Naturalis de Franck Labat


 

Le livre : Naturalis  de Franck Labat. Paru le 2 juillet 2013 aux Nouveaux Auteurs. 19€95 ; (440 pages) ; 21 x 14 cm. Disponible en ebook 9€99

4e de couv :

« La nature ne fait rien en vain… « – Aristote

 

Résumé

Rêves prémonitoires ou imagination d’une lycéenne perturbée ?

Notre espèce est-elle vraiment menacée ?

Pandémies, allergies environnementales foudroyantes, dégénérescence cellulaire, stérilité… La nature a trouvé le moyen d’éliminer le parasite qui gangrène la planète depuis trop longtemps : l’homme. Au travers de ses rêves prémonitoires et apocalyptiques, Alexandra Rousseau, lycéenne, est le témoin involontaire et impuissant du sombre futur qui attend l’humanité. Elle sait qu’avant la fin du siècle les hommes feront face à leur extinction. Tous ? Peut-être pas…

La découverte du mystérieux marqueur génétique 26 pourrait bien donner à cet effondrement de l’hégémonie sapiens un aspect inattendu.

L’auteur :  Né le 17/12/1970, Franck Labat est un geek baroudeur invétéré franco-canadien. Cet auteur est fortement inspiré par les genres du fantastique et du thriller. Il a remporté plusieurs concours de nouvelles sous le pseudonyme de « Kanata Nash ». En 2009 il boucle l’écriture du techno-thriller « Forfait illimité », et en 2011 celle du thriller d’anticipation Marqueur 26 (qui deviendra plus tard Naturalis).  Franck Labat réside en région parisienne où il exerce sa profession de Directeur Technique des Systèmes de l’Information dans une grande fédération sportive et travail sur son troisième grand projet français, un thriller surnaturel répondant au nom de code « L’Envol ».

Extrait :
Au premier contact avec le feuillage, il se sentit à l’abri.
Les détonations cessèrent. Il doutait que la brigade le suive ici. Et s’ils s’aventuraient malgré tout dans la forêt, ils empiéteraient désormais sur son territoire.
Il ralentit l’allure, huma le parfum humide et lourd de la forêt.
J’ai réussi.
Le soleil était sur le point de se coucher. Sous la canopée, il faisait déjà sombre, mais ses pupilles dilatées capturaient la moindre lumière, lui renvoyant une image détaillée du sous-bois.
Il glissa ses doigts le long des écorces, caressa les branches et les troncs en pénétrant toujours plus avant sous le couvert sylvestre, laissant leur énergie recharger la sienne. Son flanc le lançait, mais ne saignait plus. Les entailles de ses mains piquaient sous l’effet de la sueur. Il prit la direction d’un ruisseau dans l’intention d’y nettoyer ses plaies. Il s’arrêta dans sa progression, haussa un sourcil, écouta les murmures de la forêt, le frémissement des feuilles.

 

Le post-it de Ge 

Naturalis de Franck Labat. Un avenir incertain.

 

Notre société contemporaine est à bout de souffle. Deux camps s’affrontent pour une issue inévitable. Avec un futur incertain au seuil de votre porte.

 Les politiques d’élevage et d’agriculture intensives, l’utilisation des énergies fossiles et nucléaire, n’ont fait qu’intensifier le réchauffement climatique et appauvrir la planète. L’homme à force de technologies avancées, à coup d’OGM et de clonage est devenu allergique à la moindre parcelle de nature. Il est obligé de vivre loin d’elle, reclus dans un monde totalement aseptisé. Plus du tout adapté à son environnement, homme est condamné à plus ou moins brève échéance à disparaître. La Nature est devenu l’ennemi de Homo Sapiens. Surtout depuis que l’on a découvert le gène 26.

Car les  porteurs du marqueur génétique 26, n’ont aucun problème avec mère Nature. Il s’intègre parfaitement à celle ci. Mieux ils sont carrément en phase avec elle. Ce petit groupe d’individu, appelé « les 26 » va devoir faire face à l’animosité grandissante du reste de l’humanité. Et l’affrontement entre les Homo Sapiens et ces Homo Naturalis va devenir inéluctable.

C’est donc à travers les yeux ( ou la conscience ) d’Alexandra, jeune lycéenne de notre époque, tenté par l’altermondialisme, que nous suivons cette histoire. Alexandra semble faire des rêve prémonitoire et perçoit cet avenir incertain. Et quelques années avant le début de l’extinction, elle rêve de Nathanaël. Ce jeune « 26 « au pouvoir surnaturel est traqué par les forces spéciales d’un état tout puissant qui a la mains mise sur une humanité agonisante.

Et l’on sent bien, en suivant leurs deux histoires, que celles ci vont finir par se croiser. Car Alexandra va tout faire pour tenter d’aider les Naturalis. Et par la même, essayer de sauver l’Humanité.

Ce thriller environnemental et d’anticipation se lit d’un traite.. L’auteur alterne les points de vue de son personnage principal entre présent et futur proche. Il arrive à bâtir une atmosphère particulièrement crédible et dérangeante.

