous prétexte de faire le bonheur de l’Homme inventent des Utopies qui virent au cauchemar. Des mecs qui usurpent le pouvoir d’autres, qui se l’arrogent et qui au final provoquent le chaos.

A.Ju : Je ne me vois pas dire l’inverse de toi ! Car c’est exactement cela concernant l’utopie usurpée. Tu as bien fait de me donner une définition mais bon, j’ai mon Larousse poche donc ça aide ;-). En lisant ce que tu écris, je me dis, qu’encore une fois, c’est aussi ce que l’on vit actuellement. Ce roman dit de fiction ne l’est pas totalement. C’est certain !

W : Wisionnaire et Wagabons

Ge : Et oui je triche un peu ! Mais il faut bien les exploiter ses lettres qui comptent triple. Et c’est bien de « Visionnaire » que je voulais parler, ce roman est un roman visionnaire et la vision de notre auteur n’est pas vraiment rose. Remarquez, ça tombe bien j’aime le noir.

Philippe Cavalier nous offre un récit entre réalité et fiction, entre le conte et la fable, une sorte de mise en garde, un livre prophétique. Il nous montre un futur proche qui pourrait vite devenir le nôtre. Il nous donne à voir une humanité vagabonde qui a perdu tous repaires, qui ne crois plus à l’idéologie dominante, qui rêve d’un monde meilleur mais qui est prête à suivre n’importe quel leader un tant soit peu charismatique.

L’auteur se pose en observateur, il scrute notre société à la loupe, la dissèque, la dévoile telle qu’elle pourrait-être. A peine il la déforme pour nous la montrer monstrueuse. A peine il la dévoie pour frapper notre réflexion, nous faire peur pour nous amener à rêver. A rêver d’une société plus juste, à repenser notre monde dans sa globalité.

Hobboe est le livre de tous les maux dont souffre notre société occidentale. Une sorte de critique sociale.

Mais au final Hobboe est un livre qui fait du bien.

A.Ju : Ah ah tu voulais la lettre V ! Petite maligne !  Il est vrai que ce livre est visionnaire. On en a déjà parlé dans d’autres lettres. C’est une possibilité de ce que notre monde pourrait devenir surtout quand on sait le nombre de vagabonds qui existent. Les maux de la société ne sont pas nouveaux. Ils sont devenus différents au fil du temps mais normal ils ont aussi évolué avec la société. Les priorités ne sont plus les mêmes, les enjeux non plus et le pouvoir que l’Homme veut est de plus en plus accessible.
Après je ne sais pas si ce livre m’a fait autant de bien qu’à toi, mais il ne m’a pas fait de mal c’est certain. Il m’a conforté dans mes idées, mes opinions et mes envies. C’est plutôt positifs tout cela !

Y : Yeap c’est déjà la fin. Entre Yin et Yang

Ge :Et oui c’est dèja fini et je ne vous ai même pas parlé du style et de l’écriture de Philippe Cavalier. Car notre auteur nous propose un livre multiple. Un roman noir mâtiné de thriller d’anticipation, une épopée épique doublée d’un roman fantastique. Il mixe les codes et se joue d’eux. Entre road movie et roman initiatique, Hobboe puise dans tout ce que j’ai pu lire de très bon dans ces différents genres. Et l’écriture si particulière de Philippe Cavalier à la fois riche et éloquente nous plonge dans un récit plein de fureur, de rage et de sueurs. Froides les sueurs, forcément.

A.Ju : Heureusement que tu es là pour nous parler du style car je n’y ai pas pensé. De plus, je suis mal placée car je n’ai lu qu’un seul livre de lui, celui-là. Je te rejoins sur cette puissante écriture. Les mots choisis sont très puissants. Ils ont un véritable impact. Tu vois que cette lecture, en en parlant, me parle de plus en plus et me laisse des traces ;-).

 Ge : Et tu ne peux pas savoir comme cela me fait plaisir chère Anne Ju. Car si je conseille ce titre à nos lecteurs c’est pour qu’eux aussi soient saisis par ce texte puissant comme tu le dis si bien.

Alors bonne et belle découverte à vous tous qui avez eu la patience de lire cet abécédaire.

