L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowski


L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowski :

Un premier roman magistral, un coup de foudre inévitable.

 

 Le livre :L’affaire Clémence Lange de Laura Sadowsky . Paru le 15 mai 2008 chez Odile Jacob. 19,90 € ; (286 p.) ; 22 x 15 cm.

L’edition en poche chez le même éditeur est parue le 4 juin 2009. 7,90 € ;  (281 p.) ; 18 x 11 cm

 

 

4e de couv

L’affaire Clémence Lange

Maître Nicolas Kléber appartient à cette catégorie de jeunes gens à qui tout sourit : il est beau, brillant et promène à son bras une ravissante créature. Il doit justement la rejoindre dans quelques heures sur les cimes enneigées de Chamonix pour fêter le Nouvel An.

Mais, avant cela, il lui faut se rendre à Fleury-Mérogis, où l’une de ses clientes comparaît devant le conseil de discipline. Simple formalité… qui va virer au cauchemar. Car Clémence Lange compte bien faire payer à son avocat la légèreté dont il a fait preuve lors de son procès : elle lui a valu quinze ans de réclusion pour le meurtre de son amant dont elle se dit innocente.

Séquestré dans une cellule prototype de la prison, notre fringant avocat va vivre une véritable descente aux enfers…

 

L’auteur :  On ne sait pas grand chose de Laura Sadowski, si ce n’est qu’elle est avocate, elle habite Paris et qu’elle a écrit 6 romans policiers, 1 roman SFFF et 1 recueil de 3 nouvelles policières elles aussi.

Elle dit aussi en parlant de son enfance : « J’ai eu une enfance studieuse. J’ai aimé l’école et les universités passionnément » .

Elle se définit comme un écrivain-sculpteur qui, à partir d’une matière, façonne, modifie, transforme… Elle part d’une idée directrice, forte. Ensuite, elle s’attache au début et à la fin. Son travail d’écriture va consister à tramer entre ces deux pôles.

 

Ma petite lecture

Avant de partir à Chamonix rejoindre sa fiancée, Nicolas Kléber doit se rendre à Fleury-Mérogis où Clémence Lange, une détenue dont il a perdu le procès aux assises trois ans auparavant, est accusée d’insubordination et doit comparaître devant le conseil de discipline. Rongée par la rancœur depuis son incarcération, elle veut punir son avocat de l’incompétence qui l’a privée de 15 ans de liberté.

L’écriture de ce livre est parti d’un fait divers. Il aura fallu à l’auteur broder autour de celui-ci pour nous proposer un des premier legal thriller français. Cette catégorie de polar est plutôt l’apanage des auteurs made in USA. On connaît Michael Connelly, John Grisham, Scott Turow. Et bien maintenant il faut compter avec Laura Sadowski.

Laura SADOWSKI est avocate de formation. A travers ce titre elle nous fait revivre et découvrir tous les aspects procéduriers et juridiques d’un procès aux assises. Cet exercice est périlleux mais grâce à sa plume fluide et son style concis, elle rend tout cela attrayant. Et jamais ces aspects techniques de la justice française ne nous paraissent ennuyeux. Bien au contraire, c’est eux qui créent la tension dramatique.

 

Extrait : « Ainsi, tous les témoins acquis aux débats étaient présents. Cependant ces derniers n’étant pas autorisés à assister aux échanges qui précèdent leur déposition, ils doivent, après l’appel, se retirer dans la pièce qui leur est réservée et dont ils ne devront sortir que pour déposer séparément. Aussi, sur invitation de l’huissier, les sept individus quittèrent la salle d’audience par la porte devant laquelle ils s’étaient regroupés. » 

 

Laura nous livre aussi un plaidoyer contre les conditions de détention dans les prisons françaises. Leurs états de délabrement. A Fleury Mérogis, la majorité des cellules sont prévues pour être individuelles avec une superficie de 11 m², équipées d’un lavabo et de toilettes mais elles comportent deux lits superposés. Allez comprendre.

Mais surtout l’auteur nous entraîne dans un huit clos glaçant, où les deux protagonistes vont devoir jouer leur partition avec minutie. Où chacun va devoir tenir ou revoir ces positions. Ici le lieu devient un élément essentiel, un personnage à part entière de la pièce qui se joue. Cette cellule participe à la dramaturgie qui se noue. Elle oblige à la proximité, à l’empathie.

 

Extrait 2 : « Voilà. A présent, il connaissait les raisons de sa captivité. Clémence Lange n’était ni folle à lier, ni de mauvaise foi, ni ignorante de la réalité : elle était un bras vengeur qui réclamait justice. Et elle désignait son défenseur, son principal accusé »

Un huis clos terrifiant, où Laura Sadowski réinvente le thriller judiciaire en y incluant une pointe de roman noir.

Laura nous ravit par son talent, malheureusement pas encore assez reconnu. Mais c’est surtout par son humanité qu’elle nous séduit.

Lisez les romans de Laura Sadowsky mais surtout n’hésitez pas à aller à sa rencontre.

On repart toujours heureux d’une rencontre avec Laura Sadowsky. Elle sait nous mettre en avant, et nous reprenons confiance. Avant même de nous parler de ses romans, elle nous parle de nous. Elle ravive chaque fois la part d’humanité qu’il reste en nous. On ressort toujours bienveillant d’une lecture d’un livre de Laura Sadowsky. Bref. Il faut lire Laura et surtout la faire connaitre.

 Extrait 3 – 4 et 5:
 «Cette pièce est mon royaume, Maître, rétorqua-t-elle en désignant la pièce d’un geste large des bras. Ici, j’ai tous les droits. Je suis votre geôlière, votre juge, votre avocat, votre infirmière, votre pire ennemie ou votre meilleure amie. C’est à vous de décider.»
«C’était à présent l’épouvante qui dominait en lui, la terreur de devoir payer son incompétence. »
«Tant de sentiments le submergeaient en ce moment, le remords, la stupéfaction, la peur, la colère… C’était à peine s’il parvenait à respirer »
 

 En savoir plus:

 Une autre lecture de L’affaire Clémence Lange avec mon ABCdaire

Pour mieux connaitre  notre auteure et surtout pour écoutez Laura Sadowski :

http://blogs.paris.fr/alairlivre/2012/09/04/paris-est-la-ville-du-crime/

 


 

 

Été pourri à Melun Plage De Nicolas Duplessier


 

Le livre : Été pourri à Melun Plage De Nicolas Duplessier. Paru le 15 septembre 2016 au Atelier Mosésu13€ ; (259 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv : 

Été pourri à Melun plage

Florian traîne son mal de vivre dans les rues de Melun, entre un boulot minable et une vie sentimentale sans joie.

De morose, son existence devient vraiment pourrie le jour où Roxane, l’ex-grand amour de sa vie, est portée disparue.

Très vite dans la ligne de mire des policiers, Florian doit mener sa propre enquête et se confronter à ses fantômes, découvrant une histoire qui le dépasse et la tonne d’emmerdes qui l’accompagne.

Été pourri à Melun-Plage est un roman noir et cinglant qui raconte la descente aux enfers d’un loser pas du tout magnifique.

L’auteur : Nicolas Duplessier est né en 1978, à Melun. Hypnotisé par le cinéma, il rêve d’une carrière de réalisateur, mais le destin le tourne vers l’écriture, après avoir lu Le Dahlia noir de James Ellroy.
Transporté par son obsession pour le roman sombre, il écrit Été pourri à Melun-Plage, son premier roman.
Extrait :
Je pense à tous ces couples qui, une fois les travaux finis et les galères passées à monter leur home sweet home, découvrent qu’ils ont oublié de vivre pour autre chose que leur crédit et leurs travaux. Et qui se séparent parce qu’ils n’ont plus rien à foutre ensemble, une fois leur palais terminé.

 

Été pourri à Melun Plage De Nicolas Duplessier – Éditions Ateliers Mosésu

La chronique d’Eppy Fanny

C’est l’histoire de Florian, Flo, un looser de banlieue. Une vie terne, entre son job dans un entrepôt de déstockage, son RDV hebdo avec une pute et sa vie en caravane auprès d’une femme qui n’est pas celle à laquelle il rêve.

Le cadre du roman, Melun et ses environs. Pour ceux qui comme moi connaissent, le gris vient à l’esprit, de ses rues, sa prison, ses quartiers en déshérences, ensembles des années 70 qui ont si mal vieillis. Une pensée particulière pour Plein Ciel où déjà il y a 35 ans je cherchais le ciel. Puis ses zones commerciales à perte de vue comme dans tant d’autres villes de banlieue.

