Le chouchou du Week end : Cabossé de Benoît Philippon


chouchous-du-week-end
rlfLe livre : Cabossé  de Benoît Philippon Paru le 8 septembre 2016 chez Gallimard dans la collection Série Noire.18€ ; (272 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée »…
Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas…
Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but.
Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

avt_benoit-philippon_3916L’auteur : Benoit Philippon,né 30 novembre1978. est un réalisateur franco-québecois. Il étudie les lettres modernes à la Sorbonne Nouvelle, puis débute sa carrière en occupant diverses fonctions sur les plateaux de tournage. Le futur réalisateur se spécialise ensuite dans les effets visuels.
Benoit Philippon intègre au début des années 2000 la société de production Mac Guff. Cette société est l’un des principaux studios de création d’effets visuels numériques en Europe. Il étend sa pratique de l’industrie cinématographique à la publicité, des programmes télévisé aux clips musicaux. Philippon participe à la réalisation d’un certain nombre de publicités et de longs-métrages. C’est ainsi qu’il supervise les effets visuels pour des marques comme Guerlain ou Cochonou.
Benoit Philippon se met aussi à l’écriture, avec le film Sueurs, sorti en 2002, en collaboration avec Michael Cooper et Louis-Pascal Couvelaire. On retrouve Jean-Hugues Anglade en tête d’affiche. Ce film relate l’histoire de quatre hommes, partis à la poursuite d’un gisement de minerai d’or. Cette aventure les emmènera jusqu’en Afrique du Nord.
Parallèlement, le réalisateur s’occupe des effets visuels pour des films que la société Mac Guff produit, avec une participation dans Largo Winch.
Le cinéaste parvient à écrire et réaliser son premier film en 2009, Lullaby for Pi, qui réunit un casting assez prestigieux. On retrouve Clémence Poésy, remarquée dans Harry Potter et la Coupe de feu, Forest Whitaker et Rupert Friend, dans une comédie dramatique teintée de Jazz.
Extrait :
Guillemette le regarde avec les yeux qui brillent. C’est pas juste les bougies qui se reflètent en dansant, c’est une image de cinéma, quand on se dit : « Ça existe pas dans la vraie vie. » Pourtant, Guillemette est bien réelle et elle se tient en face de Roy. Elle joue nerveusement avec le pied de son verre rempli d’un petit crozes-hermitage pas trop dégueu pour le prix et le standing en rade d’étoiles du resto où il l’a emmenée. La Tour d’Argent, il a pas tenté, elle l’aurait grillé direct. Un mec comme Roy, il va pas à la Tour d’Argent. Il va au Quai Numéro 5, troquet gentiment glauque vers gare de l’Est qui fait une entrecôte-frites pour un prix défiant la crise et une fraîcheur défiant la flore intestinale. Mais la soupe aux cafards au premier rendez-vous, faut éviter. C’est noble, la franchise, mais vaut mieux l’enrober d’un minimum de glamour. Les femmes se maquillent bien, elles aussi, pour arranger la nature. Pareil pour Roy. Il a préféré trouver un resto simplement présentable où oser dîner avec Guillemette à visage découvert.
— Alors Roy, maintenant qu’on a bien baisé et que t’as pu cacher ton mutisme derrière des caresses fort agréables au demeurant, va falloir que tu me dises des choses.
— Des choses ?
— Ben oui, on va pas dîner en silence.
— Ben non.
— Ben non. Et on va pas baiser en dînant.
— Ben non.
— Ben non. Alors va falloir que tu me dises des choses.
Roy sourit. Elle l’éblouit de plus en plus, cette meuf.

Résumé et petit avis :

Les pérégrinations de Raymond, surnommé Roy, un homme de 42 ans au visage ingrat et malmené par la vie, entre ses expériences de boxeur et d’homme de main. Quand il trouve l’amour en la personne de Guillemette, il croise aussi Xavier, son ex-fiancé. La rencontre entre les deux hommes tourne au drame et entraîne les amoureux dans une cavale riche en rebondissements.

Que voilà un premier roman remarquable de sensibilité et intelligence. 

Cabossé nous entraîne pour une cavale où la sensualité se mêle à l’aventure.

Des personnages à fleur de peau et émouvants auxquels on s’attache vite, qui nous font passer du rire aux larmes et ça fait du bien.

Un road trip troublant Lui Roy est taciturne, elle Guillemette est lumineuse. Il est bourru, elle est pétillante. Il est taiseux, elle est volubile !

Servi par une écriture concise, très « parlée ». Une écriture au cordeau, ciselée et rythmée, qui restitue le parlé de la rue et du quotidien et qui rend cette histoire bouleversante de vérité !

Un récit qui donne vie à deux personnages cabossés par les aléas de la vie.

Par leurs aventures, leurs histoires d’amour, ces cabossés nous touchent en plein cœur.

 Un roman inoubliable à découvrir de toute urgence !

De mon coté, j’ai surtout hâte de retrouver les mot (Les maux) de Benoit.

Tiens je l’appelle par son simple prénom, comme si nous étions familier. Pourtant je ne le connais pas. Mais là aussi je suis impatiente de le rencontrer et d’échanger avec lui !

Publicités

Rural Noir de Benoit Minville


9782070148769,0-2999195Le livre : Rural noir de Benoît Minville. Paru le 18 février 2016 chez Gallimard dans la collection Série noire. 18€, 256 pages ; 23 x 16 cm
 Mot de l’éditeur :
Ados, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables, ils foulaient leur cambrousse dans l’insouciance.
Tout a changé cet été-là. Un drame, la fin de l’innocence.
Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.
Oscillant entre souvenirs de jeunesse tendres ou douloureux et plongée nerveuse dans une réalité sombre, Rural noir est la peinture d’une certaine campagne française. Un roman noir à la fois cruel et violent, mais aussi tendre et lumineux ; évoquant la culpabilité, l’amitié et la famille.
Dans la tradition du country noir américain, territoires ruraux et laissés-pour-compte côtoient ceux dont on parle peu au milieu d’une nature «préservée» – ou en friche.
 
