Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La chronique de Sébastien

Prendre les loups pour des chiens

Hervé Le Corre éditions Rivages

« Il leur a parlé dans son souffle avec des mots anciens, ceux d’avant, qu’il ne prononçait plus qu’en secret, tout seul. Un peu de vent attisait les étoiles, qui se rallumaient par traînées scintillantes. Il s’est assoupi et s’est réveillé sous un ciel noir saupoudré de lumière. Comme le sommeil insistait pour le prendre, il s’est installé sur le siège arrière de la voiture, toutes vitres baissées, pour recevoir les odeurs et les bruits de la forêt. »

De nos jours, dans les alentours de Bordeaux. Franck sort de prison. Une sublime créature l’accueille à sa sortie. Elle s’appelle Jessica, chaque centimètre de son corps galbé appelle au désir, et Franck vient de tirer plus de cinq ans pour un braquage. Mais Jessica c’est la gonzesse de son grand frère, Fabien, celui avec qui il a commis ce braquage. Franck s’est fait gauler, mais il est resté muet, il n’a jamais balancé son frangin.

Aujourd’hui il sort mu par l’espoir, l’espoir de relancer sa vie qui était en « stand by » derrière ces murs gris remplis de fureur et de cris. Ces murs qui stoppent la course du temps, où chaque heure résonne comme une journée. Le pactole du braquage devrait permettre de bien repartir dans la vie. Sauf que. Sauf que Franck, en attendant de retomber sur ses pattes, en attendant de s’acclimater de nouveau à l’espace, au soleil, au ciel bleu, à la liberté, en attendant le choc avec tout cela, Franck va habiter chez les parents de Jessica, et avec elle et sa petite fille mutique, Rachel. Immédiatement, sous cette chaleur de plomb qui écrase toute vie et toute envie, Franck se retrouve en terrain connu.

« Il s’est remis debout et a secoué la tête comme si les souvenirs, pris dans ses cheveux comme des brins de paille, allaient tomber à ses pieds. Il fallait qu’il parle à quelqu’un. Il fallait qu’il entende une voix amie, chaude, souriante. Les sourires ça s’entend. »

Les vieux de Jessica sont à la dérive, alcool et clopes, petites magouilles et plans foireux pour joindre les deux bouts. Et pas la moindre trace de Fabien. On lui explique qu’il est parti plusieurs semaines en Espagne, « pour affaires ». Le genre d’affaires aux relents nauséabonds, aux miasmes interlopes et qui promettent beaucoup mais tiennent rarement parole. Franck va alors patienter là, chez ces gens bas de plafond, dont les journées sont réglées par l’appel des bières, des repas, des apéros, des engueulades. Assigné à la caravane planqué dans la grange, Franck va éprouver l’ivresse de la liberté mais aussi du vide et de l’oisiveté, ce creux en lui qui annihile ses ambitions et sa volonté. Et puis Jessica, son corps, le langage qu’il exhale, cet appel sexuel qui émane de chaque geste, de ce regard clair hypnotique. Franck est attiré, pourtant il subodore que cette fille est un nid à emmerdes.

« Les deux femmes s’emballaient, parlaient fort, se resservaient à boire en cherchant sur la table leur paquet de cigarettes ou un briquet. Tout y passait. Les patrons, les chefs, les collègues de travail, les feignants, les planqués, les rampants, les soumis, les faux-culs, tous les profiteurs de misère. A les entendre on pouvait croire qu’elles étaient les seules à avoir payé de leur personne, à avoir travaillé vraiment et compris l’envers des choses, la cupidité et la paresse, les lâches compromissions, la dégueulasserie du monde. L’alcool et les cigarettes aidant, elles parlaient presque de la même voix, éraillée et pâteuse, se coupant la parole. Le père les regardait enfoncé dans son fauteuil de camping, les yeux à l’abri derrière ses paupières plissées avec à la bouche une moue dégoûtée, peut-être, ou vaguement méprisante. »

Toutes ces existences qui se tournent autour dans la nonchalance qui suinte de la canicule ignorent encore, pour quelques heures, que leurs pieds foulent un terrain instable, que ce froid qui remonte sur leurs ventres, qui fouette leurs visages, c’est le souffle du vide qui se cache juste devant, tapi dans l’obscurité d’où surgit la noirceur du monde et des âmes. Quelque chose dissone, quelque chose dérape, quelque chose cloche. Tous vont l’apprendre à leurs dépens. Franck sent qu’il est mal barré, mais possède-t-il les cartes pour échapper à cette chose invisible qu’il suspecte autour de lui ? A-t-il en lui la force et la volonté pour lutter et dévier la trajectoire néfaste du cours de sa vie ?

Hervé Le Corre nous revient avec un roman noir magistral. Dans le sillage de Franck, il nous fait découvrir une société presque secrète, qui a pignon sur rue et qui croise celle plus propre, plus fade et plus routinière à laquelle nous sommes habitués. Il nous restitue avec les mots justes, cet équilibre précaire qui pèse sur les marginaux, ceux qui vivent sur le dos du système et à la fois en dehors. Il parvient avec une grande humanité à nous retranscrire cette atmosphère instable qui plane sur ces existences écorchées et un peu barrées, la vie de ces personnes qui un jour, par faiblesse, bêtise ou manque d’instinct ont pris la mauvaise direction, fait le mauvais choix.

Avec une plume absolument remarquable, il brosse le tableau de ceux qui vivent à la marge, qui combattent leurs propres démons tout en subissant leurs travers et en maudissant la société telle qu’elle les afflige. On sent en permanence que tout peut basculer, que dans ce monde-là, rien n’est acquis et que tout est aussi fragile qu’une aile de papillon.