Florian va vivre des retrouvailles tant attendues, suivie d’une disparition qui va le conduire à mener l’enquête. Mais le costume est trop grand pour lui d’autant que la police l’a dans le collimateur. Un looser on vous dit, qui met le doigt et les deux pieds, là où il ne faut pas.

Des rencontres, pas toujours bonnes, des dangers (nombreux) et des idées pas toujours claires noyées dans l’alcool.

Une histoire sombre, un final qui laisse sur le cul !

Ne soyez pas choqué par mon langage en phase avec celui de l’auteur. Le style est vif, mordant, imagé. Des références nombreuses, musicales, télévisuelles…

Une écriture avec des envolées d’une poésie intense. Un pur bonheur :

Extrait page 99
« Je bois du café à m’en déchausser les dents et faire de la tachycardie. Mon rencard se pointe enfin. Un grand type maigrichon, la tronche comparable à une merguez fossilisée avec un beau costard et une belle paire de pompes. Dans le genre bourgeois paumé, coincé dans une vie de daube. »

Vous comprendrez que j’ai adoré.

Merci pour la mienne Nicolas

 

Mon conseil : filez chez le libraire le plus proche et régalez-vous car dans le gris de Melun les émotions sont bien présentes.

La deuxième vie d’Amy Archer de R. S. Pateman


Le livre : La deuxième vie d’Amy Archer de R. S. Pateman. Paru le 4 juin 2014 chez Actes Sud; Actes noirs. 22€30 ; (349 p.) ; 24 x 15 cm.

 

 

Le point de vue des éditeurs

Le 31 décembre 1999, Amy Archer, fillette de dix ans, a disparu de son terrain de jeux habituel. On n’a jamais retrouvé son corps, et la vie de ses parents, Beth et Brian, s’en est trouvée dévastée.

Dix ans jour pour jour après sa disparition, Beth est seule, toujours aux prises avec l’énormité de son chagrin, seule face à l’horreur de ne pas connaître le sort de son enfant unique, quand une inconnue frappe à sa porte, prétendant savoir ce qui est arrivé à Amy.

Beth fait la connaissance d’une fillette, troublant sosie de sa fille disparue, qui sait des choses qu’Amy est seule à pouvoir connaître : le nom de son jouet préféré, des souvenirs de vacances, ce que Beth prend au petit-déjeuner. Mais comment la fillette pourrait-elle être Amy ? Elle n’a pas du tout vieilli…

Pour découvrir ce qui est vraiment arrivé à Amy, Beth va devoir remettre en question tout ce à quoi elle croyait et envisager l’impossible.

Aussi glaçant qu’haletant, La Deuxième Vie d’Amy Archer est le premier roman d’une nouvelle voix dans le monde du suspense psychologique britannique. Un thriller coup de poing, qui ravira ceux qui ont aimé Avant d’aller dormir, de S. J. Watson, et Les Apparences, de Gillian Flynn.

 

L’auteur : R. S. Pateman a été accompagnateur de voyages, animateur de centre de loisirs, et videur de boite de nuit, mais il a toujours voulu devenir écrivain. Il a fini par s’y coller et a écrit plusieurs livres. L’un d’entre eux est devenu La Deuxième Vie d’Amy Archer.

 

 

 

Extrait :
Elle est plus grande qu’elle ne paraissait derrière la fenêtre, et la lumière argentée que laisse entrer l’embrasure de la porte rend son visage encore plus pâle. Son sourire faiblit. Quand elle essaie de parler, aucune parole ne franchit ses lèvres. les mots me font défaut à moi aussi. Je prends une profonde inspiration. Ma question finit par sortir en un murmure désespéré.
“Où est ma fille ?”
Libby avale sa salive et se mord la lèvre.
“C’est une longue histoire. Il voudrait peut-être mieux vous asseoir.”
Je recule lentement et ouvre la porte.
Le froid la suit dans l’entrée. Elle ôte ses gants et me présente la main droite. Sa poignée de main est brève, mais je sens tous les os de ses doigts.
Je retire brusquement ma main.
“Je sais que ce n’est sûrement pas facile, dit-elle. Croyez-moi, ce n’est pas facile pour moi non plus.
— dites-moi seulement ce que vous savez. Je vous en supplie.”
Elle hausse les épaules et prend une inspiration.
“Ça va vous sembler très bizarre. Vous allez penser que je suis folle – si ce n’est pas déjà fait.”
Elle me reprend la main. Je la retire à nouveau.
“Je sais où est Amy.” Sa voix est ferme. Son ton catégorique.
“vous l’avez déjà dit. Mais… si on avait trouvé son corps,
la police serait venue me prévenir.
— Je n’ai pas retrouvé son corps.”
Je m’appuie contre le mur, les yeux fermés, et je me pince l’arête du nez. J’ai bien du mal à trouver le souffle ou le courage pour exprimer à haute voix ce que je crois saisir.
“Je… ne comprends pas. voulez-vous dire…?”
une promesse impossible me fait tourner la tête.
Libby fait un oui imperceptible de la tête.
“C’est exact, madame Archer. Amy est vivante.”

 

Le post-it du bibliothécaire :

A 10 ans, Amy, la fille de Beth, a disparu sans laisser. Dix ans plus tard, Beth fait la connaissance d’une fillette, le sosie d’Amy au moment de sa disparition, qui sait des choses que seule son enfant est en mesure de savoir. Beth doit alors tout remettre en question pour découvrir ce qui est réellement arrivé à sa fille.

Un polar très original . Une intrigue surprenante et puissante Des personnages convaincants, tout en nuance bien nuancés. Une belle et parfaite réussite

Un suspense psychologique implacable !

Bref, pourquoi pas un nouveau coup de cœur pour ce premier roman ?

 

Réjouissances à Honfleur… de Olivier Polard


Réjouissances à Honfleur... de Olivier PolardLe livre : Réjouissances à Honfleur… de Olivier Polard. Paru le 27 janvier 2017 chez In octavo éditions. 20€ ; (306 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv :

Un boucher Hongrois s’installe à Honfleur. Deux ans plus tard, Laszlo, dont le commerce est frappé par la crise économique et l’arrivée d’un concurrent, commet un crime par… désœuvrement.

Ses amis, sensibles à ses remords, décident de ne pas le dénoncer mais aussi de contrecarrer l’enquête de police par tous les moyens.

Cette histoire qui commence comme un roman policier est en réalité un récit burlesque : pas un seul moment de répit entre les tribulations de notre boucher de Honfleur et l’épopée de ses quatre pieds nickelés d’amis !

L’auteur Olivier Polard doit assurément être un lointain cousin de Blake Edwards ou de David Lodge car il enchaine à tout rompre les situations les plus rocambolesques, les plus folles, les plus improbables dans ce roman à l’humour ravageur.

Ne passez surtout pas à côté de ce petit bijou délicieusement amoral et tellement jubilatoire.

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L’auteur : Breton d’origine, Olivier POLARD a grandi au coeur du vignoble Angevin. Résidant actuellement en Seine-et-Marne, il partage son temps libre entre l’oenologie, la peinture et la musique. Réjouissances à Honfleur est son premier roman. Il n’a pas choisi la facilité en mariant intrigue et humour, cependant ce coup d’essai réussi nous annonce, à n’en pas douter, d’autres plaisantes histoires.
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Extrait :
…Laszlo était fier de s’appeler Herczogejdi.
C’était un nom honorable et honoré dans son pays natal car, outre ses ancêtres Magyars, il comptait également dans sa famille un grand-père mort en héros pendant l’invasion soviétique.
Or, l’instituteur qui arborait en face de lui un sourire timide venait, cette fois, de lui donner du « M. Harzojy ? », nom d’un traître honni du peuple hongrois.
Le boucher attrapa son tranchoir et l’abattit violemment sur son plan de travail en rugissant.
— Dehors. Tout de suite !…

Le post-it du bibliothécaire

A Honfleur, Laszlo, boucher venu de Hongrie, regrette le crime qu’il a commis suite à un moment de désespoir. Touchés par sa sincérité, ses quatre amis décident de l’aider à échapper à la police.

Très bien écrit, un polar humoristique à la Delicatessen -en plus léger- sur un boucher sensible, un poil trop susceptible qui essaie de lutter contre ses pulsions… car son « péché mignon » c’est découper les chairs, trancher la viande…

Les personnages sont bien campés, chacun a une vie bien détaillée et crédible, et la vie politique d’une ville de province (Honfleur en l’occurrence, mais ça pourrait se passer ailleurs en ce qui concerne les politiciens et leurs comportements…) est pas mal égratignée elle aussi.

Nombreux niveaux de lecture, intrigue, politicards, milieu de l’art contemporain… un polar plus que sympathique au suspense et à l’humour accrocheurs !

