Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.


Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.

Une nouvelle fois Cathie notre Expert en chef nous fait revivre une grande affaire criminelle à travers un bel article dont elle a le secret.

Aujourd’hui elle nous entraîne dans le Paris du début du siècle dernier. Entre les 20e et 11e arrondissement. Et nous conte l’histoire d’Amélie Elie qui deviendra l’héroïne romantique que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Casque d’Or


Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.

   Acte 1 : Développement de la presse populaire :

 

  Le développement de la presse populaire à la fin du 19 ème siècle, entre 1880 et 1914, le tirage des journaux parisiens passe de 2 à 5 millions d’exemplaires, met le crime à la une. En effet, les grands quotidiens tels que Le Petit Parisien, Le Matin ou Le Petit Journal mènent de véritables campagnes sécuritaires dont l’ampleur est capable d’influencer les politiques pénales, ce qui est le cas au début des années 1880 lors des débats sur la relégation des récidivistes. C’est également le cas à la Belle-Epoque lorsqu’ils dénoncent l’impuissance des autorités face aux agissements des jeunes délinquants, stigmatisés sous le nom d’ »Apaches ».

 

   Acte 2 : Qui est Casque d’or ?

 

  Amélie Elie, surnommée « Casque d’or » en raison de son abondante crinière blonde, née à Orléans en 1878, est âgée de deux ans lorsque ses parents s’installent dans un garni de l’impasse des Trois-Soeurs, qui donne sur la rue Popincourt. A 13 ans, elle se met en ménage avec un ouvrier serrurier à peine plus âgé qu’elle, surnommé « le Matelot » en raison de la vareuse de marin qu’il porte. Recherchée par son père, elle est envoyée à deux reprises en maison de correction. Une fois sortie, elle vit quelques temps chez Hélène de La Courtille, maquerelle qui l’initie au métier de prostituée.

  C’est à La Pomme au Lard, un des cabarets que les deux femmes fréquentent situé rue de la Roquette, qu’Amélie fait la connaissance de Bouchon, son premier souteneur. Pendant quelques années, elle subvient aux besoins du ménage et aux dépenses de son « maque » en arpentant les trottoirs du boulevard de Charonne. Finalement, décidée à ne plus endurer la violence du jeune homme, elle le quitte.

   Acte 3 : Manda.

 

  En 1898, alors qu’elle danse la java dans un bal musette, elle rencontre Marius Pleigneur, ouvrier polisseur. Entre les deux jeunes gens, c’est le coup de foudre réciproque. Mais le maigre salaire de l’ouvrier ne peut satisfaire les caprices de la belle Amélie. Marius, surnommé « Manda » ou « l’homme », habile au couteau, abandonne sa vie honnête et besogneuse pour se faire souteneur, d’Amélie bien sûr, et de quelques autres prostituées. Rapidement, il devient le chef redouté de la bande des Orteaux, décourageant toute tentative de Bouchon pour « récupérer » Amélie. S’enquivent quelques années heureuses, pendant lesquelles Casque d’or, Manda et leur bande mènent leurs petites affaires sans rencontrer ni résistance du milieu, ni problèmes avec la police.

   Acte 4 : Guerre des gangs.

   Mais un jour, la bande des Orteaux se retrouve en compagnie de la bande des Popincourt dont le chef Leca, dit « le Corse », un ancien des bataillons d’Afrique et une des terreurs du quartier, séduit immédiatement Amélie. La jeune femme, lassée des innombrables infidélités de Manda, tombe passionnément amoureuse de lui et finit par le convaincre de la prendre pour maîtresse, malgré la réticence du jeune homme, car prendre la femme d’un autre chef de gang constitue une infraction intolérable aux règles du milieu. S’ensuit une guerre opposant les deux bandes, guerre qui, selon le code du milieu, aurait du rester secrète

  Le 30 décembre 1901, Leca, qui descend la rue Popincourt au bras de Casque d’Or, reçoit un premier coup de poignard. Trois jours plus tard, le 2 janvier 1902, on tire au revolver sur les fenêtres de leur domicile, rue Godefroy-Cavaignac. Le 5, rue d’Avron, Leca est à nouveau blessé lors d’une rixe où les protagonistes sortent couteaux, hachettes et revolvers. Le lendemain, Manda défie Leca devant chez lui et fait même enlever un de ses compagnons qu’il menace de tuer. A nouveau blessé, Leca est conduit à l’hôpital Tenon afin d’extraire les deux balles qu’il a reçues.

  Le 6 janvier 1902, pourtant, un témoin demande à voir le commissaire Deslandes, de la brigade criminelle, auquel il raconte qu’il vient de découvrir, dans la rue des Haies, un véritable arsenal -deux revolvers de gros calibre, un couteau à cran d’arrêt, une hache, un poignard et de nombreuses douilles- attestant qu’un combat a récemment eu lieu dans la ruelle. Sachant que Dominique Leca, truand notoire, vient d’être admis à l’hôpital avec deux balles dans le corps, le commissaire rend visite au blessé couché sur son lit de douleur . Cependant, il n’obtient de lui aucun renseignement car, dans le milieu des Apaches, on ne « balance » pas ses ennemis.

