Helena – Jérémy Fel


Attention « Double Chronique »

Aujourd’hui les jumelles Flingueuses on décidait de nous proposer chacune leur avis sur un même bouquin

Ce matin c’était,

Ophélie qui nous soumettait son Off de Oph

 Ce soir c’est

Maud qui nous parle de sa lecture

Allez c’est parti pour un second avis!


Le livre: Helena de Jérémy Fel. Paru le 22 août 2018 chez Rivages. 23 euros; 733 pages; 20,5 x 2,7 x 14 cm.

 

4ème de couverture:
Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena… Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu’ils commettent l’irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

L’auteur: Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. C’est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu’il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.Les loups à leur porte (2015), son premier roman, est un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante.
En 2018, il publie Helena« , un des titres phares de la rentrée littéraire chez Rivages.

 

Extraits :
« Le petit garçon obéit et s’assit sur le lit. Il était tout nu, sa bouche pleine du goût des bonbons à la fraise que son papa lui avait donnés avant de rentrer dans la maison aux belles fleurs mauves, son papa qui, à présent, se tenait dans le fond de la pièce, derrière la grosse caméra. Tout était flou autour de lui, il se sentait si fatigué. Le monsieur aux cheveux gris s’approcha alors du lit, nu lui aussi, tenant à la main un objet long et humide qui brillait sous la lampe accrochée au plafond. (…).
Pour à nouveau l’attacher, le mordre, s’insinuer en lui pour ne laisser ensuite que la douleur. »

Les Lectures de Maud :


Le destin de deux familles, en apparence sans lien, va être bouleversé suite à une rencontre fortuite. Rien ne les prédestinait à ce que leurs chemins se croisent et pourtant leurs vies va basculer dans l’horreur.

Norma, une mère de famille qui est prête à toi pour protéger ses enfants m’a de suite été antipathique. Cette volonté ou déni qu’elle a de masquer la vérité et ne pas la regarder en face m’a été insupportable.

Hayley, jeune fille des quartiers riches qui va vivre un drame qui la marquera à jamais, et sera à l’origine de toute la descente aux enfers qui va suivre.

L’auteur a encore réussi une splendeur avec ce livre, réunir des personnages qui n’ont rien en commun mais que le destin décide de se faire rencontrer. Les actes de chacun auront forcément des conséquences sur les autres ; c’est le début d’un cercle infernal et sans fin. L’enchaînement d’évènements imbriqués les uns dans les autres, nous montre la noirceur de chacun d’eux. Leur volonté de se venger va prendre le pas sur leur quotidien jusqu’à en faire partie intégrante. Une plume toujours aussi noire et pourtant si addictive ; le lecteur ne ressort pas indemne de cette lecture. L’alternance des rêves (ou cauchemars) et la réalité, chaque chapitre dédié à un personnage ; donne du rythme et du suspense à cette lecture.

Ayant lu Les Loups à leurs portes récemment, je dirai que j’aurais une préférence pour le premier livre (la vie des personnages) ; mais les deux sont de véritables cocktails d’émotions et de noirceur.

Je remercie Bepolar pour cette découverte et leur confiance

Tags : Etats-Unis, violence, manipulation psychologique, thriller, séquestration

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Helena de Jérémy Fel


LA DOUBLE CHRONIQUE

Aujourd’hui les jumelles Flingueuses vous propose chacune leur avis sur un même bouquin

Ce soir c’est Maud qui nous parlera de sa lecture

Ce matin c’est Ophélie qui nous soumet son Off de Oph

Allez c’est parti !


Le livre: Helena de Jérémy Fel. Paru le 22 août 2018 chez Rivages. 23 euros; 733 pages; 20,5 x 2,7 x 14 cm.

 

4ème de couverture:
Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena… Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu’ils commettent l’irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

L’auteur: Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. C’est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu’il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.Les loups à leur porte (2015), son premier roman, est un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante.
En 2018, il publie Helena« , un des titres phares de la rentrée littéraire chez Rivages.
Extrait:
« C’était un enfant apeuré qu’elle avait trouvé devant la cabane, pas un criminel, pas celui que les autres, tous les autres, montreraient du doigt quand il serait livré à la justice. Personne ne le connaissait comme elle, personne ne savait ce par quoi il était passé. Personne d’autre qu’elle ne pourrait le comprendre. Et, à présent, il était seul dans cette nuit noire. Peut-être n’oserait-il même plus revenir. Il était si vulnérable. Elle avait tant besoin de le serrer à nouveau dans ses bras, de lui promettre qu’elle le protégerait envers et contre tout, comme toute mère sensée se devait de le faire. »

 

Le OFF de OPH

Chronique d’un roman Kinghitchcockien !