Un roman policier cocasse, doublé d’une belle histoire sur l’amitié et la tolérance. Véra

Olivier POLARD, lauréat du speed-éditing Salon du livre d’Ile de France – Mennecy – 2016.
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Dynamique du chaos de Ghislain Gilberti


Le livre : Dynamique du chaos  de Ghislain Gilberti. Paru le 19 janvier 2017 chez Ring dans la collection Ring noir

4e de couv :

Gys, un jeune homme au passé agité, va jusqu’à l’impensable pour oublier sa séparation. Rapidement, il cède à l’ivresse nerveuse des transgressions aux côtés de ses trois amis de la « Génération Nada » : avec eux, il écumera bars et clubs de tous les excès, traquant le chaos qui lui permettra de mieux voir le monde. Il ignore qu’au loin, un train fou fonce déjà sur lui. Le monstre d’acier s’appelle Séverine.

Dynamique du Chaos fait l’effet d’un coup de tonnerre lors de sa mise en ligne sur Internet en 2007, avec plus de 100 000 téléchargements et un torrent de commentaires de lecteurs jetés à corps perdus dans cette aventure radicale. Aujourd’hui publié pour la première fois sans censure et en édition papier, ce texte sauvage raconte la chute libre d’un homme sur fond de drogues, de sexe, d’abus en tout genre et l’amour passionnel, irrationnel, d’un homme pour une femme. Dans son art de la torsion, le virtuose Gilberti repousse les limites du soutenable par une obsession suprême inavouée : tenter de retrouver une forme originelle de pureté métaphysique et romanesque.

L’auteur : Héritier français de William Burroughs, Ghislain Gilberti a connu l’enfer de la polytoxicomanie lourde avant de devenir tireur de précision pour l’armée de terre. Auteur des best-sellers Le Festin du Serpent , Le Baptème des ténèbres et Le bal des ardentes , guéri, il est aujourd’hui père de deux enfants. Né en 1977, Ghislain Gilberti est originaire et vit à Belfort.
 Extrait :
La jouissance offerte par le Speed Ball est miraculeuse. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre et nos corps se sont serrés à s’en étouffer. D’abord les frissons, des pieds à la tête, ensuite la chaleur orgasmique sous laquelle il est impossible de ne pas râler de plaisir. Puis la décharge d’énergie, la déflagration de la coke, juste après, voire en légère superposition. Le rythme cardiaque qui s’accélère, le sang qui afflue comme un torrent et qui sème l’extase de l’héro dans chaque centimètre cube de chair. Un vertige indescriptible, au-delà de tous les mots. 

Mon avis  :

Je n’aurai jamais du lire ce livre, en tout cas pas dans cette version. Dieu que j’ai aimé la plume de cet auteur dans ces thrillers. J’ai aimé  le réalisme  qui s’en dégage mais aussi cette noirceur omniprésente qui la caractériseJe sais que Ghislain peut-être émouvant. Il a su me toucher à de nombreuses reprises. J’ai aimé son coté fragile, à fleur de peau.
Mais j’avoue ne pas avoir du tout aimé sa nouvelle version de la Dynamique du chaos.

Je ne pense pas être quelqu’un que l’on choque facilement, Je pense aussi être quelqu’un d’ouvert et de tolérant. Cependant j’ai reçu ce texte comme une provocation. Même si ce n’était pas l’intention de l’auteur, la surenchère de violence, de sexe, de drogue, etc, a eu du mal à passer et elle a occulté chez moi ce qu’il y avait de beau dans ce texte.
Je n’ai pas retrouvé la sensibilité que la plume de l’auteur peut avoir ! Non juste de la rage et une rage destructrice où rien de bon ne pouvait en sortir.
Un rage malsaine qui m’a mise mal à l’aise.
J’aime pourtant quand un livre me bouscule, voire me dérange. Qu’il soit un choc, une émotion, qu’il malmène mes convictions.
Ici, j’ai juste eu un trop plein, un début de nausée.
J’ai trouvé que l’auteur prenait, comment dire, des postures. Qu’il surjouait ses personnages. Qu’il en faisait trop en somme.
Dommage, j’aurai tant aimé percevoir la fêlure derrière toute cette surenchère.
J’aurai aimé que cette Dynamique du chaos soit pour moi un récit viscéral. j’aurai aimé percevoir la pudeur de l’auteur derrière ce texte hardcore.
Je n’y ai vu qu’un déferlement d’excès.
Trop agressif et intrusif peut-être

Ghislain ne n’en veut pas ! Tu as un putain de talent ! S’il te plait ne le gâche pas  dans cette débauche et cette escalade de démesures exagérées.

J’aime ton impétuosité pas ton animosité. Parce que c’est cette sensation que j’ai ressenti en lisant cette version non censuré de ton texte. Du coup je n’ai pas été touchée mais écœurée.

Nous avions parler ensemble de l’excès de violence que l’on trouvait déjà dans Le baptême des ténèbres. Cette violence que certains de tes lecteurs trouvaient déjà trop crue. Tu me connais  Ghislain, je  suis une personne plutôt excessive même si avec l’âge j’ai appris à modérer mes abus, alors crois moi quand je te dis « Qu’à trop tirer sur la corde celle-ci finit par lâcher » et qu’il nous devient trop difficile de te suivre dans tes délires même fictionnels.

Ici je pense qu’il manque une chose importante, c’est les émotions. Celles que notre auteur sait pourtant si bien  faire ressentir à ses lecteurs. Ghislain, c’est un cri du coeur que je te lance, s’il te plait ne va pas perdre ton âme dans cette outrancière cruauté.

Mais vous, amis lecteur, lisez Ghislain Gilberti, lisez ses autres bouquins ! Il a une plume qui sait vous prendre aux tripes. Et qui sait, peut-être que  contrairement à moi, celle-ci saura aussi vous toucher avec ce titre-ci. Car c’est certain, lire ce titre ne peut laisser indifférent. Et je suis sans doute minoritaire dans mon ressenti, car autour de moi, nombreux sont ceux qui l’ont aimé.

Un Corse à Lille de Elena Piacentini


Le livre :  Un Corse à Lille : une enquête du commandant Léoni de Eléna Piacentini. Paru le 1er juin 2017 aux éditions Au-delà du raisonnable.  18€ ;  (300 p.) ; 20 x 14 cm

Leoni, le commandant de police corse créé par Elena Piacentini en 2008, débarque à Lille avec une réputation de dur-à-cuire, sa grand-mère et ses dossiers. Sa nouvelle équipe n’en saura pas plus avant que le cadavre d’une jeune prostituée et celui d’un chef d’entreprise au management brutal propulsent le groupe d’enquêteurs sur le terrain. C’est là que les flics se jugeront. Et le Corse préfère ça à de longs discours.

La série policière des enquêtes de Pierre-Arsène Leoni compte 7 romans. Les trois premiers (parus chez Ravet-Anceau) étaient introuvables depuis plusieurs années. Les éditions Au-delà du raisonnable en propose une nouvelle édition, revue, afin de réunir toute la saga. Voici le premier, Un Corse à Lille. Les tomes 2 et 3 paraîtront fin 2017 et en 2018. Les enquêtes de Leoni peuvent se lire dans n’importe quel ordre.
« Leoni, un flic qui tranche » Christine Ferniot, Cercle Polar-Télérama
« Elena Piacentini a inventé un sacré personnage » Yann Plougastel, Le Monde

 

L’auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia et vit à Lille depuis vingt ans. Elle a créé Pierre-Arsène Leoni,un Corse qui dirige la section homicide de la PJ lilloise. Elle orchestre avec psychologie une humanité malmenée et excelle dans la construction narrative complexe de destins croisés.Elena Piacentini est également scénariste (Albertine Productions,France TV, Image & Cie-Lagardère). On se souvient de Tensions sur le Cap Corse diffusé le 8 avril dernier sur France 3. Elena est aussi novélistes, elle a participé à de nombreux recueils de nouvelles et souvent pour de belle causes. Elle est l’une des voix émergentes du polar français.

 

Extrait :
«Pierre-Arsène était convaincu que Stanislas Bailleul avait été retenu prisonnier de cinq à sept jours, par la personne qui avait fini par le tuer. Sa mort n’avait pas été douloureuse, puisqu’elle avait été provoquée par une overdose de morphine. Quant aux blessures en forme de croix sur le torse, elles avaient été infligées post mortem, vraisemblablement par un scalpel. Tout cela ne militait pas en faveur de la thèse de la vengeance, et la mise en scène du meurtre semblait trop élaborée pour quelqu’un qui aurait simplement voulu égarer la police…»

Le Post-it de la bibliothécaire :

Le commandant Pierre-Arsène Léoni n’a guère le temps de s’habituer au climat du Nord. À peine arrivé à la P.J. de Lille, ce flic d’élite, spécialiste des homicides, doit faire face à une vague d’enlèvements de chefs d’entreprise dont on retrouve ensuite les cadavres, le torse marqué d’une croix. Racket, crimes mystiques ou règlements de comptes ? Léoni et son équipe traquent un ennemi qui rend sa propre justice.