« Alors pour toi Jessica, elle est seulement bizarre ? (…) Sans parler de tout ce qu’elle est capable d’ingurgiter quand elle va mal. Alcool, dope, médocs … Putain, Nora, à côté, c’était une accro à l’homéopathie. »

Au-delà de l’histoire, Hervé Le Corre nous parle avec subtilité de ces forces occultes et obscures qui influent sur les existences, les tourmentent, les torturent, pour finalement les foutre en l’air aussi sûrement qu’une vieille grange écroulée par des vents fous. Il nous parle du poids colossal de la famille, de l’entourage, qui jouent un rôle incontournable et souvent fatal dans la tournure que prennent les évènements. La volonté de s’en sortir ne suffit parfois pas, quand elle traîne dans son sillage la charrue de la défaite et du renoncement, ce qui y pousse alors s’apparente plus à de la mauvaise herbe qu’à du blé ou du maïs. Il ne restait plus à l’auteur qu’à placer cette poudrière dans un endroit en déshérence, proche de la ville mais perdu quand-même, de ces zones périurbaines où rien ne pousse que le désespoir et la fatalité. Le tout sous une canicule qui vous travaille au corps, vous esquinte de son omniprésence, jusqu’à vous rendre fou et à influer sur vos décisions en minant votre capacité de réflexion.

Faites un bout de chemin avec Franck, au milieu de cette équipe de bras cassés et de cerveaux timbrés, et éprouvez le poids écrasant du passé, la force malsaine des évènements, la contrainte des proches et la formidable inertie des sentiments.

 

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Noël c’est dans quatre jours , offrez des polars.


Noël c’est dans à peine quatre jours , offrez des polars.

La fin d’année arrive à grands pas, et avec elle les fêtes qui y sont liées.

Et qui dit fêtes de fin d’année dit petit cadeau.

Si comme moi vous n’avez pas encore fait vos cadeaux, je vais vous simplifier la vie.  😉

Aussi, pour l’occasion, je me permet de vous conseiller quelques livre à offrir.

Seize exactement.

Treize polars en tous genres.

Du thriller, du noir, du roman psychologique, de l’historique, du roman policier, Du roman initiatique, du thriller écologique…

Et puis, trois romans qui m’ont eux aussi marqué cette année même s’il me s’apparente pas totalement à notre genre de prédilection préférées.

Seize roman pour clore cette année 2016

 

Ma petite sélection 2016

 

Les polars

     noelGustawsson, Johana /Block 46 : une enquête d’Emily Roy et Alexis Castells

Bragelonne et Milady Thriller

Les similitudes observées sur les corps des victimes d’une série de meurtres d’enfants à Londres et sur celui d’une femme assassinée en Suède amènent l’enquêtrice anglaise Emily Roy à collaborer avec le commissaire Bergström en Suède. La poursuite du ou des tueurs les plonge dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et au coeur d’événements vécus en 1944 à Buchenwald. Premier roman.

Johana Gustawsson nous offre un roman choral très ambitieux. Il fallait oser mélanger le thème rebattu du tueur en série et celui des camps de concentration nazis. Notre auteur maîtrise parfaitement cette double intrigue. C’est avec justesse qu’elle nous maintient entre tension et émotion. De plus, elle nous propose une galerie de personnages hauts en couleur. Je retiendrai surtout son duo d’enquêtrices qu’il me tarde de retrouver. Ce polar est une pure réussite.

Mon petit avis sur Block 46 de Johana Gustawsson

 noelPhilippon, Benoît / Cabossé

Gallimard ; Série noire

Les pérégrinations de Raymond, surnommé Roy, un homme de 42 ans au visage ingrat et malmené par la vie, entre ses expériences de boxeur et d’homme de main. Quand il trouve l’amour en la personne de Guillemette, il croise aussi Xavier, son ex-fiancé. La rencontre entre les deux hommes tourne au drame et entraîne les amoureux dans une cavale riche en rebondissements. Premier roman.

Cabossé nous entraîne pour une cavale où la sensualité se mêle à l’aventure, servie par une écriture concise, très « parlée ». Des personnages à fleur de peau et émouvants auxquels on s’attache vite, qui nous font passer du rire aux larmes et ça fait du bien.

Mon billet sur Cabossé

noelSéverac, Benoît / Le chien arabe

la Manufacture de livres, Roman noir

Sergine Ollard est vétérinaire à une clinique des Izards, à Toulouse. Un jour, Samia, une adolescente, lui demande d’examiner un chien que son frère Nourredine Ben Arfa a caché dans une cave d’immeuble. Le docteur découvre que l’animal a le ventre rempli de drogue. La clinique est braquée par deux frères islamistes radicaux qui ont décidé de prendre le pouvoir sur le quartier.

Benoît Séverac décide d’implanter son roman au cœur d’un quartier sensible au nord de Toulouse – Les Izards. Un quartier de mecs qui en ont !  Un monde de caïds, et de barbus.  Ce polar noir est une photographie, une radiographie sociologique d’une cité. Mais ,ici, l’auteur prend le parti de mettre les personnages féminins au coeur de son roman. Ici, toutes se battent pour leurs idées. Elles se révoltent contre ce monde masculin. Elles avancent quoi qu’il arrive. C’est sensible et vivant à la fois.

noelEstrada, Christophe / Hilarion : L’araignée d’Apollon

Actes Sud, Actes noirs

Février 1777. Le chevalier Hilarion quitte la Provence pour s’installer au château de Versailles. Il est chargé par le roi Louis XVI  de retrouver la correspondance dérobée à la reine et dont les lettres permettent d’alimenter des libelles injurieux. Mais le principal suspect est retrouvé mort suicidé tout près des appartements du roi, jetant le doute et la peur au sein des dignitaires.

Après l’énigme des fontaines mortes, l’auteur nous entraîne dans les coulisses de Versailles, où le roi observe les jeux de pouvoir… Politique, pouvoir et alliances secrètes font la trame de ce roman historique. Un subtil et réussi mélange de roman policier et de la grande histoire.

sepCavalier, Philippe / Hobboes

Anne Carrière ; Thriller

Dans une Amérique en crise, des individus marginalisés, les hobboes, croient en un homme providentiel qui pourrait changer leur destin. Raphaël Barnes, un professeur d’université élitiste et rationnel, se trouve plongé malgré lui au coeur des prophéties qu’il dédaigne, dans un pays en proie au chaos.

Philippe Cavalier nous propose un conte dystopique. Une contre utopie qui sonne le glas de notre civilisation qui érige comme idéologie l’ultralibéralisme. Une aventure qui a pour toile de fond Armagedon. Un récit pré-apocalyptique entre réalité et
fiction, un conte, une fable, une sorte de mise en garde, un livre prophétique dans un futur proche qui pourrait vite devenir le nôtre. L’auteur se pose en observateur, il scrute notre société, la dissèque, la dévoile telle qu’elle pourrait-être. A peine il la déforme pour nous la montrer monstrueuse. Il la dévoie pour nous forcer à repenser notre monde dans sa globalité. Hobboe est le livre des maux de notre société occidentale. Une critique sociale. Mais Hobboe est un livre qui fait du bien.

