Inestimable de Zygmunt Miloszewski

Le livre : Inestimable de Zygmunt Miloszewski – traducteur Kamil Barbaski –  Paru le 14 octobre 2021 chez Fleuve éditions – collection Fleuve Noir – 21.90 €.  (496 pages) ; 15 x 22 cm

 4ème de couverture :

Un roman qui mêle science, découverte médicale et enjeux économiques au cœur d’un sujet d’actualité

À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission, qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable : une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

L’auteur : Né à Varsovie en 1976, Zygmunt Miloszewski est écrivain et scénariste. Ses romans sont traduits en dix-sept langues et se sont tous classés en tête des bestsellers à leur sortie en Pologne. En France, grâce à sa trilogie de romans policiers mettant en scène le procureur Teodore Szacki, il a été finaliste du Grand Prix des lectrices d’ELLE, du prix du polar à Cognac et du prix du Polar européen du Point. La Rage (Fleuve Éditions, 2016 ; Pocket, 2017) a reçu le prix Transfuge du meilleur polar étranger. Avec Inestimable, il retrouve les personnages de son plus grand succès, Inavouable (Fleuve Éditions, 2017 ; Pocket, 2018).
Extraits :
« Trop tard, se dit-il pour la millionième fois, j’ai tout commencé trop tard. Combien d’années vivrai-je encore ? En bonne santé, au mieux vingt ou trente ans. Viendront ensuite un cancer, la démence, puis une lente agonie. Et avec elle le réflexe de se mentir à soi-même en disant que « je me sens toujours bien pour mon âge », que « ça pourrait être pire », que « cette chemise me rajeunit d’une dizaine d’années ». »
« Le problème, c’était que Bogdan Smuga ne croyait ni en l’amour, ni au bonheur familial, ni à l’action bénéfique d’un foyer. Il était d’avis que ce modèle d’existence était l’excuse des paresseux qui n’avaient pas le courage de consacrer leur vie au développement de l’héritage de l’humanité. Une femme et des enfants n’étaient qu’un carcan absurde qui accaparait du temps et les pensées. Le mariage, ce n’était que la cession d’une existence contre des rapports sexuels facilement accessibles et quelques émotions banales. Et l’amour ? Ce n’était qu’une simple réaction biochimique qu’on avait, allez savoir pourquoi, parée de mythes et de légendes. »
« Vladimir Grigorovich Kozemiako lui fit d’emblée une superbe impression. Elle s’attendait à l’archétype du fonctionnaire russe aux cheveux gras, poivre et sel, des verrues plein la face, dans une chemise beige saupoudrée de pellicules. Elle rencontra un beau gosse soigné d’une trentaine d’années avec des boucles noires nouées en queue-de-cheval, dans une chemise bleu clair aux manches retroussées et sans une seule dent en or. D’accord, il portait une chaîne dorée au poignet et une croix orthodoxe au cou, si grosse qu’on aurait pu la planter au sommet d’une coupole, mais en dehors de cela, c’était un professionnel de haut niveau parmi les cadres sup’ des musées. Un homme éduqué, moderne, cosmopolite, polyglotte qui croyait – du moins, c’est ce que Zofia supposait – en la science par-delà les divisions nationales et en tant qu’héritage conjoint de l’humanité »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Inestimable de Zygmunt Miloszewski

Zofia, nous l’avons rencontrée dans le précédent roman de Zygmunt Miloszewski Inavouable. En difficulté professionnelle, cette experte de l’art doit trouver les ressources financières pour soigner son mari atteint de pertes de mémoires. Pour ce faire, elle accepte d’aider un scientifique en l’accompagnant sur l’île de Sakhaline et en tenter de dérober un artéfact shamanique susceptible de soigner la maladie d’Alzheimer.
Fin du premier épisode … ensuite ça se complique !
Pourra-t-elle atteindre son objectif, sauver son couple, sa famille de l’effacement des bons souvenirs qu’elle y partage ? A quel prix ?