 Son univers mêle science, recherche génétique, évolution, nouvelles technologies et écologie et magies et croyances ancestrales. Entre les catastrophes écologiques et la phylogénie, il y a un petit coté Bradbury dans ce texte, mais en plus contemporain. Cette dystopie, tout en décrivant un avenir sombre n’est toutefois pas sans espoir. Les personnage sont percutants, l’écriture est nerveuse, il faut le dire, Naturalis est un roman bien pensé et bien écrit.

Alors venez découvrir ce thriller sans concession. Et découvrez, par la même occasion, si vous aussi faites partie des mystérieux « Naturalis ».

Préface :
En moyenne 100 espèces — animales et végétales confondues — disparaissent chaque jour sur Terre (entre 72 et 137 selon les études les plus opposées). Des recherches récentes sur les fossiles indiquent que c’est un rythme 1000 fois plus rapide que le taux d’extinction naturel de l’évolution des espèces dans le passé.
Il y a toujours des doutes sur les causes de cette accélération, même si la main de l’homme semble y être pour beaucoup.
Là où il n’y a aucun doute par contre, c’est que la Nature n’a pas dit son dernier mot, n’en déplaise à Homo sapiens.

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Le bal des frelons – Pascal Dessaint


Le livre : Le bal des frelons de Pascal Dessaint. Paru le 2 février 2011 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. Disponible en poche depuis le 12 novembre 2014 dans la collection Rivages-Noir.  7€50 ; (208 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

La montagne, le grand air, ce n’est pas toujours aussi sain et bucolique qu’il y paraît. Quelque part dans la vallée, les vestiges d’une ancienne usine de tungstène sont encore visibles. Mais surtout, il y a le village. Et ses habitants. C’est ça le pire, à commencer par ce combinard de Michel, le maire, qui ne montre pas vraiment le bon exemple à ses administrés. Alors, comment s’étonner que ceux qui ne sont pas obsédés par le sexe ne pensent qu’à l’argent, quand ce n’est pas les deux à la fois ? Dans ce village de l’Ariège, l’ours n’est pas l’animal le plus dangereux.

 

 

L’auteur :  Pascal Dessaint est né le 10 juillet 1964 dans le Nord de la France, à Coudekerque-Branche dans une famille ouvrière. Il est l’auteur de nombreux romans noirs, dont le cycle toulousain consacré au capitaine de police Félix Dutrey. Plusieurs récompenses viennent saluer l’originalité et le talent de Pascal Dessaint : Prix Mystère de la Critique,Grand prix de littérature policière, Prix du roman noir français de Cognac. Amoureux de la nature, Pascal Dessaint nous montre une toute autre facette de la vie des bêtes avec cette farce drôle et cruelle qui rappelle Siniac ou le Charles Williams de Fantasia chez les ploucs.
Extrait :
L’animal est un redoutable prédateur. De taille humaine, et si sa biologie l’y obligeait, il serait capable de décapiter une vache ou un mouton en une fraction de seconde. Le sang giclerait à des mètres à la ronde. Aucune autre espèce terrestre ne pourrait échapper à sa férocité. Aucune. Heureusement, la nature l’a doté d’une morphologie modeste. Les vaches et les moutons n’imaginent pas leur chance. La plupart des insectes, eux, sont des proies toutes désignées, d’autant qu’ils ignorent encore l’existence de cette menace au creux de ce vallon en apparence calme et harmonieux. De quelque façon que ce soit, ils ne sont pas préparés. Autrement, peut-être, ils auraient développé une parade.

 

 

 Chronique d’Eppy Fanny

Le bal des frelons de Pascal Dessaint

Une rencontre SMEP 2016. Une de plus. Il faut dire que j’ai hanté le salon pendant 48h. Un homme charmant, bourré d’humour, qui m’invite à danser, même avec des frelons, moi je dis oui ! Et puis son nom me disait quelque chose mais impossible de le situer… De retour à mon domicile, en savourant, comme certaines le feraient de carrés de chocolats, les dédicaces de chaque livre acquis, je tombe sur celui de Pascal. Et là : Une évidence ! Le poulpe et « Les pis Rennais » d’un certain auteur. Un de mes préférés de cette série. Me voici donc en terrain connu pour débuter le bal.

C’est que je n’accorde pas une danse à n’importe qui ! L’histoire : Un village dans la vallée au milieu des montagnes. Des animaux dangereux qui rôdent, mais les pires prédateurs sont bien les hommes, en particulier une partie des habitants du village et certaines de leurs connaissances.

Et voici ce bestiaire : – Antonin, l’ancien maton qui n’aime pas la montagne et ne pense qu’à sa femme – Maxime, l’apiculteur épris de liberté et qui par peur de perdre les gens aimés refuse de s’attacher – Rémi, un homme à part, arrivé dans la vallée par hasard, qui y reste par amour et qui porte un regard particulier sur la mort – Batiste, l’ex taulard, qui pour se venger des poulets, les cuisine désormais à toutes les sauces – Martine, la femme d’Antonin, qui rêve de son époux… Ils ont tant en commun ! – Coralie, la secrétaire de mairie qui voudrait perdre, enfin, son pucelage et est capable du pire pour y arriver – Michel, le Maire, cerné par les garces, qui après s’être défoulé sur une vache trouvera LA solution – Charles, gendarme de son état, qui se trouve très sollicité, un peu trop – Jacques, paysan à la retraite, qui a une seule passion : sa blonde… D’Ossau – Paul, un jeune homme qui veut juste savoir pour avancer – Loïk, ex taulard, avec en tête des pensées un tantinet bizarres – Et puis des abeilles, des frelons, un ours, un hérisson, des poules…