 Capture&&&&&&&&&L’auteur :
Benoit Minville est né en 1978 à Paris et vit à Sartrouville (Yvelines). Il doit à sa mère libraire de lui avoir inoculé le doux virus : il est entré en librairie pour un été et y est toujours, quelques années ( une quinzaine) plus tard. Libraire fana d’échanges et de conseils, lecteur passionné de tout bouquin qui transporte une énergie (de Dumas à Pennac, de Ellroy à Lansdale, de Twain à Axl Cendres), son amour de la culture est sans limite et « encré » jusqu’au bout des bras.

Extrait  :
 » Ce soir on est les rois. Cette nuit d’été est à nous. On se rabâche cet hymne depuis des semaines et à chaque fois c’est la plus grande découverte de l’histoire de la musique. Notre vieille grange nous protège de l’orage de fin du monde qui rôde. On transpire la joie, le rock’n’roll et l’amitié. On est plus grands que King Kong, plus heureux qu’une colonie de milliardaires, plus sauvages qu’une horde de hors-la-loi.
Les vacances sont là, attendues avec plus de ferveur que le premier baiser que je traque depuis peu.
Les vacances dans notre chez-nous ; un été à parcourir notre paradis tout vert. Un quotidien à réinventer. La vraie joie d’exister et de grandir ensemble.
Nous quatre.
Je les regarde, mes potes, si fier de les connaître. »

Résumé et mon petit avis :

 Dans la campagne nivernaise, le clan formé par Romain, son frère Christophe, Vlad et Julie, est bouleversé par l’arrivée de Cédric, un adolescent rebelle, puis par l’agression de la seule fille de la bande. Dix ans plus tard, à la mort de ses parents, Romain revient dans le village et découvre les différents chemins pris par ses amis. Le gang se reforme quand Vlad est retrouvé presque mort.

 J’ai total kiffé ce bouquin. A tel point que je n’arrive pas vraiment à mettre des mots dessus.

C’est en lisant la chronique qu’en a fait une amie que j’ai réussi à démarrer ce billet.
Tout ce qu’elle en disait était vrai. C’était exactement ça. Et pourtant ce livre ne l’avais pas autant touché que moi.

La chronique de Nath ICI

Et je comprends les critiques qui disent que cette écriture et trop simple que c’est facile de jouer avec les souvenirs ou la nostalgie des lecteurs pour créer l’empathie. Mais ce roman c’est bien plus que ça, c’est du vécu, des sentiments purs, entiers comme on ne peut qu’on avoir à l’adolescence. De ces colère et de ces révoltes qui nous font faire des trucs insensés. Des amitiés à la vie à la mort que l’on veut éternelles.

J’ai eu la chance de pouvoir en parler avec l’auteur. Je lui disais ça :

« Mec, il va falloir que l’on parle sérieusement. J’ai adoré Rural Noir. Il m’a profondément touchée. Mais j’arrive pas à écrire un mot dessus. C’est chiant car j’adore faire partager mes lectures avec mes potos, surtout quand c’est un pur coup de coeur. Tu sais que tu fais chier, mec, j’ai même versé ma larme et dieu sait que c’est pas le genre de la maison. C’est vraiment rare, même avec certains titres qui ont bouleversé ma vie de lectrice »

Benoit était visiblement touché par mes mots. Ému même. Et en grand pudique, il me remerciait pour cela. Mais il était hors de question d’en rester là. je voulais comprendre, je ne voulais pas rester sur cet échec. Il fallait que je mette un peu d’intellect sur mon ressenti, sur mes émotions pour en sortir quelque chose.

Alors, avec Benoit, nous avons parler, longuement, nous nous sommes raconter une partie de nos vies, celle de l’adolescence et de l’enfance. Nous nous sommes confiés, des choses intimes parfois. Nous nous sommes aperçu que nous avions vécu des choses communes, des drames similaires. Nous avions les même souvenirs. Ils n’étaient point communs, puisque Benoit est plus jeune que moi, que les siens était dans la Nièvre et les miens dans ma Haute Marne profonde, mais ils étaient pourtant identiques. C’est là que j’ai compris que tout cela si c’était totalement personnel, ça avait quelque chose d’universel !

Alors …Oui ce roman m’a touchée, il a réveillé en moi des souvenirs enfouis, certains qui me font sourire aujourd’hui, des bons souvenirs, la liberté que nous offrait le fait de vivre à la cambrousse, les échappées belles, tous ensemble, laissant libre court à notre envie de rébellion. Notre insouciance et surtout ce sentiment de toute puissance qui nous rendait presque immortel.

Mais il m’a aussi secoué, faisant remonter à la surface des souvenirs plus douloureux qui résonnent encore en moi aujourd’hui et  toute cette innocence perdue avec eux.

 « Le village était resté immobile face au temps mais le constat s’imposa, les vieux étaient devenus très vieux et certaines maisons resteraient fermées même s’il allait sonner aux portes. »

Aujourd’hui quand je retourne, trente ans après, dans ce coin de campagne qui a bien changé, je ne retrouve quasi plus mes amis et mes camarades de jeux, de beuveries et de virées. La plupart ne vivent plus là. Certains de ceux qui sont restés traînent leur vie de misères en galère. De petits boulot en soûlerie le week-end au bar du coin. D’autres sont restés eux même, ceux sont de vrais amis que j’aime profondément. Si on se voit peu, on a toujours plaisir à se retrouver, à refaire le monde, à réécouter les musique que l’on aime. J’ai vous grandir leur gamins. Ils font aussi un peu partie de la famille. Je les ai vu ados avec leur potes, faire les même connerie que nous avions faites. Je portais un regard indulgent sur leur bêtise. Mon père pestant contre ses petits morveux qui n’ont aucun respect et qui fume de la drogue en plus. Mais, papa, tes propres enfants en faisaient autant et bien pire encore. Rappelles toi de ta jeunesse au village, il était une fois… Parfois quand tu nous la racontes, tes bêtises de l’époque te font bien rire.

A leur tour les enfants de mes amis ont des enfants, et dans quelques années, ils seront adolescents. Et à leur tour il vivront leur vie de jeunes ado. Ainsi tourne la vie.

Et oui, le livre de Benoit Minville a ce quelque chose de profondément humain et universel qui ne peut que vous parler. Et je pense réellement que, même si vous êtes un vrai urbain, vous serez vous aussi touché par ces mots simples.

