L’étrange univers du schizophrène de Sophie Chrizen

L’étrange univers du schizophrène de Sophie Chrizen chez Librinova le 18/03/2019 ; 15€90 ; (162 pages) ; 14cm x  21,6cm.

4ème de couvertureSophie Chrizen est l’anagramme de schizophrénie. Qui soigne le mieux la maladie, est-ce réellement le psychiatre ? L’auteure se met en scène mais dresse également un portrait lucide et critique de la prise en charge des malades, évoquant ses vingt années de maladie, mais également son brillant parcours d’étudiante. À la fois roman et auto-fiction, L’Étrange univers du schizophrène embarque le lecteur de manière très romanesque dans un univers mal connu et pris en charge très partiellement, à grands coups de médicaments.

 

L’auteur : Née à Cannes en 1977 dans l’amour et la joie, Sophie Chrizen est cadette d’une fratrie de trois. À 17 ans, quand la maladie se manifeste, elle est étudiante en biochimie. Ce handicap qu’on ne nomme pas tant il est méconnu et décrié, la poussera à interrompre son cursus ; mais c’est son acharnement à guérir qui lui permettra de poursuivre de hautes études. Déçue par la psychiatrie, elle entame en parallèle d’autres voies prometteuses vers la rémission. Aujourd’hui marraine de jeunes en souffrance, elle les aide à retrouver leur chemin vers eux-mêmes.
Extrait 
Je lui tendis l’ordonnance et me levai pour signifier la fin de notre entretien, les raccompagnant bras ouvert vers la porte de sortie.
Je le savais, il y avait de bonnes chances que ses symptômes délirants dérivent en schizophrénie. De leur persistance et de leur chronicité dépendrait l’établissement du pronostic. Les bases du syndrome étaient là : hallucinations, délires. Le choc qu’engendrait l’annonce de la prise en charge psychiatrique et la puissance destructrice des pilules auraient vraisemblablement raison de la force de guérison de Sophie. D’elle ou de sa maladie, je ne misai  pas sur elle. Je ne dis rien de mes points de vue pessimistes. J’avais déjà mentionné que ses comprimés seraient à prendre à long terme, probablement à vie, et qu’il serait dangereuxde les interrompre ou de les supprimer. 

 

Les missives de Fanny H

L’étrange univers du schizophrène de Sophie Chrizen

Tout commence dans le cabinet d’une psychiatre où Sophie entre suivie de ses parents. Au collège et au lycée, elle fût une très bonne élève, personne ne se rendait compte de rien mais il y avait déjà des prémices de la maladie. Elle connut tôt le mélange d’herbe et d’alcool. Elle décrit des parents démunis devant les problèmes de leur adolescente. Elle perd parfois le sens de la réalité. Elle prend peur devant les catastrophes du monde annoncées au journal. Elle imagine le présentateur s’adressait à elle entre deux drames. Il l’accuse. Elle se sent responsable de ce qui se passe dans le monde.

L’auteur se met à la place du soignant mais raconte également son histoire par l’intermédiaire du soigné. Elle nous décrit un tableau très amer du monde des psychiatres, où tel ou tel labo promet à coup de pub marketing et de cadeaux que son traitement est mieux que celui du voisin. Elle soulève le problème des rendez-vous donnés à des personnes qui ne sont pas malades.

Sous traitement et malgré une grande fatigue, Sophie a conscience par moment que quelque chose ne va pas. Elle n’a goût à rien, le bruit et l’agitation l’angoissent. Elle se sent pénétrée par d’autres. Elle se pose des questions sur sa santé mentale. Elle va en cours si elle arrive à se lever et n’a pas d’amis.

Lors des toutes premières visites chez sa psy, Sophie émet l’idée d’arrêter son traitement pour des solutions plus saines comme la sophrologie ou des tisanes. C’est une attitude classique de déni chez les schizophrènes. Les médicaments seraient des barrières chimiques qui arrangent tout le monde sauf le patient.

Le protocole des psy exige qu’ils n’écoutent que d’une oreille et qu’ils bloquent tout sentiment d’empathie au risque de tomber malade eux aussi. Ils doivent être hermétiques aux maux et aux mots. Bien après des séances, Sophie est décidée à être une bonne patiente et à tout faire pour s’en sortir. Mais quand elle parle d’un sujet qui ne plait pas à sa psy, cette dernière lui répond qu’elle ne va pas bien et elle change son traitement tout simplement. Plus le temps passe, plus Sophie ne comprend pas le bien-fondé et ces séances l’énervent. Plus j’avance dans ma lecture, plus je suis comme Sophie, je ne comprends pas le sens, du moins je ne vois pas le positif. L’auteur nous explique qu’elle a du mal à comprendre le rôle de la psy qui n’est pas vraiment défini. Elle a l’impression de faire tout le travail et que la docteure n’est là que pour prendre l’argent à la fin et qu’elle n’a rien fait, à part une prescription médicale.