Non ce n’est pas une liste de courses, mais je ne peux rien vous dire de plus sans en dévoiler trop. Peut-être sur le hérisson ? Et bien non ! Même pas ! Tout ce petit monde se croise, se cherche, se fuit, se retrouve, s’utilise, voir s’entre-tue…

Les personnages, leurs univers, sont dépeints avec une verve formidable. Nous sommes bien loin de l’image d’Épinal auquel les mots « petite vallée montagnarde » font habituellement penser ! C’est noir, c’est drôle et corrosif à souhait. Un délice offert par un anthropologue un tantinet déjanté. Du coup on en redemande. J’ai retrouvé dans ce drôle de bal tous ce que j’avais aimés dans « Les Pis Rennais ». En conclusion Pascal Pascal Dessaint je suis prête pour une nouvelle danse en ta compagnie !

 

Feuilles de Mickael Fenris


97828104161410-2866567Le livre : Feuilles  de Michael Fenris. Paru le 19 novembre 2015 chez Prisma.  19€95 ; (405 p.) ; 23 x 15 cm

4e de couv :

À Hope Falls, petite ville américaine isolée au milieu d’une immense forêt, près de la frontière canadienne et des anciens territoires algonquins, tout est régi par Vernon Krueger. Maire, directeur de la plus grosse scierie de la région et propriétaire de la moitié de la ville, cet homme peu scrupuleux n’hésite pas à déforester sans aucune considération pour la nature environnante. Jed, son bras droit, cautionne de moins en moins ses pratiques douteuses, et tente vainement de préserver la forêt. Un phénomène étrange se produit alors : les feuilles des arbres commencent à tomber et, portées par un vent inhabituel, envahissent sans fin la ville, jusqu’à la recouvrir dangereusement. L’inquiétude s’empare peu à peu des habitants coupés du monde par ces murs de feuilles mortes et la tempête, à mesure qu’ils perdent tout contrôle sur des événements de moins en moins naturels. Tandis que l’angoisse grandit et que les habitants de Hope Falls plongent dans un véritable enfer auquel ils vont devoir survivre coûte que coûte, secrets enfouis et véritables caractères se révèlent au plus mauvais moment. Jed prend la tête des équipes de secours, mais bientôt il devra accepter l’incroyable et se résoudre à suivre ses intuitions…

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Michael Fenris est médecin de jour et écrivain la nuit. Il vit en région parisienne et est passionné de littérature américaine, . Feuilles est son premier roman.

 

Résumé et avis d’Emilie

Un premier roman. Un thriller au cœur de la forêt, aux frontières de l’étrange et du mystérieux.
Vernon Krueger, maître incontesté d’Hope Falls, petite ville du Grand Nord américain, déforeste sans scrupule pour alimenter sa scierie. La nature semble se rebeller quand une étrange tempête de feuilles s’élève jusqu’à paralyser la ville. Jed, le bras droit de Krueger, s’oppose à ce dernier en organisant les secours pour sauver la ville de ces événements surnaturels.

Tension, suspens, mystère, une intrigue qui se déroule à la frontière du surnaturel, et vous tient en haleine de la première à la dernière… feuille.

Que dire ? J’ai du mal à trouver mes mots pour parler de ce thriller.

« Feuilles » est flippant, addictif, violent, glaçant et il nous oblige à nous poser les bonnes questions vis-à-vis de la nature et de la manière dont nous la traitons.

« Feuilles » est un thriller catastrophe visionnaire qui nous pousse à regarder les arbres et les gens autrement.

« Feuilles » c’est aussi des personnages attachants et des personnages diaboliques.

« Feuilles » ou quand un auteur me réconcilie avec le thriller fantastique.

Un conseil ? Lisez-le vite et vous verrez, vous ne regarderez plus jamais un arbre de la même manière.

Merci Michael Fenris et à bientôt pour votre prochain livre 🙂

 

 

La voie du loup de Beth Lewis, le chouchou du week end


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97910281023640-4030377La voie du loup de Beth Lewis.Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Benoît Domis. Paru le 18 janvier 2017 chez Bragelonne dans la collection Thriller. 21€50 ; (376 p.) ; 24 x 16 cm
Quatrième de couverture

Elka n’a aucun souvenir de sa vie d’avant. Avant le Grand Basculement qui a renvoyé le monde à la vie sauvage et restauré la loi du plus fort. Recueillie à l’âge de sept ans par Trappeur, un chasseur solitaire, alors qu’elle errait affamée, elle a appris à survivre dans la forêt.Mais Trappeur dissimule un horrible secret. Trappeur est un tueur. Un monstre qui n’a jamais laissé aucune proie s’échapper.Maintenant qu’elle le sait, Elka décide de s’enfuir. Armée de son seul couteau, traquée par le prédateur qui l’a élevée, elle part vers le Nord, à la recherche de ses vrais parents.

Son voyage au coeur des ténèbres commence, hanté par les souvenirs qui lui reviennent peu à peu. Féroce et vulnérable à la fois, indomptable et sensible, Elka n’est peut-être pas celle qu’elle croit.