La voie des morts de Neely Tucker


Mes petites lectures

9782070145560,0-2729594La voie des morts de Neely Tucker. Traduit de l’américain par Alexandra Maillard. Paru le 05 novemvre 2015 chez Gallimard  dans la collection Série Noire. 21€ ; (352p) ; 23×16.

Présentation de l’éditeur :

Sarah Reese, la fille d’un puissant juge de Washington, est retrouvée assassinée dans un taudis. Lorsque la police arrête rapidement trois adolescents noirs, le journaliste Sully Carter, ancien correspondant de guerre à la dérive, soupçonne que cette affaire dissimule bien d’autres implications. La mort de Sarah pourrait être liée à une série de crimes non élucidés – crimes pour lesquels la police a fait preuve de beaucoup moins de zèle… Alors que la population réclame au plus vite la condamnation des coupables, Carter recherche la vérité, subissant des pressions de la part de la police, des représentants officiels du pouvoir, et même de ses propres patrons… Désabusé par le système mais combatif et n’ayant plus rien à perdre, il plonge au cœur d’un mystère aux multiples ramifications, où la violence qui règne dans les quartiers pauvres se mêle aux intrigues politiques en haut lieu. Il doit s’aventurer sur les frontières aussi dangereuses qu’hasardeuses entre ce que l’on pense et ce que l’on sait, entre ce que l’on sait et ce qu’il est possible de révéler dans un journal « grand public »…

NeelyTuckerL’auteur : Neely Tucker, né le 26 novembre 1963 à Lexington, dans l’État du Mississippi, Il passe son enfance dans le comté de Holmes, l’un des plus pauvres des États-Unis.  .Journaliste depuis vingt-six ans – dont quinze passés au Washington post – Neely Tucker a été chargé de couvrir entre autres les attaques terroristes du 11-Septembre, le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, et un grand nombre d’affaires judiciaires de premier plan. Correspondant à l’étranger durant huit ans, il a écrit des reportages sur plus de cinquante pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, fréquemment dans des zones de conflit. La Voie des Morts ets son premier roman à paraître dans la Série Noire.

 

Résumé et avis :

La fille d’un influent juge de Washington, Sarah Reese, est assassinée. Trois adolescents noirs sont aussitôt arrêtés. Sully Carter, un ancien correspondant de guerre traumatisé par les combats et miné par l’alcool, se charge d’élucider l’affaire. Ce crime pourrait bien être lié à une série de meurtres non élucidés.

Un putain de premier roman.

Du vrai noir comme on l’aime.

Un héros fracassés, solitaire mais opniatre et tenace. Quelqu’un qui n’a plus grand chose à perdre. Un incorruptible. Touchant. Un personage en quête de redemption.

Une ville froide, Washington comme on l’a peut vu sauf peut-être chez Pellecanos. Une ville de pouvoir. La Maison Blanche, le Capitole, la Cour Suprême, ici tout évoque la grandeur de l’Amérique mais aussi les complots, les jeux de pouvoir, la corruption et de conspiration.

Washington et son taux de criminalité, l’un des plus élévé des Etats Unis. La drogue cotoit la prostitution, les flics et les gansters pactisent dans ses rues sales. où polititiens véreux s’accoquinent avec des journaliste peu scruppuleux..

La délinquance à tous les étages.

Un polar rude, âpre qui grate là où ça fait mal.

Merci La Série Noire…Du bel ouvrage et très belle découverte.

 

Lire le début ICI

Quai des enfers / Ingrid Astier


$&&&Le livre : Quai des enfers / Ingrid Astier. Paru le 14 janvier 2010 chez Gallimard dans la collection Série Noire. $$&&& 17€75 (400 p.) ; 23 x 16 cm

Rééditer dans la collection Folio Policier le 9 février 2012.  8€90 ; (480 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Paris, l’hiver. Noël s’approche avec l’évidence d’un spectre. Au coeur de la nuit, une barque glisse sur la Seine, découverte par la Brigade fluviale à l’escale du quai des Orfèvres. À l’intérieur, un cadavre de femme, sans identité. Sur elle, la carte de visite d’un parfumeur réputé. Une première dans l’histoire de la Brigade criminelle, qui prend en main l’enquête, Jo Desprez en tête. Mais quel esprit malade peut s’en prendre à la Seine ? Qui peut vouloir lacérer ce romantisme universel ? Exit les bateaux-mouches et les promenades. Le tueur sème la psychose : celle des naufrages sanglants.

Désormais, son ombre ne quittera plus le fleuve. S’amorce alors une longue descente funèbre qui délivre des secrets à tiroirs. Jusqu’à la nuit, la nuit totale, celle où se cache le meurtrier.

Pour le trouver, nul ne devra redouter les plongées. À chacun d’affronter ses noyades.

 

L’auteur : Ingrid Astier  est née à Clermont-Ferrand le 2 avril 1976 . Elle vit à Paris, face à la Seine, où elle soigne ses obsessions comme des animaux de compagnie. Elle aime l’anatomie, le chocolat et le vin, sans discrimination de couleur, Faith No More, Rob Zombie, Trent Reznor et Schubert. Et traîner partout, où elle ne devrait pas être.

 

Extrait :
Quai de la Rapée.
Un drôle de nom où finissaient les morts violentes, subites ou suspectes. Des qualificatifs qui débutaient comme la vengeance, le venin, la vipère, le sexe, les sévices ou les supplices. La Rapée, on ne savait plus vraiment si c’était un commissaire des guerres civiles de Louis XV ou un vin de piquette qui grisait l’esprit : un vin de râpure autrement nommé rapé. En tout cas, avant les tremplins bétonnés et la dentelle métallique du pont, s’épanouissaient des vignes, des marronniers et même un étang : l’étang du Berci, quand l’eau se la filait douce depuis Montreuil avant d’embrasser la Seine. Un temps s’égaya une guinguette : la guinguette des Grands Marronniers, où l’on venait danser pour se goinfrer de matelote et de friture. Aujourd’hui, on était loin de l’orangerie et de la ménagerie du sieur de la Rapée. 
Pourtant, la morgue valait tous les cabinets de curiosités.