Mon abcédaire sur Hobboe

 cdc Monget, Yannick / Résilience : thriller

La Martinière

A Paris, en Chine, de curieux incidents se produisent à proximité de réacteurs nucléaires. Un virus informatique semble avoir réussi à prendre le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

Résilience de Yannick Monget, un roman exceptionnel dont personne ne ressortira indemne… Les connaisseurs du nucléaire seront confortés dans leurs idées et les profanes se poseront de nombreuses questions… Une écriture fluide, aux chapitres cours terminant sans cesse par des rebondissements, l’art d’orienter le lecteur vers une fin qui parait évidente et qui pourtant… Un fantastique roman d’anticipation à lire impérativement !  Un livre indispensable d’utilité publique.

Notre petite chronique de Résilience

noelMehdi, Cloé / Rien ne se perd

Jigal Polar

Saïd avait 15 ans quand un banal contrôle policier lui a coûté la vie. Mattia, 11 ans, ne le connaissait pas mais se sent pourtant en empathie avec lui face à la violence de la société et la défection de sa famille (père disparu, mère absente, frère indifférent, etc.).

Cloé Mehdi est la révélation de l’année. C’est sans contexte la plume la plus acerbe du moment. Cette jeune femme est bien de son temps. Elle ressent les choses et nous les expose  avec sensibilité. Elle a ce pouvoir de convoquer avec ses mots simples, les plus extrêmes de nos sentiments. Elle nous ouvre les yeux et nous confronte à la noirceur crasse de notre monde. Elle est notre conscience face à l’injustice. Nous obligeons à retrouver un peu de notre humanité et à percevoir une lueur d’espoir dans ce  magnifique roman noir . 

Mon petit avis sur Rien ne se perd

noelMinville, Benoît / Rural noir

Gallimard ; Série noire

Dans la campagne nivernaise, le clan formé par Romain, son frère Christophe, Vlad et Julie, est bouleversé par l’arrivée de Cédric, un adolescent rebelle, puis par l’agression de la seule fille de la bande. Dix ans plus tard, à la mort de ses parents, Romain revient dans le village et découvre les différents chemins pris par ses amis. Le gang se reforme quand Vlad est retrouvé presque mort.

L’auteur nous propose un beau polar rural. Un genre qui a le vent en poupe actuellement. Mais… Le livre de Benoit Minville a ce quelque chose de profondément humain et universel qui ne peut que vous parler. Et je pense réellement que, même si vous êtes un vrai urbain, vous serez vous aussi touché par ces mots simples.

Mon ressent sur Rural Noir

noelNg, Celeste / Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Sonatine éditions

Lydia Lee, 16 ans, est l’espoir de ses parents. Marylin, sa mère, espère la voir faire les études de médecine qu’elle n’a pas pu réaliser, tandis que son père, James, un professeur d’université d’origine chinoise, veut la voir s’intégrer. Lorsque le corps de l’adolescente est retrouvé au fond d’un lac, la famille en apparence soudée fait face à des secrets enfouis. Prix Relay 2016. Premier roman.

Un roman noir subtil, très maîtrisé et superbement écrit, autour des relations familiales, de leur histoire complexe et des conséquences qu’elles peuvent avoir. Des portraits psychologiques très fouillés, un suspense qui rend ce livre très addictif. Il a fallu six ans à Celeste Ng pour aboutir à ce récit. J’espère ne pas devoir attendre six ans de plus, j’ai trop hâte de lire son prochain roman !

noelWalker, Wendy / Tout n’est pas perdu

Sonatine éditions

Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville de Fairview. Il reçoit en consultation Jenny Kramer, 15 ans, une jeune fille qui a gardé, malgré un traitement post-traumatique, les séquelles émotionnelles d’une agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt.

Tout n’est pas perdu  est un thriller qui vous plonge dans les abîmes psychiques. Une descente aux enfers dont on ne ressort pas indemne. Un roman perturbant et suffocant qui  analyse les anfractuosités de la psychologie humaine. Une histoire servit par une intrigues tortueuse parfaitement orchestrée et admirable de maîtrise.

 

 

 

lvLa toile aux alouettes
Volume 1, L’inclus

Vernet, Lou

Border Line

Ce roman noir met en scène une galerie de personnages qui semblent appartenir à des mondes différents, de la mère névrosée au « no life » féru d’informatique, en passant par deux enquêteurs louches et un voisin insupportable, et qu’un sombre incident amène à se rencontrer

Pour sa première incursion dans le monde du polar, Lou Vernet a parfaitement réussi son entrée. Dans ce premier polar tout y est !  Tour à tour Roman psychologique, roman noir et policier, thriller implacable, La toile au alouette est une magnifique découverte. L’auteur distille même ici et là à travers son entrelacs de mots, quelques brins d’humour, un poil astringent.

Mon billet sur La toile aux alouettes

 

dmOn se souvient du nom des assassins : thriller

Maisons, Dominique

La Martinière

Max Rochefort, auteur d’un feuilleton à succès dans un quotidien, est flanqué d’un assistant qui l’admire, Giovanni Riva. Ils seront tous deux mêlés à une sombre enquête suite au meurtre d’un cardinal et constitueront, au fil de leurs pérégrinations, une ligue de gentlemen extraordinaires.

Ce polar est écrit à la façon des romans feuilletons de l’époque. Dominique Maisons c’est appliqué à faire revivre la langue des feuilletonistes tout en gardant un rythme très actuel. Et avec l’histoire qu’il nous propose, nous allons  vivre la plus exaltante des aventures.

Alors vous n’avez plus qu’à noter le titre de ce roman car croyez moi, toujours On se souvient du nom des assassin

 Mon avis sur On se souvient du nom des assassins

mmt

Lux / Mayeras, Maud

Anne Carrière

Vingt ans après des vacances à Ceduna, Antoine Harelde y retourne. Il n’a rien oublié, ni pardonné de ces trois mois si particuliers. La justice résonne de manière apocalyptique.