  Malgré ses graves blessures, Leca, dès que le commissaire a quitté sa chambre, fait venir sa maîtresse ainsi que certains membres de sa bande afin de le faire sortir au plus vite de l’hôpital. Mais à peine est-il installé dans le fiacre qui doit le ramener chez lui qu’un homme bondit sur le marchepied et lui porte deux coups de couteau dans la poitrine. De retour à l’hôpital de Tenon, Leca, délirant de fièvre, finit par donner au commissaire Deslandes le nom de son agresseur qui n’est autre que le fameux Manda.

  La police, désormais au courant de tous les détails de cette guerre sanglante, comprend qu’elle doit arrêter Manda de toute urgence, car, d’une part, celui-ci a juré de tuer Casque d’or afin de venger l’affront de sa trahison, d’autre part les membres de la bande adverse sont en train d’organiser une expédition punitive pour venger les blessures infligées à leur chef. L’affaire est rondement menée et Manda est arrêté le mois suivant en Belgique. Néanmoins, ces règlements de compte sanglants alimentent la « chronique apache » des journaux.

   Acte 5 : Les Apaches.

 

  « Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffée à la chien ! » s’indigne Le Petit Journal. L’usage du nom de la tribu indienne, apparu en 1900 pour qualifier «les sauvages » de Belleville, vient tout naturellement sous la plume des journalistes à cette époque où les Indiens d’Amérique sont à la mode. Derniers résistants de la conquête de l’ouest, les Apaches ont gagné une réputation de rebut de la civilisation : lâches, cruels, sournois, ils sont comparés à des bêtes féroces dans le discours des ethnologues comme dans les tournées du Wild West Show de Buffalo Bill, qui parcourt le monde entier.

  Dès 1888, dans Les Peaux-Rouges de Paris, Gustave Aimard avait transposé l’action de ces guerriers farouches et insoumis dans les bas-fonds de la capitale. Depuis l’épisode « Casque d’or », le terme s’était généralisé . La presse parisienne ouvre alors une chronique intitulée «Paris apache » regroupant dès lors tous les récits de crimes. Chaque ville, hormis Marseille   où les malfrats conservent leur appellation de « nervis », a ses « Apaches ». Du duel pour l’honneur entre bandes rivales, on est passé à la dénonciation de toute la criminalité urbaine.

 

   Acte 6 : Jeunesse rebelle et criminalité.

  Ces représentations témoignent de l’anxiété des élites face à une jeunesse « rebelle » que la société peine à encadrer. En effet, magistrats et criminologues sont effrayés par la croissance de la criminalité juvénile, en particulier des 16-21 ans, qui forment l’avant-garde de l’ « armée du crime ». De plus en plus nombreux sur les bancs du tribunal, ces jeunes sont, dit-on, de plus en plus violents. Bien sûr, on sait que les bagarres entre compagnons et apprentis d’un même métier ou entre bandes de quartiers ont toujours existé, mais la nouveauté, symbolisée par le terme « Apache », réside dans l’usage débridé de la violence. En 1890, dressant le portrait de jeunes criminels parisiens, Henri Joly souligne « leur disposition permanente à commettre un meurtre pour un mot, une fantaisie, une gageure, à plus forte raison pour un vol.

  Alors que la scolarisation rendue obligatoire a considérablement réduit la délinquance des enfants, on s’interroge beaucoup sur les raisons de cette dérive. Pour ce faire, on analyse les « carrières » délinquantes. Si l’on rappelle toujours les dangers de la rue, surtout pour les plus jeunes qui y font l’apprentissage du chapardage, on insiste plutôt sur la défaillance des familles, en accusant indifféremment les divorces, le concubinage, les naissances illégitimes. Habitués à voir défiler des jeunes dépenaillés et à constater la précarité et l’insalubrité des logements, les magistrats et les policiers mettent plutôt en cause la misère qui accablent les basses couches de la société. Certains ouvriers, absorbés par de longues journées de travail, contraints à d’incessants déplacements, laissent leurs enfants sans surveillance pendant la journée. Pour certains, là réside une des sources de l’indiscipline.

  Le déclin de l’apprentissage et de la transmission familiale des métiers renforce les réticences des jeunes à se plier à la discipline des ateliers et des usines. Pour une partie de la jeunesse populaire, les Apaches sont perçus avec sympathie, surtout lorsqu’ils s’attaquent aux bourgeois et aux policiers.

  Acte 7 : Le procès.

 

  Manda est jugé le 31 mai 1902 devant la cour d’assises de la Seine, procès qui attire la foule des grands jours au Palais de Justice. Leca, appelé à la barre, nie avoir été blessé par Manta, renouant avec la loi du milieu qui veut que jamais on ne dénonce un ennemi. Quant à Casque d’or, vêtue d’une robe verte mettant en valeur sa luxuriante chevelure blond-roux, elle nie également et accuse les journalistes d’avoir monté cette histoire de toutes pièces, ce qui n’empêche pas les jurés de condamner le prévenu à la plus lourde peine possible : les travaux forcés à perpétuité.

  Le 21 octobre suivant, c’est au tour de Leca d’être jugé devant la même cour d’assises. Mais, entre temps, la tension est retombée et le procès du chef de la bande de Popincourt est beaucoup moins médiatisé. Amélie n’est même pas appelée à témoigner. Quant à son amant, condamné à huit ans de travaux forcés, il retrouvera, quelques semaines plus tard à Cayenne, son ancien rival Manda qui retrouvant la conduite de l’honnête ouvrier qu’il a été jadis, sera libéré pour bonne conduite.

