Les lois de la frontière de Javier Cercas


Le livre : Les lois de la frontière de Javier Cercas. Paru le 08 janvier 2014 chez Actes Sud dans la collection Lettres hispaniques. Traduit de l’espagnol par Beyer, Elisabeth Beyer et  Aleksandar Grujicic. 23€ ;  (345 p.) ; 15×24 cm.

Réédité en poche dans la collection Babel le 2 septembre 2015. 9€70 ; (411 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À l’été 1978, un adolescent de la classe moyenne en délicatesse avec son milieu croise la route du charismatique Zarco et de son amie Tere et devient un habitué de leur qg, un bar interlope dans un quartier malfamé de Gérone. Bientôt ils l’entraînent de l’autre côté de la “frontière”, au pays de ceux qui ne sont pas bien nés, l’initiant au frisson des braquages et au plaisir des tripots. Le garçon navigue entre les deux rives pendant tout l’été, irrésistiblement attiré par les lois de cette jungle dont il préfère continuer d’ignorer les codes, jusqu’au coup qui tourne mal.
Vingt ans plus tard, avocat établi, il assure la défense de son ancien camarade multirécidiviste et doit plaider. Pour le symbole vivant d’une rébellion salutaire, la victime expiatoire d’un système frelaté, ou les zones d’ombre de sa propre jeunesse ? Un écrivain, chargé de raconter l’histoire, recueille au cours d’entretiens divers les souvenirs et impressions des protagonistes. Lui-même cherche la vérité inattendue et universelle du romancier : l’ambiguïté.
C’est dans cette ambiguïté qu’excelle Javier Cercas, qui démystifie ici le romantisme de la délinquance comme celui de la rédemption, la démocratie espagnole et son miroir aux alouettes, les tourments qui toujours gouvernent l’exercice de la liberté.

 L’auteur : Javier Cercas Mena (né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres) est un écrivain et traducteur espagnol. Il est également chroniqueur du journal El País.
Extrait :
Bref, a conclu l’inspecteur Cuenca, quand j’ai fini de lire le livre, je me suis souvenu d’avoir entendu un jour un professeur dire à la télé qu’un livre est comme un miroir, et que ce n’est pas le lecteur qui lit les livres mais les livres qui lisent le lecteur, et je me suis dit que c’était vrai. Je me suis aussi dit: Putain, les meilleures choses qui me soient arrivées dans ma vie me sont arrivées à cause d’un malentendu, parce qu’un livre horrible m’a plu et que j’ai pris un malfrat pour un héros. L’inspecteur Cuenca s’est tu; puis, sans cesser de me regarder avec une malice infiniment ironique, avec une ironie absolument sérieuse, il a demandé: C’est drôle, non?

 Le post-it du bibliothécaire

Ce roman rassemble tous les ingrédients de l’efficacité et de l’excellence des récits de Javier Cercas : une intrigue tenue avec brio jusqu’à la dernière page, des personnages surprenants, anti-héros de leurs propres vies et miroirs opaques de leurs faiblesses les plus profondes, et ce subtil mélange entre histoire et fiction qui caractérise l’écriture de cet auteur.

A l’époque de la transition démocratique espagnole, nous partons ici en quête de l’identité d’un jeune délinquant, qui de souffre-douleur va devenir malgré lui le pilier d’une relation indéfinissable entre deux personnages à la fois solitaires et inséparables : Zarco, figure impossible de l’amitié, et Tere, figure impossible de l’amour. Ce trio infernal va traverser une série d’épisodes douloureux, porté par son irrésistible propension à la chute.

Ce roman de Javier Cercas fait preuve d’une écriture brillante, parfois incisive, parfois rondement développée, mais qui n’oublie jamais la raison d’être de l’intrigue : l’écriture, la figure même de l’auteur. Le récit est en effet porté par la reconstitution de l’histoire de Zarco par un écrivain. C’est ce double jeu entre l’invention d’une histoire et sa transcription qui rend les personnages de Javier Cercas si réels et si attachants.

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Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel


Le livre : Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel – Paru le 22/03/2018 – éditions Belfond dans la  collection Thrillers .21.90 €  –  (744 pages) ;  22 x14  cm.               epub 14.99 €

 4ème de couverture :

Maman disait de moi que j’étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Ce que maman a oublié de dire, c’est que les anges qui tombent ne se relèvent jamais.
Je connais l’enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler…

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude.
Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer.
Une rencontre va peut-être changer son destin…

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

L’auteur : Karine Giébel est une auteure française de romans policiers, ou plus précisément de thrillers psychologiques.
Après des études de droit et l’obtention d’une licence, elle cumule de nombreux emplois dont celui de surveillante d’externat, pigiste et photographe pour un petit journal local, saisonnière pour un Parc National ou encore équipier chez McDonald.
Elle intègre ensuite l’administration. Elle est actuellement juriste dans la fonction publique territoriale et s’occupe des marchés publics au sein d’une communauté d’agglomération.
Elle publie deux premiers romans, Terminus Elicius (Prix Marseillais du Polar 2005) et Meurtres pour rédemption, dans la collection « Rail noir » aux éditions La Vie du Rail en 2004 et 2006.
Les Morsures de l’ombre, son troisième roman, a obtenu le Prix Polar du festival de Cognac en 2008 et le Prix SNCF Polar 2009.
En huit romans, souvent primés, elle s’est fait une place à part dans le thriller psychologique.
Juste une ombre, paru au Fleuve Noir en mars 2012, a reçu le Prix Marseillais du Polar et le Prix Polar du meilleur roman français au Festival Polar de Cognac. En 2013 c’est Le purgatoire des innocents puis Satan était un ange en 2014
En mars 2016, paraît son 9ème roman : De force.
En mars 2018, paraît chez Belfond son dernier roman : Toutes blessent la dernière tue.
Ses romans sont traduits en 9 langues (allemand, italien, néerlandais, russe, espagnol, tchèque, polonais, vietnamien et coréen). Juqu’à ce que la mort nous unisse paru en 2009, adapté au cinéma, devrait sortir prochainement.
Extraits :
« Je suis sur la mauvaise pente, je n’ai pas fait les bons choix. Je sais que j’avance sur des chemins dangereux, bordés de ravins vertigineux. Il serait si facile de chuter… Et de ne jamais remonter.
Mais je veux du danger, de la vitesse, du fric. Je veux de l’excès, de la violence en tout. Je veux le pouvoir.
Frémir à chaque instant, ne pas savoir si la journée qui commence sera la dernière ou si je verrai mes quatre-vingts ans.
Parce que vivre, c’est ça. Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux.
Autrement, ça s’appelle survivre.
Toute mon enfance, j’ai survécu. Désormais, je veux vivre. Ou mourir.
Quand je regarde Tama, tous ces sentiments me frappent la tête.
Je l’ai sauvée et elle dépend entièrement de moi. Je peux la protéger et même la rendre heureuse.
Mais je pourrais aussi la détruire, l’asservir.
Je ressens une puissance absolue. Ainsi qu’une terrible charge sur mes épaules.
Dans ma tête, c’est un drôle de mélange. Presque un carambolage.
Quand je regarde Tama, je ne sais plus qui je veux être. Qui je veux devenir. »