Qu’elle plaisir de retrouver le commandant Léoni dans cette enquête qui est sa toute première enquête lilloise. On remonte au source, et le voir s’intégrer à son équipe et prendre ses marques, c’est un vrai régal.

Redécouvrir Mémé Angéle et son affection, ses petits plats, ses proverbes corses. Un pour chaque moment de la vie. C’est qu’elle est philosophe et aimante notre mémé Angèle. Nous aimerions l’avoir pour grand mère, nous aussi.

En plus de ça la réécriture de ce 1er roman par son auteur lui apporte une profondeur et une épaisseur qui lui confère toutes les qualités d’un excellent polar. Une véritable humanité se dégage de ces personnages et de ces dialogues, un roman à ne surtout pas manquer. Et que j’ai relu avec un plaisir non dissimulé.

GVL

Sois zen et tue le de Cicéron Angledroit


Vous le savez le 17 juin prochain je reçois 3 auteurs pour un nouvel Apéro Polar.

Avec Lou Vernet et Nils Barrellon il y aura notre Cicéron Angledroit national.

Aussi pour découvrir cet auteur malicieux et facétieux rien de mieux qu’une petite chronique de lecteur.

Et c’est Eppy Fanny qui nous donne son ressenti sur “ Sois zen et tue le , la première enquête de notre détective pas comme les autres.

Le livre :  Les enquêtes de Cicéron Volume 1, Sois zen et tue-le de Cicéron Angledroit. Paru le 9 septembre 2016 aux Editions Palémon dans la collection Enquêtes en Série. 10€ ; (263 p.) ; 18 x 11 cm

 4e de couv :

Attention, cet ouvrage comporte certaines scènes pour adultes et un vocabulaire susceptibles de choquer les âmes chastes…

Mais qu’est-ce qu’il lui prend, à la mère Costa, de me demander d’enquêter sur la mort de son mari enterré depuis dix ans ?

Si j’accepte, c’est bien parce que j’ai besoin de sous !

Et puis il y a cette histoire de truands de banlieue qui explosent à chaque coin de rue… Et ces SDF qui n’en sont pas.

Ajoutez une ou deux femmes mariées, un Yorkshire… Mélangez le tout et dégustez !

Mais c’est qui qui tue ? Pour le savoir il va falloir me suivre, moi Cicéron Angledroit, jusqu’au bout de cette histoire…

Mise en garde de l’éditeur : de nombreux cas d’addiction ont été rapportés. Cette addiction semble irréversible et définitive. Toutefois, à ce jour, aucune plainte n’a été enregistrée.

L’auteur : Cicéron Angledroit. Banlieusard pur jus, l’auteur – de son vrai nom Claude Picq – est né en 1953 à Ivry, ceinture verte de Paris transformée depuis en banlieue rouge.
« Poursuivi » par les études (faute de les avoir poursuivies lui-même) jusqu’au bac, il est entré dans la vie active par la voie bancaire.
Très tôt il a eu goût pour la lecture : Céline, Dard, Mallet… Et très tôt il a ressenti le besoin d’écrire.
Sois zen et tue-le est le premier titre de sa série d’enquêtes humoristiques dont l’ambiance et les dialogues, entre San Antonio et Pieds Nickelés, raviront les amateurs du genre…
Extrait : 
Cicéron Angledroit… ça vous épate hein, ça, comme nom ? Et pourtant, ça fait 35 ans que je me le traîne. « Angledroit » ils n’y pouvaient rien, mais « Cicéron », quand même ! Je leur en ai voulu longtemps. Enfin quand je dis « leur » je devrais dire « lui », car ma mère, quand je suis né, elle parlait à peine le français. Alors ce genre de jeu de mots lui passait un peu au-dessus. Lui, mon père, ce devait être un rigolo… ou, du moins, devait-il le croire. Ma mère, il l’avait ramenée de je ne sais quel voyage en Yougoslavie. Probable qu’il l’avait achetée comme on achète un souvenir. Une femme, vous parlez si ça va bluffer les potes, et belle avec ça ! Bien sûr elle ne parlait ni ne comprenait notre belle langue de Shakespeare V.F. mais, au moins, quand elle l’ouvrait, il pouvait imaginer qu’elle le félicitait. Il a quand même attendu mes 18 mois et nos premiers balbutiements en français à ma mère et moi pour nous laisser quimper. Juste le temps de me déclarer à l’état civil sous ce prénom débilisé par son nom.
Maintenant, vu ce qui se passe là-bas, dans le pays émietté de ma mère, je lui en veux moins. Sans le faire exprès, il l’a sauvée. Elle vit, peinarde, dans son deux pièces-cuisine du 17ème arrondissement, près de la cité des fleurs. Elle parle français et a oublié sa langue natale faute de la pratiquer.
 Et moi, Cicéron Angledroit, je suis détective privé. Pourquoi détective privé ? Et bien parce que j’estime qu’il est temps de réhabiliter, dans la littérature française, les détectives privés. On en manque. Ils ont été délaissés au profit des flics, plus classiques, plus « autorisés » aussi. Remarquez que, dans cette histoire qui commence, on ne m’a encore rien demandé. Je passais juste… comme témoin… et encore j’ai pas vu grand-chose. Je suis arrivé après l’événement. Mais dans les premiers quand même.

La Chronique d’Eppy Fanny 

Si vous aimez les choses lissées et policées, passez votre chemin.

En revanche vous n’avez pas d’a priori ? Vous aimez la vie et les gens ?

Alors Go pour un tour de piste avec Cicéron !

Une vraie découverte, celle d’un détective, chaud lapin, pas foudre de guerre, sauf pour la bagatelle, et qui vous entraîne avec délice dans la Banlieue Parisienne où il adore se baguenauder.

Les Personnages :

Une galerie de Pieds Nickelés, de désabusés, de laissés pour compte… Sans oublier ses femmes qui s’emmerdent royalement dans leur couple, qui deviennent très humides au contact de ce cher Cicé, ce qui entraine des dérapages et de formidables tête-à-queue. Quelle santé !

L’histoire :

Une excuse cette enquête sur la mort suspecte du père Costa dix ans plus tôt.

Oui une excuse, juste pour le plaisir de nous dépeindre cette banlieue que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Des lieux qui me parlent ayant grandi et vécu dans le 91 si cher au cœur de l’auteur.

Pour l’envie de nous parler de ces voisins serviables et gentils venant d’horizons lointains et qui partagent avec le sourire le peu qu’ils ont… N’en déplaise à certains.

Puis, surtout, ce plaisir, intense, que prend l’auteur, dans cette écriture truculente, inspirée de San Antonio et d’Audiard, mais 100% Cicéronnaise…

Comment ça se dit pas ? Mais si !

Puis ces passages érotiques, ou comment savourer les à-côtés du métier de détective.

Faut bien des avantages !

Puis Cicéron il côtoie des zigues aux petits oignons. René, Momo … C’est du lourd !

Extrait page 163-164 :
« Je ne comprends pas le manège :
Qu’est-ce qui t’arrive ? Une dispute conjugale ?
Mais non, j’la connais pas c’te pouffe ! Enfin, si, de vue, vu qu’elle est toujours fourrée là avec son chiard. Mais en rangeant mes chariots, j’ai trouvé ce paquet de couches que des gens avaient oublié au crochet.
Il me met sous le nez un paquet de change « Pissosec », tout en continuant :
Tu t’rends compte ! Vingt balles que je lui faisais. Et c’te conne…
Qu’est-ce que tu vas en faire maintenant ?
J’vais aller à la caisse centrale me les faire rembourser. J’leur dirai que c’était pour offrir et que je m’ai gouré d’taille. Comme ils me connaissent, y aura pas de problèmes. ça les étonnera pas non plus que j’aie perdu le ticket de caisse.
Pas de problèmes, alors ! Tu seras même gagnant dans l’histoire. Et Momo, t’as des nouvelles ?
J’l’ai vu hier soir, ça allait. Il va même toucher de l’invalidité. Une pension ! On peut dire qu’il a l’cul bordé d’nouilles, çui-là ! »

Bande de petits obsédés vous espériez un extrait plus axé cul…

En ben non ! Pour savoir de quoi est capable Cicéron auprès de ces dames il vous faudra acquérir le bouquin ! Et si vous bavez sur vos godasses, tant mieux !