   Acte 8 : Casque d’or, héroïne romantique.

 

  Casque d’or, laissée en liberté pendant les deux procès, devient l’idole romantique de tous les Parisiens. Les hommes de la bonne société se disputent le privilège de partager son lit, faveur qu’Amélie leur consent contre une jolie somme. Quant aux femmes du monde, elles se font teindre les cheveux « à la Casque d’or ». Dès l’été 1902, l’ancienne fille des rues publie ses mémoires dans la revue Fin de siècle. Elle se fait également photographier dans des tenues suggestives pour une série de cartes postales.

  En mars 1902, le peintre Depré exécute son portrait qui sera exposé au Salon tandis que la jeune femme se prépare à monter sur scène, aux Bouffes-du-Nord, dans une revue intitulée Casque d’or et les Apaches. Le préfet de police Lépine, indigné d’une telle publicité qu’il juge immorale, fait décrocher le tableau et interdire la représentation des Bouffes-du-Nord.

Pourtant, petit à petit, la jeune femme tombe dans l’oubli. Pendant un temps, elle sera dompteuse de lions dans un cirque, puis chanteuse dans un café-concert, où un ancien lieutenant de Manda l’agressera au couteau, heureusement sans gravité. Finalement, en 1917, à l’âge de 39 ans, elle se marie avec un ouvrier et devient une ménagère anonyme. Elle meurt en 1933.

  Malgré tout, le tournage du film « Casque d’or » par Jean Becker, un demi-siècle plus tard, avec Simone Signoret dans le rôle titre, démontre que l’affaire avait laissé un certain souvenir dans l’esprit des Parisiens.

 

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Chiennes de Marie Vindy : L’ABCdaire de deux nanas fondues de ….Vindy


  L'ABCdaire de deux nanas fondues de vindy

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Chiennes de Marie Vindy

Pour cette  troisième lecture commune, on reprend la formule de l’Abécédaire.

Le principe :


Un ABCdaire : 26 lettres

L'ABCdaire de deux nanas fondues de13 lettres chacune choisies au hasard

13 lettres pour 13 mots qui pour nous définissent quelque chose du roman.

 Ensuite nous mettons les 26 mots ainsi rassemblés en commun et nous y apportons l’une et l’autre notre petite explication.

Pas simple de parler d’un roman à partir d’un mot choisi par une autre personne. Pas simple mais très amusant.

Et pour plus de partage encore chacune d’entre nous ne gardera que 7 lettres donc 7 mots qu’elle avait au départ pour sa chronique. Les 6 lettres et mots correspondants restant, elle les offrira à sa partenaire qui se chargera de les publier.

Chaque chronique disposera de 13 mots, 7 des siens et 6 emprunté dans la liste de son binôme. Mais au totale chacune aura 26 définitions.

Je vous vois faire la grimace ! Peut-être ne suis pas assez explicite ?

Bon…Prenant un exemple ça sera plus clair !

Ge de Collectif Polar a les lettres H, I,J,K,L,M,N,Q,R,S,T,W,Y = 13 lettres

Les 6 lettres H,I,J,T,W et Y ont été définies par Ge mais seront publiées dans la chronique d’Anne-Ju.

Et inversement, des 13 lettres définies par Anne Ju, Ge en publiera 6.

Bref pour lire l’abécédaire complet, vous allez devoir jongler avec nos deux blogs. 26 lettres, 13 lettres chacune. Là vous vous dîtes que l’on a grave cogité, euh oui on vous confirme 😉

Le plus simple, allez direct à l’Abécédaire, oups pardon L’ABCdaire. 

Marie Vindy&Le livre : Chiennes de Marie Vindy Paru le 31 août 2015 à la Manufacture de Livres dans la collection Roman Noir.  388 pages, 18,90€ …

La 4e de couv :

Chiennes

– Allô ? C’est quoi ?
– T’as intérêt de la boucler, j’te jure ! Tu fermes ta gueule, t’entends ?
– Hé ! Mais t’es qui, toi, pour m’parler comme ça ? Eh oh ?
– Ferme ta gueule si tu veux pas avoir d’ennuis. Toi et ta pute de mère vous fermez vos gueules, t’as compris ? Et ta mère, putain, elle a pas intérêt à ouvrir sa grande gueule, sinon, sa vie, elle va être pourrie et la tienne aussi. Et tu te retrouveras dans une cave comme ta copine la pute !

Séquestrations, violences, balances, c’est le lot du trafic de stups, même dans une ville réputée calme comme Dijon. Ici, la dope, ce sont surtout quelques lascars qui font des trajets aux Pays-Bas pour ramener du produit jusqu’à ce qu’ils finissent par se faire serrer par la douane volante. Mais comment ne pas voir dans ces gosses élevés de travers, pervertis par le fric facile, et entraînés aux luttes viriles et à la violence, l’ombre d’une réalité beaucoup plus terrifiante ?

Marie Vindy (13)L’auteur : Marie Vindy est née en 1972, à Dijon où elle vit toujours.

Après avoir suivi une formation artistique aux « Beaux Arts » de Besançon, puis de Nantes, elle devient artiste plasticienne et professeur d’Arts Plastiques en collège pendant quelques années, elle délaisse assez vite ces activités pour se consacrer à la littérature noire. Elle est aujourd’hui journaliste et chroniqueuse judiciaire.