  

La chronique jubilatoire de Dany

Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel

« Vulnerant omnes, ultima necat.

Toutes les heures m’ont blessée, la dernière me tuera. »

Toute classification de ce thriller serait inexacte … disons qu’il s’agit d’une étonnante histoire d’amour, cruelle et haletante, en milieu hostile. Mais au-delà de cela, ces 740 pages sont surtout un manifeste contre l’esclavage moderne, qu’il soit domestique ou sexuel. Tama est à l’image de ces toutes jeunes enfants déracinées, confiées à des familles métropolitaines sans scrupules et soumises à l’exploitation la plus ignoble, celle qui frappe des faibles vendues par leurs familles, elles aussi victimes du mensonge … Ne nous leurrons pas … cet asservissement frappe à côté de chez nous et ne sommes-nous pas complices du fait de ne pas vouloir voir ?

Quelques rares moments de répit au cours des errances de Tama peuvent laisser espérer une issue positive, c’est cependant bien une aventure humaine, cruelle et  haletante que nous allons vivre avec les petits braqueurs ratés, les voitures de luxe et les trafics en tous genres.

Karine Giébel met tout son talent de conteuse au service du suspense qui entoure cette intrigue, sur deux tableaux, deux temporalités différentes mais imbriquées qui permettent au lecteur de découvrir le passé de Tama. Avec ce récit aussi fort que Meurtres pour rédemption, sans aucun doute Tama restera au panthéon de ses personnages emblématiques, au même titre de Marianne.

Lu en version numérique.

Extrait 2
« Hier, j’ai lu un article sur le tourisme sexuel. Des enfants, des petites filles, atrocement exploités. En refermant le quotidien, je me suis dit que j’avais eu de la chance, finalement. Moi, je n’ai servi que de bonne, de servante alors que d’autres finissent dans des bordels. J’ai échappé au pire.
Oui, j’ai eu beaucoup de chance, quand j’y songe.
J’ai également découvert Internet. De temps en temps, je m’y connecte lorsque Izri laisse son ordinateur portable à la maison. La Toile est si vaste que je m’y perds pendant des heures. Izri m’a prévenue que c’était moins fiable que les livres, mais j’y ai appris des choses étonnantes. Il y a quelques jours, j’ai lu une citation d’Anatole France qui m’a bousculée.
Mieux vaut la liberté dans les enfers que l’esclavage dans les cieux. »

 

esclavage moderne, éducation, séquestration, vengeance, violence, femmes, amour, prison, maltraitance

Photos en PJ :

Extrait 3 et 4  :
« Toutes blessent, la dernière tue.
Toutes les heures blessent, la dernière tue.
Aujourd’hui, je comprends à quel point c’est vrai. Je n’ai pas encore dix-sept ans et j’ai connu la servitude, les humiliations, les insultes, les brimades. On m’a frappée, si fort que j’ai failli mourir. On m’a planté un clou dans la main, privée de nourriture. Privée de tous mes droits. Mejda m’a violée. Greg me viole tous les jours.
Et je n’ai pas encore dix-sept ans.
Mais le plus terrible, c’est le mensonge.
On a menti à mon père. On a menti à Izri.
Menti à ceux que j’aime le plus pour leur faire croire que je suis mauvaise.
Mon père est parti en pensant que j’étais une ingrate, que je l’avais trahi. Il est parti sans connaître la vérité. Qu’en sera-t-il d’Izri ?
Les heures à venir me blesseront-elles plus encore ? »
  
« Elle était la voix de l’horreur, de l’indicible et de l’intolérable.
La voix des esclaves.
À cette seconde, terrible, Tayri était toutes les femmes blessées, torturées. Elle était leur douleur, leur souffrance, leur courage. Leurs larmes et leur désespoir.
Tayri était l’enfance bafouée, volée, abandonnée.
Elle était les échines courbées, les rêves brisés, les détresses silencieuses, les longues nuits de solitude.
Elle était les appels au secours qu’on n’écoute pas, les cris qu’on n’entend plus.
Tayri était le monde tel qu’il est, tel qu’on refuse pourtant de le voir.»

Enfermé-e de Jacques Saussey.


Aujourd’hui nous vous offrons une triple chronique, car aujourd’hui sort le nouveau roman de Jacques Saussey.

Aussi Jean Paul, Clemence et Ophélie vous parlent de ce bouquin un peu particulier, Enfermé-e.

Un livre que nous avons toutes aimé chez Collectif Polar, et aimé est un mot bien trop faible pour dire combien ce livre m’a, nous a touchées, émues, bouleversées.

 Ce soir c’est Ophélie qui nous propose sa lecture d’Enfermé-e

Cet après-midi c’etait Clémence qui nous à donner son avis

Et de matin « Mister Flingueuse » vous a confié le Ressenti de Jean Paul

Allez place au Off de Oph


Le livre : Enfermé.e de Jacques Saussey. Paru le 11 octobre 2018 aux éditions French Pulp Éditions. 18,00 € ; 380 p. ; 14 .