C’est assommée que je suis sortie de cette lecture dont j’ai lu les 732 pages l’angoisse rivée au ventre. Parce qu’« Helena » c’est d’abord une ambiance. Pas un rythme endiablé, pas un page-turner au sens où le suspens prévaut et les cliffangers se suivent, mais bien une atmosphère. Une atmosphère que je n’avais connue que par King ou Hitchcok. Une atmosphère qui malgré la peur, l’angoisse qu’elle dégage est difficile à quitter quand il faut refermer le livre pour assurer le boulot, les enfants et chéri.
« Allongé sur le matelas, il fuma une cigarette en repensant au rêve qu’il avait fait la nuit dernière […] Il était prostré contre le mur de la cuisine, pendant que de l’extérieur l’ogre faisait crisser ses griffes sur la fenêtre, ses yeux devenus fous, aux reflets de l’arc-en-ciel. Tout en résistant à ses tentatives de l’inviter à entrer, Tommy avait reconnu la voix de sa mère, laquelle se tenait près de l’évier, ses mains plongées dans l’eau froide. Mais sa voix avait paru si lointaine, comme si elle ne provenait pas de sa bouche. Quand il s’était levé pour la rejoindre, il s’était rendu compte que la porte donnant sur le jardin était grande ouverte, et que le monstre avait déjà fait un pas à l’intérieur. »
Les lieux choisis par Jérémy Fel pour y placer son intrigue renforcent aussi le climat particulier qui se dégage du roman : le Kansas, une maison perdue au milieu des champs de maïs, la présence quasi constante des corbeaux, des épouvantails… Mais aussi les nombreux passages en italique qui mêlent à la réalité les cauchemars, les pensées des protagonistes.
J’ai donc, vous l’avez compris, particulièrement accroché à l’écriture de Jérémy Fel et à ce thriller psychologique dans lequel, ambiance, lieux, personnages, contribuent à maintenir une tension narrative jusqu’à la dernière ligne du livre.
Les personnages que nous suivons : Tommy, Norma, Hayley et… Helena m’ont intriguée, bouleversée. Je les ai aimés, je les ai détestés, j’ai souffert avec eux, mais pour chacun d’entre eux, même dans leur noirceur j’ai ressenti de l’empathie. Je ne vous dirai pas pourquoi, je vous laisse vivre pleinement cette expérience.
L’auteur a glissé dans son histoire de nombreuses références littéraires mais aussi cinématographiques, la plus évidente étant « le magicien d’Oz » qui est en fil rouge tout au long de l’histoire. Mais je dois dire qu’une d’entre elles m’a fait sourire puisque ce film d’animation, que je regardais petite, dégage le même type d’atmosphère que ce roman : « Brisby et le secret de Nimh ».
Jérémy m’a également poussé à réfléchir sur des thèmes tels que la construction de l’enfant en tant qu’adulte en devenir. Nos vécus et éventuels traumatismes qui impactent nos vies d’adultes. Il évoque aussi la question des choix : faisons-nous toujours les bons ? Qu’aurions-nous changé si nous avions pu revenir en arrière ?
Enfin outre ces aspects, « Helena » est le seul roman lu sur lequel, à aucun moment, je n’ai pu anticiper quoi que ce soit. Rien ne se passe comme je l’avais imaginé, l’auteur m’a, à chaque fois, surprise et prise à contre pied, pour m’emmener vers un final complètement inattendu qui en définitive m’a apporté plus de questions que de réponses.
« Helena » a été, pour ma part, une réelle expérience littéraire, et j’ai une affection particulière pour ce roman qui m’aura surprise de la première ligne, jusqu’au point final.

Et vous, que diriez vous d’aller à la rencontre de ces personnages dissemblables qui, par leurs choix, mêleront leurs destins ?

