Comme un chien de Jack Ketchum


comme un chien JackLe livre : Comme un chien  de Jack Ketchum, Lucky McKee. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Jaillet. Paru le 20 septembre 2017 chez Bragelonne dans la collection Thriller.  21€50 ; (275 p.) ; 24 x 16 cm.

 

4e de couv :

Bienvenue chez les Cross, une famille aisée de Los Angeles. Une famille heureuse… en apparence. Delia, onze ans, est une star en train d’éclore. Tout le monde dépend d’elle : sa mère, qui gère d’une main de fer ses auditions ; son père et ses voitures de collection ; son frère que la jalousie ronge. Heureusement que Caity, le chien de la famille, est là. Auprès d’elle, Delia se sent aimée, en sécurité.

Une nuit, un incendie se déclare dans la chambre de la petite. Sauvée in extremis par son chien, Delia survit, défigurée. Mais sa mère y voit une opportunité. L’argent, voilà ce qui compte chez les Cross. Quitte, pour l’obtenir, à vendre la souffrance d’une enfant…

 

L’auteur : Jack Ketchum, né en 1946, est considéré comme l’un des plus importants auteurs américains vivants. Derrière ce pseudonyme (emprunté à un hors-la-loi américain qui finit pendu) se cache un écrivain qui fut le secrétaire de Henry Miller. Son premier roman, Morte saison, incita la revue Village Voice à réclamer publiquement la condamnation de son éditeur pour « violente pornographie ». Ketchum a depuis publié onze romans et pas moins de trois films viennent tout juste d’être tirés de ses œuvres.Jack Ketchum est l’auteur, notamment, de Une fille comme les autres et Fils unique. Aux côtés du réalisateur Lucky McKee, il livre le récit terrifiant, implacable, d’une famille au bord de la désintégration. Lucky McKee est réalisateur, acteur et écrivain, célèbre notamment pour son film May. Il a collaboré avec Jack Ketchum sur The Woman et sur I’m not Sam.

 

Extrait :
Ce matin-là, elle est allée d’abord vers Delia, puis vers lui. Robbie n’avait jamais vu sa sœur sourire comme ça, et jamais plus depuis.
Il sent encore la tiédeur de sa langue. Il se rappelle l’odeur de son haleine de chiot. Cette petite masse qu’elle formait entre ses mains.
Cette merveilleuse créature, toute neuve, parmi eux.
Un chien, c’est magique.
Et, au fond, ça ne fait rien qu’elle soit à Delia d’abord et à lui ensuite. Il a lu des choses à propos des chiens. Il sait qu’il y a celui qui reçoit les ordres et les transmet, et la meute. Robbie, c’est la meute. Par définition, maman et papa sont des chiens dominants – des alpha, comme on dit. Ils sont plus grands, ils parlent plus fort. Ils donnent les ordres.
Mais Caity n’a pas l’air très concernée. Elle a sa propre vision des choses. Elle bouscule les idées reçues. La voix qu’elle écoute en second dans l’ordre de fréquence et d’attention, c’est la sienne, pas celle des parents. Robbie s’en satisfait et, même, il lui en est reconnaissant. Sa place dans la meute est confortable.

 

Chronique de Lecteur

 

Le tuyau de Nico

A 11 ans, Delia Cross est une jeune actrice talentueuse. Elle vit avec ses parents et son frère jumeau, qui organisent leur vie en fonction d’elle. A la veille d’un contrat déterminant pour sa carrière, la jeune fille est victime d’un terrible accident dont elle sort défigurée. Sa mère, pour qui seul l’argent compte, met en scène sa souffrance. Seule Cathy, sa fidèle chienne, peut la protéger.

Jack Ketchum est un auteur qui avance masqué. Alors que tous ses collègues en font des caisses pour faire croire, au moyen d’un style boursoufflé, que leur histoire est bien plus horrible, terrifiante et pertinente qu’elle ne l’est réellement, Ketchum joue la carte de l’anodin. Il avance des faits qui n’ont l’air de rien et qui, en s’accumulant, forment un monstre. Une réalité intime, qui est aussi un fait de société admis de tous et qui, pourtant, est inadmissible. Il en donne un exemple ici avec l’histoire d’une famille américaine aisée, mais dont l’économie entière repose sur les épaules d’une petite fille de onze ans. C’est une réalité courante aux Etats Unis et ailleurs. Ça ne choque personne. Et pourtant, quand on prend le temps de s’y pencher…

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Le brouillard d’une vie de Cécile Pellault


Le brouillard d’une vie de Cécile Pellault, le chouchou du week-end

 

  Le livre : Le brouillard d’une vie de Cécile Pellault. Paru le 03 mars 2016 aux Editions Le Manuscrit. 23,90€, (266 p.) Isbn : 9782304045766

4e de couv : 

Quand la famille de Lilly décide de s’installer dans la banlieue de Boston, cette famille d’expatriés français pense avoir trouvé le foyer qu’ils n’ont jamais connu. Cette vie rêvée vole en éclat le soir du bal de promo de Lilly.

Comment faire son deuil quand ce en quoi on a cru jusqu’alors n’était qu’illusion? Comment se reconstruire quand la traque continue?

10 ans après, Lilly se pose toujours ces questions et espère trouver dans la fuite un peu de paix…

 

L’auteur : Cécile Pellault est née en 1973. Ecrire, encore et toujours…c’est son crédo
Des nouvelles à foison comme des challenges à chaque concours qui croise sa plume.
Trois romans à son actif aux Editions Le Manuscrit : « Serial Belle Fille »(2005) et « On ne choisit pas sa famille » (2007).
Et  le dernier avant le prochain « Le brouillard d’une vie »( mars 2016), son incursion dans le roman noir avec un drame familial haletant. Elle a vu un de ses textes primé par le Musée du Luxembourg et édité dans l’ebook collectif réalisé par le musée sur le peintre Fragonard.. Le Brouillard d’une vie a reçu le Prix du rendez-vous littéraire du salon de Moret sur Loing en 2016.
Extrait :
Les bruits de pas dans la rue derrière elle, les buissons qui s’agitent à son passage, les craquements du parquet, les chuchotements dans un rayon de supermarché, les cliquetis de clés dans la main d’un inconnu, les claquements d’une portière, le frôlement d’une main dans son dos dans une gare routière emplissait Lilly de terreur. Chaque instant de sa journée, les sens aux aguets, elle interprétait chaque bruit, chaque mouvement comme une menace potentielle. Lilly était une survivante depuis 10 ans et une fugitive depuis 4 ans

Mon avis et un peu plus…

Comme vous le savez, j’aime aller à la rencontre de nouveaux auteurs. C’est comme cela qu’un jour de début février, j’allais à la rencontre de Cécile Pellault. J’étais alors au salon de Mennecy en Ile de France (91) et il y avait là une vingtaine d’auteurs rien que pour moi . Et beaucoup que je ne connais pas. J’ai papoté avec chacun d’eux mais ma belle rencontre du jour ce fut Cécile Pellault.

Je ne connaissais ni son nom ni sa maison d’édition. Et en effet son éditeur est un éditeur numérique qui ne publie qu’à la demande. Cécile m’a raconté son parcours, son rapport à l’écriture, les premiers concours de nouvelles. Les  deux premiers romans édités, des comédies familiales. Sa vie étudiante. Ce troisième roman sous forme de thriller. Son séjour américain à Boston, où ce situe le roman. Sa thématique toujours et encore autour de la famille. Comment un drame est vécu par chacun des membres d’une même famille et comment chacun se révèle à travers cet incident.

Bref nous avons bien accrochée, elle a su me donner envie de lire son roman. Malheureusement ayant perdu mes papiers et mes moyens de paiement et me retrouvant sans le sou, je n’ai pas pu le lui acheté. Mais…

…Cécile, ayant cru aussi à mon baratin, m’a fait confiance et crédit et je suis reparti avec Le brouillard d’une vie sous le bras.

Quelques mois plus tard, je le lisais d’une traite et quelques-moi après je vous en parle enfin. Car oui j’ai bien trop tardé pour vous parler de ce parfait suspense psychologique.

Alors le Brouillard d’une vie de quoi ça parle ?

