Les Initiés – Thomas Bronnec


Le livre : Les Initiés de Thomas Bronnec. Paru le 15 Janvier 2015 aux éditions Gallimard. 15€50 ; (256 pages). 22,5 x 1,6 x 15,5 cm. Paru le 19 Janvier 2017 aux éditions Folio. 7.25euros. 304 pages. 17,8 x 10,8 cm

4ème de couverture :

Panique à Bercy. Touché par la crise, le Crédit parisien est sur le point de sombrer. La plus grande banque française a besoin d’un plan de sauvetage en urgence, mais son patron se heurte à l’intransigeance d’Isabelle Colson. La ministre de l’Économie, symbole de la gauche revenue au pouvoir, juge ce plan trop favorable aux banques. Au milieu de ce champ de bataille où la politique tente de reprendre ses droits face au monde de la finance, Christophe Demory, directeur de cabinet d’Isabelle Colson, refuse de choisir son camp. Jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par son passé, après la découverte d’un cadavre dans la cour de l’Hôtel des ministres.

L’auteur : Thomas Bronnec est rédacteur en chef adjoint délégué de L’Express.fr, en charge de l’animation de la home page. Il est l’auteur de Bercy au cœur du pouvoir, paru chez Denoël en mars 2011, et il anime le blog « Les Couloirs de Bercy ». Il est journaliste à L’Express, puis travaille à France Télévisions à partir de 2012.
Extrait :
« Depuis près de trente ans, il avait bâti un édifice unique basé sur une philosophie très simple : ce qui est bon pour le Crédit parisien est bon pour la France. Il avait noué dans le monde politique et dans celui de la haute fonction publique des liens privilégiés avec les personnes qui comptaient, ou qui allaient compter. Il s’était très rarement trompé. Dès le début de leur carrière, il allait voir ceux qu’il appelait les « jeunes talents » et il leur faisait son numéro de charme. C’était la première étape du piège qu’il tissait patiemment autour d’eux, jusqu’à ce que leur communauté d’intérêts avec lui et la banque soit devenue trop étroite pour qu’ils puissent dévier de la ligne.

Pour lui, le bonheur de l’humanité passait par le bonheur de la banque. De sa banque. Il était sincèrement persuadé que le système français, où les élites formées dans les mêmes écoles atterrissaient ensuite dans tous les centres de décision du pays, et baignaient dans un entrelacs d’intérêts objectifs, était le meilleur, et il avait décidé de le sécuriser à son profit.»

Les Lectures de Maud :


Un thriller, dans les couloirs du pouvoir. J’ai été entraîné dans cette enquête afin de comprendre, pourquoi ce cadavre ? A cet endroit ? Si comme moi, c’est une question qui vous taraude, allez-y, découvrez la vérité à travers ce livre, mais s’attendons-nous vraiment à cette réponse ?
Des personnages bien décrits, leurs fonctions et leur mécanismes bien expliqués, leur position et leur caractère assumés. Quand certaines affaires refont surface, avec des enjeux qui remontent jusqu’au sommet de la pyramide, quels subterfuges vont être élaborés ? Le tout afin que les lignes de conduite fixées et les objectifs ne s’en trouvent inchangés.
L’auteur, grâce à un style d’écriture journaliste, donne à son œuvre un rythme effréné. Il nous embarque dans le « Off » de Bercy et dans les couloirs du pouvoir, où se mêlent à la fois, stratégies et arrangements. Les complots y sont rois et règnent en maîtres absolus. Jusqu’où iront ces hommes et ces femmes influents afin de contenter leur projet ou d’honorer certains « retours d’ascenseur » ? 
J’ai adoré me plonger dans cette histoire, où le complot siège en place centrale, la fin m’a bluffée. J’irai très prochainement découvrir les autres livres de l’auteur. 

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Salut à toi ô mon frère – Marin Ledun


Le livre : Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun. Paru le 3 mai 2018 chez  Gallimard dans la collectio Série Noire. 19 € broché – 13.99 € e-pub ; (288 p.)  ; 21 x 14 cm.

4ème de couverture :

La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles clerc de notaire pacifiste, Adélaïde infirmière anarchiste et excentrique. Les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d’une fantaisie bien peu militaire.
Jusqu’à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l’appel. Gus, l’incurable gentil, le bouc émissaire professionnel a disparu et se retrouve accusé du braquage d’un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi.
Branle-bas de combat de la smala ! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l’innocenter, lui ô notre frère.

 

L’auteur : Né à Aubenas (Ardèche) , le 07 mai1975, Marin Ledun est un romancier français et un ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales . Docteur en communication politique, il a été un spécialiste des questions liées au vote électronique. Il a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail.
Après un travail sur les enfants martyrs dans « Modus operandi » (Au Diable Vauvert, 2007), puis sur l’enfant cobaye et les biotechnologies, dans « Marketing viral » (Au Diable Vauvert, 2008), il poursuit sa réflexion sur le contrôle social et l’héritage culturel que le monde contemporain lègue à ses enfants dans « Le Cinquième Clandestin » (La Tengo, 2009) et « Un Singe en Isère » (Le Poulpe, 2010). 
La collection « Série Noire » de Gallimard publie en mars 2010 son roman « La Guerre des Vanités » (Prix Mystère de la critique 2011) . 
« L’homme qui a vu l’homme » (Prix Amila-Meckert 2014), « Dans le ventre des mères », « Les visages écrasés » (Trophée 813 du roman français 2011; Grand Prix du roman noir 2012 du Festival International du film policier de Beaune et adapté pour Arte avec Isabele Adjani) ) ont été traduits dans de nombreux pays.
« Au fer rouge » sort début 2015. Suivra l’année suivante, « En douce » qui reçoit le Prix Transfuge du meilleur Polar 2016.
La plupart de ses romans évoquent la crise contemporaine et ses conséquences sociales.
Citoyen engagé dans le mouvement social radical, auteur de nombreux articles et ouvrages de recherche, marathonien, peintre et guitariste, Marin Ledun vit aujourd’hui dans les Landes près de la côte, au sud…
Extraits :
« Me voilà, deux ans après, belle comme une fleur, rose donc, et enragée comme un grizzly. Diplômée en littérature, actuellement en congé sabbatique, durée indéterminée, j’occupe la fonction de cerbère de la porte, de maîtresse des clefs et, accessoirement, de directrice de l’espace culture d’un petit salon de coiffure situé en pleine rue piétonne. Popul’Hair, donc. Un nom qui défrise. Mon boulot consiste à détendre la clientèle en récitant des poèmes, en lisant des extraits de romans que j’affectionne. Ça dépend de mon humeur, de la tête de la coiffée ou de l’ambiance dans la boutique. Un concept culturel. Uniquement les lundis et vendredis. Une idée de Vanessa, la propriétaire, un soir où, sirotant un demi pêche, j’évoquais mon amour des belles tournures et de la grande littérature. Rémunérée en plus, oui, madame ! En brushings ou balayages gratuits et en bouquins. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Huit ans après « la guerre des vanités », l’auteur retourne dans sa région natale … même mentalité étriquée, mêmes a priori, … mêmes embouteillages.