Le post-it de la bibliothécaire

Paris, hiver 2008. La brigade fluviale découvre dans une barque une femme drapée dans un linceul blanc portant sur elle la carte de visite d’un parfumeur réputé, Camille Beaux. Ce dernier devient l’unique suspect malgré ses relations avec Jo Desprez, qui se lance dans l’enquête autant pour lever le voile sur l’affaire que pour découvrir si la personnalité de son ami cache un monstre

Dans ce premier roman prometteur, Ingrid Astier nous fait vivre une intrigue procédurale au coeur de Paris, le long de la Seine. Entre le 36 Quai des Orfèvres et la brigade criminelle, le quai Saint Bernard et la brigade fluviale, le quai de la Râpée et l’IML, nous découvrons la Seine et ses eaux poisseuses. C’est captivant, l’écriture est belle et le ton très personnel. L’auteur a un vrai talent de conteuse et une plume unique tout à fait identifiable. A suivre donc?

Lire le début ICI

Tiuraï de Patrick Pecherot


Lecture d’avant
9782070307586,0-265782 Le livre Tiuraï de Patrick Pecherot. Préfacé par DidierDaeninckx. Paru le 16 juin 2005 en poche chez Gallimard en Folio. 6€40 EURl. (170 p.) ; 18 x 12 cm

ob_17e098_tiurai

4e de couv :
Un jeune Tahitien trouve la mort avec son frère handicapé le jour de la fête du 14 Juillet. Une émeute sanglante dévaste la prison de Papeete et la répression qui s’ensuit n’a rien à envier à certaines dictatures. Loin de la métropole, la Polynésie et ses atolls n’ont plus grand-chose à voir avec les vahinés et les colliers de fleurs. Sous la mer bleue rôde une menace étouffée par le secret défense. Parce qu’il emprunte les chemins de traverse, le journaliste Thomas Mecker va côtoyer une réalité mortelle à plus d’un titre. Ce n’est pas pour rien que le mot «tabou», comme Mururoa, est issu de ces îles…
th (16)L’auteur : Né en 1953, Patrick Pécherot a exercé plusieurs métiers avant de devenir journaliste. Auteur notamment deBelleville-Barcelone et des Brouillards de la Butte, (Grand Prix de littérature policière 2002), il s’inscrit, comme Didier Daeninckx ou Jean Amila, dans la lignée de ces raconteurs engagés d’histoires nécessaires.
 Extrait : 
Lundi, 10 juillet. Au moment de sortir, Terii s’arrêta, figé. Au bout du couloir sombre, une trouée lumineuse l’obligeait à froncer les paupières. Malgré lui, il hésitait, la main cramponnée à la poignée en ficelle de sa valise. Le gardien le poussa doucement pour lui faire franchir le seuil qui le séparait de la liberté et referma la porte. A l’aveuglement, succéda la bruit, légèrement décalé. Scooters, trucks, passants…surtout les femmes. Leur voix se détachèrent en premier du magma sonore. Terii eut envie de faire marche arrière, de revenir dans le cocon protecteur de sa cellule. Il ne parvenait pas à pénétrer dans le film qui se projetait devant lui. Spectateur immobile, une paroi invisible le séparait des autres. La sueur inondait son front, son dos, ses jambes. Il fallait qu’il entre dans le cercle, qu’il marche…Rien de compliqué…Appuyer, puis se fondre, s’immerger dans la foule. Splaoutch ! Il avait plongé. Facile en somme. Il suffisait maintenant de suivre le courant, de se laisser porter. Papeete était bourdonnante et poussiéreuse. Les fêtes approchaient. A une terrasse, il s’extirpa du flot pour siroter un Coca glacé. Il s’attarda à regarder la paille monter dans la bouteille sous la poussée gazeuse des bulles. Ce n’est qu’à la fin du jour qu’ils e dirigea vers le faré de la famille. Calmée, la lumière découpait le relief des montagnes de ses reflets dorés. Le plein soleil, trop écrasant, n’était bon que pour la sieste. Mais le soir, Tahiti retrouvait sa grandeur nonchalante dans un parfum de sel et de vanille. Sous son toit de tôle, la maison n’avait pas changé. C’est à peine si les murs d’Isorel étaient un peu plus délavés. Il grimpa l’escalier en bois et entra. Pas de colliers de fleurs pour Terii. Son père dormait, affalé dans un fauteuil pisseux. La télé allumée teintait par intermittence la table encombrée et les boîtes de bière amoncelées. Quand Terii vit Nestor, il sut qu’il n’était jamais sorti de prison.
 IMG_6641

Résumé et avis : Terii, un jeune polinésien à peine sorti de prison pour de menus larcins , trouve la mort le jour du 14 juillet alors qu’il brandissait une banderole dénonçant les essais nucléaires et exigeant l’indépépendance de l’île.

A la suite de ce décés, la prison de Tahiti est le théatre d’une sanglante mutinerie au cours de laquelle trois prisonniers se font la belle.

Cinq jours plus tard, le directeur de la prison est assassiné.

Il n’en faut pas plus à thomas Mecker, journaliste récemment débarqué aux Nouvelles, principal et lénifiant quotidien de l’atoll pour retrouverses instincts de limier.

Il va vite comprendre que l’histoire officielle dissimule de nombreux secrets d’Etat. son enquête va s’avérer bien plus difficile qu’il n’y parait.

Premier roman d’un écrivain qui l’inscrit d’emblée dans une lignée d’auteur engagés.

IMG_6723Ce n’est pas l’île pour touristes friqués que Pecherot nous raconte, mais celle des gens des bidonvilles qui côtoient les grands hôtels. Alcoolisme, chômage, corruption sont les plaies qui touche la population indigène qui souvent est sans emploi.  Ce titre révèle l’envers du décor loin du folklore, des vahinés et de leur collier de fleurs de Tiaré. 

L’auteur nous dresse un tableau extrêment sombre et son analyse politique est lucide et convaincante

Lire le début ICI

Mapuche de Caryl Ferey : Un avis de Lord Arsenik


 chronique-de-lecteurs

Aujourd’hui c’est Lord Arsenik qui vient pour une nouvelle chronique et il nous embarque en Argentine.