Notre Lecture commune :

Les 6 mots choisis par Anne Ju parmi les 13 lettres qu’elle a tirée au sort

A : Affaires

AJC : Ce livre est un réel roman policier. Il parle de 2 affaires. La première est le suicide d’une jeune fille qui a lieu dans une cité à Dijon et qui est donc suivi par la police. La seconde est le meurtre d’une jeune fille retrouvée dans un bois dans les alentours de Dijon et qui est suivie par la gendarmerie. Pour m’y retrouver au début, j’ai pris des notes pour être sûre de bien mettre les personnages et les faits dans les bonnes colonnes ;-). Car c’est un peu comme un entonnoir ! Au début, on a une tonne d’infos et petit à petit, ça se resserre …mais chut je n’en dis pas plus.

GVLDans une cité de la banlieue de Dijon, le policier Simon Carrière doit enquêter sur le suicide d’une jeune fille. Parallèlement, le capitaine Humbert est confronté à la disparition d’Aude, qui a manifestement été exécutée pour une affaire de drogue. Une intrigue qui reprend les personnages croisés dans Une femme seule et Cavale(s) et qui se déroule au sein de la gendarmerie nationale.

B : Brutal

AJC : Attention, âmes sensibles s’abstenir car il y a pas mal de violence dans ce livre. Tout d’abord, les deux enquêtes aussi brutales que violentes. Ensuite, les sentiments : Vlan. On se prend une sacrée claque quand on imagine les horreurs que ces hommes volent tous les jours. Mais ce qui est plus brutal : c’est cette considération de la femme en passant un langage tellement injurieux que j’ai eu envie de devenir brutale à ma manière…Avec mes mots. Merci Marie Vindy pour ce combat brutal que tu mènes ! ça existe tout le monde le sait, mais tout le monde se tait ! La loi du silence L

GVL : Oui la violence faite aux femmes n’est pas un vain mot, et ici c’est même le statut de la femme qui est remis en question. La femme objet pour le seul plaisir de l’homme ou bonne à tout faire.  Oui ici moi aussi j’ai envie de devenir brutal face à toutes ces violences quotidiennes qui chaque jour me renvoient à ma condition de femme et aux luttes qu’il va nous falloir encore mener pour défendre et étendre nos droits, mesdames.

C : Chiennes

AJC : Ce mot a (hélas) plusieurs définitions ! Vous avez la femelle du chien mais aussi le côté négatif attribué aux femmes comme étant une injure. Ici  vous l’avez bien compris Marie Vindy ne l’utilise pas à son sens premier. D’ailleurs, ce mot est devenu courant dans le langage aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Chiennes est le titre de ce livre ! C’est un cri de douleur et ras le bol ! Marre de se faire insulter de la sorte et d’être cataloguée comme ça. Le manque de respect de la femme est flagrant dans ces personnages présents dans le livre. J’aurai pu choisir le mot Colère mais aussi Claques car franchement j’ai très envie de mettre des claques à tous ces jeunes qui n’ont plus de notion de l’être humain.

GVL : Les personnes qui me connaissent savent mon amour pour les canidés. Aussi je ne comprends pas que ce mot « Chienne » soit devenu dans la bouche de certain une insulte. Moi qui vis en meute, je vois bien comme nos chiennes sont le ciment du groupe, comme elles sont fidèles, aimantes et solidaires entre elle. Plus que les mâles, elles font preuve de courage et surtout de tempérance et d’équité. Non vraiment, ces abrutis qui nous traites de chiennes n’en vraiment rien compris au monde canin. Le chien est un animal social par excellence et la meute se compose de plusieurs individus, C’est donc une véritable cellule  presque familiale, fortement hiérarchisée et centrée autour du couple dominant. Les autres membres sont très soumis au couple Alpha qui choisit toujours le territoire où s’établira le clan. Veillant à la sécurité et au bien-être de tous les individus, il assume le maintien de l’ordre et veille à la cohésion du groupe. La stabilité d’une meute dépend des dominants. Et malheureusement chez les humains, l’effet de meute est vraiment perverti.

V : Valeur

AJC : Dans ce roman, Marie Vindy fait un état de la notion de Valeur. La valeur matérielle est ce qui régit tout dans ces cités. Elle est la grande preuve de réussite. Plus tu as d’argent et plus tu as du pouvoir et tu es respecté. Mais il y a aussi la partie Humaine. La valeur de l’être humain. Là, la femme n’a aucune valeur si ce n’est celui de Chienne. Les hommes n’ont pas forcément non plus une grande valeur dans ces cités. Mais la partie force de l’ordre essaye de rétablir cet équilibre mais c’est une lutte longue et parfois périlleuse. Un sacré bras de fer !

GVL : Ici certains de nos protagonistes n’ont aucune valeur morale. Difficile de rentrer en empathie avec eux. Cela en fait des boucs émissaires faciles pour déverser notre rancœur contre leur bêtise crasse. Et de là à  basculer dans une certaine généralité, il n’y a qu’un pas. Entre angélisme et pharisaïsme difficile de ne pas tomber dans les extrêmes.

X : X

AJC : Âmes sensibles s’abstenir ? oui un peu car y a des  mots hard, des scènes qu’on n’aimerait savoir que cela n’existe plus.