 
 Extrait : 
« Les théoriciens de l’ultramondialisation comme Rand ou Friedman essaient de faire croire que seul l’égoïsme individuel est rationnel et qu’il conduit naturellement chacun d’entre nous à vouloir maximiser ses avoirs. Ce processus ne peut prendre sa totale amplitude que dans un monde ouvert, où l’État traditionnel aurait disparu au profit de réseaux marchands. Les deux problèmes infiniment perméables à des influences très éloignées de toute légitimité populaire et, d’autre part, que, enfermés dans leur rationalité, ils sont consubstantiellement dépourvus de mystique. Ils ne peuvent donc prendre réellement en compte le bien commun qui implique nécessairement une vision transcendante, non strictement matérielle, de l’homme et de son rapport au monde. Je considère, de plus, que les systèmes politiques ne sont pas des abstractions figées mais des dynamiques mouvantes façonnant leur époque et façonnées par elle en retour. Telle forme de gouvernement peut être positive à un certain moment de l’histoire et pour une certaine communauté, et cependant nocive à une autre époque pour la même société. Je crois que nous atteignons cet instant où le modèle classique occidental s’est perverti au point qu’il génère plus d’inconvénients que de bénéfices pour la masse. Même si les colonnes des grands journaux regorgent des mots élection, République, Parlement ou citoyenneté, cela n’a plus de sens véritable car nous évoluons désormais en pleine période postdémocratique…
– Pourriez-vous développer ? insista Memling.
 
– Cela signifie que nous vivons l’inéluctable disparition de la souveraineté de peuple au profit d’une caste d’oligarques, répondit Banes. Bien évidemment, ceux qui appartiennent à cette classe néoféodale ne veulent pas admettre l’aporie d’un système dont ils mettent pourtant à profit la moindre faiblesse. Nous atteignons cependant l’instant de vérité.
 

J de Howard Jacobson


9782702157220,0-2476742Le livre : J de Howard Jacobson.Traduit de l’anglais par Pascal Loubet. Paru le 2 janvier 2015 chez Calmann Levy. 21,90€ ; (502 p.) ; 23 x 15 cm

Quatrième de couverture 

Dans un monde post-apocalyptique où le passé est un territoire dangereux, un homme et une femme tombent amoureux. Ni l’un ni l’autre ne savent d’où ils viennent, pas plus qu’ils ne savent où ils vont. Kevern ignore pourquoi son père plaçait toujours deux doigts devant ses lèvres pour prononcer un mot qui commençait par la lettre j. Ailinn a grandi dans un orphelinat et, privée d’ascendance, cherche un point d’ancrage. D’autres, en revanche, ont parfaitement conscience de leur importance à tous les deux et les observent, les étudient, en font les héros d’une vie que Kevern et Ailinn ne contrôlent plus tout à fait. Sont-ils tombés amoureux de leur propre chef ou bien les a-t-on poussés dans les bras l’un de l’autre ? Mais qui aurait pu les pousser, et pourquoi ? Quel héritage ce monde transformé par une catastrophe historique, événement passé enveloppé de suspicion, de déni et de contrition, laisse-t-il à Kevern et à Ailinn ?

J est un roman ambitieux, inquiétant, bouleversant qui remet en cause toutes nos certitudes.

1946731258L’auteur : Né en 1942 à Manchester, Howard Jacobson est l’auteur d’une dizaine de romans, dont La Question Finkler, couronné par le Man Booker Prize en 2010. J, également sélectionné pour ce prix en 2014, est le quatrième roman de l’auteur publié aux éditions Calmann-Lévy.

Extrait :
« – Qu’est-ce qui ne brûle pas ?
– L’amour et la haine, dit-elle. Mais je me trompe peut-être pour l’amour.
– Comment peut-on brûler l’amour ? demanda Sibella.
– En brûlant les gens qui l’éprouvent.
– Alors pourquoi ne peut-on pas brûler la haine ?
– Parce que la haine existe en dehors des gens. Comme un virus. Les gens l’attrapent »

Résumé et avis :

Kevern et Ailinn vivent dans un monde post apocalyptique, où le passé est un territoire dangereux et où la violence est devenue normale. Ils ne savent pas d’où ils viennent et où ils vont. Ils tombent amoureux, sans savoir si cela se passe de leur propre chef ou s’ils ont été poussés dans les bras l’un de l’autre.

J et un drôle de roman. D’ailleurs on ne peut pas résumé celui-ci que par le prisme de cette histoire d’amour étonnante, détonante dans cette réalité déformée.  J est une dystopie parfois cruelle, parfois dérangeante, quelques fois, mais trop rarement drôle.

J’ai du mal à me faire une opinion. Tantôt j’ai adoré, trouvant les idées développées supers bonnes, tantôt je ne suis presque dit, tout ça pour ça. Parfois j’ai eu la sensation que l’auteur était juste, son ton était juste, son propos était juste, ces personnages étaient réels. D’autres fois, j’ai trouvé les dialogues creux, le ton fade.