D’une famille d’expatriés français qui décide de s’installer dans la banlieue de Boston après des années de contrats à travers le monde. Après n’avoir connu que déménagement sur déménagement, la famille Rodier pense trouver un foyer dans cette charmante maison . Lilly s’épanouit dans cette vie de lycéenne américaine malgré les problèmes de Romain, son frère. Mais leur vie rêvée car  basculera le jour du bal de promo de Lilly. un meurtre a fait voler sa vie en éclat et elle plonge alors dans les affres d’un deuil impossible
Ce sera le début pour Lily de 10 années de descente en enfer où elle
s’enfonce dans la culpabilité de ne pas avoir pu empêcher la tragédie. Et
surtout à craindre pour sa vie et celle de ses proches jusqu’à ce qu’elle soit
forcée de se jeter sur les routes des US pour fuir de nouveaux drames. A partir de là, la culpabilité et l’incrédulité sur sa vie d’autan vont se mêler pour l’asphyxier.

Vous l’aurez compris , le Brouillard d’une vie c’est avant tout une histoire de famille. On peut dire que c’est un thriller familial doublé un roman noir.

Un des thèmes central du livre c’est la culpabilité. Mais ici Cécile ne s’intéresse pas à la culpabilité des bourreaux, mais bel et bien à celle des victimes. Comment en tant que victime on arrive à se sentir responsable de ce qui nous arrive.

Comment on se met à douter de tout, de notre entourage. Et les questions surviennent. Pourquoi je n’ai rien vu venir?  Qu’aurai-je pu faire ? N’ai-je pas introduit le loup dans la bergerie ?

« Lorsque le malheur frappe dans une famille ou lorsque les coupables sont dans l’entourage, on se sent irrémédiablement responsable. » voilà ce que nous dit Cécile.

Cécile place l’intrigue de son roman  aux Etats-Unis dans le année 90. Enfin plus exactement entre 1987 et 1997, sur une période de 10 ans. Aussi l’auteur ayant vécu aux states dans ces année là, elle  arrive à retranscrit avec subtilité, l’atmosphère d’un campus universitaire dans le Mississipi à la fin des années 90. On ressent à travers son regard de petite frenchy, les failles de la société américaine.

 Mais, Le brouillard d’une vie, c’est aussi une histoire de manipulation. Comment on perd, comment on peut perdre ses repaires lors tout s’effondre autour de nous. Comment on devient vulnérable. Ici on va suivre les protagonistes avant et après le drame, on va les observer et voir comment ils y survivent surtout quand leur fondements sont attaqués. Quand la famille s’écroule.

Je vous le disait, c’est une histoire de famille et Cécile me confiait :  » Je crois être obsédée par la famille, ses relations, les conséquences sur chacun. Nous avons deux choix dans la vie on se construit soit grâce ou contre sa propre éducation.
Notre famille, notre éducation, nos amis qu’on se choisit sont notre point d’ancrage. Hors mon héroïne perd tout cela, mon histoire tourne autour de ce sentiment où l’on ne se fait même plus confiance. Elle perd pied après le malheur qui frappe sa famille. »

Alors m’attendais plus pour découvrir ce drame familiale, cette histoire de manipulation et de culpabilité. C’est vraiment un excellent premier polar. Un pur roman psychologique. J’ai hâte de lire son prochain.

Mais ce n’est pas le premier roman de Cécile, non avant cela elle a écrit Serial Belle Fille en 2005 et On ne choisit pas sa famille en 2007. Vous voyez quand elle vous dit que les rapports familiaux l’obsèdent, elle ne vous ment pas !

Et moi je vous promets que l’on retrouvera très vite Cécile Pellault dans ces pages.

A suivre donc…

 

 

White coffee de Sophie Loubière


  Le livre : White coffee de Sophie Loubière. Paru le 13 octobre 2016 chez Fleuve éditions dans la collection Fleuve noir.   21€50 ; (619 p.) ; 23 x 14 cm

4e de couv : 

Sur la Route 66, Lola Lombard a risqué sa vie et celle de ses enfants pour retrouver Pierre, son mari disparu. Sa confrontation avec David Owens, un tueur en série ayant fait de la route mythique une immense scène de crime, l’a fragilisée. Elle rentre en France, sans Pierre, ignorant s’il fait partie des victimes du serial killer. Mais Gaston, leur fils, est persuadé que son père est vivant. Son retour pourrait bien remettre en cause la relation nouée entre Lola et le criminologue Desmond G. Blur, dont elle a bouleversé le destin en levant le mystère sur un drame familial passé.

Chacun se languit désormais d’un côté de l’Atlantique, elle à Nancy, lui à Chautauqua Institution où manifestations étranges, disparitions d’objets et morts suspectes se multiplient. Au fil des jours, l’été bascule vers l’automne, confirmant les menaces qui pèsent sur la population d’une ville coquette, mais aussi sur Lola et son fils. Car les restes d’un corps sont bientôt retrouvés dans le désert de Mojave. Quelqu’un, habité d’un appétit de revanche, est décidé à reprendre possession de ce qui lui appartient. Le plus dangereux prédateur n’est pas forcément celui qu’on croit.

Dans la lignée de Black Coffee, brûlant de l’aura de lieux imprégnés par l’intimité fragile des êtres, White Coffee promet quelques nuits blanches.

L’auteur : Sophie Loubière est née en 1966 à Nancy. Romancière, journaliste, auteur de feuilletons radiophoniques, elle est aussi spécialiste de la musique de film et a été chroniqueuse pour France Inter, productrice à France-Inter et France-Culture et critique musicale au magazine Rolling Stone.

 

Extrait : 
Quatrième jour de cellule.
Dormir sous une lumière artificielle aveuglante, une couverture jetée à même le sol au milieu d’autres détenus.
Quatre jours, rincé de fatigue, bousculé, furieux.
Quatre jours sans possibilité de se laver, de marcher ou de passer un coup de fil, à faire ses besoins comme un singe dans sa cage, à partager ses odeurs intimes avec toute la cellule, ce dortoir peuplé de pauvres types, maigres ou gras de leur misère, coupables ou non.
Quatre jours de prison, ce lieu oublié du bon Dieu où tout acte est brisé.
Pierre était parti trop vite à la conquête de sa liberté. À l’annonce de la mort d’Owens, des ailes lui avaient poussé dans le dos. Il s’était jeté tout seul dans les bras d’un flic. Plus crétin, tu meurs. Trop tard pour rebrousser chemin.
Tu croyais quoi, Cendrillon ? Qu’on allait te faire grimper dans une limousine ? Tu te prends pour Dean Martin ?
Toutes les deux heures, un officier le réveillait, criant son nom avec l’ordre de se lever et de plier sa couverture.

La chronique d’Isabelle

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White coffee

De Sophie Loubière

Une amie m’a fait récemment un cadeau magnifique. J’étais de passage à Bordeaux. Elle m’a entraînée à la librairie Mollat et m’a dit : choisis un livre, je te l’offre. J’en ai pris 1 puis 3 puis 20… et j’ai dû en reposer 19. C’était le jeu. Et j’ai gardé Black Coffee, de Sophie Loubière.

Pourquoi celui-là ? Je n’ai pas la nostalgie de la route 66 et les romans road-trip me lassent assez vite. Mais cela m’intriguait de voir une romancière française se frotter à un grand mythe américain. Je n’ai pas regretté mon choix. Black Coffee explore une Amérique qui ne figure pas sur les cartes. Poussiéreuse, faussement alanguie comme un crotale au soleil, imprévisible et dangereuse, elle brise des vies, avale des destins et les recrache dans la lumière bleutée des gyrophares du shérif. Mais un voyage ne s’arrête pas aux paysages. Il s’incarne dans les personnages. Ceux que l’auteur a patiemment ciselés, une famille française et un criminologue américain, sont réels jusque dans leur moindre réplique. On ne les suit pas, on les accompagne, en toute intimité.

C’est bien beau tout ça mais elle ne devait pas parler de White Coffee, cette chronique?

Justement, une fois le roman achevé, les valises rangées au-dessus de la penderie, un vide s’installe, la nostalgie vous étreint. Il n’y a plus qu’à soigner le mal par le mal en reprenant un shoot de caféine avec une touche de crème. White Coffee, donc. La famille française a repris tant bien que mal le cours de sa vie à Nancy. Le criminologue est confronté à des mystères en pagaille à Chautauqua Institution, dans l’Etat de New York ; et la route 66 continue de rendre ses morts.