Rivière tremblante – Andrée A. Michaud


Le livre : Rivière tremblante de Andrée A. Michaud. Paru le 19 septembre 2018 aux Editions Payot et Rivages, collection  Rivages/Noir. 21 € ; 366 pages ;  22,5 x 15,5 cm

4ème de couverture :

Août 1979. Michael, douze ans, disparait dans les bois de Rivière-aux-Trembles sous les yeux de son amie Marnie Duchamp. Il semble avoir été avalé par la forêt. En dépit de recherches poussées, on ne retrouvera qu’une chaussure de sport boueuse. Trente ans plus tard, dans une ville voisine, la petite Billie Richard, qui s’apprête à fêter son neuvième anniversaire, ne rentre pas chez elle. Là  encore, c’est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. Pour son père comme pour Marnie, qui n’a jamais oublié le traumatisme de l’été 1979, commence alors une descente dans les profondeurs du deuil impossible, de la culpabilité, de l’incompréhension. Ils ne savent pas qu’un autre drame va frapper le village de Rivière-aux-Trembles…

L’auteur : Andrée A. Michaud est née au Québec. Après des études de philosophie, de linguistique et de cinéma, elle entame une carrière de romancière. Elle est rapidement reconnue pour ses romans noirs très littéraires, entres Bondrée, récompensé par plusieurs prix aux Canada et en France : le prix du Gouverneur général (important prix littéraire) le prix Saint-Pacôme (dédié au roman policier), le prix Arthur-Ellis, le prix des lecteurs Quai due polar/20 Minutes et le prix Rivages des libraires.

 

Extrait :
«  Puisque j’étais vivant et pas encore totalement cinglé, j’avais pris mes jambes à mon cou, inconscient que la bête que je tentais de semer avait fait son nid dans mes entrailles, que l’homme est un putain de cheval de Troie transportant dans ses tripes tout ce dont il a besoin pour s’autodétruire et s’empoisonner la vie, à commencer par l’attirail de souvenirs tranchants qui lui lacèrent les flancs à chaque faux pas. On ne peut rien contre cette tumeur qui prolonge ses métastases du cerveau jusqu’au ventre. La seule façon de fuir sa mémoire, c’est de se faire lobotomiser. Je n’en étais pas encore là, mais il m’arrivait d’envisager cette option lorsque les heures s’étiraient dans tous les sens et que le cafard, avec sa flopée de pensées visqueuses, profitait de cet instant de stagnation universelle pour me sauter dessus. »

L’accroche de Miss Aline 

 Rivière tremblante, Andrée A. MICHAUD

Comment vous parler de ce thriller qui n’en est  pas vraiment un ? Bien sur, il y a disparition d’enfant, même deux  à trente ans d’intervalle. Bien sur l’enquête sera et est menée. Bien sur il y a aura soupçon de culpabilité. Mais l’essentiel de ce roman n’est pas là pour moi.

 Dans les deux premiers tiers du livre, on fait la connaissance de Marnie Deschamps qui voit disparaitre sous ses yeux son meilleur ami. Au moment des faits, ils ont une douzaine d’année. On va aussi côtoyer Bill Richard dont la fillette de 9 ans ne rentrera jamais de l’école.  Ce qui est le plus touchant, perturbant, déroutant c’est la façon dont l’auteur te fait vivre ça de l’intérieur. Dans la tête, le cœur, les tripes de Bill et Marnie. Ils vont vivre la disparition comme une descente aux enfers. Ils vont survivre au-delà des enfers. Ils vont s’enfoncer au plus profond d’eux-mêmes pour puiser la force vitale. Ils vont vivre leurs douleurs comme un gouffre infini, un trou noir qui absorbe tout.

J’ai plus d’empathie pour Bill dont la douleur se fait dans le souvenir permanent de Billie. Qui continue de lui inventer des histoires, qui garde son chat au-delà du raisonnable, qui lui donne l’éternité à 9 ans. Bill qui parfois s’effondre, où le trou noir manque de l’engloutir totalement. La douleur est  déchirante, béante, un puits sans fin dont aucun son ne peut sortir. Une douleur qui n’a pas de nom, pas de mot. Une douleur qui envahit chaque parcelle de son corps, de son cœur. Une douleur où Billie meurt à chaque fois.

Marnie est plus abstraite dans sa douleur. Elle n’a pas moins mal non, mais c’est tellement différent. C’est une douleur qui vient de l’enfance, qui est bercée par l’enfance. Elle y met tellement d’interrogation, de réponse formée et déformée. Elle était trop jeune à l’époque pour se « rendre compte » vraiment. C’est une douleur comme un souvenir comme une vieille peluche que l’on retrouve au fond d’un grenier et dont on  avait oublié la bouille. Elle aussi sombre dans ce trou noir qui de son côte ressemble plus à la folie.