4ème de couverture :

Les premiers papillons ont éclos derrière des paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur. Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignent de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait…

Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface.

Les papillons ont disparus, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges…

 

L’auteur : Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, «La mante sauvage», achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre «Colère Noire». C’est le second, «De sinistre mémoire», écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011. Son domaine : l’histoire noire. Très noire…

 

 

Extrait:
 » La Secrétaire eu une mimique éloquente en scrutant sa chevelure d’un verdâtre pisseux.
– Et cette couleur, c’est pourquoi?
– C’est parce que je suis libre, aujourd’hui. Libre d’assumer tous mes choix. Libre de proclamer que je suis différente et que ce n’est pas contagieux. »

Le OFF de OPH

 » Si je ne peux pas être qui je suis, je préfère être morte plutôt qu’être emprisonnée dans un corps qui n’est pas le mien ». Ophélia De’Lonta.

Virginie est née dans un corps qui n’est pas le bon. Née femme dans un corps d’homme. Le rejet du Père, les brimades à l’école, les jugements… l’ont conduite dans l’enfer carcéral.

Enfermée dans un corps qui n’est pas le sien, enfermée en prison, enfermée par les comportements abjects des Autres, Virginie sera enfermée de nombreuses années.

C’est sous la plume délicate, poétique mais aussi brute; c’est à fleur des mots de Jacques Saussey que j’ai lu l’histoire de Virginie. C’est les larmes dégoulinant le long de mes joues, la vue souvent brouillée, le cœur révolté que j’ai lu l’histoire de Virginie.

Jacques a fait le choix de déshumaniser la quasi totalité des personnages de ce roman, ne les nommant jamais autrement que par leur fonction ou un trait physique, pour offrir à Virginie ce qui lui a été refusé quasiment toute sa vie. Virginie est la seule à être identifiée en tant qu’individu, avec son identité. Pas une identité qu’elle ce serait choisie par coquetterie, non, sa véritable identité. Celle qui est la sienne, depuis le jour de sa naissance, et qu’on lui a si longtemps refusée.

Qu’il est difficile de chroniquer ce roman avec justesse! Je me suis longuement interrogée pour choisir mes mots et la forme, et ,irrémédiablement, mes mots s’adressaient à Virginie. Alors je me suis dit que la meilleure façon de vous livrer mes émotions était peut être de partager avec vous ce que j’aurais voulu lui dire:

 » Ma chère Virginie,

Où as-tu trouvé la force de vivre après tout ce que les Autres t’ont fait subir? J’aimerais te serrer dans mes bras et te dire que nous ne sommes pas tous comme eux. Qu’il y a de belles personnes dans ce monde. Des personnes qui respectent leur prochain quelles que soient leurs différences.

Tu dois me trouver utopique après tout ce que tu as traversé.

Quand je regarde la lente évolution de la loi, les modifications des classifications des maladies mentales, je me dis que nous sommes bien arriérés pour un peuple qui se dit civilisé. Je me dis aussi qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce pays qui se revendique des Droits de l’Homme. Cette déclaration ne dit pourtant-elle pas que les Hommes naissent libres et égaux en droits?

Quand notre société arrêtera-t-elle, enfin, de vouloir absolument nous faire entrer dans des cases, dans une pseudo normalité choisie pour nous? J’espère qu’un jour le mot Liberté prendra enfin tous son sens et que chacun pourra être libre. Libre d’aimer sans crainte, libre de faire des enfants sans être pointé du doigt parce que ne rentrant pas dans « la norme », libre d’être « nous » sans à devoir subir les regards en coin, les violences verbales ou physique, tout simplement libre d’exister tels que nous sommes?

A toi ma très chère Virginie, et à toutes les personnes qui ne sont pas nées dans le bon corps, à toutes celles qui souffrent de leur différence, la brutalité des mots de Jacques Saussey éveillera, je l’espère, un certain nombre de consciences et cela pour toi, pour Fleur, pour Lana, pour Aurore… »

A vous qui me lisez, c’est à nous aussi d’éveiller les consciences, d’apprendre à nos enfants que la différence est une richesse, que la tolérance et le respect de son prochain sont les piliers de la Liberté.

Enfermé.e  est avant tout un roman, un polar avec une intrigue. Mais cette intrigue n’est que le vecteur du message qu’a voulu nous transmettre Jacques Saussey. Derrière l’intrigue il y a l’histoire de Virginie et ce cri d’alarme.

Merci Jacques pour ce magnifique roman.

Enfermé.e de Jacques Saussey


Aujourd’hui encore nous vous offrons une triple chronique, car aujourd’hui sort le nouveau roman de Jacques Saussey.

Aussi Jean Paul, Clemence et Ophélie vont vous parler de ce bouquin un peu particulier, Enfermé-e.

Un livre que nous avons toutes aimé chez Collectif Polar, et « aimé » est un mot bien trop faible pour dire combien ce livre m’a, nous a touchées, émues, bouleversées.

Allez place au Ressenti de Mister Flingueuse

Cet aprem. c’est Clémence qui vous donnera son avis.

Et ce soir c’est Ophélie qui devrait nous proposer son Off de Oph et quel Off !


Le livre : Enfermé.e de Jacques Saussey. Paru le 11 octobre 2018 aux éditions French Pulp Éditions. 18,00 € ; 380 p. ; 14 x 21 cm.

4ème de couverture :

Les premiers papillons ont éclos derrière des paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur. Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignent de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait…

Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface.