La Voie du loup est le premier roman de Beth Lewis. Une chasse à l’homme dont l’inoubliable héroïne, accompagnée d’un loup, se bat pour rejoindre l’humanité.

 
avt_beth-lewis_4188L’auteur :

Grande voyageuse, Beth K. Lewis aime s’isoler en pleine nature, au contact des ours, des loups et des grands mammifères marins.

Extrait :
 Ce n’est pas un monstre. Les monstres, ça n’existe que dans l’imagination des gamins, sous les lits ou dans les armoires. On vit dans un monde d’hommes, et ça ne sert à rien de les appeler des monstres, à part les encourager à croire qu’ils n’ont rien fait de mal, que c’est dans leur nature et qu’ils ne peuvent rien y changer. En les traitant de monstres, on en fait quelque chose de différent de nous, alors que ce sont juste des hommes – de la chair, des os et du sang. Ils font le mal, ça ne change pas ce qu’ils sont.
 Collectif polar.biblio

Le post-it de la bibliothécaire

 Elka a été recueillie par Trappeur à l’âge de 7 ans alors qu’elle errait abandonnée et affamée en pleine nature. Des années plus tard, elle apprend qu’il est en fait un meurtrier. La découverte de cette vérité fait d’elle sa prochaine victime.

 Un thriller ? Oui même si l’ambiance post-apocalyptique plante le décor, un tueur est bien à l’oeuvre

 Voici un fort joli roman, à la fois thriller écologique, la nature tient une grande place et sert de décor à ce titre mais aussi roman initiatique.

Nous allons suivre les pérégrinations d’une( enfin 2 )adolescentes dans un monde ou règne le chaos.

Servi par une narration simple, directe, et percutante, ce récit est touchant, émouvant même si parfois drôle,  mais il est aussi saisissant et efficace. Bref une belle découverte et un vrai coup de cœur ! GVL

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Deep winter de Samuel W. Gailey


 dwLe livre : Deep winter de Samuel W. Gailey. Traduit de l’américain par Laura Derajinski. Paru le 28 août 2014 chez Gallmeister dans la collection Noire.  23 €40 ; (314 p.) ; 21 x 14 cm.

dwRéédité en poche en 2016 toujours chez Gallmeister dans leur collection Titem

 4e de couv : 

Deep winter

Danny ne sait pas quoi faire du cadavre qu’il vient de découvrir le soir même de son anniversaire. Ce corps, c’est celui de Mindy, sa seule amie dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie. Depuis la tragédie survenue dans son enfance qui l’a laissé orphelin et simple d’esprit, tous les habitants de Wyalusing méprisent Danny, le craignent et l’évitent. Immédiatement l’adjoint du shérif, un homme violent et corrompu, le désigne comme l’assassin, et tout le monde se plaît à le croire. Mais Danny n’est pas prêt à se soumettre. En quelques heures, l’équilibre précaire qui régnait jusqu’ici chavire. Commence alors une chasse à l’homme au coeur des bois alentour. Le shérif, son adjoint et les frères de la victime qui viennent en renfort se lancent dans une course éperdue dont personne ne sortira indemne.

Capturant vingt-quatre heures d’une journée des plus noires dans l’Amérique des laissés-pour-compte, ce premier roman doté d’une puissance d’évocation à couper le souffle expose la violence qui gît sous l’eau qui dort.

Magnifiquement écrit et incroyablement dérangeant.
The New York times

dw L’auteur : Samuel W. Gailey  a grandi à Wyalusing au nord-est de la Pennsylvanie, population 379.  Deep Winter. Producteur et scénariste réputé, il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs. Il vit à présent à Los Angeles avec sa fille et sa femme, Ayn Carrilo-Gailey, également écrivain.

 

 

Extrait :
 « Sa mâchoire pendait, ouverte comme la porte cassée d’une boîte aux lettres – ça faisait trop mal d’essayer de la refermer. Et sa langue, à présent épaisse et boursouflée, emplissait sa bouche comme une saucisse gonflée. A chacun de ses pas, il sentait bouger quelques dents. Le vent soufflait plutôt fort dans les sous-bois, Danny courbait les épaules en se frayant un chemin dans la neige (…) (…) Danny tomba à genoux, écrasa la neige sous lui et se mit à pleurer. Ses larges épaules tressautèrent, agitées de violents frissons lorsqu’il laissa échapper ses sanglots. Il pleura pour la douleur qu’il éprouvait à la mâchoire. Il pleura pour Mindy, à jamais disparue. Il pleura d’être lent et idiot et différent des autres. Il ne voulait plus être là. Pas seulement à Wyalusing, mais sur terre, là où il se passait tant de choses horribles. Il aurait aimé être à nouveau avec ses parents. Au paradis, où on était censé être en sécurité et heureux, avec tous les autres anges »

Résumé et avis :

Danny, colosse orphelin et simple d’esprit depuis une tragédie advenue dans son enfance, retrouve le corps de Mindy, sa seule amie à Wyalusing en Pennsylvanie le soir de son quarantième anniversaire. Accusé de ce meurtre, toute la ville finit par le croire coupable. Une chasse à l’homme est alors lancée par le shérif, son adjoint et ses renforts.