Mais le ton adopté pour ce dernier roman est tout autre que celui auquel Marin Ledun nous a habitués avec les sujets basques et landais. On sent qu’il a pris beaucoup de plaisir à créer cette nouvelle tribu, héritière de mai 68 et du flower power. Adélaïde, la cheffe de meute, après avoir fait trois enfants a décidé avec Charles son compagnon d’agrandir la famille en adoptant trois orphelins Colombiens. Gus le petit dernier de quinze est victime du délit de « sale gueule » est fait les frais d’une série de preuves trop évidentes. Heureusement qu’il y a Personne, oui c’est le nom de l’enquêteur ce qui est jubilatoire avec la syntaxe que cela induit …

Sa famille hors norme tellement sympathique dans ses excès, va faire bloc pour défendre Gus, face aux poncifs locaux.

Truffé de références littéraires, musicales, cinématographique, … ce petit bijou d’impertinence est un plaidoyer pour la tolérance et contre le racisme « ordinaire », le tout dans la bouche de la narratrice Rose, « perle féministe » !

Le virage dans le style de l’auteur n’est pas sans rappeler celui de Gilles Legardinier abandonnant lui aussi le thriller pour la « série des chats ». Il n’en demeure pas moins que l’intrigue est intéressante et présente tous les arguments pour une pause humoristique entre deux romans plus sanglants car ici, point de morts ni d’hémoglobine ou alors si peu … et rien que pour le plaisir !

 

« Il fustige, Boyer. Il vitupère. Il s’insurge. Il ne pivoine pas, Boyer, il ne rosit ni ne groseille pas non plus ! Il érubesce. Il écrevisse. Il écarlate. Il cramoisit. Il incandescent. Il éructe en se frappant la poitrine du poing comme le mâle dominant d’un groupe de gorilles pour affirmer sa supériorité.

Il s’égosille sur la présence de cette smala au milieu de son commissariat. Tout le monde recule. »

« Ma mère pioche dans le frigo, rassemble les restes du déjeuner sur un plateau et s’attable. Son assiette 180 % pur bio me donne envie d’un steak XXL aux hormones. J’allume une cigarette aux pesticides pour couper ma faim.”

“Je réintègre le service urologie. Je me réhabitue à l’odeur avant de retrouver ma piaule. N’allez pas croire que j’ai une dent contre les retraités, hein ! Je sais ce que l’industrie du camping-car leur doit. Je n’ai d’ailleurs que mépris pour les populistes qui leur reprochent de ne rien foutre toute la journée, de vivre aux crochets des travailleurs et de bénéficier de réductions au cinéma et des minima sociaux. »

« Quand on y pense, c’est tout de même terriblement monotone et prévisible, une vie de portail, coulisser dans un sens, puis dans l’autre, et faire office de mur, la plupart du temps, tout ça parce qu’un imbécile heureux a inventé un jour le concept de propriété privée. Il suffit d’ailleurs que le mécanisme se grippe et que ledit portail reste accidentellement ouvert pour que les propriétaires paniquent, branchent leurs caméras de vidéosurveillance high-tech, stockent du sucre, des pâtes et de la farine, claquemurent leur famille – les femmes et les enfants d’abord ! – et astiquent leur fusil, tétanisés par la peur, alerte maximale, prêts à endiguer la moindre invasion, c’est dire la puissance monotone et prévisible du concept. »

 

Papote d’auteur : Miss Aline est avec Eric Maravelias


Papote d’auteur : Miss Aline est avec Eric Maravelias

Notre Flingueuse a lu, un peu par hazard,  La faux soyeuse d’Eric Maravelias. Elle nous en donne son avis. Et dans la foulée, elle est allée poser quelques question à l’auteur.

Je vous laisse découvrir tout cela

 

La faux soyeuse, Eric Maravelias
Editions Folio Policier.

Ce livre je l’ai acheté pour le faire participer à la chasse aux livres Collectif Polar. Puis j’ai vu plein d’articles sur lui. Bon ben je vais peut-être le lire même si c’est pas ma came (oui jeu de mot !)

C’est difficile, violent. Mais c’est prenant aussi. La société en dérive, les hommes aussi. Une saloperie qui prend possession de ton corps. Addiction. Dépravation, perversion, trahison, dérision. Au fil des pages tu galères pour t’attacher au personnages principal. Sa pensée est décortiquée, ses actes aussi. ça ne les justifient pas, sûrement, mais t’y trouve une sorte de justificatif. Justificatif s’il en faut à une société qui laisse certains sur le carreau dans leur m… Une société à deux vitesses (voire plus), deux poids, deux mesures. Tu le vois ce mec qui malgré tout à des valeurs, des sentiments, qui pose son regard sur lui sans fard. Il va au bout du bout de tout ce qu’il peut faire, penser. Est-ce que tu as mal pour lui ? je ne sais pas. Il me laisse sans voix, un vide à l’intérieur. T’as envie de chialer, alors oui peut-être que tu as mal pour lui.

Il va pouvoir partir pour la chasse aux livres maintenant. Je ne regrette pas t’avoir tourné ses pages. A votre tour de regarder le monde à travers ses yeux.

Bonne lecture !

Papote d’auteur : Miss Aline est avec Eric Maravelias

 

1- Pourquoi avoir écrit La Faux Soyeuse ?