Un passage que j’ai trouvé tout particulièrement ironique mais dont je n’ai pas vraiment été surprise  c’est lorsque Sophie a une absence de règles, la gynécologue lui dit « arrêtez les cachets… »

Je ne savais pas que quelqu’un atteint de schizophrénie pouvait continuer et réussir des études ; c’est ce que Sophie fait ou du moins essaye malgré de grosses difficultés à suivre les cours et un traitement de plus en plus fort, comme quoi il est sans doute adapté.

L’auteure se sent comme une coquille vide, ne plus pouvoir être soi-même, que les médocs l’en empêchent. Je me doutais que les patients atteint de schizo se sentaient mal mais pas autant qu’elle le décrit. Elle parle de souffrance, ce qui est un mot très fort. Elle nous dit que tout leur pèse, les autres comme la solitude.

Elle nous donne également la vision d’une psychiatre frustrée qui se rend compte qu’elle n’écoute plus pendant la séance, sa vocation la quitte car elle ne voit pas d’amélioration chez ses patients. Elle se met à se prescrire son propre traitement et à l’accompagner parfois d’alcool. On oscille entre les deux, qui est réellement celle qui va mal ? La psy ? La patiente ? Où est la réalité ? Où est la maladie ? La folie ? Où et comment s’arrête la normalité ?

Et puis un jour, les parents de Sophie demandent son internement. Elle a conscience que sa mère veut l’aider, qu’elle sent sa haine et sa souffrance. Je ne peux qu’imaginer la détresse et le désarroi de la famille sans oublier que cette détresse est encore bien plus grande chez la personne malade. Sophie est dans un état second, perdue, elle entend des voix, ne fait pas de différence de suite sur ce qu’elle entend et les personnes qui lui parlent réellement, comme ses parents par exemple.
Je trouve cela 
dommage que sous prétexte que le patient soit majeur, la famille soit plus ou moins tenu à l’écart du parcours de soin. Sophie vit, voit, entend, croit avoir fait des choses qui sont pourtant irréelles. Elle nous explique qu’elle a l’impression de capter des ondes, comme une antenne radio ; comme si il n’y avait plus de frontières entre son imaginaire et la réalité. Je me demande comment l’auteur a fait pour comprendre tout cela. Je connais une personne qui souffre de schizophrénie et elle n’est absolument pas dans cet état d’esprit, beaucoup moins lucide, moins consciente de ses réels problèmes. Cela dépend-t-il de qui on est au départ, de la personnalité de chacun et de la force de caractère que nous possédons ? Ce qui l’aida aussi beaucoup c’est sa motivation. Toutes les personnes atteintes de schizophrénie ne réagissent pas pareil. D’autres baissent les bras. Sophie réussit même à se trouver un travail quelques temps.
Avec les années, un lien semble tout de même se tisser avec la psy.

Alors qu’elle reprend et poursuit ses études, elle pense qu’elle saura gérer, elle décide de se débarrasser de sa camisole  chimique et part en vacances avec des amis aux sports d’hiver. Le récit de l’auteur en est terrible.

Il existe très rarement des cas de rémission, une des conditions essentielles est d’être au sein d’une famille équilibrée. Heureusement pour l’auteure, sa famille est proche, essaye de comprendre, de déceler les signes pour prévoir et agir sur les crises. Malheureusement, les amis de ses parents prennent du recul peu à peu. L’humain dans toute sa splendeur…

Ce n’était pas toujours évident de suivre ce livre car l’auteure passe d’elle-même à la psy ou du passé au présent. C’est une lecture à faire au calme, posée car elle nous amène à la réflexion. C’est une lecture complexe, sans doute comme le cerveau de Sophie par moment. Je savais que ce que j’allais lire risquer d’être lourd dans le sens vais-je comprendre ? Vais-je savoir retranscrire ce que l’auteur écrit ? Sophie est très courageuse de se livrer ainsi et j’invite ceux qui ont un proche souffrant de cette maladie à lire ce livre afin d’avoir un autre regard. Il me semble que le monde de la psychanalyse est un monde fermé, obtus et étriqué. Qu’il faille à tout prix que les malades rentrent dans des cases bien définies.

Je suis admirative de ce combat difficile que Sophie mène contre elle-même et face au monde entier.

(Merci Sophie Chrizen).

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