 Deep Winter
C’est magnifique : histoire impeccable, écriture splendide, noirceur absolue sur le blanc de la neige, tout ça au service d’un premier roman maîtrisé de bout à bout. C’est grand. RTL
Avec ce bouleversant premier roman, remarquablement écrit, l’américain Samuel W. Gailey réussit un vrai coup de maître : signer un furieux thriller, âpre et sanglant, hanté de patibulaires rednecks et de paumés à la dérive, et construire les contours d’un étrange polar gothique.  LE FIGARO MAGAZINE
Le Bon et le Méchant. Tout les oppose. Leur affrontement donne sa profondeur à Deep Winter, premier roman de Samuel W. Gailey. LE MONDE DES LIVRES
Vingt-quatre heures haletantes au fin fond d’une Amérique déclassée. Réfrigérant ! DNA
En quelques heures, sous la neige, loin des hommes, la cruauté et l’innocence livrent l’ultime combat, chroniqué au noir, au sauvage et à l’instinct. TRANSFUGE

Après de telles critiques dithyrambiques, difficile pour moi de donner mon petit avis.

Samuel W. Gailey  plante son intrigue au nord-est de l’état de Pennsylvanie, dans une petite ville de WyalusingCette petite ville rurale sert de décor à son premier roman. Nous allons la découvrir sous la neige car nous sommes en hiver. Et à Wyalusing, les hivers sont rigoureux. Les température digne de la Sibérie.

A Wyalusing, il y a Danny Bedford, le simplet du village. Danny est tombé dans le lac gelé alors qu’il n’était d’un petit garçon. Son séjour dans l’eau glaciale a privé le cerveau de Danny d’oxygène laissant au gamin des lésions irréversibles. Et comme un malheur ne vient jamais seul ces parents sont morts alors qu’il voulait lui porter secours.

Il y a aussi le shérif Lester, un brin paternaliste et son adjoint Mike Sokowski. Un mec violent et brutal. Incapable patenté et corrompu. Il y a aussi son pote crétin, Carl et puis Bill Taggart, le policier d’état appelé en renfort.

A Wyalusing, il  y a  Mindy, serveuse au Friedenshutten et seule amie de Danny. Mais Mindy est retrouvée morte dans son mobilhome, son cadavre ensanglanté et à moitié nu.

 Alors à Wyalusing rien ne sera plus comme avant.

Et les prochains vingt quatre heure où nous allons suivre une incroyable chasse à l’homme va bouleverser non seulement la vie des protagonistes de ce roman mais aussi celle du lecteur que nous sommes.

Je vous le dit Deep winter de Samuel W. Gailey est un putain de roman.