Par jeu avant tout. A cette époque, j’allais beaucoup mieux, je lisais beaucoup, et ma situation m’amenant à faire un bilan sur ma vie, j’ai constaté qu’elle avait été bien noire les deux dernières décennies. De fil en aiguille, si je puis dire, j’en suis venu à l’écrire. Le jeu, bien sûr, étant d’arriver à l’écrire de la bonne manière. De façon à ce que, malgré sa noirceur et le sujet abordé, il puisse être lu par tous. Que tout en étant noir, mon livre soit aussi, dans une certaine mesure, poétique.

2- Avez-vous des rituels d’écriture, un endroit précis où travailler ?

Dans l’absolu, peu m’importe l’endroit. Calme ou bruyant, isolé ou en pleine ville, dans un bistrot ou dans un parc… ça n’a pas beaucoup d’importance. Ensuite, si c’est à mon domicile, oui. J’ai ma place dans la cuisine, devant la fenêtre, et je regarde les mésanges, le rouge-gorge ou l’écureuil vaquer à leurs occupations tandis que j’écris, réfléchis.

3- Face à l’engouement pour votre livre, vous utilisez souvent le mot « harcèlement ».

Cette engouement vous gêne ?

Du tout. Mon livre est sorti il y presque 4 ans, et c’est une plaisanterie. Dans la mesure où on parle encore de lui et que dernièrement, en effet, plusieurs salons m’ont invité, des chroniqueurs l’on lu, une journaliste de Radio France a refait un papier pour un journal suisse, je me suis amusé à parler de harcèlement. C’était humoristique.

4- Votre roman est très noir, le noir est une couleur parmi tant d’autres. Quelle est la couleur qui vous émeut.

Aucune en particulier.

5- La première fois que vous avez tenu votre livre en main… racontez-nous.

Tout dépend de quoi on parle. La première fois que j’ai tenu mon livre en main, je l’avais fait imprimer moi-même. C’est une sensation agréable. Un objet fini. Qui a l’apparence d’un livre, enfin. Ensuite, lorsqu’il est sorti à la Série Noire, chez Gallimard, c’était encore autre chose. Plus officiel, mon livre parmi les grands et dans une collection que j’aimais. C’est sûr que ça fait quelque chose. Mais ce n’est pas traduisible en mots si facilement. Et puis le battage médiatique qui a eu lieu ne m’a pas laissé beaucoup de temps pour apprécier pleinement ce moment si particulier. Les salons se sont enchaînés, les journaux, les radios, une émission télé ( Bibliothèque Médicis )… bref, c’est parti d’un coup, et j’étais le premier étonné de ce succès. Si je dis ça, c’est pour vous expliquer que je n’ai pas beaucoup eu le temps de penser, savourer tous ces instants, ces premières fois. J’étais un peu comme dans un rêve. Sur un nuage.

6- Qu’attendez-vous du monde de demain, qu’en espérez-vous ?

Rien. Je me prépare au pire.

7- On voit souvent des coups de gueule… donnez-nous son contraire : Un coup de joie.

Non, désolé. Je ne vois pas. Peu de choses m’inspirent de la joie, dans ce monde. Ou alors à titre personnel. Les animaux en liberté, les petits enfants, quelques amis, oui, mais quand je pense à ce que l’avenir leur réserve, ma joie s’évanouit.

8- Un indice sur votre prochain roman ?

Oui. 2019.

9- Un petit mot pour vos lecteurs ?

Oui : Merci.

10- Quelle question auriez-vous aimé que je vous pose ? Quelle est sa réponse ?

Celle-ci.

La faux soyeuse de Eric Maravélias


La faux soyeuse de Eric Maravélias. Paru le 20 octobre 2016 chez Gallimard dans la collection Folio Policier.  7€70 ; (319 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

« Roman terrible, roman implacable et rare, La faux soyeuse est un diamant noir. »
Le Figaro littéraire

La faux soyeuse

« Ce n’est pas facile de décrire avec de simples mots, même en ayant du vocabulaire, les expériences extrêmes. Hors du commun. D’en faire saisir l’intensité à ceux qui ne les ont pas vécues. Comme il est dur d’accorder foi au récit d’autrui sans aller voir par soi-même de quoi il retourne. Il n’y a guère que les enfants pour aller foutre les doigts dans la prise bien qu’on leur ait répété mille fois que ça faisait mal. Mais l’homme est un éternel enfant. »

A l’agonie dans son studio, Franck se souvient du chemin parcouru depuis les années 1970, entre braquages, trahisons et drogues dures. Premier roman.

L’auteur : Éric Maravélias est né dans la banlieue sud de Paris. Après un parcours chaotique, il vit aujourd’hui dans le sud de la France. La faux soyeuse est son premier roman publié. Il est le créateur et l’organisateur du Trophée Anonym’us.

 

 

Extrait : 
 » J’ai atterri ici après les événements tragiques. Après que le destin nous a frappés si durement. J’ai quitté Les Voyageurs, cet hôtel minable de la rue de Paris, pour échouer là, épave grimaçante, et je sombre peu à peu. Avant, je dormais dans ma bagnole ou au squat, alors je suis quand même content d’avoir trouvé cette merde pour finir mon temps. J’en peux plus. Le passé m’obsède. C’est le vieux qui m’a filé le plan. Léon. Il aurait aussi bien pu me laisser crever. Il ne me parlait plus, de toute façon. Ou si peu. Il devait penser que je savais tout depuis le début et que je l’avais trompé. Mais comment aurais-je pu savoir ? Comme si ça ne m’avait pas tué, moi aussi ! « 

Collectif polar.JLuc

L’avis de Jean Luc

Ce roman écrit par Eric Maravélias m’a beaucoup marqué. Il est publié sous la collection Gallimard, roman noir, et je dois dire qu’il mérite bien son appellation de roman noir !

Je n’ai pas réussi à accrocher avec le personnage principal, mais je ne pense pas que ce soit le but de l’auteur de nous dépeindre un personnage sympathique avec lequel il sera possible de s’identifier. En effet, c’est d’abord l’histoire d’un jeune paumé de la banlieue, qui va s’enfoncer dans la drogue et qui est prêt à tout pour se défoncer. Il va nous dépeindre en détails, les règles et les codes en vigueur dans un milieu en marge de la société, mais qui pourtant en fait bien partie !