GVL : X comme Hard, non pas qu’il soit question ici de pornographie mais parfois nous n’en sommes pas loin. Entre la prostitution de jeunes filles mineures, les viols en réunion, les tournantes dans les cités. La possession du corps des femmes comme arme de guerre. Et puis se titre Chiennes, à lui seul il est porteur de soumission totale donc sexuelle aussi.

Z : Zen

AJC :  C’est l’état dans lequel je me trouve en écrivant cette chronique et non celui que vous allez être en lisant ce roman noir 😉

GVL : Zen, j’aimerai l’être, mais trop de questions se sont bousculées et se bousculent encore en moi après la lecture de ce roman âpre, poisseux mais réaliste que ça en fait mal. Donc non, pas ZEN du tout.

Les 7 mots qu’il me reste sur les 13 lettres que j’ai tirées au sort.

K comme Keuf :

GVL : On est là dans une histoire de Keuf. Marie Vindy nous propose un roman policier pur jus, un roman policier de procédure comme on dit. C’est-à-dire que l’on va suivre pas à pas, l’enquête des flics, des condés comme si on y était. On remonte peu à peu avec eux les pistes, on récolte les témoignages, les indices, les preuves…On fait à leur côté un travail de fourmi afin de confondre les coupables.

AJC : Je ne vois pas ce que je peux rajouter de plus à ce que tu as écris…si ce n’est qu’être keufs semblent de plus en plus difficile et surtout il faut être doté d’un sacré courage pour assumer et exercer ce job de nos jours

 

 

L  comme  Lecture :

GVL : Voici bien une lecture que je vous recommande, lecture addictive qui a suscité en moi de forts sentiments de contradiction. Je crois même que par moment je ne me suis pas totalement reconnue. J’ai été poussée dans mes extrêmes, mes discordances, mes dissonances. J’ai été bousculée, malmenée.  Mais cette lecture est nécessaire voire salvatrice.

 AJC : Je suis contente d’avoir choisie cette lecture commune car c’est une lecture militante comme je les aime. On a envie de s’engager après ça. Donc lisez le et n’ayez pas peur de ce que vous allez lire. Il ne faut pas se voiler la face ! Ça existe et c’est peut-être en bas de chez vous.

 

M comme Misère :

GVL : Il est ici question de misère, misère sociale certes, mais aussi misère affective, misère culturelle, misère éducative…. Comment se construire quand aucun modèle ni familial, ni structurant n’est là pour vous soutenir. Quand le seul modèle c’est le fric, et surtout le fric facile. Celui qui donne une position social. Celui qui confère le pouvoir. Comment se construire sans structure familiale, avec des parents défaillants, des parents eux même délinquants ou comment exister face à une autorité trop rigide voire injuste. Une éducation à la chlag où l’écoute et l’amour n’ont point leur place. Comment devenir un homme citoyen quand les règles sont viciées dès le départ.

Oui mais la misère explique-t-elle à elle seule toutes ses dérives, toutes cette violences.

Sans doute pas…

 AJC : Dans quelle misère vient-on en 2015 ? Lisez Chiennes et vous aurez un sacré bilan que certains devraient prendre conscience. Mais je suis comme toit Geneviève, je me demande comment on peut faire pour s’en sortir ? Certes, la misère existe depuis toujours : les riches, les pauvres, ce n’est pas nouveau.. Mais les fossés sont de plus en plus grands et l’argent peut être tellement facile pour sortir de cette misère (drogues, prostitution…). Le fossé va-t-il continuer à se creuser ? Vous avez encore 4h pour nous rendre votre copie 😉

 

N comme Noir :

GVL : En plus d’être un roman policier procédural, Chiennes est aussi un roman noir. Noir et social vous l’aurez compris.

AJC : Je n’ai rien de plus à rajouter : La couverture exprime bien ce côté sombre.

 

Q comme Quartier :

GVL : J’étais loin de me douter qu’à Dijon, ville bourgeoise s’il en est, il existait des quartiers sensibles. Des cités comme dans nos banlieues, des Tarterets, des 4000…

Et bien , Marie Vindy, nous fait voir l’envers du décor et la cité des ducs de Bourgogne prend un autre visage.

 AJC : Dijon je connais un peu car depuis 4 ans, je vis à 45mn de là. Comme quoi derrière le côté de nos chers ducs de Bourgogne, il y a aussi des endroits où je ne voudrais pas m’aventurer. Aujourd’hui, des quartiers sensibles il y en a même dans des villes de 5000 habitants !!

R comme Révoltée :

GVL : Oui c’est ce que je suis à la lecture de ce livre. Révoltée.

Révoltée car Marie Vindy a vu juste, et sa vision m’est insupportable.

Je ne peux pas croire que la condition de la femme, dans notre démocratie et en ce 21e siècle soit celle que ces morveux veulent bien lui attribuer.

Révoltée…Alors, mesdames et messieurs, aux armes et qu’une nouvelle fois le droit des femmes deviennent une priorité nationale.

 AJC : Oh dingue, tu as utilisé les mots que je voulais ! Révoltée de me sentir impuissante devant ces nouveaux délinquants qui se proclament au-dessus de tout. Révoltée de voir que ces personnes rendent à la femme cet état de « bonne à se taire  et à subir ». Je suis féministe et je suis fière. Nos ancêtres se sont battues pour faire changer les choses. Ok je n’irai pas défiler dans la rue les seins nus (quoique…) mais bon je n’hésite pas à sortir ma pancarte quand j’entends des choses qui font mal à la féministe que je suis. Mais cette révolte en moi, me rend plus forte et je me fais la mission de véhiculer le plus possible que la femme ce n’est pas une chienne !