Lire le début : 
1984
DANNY avait vu Mindy nue une fois auparavant, quand ils avaient tout juste huit ans. Il y avait longtemps de ça. Rien qu’eux deux, dans un champ de maïs derrière la salle de bowling de Pickett. Mindy s’était entièrement déshabillée et, frissonnant dans le froid de la nuit hivernale, elle avait attendu que Danny l’imite. Danny avait regardé son corps nu l’espace d’une seconde embarrassante, ses yeux parcourant tous les endroits que dissimulaient habituellement son jean à revers et sa chemise en flanelle. Elle avait la peau douce et lisse, ponctuée de quelques bleus et écorchures aux genoux et aux tibias. Il était curieux, bien sûr, mais ça ne semblait pas correct de regarder une fille quand elle était toute nue. Ça lui donna une sensation bizarre. Son estomac se serra, douloureux, comme quand il mangeait trop de bonbons au caramel salé. Lorsque Mindy lui dit que c’était à son tour de se déshabiller, l’esprit de Danny s’embrouilla encore plus que d’habitude. C’était une mauvaise idée, il le savait. Il allait avoir des ennuis, à tous les coups. Si oncle Brett l’apprenait, il enlèverait sa ceinture et lui collerait une bonne raclée sur l’arrière-train. Danny ne voulait pas que ça se produise, il ne voulait pas être à nouveau battu, aussi détala-t-il à toutes jambes entre les plants de maïs morts, ses pieds glissant sur des plaques de verglas, le visage et le cou griffés par les feuilles des épis secs, et il n’avait pas parcouru beaucoup de chemin qu’il déboucha soudain sur d’autres ennuis. Mike Sokowski et Carl Robinson l’interceptèrent avant qu’il n’atteigne la salle de bowling et lui flanquèrent une sacrée dérouillée. Sokowski était le plus mauvais des deux. Même à l’époque.
C’était donc la deuxième fois qu’il voyait Mindy nue. Son corps étendu sur le sol du mobil-home à côté de Danny comme une poupée de chiffon abandonnée. Il s’agenouilla près d’elle, les mains croisées et serrées sur ses cuisses comme s’il priait au pied de son lit. Le tapis fané était imprégné du sang qui s’échappait d’une plaie ouverte à l’arrière de son crâne, et quelques éclats de verre brisé étaient encore fichés dans son cuir chevelu. Les jambes de Mindy étaient tordues sous elle à un angle incongru – les bras pliés au-dessus de la tête, comme s’il venait de la trouver au milieu d’un étirement. Danny avait envie d’écarter la mèche blonde emmêlée qui lui couvrait à moitié les yeux – encore entrouverts d’un centimètre –, mais il avait peur de les regarder. Peur qu’ils soient différents. Différents de ses grands yeux habituels, écarquillés et joyeux.
Il jeta un regard à sa silhouette mince et inerte – ses jambes, son ventre, ses bras – et évita encore ses yeux. La bouche de Mindy était ouverte, comme surprise en plein bâillement. Ses deux jolies incisives blanches étaient cassées et lui donnaient l’air d’avoir des canines de vampire.
Danny se balança d’avant en arrière, des larmes et de la morve dégoulinaient sur ses lèvres, gouttaient de son menton comme l’eau d’un robinet au débit ralenti. Il attendait qu’elle se réveille. Il attendait qu’elle bouge, rien qu’un peu. Elle était peut-être juste rudement blessée. Mais Danny savait qu’elle était sans doute bien plus que blessée. Il n’avait encore jamais vu de cadavre – à part à la télé, mais il savait qu’à la télé c’était pour de faux. Ses parents étaient morts tous les deux, mais il n’avait pas pu les revoir avant qu’ils montent au paradis. Il n’avait jamais eu l’occasion de leur dire adieu.
— Tu vas t’en sortir, Mindy. D’accord ? Tu vas t’en sortir.
Dans sa large paume gauche, Danny serrait une petite figurine en bois, un rouge-gorge qu’il avait lui-même sculpté. Ses mains étaient plus grandes que la moyenne – pareilles à celles d’un joueur de foot américain. Mais Danny ne jouait ni au football ni à aucun autre sport de balle ou de ballon car il n’était pas doué.
T’es bien trop lent, nom de Dieu, et bien trop maladroit, répétait toujours oncle Brett.
Les longs doigts de Danny agrippaient l’oiseau en bois qui s’enfonçait dans sa paume moite et douce, au point de lui laisser des petites indentations en croissants de lune. Il baissa les yeux vers la figurine, la fit tourner plusieurs fois, toucha son bec, ses ailes, les plumes de sa queue, puis la posa près de la tête de Mindy, prenant garde de ne pas tacher l’oiseau dans le sang.
— Je l’ai fabriqué exprès pour ton anniversaire. J’espère qu’il te plaît.
Mindy ne répondit pas. Elle ne le remercia pas pour ce cadeau si original. Elle ne fit rien d’autre que rester étendue dans la flaque grandissante de son propre sang.
Sur le canapé, Danny saisit une vieille couverture bleu clair crochetée et la déposa sur Mindy. Il prit soin de la border, sous ses jambes et sous ses hanches, s’efforçant toujours de ne pas regarder ses grands yeux immobiles.
C’était la première fois que Danny entrait chez Mindy. Après toutes ces années, il avait enfin rassemblé le courage nécessaire pour parcourir les cinq kilomètres jusqu’à son mobil-home et pour frapper à sa porte – et voilà ce qui lui arrivait. Ce n’était pas censé se passer comme ça.
Il observa le salon et la cuisine du mobil-home autour de lui – la maison de Mindy. Ici, tout lui appartenait. Mais ce n’était absolument pas ce qu’il avait imaginé. Très souvent, il ne savait plus combien de fois, Danny avait rêvassé à la maison de Mindy. À l’aspect qu’elle aurait, de l’intérieur. À l’odeur qu’elle dégagerait. L’endroit où Mindy mangeait ses céréales, où elle regardait ses feuilletons télé, où elle se brossait les cheveux. Il était passé devant son mobil-home des douzaines de fois, ralentissant l’allure dans l’espoir qu’elle sorte la tête et l’invite à entrer. Ils auraient bu un soda ensemble, ils auraient mangé des cookies ou des biscuits apéritif, ils auraient discuté comme sont censés discuter les amis. Mais ça ne s’était jamais passé ainsi car Danny restait renfermé, mangeait ses repas en solitaire, n’allait pas au carnaval de la ville ni au défilé du 4 Juillet. Il laissait les gens tranquilles car c’est ainsi qu’il fallait faire. Il était différent de tous les autres, en ville. Il le serait toujours – il l’avait accepté. La plupart des gens le dévisageaient ou traversaient la rue s’ils le voyaient arriver sur le trottoir. Mais Mindy était toujours gentille avec lui. Elle ne se moquait pas de lui, elle ne lui donnait pas l’impression d’être idiot. Elle le traitait comme une vraie personne.
Danny avait imaginé un intérieur entièrement rose. D’adorables murs roses, des rideaux roses, des meubles roses. Un peu comme là où devait vivre Barbie. Mais tout n’était pas rose, et ça ne ressemblait pas à une maison de Barbie. Il y avait des trucs de filles qu’il n’avait pas dans sa chambre. Des fleurs en plastique dans des pots avec des faux papillons et des fausses coccinelles sur des feuilles en toc. Quelques flacons de vernis à ongles rouge et violet étaient posés sur une desserte pliante à côté d’un fauteuil inclinable. Une image de l’océan et d’un soleil couchant était accrochée au-dessus du canapé. Des piles de magazines féminins s’étalaient sur la table basse et une bibliothèque était appuyée contre le mur, chargée de livres qui devaient sans doute parler de filles et des trucs qu’elles faisaient. Beaucoup de livres, surtout des poches. Danny n’avait pas de livres dans sa chambre.
Les genoux de Danny commençaient à le faire souffrir d’être agenouillé depuis si longtemps, mais il ne pouvait pas bouger. Il refusait de bouger. Il voulait être à côté de Mindy, au cas où elle se réveillerait.
Tu n’aurais pas dû venir ici, Danny.
Danny leva les yeux et inspecta un instant le mobil-home, mais il était seul avec Mindy. Personne d’autre. Il ne s’attendait pas à voir quelqu’un car il savait d’où venait la voix. Ça faisait très, très longtemps qu’il ne l’avait pas entendue parler dans sa tête. D’habitude, la voix voulait juste l’aider quand il avait des problèmes, quand il avait peur, et elle ne demandait jamais rien en échange. Il attendit, au cas où la voix dans sa tête ajouterait quelque chose. Il attendit, au cas où elle lui dirait quoi faire, chez qui aller pour trouver de l’aide, mais elle n’ajouta rien.
Danny était si distrait par la voix dans sa tête qu’il laissa son regard descendre vers les yeux de Mindy. Grave erreur, mais c’était trop tard. Il fut incapable de se détourner une fois qu’il eut regardé dans ses grands yeux bleus. Ils le dévisageaient et le clouaient sur place, mais l’étincelle avait disparu et des petites perles de sang s’accrochaient aux longs cils. Mindy n’était plus là. Elle ne travaillerait plus jamais au Friedenshutten. Elle ne lui servirait plus ses œufs, ni son bacon, ni ses patates frites, elle ne lui poserait plus de questions, elle ne lui donnerait plus l’impression d’être unique.
Un gémissement rauque s’échappa de Danny. Partant des profondeurs de son ventre et remontant jusqu’à sa bouche, glissant entre ses lèvres sèches et gercées, dans le silence total du mobil-home. Il n’avait encore jamais entendu pareil son sortir de lui. Son cœur était bizarre aussi, comme un ballon de baudruche sur le point d’éclater, et son cerveau s’obscurcit. Il faisait souvent de son mieux pour ne pas pleurer. Oncle Brett disait que les vrais hommes ne pleurent jamais comme des bébés. Mais le son qui sortit de son corps lui évoqua les braillements d’un petit veau perdu quand il n’arrive pas à retrouver sa maman. Le gémissement s’amplifia jusqu’à ce que son corps tout entier soit secoué de violents et puissants sanglots.
Danny pleura longtemps aux côtés de Mindy, il attendit qu’elle se réveille. Il attendit qu’elle se lève et qu’elle sourie à nouveau.