Ces trois histoires qui s’entrecroisent ont chacune leur propre musique. Au début, on peine un peu à sauter de l’une à l’autre, à gérer ces sorties de route! Mais au fil des pages la tension monte et on se laisse entraîner le long de ces trajectoires, fausses parallèles qui finissent par converger. Ou pas. Mais ça, c’est une autre histoire…

Avertissement aux lecteurs

Le texte suivant reprend l’intrigue de Black Coffee et en dévoile certains aspects.

1966, Narcissa, Oklahoma. Un dimanche d’été, un inconnu pris de folie meurtrière pénètre dans une maison isolée. Desmond G. Blur, huit ans, assiste impuissant à la mort de sa petite sœur. Sa tante est égorgée. Sa mère laissée pour morte. Lui-même est gravement blessé d’un coup de couteau sous le cœur. Il ne doit la vie qu’à son chien, lequel met en fuite l’agresseur. De ce cauchemar, Desmond porte le fardeau et n’aura de cesse de chercher celui qui a dévasté sa famille, épluchant les faits divers, nouant des rapports privilégiés avec la police. Un autre homme, absent ce jour-là, Benjamin Blur, son père, le hante par son silence et la distance qu’il met entre eux depuis le drame. Au fil des années, Desmond parvient cependant à se reconstruire, puisant dans la vocation de journaliste un peu de cet entêtement d’enfant, explorant les coulisses du crime. Chroniqueur au Chicago Sun-Times, il reçoit le prix Pulitzer pour sa contribution au témoignage de l’évolution de la violence dans les banlieues de Chicago. La mort d’un ami et collègue photographe le décide à quitter la profession, engendre une remise en question. Desmond enseigne un temps la sociologie du crime, publie ses premiers ouvrages. La mort de son père en 2010 opère une nouvelle cassure : il quitte définitivement Chicago et se retire en Arizona, dans la maison que ce dernier lui a léguée, un chalet paisible et chargé de secrets.

En juillet 2011, sa rencontre avec Lola Lombard, une Française à la recherche de son mari volatilisé sur la Route 66, est déterminante. Ensemble, ils remontent le passé jusqu’à l’homme à l’origine du massacre de sa famille et révèlent l’existence d’un tueur en série ayant sévi sur la Mother Road depuis une cinquantaine d’années, lequel n’est autre que David Owens, le demi-frère de Benjamin Blur. Un oncle que Lola aura, sans le vouloir, tiré de sa tanière et livré à son neveu. Irrémédiablement, les hasards du destin semblent relier Desmond à cette femme.

Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La chronique de Sébastien

Prendre les loups pour des chiens

Hervé Le Corre éditions Rivages

« Il leur a parlé dans son souffle avec des mots anciens, ceux d’avant, qu’il ne prononçait plus qu’en secret, tout seul. Un peu de vent attisait les étoiles, qui se rallumaient par traînées scintillantes. Il s’est assoupi et s’est réveillé sous un ciel noir saupoudré de lumière. Comme le sommeil insistait pour le prendre, il s’est installé sur le siège arrière de la voiture, toutes vitres baissées, pour recevoir les odeurs et les bruits de la forêt. »

De nos jours, dans les alentours de Bordeaux. Franck sort de prison. Une sublime créature l’accueille à sa sortie. Elle s’appelle Jessica, chaque centimètre de son corps galbé appelle au désir, et Franck vient de tirer plus de cinq ans pour un braquage. Mais Jessica c’est la gonzesse de son grand frère, Fabien, celui avec qui il a commis ce braquage. Franck s’est fait gauler, mais il est resté muet, il n’a jamais balancé son frangin.

Aujourd’hui il sort mu par l’espoir, l’espoir de relancer sa vie qui était en « stand by » derrière ces murs gris remplis de fureur et de cris. Ces murs qui stoppent la course du temps, où chaque heure résonne comme une journée. Le pactole du braquage devrait permettre de bien repartir dans la vie. Sauf que. Sauf que Franck, en attendant de retomber sur ses pattes, en attendant de s’acclimater de nouveau à l’espace, au soleil, au ciel bleu, à la liberté, en attendant le choc avec tout cela, Franck va habiter chez les parents de Jessica, et avec elle et sa petite fille mutique, Rachel. Immédiatement, sous cette chaleur de plomb qui écrase toute vie et toute envie, Franck se retrouve en terrain connu.

« Il s’est remis debout et a secoué la tête comme si les souvenirs, pris dans ses cheveux comme des brins de paille, allaient tomber à ses pieds. Il fallait qu’il parle à quelqu’un. Il fallait qu’il entende une voix amie, chaude, souriante. Les sourires ça s’entend. »

Les vieux de Jessica sont à la dérive, alcool et clopes, petites magouilles et plans foireux pour joindre les deux bouts. Et pas la moindre trace de Fabien. On lui explique qu’il est parti plusieurs semaines en Espagne, « pour affaires ». Le genre d’affaires aux relents nauséabonds, aux miasmes interlopes et qui promettent beaucoup mais tiennent rarement parole. Franck va alors patienter là, chez ces gens bas de plafond, dont les journées sont réglées par l’appel des bières, des repas, des apéros, des engueulades. Assigné à la caravane planqué dans la grange, Franck va éprouver l’ivresse de la liberté mais aussi du vide et de l’oisiveté, ce creux en lui qui annihile ses ambitions et sa volonté. Et puis Jessica, son corps, le langage qu’il exhale, cet appel sexuel qui émane de chaque geste, de ce regard clair hypnotique. Franck est attiré, pourtant il subodore que cette fille est un nid à emmerdes.

« Les deux femmes s’emballaient, parlaient fort, se resservaient à boire en cherchant sur la table leur paquet de cigarettes ou un briquet. Tout y passait. Les patrons, les chefs, les collègues de travail, les feignants, les planqués, les rampants, les soumis, les faux-culs, tous les profiteurs de misère. A les entendre on pouvait croire qu’elles étaient les seules à avoir payé de leur personne, à avoir travaillé vraiment et compris l’envers des choses, la cupidité et la paresse, les lâches compromissions, la dégueulasserie du monde. L’alcool et les cigarettes aidant, elles parlaient presque de la même voix, éraillée et pâteuse, se coupant la parole. Le père les regardait enfoncé dans son fauteuil de camping, les yeux à l’abri derrière ses paupières plissées avec à la bouche une moue dégoûtée, peut-être, ou vaguement méprisante. »

Toutes ces existences qui se tournent autour dans la nonchalance qui suinte de la canicule ignorent encore, pour quelques heures, que leurs pieds foulent un terrain instable, que ce froid qui remonte sur leurs ventres, qui fouette leurs visages, c’est le souffle du vide qui se cache juste devant, tapi dans l’obscurité d’où surgit la noirceur du monde et des âmes. Quelque chose dissone, quelque chose dérape, quelque chose cloche. Tous vont l’apprendre à leurs dépens. Franck sent qu’il est mal barré, mais possède-t-il les cartes pour échapper à cette chose invisible qu’il suspecte autour de lui ? A-t-il en lui la force et la volonté pour lutter et dévier la trajectoire néfaste du cours de sa vie ?

Hervé Le Corre nous revient avec un roman noir magistral. Dans le sillage de Franck, il nous fait découvrir une société presque secrète, qui a pignon sur rue et qui croise celle plus propre, plus fade et plus routinière à laquelle nous sommes habitués. Il nous restitue avec les mots justes, cet équilibre précaire qui pèse sur les marginaux, ceux qui vivent sur le dos du système et à la fois en dehors. Il parvient avec une grande humanité à nous retranscrire cette atmosphère instable qui plane sur ces existences écorchées et un peu barrées, la vie de ces personnes qui un jour, par faiblesse, bêtise ou manque d’instinct ont pris la mauvaise direction, fait le mauvais choix.

Avec une plume absolument remarquable, il brosse le tableau de ceux qui vivent à la marge, qui combattent leurs propres démons tout en subissant leurs travers et en maudissant la société telle qu’elle les afflige. On sent en permanence que tout peut basculer, que dans ce monde-là, rien n’est acquis et que tout est aussi fragile qu’une aile de papillon.