J’ai été scotché par le style de Eric Maravélias, il y a de la poésie dans l’horreur qu’il dépeint, dans la descente en enfer vécu par son personnage principal. On ne peut pas rester insensible à ce qu’il écrit. D’un côté, il y a une analyse précise du milieu dans lequel il évolue, mais il y a aussi la description des expériences suite à la consommation de la drogue qui sont bluffantes.

Pour moi, il s’agit aussi d’une très belle analyse sociologique de la banlieue avec ses codes, sa violence et le monde des toxicos et ses petits dealers. J’ai aimé la façon de décrire les personnages, d’expliquer leur fonctionnement. Il n’y a pas de temps mort dans cette histoire, on se laisse emporter dans toute cette noirceur. Et il y a sans doute une part de vécu, qui moi, ne m’a pas laissé insensible..
Un roman noir dans lequel la seule gagnante est malheureusement la drogue, pour ma part, un très grand roman extrêmement dur mais qui dépeint l’univers de certaines de nos banlieues et le monde des toxicos de façon saisissante.

Les corps brisés de Elsa Marpeau


 

Le livre : Les corps brisés d’Elsa Marpeau. Paru le 11 mai 2017 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 19€ ; (240 p.) ; 23 x 16 cm.

Mot de l’éditeur :

Sarah est une coureuse de rallye reconnue dans un milieu hautement macho. Un jour, lors d’une « spéciale », elle sort de route. Son coéquipier meurt sur le coup et elle se retrouve plongée dans le coma, avant de se réveiller paralysée des deux jambes. Elle intègre un centre hospitalier perdu en haute montagne, où rayonne un médecin que tout le monde surnomme le « docteur Lune ». Brisée physiquement et psychologiquement, Sarah développe une dépression paranoïaque, qui atteint son paroxysme quand la patiente qui partage sa chambre disparaît. Pour le personnel, il ne s’agit que d’une fugue, mais Sarah est convaincue qu’il n’en est rien… Inspiré d’un fait divers réel, Les corps brisés est un thriller glaçant avec son lot d’angoisses et de rebondissements, qui se termine sur un huis clos étouffant. L’auteure y dresse un sombre constat sur la place des handicapés dans notre société moderne qui donne la priorité à l’efficacité et à la performance.

 

L’auteur : Elsa Marpeau est née le 10 août 1975 à Ancenis (Loire-Atlantique). Elle a grandi à Nantes, s’est installée a Paris et a vécu à Singapour. Ancienne élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris, elle est agrégée de lettres modernes et titulaire d’une thèse sur le théâtre du xviie siècle.Elsa est romancière mais elle est aussi scénariste. Elle est notamment la créatrice de la série « Capitaine Marleau ».Après Les yeux des morts, prix Nouvel Obs – BibliObs du roman noir 2011, elle a publié Black Blocs et L’expatriée (prix Plume de Cristal 2013), Ils oublieront la colère (2015) à la Série Noire. Elle a été le Prix l’an dernier Le Prix Transfuge 2016  du polar au Festival Polar en Poche de Saint-Maur

 

Extrait :
 L’accident lui a ouvert les yeux sur la réalité de l’organisme : un assemblage temporaire de pièces mécaniques. Elle l’a compris le jour où un chirurgien lui a expliqué quels organismes étrangers elle avait désormais sous la peau : vis, clous, boulons, tiges d’acier. Ils ont sorti la trousse à outils pour réparer sa vieille carlingue. L’illusion de solidité et de fermeture a volé en éclats. Maintenant, elle ne voit plus en elle qu’un amas de cellules qui n’arrêtent pas de naître et de crever. De l’épiderme toujours sur le point de se déchirer. Des liquides prêts à se répandre au-dehors. Des chairs à brûler, à percer, à défaire, à dévorer, à pourrir.

Mon petit ressenti :

Voilà quelques semaines que j’ai fini la lecture des corps brisés. Je me suis jetée dessus dès que je l’ai eu entre les mains. Je voulais être la première à en parler. Et puis…

J’ai tellement été bouleversée par cette lecture que je n’ai pas su mettre des mots pour vous dire combien j’avais aimé ce titre. Pourquoi j’avais aimé ce livre.

Alors je l’ai relu et là la magie a opéré à nouveau. L’écriture tour à tour froides et solaire d’Elsa Marpeau m’a happée et tenu en haleine d’un bout à l’autre de l’intrigue. Elle instille un climat trouble angoissant qui du début à la fin de l’histoire vous déstabilise. Un peu, sans doute, pour vous mettre sur un pied d’égalité avec ces estropiés dont parle le livre, justement !

Mais il n’y a pas eu que ça !

Il y a aussi cette façon qu’a l’auteur de nous parler de ces corps brisés. Cette façon clinique de les décrire, de les disséquer, de nous les laisse voir. Et l’empathie que nous ressentons à travers ces mots parfois crus qui nous montre au-delà de cette pure mécanique des corps, la souffrance psychique que cela peut engendrer.

Comment peut-on  se résigner à la vie dans un fauteuil. Comment alors que la vie nous sourit, peut-on envisager de vivre en totale dépendance. Sarah est une sportive de haut niveau, qui connait les exigence du corps, du sien en particulier. Alors quand ce corps n’est plus qu’un objet de dégoût, comment réapprendre à vivre avec.

Aussi quand le réel vous échappe il reste l’imagination. L’imagination pour s’échapper de ce corps inerte, pour sortir de son morne quotidien. L’imagination aussi parfois trop débordante qui vous fait penser des choses terribles et percevoir au-delà des apparences. Celle qui vous raccroche aussi à la vie, vous offre un horizon moins prosaïque et maussade que les quatre murs d’un établissement de soins et de réadaptation.

Car chez Sarah son nouvel handicap n’est pas d’une douleur physique, ce n’est pas qu’une déchéance, ce n’est pas qu’une peur du lendemain. C’est aussi une détresse psychologique de se sentir inutile et incapable.