Il y a quelque de brut, de sauvage, d’instinctif dans l’écriture de Maud. Quelques chose qui parle à notre part animale. Quelque chose qui nous bouscule, qui nous chavire.  Elle propose une prose unique bien qu’elle conçoive des histoires noires. On vit les choses différemment à travers ses mots. On perçoit les choses différemment. En fait, on ressent plus les choses qu’on ne les intellectualise dans les livres de Maud.  A travers ses mots, on perçoit les couleurs, on discerne les odeurs, on éprouve les failles. Et justement  c’est à travers ces failles que passe la lumière.

Ma chronique sur Lux

Les autres

bpAlexis Vassilkov ou La vie tumultueuse du fils de Maupassant/ Prou, Bernard

Le Livre de poche

La vie inventée du fils caché que Maupassant aurait eu à la fin de sa vie avec la peintre Lioubov Adréievna Vassilkova. Les aventures d’Alexis le conduisent dans la Russie révolutionnaire, où il fait partie de l’entourage de Staline, puis au goulag, où il est initié à la franc-maçonnerie, et enfin en France où il s’engage dans la Résistance.

Bernard Prou nous fait traverser la fin du XIXe et le début du XXe siècle.  Il nous plonge dans l’histoire de l’Europe avant l’Europe. 

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant c’est un hymne à la vie, à l’amitié, à l’engagement. C’est un plaidoyer qui prône quelques valeurs humanistes, fraternelles pour ne pas dire universelles.

Ma petite chronique sur Alexis Vassilkov ou La vie tumultueuse du fils de Maupassant

 

 

 

marcus4265Le garçon / Malte, Marcus

Zulma

Le garçon n’a pas de nom et ne parle pas. Être quasi sauvage, il ne connaît du monde que sa mère et leur cabane. En 1908, il découvre les habitants d’un hameau, Brabek et Emma, puis la guerre, paroxysme de la folie des hommes. Ce roman esquisse l’itinéraire d’une âme neuve, qui s’éveille à la conscience et vivra des expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses. Prix Femina 2016.

Depuis 20 ans Marcus Malte nous offre des petits bijoux. Avec Le garçon , L’auteur une offre le chef d’oeuvre que l’on attendait, que l’on présentait. Un livre qui va longtemps me rester en mémoire.

 

 

Mon ressenti sur Le garçon

 

 

97822263240540-3342862Brève histoire de sept meurtres / James, Marlon

Albin Michel

Partant des événements et des personnages entourant la tentative d’assassinat de Bob Marley, chanteur reggae pacifiste, en décembre 1970, cette fresque épique dépeint les sombres pouvoirs qui régissent la société, en Jamaïque comme aux Etats-Unis. Man Booker Prize 2015.

S’affirmant ici comme le fils spirituel de Toni Morrison et de James Ellroy, Marlon James signe un livre hors norme, tour à tour sombre, drôle, cru, et toujours passionnant, signe d’une rare ambition littéraire et d’un talent prodigieux.

Ce premier roman, traduit en France, de Marlon James est une sacré découverte. Et il est certain que je n’en resterais pas là avec cet auteur !

Mon petit billet sur Brève histoire de sept meurtres

Il reste la poussière de Sandrine Collette : L’ABCdaire de deux nanas fondues de Collette


L'ABCdaire de deux nanas fondues de Colette

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Il reste la poussière de Sandrine Collette

 

Le principe est simple, avec Anne Ju, on se partage les 26 lettres de l’alphabet. Chacune met un mot sur chacune des  13 lettres qui lui ont été attribuées. Ces mots définissent, un sentiment, un ressenti, une impression que nous a laissé cette lecture. Ensuite, chaque mot sera expliqué par nous deux.

Ainsi vous retrouverez l’alphabet complet à travers nos deux blog.

Le challenge c’est aussi de parler du livre à travers des mots qui ne sont pas de notre propre ressenti.

$$$&&&SColLe livre  Il reste la poussière de Sandrine Collette. Paru le 25 janvier 2016 chez Denoël dans la collection Sueurs Froides.  19,90 euro ; (301 p.) ; 23 x 16 cm.

4e de couv : 

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.

Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l’a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.

Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille ?

Depuis son premier roman, Des noeuds d’acier, Grand Prix de littérature policière, Sandrine Collette «confirme avec éclat qu’elle a tout d’une romancière accomplie». (François Busnel, L’Express.)

$$$&&&collettes2016ph.matsasL’auteur : Sandrine Collette est née en 1970 à Paris. Elle passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides » Des noeuds d’acier, son premier roman, paru  en 2013, a rencontré un vif succès critique et public. Il a reçu le Grand Prix de Littérature policière. Aujourd’hui, elle partage sa vie entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan.

Pour cette nouvelle lecture commune nous nous sommes partagé simplement l’alphabet, une lettre sur deux. Anne Ju commençant par le B…

Voici donc mon Abécédaire de A à Y

Acomme  Apreté :

GVL : C’est vraiment le premier mot qui m’est venu dès les premières pages de ce livre. Dès la vue de la couverture, même sans doute.

Apreté des sentiments, animosité des sentiments. Austérité du décor, cette steppe patagonienne, rudesse de cette terre. Dureté de ces espaces désertiques.

Rigueur du climat.

AJC : Ton mot est bien choisi car il peut avoir deux significations : celle que tu décris et aussi celle de quelqu’un qui poursuit quelque chose avec acharnement.  Je te rejoins totalement sur la 1ère définition. Ce livre assèche ! J’en avais presque du mal à déglutir.
Si on prend la seconde définition,  elle colle aussi parfaitement au roman. Les personnages ont tous une quête. Mais l’auteure aussi. Mais je pense que nous allons développer tout cela dans les autres lettres.

Ccomme Climat :

GVL : Oui, le climat est rude. Un climat qui vous forge un homme. Qui lui donne du caractère. Chaleur torride l’été, froidure extrême l’hiver. L’amplitude thermale ne laisse pas de place aux faibles. Pas plus aux hommes, qu’aux animaux. Les bêtes les plus résistantes passeront l’hiver. Ou mourront ! Leurs carcasses viendront se fondre dans le décor.

