Muscle, Alan Trotter

Les découvertes de Ge

Aujourd’hui sur Collectif Polar, Geneviève notre Porte flingue vous propose deux coups de cœur, deux romans qui ont su l’emporter.

Voici le second polar fantastique qu’elle vous propose de découvrir

Le livre : Muscle de Alan Trotter. Traduit de l’anglais par Yoko Lacour. Paru le 31 mars 2021chez Denoël dans la collection Et d’ailleurs. 22€. (300 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Dans une ville où les escrocs, les arnaqueurs et les racketteurs sont légion, deux durs à cuire déambulent : _ et Boîte. Ce sont des hommes de main tout en muscles qui réfléchissent rarement à deux fois et posent très peu de questions. Entre deux missions, ils passent leur temps dans des tripots peuplés d’individus si ce n’est louches, du moins atypiques. Les mauvais coups s’accumulent et les cadavres s’empilent sans qu’il soit possible de faire machine arrière…

Ce texte d’une grande originalité, qui mêle codes du roman noir des années 1930 et fantastique, est aussi une réflexion salutaire sur l’ennui et la violence qu’il engendre.

L’auteur : Alan Trotter est né en Écosse en 1985.
Son premier roman, Muscle vient d’être publier chez Denoël (le 31 mars 2021).
Il est titulaire d’un doctorat en littérature anglaise de l’Université de Glasgow – sa thèse concernait des écrivains faisant un usage inhabituel de la forme du livre.
Il vit à Édimbourg
Extraits :
« Lorsque ____ est arrivé en ville j’étais assis à la terrasse d’un café. Il pleuvait mais sans plus et je fumais une cigarette dont je tapotais la cendre sur les chaussures d’un type à la table voisine, un couillon avec une moustache que j’avais prise en grippe. Le type s’est hâté de partir, me laissant sans personne sur qui tapoter ma cendre ni grand-chose de ma cigarette quand ____ est arrivé.
____ est arrivé éjecté d’une voiture. Son visage d’abord, suivi des genoux, les bras haut derrière comme liés à ses flancs. Il a heurté le sol dans une pirouette, pour finir tel un cadavre qu’on expose : à plat dos, membres droits et raides. La voiture qui le transportait ne s’étant jamais totalement immobilisée, il n’en est resté, une fois son chapeau ayant cessé de tourner sur lui-même comme une pièce dans la poussière, qu’un résidu de gaz d’échappement. On l’avait jeté plus ou moins à mes pieds. Mais ____ est parvenu à me regarder de haut, comme si j’étais étendu avec lui dans le caniveau. »
« Les deux hommes le regardent s’effondrer dans le noir, ils le regardent dégringoler entre les rails de chemin de fer, son corps disloqué toupine, ses bras cordes fouettent l’air.
Le plus petit des deux, Hector est son nom, allume une cigarette.
« Alors, on dit quoi de ça ? »
L’autre attend, le regard aigu comme un poignard. Il attend et regarde son compagnon jusqu’à ce que celui-ci lui tende la cigarette. Il tire une bouffée, et alors qu’Hector en reprend une, déclare : « D’instinct, je dirais que ça m’a plu. »
Cet homme-là s’appelle Charles.
« Les raisons en sont évidentes. Il y a dans la transformation un drame intrinsèque.
— Un instant c’est une personne, dit Hector, et juste après un fatras de crayons brisés. Il est sang, chair et volition sans contrôle, rien d’autre. Et puis il n’est plus là. En arrière et hors de vue, il nous laisse penser à lui.
— Ou c’est nous qui ne sommes plus là, remarque Charles.
— Ou c’est nous qui ne sommes plus là. Bien sûr, vous avez raison, admet Hector. »

Le post-it de Ge

Muscle, Alan Trotter

Voilà plus de deux mois que j’ai lu ce polar et je n’arrive toujours pas à en faire une petite chronique. C’est dire si sa lecture m’a marquée . Car en effet ce premier polar est un roman unique qui ne ressemble à rien d’autre connu.  Pour son premier roman Alan Trotter nous joue une interprétation débridée du roman noir et du polar.

Dans une ville dominée par la violence et désertée, deux hommes opposés s’associent dans le crime. Ils sont engagés par des gangsters pour recouvrer les dettes impayées, une tâche pour laquelle ils se révèlent doués. Ils occupent le reste de leur temps à jouer aux cartes dans des tripots, en compagnie d’individus peu recommandables. Les cadavres s’accumulent sur leur chemin.

On va suivre ce duo de porte flingues bodybuildés qui dézingue tout ce qui bouge sur leur passage. Ça défouraille dur, ça saigne, ça pue l’hémoglobine. Ça vous laisse un gout de sang et de fer dans la bouche. Je vous le disais Muscle est sans frein, sans retenue, c’est frénétique, explosif, impétueux.

C’est d’une hyperviolence désinvolte qui se transforme, progressivement, de manière hypnotique, en quelque chose de bien plus troublant.

Et puis il y a l’écriture de Trotter, et aussi son humour. Ce ton original. Cette façon aussi qu’il a de ne pas identifié un de ses personnages, dans le couple de tueurs il y a Box et ____. Oui ____ qui restera anonyme.

Il y a aussi les tours de passe-passe que nous joue l’auteur. Sommes-nous devenus dingue, dans une réalité augmentée ou bien virtuelle. Dans un autre plan astral, une courbe temporelle, un univers parallèle.

L’auteur joue avec les intrigues, il les triture, les tort jusqu’à qu’elles se fondent à son histoire. Il joue avec nos nerfs et notre intelligence, avec notre, ou plutôt nos compréhensions aussi.

Je ne sais pas si j’ai tout pigé, mais ce qui est sûr c’est que ce polar m’a marquée. Je me suis posé la question, ai-je aimé ce bouquin, la réponse est oui car l’expérience est incroyable. A se demander si l’auteur n’a pas tenté de rendre hommage à tous les mauvais genres. Aux littératures Pulp et populaires, aux romans de gare, au roman noir aussi. Car clairement ce duo de durs à cuire en maraude dans l’Amérique des années 50 prend réellement une dimension existentielle.

Alors oui Muscle est ultraviolent, oui parfois il y quelque chose d’irritant dans ces histoires. Mais même si à la fin Muscle risque d’être un roman que vous aurez sans doute envie de très vite oublier.  Mais… quoi qu’il en soit et malheureusement pour vous, ou, heureusement allez savoir,  Muscle vous accompagnera longtemps après sa lecture.

Muscle reste une sacrée découverte, ça c’est certain, une expérience qui me marquera  à tout jamais et donc je ne ressors pas indemne, secouée que j’ai été ! Une expérience unique en son genre.

Alors vous attendez quoi pour vous lancer dans sa lecture ?

3 réflexions sur “Muscle, Alan Trotter

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