 

S  comme  SIMENON :

GVL : Il y a chez Marie Vindy, un petit côté Simenon. Dans sa façon de poser le décor, de rendre une atmosphère, de jouer avec l’empathie du lecteur. Comme chez Simenon, tout n’ai pas ni tout blanc, ni tout noir. Elle se pose en catalyseur des mots de la société. Elle en démonte aussi les rouages mais par petites touches subtiles. Elle appuie là où ça fait mal pour réveiller nos consciences mais en nous laissant le choix de la solution. Elle n’est ni juge, ni bourreau.

AJC : J’avoue que j’ai une lacune : je n’ai lu qu’un livre de Simenon. Donc de ce côté, je fais confiance  à l’experte que tu es Geneviève.

 

Pour poursuivre cet Abécédaire il vous faut aller chez Anne Ju et ses Motordus ICI

Nous espérons, j’espère, vous avoir donné envie d’adopter le style Vindy. Perso je suis conquise depuis la première heure. Et je suis ravie d’avoir poursuivie ces « ABCdaires » avec un titre de Marie Vindy

Alors, à bientôt pour une autre lecture commune. Pourvu que cet « ABCdaire de deux nanas fondues de… » vous ait plu. Nous, on s’est éclatée à le faire….Voilà !

Trottoirs du crépuscule de Karen Campbell


9782213661933,0-1563469Trottoirs du crépuscule de Karen Campbell. Traduit de l’anglais9782757838266,0-2625952(Ecosse) par Stéphane Carn et Catherine Cheva. Paru le 10 avril 2013 chez Fayard dans la collection Fayard Noir. 20,00€ ; (543 p.) ; 22 x 14 cm
Paru en poche le 28 mai 2015 aux Point policier 8,60€ ;18 x 11 cm
Quatrième de couverture
Anna Cameron prend la direction de la Flexi, la brigade d’intervention rapide sur le Drag, les quartiers chauds de Glasgow. Crédits en berne, équipe réduite et fortes têtes, sa mission n’est pas facile. D’autant qu’elle a Jamie Worth sous ses ordres. Jamie, son ex, qui a épousé Cath et lui a fait un enfant.Ces trois-là ne se sont pas revus depuis dix ans. Cath a quitté la police pour s’occuper du bébé et, pour elle, la maternité n’a pas que du bon.Sur le Drag, royaume des dealers, des putes et des clubbers, un inconnu balafre les filles à coups de tesson. Un vieil homme est brutalement assassiné et les crimes racistes sont légion. Au repos forcé après avoir été agressée au cours d’une ronde, mais convaincue que la Criminelle fait fausse route, Anna doit accepter l’aide que Cath lui propose. Tour à tour rivales et complices, les deux femmes ne mesurent pas les conséquences de leur nouveau duo…

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L’auteur :Ancienne flic et titulaire d’un master of Art & Literature, Karen Campbell inaugure avec Trottoirs du crépuscule, son premier roman, une série policière exceptionnelle dont l’ampleur, l’humanité et l’authenticité ne sont pas sans rappeler The Wire. Au féminin. À Glasgow.

Extrait :
C’était le temps idéal pour ça. Le vent avait retourné le ciel comme un gant et, par là-dessus, une petite averse avait fini de tout nettoyer. La journée s’annonçait belle.
A toi de jouer ! Anna aurait pu voir son sourire se refléter dans ses chaussures qui slalomaient entre les flaques. Quel éclat… Elle était si absorbée qu’elle ne vit rien venir. La fanfare stridente d’un klaxon à l’italienne la força à regagner précipitamment le trottoir. Le conducteur, presque couché dans sa Sinclair C5, secoua la tête et passa en trombe. 

Résumé et avis

PowerAnna Cameron a été nommée à la tête de la nouvelle brigade d’intervention chargée de la petite délinquance à Glasgow. Sa mission est difficile, d’autant plus que son ex, Jamie, est sous ses ordres. La femme de ce dernier, Cath, est au bord de la dépression depuis qu’elle a quitté la police pour s’occuper de leur enfant. Tour à tour rivales et complices, les deux femmes s’allient. Premier roman.

 Twin_PeaksKaren Campbell nous introduit dans le quotidien de la brigade d’un commissariat de quartier. Cette unité d’intervention est dirigé depuis peu par une femme . Et à Glasgow comme ailleurs, le milieux des flic est un milieu machiste et c’est rien de la dire. Mais Anna est une femme de ressources et des ressources il va lui en falloir pour mener à bien son enquête.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAUne enquête qui va nous embarquer dans les quartiers crasseux de Glasgow. Les quartiers populaires laissés à l’abandon par la municipalité. L’une des plus grandes villes du Royaume-Uni qui a perdu de sa superbe et où le chômage va galopant. La ville la plus peuplé d’Écosse qui s’enfonce dans la pauvreté et qui voit ses vieux démon réapparaitre. Criminalité, corruption, trafics, prostitution, mais aussi racisme, délation, homophobie, tous les fléaux que la misère peut engendrer, ressurgissent.

Un premier roman prometteur noir à souhait. Deux beaux portraits de femmes. Une plume attachante. A découvrir.