AJC : Il est vrai que le climat n’est pas tendre. Mais c’est un phénomène récurrent dans les romans de Sandrine Collette. Souviens-toi dans 6 fourmis blanches, le climat montagnard n’est pas des plus accueillant. Pour moi, c’est une des marques de l’auteure. A travers ce climat, elle nous fait passer des sensations allant souvent à l’extrême ! A la lecture de ce roman, j’avais le sentiment de sentir ce vent chaud balayant la poussière venant se coller sur moi.

Ecomme espace :

GVL : La Patagonie comme décor.

La Patagonie des steppes, celle des hauts plateaux. Des espaces désertiques et pelés à vue d’œil.  Des grands espaces que l’on voudrait synonyme de liberté mais qui souvent enferme les hommes à cause de la rudesse qui s’en dégage.

Des paysages à couper le souffle, des images qui évoquent l’évasion. Cette steppe qui court, qui s’allonge, qui s’élance jusqu’à la montagne pour horizon.

AJC : C’est vraiment une marque de fabrique de Sandrine Collette. Le Morvan doit l’inspirer ;-). On a connu la ferme, les vignes, la montagne et là la steppe. C’est grand étendue à perte de vue. Je ne connais pas la Patagonie. Je sais juste que  Florent Pagny y vit mais bon il ne m’a encore jamais invité. Le saligaud ! Je serai curieuse de savoir pourquoi elle a choisi ce décor si lointain.

GVL : Pour les grands espace très certainement petit padawan. Justement parce que cette terre de Patagonie offre des espace vierge de toute vie humaine. Pour permettre le huis clos et le roman initiatique à la fois. Mais…Je le lui demanderai, fais-moi confiance.

Gcomme Garçon :

GVL : Joaquin et Mauro les jumeaux. Steban le cadet un peu simplet et Rafael le petit dernier. Il ne reste que la poussière, c’est l’histoire de 4 garçons dans le vent. Oui dans le vent car du vent, il y en a sur ces grands plateaux patagoniens. Et le vent, ça les rends fous ces 4 garçons.

4 frères qui bossent comme des forcenés pour leur mère, la mère et son  l’Estancia. Ils vivent au rythme des saisons, s’occupant des terres, de bêtes, vaches et moutons. Ils réparent les dégâts de l’hiver, ils n’ont que peu de temps à eux. Et pourtant…

AJC : 4 garçons plein d’avenir ? On le souhaite car au début on se dit que la reprise de l’exploitation est logique. Mais non rien n’est logique dans tous les romans de Sandrine Collette. Elle nous surprend. J’avais envie de détester cette affreuse mère et au final, elle me touche. J’avais envie de câliner Rafael, mais maintenant, je veux lui mettre des claques.  Les personnages masculins sont souvent des personnages très complexes et piliers.

Icomme Intrigue :

GVL : L’intrigue chez Sandrine Collette tient souvent en un seul mot : l’atmosphère. Elle installe tranquillement son histoire, dans un décor, dans un contexte. Elle nous place savamment ses personnages. Et elle utilise tous les ingrédients séparément un peu comme un cuisinier qui cuit tous ses légumes à part pour qu’ils gardent toutes leurs saveurs. Rien n’est laissé au hasard. Chacun est à sa place. Et puis, tout s’imbrique parfaitement pour nous raconter une histoire que l’on ne pourra plus lâcher avant d’en connaître le dénouement.

Il reste la poussière, c’est tout cela. C’est la terre, le soleil, la chaleur écrasante, l’hiver rigoureux. La lenteur de la vie qui passe. Une tranche de vie en somme. C’est un roman psychologique, c’est un roman noir c’est un polar rural. C’est un roman initiatique et un huis clos comme l’auteur les affectionne. Il reste la poussière, c’est tout cela à la fois !

AJC : Je suis une fan inconditionnelle de Sandrine Collette. Tous lus, tous dévorés. Je rejoins totalement ce que tu dis. Sa force, ceux sont ces atmosphères toutes surprenantes les unes que les autres. Quand on commence, on n’arrive pas à le laisser de côté. Au fond de moi, tous ses romans m’ont interpellé : colère pour Nœuds d’Acier, survie pour 6 fourmis blanches. Mes sentiments étaient clairs. Pour celui-ci, l’intrigue m’a perturbé. J’étais un peu comme Steban perdu dans le vent poussiéreux de la steppe. Mais ça m’a fait du bien de ne pas trouver ma route tout de suite, comme tous ses personnages au final ! L’intrigue a déteint sur moi 😉 .

Kcomme KO :

GVL : A ce moment-là de mon Abécédaire, je suis déjà KO, comme je l’ai été dès le début du livre. Et je suis restée groggy tout au long de la lecture. Cette lecture  m’a tellement sonné que  les sentiments, qui en ressortaient, étaient puissants, terrifiants.

J’ai été sous l’emprise des mots de l’auteure. Je n’ai pas honte de le dire. Ils m’ont captivé, subjugué. Prise au piège à mon tour dans cette pièce qui se jouait sous mes yeux. J’aurai voulu être actrice, pouvoir intervenir, changer le cours des choses, mais j’étais paralyser par l’écriture tellement maîtrisée de l’auteure. Spectatrice, je suis restée. Et à la fin, j’ai applaudi des deux mains à en faire tout exploser.

AJC : Encore une fois, elle laisse une marque dans nos esprits quand on referme ses livres. On ne peut pas rester indifférente à ses écrits. Il y a une telle intensité dans le choix des mots, que je suis bluffée à chaque fois. Quand je commence un livre, je me dis toujours que je ne m’attends à rien. Et avec elle, c’est l’effet surprise garanti. Mais il y a souvent un second effet (Kiss Cool ;-)) qui m’arrive dessus. Je suis comme toi, Geneviève, je suis KO de chez KO. Et c’est rare car ça fait 4/4 !

GVL : Pareil ma Juju, et ce n’est pas le cas avec tous  les auteurs. Mais Sandrine Collette est de ceux-là. Ceux de qui on attend avec impatience, gourmandise et curiosité leur prochain roman.

Mcomme Mère :

GVL : Et oui, si, il y a un personnage central dans ce roman, c’est la Mère.