Dans la troisième partie ces deux histoires vont se télescoper ou plutôt se frôler. Un enfant à disparu à Rivière-aux-trembles. Là encore, la lumière n’est pas sur l’enquête mais sur Bill et Marnie. Ils vont devoir faire face et revivre leur propre disparition. Où sont leur ami et fille ? Pourquoi, comment, par qui ? Le manège tourne sans cesse. Ne cessera-t-il jamais ? Jusqu’où va-t-il falloir aller pour avancer, juste avancer sans oublier ?

Bill et Marnie se sont deux souffrances comme deux étoiles dans le firmament qui ne pourront jamais se toucher. Ce sont deux mondes au bord du gouffre, deux cœurs vidés, une apnée constante.

L’auteur a un style d’écriture particulier en cela qu’il n’y a pas de dialogue à proprement dit. Il est inclus dans le texte, pas de tiret-à-la-ligne. Au début c’est déroutant puis tu comprends que tout se passe dans la tête de l’un et de l’autre. Comme si eux aussi se racontaient l’histoire.

Les phrases peuvent être longues. Là encore on s’habitue. Elles ressemblent à cette douleur pesante, lancinante, qui se traine et ne veut pas partir. Tu es emmenée malgré toi dans ce récit et tu vis cette descente dans les abysses  de la douleur. Tu voudrais les consoler, les bercer dans tes bras, mêler tes larmes aux leurs.

Je ne connaissais pas Andrée A. Michaud et c’est pour moi une magnifique découverte. Il n’est pas dit que je ne vous en reparle pas avec Bondrée ou Lazy Bird deux autres de ses romans.

Bonne lecture.

Pottsville 1280 habitants – Jim Thompson


Le livre : Pottsville 1280 habitants de Jim Thompson. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Gratias. Paru le 13 avril 2016 aux éditions Rivages. 8,00 euros ; 270 pages ; 11 x 17 cm.

 4ème de couverture :

Shérif de Pottsville, 1280 habitants, Texas, au début du vingtième siècle, Nick Corey mène une vie routinière pas trop fatigante dans la mesure où il évite de se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et aux prochaines élections, il pourrait perdre sa place. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

 

 

L’auteur : Jim Tompson est un écrivain américain, né en 1906 et mort en 1977. Il a écrit 29 romans. Il est considéré aujourd’hui comme une des plus grands écrivains de romans policier, alors que de son vivant il n’était que très peu reconnu. De nombreuse adaptations au cinéma ont été faites de ses livres.

 

Extrait :
-Rose, tu devrais arrêter de jurer comme un charretier. Ça risque de t’échapper à un moment gênant.
– Ouais, t’as raison bon sang ! C’est la faute à Tom, ce salopard de fils de pute, mais tu peux être foutrement sûr que je vais faire de mon mieux pour m’améliorer, bordel de Dieu !
– Parfait, Je vois que cela ne posera pas trop de problèmes.

 

L’arrêt sur image de Marc …

Pottsville 1280 habitants

Le titre original est « Pop1280 ». Il est sorti pour la première fois en France, sous le titre mystérieux de « 1275 âmes ». Pourquoi ôter 5 habitants à l’édition française ? Le mystère demeure. J’ai bien lu quelques explications, mais aucune ne m’a convaincu du bien-fondé de ce titre. De plus une partie non négligeable des dialogues a été purement et simplement supprimée. Alors quel bonheur quand j’ai su que le livre était réédité avec une traduction intégrale, et en plus avec un titre cohérent.

Pottsville 1280 habitants c’est l’histoire de Nick, le sheriff de cette ville. Sa philosophie, c’est de se tenir loin des ennuis, de ne contredire personne. Précepte qu’il applique aussi bien dans sa ville, qu’à la maison avec l’acariâtre Myra qui lui sert de femme. Cela arrange un peu tout le monde d’avoir quelqu’un comme Nick à ce poste. Les magouilles peuvent continuer tranquillement. Rares sont ceux qui le respecte, nombreux sont ceux qui le prennent pour un nigaud. Mais cet homme masque un coté machiavélique, sans scrupule, et un parfait calculateur. Personne ne va sentir le vent tourner, et ils vont tous payer d’avoir voulu jouer au plus fin avec lui. Ce roman est au sommet du noir, il côtoie les meilleurs du genre. L’humour y tient une grande place, mais c’est le cynisme glaçant qui est le plus marquant.

C’est truculent, je me suis même surpris à un moment de ma lecture à dire à voix haute : « Il est immense ce type… ».