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Le Syndrome du pire de Christoffer Carlsson


9782081347915,0-2552375Le livre : Le Syndrome du pire  de Christoffer Carlsson.Traduit du suédois par Carine Bruy. Paru le 25 mars 2015 chez Ombres Noires.21,00€ ; (344 p.) ; 21 x 14 cm.

 

4e ce couv

Stockholm, fin de l’été 2013. Une jeune droguée, Rebecca Salomonsson, est abattue dans un foyer pour femmes. Trois étages plus haut, dans son appartement, Leo Junker est réveillé par les lumières des voitures de police. Flic, il travaille aux affaires internes, la division la plus mal vue, celle des « rats » qui enquêtent sur leurs collègues. Suspendu depuis « L’affaire Gotland », au cours de laquelle il a commis une erreur qui a coûté la vie à un policier, rongé par la culpabilité, Leo s’étiole dans son nouveau job. Alcool, errances nocturnes, sa vie ressemble à un lent naufrage. Mais, dans le meurtre Salomonsson un indice le frappe particulièrement, qui fait ressurgir à sa mémoire des personnages troubles de son adolescence: Julia et John Grimberg. De plus, des messages énigmatiques arrivent à son portable. Et pourquoi a-t-il le sentiment diffus d’être suivi? Quand la réalité se délite, à quoi peut-on s’attendre, sinon au pire?

Le Syndrome du pire a été élu roman policier de l’année par l’Académie des auteurs de roman policier suédois. Ce prix a déjà récompensé de grands noms du polar tels que Stieg Larsson, Henning Mankell, Johan Theorin ou Åke Edwardson.

Citation : « Il y avait quelque chose de romantique dans leur histoire : se séparer, chercher quelqu’un d’autre, uniquement pour se rendre compte que la personne qu’ils cherchaient était là depuis le début. »

Photo: © Anna-Lena Ahlström

L’auteur

Christoffer Carlsson est né en 1986. Titulaire d’un doctorat en criminologie, il enseigne cette discipline. En 2012, l’European Society of Criminology lui a décerné le Young Criminologist Award pour son travail de recherche sur la rédemption des anciens criminels.

Le Syndrome du pire a été élu roman policier de l’année par l’Académie des auteurs de romans policiers suédois.

Extrait :
Cette ville a quelque chose de particulier. Quelque chose dans la manière dont la serveuse d’espresso sourit au client bien habillé, mais à personne d’autre ; quelque chose dans les coups de coude qu’on encaisse dans le métro. Quelque chose dans notre habitude de toujours éviter de croiser les regards, histoire de ne pas nous voir les uns les autres.

Résumé et avis :

Roman policier de l’année en Suède, finaliste du prestigieux Glass Key Award, déjà traduit dans 16 pays… Le Syndrome du pire est un véritable phénomène qui qui vient de faire son apparition sur les tables de librairies

Dans un foyer pour femmes de Stockholm, en 2013, une jeune femme toxicomane est retrouvée morte. Leo Junker, ancien inspecteur de police transféré aux affaires internes à la suite d’une bavure, est un voisin du foyer. Bien que l’affaire ne soit pas de son ressort, il ne peut s’empêcher de remarquer des détails troublants qui le ramènent à son passé.

Si vous êtes fan de polars scandinaves, ce titre est pour vous. C’est un livre tout en atmosphère. Un livre qui prend son temps. Et pourtant, paradoxalement, la lecture en est rapide.

On va suivre Leo Junker, l’inspecteur sur le retour. Il va nous mené, alors qu’il enquête sur le meurtre de sa voisin Rebecca Salomonsson, dans les bas-fonds de Stockholm. Dans les quartiers mal famés comme celui de Salem où Léo a passé son enfant et surtout son adolescence. Avec lui, on va retrouver les junkies, les petits délinquants et toute une faune interlope qui aujourd’hui comme hier sont les laissés pour compte d’une société qui ne veut surtout pas les voir.

Et nous allons ainsi faire des allées et retour dans le passés de Léo et le présent de Rébécca. Et à quelques décennie de différence, leur deux monde vont se télescoper.

Un roman noir, crépusculaire qui laisse peu de chance à l’espoir et la rédemption.