« Alors pour toi Jessica, elle est seulement bizarre ? (…) Sans parler de tout ce qu’elle est capable d’ingurgiter quand elle va mal. Alcool, dope, médocs … Putain, Nora, à côté, c’était une accro à l’homéopathie. »

Au-delà de l’histoire, Hervé Le Corre nous parle avec subtilité de ces forces occultes et obscures qui influent sur les existences, les tourmentent, les torturent, pour finalement les foutre en l’air aussi sûrement qu’une vieille grange écroulée par des vents fous. Il nous parle du poids colossal de la famille, de l’entourage, qui jouent un rôle incontournable et souvent fatal dans la tournure que prennent les évènements. La volonté de s’en sortir ne suffit parfois pas, quand elle traîne dans son sillage la charrue de la défaite et du renoncement, ce qui y pousse alors s’apparente plus à de la mauvaise herbe qu’à du blé ou du maïs. Il ne restait plus à l’auteur qu’à placer cette poudrière dans un endroit en déshérence, proche de la ville mais perdu quand-même, de ces zones périurbaines où rien ne pousse que le désespoir et la fatalité. Le tout sous une canicule qui vous travaille au corps, vous esquinte de son omniprésence, jusqu’à vous rendre fou et à influer sur vos décisions en minant votre capacité de réflexion.

Faites un bout de chemin avec Franck, au milieu de cette équipe de bras cassés et de cerveaux timbrés, et éprouvez le poids écrasant du passé, la force malsaine des évènements, la contrainte des proches et la formidable inertie des sentiments.

 

Rouge écarlate de Jacques Bablon


Le livre : Rouge écarlate de Jacques Bablon. Paru le 20 février 2016 chez Jigal dans la collection Polar.  17€50 ;  (190 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv : Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure.

Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ?

Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible.

Marcus, le voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles.

À chacun sa petite maison…

Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale…

« Avec cette maîtrise stylistique qui dégage une énergie vivifiante, Jacques Bablon joue dans la cour des grands. » Le Nouvel Obs.

L’auteur : Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

 

La chronique de Pierre

 

Rouge écarlate de Jacques Bablon

Editeur : Jigal – 2016

Trait bleu avait fait fort en nous faisant découvrir un nouvel auteur avec un vrai style et un scenario mené de façon original. Restait à transformer l’essai avec un titre tout en couleur, comme le premier.

Dans un quartier … Joseph Salkov a un défaut : parfois, il a des envies de meurtres. Cette nuit là, il a rêvé de flinguer Elvis. Ce matin au petit déjeuner, il irait bien tuer son voisin, Marcus Gulbis, sans raison, si ce n’est que ce Marcus à la con a écrasé son petit chien. Finalement, il ne mérite que ça, on pointe le canon, et BOUM ! Il avait bien baisé la femme de Marcus, Rosy, quelques fois, mais bon ! Et puis, leur gamin, Angelo n’est pas désagréable, si ce n’est qu’il balance son ballon chez lui !

Salma n’habite pas loin, elle fait son footing. Le long d’un champ de fraises, elle voit les femmes ramasser les fruits rouges et se penche pour en manger une. Un homme, le propriétaire du champ, lui propose de boire un verre et essaie de la violer. Après une violente altercation, Salma finit un peu amochée, le nez cassé.

Tout ce petit voisinage n’est pas ce qu’il prétend être. Derrière les haies bien taillées, des trafics se font jour, la violence couve. La course poursuite va s’engager entre les uns et les autres avec Angelo en plein milieu.

A propos du premier roman, j’avais écrit : « Ce qui est remarquable dans ce roman, dans ce premier roman, c’est surtout ce style sans concession, fait de phrases courtes, de style haché, de descriptions faites d’un seul adjectif, de ce choix judicieux de chaque mot, de cette volonté revendiquée de l’efficacité à tout prix. ». Je pourrais me répéter car c’est exactement la qualité que l’on retrouve dans ce roman mais pas seulement.

En passant d’un personnage à l’autre, Jacques Bablon construit un scenario sans réelle trame, en déconstruisant son scenario justement. Les événements se suivent et le lecteur subit ce qui s’y passe plus qu’il n’est acteur. En fait, l’auteur arrive à nous surprendre à chaque fois pour finir dans une scène de violence … mais sans que cela n’ait réellement une fin.

C’est un roman étonnant, qui va ravir les fans de James Sallis, tant l’efficacité du style fait mouche, tant Jacques Bablon arrive à dire et montrer tant de choses avec si peu de mots. Et il pourra déconcerter certains autres car je dois dire que j’ai eu un peu de mal à m’accrocher aux personnages. Il m’a manqué un petit quelque chose, quoi ! En tous cas, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à cet auteur : Jacques Bablon est unique et à lire une de ses pages, on reconnait tout de suite sa patte d’auteur à part entière. En deux romans, Jacques Bablon est devenu un auteur original et unique dans le roman noir contemporain.

 

Serre-moi fort de Claire Favan


cfLe livre : Serre-moi fort  de Claire Favan. Paru le 11 février 2016 chez Robert Laffont dans la collection La bête noire. 20€ ;  (371 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de couv :

Méfiez-vous de qui vous tend les bras…

« Serre-moi fort. » Cela pourrait être un appel au secours désespéré. Du jeune Nick, d’abord. Marqué par la disparition inexpliquée de sa soeur, il est contraint de vivre dans un foyer brisé par l’incertitude et l’absence. Obsédés par leur quête de vérité, ses parents sont sur les traces de l’Origamiste, un tueur en série qui sévit depuis des années en toute impunité.

Du lieutenant Adam Gibson, ensuite. Chargé de diriger l’enquête sur la découverte d’un effroyable charnier dans l’Alabama, il doit rendre leur identité à chacune des femmes assassinées pour espérer remonter la piste du tueur. Mais Adam prend le risque de trop, celui qui va inverser le sens de la traque. Commence alors, entre le policier et le meurtrier, un affrontement psychologique d’une rare violence…

« Monstrueusement magistral, horriblement bon ! »
Bruno Lamarque, Librairie de la Renaissance, Toulouse

« Intime, violente, déroutante, l’intrigue de Claire Favan s’enroule autour du lecteur tel un serpent. »
Olivier Norek, auteur de Code 93 et de Territoires

« Une des grandes du polar français ! »
Gérard Collard, librairie La Griffe noire, Saint-Maur

CF&

@ Métronews

L’auteur : Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son diptyque culte, Le Tueur intime et Le Tueur de l’ombre, a été récompensé par de nombreux prix. Après Apnée noire et Miettes de sang, elle nous revient avec un thriller d’une noirceur absolue.

Extrait :
La peur a toujours des effets curieux sur lui. Il redevient ce jeune garçon effacé et vide qui doit absolument combler ses manques grâce à l’attention d’une personne du sexe opposé. Et c’est là qu’il est contraint de jouer les équilibristes entre trouver une fille gentille qui rassasie son besoin à court terme et éviter de croiser le chemin d’une Lana bis qui éveille sa part sombre et qu’il devra tuer à un moment ou à un autre.
D’ordinaire, le stress et le manque de présence féminine le conduisent immanquablement à un passage à l’acte. Or, il ne peut pas prendre de risque en ce moment, parce qu’il n’a plus de planque pour cacher ses trophées, plus de corps à observer pour apaiser ses pulsions, plus de zone tampon pour décharger la pression.

Lire ICI le début 

Résumé et petit avis :

Nous sommes en août 1994, Nick Hoffmann est un ado de 15 ans mal dans sa peau. Il a une sœur aînée. Et à 17 ans, Lara est la coqueluche de son lycée. Nick lui est plutôt un boloss. Il est totalement invisible, une sorte de looser. Et le jour où sa sœur disparaît, il devient semble-t-il un peu moins transparent sauf au yeux de ses parents. Ils sont tellement effondré par la disparition de Lara qu’ils finissent par sombrer, l’un dans l’alcoolisme, l’autre dans la dépression.

C’est Nick qui va maintenir le semblant de famille qu’il lui reste à flot. C’est lui qui va assurer le quotidien alors que tout se délite autour de lui. Il va se construire sur ce malheur. Il va m^me décider de devenir quelqu’un, quelqu’un de bien.

Et puis ces parents reprennent espoir et décident de reprendre l’enquête sur la disparition de Lara. Et Nick, se retrouve à la place. Celle qu’il occupait originellement, deux ans avant, au sein de cette famille déchirée. Nick le délaissé alors que ces parents n’ont plus qu’une obsession, parcourir les états-unis pour comprendre ce qu’il est arrivé à leur fille chérie.