Alors attention avec Lord Arsenik ça risque de secouer.

téléchargement (8)téléchargement (7)Le livre : Mapuche de Caryl Ferey. Paru en avril 2012 chez Gallimard dans la collection Série Noire
Réédité en poche en Folio
4e de couv : Jana est Mapuche, fille d un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.
Rubén Calderon aussi est un rescapé, un des rares «subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune soeur, durant la dictature militaire.
Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires…
Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d un des hommes d affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales…
téléchargement (6)L’auteur :
Caryl Férey est né le 1er juin 1967 à Caen. Il a grandi en Bretagne, une terre qu’il aime pour ses côtes déchiquetées, ses concerts dans les bistrots et ses tempêtes. Grand voyageur, il a parcouru l’Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard.
Extrait :
 Participer à des réunions d’étudiants de gauche, à des activités syndicales, avoir critiqué à haute voix les militaires, porter le même nom qu’un suspect, avoir assisté à un enlèvement, être juif, enseigner ou étudier la sociologie, conseiller des pauvres ou des suspects en matière juridique, soigner des suspects ou des pauvres, écrire des poèmes, des romans, des discours, être étranger et « trop bruyant », être réfugié d’un pays sous régime militaire, recherché pour des raisons politiques, exercer le métier de psychologue ou psychanalyste — influencés par des théoriciens juifs —, donner un récital de piano devant des ouvriers ou des paysans, être « trop » passionné d’histoire, être un jeune soldat qui en sait trop ou qui conteste, être « trop » fasciné par l’Occident ou réaliser des films « trop » axés sur des sujets de société ou contrevenant à la « bonne morale », militer dans une association des Droits de l’Homme, avoir un frère, une sœur, un cousin ou un ami proche d’une personne disparue : les militaires et la police enlevaient les gens pour n’importe quelle raison. Était considéré comme subversif quiconque se dressait contre le « mode de vie argentin

L’avis du LORD :

J’ai découvert l’univers littéraire de Caryl Ferey avec ce roman (ça fait pourtant un bail que sa suite maorie squatte ma PàL) et je dois avouer que j’ai pris une belle claque dans la gueule en compagnie de Mapuche.

Direction l’Argentine, mais pas celle des guides touristiques, la vraie. La réalité argentine aussi c’est la pauvreté et la corruption. Un pays dont les cicatrices d’un passé douloureux ne sont pas encore refermées… Voilà pour la toile de fond, oubliez le pays des Bisounours ; noir c’est noir !

Les héros de ce roman, Jana et Ruben ont des personnalités diamétralement opposées mais des caractères bien trempés. Au fil des pages on apprend à les connaître et à les comprendre, on découvre (pour ma part en tout cas) l’Histoire de l’Argentine. L’auteur réussi à nous plonger en totale immersion dans son intrigue en compagnie de ces deux héros dont les chemins ne devaient pas se croiser.

Par moment je me suis demandé si Caryl Ferey écrivait avec un stylo ou avec un cutter, le style est tranchant, percutant… en somme parfaitement adapté au contexte.

Ne vous laissez pas abuser par le démarrage en douceur du roman, rapidement vous vous retrouverez embarqué au coeur d’une intrigue menée Fast & Furious… c’est à peine si vous prendrez le temps de respirer entre les pages ! Chamboulé, tourneboulé, entre les surprises et rebondissements que vous réserve l’auteur.

Un coup de coeur inattendu.

 Tu as grandi où ? demanda-t-il depuis le banc qui lui faisait face.
– Dans le Chubut, répondit Jana.
– En territoires mapuche ?
– Oui… (Elle saisit un pétale de rose au hasard de la nappe, le déchira avec application.) Mais on a été expulsés de nos terres, elle ajouta. Une multinationale italienne…
– United Colors ?
– Oui. On ne devait pas avoir la bonne…
L’ironie cachait mal l’amertume
.

Merci qui ? Merci Benetton ! Depuis les pubs United Colors me piquent les yeux et me foutent la gerbe.

téléchargement (9)Pour faire plus ample connaissance avec LORD ARSENIK c’est ICI

Pour lire sa 1ère chronique sur les cicatrices de Jac Baron, c’est Là

 

L’expatriée d’ Elsa Marpeau



Le livre 
: L’expatriée  d’ Elsa Marpeau. 9782070459032,0-2238714
Paru le 07/02/2013 chez Gallimard ; collection, série noire. 17,90 EUR;  (257 p.) ; 23 x 16 cm

Paru le 11 septembre 2014 en Folio. 8,00 € ; (285 p.) ; 18 x 11 cm

Résumé

Expatriée à Singapour avec son mari et son bébé, la narratrice recrute une aide domestique. L’arrivée d’un autre Français, Nassim, dont elle devient la maîtresse, lui procure l’occasion de remplir la vacuité de ses journées. Lorsqu’il est tué, soupçonnée, elle ne peut compter que sur sa domestique, qui promet, à certaines conditions, de lui fournir un alibi.

Bibliographie de l’auteur :

Elsa Marpeau a grandi à Nantes, avant de venir s’installer à Paris pour ses 18 ans après avoir répondu à une petite annonce matrimoniale du Nouvel Observateur. Pour y occuper ses journées, elle signe une thèse sur les mondes imaginaires dans le théâtre du XVIIe siècle et enseigne cinq ans à Nanterre les arts du spectacle (cinéma et théâtre), elle remporte le prix Carrefour Savoirs du premier roman en 2003 pour son livre Recherche au sang. Elle est auteure de scénarios et de romans où le noir est la couleur dominante. Ses 3 dernier roman sont parus  à la Série noire. Elsa Marpeau a vécu à Singapour. Elle est de retour à Paris.

Quatrième de couverture

L’expatriée

Récit

« Plus tard, je me souviendrai de la nuit d’encre de son regard.