L’auteur n’est pas un coutumier du genre, ces autres publications sont beaucoup plus légères et l’humour en fait partie intégrante. Là sur un thème si « catastrophique » et noir, difficile de prendre de la distance. C’est peut-être justement ça qu’il m’a manquée.

C’est un sentiment bizarre au sortir de cette lecture, des choses m’ont dérangées, d’autres beaucoup plu et au final j’ai plus tôt aimé l’ensemble.

Ce qui est certain c’est que les première critiques de la presse sont très bonnes.

Alors allez comprendre…

Pourquoi ce sentiment si mitigé ?

Extrait 2:
Pour Kevern et Ailinn, le spectacle de ces hommes en kieffieh était nouveau. Ils arboraient des bagues e or, un teit plus p^le que celui e leurs grands parents, mais toujours avec cet austère profil d guerrier tant idéalisé. La noble générosité de ‘arabe était toute autant une évidence dans les cours de citoyenneté que Kevern avait suivi que la spontanéité libre de l’Afo-Antillais et l’honnêteté industrieuse de l’Asiatique. Quand à la chaste obéissance des femme, elle était encore manifeste dans leur pudique tenues.

Les protecteurs deThomas Mullen


téléchargement (63)Le livre : Les protecteurs de Thomas Mullen. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sébastien Guillot. Paru le 22 octobre 2014 chez J’ai lu. 13,90 € ;  (441 p.) ; 21 x 16 cm

4e de couv :

Zed est un agent du futur. Dans son monde, tous les problèmes ont été éradiqués. L’incertitude est maîtrisée : les guerres, les épidémies, les famines n’existent plus. Même le désespoir a été vaincu. Renvoyé dans notre présent, l’objectif de Zed est le maintien du statu quo, c’est-à-dire l’accomplissement de chaque événement jusqu’à son terme. Le « Grand Incendie » est imminent, la catastrophe doit advenir, ça, Zed le sait. Il n’a pas le choix, et pour sauvegarder l’équilibre du monde, il n’hésitera pas à bouleverser quelques destins, à compromettre des vies. Pas de place pour le doute, l’émotion, les sentiments. Chaque seconde compte. Or, comment mener à bien cette délicate mission alors que les effets du présent commencent à apparaître sur ce futur parfait ? La perfection connaîtrait-elle quelques défauts ?

téléchargement (62)L’auteur : Thomas Mullen est né en 1974 dans l’État de Rhode Island. En trois romans, il est devenu une figure montante de la nouvelle génération de romanciers américains. Les Protecteurs est son premier roman traduit en France. Prix Mulholland books 2012.

Résumé et avis :

images (46) C’est un voyage dans le temps que nous propose ici Thomas Mullen. Il nous invite à suivre Zed , un agent du futur. Un futur où tous les problèmes du monde ont été résolus. Renvoyé dans le présent, il a pour mission de veiller à maintenir ce statu quo. Pour cela, il doit faire en sorte que chaque cataclysme du passé arrive à son terme. Et notamment le grand incendie, un désastre imminent que Zed doit empêcher.

Jouant sur différents genres, espionnage, science-fiction, thriller ce roman est complexe et peut-être pas totalement abouti. Peut-on, doit-on changer le passé, ou agir sur le présent pour préserver notre futur. Vaste question à laquelle, l’auteur s’efforce de répondre avec plus ou moins de brio. Car   celle-ci fait écho à notre monde actuel, ultra connecté, hyper contrôlé, totalement disséqué. Et j’aurai aimé que l’auteur creuse cette question jusqu’à son paroxysme. Le meilleur des mondes est-il celui où tout est décomposé, examiné, analysé, autopsier, où chacun de nos actes seront eux aussi épluché, décortiqué, démonter. Nous poussons vers une pensée unique ou la critique n’aura plus sa place. bref un monde totalement déshumanisé.