Et en choisissant une héroïne qui vit dans un monde d’homme, une femme qui vit pour sa passion de la vitesse, Elsa Marpeau fait un parallèle avec notre société où tout doit aller plus vite sous peine de devenir obsolète. Où la performance est érigée en modèle et où le handicap m’a sans doute plus sa place.

Notre auteur nous offre, en plus d’un huit clos angoissants où la perversité des hommes n’a pas de limite,  une belle réflexion sur le handicap et au-delà sur la forme que doit prendre la société que nous voulons pour demain !

Merci madame Marpeau de m’avoir une nouvelle fois bousculée dans mon petit confort quotidien et personnel !

 

Black blocs de Elsa Marpeau


 

$$$&9782070135677,0-1307509Le livre : Black blocs de Elsa Marpeau. Paru le 2 février 2012 chez Gallimard dans la collection Série Noire.  18,50 ;  (322 p.) ; 23 x 16 cm

Black Blocs

Roman noir

« Elle lance le projectile de toutes ses forces. Le verre se brise. Devant le trou, Swann sent se libérer en elle une joie irréfléchie, immédiate.

La fuite devient possible. On peut fissurer le monde et se sauver par une des brèches que l’on a ouvertes.

Elle fait un avec les corps noirs autour d’elle. »

Swann retrouve son compagnon, un prof de fac bien sous tous rapports, avec une balle dans le dos. L’enquête sur son assassinat lui ouvre les portes d’un nouveau monde, inconnu et hostile, celui que les flics nomment « l’ultragauche ».

Pour comprendre, pour venger la mort de Samuel, Swann s’immerge. Et découvre les « Black Blocs », ces casseurs qui, en fin de manif, le visage caché sous un foulard noir, balancent des pierres dans les vitrines du capitalisme. Mais très vite, Swann met la main dans un engrenage qui menace de la broyer. Alors qu’une vaste opération clandestine semble se préparer chez les anarchistes et que la police la surveille de près, la santé mentale de la jeune femme vacille. Pour le meilleur et pour le pire…

674L’auteur :  Elsa Marpeau est née 10 août 1975 à Ancenis. Elle a grandi à Nantes.

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, elle est agrégée de lettres modernes et titulaire d’une thèse sur les mondes imaginaires dans le théâtre du XVIIe siècle et a enseigné les arts du spectacle cinq ans à l’université de Nanterre. 

Elle est romancière et scénariste.

 

 

 

Extrait : 
« Elle observe la position du corps. La main droite de Samuel est posée au-dessus de sa tête, presque à plat. Ses longs doigts. Swann chasse les pensées érotiques qui l’assaillent chaque fois qu’elle contemple une main d’homme. Contrairement à elle, Samuel ne s’est jamais rongé les ongles. Elle admire les lunule blanches. Même quand on l’aura enterré, elles continueront à pousser, de même que ses cheveux. Elle se demande si elles vont se salir malgré le bois du cercueil.
Elle se dit que son monde s’est probablement effondré, mais elle ne ressent rien. »

Résumé et petit avis :

Swann est une trentenaire parisienne, post-doctorante en physique  moléculaire, technicienne dans un labo de la fac. Une vie tranquille, teintée d’une légère crainte du dehors  Son existence bascule le jour où elle retrouve son conjoint assassiné, Samuel, qu’elle croyait n’être qu’un simple professeur de sociologie. Elle découvre alors que l’homme qu’elle aimait était un inconnu – il appartenait à un Black Blocs En se rendant à la petite maison de Montreuil, propriété de son ami que lui révèle le notaire, elle rencontre un groupe d’anarchistes autonomistes dont Samuel semble avoir été le leader A moins qu’il n’ait été un indic des flics. Commence alors pour Swann une enquête sur son amour perdu, dans une réalité qui lui échappe.

Black Blocs c’est une écriture clinique qui décortique l’âme humaine.

Elsa Marpeau a une façon bien a elle de campé ses personnages. Elle en dresse des portraits simples, aigus et marquants à la fois. Elle reste à distance de ces personnages. Elle n’y met point d’empathie. Ce qui rend la lecture exigeante, c’est au lecteur d’incarner et de donner chair à ces protagonistes qui vont évoluer sous ses yeux.

Black Blocs. C’est une écriture factuelle qui nous plonge dans l’univers des mouvements autonomes.

blackblocG20_Black_Bloc_by_emerica84« Le mouvement autonome se définit comme une lutte pour l’autonomie du prolétariat par rapport au capitalisme et à l’État, mais aussi par rapport aux partis et aux syndicats Il est classé à gauche de l’extrême gauche. Il est fortement inspiré par le courant libertaire, et par le marxisme luxemburgiste et/ouconseilliste. » (source: Wikipédia).

Les Black Blocs pour les journalistes : ce sont les casseurs qui, en fin de manif, mettent un foulard noir sur leur visage, prennent une batte de baseball et cassent les vitrines (et les CRS).

Les Black Blocs pour eux-mêmes : des individus isolés qui, parfois, sans règle prédéfinie, sans mot d’ordre d’un chef, s’agrègent momentanément pour lutter contre la violence du capitalisme.

Mais avant tout Black Blocks est un roman sur le deuil et la résilience. C’est un parcourt initiatique, celle d’une jeune femme qui perd pied. Une jeune femme en déliquescence qui trouve une résonance dans le combat pour la destruction du monde qui l’entoure, dans le désordre que prône cette ultra gauche. Un effet miroir entre sa propre dislocation et la désagrégation des valeurs de la république que piétine parfois l’Etat sous prétexte d’intérêts supérieurs

Enfin Black Blocs trouve un nouvel échos dans notre actualité quotidienne, même si à l’époque de son écriture, l’auteur pensait à l’affaire Julien Coupat et du groupe Tarmac.  Avec ses nombreuses grèves, les nombreux défilés contre la loi « travail » et leur cortèges d’affrontements entre les forces de l’ordre et les groupuscules anarchistes., les Black Blocs sont à la unes.

Lire ICI le début de Black blocs

Pour compléter votre voyage, je vous conseille la lecture de la bible sur le sujet qui vient d’être rééditer au Québec dans une édition actualisé et augmenter.