Pour lire le début c’est ici

La faux soyeuse de Eric Maravélias


téléchargement (16)Le livre : La faux soyeuse de Eric Maravélias. Paru le 27 mars 2014 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 16,50€ ; (252 p.) ; 23 x 16 cm
  Extrait : « La came, elle, n’est pas une hypocrite. C’est une pure dégueulasse, sans pitié, mais franche. Qui se suffit à elle-même. Elle assume sa réputation de tueuse sans état d’âme. Mais La Coke, elle, c’est une petite salope bourgeoise qui joue les mères poules. Innocente, améliorant les rapports humains et le contact, avec son grand sourire, elle arrive à préserver sa réputation. Mais elle vous baisera en profondeur. À peine le temps de dire ouf et vous vous retrouverez avec le moral dans les chaussettes et le cerveau à l’envers. Elle n’aime que l’oseille. Et pour elle, vous aller en lâcher un max. »
4e de couv : 
La faux soyeuse « Je suis couvert de sang mais je suis bien. Rien à foutre. Dans l’univers cotonneux et chaud de la défonce opiacée, le sang n’est rien. La mort n’est rien. Et moi-même je ne suis rien. Joies et chagrins se succèdent dans une espèce de brouillard confus, un ballet macabre, et rien ne subsiste de tout cela, sinon parfois, au détour du chemin, un sentiment de gâchis irréversible qui me prend à la gorge. Nos vies de parias sont comme de frêles esquifs privés de gouvernail. Sans plus personne à bord. Elles sont ballottées au creux de flots tourmentes, secouées par des vents inconnus et changeants qui les mènent à leur gré vers des côtes plus ou moins hospitalières, incapables que nous sommes de changer ne serait-ce que la moindre virgule au récit chaotique de nos existences. » téléchargement (15) Ce qu’en dit l’auteur : La Faux Soyeuse est un roman noir, pas de doute. Très noir. Suivant la définition d’Aurélien Masson, le directeur de la mythique série noire, un roman noir se doit de respecter au moins trois critères. Un milieu, avec son langage et ses codes, des personnages vivants et attachants, et une intrigue. Pour le milieu, avec La Faux, on a la tête dans le sac. On est en banlieue, près de Paris, et au fil des 253 pages, le lecteur traverse deux décennies. La folie des années 80, les vols, les braquages, la belle vie, l’amour, et l’arrivée en masse de la dope dans les quartiers, la glissade et la chute irréversible de Franck, le héros, triste héros, racaille toxicomane au cœur tendre. C’est une odyssée, poignante et pathétique, dure et sans pitié. Pas de rédemption. Pas de pardon. Mais c’est aussi poétique et tendre, parce que ce sont des hommes et des femmes, comme vous, avec un cœur qui bat. Mais trop vite. Trop fort. Puis les années 90 et les ravages du Sida, la déchéance, la maladie, la mort. J’ai voulu, avec La Faux Soyeuse, porter un témoignage sur ce que fut ma vie. Ne vous y trompez pas, c’est un roman. Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie. C’est un roman qui s’adresse à tous, de tous âges et de toutes conditions. C’est ce qui se passe aux pieds de vos immeubles. C’est ce qui s’y est passé, en tout cas. Dans toute sa cruauté. Vous en avez entendu parler, mais jamais vous ne pénétrerez ce monde mieux qu’avec La Faux Soyeuse. Et sans danger pour vous, sinon celui d’être hantés par ces hommes et ces femmes. Vous allez les aimer. Malgré tout. Malgré leurs vices et leur laideur. Malgré leur langage et leurs esprits tordus. C’est ce que je veux. C’était mes potos. Nous étions des enfants. Les personnages : Ils sont là, et ils vous balancent ce qu’ils sont au visage, sans honte. Le bon comme le mauvais. Et leur folie vous capture. Leurs démons vous pénètrent. L’intrigue : Elle est simple, affreusement simple, horriblement simple. Pathétiquement simple. Mais elle est l’enchaînement, le destin, qui vous prend et vous pousse irrémédiablement vers la fosse. De violences en cris, en trahisons. D’amertume en amertume, il vous entraîne dans le chaos, sans répit. Dans ce roman, pour ce qui est du style, j’avais comme une obsession. Unir E.Bunker et J.Lee Burke. Mes deux auteurs fétiches depuis toujours. Le style au scalpel de la rue, son langage cru, direct, et la poésie de Burke dans les descriptions de l’environnement. C’était presque inconscient, au début, et puis cette évidence m’a sauté aux yeux. C’est comme ça que je voulais écrire. C’est comme ça que j’écrivais déjà. J’ai travaillé dans ce sens. L’auteur justement : téléchargement (17)D’Eric Maravélias, on ne sait rien si ce n’est que La faux soyeuse est le premier roman est qu’il a mis beaucoup de lui et de vécu dans ses pages.
Extrait : » Mon univers s’exhibe dans un rectangle opaque, derrière les vitres sales drapées de rideaux gris. A l’ombre de deux peupliers, observateurs silencieux de ma lente décomposition. Un bout d’azur terni, usé, témoin indifférent de tant d’horreurs mais de plaisirs fugaces, aussi, ces rares moments de joie, comme une ponctuation, des instants en italique dans ces récits fiévreux. »

Résumé et avis : A l’agonie dans son studio, Franck se souvient du chemin parcouru depuis les années 1970, entre braquages, trahisons et drogues dures.

Ce roman policier n’est pas qu’un simple roman noir. Alors me direz-vous, c’est quoi ? Un   témoignage ? Oui et non, peut-être une biographie  romancée, oui, il y a de ça… une bio romanesque bouleversante.

Quel style, quelle puissance des mots, quelle plongée au cœur de l’enfer de la dope. Une magnifique découverte. Une « Putain de lecture », une bonne claque, un putain de coup de pied au cul….

Le flot, le débit des mots… J’adore.. La poésie qui s’en dégage.

Et ce noir, cette peinture sociale au plus près du réel, ces grisés qui dévoile cette banlieue des années noires du Sida. Et le blanc de la dope qui noircie, elle aussi, ces vies brisées.

Monsieur Maravélias le noir vous va si bien.

Extrait :   Et d’abord, la mort n’existe pas, à cet âge. Seule la vie compte. Celle qu’on touche, téléchargement (18)qu’on goûte, ex­plore et ex­plose. La mort ? Les jun­kies sont ses es­claves consen­tants. La mort ? Une fable. La mort ? Une dé­li­vrance. Vivre                                 est au­tre­ment plus dif­fi­cile.