Vous irez plus vite chez le libraire le plus proche !

C’est décalé à souhait et bourré d’humour.

Une bulle de bonne humeur dans ce monde bien trop gris.

En clair la Sécu devrait rembourser Cicéron !

Merde à Vauban de Sébastien Lepetit


Le livre : Merde à Vauban de Sébastien Lepetit. Paru le 4 juillet 2013 chez Nouveaux Auteurs. 18€95 ; 21 x 14 cm.

Réédité le 8 mai 2017 chez Flamant noir éditions. 19€50 ; (398 p.) ; 22 x 14 cm.

La 4e de couv :

Besançon, mai 2008. Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire et professeur d’histoire donne une conférence pour promouvoir la candidature du réseau Vauban au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lendemain matin, on le retrouve mort au pied de la citadelle. Meurtre ou suicide ? Affaire privée ou coup porté à la candidature de la ville ? Fabien Monceau, jeune lieutenant de police parisien juste nommé à Besançon va mener l’enquête aux côtés du commissaire Morteau, un Franc-Comtois chevronné et bourru. Une enquête difficile menée de main de maître par un duo explosif.

L’auteur :   Sébastien Lepetit, alias Saint-Fromond, 43 ans est  originaire de Bretagne et vit en Franche-Comté depuis une dizaine d’année.. Amoureux des pierres, des bâtisses et de leur histoire, c’est sur les sentiers de montagne ou de forêt qu’il s’en va cueillir au calme les pensées et les sensations qui deviendront l’âme de ses romans. . Dans ses romans, les lieux où vivent les personnages ont une place particulière,… au point d’en devenir également des personnages à part entière. Il aime lire Umberto Eco, Pierre Magnan, Peter Tremayne, Anne Perry, et tant d’autres.

 

Conseils aux lecteurs

Ce roman s’appréciera encore mieux s’il est accompagné de quelques dés de comté affiné en cave pendant au moins dix-huit mois et d’un petit verre de vin d’Arbois ou, mieux encore, de vin jaune.

EXTRAITS 1 :
— Monsieur Monceau !… Félicitations. Vous êtes affecté à… Besançon.
Fabien était comme K.-O. Il avait serré les mains tendues et était descendu de l’estrade sous les applaudissements
 polis et quelques rires diffi cilement contenus. Besançon !
Mais où était-ce, Besançon ? Là-bas, dans l’Est ! Fabien avait beau réfléchir, il n’arrivait pas à visualiser Besançon sur une carte. C’était là-bas, vers l’Allemagne ou vers la Suisse,  même pas en Alsace. Tout ce que cela évoquait chez lui, c’était le froid, une ville morte, coupée de la civilisation, perdue au loin, à la fi n d’une ligne de chemin de fer. Où c’est, Besançon ? se répétait-il, Est-ce que quelqu’un sait où , Besançon ?

 

Résumé et avis : 

Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire de la ville de Besançon, est retrouvé mort après avoir donné une conférence pour promouvoir la candidature des sites Vauban au patrimoine de l’Unesco. Non loin du lieu du crime, une inscription intrigue les policiers : Merde a Vauban. Fabrice Monceau, jeune lieutenant fraîchement nommé, va aider le commissaire Morteau dans son enquête.

Nous avons là le point de départ d’une enquête classique, un Whodunit de toute beauté, le lecteur disposant des mêmes indices que l’enquêteur et donc des mêmes chances que lui de résoudre l’énigme. Un roman à énigme qui va nous amener a exploré la bonne société franc-comtoise, ses mœurs, ses travers et ses bassesses aussi. La vie des édiles de provinces, des notables respectés et établis. Nous allons nous prendre au jeu et explorer toutes les hypothèses afin de les éliminer une à une. Surtout que l’affaire se corse, puisque d’autres élus vont eux aussi être assassinés.

Mais Merde à Vauban, ce n’est pas que cela. C’est aussi une plongée au cœur de la capitale comtoise. Et tout au long de ces pages, nous allons découvrir l’histoire mais aussi le patrimoine de cette belle ville de Besançon. Et c’est le commissaire Morteau en personne qui va nous servir de guide.

Et puis c’est aussi ses personnages qui font la truculence de ce roman. Et que dire de nos deux héros ? D’abord le lieutenant Fabien Monceau, un jeune officier fraîchement promu, un jeune loup qui a les dents longues. Et puis Fabien c’est un homme qui plait aux femmes, il est sûr de lui, il sait ce qu’il veut. Persuadé d’être affecté dans une brigade parisienne ce jeune homme est dépité de devoir faire ses classes à Besançon. Et pour sa première enquête c’est le patron qui le prend sous son aile.Le patron parlons-en. Un vieux commissaire, qui n’a plus rien à prouver. Lui il a refusé toutes les promotions. Pas question de quitter sa région pour accéder à un grade supérieur. Il aime son département, sa ville et compte bien y finir sa carrière. Morteau est un flic qui vit seule depuis que sa femme est partie. Enfin seul, pas tout à fait, il y a flocon. Alors il est plutôt bourru, et puis il est enclin à la bouteille et adore la bonne chair.Ainsi Le vieux briscard commissaire et un jeune lieutenant parisien se lancent dans une enquête policière dans la bourgeoisie provinciale, sur les traces d’un tueur insaisissable  Bref un duo détonant et pourtant c’est deux-là vont devoir s’entendre pour mener à bien cette difficile affaire. Vous l’aurez compris, Merde à Vauban, est un bon roman policier qui nous fait passer un peu plus qu’un bon moment de lecture.

EXTRAIT 2 :

Le Phoque ! Il ne se souvenait plus de quand on l’avait affublé de ce surnom ridicule. Il le devait à sa moustache, épaisse et tombante, et à son embonpoint qui, selon ses collègues, lui donnait un air de phoque. Mais il savait aussi que lorsqu’il avait un tantinet abusé du Pontarlier ou du vin blanc, il avait l’œil un peu  vitreux. C’était surtout à cela qu’il devait son surnom, mais personne n’aurait osé le lui dire, ni au commissariat,  ni au Petit Mont d’Or. Au début, ça l’avait agacé et il avait répliqué assez vertement. Mais on ne lutte pas contre un  sobriquet. Ses collègues et ses amis de comptoir évitaient simplement de le prononcer devant lui. Puis, peu à peu, les habitués du Petit Mont d’Or avaient de nouveau lâché le mot, d’abord par accident puis, comme il ne réagissait  plus, le surnom s’était imposé dans les conversations. Il était donc naturellement revenu aussi au commissariat.

 

 Extrait : » Encore une emmerdeuse ! Le train n’était pas parti depuis cinq minutes qu’elle avait déjà pris son téléphone. Elle était assise trois rangées devant Fabien Monceau et il ne voyait d’elle que ses cheveux, une coiffure sans doute très à la mode avec tellement de mèches noires,, brunes, blondes et même rousses qu’il était impossible de savoir quelle était sa couleur d’origine. Et elle parlait, elle parlait, elle parlait. Juste au-dessus de sa tête, il y avait un autocollant avec un téléphone aux yeux fermés qui sommeillait, mais le symbole devait être trop compliqué pour qu’elle le comprenne. Même l’annonce du contrôleur qui demandait aux passagers d’aller passer leurs coups de fil sur les plates-formes entre les voitures n’avait pas semblé la concerner. Elle continuait à débiter sans fin des banalités sans intérêt. Et mademoiselle avait une haute idée de sa personne, visiblement, puisque si on en croyait les confidences qu’elle chuchotait à haute voix, un certain Philippe, sans doute privé de l’élémentaire bon sens qui pousserait n’importe quel homme à fuir pareille engeance, la regardait régulièrement avec une insistance qui la mettait mal à l’aise. Visiblement, il ne fallait pas désespérer, puisque quelque chose pouvait la mettre mal à l’aise…D’un geste rageur, Monceau plia le journal gratuit qu’il avait attrapé au vol à la sortie du métro et dont il n’avait pas encore réussi à lire le moindre mot, et se leva. Il posa calmement la main sur l’épaule de la terrifiante séductrice et lui demanda poliment d’avoir la gentillesse de bien vouloir parler plus bas, voire d’aller terminer son appel téléphonique en dehors du wagon, car il était fort gênant pour lui d’entendre ses confidences et il avait la sensation d’être indiscret. Elle s’était tue et le regardait d’un air médusé, le téléphone toujours collé à l’oreille, sans doute par crainte que celle-ci ne tombât si elle l’en écartait. Monceau n’était pas beaucoup plus vieux qu’elle, mais sa coupe de cheveux très classique et ses vêtements, un pantalon de toile noire avec un pull à col roulé en fine laine noire et une veste noire assortie à son pantalon tranchaient nettement avec le look branché de la demoiselle. Il émanait de son visage émacié une autorité qu’il se plaisait à cultiver.- Oh ! Euh ! oui… Excusez-moi… répondit-elle avec un reflet de mépris dans l’oeil qui semblait tout au contraire dire : «Qu’est-ce qu’il me veut, ce con ?»Monceau retourna à son siège sous le discret regard reconnaissant de ses voisins plus timides. À peine était-il assis que la Circé de banlieue reprenait à peine plus bas : «Excuse-moi, il faut que je parle plus bas parce qu’il paraît que je gêne… Ouais… Ouais ben, tu sais, y en a toujours des comme ça. Enfin ! Où j’en étais ? Ah ! oui. Philippe… Oh ! je te jure, j’étais trop mal…» « 