 

black-blocs-2016-site-217x400Les Black Blocs : la liberté et l’égalité se manifestent  de Francis Dupuis-Déri. Parution en Amérique du Nord : 12 mai 2016 ; Parution en Europe : en octobre 2016

Apparue à Berlin-Ouest au début des années 1980, fréquemment employée après le Sommet de l’OMC à Seattle en 1999, la tactique du black bloc connaît un nouvel essor depuis 2010. Des black blocs ont pris la rue lors des manifestations contre le G20 à Toronto, lors du Printemps arabe, pendant le mouvement Occupy et celui des Indignés, lors des récentes grèves étudiantes au Québec, de la campagne contre la vie chère au Brésil, etc.

Cagoulés, vêtus de noir et s’attaquant souvent aux symboles du capitalisme et de l’État, les black blocs sont présentés par les voix dominantes au mieux comme des « casseurs » apolitiques s’adonnant à la destruction par pure jouissance du chaos, au pire comme de dangereux « terroristes ».

Ce livre, paru pour la première fois en 2003 et dont la présente édition offre une mise à jour, sera utile à qui veut comprendre l’origine de ce phénomène, sa dynamique et ses objectifs. Alliant observations de terrain, entretiens avec des militants et réflexion éthique et politique, Francis Dupuis-Déri inscrit les black blocs dans la tradition anarchiste de l’action directe.

Francis Dupuis-Déri est né à Montréal en 1966. IFrancis Dupuis-Déri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Spécialiste des idées politiques et des mouve­ments sociaux, il est l’auteur de nombreux ouvrages. Il est membre de l’Observatoire sur les profilages racial, social et politique dans l’espace public. Il a collaboré avec le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) et la Ligue des droits et libertés. Francis Dupuis-Déri a milité dans des collectifs de sensibilité anarchiste au Québec et en France. Il est chercheur en science politique à Montréal. Il collabore au Monde libértaire, et il a signé des articles dans diverses revues (Agone, Réfractions, etc.) ainsi que deux romans à saveur politique.

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Prise directe de Eoin Colfer


Mes petites lectures
9782070135660,0-1337014Le livre : Prise directe de Eoin Colfer.Traduit de l’anglais par Antoine Chainas.Paru le 5 avril 2012 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 19€90 ; (308 p.) ; 23 x 16 cm

Quatrième de couverture

Prise directe

Thriller

« Je serai heureux quand j’aurai des cheveux ! » Voilà ce que pense l’ex-casque bleu irlandais Daniel McEvoy, désormais portier dans un casino miteux du New Jersey. Sa morne existence se résume à gérer les clients difficiles, à supporter les crises psychotiques de sa voisine, et à lutter contre l’alopécie. Jusqu’au jour où non seulement son meilleur ami, l’inquiétant docteur Zeb Kronski, disparaît mystérieusement, mais également l’hôtesse qu’il a aimée, assassinée d’une balle dans la tête.

Accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, Dan se retrouve pris dans un engrenage où sa seule alliée est une policière tueuse de flics, et son pire ennemi, l’impitoyable trafiquant Mike Madden. Il comprend alors que son combat contre la chute des cheveux est le cadet de ses soucis.

Prise directe constitue la première incursion d’Eoin Colfer dans le roman noir. Un coup de maître de la part d’un des écrivains les plus doués du moment.

EoinColfer_largeL’auteur : Eoin Colfer est né à Wexford, en Irlande, le 04 mai 1965.

Tout jeune, il écrit une pièce de théâtre pour sa classe. Après ses études il devient enseignant. Grand voyageur, il a travaillé en Arabie Saoudite, en Tunisie et en Italie, avant de revenir en Irlande où il  vit  aujourd’hui avec sa famille. Mais il n’entretient strictement aucun rapport avec son nouveau héros, Daniel McEvoy.

Extrait :
Le docteur Moriarty me raillait souvent : Ce n’est pas parce que la terre entière en a après toi que tu n’es pas fou. J’ai toujours pensé que cette phrase comportait trop de négation.
Lecture d’avant

Résumé et petit avis :

A la recherche d’une vie tranquille, Danie McEvoy, un ancien militaire irlandais, s’est reconverti comme portier dans un casino du New Jersey. Mais lorsqu’il découvre le cadavre de la serveuse Connie, Dan reprend du service.

Eoin Colfer, génial auteur de la célèbre série Artemis Fowl, mais aussi d’une suite magistrale à l’œuvre culte de Douglas Adams, «H2G2, Le Guide du voyageur galactique». (une odyssée spatiale à l’humour dévastateur) fait ici une première incursion dans le roman noir.

Et Eoin Colfer qui fait irruption dans le roman noir c’est un peu comme une éléphant dans un jeu de quille. Ça déménage. Forcément, on est bien dans un contexte noir, un caïd, des policiers pas toujours très nets, quelques trafics juteux.  Un décor digne des plus grand films noirs des années 50, mais c’est compter son l’humour de l’auteur. Car ici Colfer déglingue tous les codes. Notre roman noir prends des allure de thriller. Un polar qui dérape en road-movie.

Et puis il  a la petit voix qui accompagne notre héros. Et puis il y a les dialogues savoureux.

Personnellement j’ai totalement adhérer à ce polar jubilatoire et irrésistible.

Le noir chez Eoin Colfer c’est lumineux.

 

Pour lire le début c’est ici

Rural Noir de Benoit Minville


9782070148769,0-2999195Le livre : Rural noir de Benoît Minville. Paru le 18 février 2016 chez Gallimard dans la collection Série noire. 18€, 256 pages ; 23 x 16 cm
 Mot de l’éditeur :
Ados, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables, ils foulaient leur cambrousse dans l’insouciance.
Tout a changé cet été-là. Un drame, la fin de l’innocence.
Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.
Oscillant entre souvenirs de jeunesse tendres ou douloureux et plongée nerveuse dans une réalité sombre, Rural noir est la peinture d’une certaine campagne française. Un roman noir à la fois cruel et violent, mais aussi tendre et lumineux ; évoquant la culpabilité, l’amitié et la famille.
Dans la tradition du country noir américain, territoires ruraux et laissés-pour-compte côtoient ceux dont on parle peu au milieu d’une nature «préservée» – ou en friche.
 