Un des thèmes forts de ce livre c’est la disparition. A travers ce sujet, Claire Favan cherche à mettre en avant les sentiments des survivants. Elle va  creuser cette notion et va déterminer la psychologie de Nick en fonction de cela. Ce gamin qui se sens délaissé et que l’on trimbale de droite à gauche, alors que lui avait réussi à choisir sa vie et qu’on lui a coupé les ailles en plein vol est lui aussi une victime. Peut-être même est-il le seconde victime après sa sœur de cet enlèvement.

cf&&On se retrouve 20 ans plus tard. Adam Gibson, est le policier chargé de l’enquête sur un charnier où toutes les victimes sont des femmes. Adam Gibson est un homme brisé par la vie. Un homme en déshérence li aussi. Sa vie personnel est un désastre, il a perdu sa femme, sa fille adolescente, lui en veut, elle lui reproche ses absences, le rend coupable de la maladie et de la mort de sa mère. Gibson qui n’a plus rien à perdre va se lancer corps et âme sur les trace de ce tueurs de jeunes femmes. Mais l’inspecteur Gibson, n’est pas seul à suivre cette affaire. En effet les Hoffmann qui ont fonder une association, courent eux aussi après ce serial killer que l’on a surnommé l’Origamiste. Leur intervention dans cette enquête ne semble pas aidé Adam qui va se retrouver confronter à ce tueur machiavélique.

Vous l’aurez compris, Caire Favan a découpé son roman en plusieurs parties. Ces deux premières qui mettent les choses en place. Qui nous posent les personnages. D’ailleurs c’est bien là un des points fort de notre auteur, savoir camper un personnage, se l’approprier au point d’en ressentir toute la personnalité, toutes les personnalités.

Et puis il y aura le final, la fameuse troisième partie. Là Claire Favan se déchaîne. C’est juste…mais juste…J’en trouve pas mes mots. C’est juste parfait, le suspense est  implacable, les rebondissements efficaces.

Et comme le dit si bien notre libraire toulousain préféré, Bruno « Monstrueusement magistral, horriblement bon ! »

Il y avait longtemps que j’attendais ce livre, il m’a ramené quelques année en arrière alors que je découvrais la toute jeune Claire Favan. Et que son premier roman Le tueur intime me mettait un grande claque. Et que la suite de ce diptyque Le tueur de l’ombre ne faisait que confirmer le talent de l’auteur.

Alors merci Claire pour cela ! Et merci aussi pour cette scène au milieu du bouquin qui va nous hanter longtemps. Elle va faire foi dans une anthologie du genre, crois-moi !

Mais dis moi, j’ai une petite question. Crois-tu qu’un jour tu ancreras une de tes intrigues sur le territoire français ?

Aller je te pose la question ce week end à Saint Maur en poche où on aura le plaisir de te retrouver.

Il reste la poussière de Sandrine Collette : L’ABCdaire de deux nanas fondues de Collette


L'ABCdaire de deux nanas fondues de Colette

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Il reste la poussière de Sandrine Collette

 

Le principe est simple, avec Anne Ju, on se partage les 26 lettres de l’alphabet. Chacune met un mot sur chacune des  13 lettres qui lui ont été attribuées. Ces mots définissent, un sentiment, un ressenti, une impression que nous a laissé cette lecture. Ensuite, chaque mot sera expliqué par nous deux.

Ainsi vous retrouverez l’alphabet complet à travers nos deux blog.

Le challenge c’est aussi de parler du livre à travers des mots qui ne sont pas de notre propre ressenti.

$$$&&&SColLe livre  Il reste la poussière de Sandrine Collette. Paru le 25 janvier 2016 chez Denoël dans la collection Sueurs Froides.  19,90 euro ; (301 p.) ; 23 x 16 cm.

4e de couv : 

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.

Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l’a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.

Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille ?

Depuis son premier roman, Des noeuds d’acier, Grand Prix de littérature policière, Sandrine Collette «confirme avec éclat qu’elle a tout d’une romancière accomplie». (François Busnel, L’Express.)

$$$&&&collettes2016ph.matsasL’auteur : Sandrine Collette est née en 1970 à Paris. Elle passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides » Des noeuds d’acier, son premier roman, paru  en 2013, a rencontré un vif succès critique et public. Il a reçu le Grand Prix de Littérature policière. Aujourd’hui, elle partage sa vie entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan.

Pour cette nouvelle lecture commune nous nous sommes partagé simplement l’alphabet, une lettre sur deux. Anne Ju commençant par le B…

Voici donc mon Abécédaire de A à Y

Acomme  Apreté :

GVL : C’est vraiment le premier mot qui m’est venu dès les premières pages de ce livre. Dès la vue de la couverture, même sans doute.

Apreté des sentiments, animosité des sentiments. Austérité du décor, cette steppe patagonienne, rudesse de cette terre. Dureté de ces espaces désertiques.

Rigueur du climat.

AJC : Ton mot est bien choisi car il peut avoir deux significations : celle que tu décris et aussi celle de quelqu’un qui poursuit quelque chose avec acharnement.  Je te rejoins totalement sur la 1ère définition. Ce livre assèche ! J’en avais presque du mal à déglutir.
Si on prend la seconde définition,  elle colle aussi parfaitement au roman. Les personnages ont tous une quête. Mais l’auteure aussi. Mais je pense que nous allons développer tout cela dans les autres lettres.

Ccomme Climat :

GVL : Oui, le climat est rude. Un climat qui vous forge un homme. Qui lui donne du caractère. Chaleur torride l’été, froidure extrême l’hiver. L’amplitude thermale ne laisse pas de place aux faibles. Pas plus aux hommes, qu’aux animaux. Les bêtes les plus résistantes passeront l’hiver. Ou mourront ! Leurs carcasses viendront se fondre dans le décor.

AJC : Il est vrai que le climat n’est pas tendre. Mais c’est un phénomène récurrent dans les romans de Sandrine Collette. Souviens-toi dans 6 fourmis blanches, le climat montagnard n’est pas des plus accueillant. Pour moi, c’est une des marques de l’auteure. A travers ce climat, elle nous fait passer des sensations allant souvent à l’extrême ! A la lecture de ce roman, j’avais le sentiment de sentir ce vent chaud balayant la poussière venant se coller sur moi.

Ecomme espace :

GVL : La Patagonie comme décor.

La Patagonie des steppes, celle des hauts plateaux. Des espaces désertiques et pelés à vue d’œil.  Des grands espaces que l’on voudrait synonyme de liberté mais qui souvent enferme les hommes à cause de la rudesse qui s’en dégage.

Des paysages à couper le souffle, des images qui évoquent l’évasion. Cette steppe qui court, qui s’allonge, qui s’élance jusqu’à la montagne pour horizon.

AJC : C’est vraiment une marque de fabrique de Sandrine Collette. Le Morvan doit l’inspirer ;-). On a connu la ferme, les vignes, la montagne et là la steppe. C’est grand étendue à perte de vue. Je ne connais pas la Patagonie. Je sais juste que  Florent Pagny y vit mais bon il ne m’a encore jamais invité. Le saligaud ! Je serai curieuse de savoir pourquoi elle a choisi ce décor si lointain.

GVL : Pour les grands espace très certainement petit padawan. Justement parce que cette terre de Patagonie offre des espace vierge de toute vie humaine. Pour permettre le huis clos et le roman initiatique à la fois. Mais…Je le lui demanderai, fais-moi confiance.

Gcomme Garçon :

GVL : Joaquin et Mauro les jumeaux. Steban le cadet un peu simplet et Rafael le petit dernier. Il ne reste que la poussière, c’est l’histoire de 4 garçons dans le vent. Oui dans le vent car du vent, il y en a sur ces grands plateaux patagoniens. Et le vent, ça les rends fous ces 4 garçons.

4 frères qui bossent comme des forcenés pour leur mère, la mère et son  l’Estancia. Ils vivent au rythme des saisons, s’occupant des terres, de bêtes, vaches et moutons. Ils réparent les dégâts de l’hiver, ils n’ont que peu de temps à eux. Et pourtant…

AJC : 4 garçons plein d’avenir ? On le souhaite car au début on se dit que la reprise de l’exploitation est logique. Mais non rien n’est logique dans tous les romans de Sandrine Collette. Elle nous surprend. J’avais envie de détester cette affreuse mère et au final, elle me touche. J’avais envie de câliner Rafael, mais maintenant, je veux lui mettre des claques.  Les personnages masculins sont souvent des personnages très complexes et piliers.