Venez découvrir Jim Thompson avec ce roman, et vous aurez envie de lire d’autres choses de lui à ne pas en douter.

 

Le petit plus de Collectif Polar

 

En 1981 Bertrand Tavernier réalise Coup de torchon,  avec Philippe Noiret, Isabelle Huppert et Stephane Audran.
Le scénario de Jean Aurenche et Tavernier est tiré du roman de Jim Thompson . Il déplace l’action dans l’Afrique coloniale à la veille de la Seconde Guerre mondial

Les loups à leur porte de Jérémy Fel


Le livre : Les loups à leur porte de Jérémy Fel. Paru le 19 Août 2015 aux Editions Rivages dans la collection Littérature francophone. 20€  (434 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche le 5 Octobre 2016 aux Editions Rivages, Collection Rivages Poche. 8€80 ; 410 pages; 17 x 11 cm

4ème de couverture :
Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un « diner » perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret inavoué les lie ?

L’auteur : Jérémy Fel fut libraire pendant quelques temps, spécialisé dans les littératures de l’imaginaire, avant de décider de se consacrer à l’écriture. C’est après ses études de lettres et de philosophie au Havre, puis quelques scénarios de courts métrages, qu’il s’est orienté vers l’écriture de nouvelles.
Les loups à leur porte (2015), son premier roman, est un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante.
En 2018, il publie Helena« , un des titres phares de la rentrée littéraire chez Rivages.

Extrait :
«Son cœur s’emballa quand le monstre lui tendit le morceau de chair qu’il tenait à la main, comme une invitation au festin, avec dans son regard le sourire que son visage figé ne pouvait plus former.

Il le sentit entrer dans sa tête, tenter de le posséder en y déversant des flots de paroles incompréhensibles, des incantations noires destinées à détruire les dernières barrières. L’odeur du sang se fit plus forte et attisa sa faim, une faim qui lui donna mal au ventre, une faim qu’il fallait assouvir. »

Les Lectures de Maud :

Les loups à leur porte de @Jérémy Fel

Nous voici plongés dans les profondeurs du noir, du dur, du machiavélique et de l’abomination. Plusieurs histoires se succèdent avec chacune leur force, leurs personnages et leur drame. Un enchaînement d’anecdotes embarque le lecteur dans une folie meurtrière.

Mary Beth, femme courageuse, pensait avoir refait sa vie en toute quiétude va rapidement voir son passé resurgir de manière sanglante et la confronter de nouveau au calvaire vécu près de 20 ans plus tôt. Elle fait partie, avec son fils, des protagonistes les plus attachants du roman.

L’auteur signe ici un premier livre magistral, une écriture magnifique qui contraste très bien avec le thème qui se veut violent et abjecte. La succession de victimes est impressionnantes mais tout à fait acceptable pour certaines. Pour tous les fans de glauque je vous recommande vivement cette passionnante lecture !!!!

Je lirai très prochainement Héléna son tout nouveau roman

 

Prendre les loups pour des chiens – Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

Réédité en poche  le 3 janvier 2018 chez Rivages dans la collection Rivages-Noir. 7€90 ; (349 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point, prix Landerneau) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La Kronik D’Eppy Fanny

PRENDRE DES LOUPS POUR DES CHIENS D’HERVE LE CORRE – EDITIONS RIVAGES

 

Je n’ai jamais rencontré l’auteur et le découvre à travers ce roman sombre.

Une justesse des mots où toute leur force explose et donne le ton à ce roman.

L’histoire :

Après 5 ans passés derrière les barreaux, Franck sort enfin et n’a qu’une envie, retrouver son frère Fabien. Son ombre. Celui qu’il n’a pas trahi et qui a mis leur butin au chaud, pour eux. Celui qui depuis l’enfance a toujours été là. Pour le bon comme le moins bon.

Mais ce n’est pas Fabien qui l’attend devant la prison. Non ; c’est la compagne de ce dernier, Jessica, belle, séductrice, dangereuse, voire toxique. Fabien est parti faire des affaires en Espagne. Franck va devoir attendre ces retrouvailles tant espérées. Et le voilà au milieu de nulle part, hébergé chez les parents de Jessica. Une famille atypique, jusqu’au chien. Ça boit sec, ça magouille, ça gueule. Et au milieu de tout ça Rachel, la fille de Jessica, quasi mutique et qui picore moins qu’un piaf.

Le père magouille avec le Gitan, un homme dangereux.