 Capture&&&&&&&&&L’auteur :
Benoit Minville est né en 1978 à Paris et vit à Sartrouville (Yvelines). Il doit à sa mère libraire de lui avoir inoculé le doux virus : il est entré en librairie pour un été et y est toujours, quelques années ( une quinzaine) plus tard. Libraire fana d’échanges et de conseils, lecteur passionné de tout bouquin qui transporte une énergie (de Dumas à Pennac, de Ellroy à Lansdale, de Twain à Axl Cendres), son amour de la culture est sans limite et « encré » jusqu’au bout des bras.

Extrait  :
 » Ce soir on est les rois. Cette nuit d’été est à nous. On se rabâche cet hymne depuis des semaines et à chaque fois c’est la plus grande découverte de l’histoire de la musique. Notre vieille grange nous protège de l’orage de fin du monde qui rôde. On transpire la joie, le rock’n’roll et l’amitié. On est plus grands que King Kong, plus heureux qu’une colonie de milliardaires, plus sauvages qu’une horde de hors-la-loi.
Les vacances sont là, attendues avec plus de ferveur que le premier baiser que je traque depuis peu.
Les vacances dans notre chez-nous ; un été à parcourir notre paradis tout vert. Un quotidien à réinventer. La vraie joie d’exister et de grandir ensemble.
Nous quatre.
Je les regarde, mes potes, si fier de les connaître. »

Résumé et mon petit avis :

 Dans la campagne nivernaise, le clan formé par Romain, son frère Christophe, Vlad et Julie, est bouleversé par l’arrivée de Cédric, un adolescent rebelle, puis par l’agression de la seule fille de la bande. Dix ans plus tard, à la mort de ses parents, Romain revient dans le village et découvre les différents chemins pris par ses amis. Le gang se reforme quand Vlad est retrouvé presque mort.

 J’ai total kiffé ce bouquin. A tel point que je n’arrive pas vraiment à mettre des mots dessus.

C’est en lisant la chronique qu’en a fait une amie que j’ai réussi à démarrer ce billet.
Tout ce qu’elle en disait était vrai. C’était exactement ça. Et pourtant ce livre ne l’avais pas autant touché que moi.

La chronique de Nath ICI

Et je comprends les critiques qui disent que cette écriture et trop simple que c’est facile de jouer avec les souvenirs ou la nostalgie des lecteurs pour créer l’empathie. Mais ce roman c’est bien plus que ça, c’est du vécu, des sentiments purs, entiers comme on ne peut qu’on avoir à l’adolescence. De ces colère et de ces révoltes qui nous font faire des trucs insensés. Des amitiés à la vie à la mort que l’on veut éternelles.

J’ai eu la chance de pouvoir en parler avec l’auteur. Je lui disais ça :

« Mec, il va falloir que l’on parle sérieusement. J’ai adoré Rural Noir. Il m’a profondément touchée. Mais j’arrive pas à écrire un mot dessus. C’est chiant car j’adore faire partager mes lectures avec mes potos, surtout quand c’est un pur coup de coeur. Tu sais que tu fais chier, mec, j’ai même versé ma larme et dieu sait que c’est pas le genre de la maison. C’est vraiment rare, même avec certains titres qui ont bouleversé ma vie de lectrice »

Benoit était visiblement touché par mes mots. Ému même. Et en grand pudique, il me remerciait pour cela. Mais il était hors de question d’en rester là. je voulais comprendre, je ne voulais pas rester sur cet échec. Il fallait que je mette un peu d’intellect sur mon ressenti, sur mes émotions pour en sortir quelque chose.

Alors, avec Benoit, nous avons parler, longuement, nous nous sommes raconter une partie de nos vies, celle de l’adolescence et de l’enfance. Nous nous sommes confiés, des choses intimes parfois. Nous nous sommes aperçu que nous avions vécu des choses communes, des drames similaires. Nous avions les même souvenirs. Ils n’étaient point communs, puisque Benoit est plus jeune que moi, que les siens était dans la Nièvre et les miens dans ma Haute Marne profonde, mais ils étaient pourtant identiques. C’est là que j’ai compris que tout cela si c’était totalement personnel, ça avait quelque chose d’universel !

Alors …Oui ce roman m’a touchée, il a réveillé en moi des souvenirs enfouis, certains qui me font sourire aujourd’hui, des bons souvenirs, la liberté que nous offrait le fait de vivre à la cambrousse, les échappées belles, tous ensemble, laissant libre court à notre envie de rébellion. Notre insouciance et surtout ce sentiment de toute puissance qui nous rendait presque immortel.

Mais il m’a aussi secoué, faisant remonter à la surface des souvenirs plus douloureux qui résonnent encore en moi aujourd’hui et  toute cette innocence perdue avec eux.

 « Le village était resté immobile face au temps mais le constat s’imposa, les vieux étaient devenus très vieux et certaines maisons resteraient fermées même s’il allait sonner aux portes. »

Aujourd’hui quand je retourne, trente ans après, dans ce coin de campagne qui a bien changé, je ne retrouve quasi plus mes amis et mes camarades de jeux, de beuveries et de virées. La plupart ne vivent plus là. Certains de ceux qui sont restés traînent leur vie de misères en galère. De petits boulot en soûlerie le week-end au bar du coin. D’autres sont restés eux même, ceux sont de vrais amis que j’aime profondément. Si on se voit peu, on a toujours plaisir à se retrouver, à refaire le monde, à réécouter les musique que l’on aime. J’ai vous grandir leur gamins. Ils font aussi un peu partie de la famille. Je les ai vu ados avec leur potes, faire les même connerie que nous avions faites. Je portais un regard indulgent sur leur bêtise. Mon père pestant contre ses petits morveux qui n’ont aucun respect et qui fume de la drogue en plus. Mais, papa, tes propres enfants en faisaient autant et bien pire encore. Rappelles toi de ta jeunesse au village, il était une fois… Parfois quand tu nous la racontes, tes bêtises de l’époque te font bien rire.

A leur tour les enfants de mes amis ont des enfants, et dans quelques années, ils seront adolescents. Et à leur tour il vivront leur vie de jeunes ado. Ainsi tourne la vie.