 

 

Un mot de l’auteur

« Bien sûr, en choisissant pour titre «Merde à Vauban», je trouvais plaisante l’idée de faire de Léo Ferré, l’auteur de cette inoubliable chanson, un auxiliaire involontaire de la police. Dans le même temps, je voulais également écrire un roman policier inhabituel et placer l’intrigue dans une ville trop peu connue, sans doute l’une des plus belles, Besançon. J’ai pour habitude de donner aux lieux où se déroulent mes romans une grande importance, au point d’en faire un personnage majeur de l’histoire et que celle-ci ne puisse s’envisager ailleurs. Je n’avais pas envie d’en faire un roman noir, ni un polar sanglant, et c’est sans doute pour cela que les premiers lecteurs de «Merde à Vauban» y ont décelé «un humour discret mais toujours présent». Mais surtout, je tenais absolument à écrire un roman policier cohérent, avec une intrigue réaliste et un dénouement sans artifice.Tout cela a donné naissance à «Merde à Vauban». Si en le lisant, vous avez passé un bon moment, avez eu envie de goûter au vin jaune pour accompagner votre comté, si vous avez appris des choses sur Vauban ou sur la Franche-Comté, et surtout si vous avez été étonné par la chute de cette intrigue, vous disant quelque chose comme «Bon sang, mais c’est bien sûr !», alors je serai un auteur heureux. » Sébastien Lepetit. 

 

La maison des tocards de Mick Herron


  mickLe livre : La maison des tocards de Mick Herron. Traduit de l’anglais par Samuel Sfez. Paru le 19 janvier 2012 aux Pressses de la Cité dans la collection Sang d’encre.  21€ ;  (381 p.) ; 23 x 14 cm

mickRéédité en poche le 5 octobre 2016 chez  Actes Sud, Babel dans la collection Babel Noir. 9€ ; (391 p.) ; 18 x 11 cm.

 4e de couv : 
Un otage va être exécuté dans moins de quarante-huit heures. Sa meilleure chance de survie ? Les déclassés des services secrets britanniques, les tocards du MI5.

A cause d’une bourde commise lors d’un exercice anti-terroriste dans le métro londonien, la carrière de River Cartwright au sein du MI5 stagne. C’est peu dire, puisqu’il a été relégué au Placard, une maison perdue dans un quartier miteux de la ville où d’autres espions ratés paient pour leurs erreurs en regardant le temps qui passe. Mais une vidéo diffusée sur Internet montrant un otage menacé d’exécution sort ce petit monde de sa torpeur. Voyant là l’occasion de se racheter, River Cartwright décide, à l’aide de ses compagnons d’infortune, de sauver cet homme. Au mépris de toutes les règles de prudence et de bon sens…

Peuplé de personnages savoureux, ce roman d’espionnage atypique et rythmé revisite avec humour les codes du genre, et brosse un portrait sans concession de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

mickL’auteur :  Le Britannique Mick Herron est connu outre-Manche pour sa série de romans mettant en scène deux femmes détectives. La Maison des tocards est son premier livre publié en France. Il est né à Newcastle upon Tyne, en Angleterre Il fait ses études supérieures au Balliol College de l’Université d’Oxford, où il obtient un diplôme en anglais.
Extrait : 
Voici comment River Cartwright avait quitté la voie rapide pour se retrouver avec les Tocards.
 Huit heures vingt, un mardi matin, la gare de King’s Cross remplie de ce que le Vieux appelait les autres : « Des non-combattants, River. Une occupation tout à fait respectable en temps de paix. Excepté que nous ne sommes plus en paix depuis septembre 1914. »
L’élocution du Vieux évoquait à River des chiffres romains : MCMXIV.
Il s’arrêta, consulta sa montre ou fit semblant (ce qui revenait pratiquement au même). Le flot des passagers coulait autour de lui comme l’eau sur un rocher, avec force soupirs et claquements de langue irrités. Devant la sortie la plus proche – un rectangle par lequel s’engouffrait la pâle lueur de janvier – deux Cadors vêtus de noir se tenaient aussi raides que des statues. Leur arsenal imposant passait inaperçu aux yeux des non-combattants, dont le nombre avait augmenté depuis 1914.
Les Cadors – que l’on appelait ainsi parce qu’ils accomplissaient toujours leur travail à la perfection – restaient bien en retrait, conformément aux instructions.
Vingt mètres plus loin, la cible.

Résumé et petit avis :

La maison des tocards

À la suite d’une faute impardonnable, River Cartwright, un jeune agent du MI5, voit sa carrière pourtant prometteuse brusquement interrompue. Direction « la maison des tocards », placard où tous les rebuts de la profession sont relégués. Alcoolisme, usage de drogue et perversion, compromissions politiques et trahisons… Chaque occupant expie sa faute en restant des mois, voire des années, à végéter dans ce trou, enchaînant les missions sans intérêt.

Lorsqu’une vidéo diffusée sur Internet montre l’enlèvement d’un jeune Londonien d’origine pakistanaise par un groupuscule d’extrême droite, Cartwright et l’équipe de bras cassés de la maison, désireux de se rattraper, décident de tout tenter pour résoudre l’enquête, quitte à se frotter aux grands pontes des services de la Sûreté britannique.

Ce roman d’espionnage singulier, peuplé d’une galerie de personnages hauts en couleur, bouscule avec humour, ironie et irrévérence les codes du genre.

Mick Herron a su rendre très humain ce drôle de roman d’espionnage genre plutôt très viril habituellement. Si les situations dans lesquelles notre anti-héros évolue sont cocasses voire comiques, il n’en est rien de l’histoire, elle,  est ténue et  sombre comme le destin brisés de ces jeunes gens en plein vol. Point de poudre au yeux ici, point de femmes fatales et dangereuses, point de casino royal. Juste des hommes et des femmes, des gens comme vous et moi qui  qui se débattent avec leurs mesquineries et leurs  frustrations. Des hommes et des femmes face à leurs erreurs passées en quête de redemption.

Un roman d’espionnage caustique et atypique donc, qui à tout du roman noir et psychologique, sans concession sur la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

Premier volet de la série des Slough House.