C’est par la mère que tout arrive. C’est elle qui tient les rênes de la ferme. C’est elle qui dirige cette exploitation agricole. C’est elle qui décide des bêtes que l’on va élever, ovni, bovin ? Ceux que l’on va vendre, ceux qui seront tués.

C’est elle qui nourrit, qui distribue les tâches journalières. C’est elle encore qui tient les cordons de la bourse.

C’est la Mère, une mère castratrice. Forcément avec ces 4 garçons. C’est elle qui divise pour mieux régner.

Elle a quelque chose de la Folcoche de Bazin. Dans vipère au poing, Paule Pluvignec se montre dénuée de tout sentiment maternel et de toute preuve d’amour pour ses enfants.

« La mère » ici est ainsi !

« La mère, c’est la mère. Ancrée et solide, d’une constance terrifiante, ils sont capables d’en rejouer les intonations, les menaces, les phrases qui vont suivre. Mais s’ils cherchent à en dessiner les traits, elle s’efface comme dans un rêve, floutée tel un fantôme, une silhouette sans contours, sans limites. La mère s’étend au-dessus de l’univers. »

AJC : Très bon choix pour cette lettre. Je ne voyais pas autre chose. La mère ! Tu as remarqué qu’elle n’a pas de prénom ? Cela peut paraître surprenant mais pas tant que cela. Ca la rend encore moins humaine. Elle devient un su statut et non un personnage physique. De toute façon, je ne voyais pas ses garçons l’appeler « ma petite maman d’amour » ou lui souhaiter sa fête. C’est la mère nourricière aussi bien pour ses enfants que pour sa terre. Elle nourrit le livre ;-). Oui je sais je ne suis pas allée loin pour la trouver celle-là !

Ocomme Oppressant : 

Oui je sais c’est original, O comme oppressant pour un polar ! Mais après tout ce que je vous ai déjà dit…Oppressant est un qualificatif qui va bien à ce titre.

La chaleur étouffante, l’air irrespirable parce que surchauffait par le soleil écrasant. L’atmosphère pesante. Un décor splendide mais suffocant. Une mère opprimante.

Oui cette lecture est oppressante. Elle est aussi accablante car très noire, stressante car il y a comme un sentiment d’enferment malgré les grands espace. Tout ici est poignant et angoissant à la fois.

Je vous l’ai dit elle m‘a laissé exsangue et KO.

AJC : C’est le but du huis clos, que l’on se sente opprimé. C’est tordu tout ça quand j’y repense. Une si petite chose, le livre, qui nous oppresse autant voir même plus qu’enfermé dans un caisson. Je file prendre l’air ;-).

GVL : Tu as une nouvelle fois raison, on peut en effet parler de Huis clos. Décidément, petit padawan, tu as bien cerné cette lecture commune. Wouah, impressionnée, je suis ! Quelle chance que de t’avoir en binôme.

Qcomme Qualité :

GVL : Tout ici est qualité.

La qualité de l’écriture, du style de l’auteur, du ton qu’elle impulse à son récit.

Du récit et de l’histoire même.

Sandrine Collette a cette qualité rare de se renouveler à chacun de ses livres. Les 4 romans qu’elle nous a présentés ces dernières années ne se ressemblent pas dans leur construction. Ils ne se ressemblent pas non plus par leur style ou leur rythme. Mais à chaque fois, l’écriture sobre et épurée de l’auteure colle parfaitement au ton que celle-ci veut donner à son récit.

Je sais que ça déconcerte le lecteur, que ça peut le perdre. Il s’attend à un thriller et tombe sur un roman noir. Il cherche à frissonner et il est juste surpris par d’autres sentiments plus intimes.

Quoiqu’il en soit, à chaque fois la qualité est là !

AJC : Pfff qu’est-ce que tu veux que je rajoute à cela ? J’ai fait aussi éloge de son talent dans les autres lettres. Je pense que si maintenant les lecteurs ont encore des doutes, je suis désespérée. Il est clair que ce n’est pas du thriller. Il faut s’attendre à plonger dans les abysses de l’être humain. Jusqu’où est-il capable d’aller pour survivre ? Où va-t-il chercher cette force ?
Pour tout savoir, lisez TOUS ses romans !!

Scomme Sentiments :

GVL : Ici tous les sentiments sont exacerbés.

On oscille  entre haine et répulsion.

Pas de demi-mesure.

Pas de politiquement correct, pas de place pour les bons sentiments. Insensibilité, sécheresse des cœurs. Pas la place pour la compassion, l’attachement, l’émoi. L’affectivité n’est pas de mise.

Non ici tout est violence, cruauté, bestialité, hostilité. Inhumanité sans doute aussi. Humanité aussi du coup.

Oui, tous ici ne sont que sentiments contraires et contrariés.

AJC : Je trouve qu’il y a aussi un peu d’amour. Certes, ce n’est pas dégoulinant et débordant. L’amour fraternel est quand même présent. Regardes les jumeaux. Ils sont soudés et s’aiment aussi. C’est peut-être le seul lien clairement visible dans les sentiments.  Après, on ne peut pas dire que ça soit pareil avec les autres frères. Mais mine de rien, ils pensant quand même aux uns et aux autres. Alors oui, tous les sentiments que tu décris, sont les premiers à nous exploser en pleine tronche à la lecture de ce 4ème roman.

GVL : Tu n’as pas tort, il y a effectivement quelque chose qui les relie tous. Mais de là à dire que c’est de l’amour. Je n’y crois pas trop. Peut-être juste pensent-ils que l’un sans l’autre, ils seront moins forts. Je vois ça plus comme une association de complémentarité que comme un véritable amour fraternel.

Ucomme Urgence :

GVL : Ce roman se déroule sous nos yeux dans une espèce d’urgence qui nous entraîne vers une fin que l’on devine inéducable.

Ce roman est impétueux. Il dégage une fougue sans retenu. Une force frénétique ravageuse.

AJC : Je pense que là où ils vivent, ils peuvent toujours attendre pour voir débarquer une ambulance 😉 ! Humour humour ! Bref, oui comme tu dis, on sent que cette famille est sur le point de partir en lambeau, même si elle est déjà pas mal amochée, et que nous sommes les spectateurs impuissants face à cette urgence.

GVL : Et oui, Anne Ju, nous sommes ici dans un roman noir. Une espèce de constat amère d’impuissance face au drame qui se joue sous nos yeux.