Comme toujours l’extrait choisi l’est pour vous permettre de rentrer dans l’ambiance du récit et vous donner l’envie d’en découvrir bien plus.Extrait P.56 : « Le Gitan lui avait fait peur. Il avait déjà eu peur en prison. Il avait senti sur sa nuque des souffles courts, des murmures obscènes, il avait vu dans les yeux des types qu’on casait dans sa cellule à leur arrivée l’éclat mortel de leur folie et dans ces nuits-là il ne dormait pas, gardant sous lui la fourchette qu’il avait réussi à escamoter, aiguisée à la longue. Il se disait toujours qu’en prison tout était plus violent, plus dur, plus impitoyable à cause de l’enfermement, de la promiscuité, et il avait plus ou moins appris à se protéger dans cette jungle emmurée. Mais jamais dans la vie normale, dehors, en liberté, il n’avait eu cette sensation qu’un prédateur pouvait l’attaquer à tout moment, en plein soleil, dans un coin sombre ou au plus noir de la nuit, simplement parce que c’était son plaisir, sans contrainte ni nécessité sinon celle de dominer, humilier, jouir impunément. »

Puis le danger rôde aussi du côté des serbes. Un sacré panier de crabes.

Un coup à quasi regretter la prison.

Franck n’est qu’un homme, Jessica tellement désirable. Fabien est loin. Mais les fantômes de Jessica l’entraînent toujours plus bas, toujours plus loin. Franck la suivra-t-il dans cette spirale, lui qui combat toujours les fantômes de son enfance, ou fera-t-il enfin la paix avec son passé ? Car il fut un temps où le bonheur était simple. Une évidence.

Cette attente de Fabien qui n’en finit pas, qui le rend fou. Fuir cette famille de dingues. Vite. Mais il y a cette enfant si attachante, toujours à s’échapper au fond des bois ou de la piscine. Pour fuir quoi ? Si elle parlait que dirait-elle ? Et la voilà qui l’appelle au secours…

Franck ira au bout du chemin, pour Rachel, pour lui. Dans la douleur, mais pour retrouver le bonheur.

Un livre fort. Des émotions nombreuses. A découvrir.

 

ET…

Retrouvez aussi le fabuleux avis de Sébastien

ICI sur Prendre les loups pour des chiens

La bête au ventre – Edward Bunker


La bête au ventre d’Edward Bunker. Traduit par Freddy Michalski. Paru chez Rivages/ Thriller en 1993. Réédité en poche dans la collection Rivages/Noir  le 28 septembre 1995. 10€65 ; (475 p.) ; 17 x 11 cm.
  
4ème de couverture :
 
Alex est né sous une mauvaise étoile. Sa mère, l’a abandonné et son père a dû le confier à des foyers d’adoption, écoles militaires et autres pensionnats. Commence alors pour lui  » le cycle des laideurs « , des tumultes et des larmes « , qui l’amènera, de révoltes en évasions, à connaître la répression sous toutes ses formes. Encore adolescent, Alex est d « jà un  » taulard  » endurci qui vit la bête au ventre et la rage au cour. La bête eu ventre conclut la trilogie commencée avec Aucune bête aussi féroce et La bête contre les murs. Edward Bunker y analyse le processus qui conduit la société à se fabriquer les criminels qu’elle mérite.
 
L’auteur : Edward Bunker, est un auteur de romans noirs et scénariste de cinéma, né le 31 décembre 1933 à Hollywood (Californie, États-Unis) et mort le 19 juillet 2005 à Burbank.
Il connut des années de prison avant de se voir publié. Il est moins prolifique que James Ellroy à qui il est souvent comparé. Il a joué des rôles secondaires dans certains films, notamment Le Récidiviste, avec Dustin Hoffman inspiré de son roman Aucune bête aussi féroce, et Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino.
(Source Wikipédia)
 
Extrait :
En 1943, la vallée de San Fernando était encore la campagne – sans smog et sans mobil-homes- où vivaient quelques petites communautés séparées par des kilomètres de citrus et de luzerne. Le gamin avait le regard fixé droit devant lui, comme transfiguré par la ligne banche au milieu de la chaussée noir qui disparaissait dans le chatoiement des bouffées de chaleur. En réalité, il ne voyait rien, il n’entendait rien. Il songeait à tous les trajets, identiques à celui-ci, qu’il ait connu depuis l’âge de 4 ans, ces trajets qui le conduisaient à chaque fois vers quelque nouveau lieu dirigé par des inconnus. C’était là à peu près tout ce dont il se souvint – internats, écoles militaires, foyers d’adoption -, tous ces endroits, ainsi que quelques éclairs de scènes affreuses gardées en mémoire, laideur, tumulte et larmes…
 

Le Émotions de lecture de Cécile :

« La Bête au ventre » fait partie du top 10 de mes livres qui m’ont marqué et pourtant, je ne l’ai pas relu depuis plus de 20 ans. Il est toujours très dangereux de tenter de revivre une histoire avec un ex.  C’est donc avec l’appréhension d’une immense déception que je me suis replongée dans ses pages.