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Extrait : 
Trois énormes SUV noirs progressent dans les rues, tels des buffles musculeux qui arpenteraient leur territoire. Les lumières de la ville glissent sur leurs vitres teintées – les jaunes des gratte-ciels, les blanches de la rue et les rouges dont ils n’ont que faire, vu la manière dont ils traversent les carrefours à coups de klaxon. Les gens sur le trottoir leur adressent à peine un coup d’œil.
Je traverse la rue vide dans leur sillage. La plupart des lumières de l’immeuble des Imprimeries Nationales sont encore allumées – des correspondants du monde entier s’y activent pour tenir leurs délais. Les rédactions attendent à Tokyo, les masses sont avides d’infos à Bombay, le public a le droit de savoir à Londres. Le volume d’informations qui sort de cet immeuble me sidère – le poids que ça représente, tout ce gâchis. Comme si les gens en avaient besoin.
Il est l’heure passée de dix minutes, et mon sujet se met en route. Il a un rendez-vous important – un rendez-vous avec l’Histoire, en fait, même s’il l’ignore encore. Il doit rencontrer sa source, un individu mystérieux qui l’a mis sur la piste d’une affaire en or, mais dangereuse. Un graal mythique, dont il commençait à douter de l’existence. Sa source lui a promis le graal, ce soir. A condition qu’ils se rencontrent en personne.
Mon sujet est mince, stressé. Il n’a pas l’air d’avoir beaucoup dormi ces derniers temps. Pas besoin d’un grand sens de l’observation pour s’en rendre compte : sa chemise blanche débraillée dans le dos est tachée de café, il porte un jean visiblement trop étroit qu’il est en train d’ajuster devant la glace de l’ascenseur, qui garantit bien moins d’intimité qu’on ne peut le croire. Il a trente ans, il vieillit trop vite, ses cheveux filasse commencent déjà à grisonner sur les côtés (pour autant que je puisse me fier à mon estimation des âges, ici, la faute à leur médecine désuète, à leur alimentation et à leur hygiène – tout cela fausse mes repères). Il vit avec la certitude que sa vie professionnelle, son existence même, est entièrement vouée à ce monde qu’il croit servir. Il non-important. Il n’en parle pas avec ses collègues, mais le ressasse dans le blog qu’il tient sous pseudonyme, comme dans les mémoires qu’il cache dans son ordinateur – perpétuellement corrigées, jamais publiées – ; il l’éteint au petit matin, quand il part en quête d’un peu de sommeil, après avoir écrit une histoire que peu de gens liront.
Oh, mais vous êtes important, monsieur Kharthik M. Chaudhry ! Vous n’avez aucune idée de votre valeur, ni à quel point celle-ci est terrible.
Je l’observe depuis des jours. Il parle au téléphone, assiste à des conférences de presse au cours desquelles il se retrouve relégué au dernier rang, puis se rend dans un café quelconque avec son ordinateur portable, pour y lire et pour y écrire. Encore et encore. Il y a tellement d’informations ici qu’ils passent le plus clair de leurs vies à s’y perdre. Pour ce que j’en sais, il n’a pas d’amis. Son appartement est dépourvu de toute présence féminine, pas même la photo d’une actrice, quelque idole secrète dissimulée au fond d’un tiroir. Une conséquence directe de sa dévotion au travail, du moins est-ce ce qu’il se dit. Après tout, il excelle dans son métier et ça le détournerait de sa tâche.
Quand nous nous sommes croisés dans le hall de l’immeuble, tout à l’heure, j’en ai profité pour lui coller un traceur ; je sais qu’en ce moment même, il est en train de quitter son bureau et de pénétrer dans l’ascenseur. Je sors du bar d’en face, la Source Anonyme, d’où je l’épiais en sirotant quelques verres, malgré les recommandations du Ministère.
Une fois dans le lobby, je passe devant le vieux Chinois qui vend des magazines, journaux et sucres d’orge multicolores, puis devant la boutique de cravates et le bazar pour touristes : photos encadrées de la Maison-Blanche, tasses et stylos frappés du drapeau américain. Mon sujet est en train de descendre par l’ascenseur en verre.
Le voir me confirme que je voulais vérifier – je peux donc retourner à ma voiture. Je sais où il va, et quand il y sera. Je sais aussi qu’il va prendre le métro – il ne possède pas de véhicule -, et qu’à cause d’une rame en panne sur la ligne bleue il lui faudra dix bonnes minutes de plus qu’à moi pour arriver sur place. Par souci de discrétion – une des recommandations de la Logistique -, j’ai loué une Corolla beige. Je me suis entrainé sur une réplique spécialement créée pour moi avant d’arriver ici, mais la vraie paraît bien plus difficile à prendre en main – j’espère ne pas enfreindre quelque règle tordue de leur code de la route, au risque de me retrouver hors du coup. Les vodkas que j’ai bues rendent l’ensemble encore plus irréel, ce véhicule massif et encombrant, cette extension tentaculaire de moi-même, pataude, qui semble constamment vouloir s’échouer dans ce monde que je comprends à peine.
Quelle ville ! Sa structure parfaitement géométrique, ses larges avenues, ses trottoirs impeccables, tous ces monuments qui baignent dans une lueur céleste… Les contemps qui m’entourent seraient bien en peine d’imaginer le temps qu’il faudra pour reconstruire quelque chose d’équivalent. Voient-ils la beauté qui les entoure ? Ont-ils le vertige, perchés comme ils le sont au sommet de leur civilisation vacillante ? Non -ils marchent au pas, le cou tordu sur leurs téléphones archaïques, comme des pantins. La joue droite phosphorescente.