Icomme Intrigue :

GVL : L’intrigue chez Sandrine Collette tient souvent en un seul mot : l’atmosphère. Elle installe tranquillement son histoire, dans un décor, dans un contexte. Elle nous place savamment ses personnages. Et elle utilise tous les ingrédients séparément un peu comme un cuisinier qui cuit tous ses légumes à part pour qu’ils gardent toutes leurs saveurs. Rien n’est laissé au hasard. Chacun est à sa place. Et puis, tout s’imbrique parfaitement pour nous raconter une histoire que l’on ne pourra plus lâcher avant d’en connaître le dénouement.

Il reste la poussière, c’est tout cela. C’est la terre, le soleil, la chaleur écrasante, l’hiver rigoureux. La lenteur de la vie qui passe. Une tranche de vie en somme. C’est un roman psychologique, c’est un roman noir c’est un polar rural. C’est un roman initiatique et un huis clos comme l’auteur les affectionne. Il reste la poussière, c’est tout cela à la fois !

AJC : Je suis une fan inconditionnelle de Sandrine Collette. Tous lus, tous dévorés. Je rejoins totalement ce que tu dis. Sa force, ceux sont ces atmosphères toutes surprenantes les unes que les autres. Quand on commence, on n’arrive pas à le laisser de côté. Au fond de moi, tous ses romans m’ont interpellé : colère pour Nœuds d’Acier, survie pour 6 fourmis blanches. Mes sentiments étaient clairs. Pour celui-ci, l’intrigue m’a perturbé. J’étais un peu comme Steban perdu dans le vent poussiéreux de la steppe. Mais ça m’a fait du bien de ne pas trouver ma route tout de suite, comme tous ses personnages au final ! L’intrigue a déteint sur moi 😉 .

Kcomme KO :

GVL : A ce moment-là de mon Abécédaire, je suis déjà KO, comme je l’ai été dès le début du livre. Et je suis restée groggy tout au long de la lecture. Cette lecture  m’a tellement sonné que  les sentiments, qui en ressortaient, étaient puissants, terrifiants.

J’ai été sous l’emprise des mots de l’auteure. Je n’ai pas honte de le dire. Ils m’ont captivé, subjugué. Prise au piège à mon tour dans cette pièce qui se jouait sous mes yeux. J’aurai voulu être actrice, pouvoir intervenir, changer le cours des choses, mais j’étais paralyser par l’écriture tellement maîtrisée de l’auteure. Spectatrice, je suis restée. Et à la fin, j’ai applaudi des deux mains à en faire tout exploser.

AJC : Encore une fois, elle laisse une marque dans nos esprits quand on referme ses livres. On ne peut pas rester indifférente à ses écrits. Il y a une telle intensité dans le choix des mots, que je suis bluffée à chaque fois. Quand je commence un livre, je me dis toujours que je ne m’attends à rien. Et avec elle, c’est l’effet surprise garanti. Mais il y a souvent un second effet (Kiss Cool ;-)) qui m’arrive dessus. Je suis comme toi, Geneviève, je suis KO de chez KO. Et c’est rare car ça fait 4/4 !

GVL : Pareil ma Juju, et ce n’est pas le cas avec tous  les auteurs. Mais Sandrine Collette est de ceux-là. Ceux de qui on attend avec impatience, gourmandise et curiosité leur prochain roman.

Mcomme Mère :

GVL : Et oui, si, il y a un personnage central dans ce roman, c’est la Mère.

C’est par la mère que tout arrive. C’est elle qui tient les rênes de la ferme. C’est elle qui dirige cette exploitation agricole. C’est elle qui décide des bêtes que l’on va élever, ovni, bovin ? Ceux que l’on va vendre, ceux qui seront tués.

C’est elle qui nourrit, qui distribue les tâches journalières. C’est elle encore qui tient les cordons de la bourse.

C’est la Mère, une mère castratrice. Forcément avec ces 4 garçons. C’est elle qui divise pour mieux régner.

Elle a quelque chose de la Folcoche de Bazin. Dans vipère au poing, Paule Pluvignec se montre dénuée de tout sentiment maternel et de toute preuve d’amour pour ses enfants.

« La mère » ici est ainsi !

« La mère, c’est la mère. Ancrée et solide, d’une constance terrifiante, ils sont capables d’en rejouer les intonations, les menaces, les phrases qui vont suivre. Mais s’ils cherchent à en dessiner les traits, elle s’efface comme dans un rêve, floutée tel un fantôme, une silhouette sans contours, sans limites. La mère s’étend au-dessus de l’univers. »

AJC : Très bon choix pour cette lettre. Je ne voyais pas autre chose. La mère ! Tu as remarqué qu’elle n’a pas de prénom ? Cela peut paraître surprenant mais pas tant que cela. Ca la rend encore moins humaine. Elle devient un su statut et non un personnage physique. De toute façon, je ne voyais pas ses garçons l’appeler « ma petite maman d’amour » ou lui souhaiter sa fête. C’est la mère nourricière aussi bien pour ses enfants que pour sa terre. Elle nourrit le livre ;-). Oui je sais je ne suis pas allée loin pour la trouver celle-là !

Ocomme Oppressant : 

Oui je sais c’est original, O comme oppressant pour un polar ! Mais après tout ce que je vous ai déjà dit…Oppressant est un qualificatif qui va bien à ce titre.

La chaleur étouffante, l’air irrespirable parce que surchauffait par le soleil écrasant. L’atmosphère pesante. Un décor splendide mais suffocant. Une mère opprimante.

Oui cette lecture est oppressante. Elle est aussi accablante car très noire, stressante car il y a comme un sentiment d’enferment malgré les grands espace. Tout ici est poignant et angoissant à la fois.

Je vous l’ai dit elle m‘a laissé exsangue et KO.

AJC : C’est le but du huis clos, que l’on se sente opprimé. C’est tordu tout ça quand j’y repense. Une si petite chose, le livre, qui nous oppresse autant voir même plus qu’enfermé dans un caisson. Je file prendre l’air ;-).

GVL : Tu as une nouvelle fois raison, on peut en effet parler de Huis clos. Décidément, petit padawan, tu as bien cerné cette lecture commune. Wouah, impressionnée, je suis ! Quelle chance que de t’avoir en binôme.

Qcomme Qualité :

GVL : Tout ici est qualité.

La qualité de l’écriture, du style de l’auteur, du ton qu’elle impulse à son récit.

Du récit et de l’histoire même.

Sandrine Collette a cette qualité rare de se renouveler à chacun de ses livres. Les 4 romans qu’elle nous a présentés ces dernières années ne se ressemblent pas dans leur construction. Ils ne se ressemblent pas non plus par leur style ou leur rythme. Mais à chaque fois, l’écriture sobre et épurée de l’auteure colle parfaitement au ton que celle-ci veut donner à son récit.

Je sais que ça déconcerte le lecteur, que ça peut le perdre. Il s’attend à un thriller et tombe sur un roman noir. Il cherche à frissonner et il est juste surpris par d’autres sentiments plus intimes.

Quoiqu’il en soit, à chaque fois la qualité est là !

AJC : Pfff qu’est-ce que tu veux que je rajoute à cela ? J’ai fait aussi éloge de son talent dans les autres lettres. Je pense que si maintenant les lecteurs ont encore des doutes, je suis désespérée. Il est clair que ce n’est pas du thriller. Il faut s’attendre à plonger dans les abysses de l’être humain. Jusqu’où est-il capable d’aller pour survivre ? Où va-t-il chercher cette force ?
Pour tout savoir, lisez TOUS ses romans !!

Scomme Sentiments :

GVL : Ici tous les sentiments sont exacerbés.

On oscille  entre haine et répulsion.

Pas de demi-mesure.

Pas de politiquement correct, pas de place pour les bons sentiments. Insensibilité, sécheresse des cœurs. Pas la place pour la compassion, l’attachement, l’émoi. L’affectivité n’est pas de mise.

Non ici tout est violence, cruauté, bestialité, hostilité. Inhumanité sans doute aussi. Humanité aussi du coup.

Oui, tous ici ne sont que sentiments contraires et contrariés.

AJC : Je trouve qu’il y a aussi un peu d’amour. Certes, ce n’est pas dégoulinant et débordant. L’amour fraternel est quand même présent. Regardes les jumeaux. Ils sont soudés et s’aiment aussi. C’est peut-être le seul lien clairement visible dans les sentiments.  Après, on ne peut pas dire que ça soit pareil avec les autres frères. Mais mine de rien, ils pensant quand même aux uns et aux autres. Alors oui, tous les sentiments que tu décris, sont les premiers à nous exploser en pleine tronche à la lecture de ce 4ème roman.