Les papillons ont disparus, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges…

 

L’auteur : Jacques Saussey est né en 1961, il écrit des nouvelles durant de longues années, entre 1988 et 2007. Après le premier prix au concours Alfred Jarry, cette année-là, il quitte l’écriture des nouvelles et entame son premier thriller, «La mante sauvage», achevé en 2008. Ce thriller paraîtra le 3 janvier 2013 sous le titre «Colère Noire». C’est le second, «De sinistre mémoire», écrit en 2009, qui a connu le premier les joies des rayons des libraires en septembre 2010. Ce roman est ensuite sorti en poche en juin 2011. Son domaine : l’histoire noire. Très noire…

 

Extrait :
« Virginie a hésité. Elle a tenté de tourner la tête vers le psychiatre, mais le traversin l’en a empêchée. Elle a fermé les yeux, est allée chercher la réponse tout au fond d’elle dans un souffle.
– Mon corps n’est pas le mien.
– Mm… Peux-tu préciser cela ? C’est la Nature qui te l’a donné, non ?”
– La Nature s’est trompée.
– Mm… Et comment le sais-tu ?
– Je le sens , c’est tout !
– Depuis combien de temps ?
– Depuis toujours…
– Tu veux dire que tu es enfermée dans un mauvais corps ?
– Non. Mon corps n’est pas mauvais en soi. Je ne suis pas bien dedans, c’est différent.
Le stylo a tracé quelques phrase sur le papier.
– Parle-moi de l’école. Comment ça se passe, là-bas ?
Virginie a serré les dents. Brutus ne l’avait plus jamais frappée, mais elle avait lu tout ce qu’il avait pu écrire sur elle sur les murs des toilettes. Elle savait déjà qu’un jour ou l’autre ça recommencerait. Et ce serait encore pire.
– Bien
Le stylo a tapoté les incisives du psychiatre.
– Ce n’est pas ce que j’entends au fond de toi.
Elle s’est redressée, soudain rouge de colère.
– Et qu’est-ce que vous entendez, au fond de moi, hein ? Qu’est-ce que vous savez de moi ?
– Je sais que tu es malheureux. Je sais que tu cherches une porte de sortie à ce qui te ronge. Et je sais qu’il s’en est fallu de peu que tu t’en aille par la mauvaise. C’est pour ça que tu es là avec moi, n’est-ce pas ? C’est pour ça que tes parents sont venus me voir…
Elle a baissé la tête. Sa main droite a effleuré la cicatrice sur son poignet gauche, là où les veines étaient bien visibles. La camionnette du SAMU, les hurlements de sa mère, la colère de son père… Deux ans déjà. Tout était resté intact dans sa mémoire. Rouge vif. Avec des éclairs bleus et blancs.»

 

Le ressenti de Jean-Paul

 Bonjour à toutes et à tous…

 Il y a quelques mois, lorsque les auteurs me proposaient leurs romans avant leurs sorties, je n’osais pas forcément accepter.

C’est une responsabilité…

Imaginons que le livre ne me plaise pas comment devais-je réagir ?

Ça a été le cas un jour, j’ai reçu un roman sur lequel j’étais assez mitigé.

J’ai donc contacté l’auteur, un peu gêné et je lui ai expliqué mon ressenti et n’en a pris aucun ombrage.

Il avait aussi très bien compris, je ne représentais pas la totalité des lecteurs.

Je donne juste un avis très personnel sur ce que je lis… Alors aujourd’hui c’est un réel plaisir quand je vois dans ma boite aux lettres arriver de nouvelles surprises !

……………………………

 

Jacques a eu la gentillesse de me proposer son roman il y a quelques jours en avant première…

 Dès le premier chapitre le ton est donné. Je plonge.

Que dis-je, je plonge ? Je suis littéralement en apnée dès le second chapitre.

Le roman est très différent de ce que Jacques Saussey écrit habituellement. Aussi bien pour le thème que sur son style, que l’on retrouvera quand même sur les derniers chapitres et cela se justifiera dans le roman…

 Il va être très compliqué pour moi de vous parler de ce que j’ai ressenti sans dévoiler le sujet du roman…

Jacques m’a fait entrer avec une émotion incroyable dans un monde que je connaissais très peu voire pas du tout sur certains points.

C’est un roman bouleversant, violant aussi, jusqu’à l’insupportable parfois, mais aussi roman sur l’affirmation de soi, sur une quête de la personnalité et de la justice. Tous les personnages sont développés à la perfection, chacun s’inscrivant à l’image de ce qu’il dégage. Le rythme est donné très vite par des aller/retour incessants dans le temps sur les 2/3 du roman qui m’ont permis de pourvoir souffler un peu, dès que je revenais au “présent” de l’histoire…

 Imaginez-vous emprisonné dans un corps qui n’est pas le votre, un corps que vous refusez…

Vous êtes montré du doigt, toute votre vie. On se retourne sur vous, on chuchote, on vous insulte, on vous hait !

Pendant la lecture, j’ai eu peur, j’ai souffert, j’ai compatis, mais je me suis réjoui aussi…

J’ai vu entre les lignes, le travail énorme réalisé par Jacques. Je pense que lui aussi a du souffrir à sa façon, dans l’écriture de ce superbe roman qui reste tout en respect et en amour pour le personnage principal.

 Le désir de vengeance que je souhaitais tout le long de ma lecture est finalement arrivé…

Mais là encore, j’ai été pris à contre pied, pas du tout comme je me l’attendais.

 Un livre à lire absolument…

 Incontestablement, l’un de mes meilleurs romans pour 2018 !!!

 

 PS : Un grand bravo aussi pour la superbe couverture.

C’est gonflé, mais c’est excellent !

Affinités de Sarah Waters


Le livres : Affinités de Sarah Waters . Traduit de l’anglais par Erika Abrams. Paru le 6 janvier 2005 cher Denoël. 25,35€ ; (521 p.) ; 21 x 14 cm

 4e de couv :

La prison de Millbank et ses voleuses, criminelles et faussaires, ses avorteuses et mères maquerelles. C’est dans l’inquiétant climat de l’une des geôles les plus lugubres de l’ère victorienne que Margaret Prior, dame patronnesse, rencontre la charismatique médium spirite Selina Dawes qui, bien qu’incarcérée, ne cesse de clamer son innocence. Au fil des visites, Selina dévoile son étrange histoire, et Margaret est irrésistiblement entraînée dans un monde crépusculaire de séances de spiritisme et d’apparitions, d’esprits insoumis et de passions incontrôlables…Récit de fantômes et thriller historique, Affinités nous plonge dans l’univers fascinant qui a fait le succès des précédents romans de Sarah Waters. En héritière virtuose de Dickens et de Wilkie Collins, l’auteur nous offre un roman envoûtant où le suspense monte sans répit jusqu’à un dénouement final étonnant.