Mais pour l’heure, en ce 1er juillet, l’impression s’estompe. Je suis happée tout entière par l’apparition qui, à l’autre bout de la piscine, vient de se matérialiser. »

Celle de l’Arabe blond. »

Expatriée à Singapour dans un condo chic peuplé de Français, Elsa voudrait commencer un nouveau livre mais elle tourne en rond, écrasée par la chaleur et le désœuvrement. Sa vie change radicalement lorsqu’ arrive Nessim, le nouveau Français de la résidence qu’elle baptise « l’Arabe blond ». Il devient son amant jusqu’à sa mort, deux mois plus tard. Assassiné de plusieurs coups de couteau. Parce qu’elle était sa maîtresse, Elsa devient vite aux yeux de tous, la principale suspecte. Elle ne doit son salut qu’à l’aide de Fely, sa maid philippine. Mais le prix à payer sera élevé…

Un mot de l’auteur

 

Ce livre est le fruit de mes deux années d’expatriation à Singapour. Il suit mes joies et mes désillusions, mon euphorie d’être ailleurs et mes désirs de meurtre… dans le monde clos, policé, ensoleillé et cruel, des expatriés.

Je te dédis ce livre à toi, lectrice, lecteur,

qui sais occuper ton temps sans blesser,

qui ne rougis pas d’être bon(ne),

qui sais que l’ailleurs se vit aussi bien au loin qu’enfermé(e) dans une chambre,

qui aimes la perversion quand elle est fictive

et les mauvais sentiments de papier.

Elsa.

Extrait :
« Des quarante millions de passagers sillonnant l’aéroport de Changi tous les ans, l’immense majorité ne traverse jamais la barrière de la douane. J’ai été comme eux. Une passagère en escale. Je ne devais ma connaissance de Singapour qu’à mon imagination. Je m’étais figuré des buildings en rangs serrés. Des rues immaculées, au tracé net, un quadrillage rationnel, des portions d’espace millimétré. Des visages innombrables, identiques.
Une cité sans crime, sans chewing-gum et sans âme. »

Mon Avis :

Elsa Marpeau nous surprend à nouveau avec son troisième roman publié dans la série noire. Effectivement après un roman noir, sombre puis un polar politique sur l’ultragauche, elle nous propose ici un polar quasi autobiographique. Comme elle l’explique « Ce livre est le fruit de mes deux années d’expatriation à Singapour. Il suit mes joies et mes désillusions, mon euphorie d’être ailleurs et mes désirs de meurtre… dans le monde clos, policé, ensoleillé et cruel, des expatriés. »Et elle réussit à merveille son pari de nous faire vivre son quotidien dans la vie faussement tranquille des condos chics de Singapour.

Elsa est ici à la fois auteure et narratrice, elle joue donc avec nous ,simple lecteur, et nous livre un roman noir cruel et pervers.. Avec une écriture impeccable et un style direct, elle nous rend addict et nous manipule. On reste collé à cette ambiance poisseuse, on ressent l’agressivité de ces femmes oisives, leur rancœur, leur jalousie. On s’indigne de cette société quasi coloniale qui régit la vie des expatriés et de leur domesticité. 

Elle nous fait aussi découvrir cette ville tentaculaire qu’est Singapour, une ville état, construite de toute pièce où la nature luxuriante n’est jamais très loin, toujours prompte à reprendre ses droits et qu’il faut domestiquer sans cesse. Cette ville, coincée entre mer et jungle, est une ville moite, humide et chaude. Et la moiteur de cette ville participe à l’ambiance oppressante qui règne sur cette histoire.

Elsa Marpeau m’a bluffée avec ce titre. Elle a réussi tour à tour à m’ensorceler et puis tout de suite après à m’irriter. Elle a su faire naître en moi tout un tas de sentiments contradictoires. Et avec son écriture précise , elle distille en vous tout un tas d’émotions qui se bousculent et s’entrechoquent. Qui vous bousculent et vous provoquent un choc.

C’est étouffant, angoissant et jouissif à loisir.

Une parfaite réussite.

Extraits :
 « Partout, la végétation enlace les buildings et le béton. Une
végétation dense, odorante, démesurée. »
« 1
L’Arabe blond
1er juillet. Les Français de la résidence se réunissent à la
piscine pour accueillir un nouvel expatrié. En attendant sa venue, on ouvre le champagne. Le bruit des bouchons fait s’envoler les oiseaux. »

Pour en savoir plus :

téléchargementhttp://elsamarpeau.net/

 

Les Brillants de Marcus Sakey


 th (19)Le livre : Les Brillants de Marcus Sakey. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sébastien Raizer .

Paru le 12 février 2015 à la Série noire chez Gallimard. 19,90€ ; (508p) ; 23 x 16 cm.

Présentation

Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’oeil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les « Brillants ». Depuis les années 1980, 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables. Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes. Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux. Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens.

Extrait :
Aimer quelqu’un, mais ne pas être capable de partager la façon dont tu vois le monde. C’est comme essayer d’expliquer les couleurs à un aveugle. Il ne comprendra jamais vraiment.
 th (18)L’auteur : Marcus Sakey, né le 1974 à Flint, dans l’État du Michigan, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Il passe sa jeunesse dans plusieurs banlieues autour de Détroit. De 1992 à 1996, il entreprend et complète ses études supérieures en communications et en sciences politiques à l’Université du Michigan. Il travaille ensuite dans une entreprise de conception graphique à Atlanta, puis, pendant une dizaines d’années, dans le milieu de la publicité et du marketing.

Après son mariage, il s’installe à Chicago et s’inscrit pendant près d’un an dans un programme de maîtrise avec une spécialisation en création littéraire.

En 2008, il publie Désaxé (The Blade Itself), son premier roman, qui se déroule, comme la plupart de ses œuvres ultérieures, dans le milieu populaire des travailleurs de la construction et de la voirie au sud de Chicago.

Extrait :
Cooper avait horreur de parler au téléphone. Il avait l’impression d’être handicapé quand il ne voyait pas la personne avec laquelle il parlait, les mouvements des muscles de son visage, la contraction de ses pores et la dilatation de ses pupilles. Lorsqu’il ne pouvait voir quelqu’un, il devait prendre les mots pour argent comptant au lieu de lire la signification qu’ils recouvraient.