GVL : Tu n’as pas tort, il y a effectivement quelque chose qui les relie tous. Mais de là à dire que c’est de l’amour. Je n’y crois pas trop. Peut-être juste pensent-ils que l’un sans l’autre, ils seront moins forts. Je vois ça plus comme une association de complémentarité que comme un véritable amour fraternel.

Ucomme Urgence :

GVL : Ce roman se déroule sous nos yeux dans une espèce d’urgence qui nous entraîne vers une fin que l’on devine inéducable.

Ce roman est impétueux. Il dégage une fougue sans retenu. Une force frénétique ravageuse.

AJC : Je pense que là où ils vivent, ils peuvent toujours attendre pour voir débarquer une ambulance 😉 ! Humour humour ! Bref, oui comme tu dis, on sent que cette famille est sur le point de partir en lambeau, même si elle est déjà pas mal amochée, et que nous sommes les spectateurs impuissants face à cette urgence.

GVL : Et oui, Anne Ju, nous sommes ici dans un roman noir. Une espèce de constat amère d’impuissance face au drame qui se joue sous nos yeux.

Comme le dit si bien Dominique Manoti en parlant de roman noir :

« Tous les personnages, et le lecteur avec eux, sont engagés « en un combat douteux ». La littérature noire n’est pas manichéenne. Et si, d’aventure, l’ordre est rétabli à la fin d’un roman noir, l’auteur et les lecteurs sont conscients qu’il ne s’agit que du rétablissement provisoire des apparences.  »

Le roman noir nous met dans un état d’urgence permanent puisqu’il n’est autre que le roman du désordre. Donc de l’urgence !

Wcomme Western :

GVL : Il reste la poussière pourrait être un Western. Un western transposé en Amérique du sud avec le  ranch remplacé par une estancia, les cowboys par des gauchos, les mustangs et autres quarters horses changés en criollos. Ces petits chevaux argentins sont réputés particulièrement frugaux, sains, robustes et endurants. Capables de supporter de très lourdes charges sur de longues distances et tous types de terrain. Que serait le gaucho sans son criollo ? Comment pourrait-il rassembler ses troupeaux éparpillés dans la steppe pour se nourrir ?  Monter sur son criollo, le cowboy argentin va conduire ses vaches ou ses moutons à travers la Meseta, ces vastes plateaux de la steppe argentine, aux paysages uniques et désertiques.

AJC : Pour une fois que c’est facile et flagrant de trouver le mot correspondant  à cette lettre ! Chapeau car c’est exactement ce que j’ai ressenti. Je me suis souvenue de ces films que je regardai A la conquête de l’ouest par exemple. Tout est hostile, aride. Tu mets ton chapeau et tu montes ton cheval. Bon moi, je te laisse le cheval et je prends un criollo. Bha oui, je suis petite donc petit cheval. C’est encore là que je tire mon chapeau (trop facile, je sais) à Sandrine Collette car niveau documentation, c’est juste bluffant. On s’y croit tellement ! Allez partons pour de nouvelles chevauchées.

Ycomme Yapuka :

GVL : J’espère avoir réussi à vous convaincre de vous précipiter sur ce quatrième roman de Sandrine Collette qui est un de mes grands coups de cœur 2016.

C’est un grand roman noir. Il reste la poussière met en scène Rafael, un petit garçon, poursuivi dans la steppe de Patagonie par trois cavaliers, qui ne sont rien d’autre que ses frères.

Ce titre vient d’être récompensé par le prix Landerneau du polar. Il ne reste que la poussière a devancé Ce qu’il nous faut, c’est un mort, d’Hervé Commère (Fleuve éditions), Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre (Albin Michel), Surtensions, d’Olivier Norek (Michel Lafon) et Le Français de Roseville, d’Ahmed Tiab (L’Aube), figurant dans la sélection établie par le jury présidé par Bernard Minier et composé de dix libraires.

Une sacrée sélection !

Sandrine Collette succède à Fred Vargas, lauréate du prix 2015 avec Temps glaciaires (Flammarion), Hervé Le Corre, lauréat 2014 avec Après la guerre (Rivages), Paul Colize, lauréat 2013 avec Un long moment de silence (La manufacture de livres) et Caryl Ferey, gagnant 2012 avec Mapuche (Gallimard, «Série noire»).

Un sacré palmarès

D’ailleurs Bernard Minier dit de ce roman « « Un tour de force littéraire, Giono et Faulker au pays des gauchos ».

C’est dire la qualité de ce texte.

Alors yapuka…. Le découvrir et le lire rapidement !

AJC : Je ne vois vraiment pas qui rajouter à cela. Je reconnais ton côté pro avec toutes ses précisions. Merci d’ailleurs.
Donc vous avez compris….Yapuka !
PS : Geneviève, gardes le au chaud ce mot, il va pouvoir nous resservir pour d’autres ABCdaires ;-).

GVL : Yapuka, là aussi. Mais avant, il va me falloir trouver du temps, car faire un abécédaire demande du temps, de l’énergie et aussi une bonne dose de dinguerie.

Et puis il va falloir laisser aussi un peu de temps à nos lecteurs pour qu’ils découvrent ce magnifique roman qu’est Il ne reste que la poussière.

Alors YAPUKA

Je ne sais pas si nous avons réussi à vous convaincre, mais si vous souhaitez en savoir plus…La suite de cette ABécédaire est chez Anne Ju et ses Modordus

L’Abécédaire d’Anne JU c’est ICI

Et retrouvez nos premiers ABCdaires ICI :

Nicolas Lebel ; Marie Vindy ; Laura Sadowski ; Sarah Waters et Philippe Cavalier

Ainsi que notre Lecture commune de Gipsy Paladini.

A vous de jouer maintenant, laisser nous vos impressions. Parlez nous de vos ressentis sur ce 4e roman de Sandrine Collette, sur ses autres roman aussi, sur l’auteur bien sur. Mais aussi sur cet Abécédaire. Donnez nous, donnez moi vos avis, vos critiques, vos remarques.

On peut en parler !

Lire ICI le début

 

 

Un avion sans elle de Michel Bussi


Mes petites lectures

9782258092785,0-1301189  Le livre : Un avion sans elle  de Michel Bussi. Paru le 12 janvier 2012 aux Presse de la cité dans la collection Terres de France. 22€ ; (532 p.) ; 23 x 14 cm

9782266233897,0-1568281
Réédité en poche Chez Pocket le 7 mars 2013. 7€70 ; (572 p.) ; 18 x 11 cm.

 

Puis en 9782266252713,0-2375550édition collector le le 13 novembre 2014 au prix de 9,€10

Quatrième de couverture

Lyse-Rose ou Emilie ? Quelle est l’identité de l’unique rescapé d’un crash d’avion, un bébé de trois mois ? Deux familles, l’une riche, l’autre pas, se déchirent pour que leur soit reconnue la paternité de celle que les médias ont baptisée Libellule.

Dix-huit ans plus tard, un détective privé prétend avoir découvert le fin mot de l’affaire, avant d’être assassiné, laissant derrière lui un cahier contenant tous les détails de son enquête.

Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu’à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu’à ce que les masques tombent.

Hasards et coïncidences ne sont-ils que les ricochets du destin ?

Ou bien quelqu’un, depuis le début, manipule-t-il tous les acteurs de ce drame ?

indexMichel Bussi, professeur à l’université de Rouen, a notamment publié aux Presses de la Cité Nymphèas noirs, polar français le plus primé en 2011 (Prix Polar méditerranéen, Prix Polar Michel Lebrun de la 25e Heure du Livre du Mans, Prix des lecteurs du Festival Polar de Cognac, Grand Prix Gustave Flaubert, Prix Goutte de Sang d’encre de Vienne).

 

Extrait :
Journal de Crédule Grand-Duc.
Vous serez d’accord avec moi, je pense, pour les Vitral, pour les Carville, la vie est tout de même une sacrée salope… Elle leur annonce d’abord qu’un Air Bus s’écrase, qu’il n’y a pas de survivants, elle leur enlève d’un coup les deux générations sur lesquelles ils avaient construit leur avenir. Fils et petites-filles. Puis, une heure plus tard, elle leur annonce, radieuse, un miracle : l’être le plus petit, le plus fragile, a été épargné. Et l’on en vient même à être heureux, à remercier le ciel, à oublier la disparition de personnes si chères… mais la vie ne retire le poignard que pour mieux l’enfoncer une seconde fois. Et si ce petit être miraculé, la chair de votre chair, le fruit de vos entrailles, ce n’était pas le vôtre ?