L’auteur :Sarah Waters est née au pays de Galles en 1966. Égérie des milieux gay, elle en est devenue, à l’instar d’Armistead Maupin, l’un des auteurs emblématiques. Après un doctorat en littérature anglaise, elle se consacre à l’écriture et rencontre rapidement un large succès avec son premier roman, Caresser le velours, paru chez Denoël. Du bout des doigts, son troisième roman, a été finaliste de tous les grands prix littéraires d’outre-Manche, dont le Booker Prize et le Orange Prize, et a remporté le Somerset Maugham Prize. En 2003, Sarah Waters a fait partie de la liste des «vingt meilleurs jeunes romanciers anglais» établie par la revue Granta.
Extrait : « J’ai vingt-neuf ans. Dans trois mois je passerai le cap de la trentaine […] qu’adviendra-t-il de moi ? Je me dessécherai, je deviendrai cassante, décolorée – telle la feuille qu’on garde, pressée entre les pages d’un triste livre noir, jusqu’à ce que l’oubli la réclame.

Le post-it de Ge

Affinités de Sarah Waters : une lecture mémorable.

1873, Londres. Prison de Millbank. Pour tromper son ennui, c’est ce lieu inquiétant que Margaret Prior, demoiselle de la bonne société anglaise, décide de visiter régulièrement. Car à 30 ans, au grand dam de sa bourgeoise de mère, Margaret est devenu « Dame patronnesse ». Dans cette bâtisse sinistre croupissent les parias de l’ère victorienne, avorteuses, voleuses et autres criminelles, à qui elle veut apporter un peu de réconfort. Au fils de ses visites se dessinent la réalité des lieux et les condition de vie des prisonnières. Margaret discute avec ses dernières dans l’espoir de partager avec elles quelques instants d’humanité. Elle se lie plus particulièrement avec Sélina Dawes, une captive qui se pose en victime et proclame à tout va son innocence. Selina raconte à Margaret sa bien curieuse histoire et elle va bientôt l’initier au spiritisme. Margaret va être entraînée dans un univers de passions incontrôlables. Et cette amitié, qui se noue entre les deux femmes, va aboutir à une tentative d’évasion. Si elle réussit, pour la prisonnière, le résultat sera le retour à la liberté tandis que pour la dame patronnesse, la conséquence sera l’affirmation de son identité.

Extrait : Je détournai les yeux. L’amertume du premier instant commençait à faire place à de l’appréhension. Je me souvenais du rire de Selina: elle n’avait jamais souri dans les premiers temps, je l’avais trouvée toujours triste et maussade. Je me souvenais de ce qu’elle avait dit de l’impatience avec laquelle elle attendait mes visites, au dépit qu’elle éprouvait lorsque je restais loin de Millbank où le temps paraissait tellement plus long qu’ailleurs. Je me disais: m’interdire de la voir maintenant, autant vaudrait l’enfermer à perpétuité dans le cachot obscur!

Sarah Waters nous propose ici un roman épistolaire. En effet deux journaux écrits à deux année d’intervalle se répondent et chacun d’eux apporte son propre éclairage sur cette histoire envoûtante. Affinités ménage un formidable suspense réservant au lecteur une chute pour le moins déroutante.

Un merveilleux roman magnifiquement écrit. Une auteure qui m’a marquée et donc je vous recommande vivement la lecture. Suspense, atmosphères étouffées, passions défendues et trahison, aucun des ingrédients qui font l’univers de Sarah Waters ne manque dans ce roman magistralement orchestré.

Extrait : « Je suis hantée au contraire par la banalité de l’endroit; par le fait même qu’il soit là où il est, à moins d’une lieue de Chelsea et de la maison, qu’il suffise d’une petite course en fiacre pour se rendre dans cet immense et sinistre séjour des ombres où des êtres humains ont enfermé quinze cents de leurs semblables, hommes et femmes, en leur imposant un régime de silence et de soumission perpétuels. C’est dans les gestes simples de la vie que mon esprit m’y ramène – en buvant une tasse de thé pour étancher ma soif; en prenant en main un livre pour me distraire ou un châle parce que j’ai froid; en récitant à haute voix quelques vers, pour la beauté des mots et le plaisir de les entendre. J’ai accompli ces choses, comme mille fois par le passé; et j’ai pensé aux prisonniers qui ne peuvent rien faire de tout cela. »

La liste de nos interdits de Koethi Zan


La liste de nos interdits de Koethi Zan. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Séverine Quelet. Paru le 11 juin 2015 chez Fleuve édition dans la collection Fleuve Noir.  19€90 ; (353 p.) ; 23 x 14 cm.

Réédité en poche le 14 septembre 2017 chez Pocket. 7€50 (379 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

Elles croyaient que tout prévoir, tout anticiper les sauverait du pire. Elles se trompaient. 
Ne pas sortir sans bombe lacrymo
Toujours repérer les sorties
Toujours avoir un plan de secours
Ne jamais se retrouver coincée
Ne jamais paniquer…

Et la règle n°1 : ne jamais monter dans la voiture d’un inconnu.

Elles avaient tout prévu. Rédigé une liste exhaustive des dangers qui peuplent notre environnement. Établi tous les interdits. Pris toutes les mesures de sécurité pour rendre leur monde plus sûr.
Aucun imprévu ne devait plus pouvoir les surprendre.
Elles ont enfreint la première règle : elles ont pris un taxi.
Dès lors, le cauchemar n’aura plus de fin.

L’auteur : Koethi Zan a grandi en Alabama et est une ancienne juriste dans le domaine du divertissement et des médias . La Liste de nos interdits est son premier roman. Koethi Zan vit près de New York avec sa famille.