Résumé et extrait :

Dans les années 1980, 1 % de l’humanité, nommé les brillants, naît avec des facultés déconcertantes et extraordinaires : don d’invisibilité, d’extralucidité, etc. Le gouvernement américain les répertorie afin de mieux les contrôler. Une partie d’entre eux, menée par John Smith, combat pour l’égalité par des actes terroristes. Le brillant Nick Cooper est charger de les neutraliser.

téléchargement (50)Les brillants est une uchronie ou plutôt une dystopie. Si, si je vous assure. Oui, je sais c’est publié par la mythique collection le série noire.

Quand j’ai vu ce premier roman de Marcus Sakey à la Série Noire, j’ai cru lire un nouvel auteur de roman noir. Du hard-boiled comme les américains savent le faire. Alors quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvrais cette histoire.

Imaginez-vous, depuis 30 ans, un enfant qui naît sur cent vient au monde avec des pouvoirs extraordinaires. Non pas des supers pouvoirs, quoiques, si tout de même, mais pas façon super héros. Disons qu’ils ont des dons particuliers, un peu comme certains génies, quelques surdoués…

Il effraient la population, alors ces anormaux, ces monstres sont considérés comme dangereux pour notre monde « normal ».

Certains d’entre ses génies ont troublé l’ordre public, provoqué quelques catastrophes, alors maintenant  ils sont sous haute surveillance. Ils sont m^me parqués dés leur plus jeune âge. Ils sont reconditionnés, modelés voire utilisés à des fins utiles.

Vous l’aurez compris, l’auteur nous propose un divertissement à la croisé entre les X-mens et de Héroes.  D’action en rebondissement, nous croissons aussi quelques réflexions, plutôt subtiles, sur la société américaine, sur ses contradictions. Ici un plaidoyer pour le tolérance, là un hymne aux différences…A ce titre, il est dans la ligné de l’excellent « échiquier du mal » et l’on peu dire que c’est un thriller bluffant ou comment 1% de la population dotée de pouvoir « psy » peut changer totalement la face du monde ?

Une très agréable lecture pas seulement distrayante que je vous recommande.

A oui j’ai oublié de vous dire. Les Brillants serait le premier tome d’une trilogie annoncée. Du coup, me voilà impatiente de lire la suite…

Lire le début ici

L’exécution de Noa P. Singleton de Elizabeth L. Silver.


téléchargement (40)Le livre : L’exécution de Noa P. Singleton de Elizabeth L. Silver. Paru le 12 février 2015 chez Gallimard à la Série Noire.
368 pages, 22.5 X 15.5 cm

Noa P. Singleton, trente-cinq ans, attend depuis dix ans dans le couloir de la mort du pénitencier pour femmes de Pennsylvanie. Elle doit être exécutée dans six mois, condamnée pour un double homicide. Lors de son procès, elle n’a pas expliqué son geste. Elle estime qu’elle mérite sa punition. Elle attend la paix. C’est alors qu’un jeune avocat vient la solliciter pour qu’elle dépose un recours en grâce. Il pense pouvoir mettre au jour de nouveaux éléments. Noa s’aperçoit bientôt qu’il est employé par la redoutable Marlène Dixon, la mère de celle qui fut sa victime. Pourquoi Marlène, dix ans après, voudrait-elle l’épargner? Et pourquoi, en ce jour de l’an 2003, la flamboyante Noa a-t-elle tué une jeune femme enceinte, qui aurait pu être son amie, ou sa soeur? Noa ne veut pas de grâce ; elle désire juste en finir. Mais qui résisterait aux manoeuvres de Marlène? Tissé de flash-back, tendu vers le «Jour J», L’exécution de Noa P. Singleton est un imparable thriller psychologique, ainsi qu’une réflexion saisissante sur l’identité et la culpabilité.

images (20)L’auteur : Après des études de droit et d’écriture créative aux USA et en Angleterre, Elizabeth Silver a été professeur puis avocate avant de se consacrer à l »écriture. Elle vit actuellement à Los Angeles.

images (21)

Résumé et avis :

Cela fait dix ans que Noa P Singleton attend la mort au pénitencier pour femmes de Pennsylvanie. Condamnée pour avoir assassiné Sarah Dixon, la petite amie de son père, elle n’a jamais vraiment avoué ce crime dont les circonstances sont restées mystérieuses.

Six mois avant son exécution, Oliver Stansted, un jeune avocat mandaté par la mère de la victime, lui rend visite. Il lui apprend que même si Marlene Dixon est toujours persuadée de sa culpabilité, elle est devenue une farouche adversaire de la peine de mort et s’est décidée à lancer une procédure de clémence en sa faveur. 

Pour cela, Stansted doit rouvrir le dossier de l’affaire, tout savoir sur la jeune femme et sur ce qui s’est passé la nuit du meurtre. Nous découvrons donc peu à peu les rouages de l’engrenage infernal qui a conduit au drame, par le biais des souvenirs de Noa : l’égoïsme de sa mère, la traumatisante fausse couche qui l’a poussée à arrêter ses études, la rencontre avec un père qu’elle n’avait jamais connu, la relation entre ce dernier et Sarah (qui avait le même âge qu’elle), les manipulations de Marlene Dixon pour mettre fin à cette aventure.
Plus nous avançons dans le récit, plus nous comprenons que Noa n’est pas réellement et véritablement coupable, bien que. On comprend aussi  que Marlene ne souhaite absolument pas la sauver et lui éviter la peine capitale. Ce qui m’a marquée, c’est la position de l’auteur sur la peine de mort. C’est culotté pour un premier roman. Et si l’exécution de Noa P Singleton est un polar haletant et diabolique, il engage le lecteur qui ne peut pas rester indifférent. Un profond thriller psychologique mais aussi une réflexion intérressante sur  l’identité et la culpabilité et sur l’application de la peine de mort.
Elizabeth Silver maîtrise parfaitement son histoire. Et c’est une tragédie terriblement ordinaire qui se joue devant nos yeux dont on sait la fin inéluctable.

 téléchargement (39)