Au-delà de ce roman d’aventure, haletant et scénarisé comme un « Indiana Jones », l’auteur, tout en bousculant les clichés, nous pose des questions existentielles, au-delà d’une réflexion sur les religions …
Que faire pour résister aux changements climatiques ? Changer nos habitudes de consommation ou réduire la population mondiale ? Les deux ?
Que faire pour vieillir en toute conscience, en toute autonomie ?
Deux factions vont s’affronter autour de Zofia qui prendra cher dans ce conflit ! Deux factions dont il est difficile de dire si les uns sont plus vertueux que les autres, confrontés que nous sommes à nos valeurs : humanité contre humanisme ? L’auteur élève le débat depuis son dernier roman, il secoue les consciences. Il provoque l’empathie douloureuse. Ces personnages sont d’un réalisme tragique et les situations souvent cocasses.
Pour tout vous dire lecteurs, j’ai beaucoup aimé ce livre car il m’a touchée au plus près de mes phobies.  Oui, car à titre personnel je crains par-dessus tout la perte de la mémoire, de la pleine conscience, mais aussi moins égoïstement, je redoute l’incapacité de notre humanité à réagir au désastre climatique qui n’est plus une vision futuriste mais bien une actualité.
Roman noir, sociétal, thriller, tout à la fois, ce dernier opus est en outre remarquablement traduit. La complicité entre l’auteur et son traducteur est une valeur inestimable aussi !

Clin d’œil de l’auteur à Olivier Norek himself, au chapitre 11 … il a lu Impact, assurément.

Lu en version numérique 14,99 €

Je remercie les éditions Fleuve noir pour sa confiance.

Autres extraits
« Si vous me demandez si j’ai envie de mourir, alors non, je n’en ai nulle envie, bien sûr. Et je serais probablement triste de trépasser indépendamment des circonstances. Mais si je dois cesser d’exister, alors la conscience qu’avec ma génération disparaît aussi l’intégralité de mon espèce constituée d’idiots, de méchants et d’enragés me fait me sentir mieux.
— Je croyais que nous, les scientifiques, étions des humanistes.
— Nous sommes les enfants de la nature, de sa beauté, de sa force, de sa diversité, de son infinie capacité à créer. Nous serions de piètres scientifiques si nous assujettissions nos actions à une seule espèce, sous prétexte que nous y appartenons. L’humanisme équivaut à un nationalisme ou à un fondamentalisme religieux, capable de justifier n’importe quelle bassesse au nom de l’Homme. Or l’Homme en tant qu’idée, hum… même le Dieu de l’Ancien Testament ou Adolf Hitler font pâle figure à côté de lui. Leur férocité sanguinaire devient innocente, locale et de faible ampleur en comparaison. »
« La plupart des dogmes de la plupart des religions sont un charabia de forcené. Tu as une frontale ?
— Quoi ?
— Une lampe qu’on met sur la tête.
— Bien sûr.
— Est-ce qu’au moment de l’allumer dans le noir, tu réfléchis à ce qui la compose ? Que le nickel pour les piles qui l’alimente a été extrait par un enfant en pleurs dans une mine africaine ? Que le plastique est vendu par une multinationale pétrolière qui détruit la planète ? Que pour produire cette lampe, on a utilisé le courant d’une centrale à charbon, et que pour son transport, on a consommé le pétrole d’un oligarque mafieux ? Que la compagnie qui te l’a vendue arnaque sur ses impôts et qu’à cause d’elle, le producteur local de lampes a fait faillite ? Que c’est un autre satané morceau de plastique qui empoisonnera la nature et filera des cancers à tes arrière-petits-enfants ?
— Non.
— Alors pourquoi, en pénétrant dans une église, tu devrais songer aux croisades, à l’Inquisition et aux pédophiles en soutane ? »

6 réflexions sur “Inestimable de Zygmunt Miloszewski

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