Lecture d’avant

Résumé et petit avis :

23 décembre 1980. Un crash d’avion dans le Jura. Une petite  de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent la paternité de cette enfant, surnommée Libellule par les médias. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd’hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?

Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu’il s’apprête à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu’il referme aussitôt, il vient d’être assassiné.

Il laisse derrière lui toute son enquête consignée dans un cahier, véritable trésor que convoitent les deux familles.

Il ne reste plus qu’un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité…

L’intrigue est construite de façon remarquable : complexe à souhait, elle frise parfois la limite du « tordu ».

Michel Bussy nous fait vivre l’enquête : il embrouille ses lecteurs pour mieux les emmener sur une nouvelle piste. Il les embarque et les promène de rebondissement en rebondissement.

Dans Un avion sans elle, la psychologie des personnages est parfaitement maîtrisée. 

Ce titre n’est pas qu’un livre à suspense, il nous donne aussi beaucoup à réfléchir. Notamment sur la notion d’identité. Comment ce définir quand on est pas celui que l’on croit être. Comment ce construire quand on ne sait pas vraiment d’où l’on vient.

Avec ce titre Michel Bussi a commencé à vraiment être connu du grand public et à faire son trou dans le paysage du polar français. Aujourd’hui c’est l’un des plus gros vendeur de romans policiers en France.

   Ce titre a reçu le Prix Maison de la presse 2012.

 Pour lire le début ICI

13 À TABLE ! 2016 / LES RESTOS DU COEUR


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1507-1Le livre : 13 À TABLE ! 2016 / LES RESTOS DU COEUR. Paru le 4 Novembre 2015 chez Pocket. 5€ ; (288p) ; 108 x 177 mm.
Pour la deuxième année consécutive, Pocket et 13 auteurs prestigieux s’engagent aux côtés des RESTOS DU CŒUR !
C’est une opération exceptionnelle qui a réussi à mobiliser l’ensemble de la chaîne du livre, des auteurs aux imprimeurs en passant par les libraires, pour proposer un projet entièrement bénévole  dont les profits seront reversés à cette association. Le but est d’atteindre 300 000 exemplaires vendus et ainsi distribuer 1,2 million de repas.
13atable_Restosducoeur_PocketL’an dernier, chaque livre acheté en librairie a permis de distribuer trois repas, et ce sont plus de 1.450.000 repas qui ont été distribués grâce à cette opération.
Cette année, ils font encore plus fort. C’est 4 repas qui seront proposé pour chache exemplaire vendu.
Alors franchement pour 5 euros, même si je sais que pour certains c’est une sommes, ça vaut le coup de s’engager, non ?

 

En plus, ce recueil vous fait passer un sacré bon, de sacrés bons moments de lecture.
Et en bonne compagnie qui plus est !

Françoise Bourdin – Michel Bussi – Maxime Chattam – Stéphane De Groodt –
François d’Epenoux – Karine Giébel – Douglas Kennedy – Alexandra Lapierre –
Agnès Ledig – Nadine Monfils – Romain Puértolas – Bernard Werber

Ces 12 grands auteurs de la littérature contemporaine ont pris cette année encore leur plus belle plume pour vous concocter un délicieux recueil de nouvelles autour d’un thème : frère et soeur.

13 table restos coeur pocketEn effet, le recueil de nouvelles à thématique imposée donne aux auteurs l’occasion de sortir de leurs périmètres habituels. Dans 13 à table !, version 2016, Les Restos du cœur ont fait plancher à nouveau des plumes célèbres autour de la notion de famille. Au résultat, on apprécie l’originalité des moyens narratifs mis en place par les écrivains pour traiter du sujet. Évitant de transformer l’exercice de style en écriture scolaire sous contrainte, les Romain Puertolas, Michel Bussi et autre Douglas Kennedy nous livrent, pour la bonne cause, un bel éventail de leurs talents respectifs.

 Ceux qui s’aiment, ceux qui se détestent… Souvenirs d’enfance, vie commune, haine larvée ou avouée. Intrigues policières, réunions de famille qui dérapent, retrouvailles inattendues… De le complicité, des rires, du partage, de la convivialité…mais aussi des disputes, des meurtres, de la jalousie, des tensions… Bref, du noir, de la tendresse, de l’humour, de l’absurde, à chacun sa recette.

Douze fratries à découvrir sans modération.

Alors à votre bon coeur messieurs dames.

 Ah oui, j’oubliais, 5€ c’est pour certain une somme… Alors si vous aussi vous voulez participer et que vous n’en avez pas les moyens, je vous propose de gagner 2 ou 3 de ces recueils de nouvelles que j’ai achetés pour vous.

Vous l’avez deviné, je vous prépare un petit jeu concours….

A suivre donc.

 

Et si vous voulez faire un don c’est possible :

téléchargement (12)L’association, créée en 1985 par Coluche, a pour but « d’aider et d’apporter assistance bénévole aux personnes démunies, notamment dans le domaine alimentaire par l’accès à des repas gratuits et par la participation à leur insertion sociale et économique ».

L’année dernière 130 millions de repas ont été distribués à plus de 1 million de personnes, et ces chiffres croissent d’année en année. Tout cela n’est possible que grâce à l’action de 67 600 bénévoles.

Un mort de trop de Alexandra Appers


9791091447201,0-2079519Un mort de trop de Alexandra Appers. Paru le 22 mai 2014 chez Ring dans la collection Ring noir. 19€95 ; (262 p.) ; 22 x 14 cm

Quatrième de couverture

À Saint-Amand-La-Givray, il n’y a rien à faire. Et rien à espérer. Surtout quand on est un gosse de vingt-cinq ans et qu’on a un rêve. Celui d’Otis est de devenir tatoueur. Jusque là, il s’exerce sur les chiens et les chats du village, et n’a d’yeux que pour Ella, Lolita paumée et vénéneuse dont tous les mâles des environs convoitent les formes. Entre Ella et Otis, un obstacle de taille : sa mère. Forteresse de cruauté et d’amour, femme abandonnée par ses amants, elle est la patronne de l’Indiana, un bar refuge de la faune locale. Otis voit jour après jour son rêve mourir. Un soir, n’en pouvant plus de railleries, de frustrations, de jalousie, il boit. Plus que de raison. Bagarre, cris. Ella, bousculée, s’effondre. Pour protéger son fils, sa mère cache l’accident, et le corps de la défunte dans la cave de l’Indiana. Désormais il faudra vivre avec la peur au ventre, et une morte sous les pieds.

Thriller psychologique implacable au coeur des montagnes, suspense tendu comme un arc qui vous ligote à votre chaise, Un Mort de trop traverse avec virtuosité la chair d’une cellule familiale vacillante, qu’une tragédie va mener à l’inimaginable. Un huis-clos irrésistible dont l’issue inattendue classe d’emblée l’auteur parmi les maitres du suspense.

&&&&&&&&&L’auteur :  Née en 1974, Alexandra Appers vit toujours dans sa ville natale, Orléans Un Mort de trop est son premier roman.

Résumé et avis :

$&Saint-Amand-la-Givray. Otis rêve de devenir tatoueur et n’a d’yeux que pour Ella, une lolita très convoitée. Sa mère, très protectrice, est la patronne de l’Indiana, un bar local. Un soir, Otis boit plus que de raison : des bagarres, des cris, et Ella chute. Sa mère décide de cacher l’accident et place le corps de la défunte dans la cave du bar.

Un putain de choc. L’auteur, parait-il, se nourrit de littérature anglo-saxonne, de rock et de cinéma. Et, elle a du drôlement digérer les choses, car sa prose les restitue avec brio. Humour noir et atrocités se marient parfaitement sous sa plume. Chaque chapitre porte un titre de chanson, ce qui donne le ton voire le rythme du roman. Ainsi… Alexandra Appers dissèque les relations mère- fils avec un détachement et un recul qui font froid dans le dos. Une écriture aride, sèche voire abrupte renforce l’austérité des relations de cette cellule familiale sous tension qui ne peut que se dissoudre dans une tragédie programmée.  A découvrir de tout urgence.