 

Extrait :
Les premiers trente-deux mois et onze jours de notre captivité, nous étions quatre dans ce sous-sol. Et puis, tout à coup et sans crier gare, nous n’étions plus que trois. Même si la quatrième ne faisait pas de bruit depuis des mois, la pièce est tombée dans un silence de mort après son départ. Longtemps ensuite, nous sommes restées sans parler, sans bouger, dans l’obscurité, chacune se demandant laquelle serait la prochaine dans la boîte.
Jennifer et moi n’aurions jamais dû finir dans cette cave. Nous n’étions pas comme les autres filles de dix-huit ans, qui font fi de toute prudence quand elles sont lâchées pour la première fois sur un campus universitaire. Pour nous, la notion d’indépendance était une affaire sérieuse, et nous contrôlions cette nouvelle liberté très attentivement. Nous connaissions les risques que le monde comportait et nous étions déterminées à ne pas nous y exposer.

L’accroche de Miss Aline

La liste de nos interdits – Koethi Zan. Pocket édition

J’ai tourné autour de ce livre plusieurs fois. Finalement j’ai craqué et je ne le regrette pas.

Sarah et Jennifer ont effectivement tout prévu…. sauf ce qui allait leur arriver. Dés les premières lignes tu es avec elles dans ce sous-sol. Et puis Sarah nous parle de sa vie d’avant : comment Jennifer en est venue à en faire partie, comment elles envisagent l’avenir et surtout toutes ces choses interdites à observer. Ca doit être épuisant cette vigilance de tout les instants. Elles sont tombées sur plus fort qu’elles, elles ne s’y attendaient pas.
Sarah va s’isoler du monde extérieur pour mieux survivre à l’horreur. Puis son monde va basculer : son bourreau demande la liberté conditionnelle. Que faire ? Agir ? Mais comment et qui va l’aider. Jennifer ? si seulement.. Commence alors une longue traque des indices qu’il aurait pu disséminer dans ses lettres. Traque des lieux et des individus qu’il a fréquenté. Il faut tout faire pour l’empêcher de sortir. Même si pour cela il faut affronter le passé et ses douleurs. Des douleurs physiques, morales, laisser l’inconscient revenir à la surface, affronter.
Comme en thérapie, Sarah va avancer, trouver, avoir peur à nouveau, pleurer, comprendre. Jusqu’à la touche final et ça elle ne l’avait absolument pas prévu.

On n’est pas dans une noirceur affichée ouvertement. Non, tout est suggéré et c’est pire, ton imagination cavale. Comme Sarah, tu avances petit à petit. Il n’y a pas d’action à proprement parlé. Toutefois tu te retrouves avec une furieuse envie de lire, il faut que tu avances. Tu ne peux pas laisser Sarah seule à se démener. Tu dois lui apporter la délivrance en dévorant les pages et l’amener là ou tout s’arrête…ou pas.

Bonne lecture !

Sous les pavés la jungle – Simone Gélin


Le livre : Sous les pavés la jungle de Simone Gélin. Paru le 27 février 2018 chez Cairn dans la collection du Noir au Sud.  11€ : (341 p.) ; 18 x 13 cm

4e de couv :

Sous les pavés la jungle

Dans la cour de promenade de la maison d’arrêt de Fresnes, deux vauriens se nouent d’amitié.

L’un, Milo, s’efforce de tourner le dos à la délinquance. Une fois libéré, captivé par l’histoire de ses grands-parents, une passion née sur les barricades de mai 68, il tire le fil rouge de ce passé et découvre ses racines : Bordeaux, l’estuaire, les vignobles du Médoc, le bassin d’Arcachon.

L’autre, Kevin, s’emploie à grimper dans la hiérarchie de la voyoucratie, s’adonnant aux trafics sordides et commerces d’êtres humains.

Leurs routes vont-elles se recroiser ? Peut-on sortir indemne de la prison ? Le destin en décidera.

L’auteur ; Après une carrière dans l’enseignement, Simone Gélin se consacre à l’écriture de romans dont le cadre privilégié est Bordeaux et le bassin d’Arcachon, où elle vit et puise son inspiration.
Ses écrits ont reçu plusieurs récompenses : Prix de la nouvelle au salon du livre de Hossegor en 2012. et au Festival Paris Polar en 2016 ; Prix Augiéras en 2014 à Périgueux et prix du jury au salon de Saint-Estèphe pour le roman
Le Journal de Julia ; Prix de l’Embouchure au festival international de littérature policière de Toulouse en 2017 pourL’Affaire Jane de BoySous les pavés la jungle est son cinquième roman.

 

Extrait :
« Chaque vérité a son prix.
Kevin a payé pour l’avoir et Milo s’estimait prêt à braquer pour avoir la sienne? Il se croit toujours plus fort qu’il n’est.
Mais la vérité est une pute qui ne fait que tendre des pièges.
Lui aussi s’est vautré dedans.
Il regrette comme un malade de s’être entêté là-dedans. Il a fallu qu’il s’obstine. C’est bien fait pour lui. Il n’avait qu’à la laisser tranquille la vérité. Là où elle était enterrée deouis cinquante ans. Elle avait fait son oeuvre en son temps et assez de dégâts, réduite au silence, aujourd’hui, elle ne risquait plus de faire de mal à personne. Il ne fallait pas la réveiller. »

 

Le petit avis de Kris

@Sud Ouest

Sous les pavés la jungle – Simone Gélin

Résumé : Dans la maison d’arrêt de Fresnes, Milo et Kevin deviennent amis. Libéré, Milo fait tout pour rester dans le droit chemin. En enquêtant sur l’histoire de ses grands-parents, il renoue avec ses racines et découvre la région de Bordeaux et le bassin d’Arcachon. De son côté, Kevin veut grimper dans la hiérarchie de la criminalité et participe à des trafics et à des commerces d’êtres humains.

Avis : Un nouveau coup de maître !! 
Du noir, tres noir comme je l’aime ! On se laisse entraîner par Milo qui n’a de cesse de connaître la vérité sur sa grand mère Léa, décédée dans des circonstances jamais élucidées. Un Milo voyou au grand coeur, tiraillé entre le bien et le mal, mais toujours droit dans ses bottes. Tout est en nuances dans ce livre, d’une finesse et d’une fragilité toujours crédibles qui vous bouleversent.