Crocs de Patrick K. Dewdney


9782358871013,0-2627134Crocs de Patrick K. Dewdney. Paru le 5 juin 2015 à La Manufacture de livres dans la collection Territori. 15,90€ ;(178 p.) ; 20 x 14 cm

Quatrième de couverture

« Quand ils ont mis au jour les tumulus gaulois, figés par des siècles de déliquescence, j’avais aidé. J’ai commis près d’ici mon ultime profanation. J’espérais qu’il y en aurait d’autres. La pioche et moi, nous avions creusé. Avec avidité, nous avions exposé les débris des morts, fouillé la terre comme on fouille une amante. À grands coups, lorsqu’il n’y avait plus rien à blesser, mais délicatement, surtout. Par effleurements spasmodiques. Je m’étais rendu complice des ouvrages, comme je l’avais toujours fait, sans savoir que ce serait la dernière fois. »

Il emprunte la glaise des sous-bois et la fange des tourbières. À l’heure qu’il est, on est probablement à ses trousses. Sa course vient parfois frôler la balafre humaine : les villages endormis, l’asphalte visqueux des routes. Le cabot l’escorte. La pioche meurtrit son épaule. Comme il n’a aucun autre compagnon, c’est à eux qu’il murmure le Plateau, les hommes qui traquent et qui déchirent, les trajectoires perdues et les mémoires effacées. Quelque part à l’issue du chemin, il y a le Lac. Le Lac et le vacarme du Mur. Qui attend.

L’auteur :  7642991657335. Patrick K. Dewdney est né en Angleterre en 1984 et vit en France depuis l’âge de 7 ans. Il a publié les romans Neva, chez les Contrebandiers, Mauvaise Graisse, chez Geste éditions, ainsi qu’un recueil de poésies, Perséphone Lunaire.

 Extrait :
« Sonné. Souffle coupé. Me tâte. La pioche a valsé sur les pierres, tinté et rebondi, intacte. Mes dents ont cogné fort quand j’ai atterri dans les galets sableux. Une chance de ne pas m’être tranché la gueule en deux. Je me redresse sur un coude, sur un côté tremblant. Le flot caracole sous mes yeux incertains. Impassible. Les doigts explorent, se rassurent petit à petit de ne rien trouver qui ne soit pas aligné avec le reste. Les jambes vont bien, c’est l’essentiel. On ne peut pas marcher, sans jambes. on ne peut pas fuir. Derrière moi, en haut de la butte, il y a cette route puante qui persiste d’un silence moqueur. »

Résumé et avis :

Un roman noir où l’homme se débat dans la complexité de la nature dans l’espoir de venir à bout de ses propres démons.