Les Brillants de Marcus Sakey


 th (19)Le livre : Les Brillants de Marcus Sakey. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sébastien Raizer .

Paru le 12 février 2015 à la Série noire chez Gallimard. 19,90€ ; (508p) ; 23 x 16 cm.

Présentation

Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’oeil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les « Brillants ». Depuis les années 1980, 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables. Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes. Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux. Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens.

Extrait :
Aimer quelqu’un, mais ne pas être capable de partager la façon dont tu vois le monde. C’est comme essayer d’expliquer les couleurs à un aveugle. Il ne comprendra jamais vraiment.
 th (18)L’auteur : Marcus Sakey, né le 1974 à Flint, dans l’État du Michigan, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Il passe sa jeunesse dans plusieurs banlieues autour de Détroit. De 1992 à 1996, il entreprend et complète ses études supérieures en communications et en sciences politiques à l’Université du Michigan. Il travaille ensuite dans une entreprise de conception graphique à Atlanta, puis, pendant une dizaines d’années, dans le milieu de la publicité et du marketing.

Après son mariage, il s’installe à Chicago et s’inscrit pendant près d’un an dans un programme de maîtrise avec une spécialisation en création littéraire.

En 2008, il publie Désaxé (The Blade Itself), son premier roman, qui se déroule, comme la plupart de ses œuvres ultérieures, dans le milieu populaire des travailleurs de la construction et de la voirie au sud de Chicago.

Extrait :
Cooper avait horreur de parler au téléphone. Il avait l’impression d’être handicapé quand il ne voyait pas la personne avec laquelle il parlait, les mouvements des muscles de son visage, la contraction de ses pores et la dilatation de ses pupilles. Lorsqu’il ne pouvait voir quelqu’un, il devait prendre les mots pour argent comptant au lieu de lire la signification qu’ils recouvraient.


Résumé et extrait :

Dans les années 1980, 1 % de l’humanité, nommé les brillants, naît avec des facultés déconcertantes et extraordinaires : don d’invisibilité, d’extralucidité, etc. Le gouvernement américain les répertorie afin de mieux les contrôler. Une partie d’entre eux, menée par John Smith, combat pour l’égalité par des actes terroristes. Le brillant Nick Cooper est charger de les neutraliser.

téléchargement (50)Les brillants est une uchronie ou plutôt une dystopie. Si, si je vous assure. Oui, je sais c’est publié par la mythique collection le série noire.

Quand j’ai vu ce premier roman de Marcus Sakey à la Série Noire, j’ai cru lire un nouvel auteur de roman noir. Du hard-boiled comme les américains savent le faire. Alors quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvrais cette histoire.

Imaginez-vous, depuis 30 ans, un enfant qui naît sur cent vient au monde avec des pouvoirs extraordinaires. Non pas des supers pouvoirs, quoiques, si tout de même, mais pas façon super héros. Disons qu’ils ont des dons particuliers, un peu comme certains génies, quelques surdoués…

Il effraient la population, alors ces anormaux, ces monstres sont considérés comme dangereux pour notre monde « normal ».

Certains d’entre ses génies ont troublé l’ordre public, provoqué quelques catastrophes, alors maintenant  ils sont sous haute surveillance. Ils sont m^me parqués dés leur plus jeune âge. Ils sont reconditionnés, modelés voire utilisés à des fins utiles.

Vous l’aurez compris, l’auteur nous propose un divertissement à la croisé entre les X-mens et de Héroes.  D’action en rebondissement, nous croissons aussi quelques réflexions, plutôt subtiles, sur la société américaine, sur ses contradictions. Ici un plaidoyer pour le tolérance, là un hymne aux différences…A ce titre, il est dans la ligné de l’excellent « échiquier du mal » et l’on peu dire que c’est un thriller bluffant ou comment 1% de la population dotée de pouvoir « psy » peut changer totalement la face du monde ?

Une très agréable lecture pas seulement distrayante que je vous recommande.

A oui j’ai oublié de vous dire. Les Brillants serait le premier tome d’une trilogie annoncée. Du coup, me voilà impatiente de lire la suite…

Lire le début ici