Et puis parvenir à mixer aussi adroitement les événements de Mai 68 (Très bien documentés soit dit en passant) et ceux de la jungle de Calais, tout à fait d’actualité, relève de l’exploit.

Une auteure que je vous invite tous à découvrir pour ceux dont ce n’est déjà fait !!

Prendre les loups pour des chiens – Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

Réédité en poche  le 3 janvier 2018 chez Rivages dans la collection Rivages-Noir. 7€90 ; (349 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point, prix Landerneau) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La Kronik D’Eppy Fanny

PRENDRE DES LOUPS POUR DES CHIENS D’HERVE LE CORRE – EDITIONS RIVAGES

 

Je n’ai jamais rencontré l’auteur et le découvre à travers ce roman sombre.

Une justesse des mots où toute leur force explose et donne le ton à ce roman.

L’histoire :

Après 5 ans passés derrière les barreaux, Franck sort enfin et n’a qu’une envie, retrouver son frère Fabien. Son ombre. Celui qu’il n’a pas trahi et qui a mis leur butin au chaud, pour eux. Celui qui depuis l’enfance a toujours été là. Pour le bon comme le moins bon.

Mais ce n’est pas Fabien qui l’attend devant la prison. Non ; c’est la compagne de ce dernier, Jessica, belle, séductrice, dangereuse, voire toxique. Fabien est parti faire des affaires en Espagne. Franck va devoir attendre ces retrouvailles tant espérées. Et le voilà au milieu de nulle part, hébergé chez les parents de Jessica. Une famille atypique, jusqu’au chien. Ça boit sec, ça magouille, ça gueule. Et au milieu de tout ça Rachel, la fille de Jessica, quasi mutique et qui picore moins qu’un piaf.

Le père magouille avec le Gitan, un homme dangereux.

Comme toujours l’extrait choisi l’est pour vous permettre de rentrer dans l’ambiance du récit et vous donner l’envie d’en découvrir bien plus.Extrait P.56 : « Le Gitan lui avait fait peur. Il avait déjà eu peur en prison. Il avait senti sur sa nuque des souffles courts, des murmures obscènes, il avait vu dans les yeux des types qu’on casait dans sa cellule à leur arrivée l’éclat mortel de leur folie et dans ces nuits-là il ne dormait pas, gardant sous lui la fourchette qu’il avait réussi à escamoter, aiguisée à la longue. Il se disait toujours qu’en prison tout était plus violent, plus dur, plus impitoyable à cause de l’enfermement, de la promiscuité, et il avait plus ou moins appris à se protéger dans cette jungle emmurée. Mais jamais dans la vie normale, dehors, en liberté, il n’avait eu cette sensation qu’un prédateur pouvait l’attaquer à tout moment, en plein soleil, dans un coin sombre ou au plus noir de la nuit, simplement parce que c’était son plaisir, sans contrainte ni nécessité sinon celle de dominer, humilier, jouir impunément. »

Puis le danger rôde aussi du côté des serbes. Un sacré panier de crabes.

Un coup à quasi regretter la prison.

Franck n’est qu’un homme, Jessica tellement désirable. Fabien est loin. Mais les fantômes de Jessica l’entraînent toujours plus bas, toujours plus loin. Franck la suivra-t-il dans cette spirale, lui qui combat toujours les fantômes de son enfance, ou fera-t-il enfin la paix avec son passé ? Car il fut un temps où le bonheur était simple. Une évidence.

Cette attente de Fabien qui n’en finit pas, qui le rend fou. Fuir cette famille de dingues. Vite. Mais il y a cette enfant si attachante, toujours à s’échapper au fond des bois ou de la piscine. Pour fuir quoi ? Si elle parlait que dirait-elle ? Et la voilà qui l’appelle au secours…

Franck ira au bout du chemin, pour Rachel, pour lui. Dans la douleur, mais pour retrouver le bonheur.

Un livre fort. Des émotions nombreuses. A découvrir.

 

ET…

Retrouvez aussi le fabuleux avis de Sébastien

ICI sur Prendre les loups pour des chiens

La bête au ventre – Edward Bunker


La bête au ventre d’Edward Bunker. Traduit par Freddy Michalski. Paru chez Rivages/ Thriller en 1993. Réédité en poche dans la collection Rivages/Noir  le 28 septembre 1995. 10€65 ; (475 p.) ; 17 x 11 cm.
  
4ème de couverture :
 
Alex est né sous une mauvaise étoile. Sa mère, l’a abandonné et son père a dû le confier à des foyers d’adoption, écoles militaires et autres pensionnats. Commence alors pour lui  » le cycle des laideurs « , des tumultes et des larmes « , qui l’amènera, de révoltes en évasions, à connaître la répression sous toutes ses formes. Encore adolescent, Alex est d « jà un  » taulard  » endurci qui vit la bête au ventre et la rage au cour. La bête eu ventre conclut la trilogie commencée avec Aucune bête aussi féroce et La bête contre les murs. Edward Bunker y analyse le processus qui conduit la société à se fabriquer les criminels qu’elle mérite.
 
L’auteur : Edward Bunker, est un auteur de romans noirs et scénariste de cinéma, né le 31 décembre 1933 à Hollywood (Californie, États-Unis) et mort le 19 juillet 2005 à Burbank.
Il connut des années de prison avant de se voir publié. Il est moins prolifique que James Ellroy à qui il est souvent comparé. Il a joué des rôles secondaires dans certains films, notamment Le Récidiviste, avec Dustin Hoffman inspiré de son roman Aucune bête aussi féroce, et Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino.
(Source Wikipédia)
 
Extrait :
En 1943, la vallée de San Fernando était encore la campagne – sans smog et sans mobil-homes- où vivaient quelques petites communautés séparées par des kilomètres de citrus et de luzerne. Le gamin avait le regard fixé droit devant lui, comme transfiguré par la ligne banche au milieu de la chaussée noir qui disparaissait dans le chatoiement des bouffées de chaleur. En réalité, il ne voyait rien, il n’entendait rien. Il songeait à tous les trajets, identiques à celui-ci, qu’il ait connu depuis l’âge de 4 ans, ces trajets qui le conduisaient à chaque fois vers quelque nouveau lieu dirigé par des inconnus. C’était là à peu près tout ce dont il se souvint – internats, écoles militaires, foyers d’adoption -, tous ces endroits, ainsi que quelques éclairs de scènes affreuses gardées en mémoire, laideur, tumulte et larmes…
 

Le Émotions de lecture de Cécile :

« La Bête au ventre » fait partie du top 10 de mes livres qui m’ont marqué et pourtant, je ne l’ai pas relu depuis plus de 20 ans. Il est toujours très dangereux de tenter de revivre une histoire avec un ex.  C’est donc avec l’appréhension d’une immense déception que je me suis replongée dans ses pages.