 

Et Bam, en pleine tête comme autant de mots coups de poing, « La Bête au ventre » n’a rien perdu de son percutant. J’ai retrouvé Alex avec la même rage les poings serrés comme lui devant ces adultes, ces froides institutions qui échouent à chaque fois à donner  un peu d’attention et d’éducation à ce garçon en colère. On serre les poings à chaque coup, à chaque injustice, on sent monter la même colère en diapason avec lui. Mais on ferme aussi les yeux à demi quand on se rend compte qu’Alex va encore prendre le mauvais chemin, et encore choisir le mauvais modèle pour son éducation.

 

Malgré  un infime espoir parfaitement déraisonnable que quelque part, quelqu’un aidera ce tout jeune adolescent  adorateur de livres, on ne peut ignorer qu’Edward Bunker nous emmène avec colère et rage vers une fin inéluctable de violence, de crime … La bête au ventre est après tout la conclusion de la trilogie qui nous a baladé dans le milieu de la criminalité et du système carcéral de l’après-guerre américain, véritable fabrique des pires criminels. Certes les lieux et les époques sont différents mais les conséquences sont toujours les mêmes, la perte  de jeunes adultes dans l’une ou l’autre des radicalités dont la société finit toujours par se mordre les doigts.

 

« Au départ, ses rébellions avaient été aveugles, moins actes délibérés que réactions réflexes à la douleur – douleur de la solitude et de l’absence de l’amour, … »

 

« L’assistante sociale …était horrifiée. Elle avait vu nombre d’enfants rebelles mais cette fois elle avait le sentiment de voir devant elle une âme qui commençait à mourir. »

 

« On était lentement en train de graver dans son jeune cerveau que ceux qui étaient en position d’autorité ne se souciaient guère de bien ou de mal, de ce qui était juste et de ce qui ne l’était pas- leur seule préoccupation était d’asservir leurs subalternes. »

 

« Il luttait pour rependre son sang-froid…Mais la fureur qui agitait son cerveau le dévorait à cœur, jusqu’au tréfonds de lui. Même lorsqu’il fut clamé, il avait un abcès à l’âme. »

 
 

Le bal des frelons – Pascal Dessaint


Le livre : Le bal des frelons de Pascal Dessaint. Paru le 2 février 2011 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. Disponible en poche depuis le 12 novembre 2014 dans la collection Rivages-Noir.  7€50 ; (208 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

La montagne, le grand air, ce n’est pas toujours aussi sain et bucolique qu’il y paraît. Quelque part dans la vallée, les vestiges d’une ancienne usine de tungstène sont encore visibles. Mais surtout, il y a le village. Et ses habitants. C’est ça le pire, à commencer par ce combinard de Michel, le maire, qui ne montre pas vraiment le bon exemple à ses administrés. Alors, comment s’étonner que ceux qui ne sont pas obsédés par le sexe ne pensent qu’à l’argent, quand ce n’est pas les deux à la fois ? Dans ce village de l’Ariège, l’ours n’est pas l’animal le plus dangereux.

 

 

L’auteur :  Pascal Dessaint est né le 10 juillet 1964 dans le Nord de la France, à Coudekerque-Branche dans une famille ouvrière. Il est l’auteur de nombreux romans noirs, dont le cycle toulousain consacré au capitaine de police Félix Dutrey. Plusieurs récompenses viennent saluer l’originalité et le talent de Pascal Dessaint : Prix Mystère de la Critique,Grand prix de littérature policière, Prix du roman noir français de Cognac. Amoureux de la nature, Pascal Dessaint nous montre une toute autre facette de la vie des bêtes avec cette farce drôle et cruelle qui rappelle Siniac ou le Charles Williams de Fantasia chez les ploucs.
Extrait :
L’animal est un redoutable prédateur. De taille humaine, et si sa biologie l’y obligeait, il serait capable de décapiter une vache ou un mouton en une fraction de seconde. Le sang giclerait à des mètres à la ronde. Aucune autre espèce terrestre ne pourrait échapper à sa férocité. Aucune. Heureusement, la nature l’a doté d’une morphologie modeste. Les vaches et les moutons n’imaginent pas leur chance. La plupart des insectes, eux, sont des proies toutes désignées, d’autant qu’ils ignorent encore l’existence de cette menace au creux de ce vallon en apparence calme et harmonieux. De quelque façon que ce soit, ils ne sont pas préparés. Autrement, peut-être, ils auraient développé une parade.