Extrait 2 : 
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, répétait River dans sa barbe.
A présent, il pouvait ajouter quelques détails au portrait-robot dressé par Spider : jeune homme originaire du Moyen-Orient, les manches de sa chemise bleue relevées, un jean noir raide et neuf. Qui achèterait un pantalon neuf pour une telle occasion ? Il écarta la question : il serait toujours temps de se la poser plus tard.
Un sac à dos visiblement lourd se balançait sur l’épaule droite de la cible. Le fil qui pendait à son oreille, semblable à celui que portait River, aurait pu être relié à un iPod.
— Confirmez contact visuel.
River porta la main gauche à son oreille et parla doucement dans son bouton de manchette.
— Confirmé.
Un troupeau de touristes encombrait le hall. La disposition de leurs bagages évoquait un campement de pionniers. River les contourna sans quitter du regard la cible qui se dirigeait vers les quais de la gare annexe, d’où partaient les trains en direction de Cambridge et de l’est, généralement moins bondés que les express en partance pour le nord.
Des images indésirables affluèrent : débris de métal éparpillés sur des kilomètres de rails brisés, buissons en flammes au bord des voies jonchés de lambeaux de chair.
« N’oublie pas que le pire peut toujours empirer », disait le Vieux.
Le pire avait déjà empiré de manière exponentielle au cours des dernières années.
Deux policiers postés devant un portillon ignorèrent la cible mais fixèrent River. N’approchez pas, les mit-il en garde mentalement. Ne m’adressez même pas la parole. C’était toujours à cause de petits détails que les opérations capotaient. Il ne voulait à aucun prix d’une altercation qui alerterait la cible.
Les policiers reprirent leur conversation.
River se ressaisit.
River Cartwright était un jeune homme de taille moyenne aux cheveux blonds et au teint pâle, avec des yeux gris souvent pensifs, un nez anguleux et un grain de beauté sur la lèvre supérieure. Quand il se concentrait, il fronçait les sourcils d’une manière qui lui donnait l’air un peu perdu. Ce jour-là, il portait un jean bleu et une veste sombre. Si on l’avait interrogé sur son apparence, il aurait parlé de ses cheveux, qu’il avait récemment fait couper chez un de ces coiffeurs turcs qui peaufinent leur travail à l’aide d’une flamme nue sans crier gare. River était sorti du fauteuil ébouillanté, décapé comme un parquet. Maintenant encore, sa nuque le picotait.
Les yeux toujours rivés sur la cible à quarante mètres devant lui – ou plutôt, les yeux fixés sur le sac à dos –, River s’adressa de nouveau à son bouton de manchette.
— Suivez-le, mais laissez-lui de l’espace.
Le pire serait que la bombe explose à l’intérieur d’un train, mais une détonation sur le quai ne valait guère mieux. L’histoire récente prouvait que les gens étaient plus vulnérables quand ils se rendaient au travail. Non qu’ils soient plus faibles, mais pour la simple raison qu’ils étaient entassés dans un espace clos.
River ne regarda pas autour de lui, certain que les Cadors vêtus de noir le suivaient de près.
A sa gauche, des sandwicheries et des cafés, un pub, un stand de viennoiseries. A sa droite stationnait un long train. Sur le quai, à intervalles réguliers, les passagers tentaient de faire entrer leurs valises par les portes. Au-dessus, des pigeons volaient bruyamment de poutrelle en poutrelle. Un haut-parleur donna des instructions : la foule enfla dans le hall derrière River, tandis que des individus s’en détachaient.
Dans les gares, il y avait toujours cette impression de mouvement contenu. Les foules sont des explosions en suspens, les gens des fragments, seulement ils ne le savent pas encore.
La cible disparut derrière un groupe de voyageurs.
River se décala sur la gauche ; la cible réapparut.
Alors qu’il passait devant un café, un couple assis lui rappela un souvenir. La veille, à la même heure, River se trouvait à Islington. Pour son évaluation, il devait constituer un dossier sur une personnalité publique : on lui avait assigné un leader de l’opposition, mais l’homme venait de subir deux crises cardiaques et se trouvait maintenant dans une clinique du Hertfordshire. Comme on ne semblait pas lui chercher de remplaçant, River en avait choisi un de sa propre initiative. Il avait suivi Lady Di pendant deux jours d’affilée sans se faire repérer : bureau puis salle de sport ; bureau puis bar à vin ; bureau puis maison ; puis café, bureau et encore salle de sport… Le logo du café lui rappela cette filature. Dans sa tête, le Vieux aboya : « L’esprit, le boulot : au même endroit. Ça te paraît une bonne idée ? »
Bonne idée.
La cible prit à gauche.
— Potterville, marmonna River.
Il passa sous le pont puis tourna à gauche, lui aussi.
Après un bref coup d’œil au ciel – aussi gris et humide qu’un torchon –, River s’engouffra dans le mini-hall qui abritait les voies 9, 10 et 11. Du mur extérieur dépassait un chariot à bagages : la voie 9 3/4 accueillait l’express pour Poudlard. River poursuivit son chemin. La cible se dirigeait déjà vers le quai no 10.
Tout s’accéléra.
Il n’y avait pas beaucoup de monde – le train suivant ne partait qu’un quart d’heure plus tard. Un homme lisait le journal, assis sur un banc. C’était à peu près tout. River pressa le pas, réduisant l’écart. Derrière lui, il ressentit un changement dans le brouhaha ambiant, les murmures se faisaient plus nets : il comprit que les Cadors attiraient l’attention.
La cible ne se retourna pas. Il continua d’avancer, comme s’il avait l’intention de monter dans le wagon le plus éloigné : tee-shirt blanc, chemise bleue, sac à dos, etc.
River parla de nouveau à son bouton de manchette.
— Attrapez-le.
Puis il se mit à courir.
— Tout le monde à terre !
L’homme sur le banc se leva. Aussitôt, une silhouette noire se jeta sur lui.
— A terre !
Plus loin, deux hommes sautèrent du toit du train pour barrer le chemin de la cible, qui se retourna pour se trouver face à River qui lui faisait signe de s’allonger au sol.
Les Cadors hurlaient des ordres :
Le sac.
Lâche le sac.
— Pose ton sac par terre et mets-toi à genoux, lui intima River.
— Mais je…
— Lâche ton sac !
La cible lâcha son sac, qu’une main ramassa. D’autres saisirent le jeune homme, le plaquèrent au sol, bras et jambes écartés, lui écorchant le visage sur les dalles tandis que le sac à dos remontait jusqu’à River. Il le posa précautionneusement sur le banc libre, l’ouvrit.
Au-dessus de lui, un message enregistré se répétait en boucle : L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Des livres, un cahier A4, une boîte à crayons en fer.
L’inspecteur Samms est prié…
Un Tupperware contenant un sandwich au fromage et une pomme.
de se présenter…
River releva la tête. Sa lèvre se contracta. Avec calme, il ordonna :
à la salle de contrôle.
— Fouillez-le.
— Ne me faites pas de mal.
Le garçon parlait d’une voix étouffée : il avait le visage écrasé contre le sol, des armes pointées sur sa tête.
La cible, se corrigea River. Pas le garçon, la cible.
L’inspecteur Samms…
— Fouillez-le !
Il retourna au sac à dos. La boîte contenait trois stylos-bille et un trombone.
est prié de se présenter…
— Il est clean.
River lâcha la boîte en fer sur le banc et examina le reste : livres, cahier, un crayon égaré, un paquet de mouchoirs.
à la salle de contrôle.
Les objets s’éparpillèrent au sol. Il secoua le sac. Rien dans les poches.
— Fouillez-le de nouveau.
— Il est clean.
L’inspecteur Samms…
— Quelqu’un peut-il éteindre ce truc ?
Il entendit la note de panique dans sa propre voix et se tut.
— Il est clean, monsieur.
est prié de se présenter…
River secoua à nouveau le sac comme un prunier, puis le laissa tomber à terre.
à la salle de contrôle.
L’un des Cadors se mit à murmurer avec empressement dans un micro fixé à son col.
River s’aperçut qu’une femme l’observait par la fenêtre du train à l’arrêt. Il l’ignora et se dirigea vers le bout du quai.
— Monsieur ?
Il décela un certain sarcasme dans la voix.
L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Chemise bleue, tee-shirt blanc, songea River.
Ou bien chemise blanche, tee-shirt bleu ?
Il accéléra. Un policier s’approcha de lui alors qu’il atteignait le guichet, mais River l’esquiva, lança des instructions incohérentes puis s’élança à toute vitesse vers le hall principal.
L’inspecteur Samms – à cet instant, l’annonce codée qui signalait un incident au personnel s’interrompit. Elle fut remplacée par une voix humaine : « Pour des raisons de sécurité, la gare doit être évacuée. Nous vous prions de rejoindre la sortie la plus proche. »
Il disposait de trois minutes tout au plus avant l’arrivée des Dogues.
Les pieds de River avançaient tout seuls. Ils le propulsaient vers le hall, tant qu’il avait encore la place de bouger. Autour de lui, les gens commençaient à descendre des trains. A bord, des annonces avaient mis un terme à des voyages qui n’avaient pas encore commencé ; on était à deux doigts de la panique – dans les gares et les aéroports, elle était toujours sur le point d’affleurer. On avait beau faire remarquer le flegme des foules anglaises, il était rarement au rendez-vous.
Son oreille bourdonna.
Le haut-parleur annonça : « Veuillez vous diriger calmement vers la sortie la plus proche. Cette station est fermée. »
— River ?
— Spider ! Espèce d’abruti, hurla-t-il dans son bouton de manchette, tu t’es trompé de couleurs !
— Qu’est-ce qui se passe, bordel ? Il y a des gens partout qui…
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, c’est ça que tu as dit.
— Non, j’ai dit tee-shirt bleu…
— Va te faire foutre, Spider.
River arracha son oreillette.
Il avait atteint l’escalier par lequel la foule s’engouffrait dans le métro. A présent, elle en sortait en un flot continu. L’irritation prévalait, mais on entendait d’autres murmures : peur, panique contenue. La plupart d’entre nous croient que certaines choses n’arrivent qu’aux autres, notamment la mort. Les mots dans le haut-parleur ébranlaient sérieusement cette certitude.
« La station est maintenant fermée. Veuillez vous diriger vers la sortie la plus proche. »
Le cœur de la ville, c’est le métro, se dit River. Pas le quai d’un train de banlieue. Le métro.
Il s’enfonça dans la foule qui évacuait la gare, ignorant son hostilité. Laissez-moi passer. Sans grand résultat. Sécurité, laissez-moi passer. Un peu mieux. Aucun chemin ne s’ouvrit, mais les gens cessèrent de le repousser.
Deux minutes avant les Dogues, probablement moins.
Le couloir s’élargissait au pied de l’escalier. River se précipita vers un espace encore plus vaste : des machines le long du mur, des guichets aux stores baissés dont la file d’attente avait été absorbée par la masse des gens qui s’éloignaient. Déjà, la foule se clairsemait. Les escaliers mécaniques étaient immobiles, on avait barré l’accès avec des rubans de sécurité. Les quais commençaient à se vider.
River fut arrêté par un policier.
— On ferme la station. Vous avez pas entendu les haut-parleurs ?
— Je suis dans les renseignements. Les quais sont évacués ?
— Les renseign…
— Est-ce que les quais sont évacués ?
— C’est en cours.
— Vous êtes sûr ?
— C’est ce que je…
— Vous avez un moniteur de contrôle ?
— Bien sûr, nous…
— Montrez-le-moi.
Les bruits environnants se firent plus sourds, l’écho des voyageurs flottait sous les plafonds. Une autre rumeur approchait, des pas précipités et lourds sur les dalles : les Dogues. River disposait de peu de temps pour redresser la situation.
— Vite.
Le flic saisit l’empressement de River – difficile de ne pas le remarquer – et lui indiqua une porte où était inscrit Accès interdit. River l’avait franchie avant que n’apparaissent ceux qu’il entendait arriver.
La petite pièce sans fenêtre aux relents de bacon ressemblait à un repaire de voyeur. Une chaise pivotante faisait face à une rangée d’écrans. Chacun clignotait régulièrement, montrant divers aspects d’une même scène répétitivement : un quai de métro désert. On aurait dit un mauvais film de science-fiction.
Un courant d’air lui indiqua que le flic venait d’entrer.
— A quoi correspondent les quais ?
Le policier lui indiqua des groupes de quatre écrans.
— Northern, Piccadilly, Victoria.
River les inspecta. Toutes les deux secondes, une nouvelle image.
Du sous-sol parvint un grondement indistinct.
— Qu’est-ce que c’est ?
Le flic resta interdit.
— Ce bruit.
— Ben, c’est un métro.
— Ils circulent ?
— La station est fermée, expliqua le policier comme s’il s’adressait à un idiot, mais les lignes restent ouvertes.
— Toutes ?
— Oui, mais les trains ne s’arrêtent pas.
Ça ne changeait pas grand-chose.
— C’est quoi le prochain ?
— Le prochain quoi ?
— Métro, bordel. Quel quai ?
— Victoria. Direction nord.
River sortit en trombe.
En haut de la volée de marches, un petit homme brun bloquait le passage vers la gare. Il parlait dans un micro. Il changea soudain de ton en apercevant River.
— Il est ici !
Pas pour longtemps. River avait enjambé la barrière et se trouvait en haut de l’escalier mécanique. Il franchit le ruban de sécurité, descendit les marches immobiles quatre à quatre.
En bas, les couloirs étaient étrangement vides. A nouveau cette atmosphère de science-fiction.
Les métros traversaient les stations fermées au pas. River atteignit le quai tandis que le train s’avançait tel un gros animal lent qui n’avait d’yeux que pour lui. Et il en avait une cargaison. River sentit tous ces regards piégés dans le ventre de la bête, rivés sur lui tandis qu’il fixait quelqu’un qui venait d’apparaître à l’autre bout du quai.
Chemise blanche, tee-shirt bleu.
River courut.
Derrière lui, quelqu’un d’autre courait, l’appelait par son nom, mais ça n’avait pas d’importance. River faisait la course avec un train, et il gagnait – il le rattrapa, le dépassa, entendant le bruit de sa marche au ralenti, un grincement métallique auquel répondait la terreur croissante à l’intérieur. Il entendait frapper contre les vitres. Il avait conscience que le conducteur le regardait, horrifié, convaincu qu’il allait se jeter sur les rails. River ne pouvait rien à ce que croyaient les gens : tout ce qu’il pouvait, c’était courir sur ce quai, le plus vite possible.
Devant lui – tee-shirt bleu, chemise blanche –, quelqu’un d’autre faisait également la seule chose qu’il pouvait faire.
River n’avait pas suffisamment de souffle pour crier. Il parvenait à peine à avancer, mais il réussit…
Presque. Il réussit presque à être assez rapide.
Derrière lui, on cria de nouveau son nom. Derrière lui, le train accélérait.
Il eut conscience que la cabine du conducteur le dépassait, à cinq mètres de la cible.
Car il s’agissait bien de la cible. Cela avait toujours été la cible. A mesure que l’écart se réduisait, il vit qu’il s’agissait d’un jeune homme. Dix-huit, dix-neuf ans ? Cheveux noirs, peau mate, un tee-shirt bleu sous une chemise blanche – va te faire foutre, Spider – qu’il déboutonna pour laisser apparaître une ceinture bourrée de…
Le train rattrapa la cible.
River tendit un bras, comme s’il pouvait saisir la ligne d’arrivée.
Dans son dos, les pas s’arrêtèrent. Quelqu’un poussa un juron.
River était presque sur la cible – à une demi-seconde près.
Mais presque, ça n’était pas assez.
La cible tira un cordon à sa ceinture.
Et tout fut fini.