 

Et Bam, en pleine tête comme autant de mots coups de poing, « La Bête au ventre » n’a rien perdu de son percutant. J’ai retrouvé Alex avec la même rage les poings serrés comme lui devant ces adultes, ces froides institutions qui échouent à chaque fois à donner  un peu d’attention et d’éducation à ce garçon en colère. On serre les poings à chaque coup, à chaque injustice, on sent monter la même colère en diapason avec lui. Mais on ferme aussi les yeux à demi quand on se rend compte qu’Alex va encore prendre le mauvais chemin, et encore choisir le mauvais modèle pour son éducation.

 

Malgré  un infime espoir parfaitement déraisonnable que quelque part, quelqu’un aidera ce tout jeune adolescent  adorateur de livres, on ne peut ignorer qu’Edward Bunker nous emmène avec colère et rage vers une fin inéluctable de violence, de crime … La bête au ventre est après tout la conclusion de la trilogie qui nous a baladé dans le milieu de la criminalité et du système carcéral de l’après-guerre américain, véritable fabrique des pires criminels. Certes les lieux et les époques sont différents mais les conséquences sont toujours les mêmes, la perte  de jeunes adultes dans l’une ou l’autre des radicalités dont la société finit toujours par se mordre les doigts.

 

« Au départ, ses rébellions avaient été aveugles, moins actes délibérés que réactions réflexes à la douleur – douleur de la solitude et de l’absence de l’amour, … »

 

« L’assistante sociale …était horrifiée. Elle avait vu nombre d’enfants rebelles mais cette fois elle avait le sentiment de voir devant elle une âme qui commençait à mourir. »

 

« On était lentement en train de graver dans son jeune cerveau que ceux qui étaient en position d’autorité ne se souciaient guère de bien ou de mal, de ce qui était juste et de ce qui ne l’était pas- leur seule préoccupation était d’asservir leurs subalternes. »

 

« Il luttait pour rependre son sang-froid…Mais la fureur qui agitait son cerveau le dévorait à cœur, jusqu’au tréfonds de lui. Même lorsqu’il fut clamé, il avait un abcès à l’âme. »

 
 

Et tu vis encore de Corinne Martel


Le livre : Et tu vis encore de Corinne Martel. Paru le 10 décembre 2016 chez  Is Edition dans la collection « Sueurs glaciales ». 17€ ; (172p.) 15X 22,9 cm

4ème de couv : 

Alice, une jeune star de la chanson, a de mystérieux secrets qu’elle nomme le « Plan A ». Marc, un écrivain de polars, appelle les siens le « Plan B ». En panne d’inspiration, il passe son temps à visiter des sites monstrueux qui troublent son équilibre mental. Quant à Pierre, il réussit à obtenir la direction d’une nouvelle prison composée de trente-huit détenus très spéciaux : des tueurs en série enfermés à vie. Sur son bureau, une chemise grise, nommée le « plan C ». L’atmosphère est bien trop angoissante pour ce si petit village du Vercors. L’heure des choix ne serait-elle pas prématurée ? Ils le savent bien, la mise en place de leurs plans va bouleverser le cours de leurs vies et les conséquences seront irréparables. Et vous, à leur place, qu’auriez-vous fait..? Meurtres, secrets de famille, suspense. L’énigmatique thriller de Corinne Martel est un bijou de ruses et double sens qui ne laissera aucun lecteur indemne.

L’auteur : Corinne Martel est née à Pris en 1969. Passionnée par l’écriture, Corinne Martel est rapidement remarquée puis récompensée de nombreuses fois pour ses essais en poésie et littérature.

Après avoir réalisé ses études et obtenu ses diplômes dans un institut supérieur de gestion et de commerce, Corinne Martel embrasse une carrière orientée dans les jeux vidéos et activités pour enfants qu’elle exerce toujours à l’heure actuelle.

Fascinée par la littérature imaginaire, elle décide de s’inspirer de ses expériences ludiques pour écrire son premier roman, « Et tu vis encore » (IS Édition, collection « Sueurs glaciales », 2016), un thriller énigmatique doté d’un suspense et scénario à couper le souffle qui laisse entrevoir une carrière prometteuse.

 

Extrait : 
Toutes les familles ont des secrets.
La mienne ne fait pas exception.
Ma famille a donné un nom de code au secret : « LE PLAN C ».
Je n’ai jamais su pourquoi ; ils n’ont pas voulu me le dire. D’ailleurs, je ne suis pas censée être au courant de ce secret.
Mais je ne me suis pas présentée ; pardon, c’est incorrect…
Je m’appelle Alice Garmant. J’ai seize ans et je vais vous révéler toute l’histoire.

Le petit avis de Kris

Et tu vis encore – Corinne Martel
Hors des sentiers battus ! Voilà ce à quoi me fait penser ce thriller, qui, en fait, est plus un livre orienté vers l’amour des siens, les questions qui peuvent se poser face à l’irréversible.
Prenant car on se demande où et vers quoi veulent nous mener les premiers chapitres, désarçonnant dans la manière dont il est écrit, on est déstabilisé quand on commence à comprendre de quoi il retourne.
Corinne Martel nous entraîne bien malgré nous dans une course contre la montre dont on se demande bien comment sera l’issue.
Excellent !