Et oui, le livre de Benoit Minville a ce quelque chose de profondément humain et universel qui ne peut que vous parler. Et je pense réellement que, même si vous êtes un vrai urbain, vous serez vous aussi touché par ces mots simples.

Condor de Caryl Ferey


CM16

 

 

9782070143528,0-3166133Le livre : Condor de Caryl Ferey. Paru le 17 mars 2016 chez  Gallimard à la Série Noire. 19€50 ; (416 p.) ; 23 x 16 cm

4éme de couv
Condor, c’est l’histoire d’une enquête menée à tombeau ouvert dans les vastes étendues chiliennes. Une investigation qui commence dans les bas-fonds de Santiago submergés par la pauvreté et la drogue pour s’achever dans le désert minéral de l’Atacama, avec comme arrière-plan l’exploitation illégale de sites protégés…
Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée

Collectif Kris

Quand j’embarque avec Caryl, c’est toujours pour un voyage hors des sentiers battus, un voyage accompagné d’anti héros qui me transportent comme lui seul sait le faire.

Dans ce livre sombre, une lueur d’espoir, d’amour même arrive toujours à percer, quelque part ! Condor, oui ce bel oiseau de malheur comme il le dit si bien, 40 ans plus tard laisse encore des séquelles qui resurgissent au milieu de la misère et de la détresse ….

Très difficile de se relever indemne après une histoire aussi intense et je n’ose imaginer ce que ce doit être pour l’auteur !
Du grand Ferey une fois de plus !

 

La foire aux serpents de Harry Crews


chronique-de-lecteurs

product_9782070493586_195x320Le livre : La foire aux serpents de Harry Crews.  Paru à la série Noire. Traduit de l’américain par Nicolas Richard. 208 pages, 117 x 180 mm  Achevé d’imprimer : 26-09-1994

Réédité en poche en Folio en 2000. Et avec une nouvelle présentation  le 7 mai 2010.9782070437610,0-574871
 6,40 € ; (256 p.) ; 18 x 11 cm

 

4e de couv :

La foire aux serpents

Joe Lon est un sale type qui a grandi aux côtés d’une soeur folle et d’un père brutalisant ses chiens. La mère a disparu. Les potes se défoncent, attendent le soir et cherchent dans les excès un espoir d’ailleurs qui ne vient pas. Joe Lon est leur meneur égaré qui, un jour, pour écrabouiller l’ennui, noya dans le fleuve un voyageur perdu. Il habite désormais le camping avec ses deux gosses et tabasse sa femme. Joe Lon attend comme une bombe, caresse ses crotales et maudit l’univers. Un jour, il le sait, Berenice reviendra. Ce jour sera celui de la foire aux serpents. De purs déjantés arriveront de partout. La fête sera folle et ce sera la mort, l’hystérie et le sang. Berenice, alors, le capturera de nouveau de son regard d’absinthe et tout redeviendra possible : le pire, la passion brute, ce qui n’arrive qu’avec elle et fascine pourtant…

L’auteur : Harry Crews, né le 7 juin 1935 à Alma (comté de Bacon) en Géorgie aux États-Unis et mort le 28 mars 2012 à Gainesville en Floride, est un romancier américain. Il a été élevé à la dure et s’est engagé à dix-sept ans dans les Marines. Au retour de l’armée, il a décidé de voir du pays et enfourché sa moto pour faire un tour à l’Ouest. .Il fera de la prison, sera tabassé par un Indien unijambiste et croisera des destins hors du commun.  Après de nombreuses aventures, il est revenu dans l’Est pour commencer à écrire. Totalement atypique, souvent féroce avec les gens normaux et tendre avec les monstres, il s’est imposé comme l’un des plus grands écrivains américains de romans noirs.

 Extrait :
Le whisky avait rendu Joe Lon amer. Enfin, il supposait que sa mauvaise humeur était due au whisky. Il rota et fixa Willard. « Bon, et pis d’abord comment on y joue à ce truc de débat ? »
Willard cessa immédiatement de rire, il prit d’abord une mine sérieuse puis dit sur un ton mauvais : « Tu serais malade si tu voyais ça, Joe Lon. Ils jouent ça avec une petite bague en caoutchouc.
– Une bague en caoutchouc ? répéta Joe Lon, sentant immédiatement la charge de bile outragée que lui pompait son coeur.
– C’est avec ça qu’on y joue. Ces deux types ont des petits chaussons blancs et … »
La voix de Joe Lon monta d’un cran, incrédule.
 » Chaussons blancs !
– Des petites saloperies pointues. Ils s’envoient les petits anneaux de caoutchouc, et le but du jeu c’est de l’attraper avec la bouche.
– Dans la bouche ? brailla Joe Lon en quittant brusquement la table. Dans la bouche !
– En plein dans les dents », confirma Willard.
Joe Lon leva la main, les doigts épais bien écartés, et la contempla un moment.  » Bérénice a fait venir ce connard jusqu’à Mystic pour qu’y me serre la main.
– On dirait bien, fit Willard.
– Cette nana est tarée.
– Si je me souviens bien, elle était déjà tarée en partant. »

 

L’avis de JEAN-LUC

Noir, cette fois-ci, c’est vraiment noir !

Je ne connaissais pas cet auteur américain, mais un petit aperçu sur sa vie m’a donne envie de lire « La Foire aux serpents »

Il faut savoir que Harry Crews durant sa vie, fera la guerre de Corée, de la prison, croisera des personnes hors normes et pour finir quittera femme et enfant pour s’installer tout seul dans une cabane pour écrire…

9782070414888,0-28165La Foire aux serpents est peut être ce qu il y a de mieux dans le roman noir américain, je ne suis pas un expert mais quoiqu’ il en soit, j ai adoré et dévoré ce livre en 2 jours. J’ai aime et déteste ces personnages bizarres au bord de la folie, et aussi cette ambiance vraiment glauque, tout y est. Il y est question entre autre, de sexe, de folie, de combat de chiens et bien sur de serpents

Le roman est construit très simplement en deux parties.

On pose d’abord les personnages, tous plus fous les uns que les autres et puis dans un second temps, la réaction en chaine est lancée !

J ai aussi beaucoup aime la plume de l’auteur, crue , précise mais presque poétique par moment

Un très bon roman, mais âmes fragiles s’abstenir…