La faux soyeuse de Eric Maravélias


téléchargement (16)Le livre : La faux soyeuse de Eric Maravélias. Paru le 27 mars 2014 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 16,50€ ; (252 p.) ; 23 x 16 cm
  Extrait : « La came, elle, n’est pas une hypocrite. C’est une pure dégueulasse, sans pitié, mais franche. Qui se suffit à elle-même. Elle assume sa réputation de tueuse sans état d’âme. Mais La Coke, elle, c’est une petite salope bourgeoise qui joue les mères poules. Innocente, améliorant les rapports humains et le contact, avec son grand sourire, elle arrive à préserver sa réputation. Mais elle vous baisera en profondeur. À peine le temps de dire ouf et vous vous retrouverez avec le moral dans les chaussettes et le cerveau à l’envers. Elle n’aime que l’oseille. Et pour elle, vous aller en lâcher un max. »
4e de couv : 
La faux soyeuse « Je suis couvert de sang mais je suis bien. Rien à foutre. Dans l’univers cotonneux et chaud de la défonce opiacée, le sang n’est rien. La mort n’est rien. Et moi-même je ne suis rien. Joies et chagrins se succèdent dans une espèce de brouillard confus, un ballet macabre, et rien ne subsiste de tout cela, sinon parfois, au détour du chemin, un sentiment de gâchis irréversible qui me prend à la gorge. Nos vies de parias sont comme de frêles esquifs privés de gouvernail. Sans plus personne à bord. Elles sont ballottées au creux de flots tourmentes, secouées par des vents inconnus et changeants qui les mènent à leur gré vers des côtes plus ou moins hospitalières, incapables que nous sommes de changer ne serait-ce que la moindre virgule au récit chaotique de nos existences. » téléchargement (15) Ce qu’en dit l’auteur : La Faux Soyeuse est un roman noir, pas de doute. Très noir. Suivant la définition d’Aurélien Masson, le directeur de la mythique série noire, un roman noir se doit de respecter au moins trois critères. Un milieu, avec son langage et ses codes, des personnages vivants et attachants, et une intrigue. Pour le milieu, avec La Faux, on a la tête dans le sac. On est en banlieue, près de Paris, et au fil des 253 pages, le lecteur traverse deux décennies. La folie des années 80, les vols, les braquages, la belle vie, l’amour, et l’arrivée en masse de la dope dans les quartiers, la glissade et la chute irréversible de Franck, le héros, triste héros, racaille toxicomane au cœur tendre. C’est une odyssée, poignante et pathétique, dure et sans pitié. Pas de rédemption. Pas de pardon. Mais c’est aussi poétique et tendre, parce que ce sont des hommes et des femmes, comme vous, avec un cœur qui bat. Mais trop vite. Trop fort. Puis les années 90 et les ravages du Sida, la déchéance, la maladie, la mort. J’ai voulu, avec La Faux Soyeuse, porter un témoignage sur ce que fut ma vie. Ne vous y trompez pas, c’est un roman. Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie. C’est un roman qui s’adresse à tous, de tous âges et de toutes conditions. C’est ce qui se passe aux pieds de vos immeubles. C’est ce qui s’y est passé, en tout cas. Dans toute sa cruauté. Vous en avez entendu parler, mais jamais vous ne pénétrerez ce monde mieux qu’avec La Faux Soyeuse. Et sans danger pour vous, sinon celui d’être hantés par ces hommes et ces femmes. Vous allez les aimer. Malgré tout. Malgré leurs vices et leur laideur. Malgré leur langage et leurs esprits tordus. C’est ce que je veux. C’était mes potos. Nous étions des enfants. Les personnages : Ils sont là, et ils vous balancent ce qu’ils sont au visage, sans honte. Le bon comme le mauvais. Et leur folie vous capture. Leurs démons vous pénètrent. L’intrigue : Elle est simple, affreusement simple, horriblement simple. Pathétiquement simple. Mais elle est l’enchaînement, le destin, qui vous prend et vous pousse irrémédiablement vers la fosse. De violences en cris, en trahisons. D’amertume en amertume, il vous entraîne dans le chaos, sans répit. Dans ce roman, pour ce qui est du style, j’avais comme une obsession. Unir E.Bunker et J.Lee Burke. Mes deux auteurs fétiches depuis toujours. Le style au scalpel de la rue, son langage cru, direct, et la poésie de Burke dans les descriptions de l’environnement. C’était presque inconscient, au début, et puis cette évidence m’a sauté aux yeux. C’est comme ça que je voulais écrire. C’est comme ça que j’écrivais déjà. J’ai travaillé dans ce sens. L’auteur justement : téléchargement (17)D’Eric Maravélias, on ne sait rien si ce n’est que La faux soyeuse est le premier roman est qu’il a mis beaucoup de lui et de vécu dans ses pages.
Extrait : » Mon univers s’exhibe dans un rectangle opaque, derrière les vitres sales drapées de rideaux gris. A l’ombre de deux peupliers, observateurs silencieux de ma lente décomposition. Un bout d’azur terni, usé, témoin indifférent de tant d’horreurs mais de plaisirs fugaces, aussi, ces rares moments de joie, comme une ponctuation, des instants en italique dans ces récits fiévreux. »

Résumé et avis : A l’agonie dans son studio, Franck se souvient du chemin parcouru depuis les années 1970, entre braquages, trahisons et drogues dures.

Ce roman policier n’est pas qu’un simple roman noir. Alors me direz-vous, c’est quoi ? Un   témoignage ? Oui et non, peut-être une biographie  romancée, oui, il y a de ça… une bio romanesque bouleversante.

Quel style, quelle puissance des mots, quelle plongée au cœur de l’enfer de la dope. Une magnifique découverte. Une « Putain de lecture », une bonne claque, un putain de coup de pied au cul….

Le flot, le débit des mots… J’adore.. La poésie qui s’en dégage.

Et ce noir, cette peinture sociale au plus près du réel, ces grisés qui dévoile cette banlieue des années noires du Sida. Et le blanc de la dope qui noircie, elle aussi, ces vies brisées.

Monsieur Maravélias le noir vous va si bien.

Extrait :   Et d’abord, la mort n’existe pas, à cet âge. Seule la vie compte. Celle qu’on touche, téléchargement (18)qu’on goûte, ex­plore et ex­plose. La mort ? Les jun­kies sont ses es­claves consen­tants. La mort ? Une fable. La mort ? Une dé­li­vrance. Vivre                                 est au­tre­ment plus dif­fi­cile.