Comme le dit si bien Dominique Manoti en parlant de roman noir :

« Tous les personnages, et le lecteur avec eux, sont engagés « en un combat douteux ». La littérature noire n’est pas manichéenne. Et si, d’aventure, l’ordre est rétabli à la fin d’un roman noir, l’auteur et les lecteurs sont conscients qu’il ne s’agit que du rétablissement provisoire des apparences.  »

Le roman noir nous met dans un état d’urgence permanent puisqu’il n’est autre que le roman du désordre. Donc de l’urgence !

Wcomme Western :

GVL : Il reste la poussière pourrait être un Western. Un western transposé en Amérique du sud avec le  ranch remplacé par une estancia, les cowboys par des gauchos, les mustangs et autres quarters horses changés en criollos. Ces petits chevaux argentins sont réputés particulièrement frugaux, sains, robustes et endurants. Capables de supporter de très lourdes charges sur de longues distances et tous types de terrain. Que serait le gaucho sans son criollo ? Comment pourrait-il rassembler ses troupeaux éparpillés dans la steppe pour se nourrir ?  Monter sur son criollo, le cowboy argentin va conduire ses vaches ou ses moutons à travers la Meseta, ces vastes plateaux de la steppe argentine, aux paysages uniques et désertiques.

AJC : Pour une fois que c’est facile et flagrant de trouver le mot correspondant  à cette lettre ! Chapeau car c’est exactement ce que j’ai ressenti. Je me suis souvenue de ces films que je regardai A la conquête de l’ouest par exemple. Tout est hostile, aride. Tu mets ton chapeau et tu montes ton cheval. Bon moi, je te laisse le cheval et je prends un criollo. Bha oui, je suis petite donc petit cheval. C’est encore là que je tire mon chapeau (trop facile, je sais) à Sandrine Collette car niveau documentation, c’est juste bluffant. On s’y croit tellement ! Allez partons pour de nouvelles chevauchées.

Ycomme Yapuka :

GVL : J’espère avoir réussi à vous convaincre de vous précipiter sur ce quatrième roman de Sandrine Collette qui est un de mes grands coups de cœur 2016.

C’est un grand roman noir. Il reste la poussière met en scène Rafael, un petit garçon, poursuivi dans la steppe de Patagonie par trois cavaliers, qui ne sont rien d’autre que ses frères.

Ce titre vient d’être récompensé par le prix Landerneau du polar. Il ne reste que la poussière a devancé Ce qu’il nous faut, c’est un mort, d’Hervé Commère (Fleuve éditions), Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre (Albin Michel), Surtensions, d’Olivier Norek (Michel Lafon) et Le Français de Roseville, d’Ahmed Tiab (L’Aube), figurant dans la sélection établie par le jury présidé par Bernard Minier et composé de dix libraires.

Une sacrée sélection !

Sandrine Collette succède à Fred Vargas, lauréate du prix 2015 avec Temps glaciaires (Flammarion), Hervé Le Corre, lauréat 2014 avec Après la guerre (Rivages), Paul Colize, lauréat 2013 avec Un long moment de silence (La manufacture de livres) et Caryl Ferey, gagnant 2012 avec Mapuche (Gallimard, «Série noire»).

Un sacré palmarès

D’ailleurs Bernard Minier dit de ce roman « « Un tour de force littéraire, Giono et Faulker au pays des gauchos ».

C’est dire la qualité de ce texte.

Alors yapuka…. Le découvrir et le lire rapidement !

AJC : Je ne vois vraiment pas qui rajouter à cela. Je reconnais ton côté pro avec toutes ses précisions. Merci d’ailleurs.
Donc vous avez compris….Yapuka !
PS : Geneviève, gardes le au chaud ce mot, il va pouvoir nous resservir pour d’autres ABCdaires ;-).

GVL : Yapuka, là aussi. Mais avant, il va me falloir trouver du temps, car faire un abécédaire demande du temps, de l’énergie et aussi une bonne dose de dinguerie.

Et puis il va falloir laisser aussi un peu de temps à nos lecteurs pour qu’ils découvrent ce magnifique roman qu’est Il ne reste que la poussière.

Alors YAPUKA

Je ne sais pas si nous avons réussi à vous convaincre, mais si vous souhaitez en savoir plus…La suite de cette ABécédaire est chez Anne Ju et ses Modordus

L’Abécédaire d’Anne JU c’est ICI

Et retrouvez nos premiers ABCdaires ICI :

Nicolas Lebel ; Marie Vindy ; Laura Sadowski ; Sarah Waters et Philippe Cavalier

Ainsi que notre Lecture commune de Gipsy Paladini.

A vous de jouer maintenant, laisser nous vos impressions. Parlez nous de vos ressentis sur ce 4e roman de Sandrine Collette, sur ses autres roman aussi, sur l’auteur bien sur. Mais aussi sur cet Abécédaire. Donnez nous, donnez moi vos avis, vos critiques, vos remarques.

On peut en parler !

Lire ICI le début

 

 

Et ils oublieront la colère d’Elsa Marpeau


$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Et ils oublieront la colère d’Elsa Marpeau

Paru le 8 janvier 2015 chez Gallimard collection Série Noire.
19,50 € ; (232 p.) ; 23 x 16 cm
‪#‎polar2015çacommencefort‬
Et ils oublieront la colèreimages
Été 1944. Une femme court dans la campagne icaunaise . Elle cherche à échapper à la foule qui veut la tondre.
Été 2015. Un homme a été tué près d’un lac. La gendarme chargée de l’enquête soupçonne que son tondues-liberation_1hk6s_3h89k4meurtre est lié à une tonte, qui a eu lieu soixante-dix ans plus tôt.
Entre aujourd’hui et hier, les destins s’entremêlent mais les protagonistes ne s’en souviennent plus – ils ont oublié la colère, les jours de liesse et la cruauté des vaincus contre ceux de leur camp, lors de la
Libération. L’enquête va exhumer ce passé que plus personne ne veut se rappeler.


Elsa MarpeauL’auteur
: Elsa Marpeau a grandi à Nantes, s’est installée à Paris et a vécu à Singapour. Après Les yeux des morts, prix Nouvel Obs – BibliObs du roman noir 2011, elle a publié dans la Série Noire Black Blocs et L’expatriée, prix Plume de Cristal 2013.