Je serai toujours là de Philippe Savin


Je serai toujours là de Philippe Savin : un 1e roman à découvrir.

 

Le livre : Je serai toujours là de Philippe Savin. Paru le 23 octobre 2013 chez Pôle. 17,90 € ; (297 p.) ; 24 x 16 cm

4e de couv :

Récemment affecté dans les Cévennes, le commandant Nathan Prieur espère un nouveau départ avec sa femme et ses deux filles. Mais de nouveau, il se retrouve confronté à l’horreur lors du meurtre abominable d’une adolescente.

Nathan Prieur, impliqué personnellement dans cette affaire, se lance sur les traces de l’assassin. Un compte à rebours impitoyable commence, car il en est certain : le monstre ne s’arrêtera pas là.

Des destins se croisent. Des vies s’effacent. Des meurtres sont perpétrés avec une incroyable cruauté. Des mensonges oubliés surgissent du passé. Des fantômes hantent les bâtiments en perdition. Le mal rôde sur les Cévennes. La folie s’est emparée des hommes…

Jusqu’où Nathan Prieur devra-t-il aller pour connaitre la vérité ?

Et vous, jusqu’où irez-vous pour sauver l’être que vous aimez ?

L’auteur : Né en 1966, Philippe Savin  a fait des études commerciales et a commencé sa carrière professionnelle en travaillant dans une petite agence de publicité. Par la suite, il a ouvert un commerce de prêt à porter qu’il ait revendu au bout de six ans. Depuis, il travaille dans la grande distribution, secteur textile. Ilvit actuellement dans le sud de la France. Je serai toujours là est son premier roman.

 

 

Extrait :
La mélancolie imprégnait cet endroit, maintenant et depuis toujours. Un mot plus puissant lui vient à l’esprit : abandon. Ce mot, ce sentiment l’enveloppa

  
Résumé et avis :

Récemment affecté dans les Cévennes, le commandant Nathan Prieur, père de deux jumelles que tout oppose, flic torturé par une ancienne enquête au dénouement tragique, est de nouveau confronté à l’horreur. Sa fille Lucie disparaît. Peu de temps après sa meilleure amie est retrouvée morte, sauvagement torturée, les os brisés, la moitié de son corps brûlé. Une horreur. Secondé par le lieutenant Victor Sanchez, Nathan Prieur se lance sur les traces d’un assassin impitoyable.

La couverture est séduisante. Je me suis laissée tenter.
Une enquête en pays cévenol par un flic ayant fuit Paris après un drame.
Une de ses filles va se retrouver au cœur de l’enquête et ce n’est plus seulement le commandant de police qui va mener l’enquête mais un père de famille prêt à tout.
L’auteur distille une atmosphère pesante, il maîtrise parfaitement ses intrigues , en menant plusieurs de front.

Son écriture fluide et une fin « surprenante et bouleversante font de ce premier roman un thriller prenant.
Un auteur à suivre.

Extrait :
Je pense que nous sommes les seuls maîtres de nos destinées, qu’il y a sans cesse des choix à faire pour éviter de nous écarter du droit chemin. Les tentations sont grandes. Les pièges, nombreux.