 Avant de vous parler de mon ressenti sur ce magnifique roman, j’aimerai vous présenter la collection territori. Ou plus exactement laisser le directeur de cette nouvelle collection à la manufacture du livre vous . Voilà ce qu’on dit Cyril Herry :

85744__beaver-dam-in-an-autumn-canadian-forest_p« Se référer au Nature Writing ne consiste pas à prétendre que la France possède son Montana ou son Wyoming, ni surtout à comparer la griffe d’auteurs américains, de Jim Harrison à Ron Rash, de David Vann à Cormac McCarthy, pour ne citer qu’eux, à celle des auteurs français que la collection Territori envisage de publier. Nous n’avons ni le même rapport à l’espace, aux distances, ni surtout la même histoire, mais il aurait été très prétentieux d’inventer un nouveau terme et absurde de prétendre inaugurer un nouveau genre, d’autant que la littérature en France est loin d’être vierge en matière d’écriture de la nature. Il ne s’agit donc pas de « se mesurer à », ou de « faire comme », mais d’investir un territoire existant et de le questionner à une époque déterminée. »

Vous l’aurez compris, les éditeurs tentent de défendre des auteurs qui « écrivent la nature ».

Et ce titre justement est une magnifique ode à la nature mais aussi à la condition humaine. Dans un style littéraire magnifique, Patrick Dewdney nous offre un nature-writing de tout beauté qui vous submerge et vous bouleverse profondément.

J’avoue l’écriture m’a quelques peu désarçonnée au tout début, avant de m’emporter et de m’engloutir totalement.

Grossir le ciel de Franck Bouysse


téléchargement (32)Le livre : Grossir le ciel de Franck Bouysse. Paru le 9 octobre 2014 à la Manufacture de livres. 16,90€ ; (198 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de couv : 

Abel but son verre d’un trait et se leva. Il se tenait face à Gus, tout raide, comme une espèce de bestiole qui ne voudrait pas être repérée dans un décor hostile, puis il planta ses yeux dans ceux de Gus après un silence qui ne rendait service à personne et il dit :

– Tu veux que je te dise vraiment le fond de ma pensée ?

– Je t’écoute.

– Le diable, il habite pas les enfers, c’est au paradis qu’il habite.

Entre Alès et Mende, au milieu des Cévennes, un lieu-dit appelé Les Doges, deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, de la neige une partie de l’année, deux hommes, un chien, un fusil, quelques mots, des silences et de la roche pour poser le tout.

C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles.”

L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.

Longtemps après, Gus se dira qu’il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

téléchargement (34)L’auteur : Franck Bouysse, né en 1967, vit à Limoges. Il a publié Vagabond et Pur sang chez Écorce.

Franck Bouysse vit à Limoges. Il aime marcher dans les villes, s’arrêter dans un bar, écrire en écoutant Antony and the Johnsons, Billie Holiday et fumer d’immondes cigares italiens.

Il publie un roman noir (L’Entomologiste), puis ensuite sa trilogie H. (Le Mystère H., Lhondres ou les ruelles sans étoiles et La Huitième lettre). Il réalise également les dossiers introductifs de l’intégrale BD de Théodore Poussin(par Frank Le Gall) et participe ça et là à divers projets collectifs.

Extrait :
Que Gus aimait ce pays serait beaucoup dire, mais comme il n’avait rien connu d’autre, il s’était fait à l’idée d’y finir ses jours. Pas malheureux, pas vraiment heureux non plus. Sa place dans le vaste ordonnancement de l’univers étant donné qu’il était incapable d’en imaginer une autre.

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Avis et résumé

images (15)Gus est installé près de la ferme de son voisin, Abel, pour chasser. Il a repéré du gibier, mais au moment de tirer, il entend un coup de feu.
Franck Bouysse installe tranquillement les choses, comme s’il voulait que le lecteur vivent au rythme des saisons comme vivent ses protagoniste. Une vie plutôt tranquille, même si elle est rude.
La nature et le climat guident les hommes dans ce coin reculé des Cévennes. Les gens sont taiseux par ici. Et si la solidarité reste de mise, forcément il faut faire front commun contre les coups durs, sinon point de salut, les amitiés, elles sont quasi inexistantes.
images (18)Il y a Gus, il y a Abel, il y a aussi le chien de Gus, Mars.
Et si Gus et Abel ne sont pas proche il leur arrive de se filer un coup de main, une vache qui a du mal à mettre bas, les moissons qu’il faut finir avant l’arrivés des gros orages…Alors qu’est qui c’est passé entre ces deux là par un petit matin frileux?
images (16)Franck Bouysse va nous le raconter dans ce récit qui met en scène la nature des Cévennes, la solitude des paysans des montagnes, les secrets de famille, l’irruption de l’inconnu et de la violence.
C’est beau, c’est dur, c’est noir, ça nous secoue et nous bouleverse tout à la fois.
Un exceptionnel roman noir, Un superbe « nature writing » ou l’homme , la nature, le silence et la solitudes sont prétextes au perpétuel questionnement de la condition humain.
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L’hiver peut être rude et marque à tout jamais cette nature cévenole

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La nature cévenole au file des saisons. Ici l’automne