Extrait : 

Quand elle voit une victime pour la première fois, il s’agit généralement d’un petit tas de chair décomposée. Tant qu’on ne sait pas ce qui s’est passé, elle reste de la bouffe pour les mouches et les asticots. Garance devient ainsi son dernier biographe.

Mon petit avis : Je ne sais pas pourquoi mais ce titre était l’un des premiers que je voulais lire en 2015. Je l’attendais depuis un moment et dès qu’il est sortie je me suis précipitée à la librairie pour l’avoir entre les mains. D’ailleurs ma libraire, merci Agnès, ne l’avais mis de coté sans même que j’ai à lui demander. Comme quoi, elle commence à bien me connaitre.
Mais bon, revenant au livre. J’attendais donc ce nouveau titre d’Elsa Marpeau car le précédent avait été un énorme coup de coeur pour moi. Aussi cela impliquait que j’allais être plus exigeante avec celui-ci. Donc au moment de la lecture il y avait à la fois un mélange d’envie et d’appréhension. Mais cette dernière a très vite laisser la place à d’autres sentiments. La colère, l’envie de tuer…. si, si, la révolte ont envahi mon être. Je me suis vite identifiée aux 2 héroïnes de ce polar. Et là où d’habitude, Elsa a une écriture sèche, froide, on retrouve une plume moins distancié, plus intime. Elle crée un véritable roman d’atmosphère. Une atmosphère lourde, gluante, sécrète. Elle restitue parfaitement l’ambiance d’un petit village de campagne, avec ses non-dit, ses secrets enfouis, son passé pas forcément glorieux. Elle fait vivre, sous nos yeux, ces familles qui souvent sont le ciment de ces petites bourgades où rien n’a vraiment changé depuis l’arrivée de l’eau potable.
Elle réussit là un pur roman rural avec ce récit vif, ce style qui allie finesse et rugosité, elle fait revivre a merveille le passé trouble d’une époque encore plus trouble. Je vous l’ai dit j’ai été sous tension avec des sentiments forts voire violents tout au long de cette lecture qui se dévore d’une traite. Il y a un besoin d’urgence dans ce texte, un besoin de souvenance, quand la mémoire devient le seul rempart contre la barbarie.

C’est noir, c’est beau, c’est une fantastique réussite.

Merci Elsa de ne pas m’avoir déçue 🙂

Mais lisez cet extrait, vous comprendrez surement mieux de quoi je veux parler, enfin je voudrais, si les mots ne me manquaient pas

http://flipbook.cantook.net/…

Grossir le ciel de Franck Bouysse


téléchargement (32)Le livre : Grossir le ciel de Franck Bouysse. Paru le 9 octobre 2014 à la Manufacture de livres. 16,90€ ; (198 p.) ; 23 x 14 cm.

4e de couv : 

Abel but son verre d’un trait et se leva. Il se tenait face à Gus, tout raide, comme une espèce de bestiole qui ne voudrait pas être repérée dans un décor hostile, puis il planta ses yeux dans ceux de Gus après un silence qui ne rendait service à personne et il dit :

– Tu veux que je te dise vraiment le fond de ma pensée ?

– Je t’écoute.

– Le diable, il habite pas les enfers, c’est au paradis qu’il habite.

Entre Alès et Mende, au milieu des Cévennes, un lieu-dit appelé Les Doges, deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, de la neige une partie de l’année, deux hommes, un chien, un fusil, quelques mots, des silences et de la roche pour poser le tout.

C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles.”

L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant. Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars. Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.

Longtemps après, Gus se dira qu’il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

téléchargement (34)L’auteur : Franck Bouysse, né en 1967, vit à Limoges. Il a publié Vagabond et Pur sang chez Écorce.

Franck Bouysse vit à Limoges. Il aime marcher dans les villes, s’arrêter dans un bar, écrire en écoutant Antony and the Johnsons, Billie Holiday et fumer d’immondes cigares italiens.

Il publie un roman noir (L’Entomologiste), puis ensuite sa trilogie H. (Le Mystère H., Lhondres ou les ruelles sans étoiles et La Huitième lettre). Il réalise également les dossiers introductifs de l’intégrale BD de Théodore Poussin(par Frank Le Gall) et participe ça et là à divers projets collectifs.

Extrait :
Que Gus aimait ce pays serait beaucoup dire, mais comme il n’avait rien connu d’autre, il s’était fait à l’idée d’y finir ses jours. Pas malheureux, pas vraiment heureux non plus. Sa place dans le vaste ordonnancement de l’univers étant donné qu’il était incapable d’en imaginer une autre.

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Avis et résumé

images (15)Gus est installé près de la ferme de son voisin, Abel, pour chasser. Il a repéré du gibier, mais au moment de tirer, il entend un coup de feu.
Franck Bouysse installe tranquillement les choses, comme s’il voulait que le lecteur vivent au rythme des saisons comme vivent ses protagoniste. Une vie plutôt tranquille, même si elle est rude.
La nature et le climat guident les hommes dans ce coin reculé des Cévennes. Les gens sont taiseux par ici. Et si la solidarité reste de mise, forcément il faut faire front commun contre les coups durs, sinon point de salut, les amitiés, elles sont quasi inexistantes.
images (18)Il y a Gus, il y a Abel, il y a aussi le chien de Gus, Mars.
Et si Gus et Abel ne sont pas proche il leur arrive de se filer un coup de main, une vache qui a du mal à mettre bas, les moissons qu’il faut finir avant l’arrivés des gros orages…Alors qu’est qui c’est passé entre ces deux là par un petit matin frileux?
images (16)Franck Bouysse va nous le raconter dans ce récit qui met en scène la nature des Cévennes, la solitude des paysans des montagnes, les secrets de famille, l’irruption de l’inconnu et de la violence.
C’est beau, c’est dur, c’est noir, ça nous secoue et nous bouleverse tout à la fois.
Un exceptionnel roman noir, Un superbe « nature writing » ou l’homme , la nature, le silence et la solitudes sont prétextes au perpétuel questionnement de la condition humain.
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L’hiver peut être rude et marque à tout jamais cette nature cévenole

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La nature cévenole au file des saisons. Ici l’automne