 

 

 Chronique d’Eppy Fanny

Le bal des frelons de Pascal Dessaint

Une rencontre SMEP 2016. Une de plus. Il faut dire que j’ai hanté le salon pendant 48h. Un homme charmant, bourré d’humour, qui m’invite à danser, même avec des frelons, moi je dis oui ! Et puis son nom me disait quelque chose mais impossible de le situer… De retour à mon domicile, en savourant, comme certaines le feraient de carrés de chocolats, les dédicaces de chaque livre acquis, je tombe sur celui de Pascal. Et là : Une évidence ! Le poulpe et « Les pis Rennais » d’un certain auteur. Un de mes préférés de cette série. Me voici donc en terrain connu pour débuter le bal.

C’est que je n’accorde pas une danse à n’importe qui ! L’histoire : Un village dans la vallée au milieu des montagnes. Des animaux dangereux qui rôdent, mais les pires prédateurs sont bien les hommes, en particulier une partie des habitants du village et certaines de leurs connaissances.

Et voici ce bestiaire : – Antonin, l’ancien maton qui n’aime pas la montagne et ne pense qu’à sa femme – Maxime, l’apiculteur épris de liberté et qui par peur de perdre les gens aimés refuse de s’attacher – Rémi, un homme à part, arrivé dans la vallée par hasard, qui y reste par amour et qui porte un regard particulier sur la mort – Batiste, l’ex taulard, qui pour se venger des poulets, les cuisine désormais à toutes les sauces – Martine, la femme d’Antonin, qui rêve de son époux… Ils ont tant en commun ! – Coralie, la secrétaire de mairie qui voudrait perdre, enfin, son pucelage et est capable du pire pour y arriver – Michel, le Maire, cerné par les garces, qui après s’être défoulé sur une vache trouvera LA solution – Charles, gendarme de son état, qui se trouve très sollicité, un peu trop – Jacques, paysan à la retraite, qui a une seule passion : sa blonde… D’Ossau – Paul, un jeune homme qui veut juste savoir pour avancer – Loïk, ex taulard, avec en tête des pensées un tantinet bizarres – Et puis des abeilles, des frelons, un ours, un hérisson, des poules…

Non ce n’est pas une liste de courses, mais je ne peux rien vous dire de plus sans en dévoiler trop. Peut-être sur le hérisson ? Et bien non ! Même pas ! Tout ce petit monde se croise, se cherche, se fuit, se retrouve, s’utilise, voir s’entre-tue…

Les personnages, leurs univers, sont dépeints avec une verve formidable. Nous sommes bien loin de l’image d’Épinal auquel les mots « petite vallée montagnarde » font habituellement penser ! C’est noir, c’est drôle et corrosif à souhait. Un délice offert par un anthropologue un tantinet déjanté. Du coup on en redemande. J’ai retrouvé dans ce drôle de bal tous ce que j’avais aimés dans « Les Pis Rennais ». En conclusion Pascal Pascal Dessaint je suis prête pour une nouvelle danse en ta compagnie !

 

Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre


Le livre :Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre. Paru le 11 janvier 2017 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 19€90 ; (317 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

Prendre les loups pour des chiens

Après avoir purgé cinq ans pour un braquage commis avec son frère Fabien, Franck sort de prison. Il est hébergé par les parents de Jessica, la compagne de Fabien. Le père maquille des voitures volées, la mère fait des heures de ménage dans une maison de retraite. Et puis il y a la petite Rachel, la fille de Jessica, qui ne mange presque rien et parle encore moins. Qu’a-t-elle vu ou entendu dans cette famille toxique où règnent la haine, le mensonge et le malheur ?

Dans une campagne écrasée de chaleur, à la lisière d’une forêt angoissante, les passions vont s’exacerber. Entre la dangereuse séduction de Jessica, l’absence prolongée de Fabien et les magouilles des deux vieux, Franck est comme un animal acculé par des loups affamés…

« Une prose limpide, sèche, qui vous transperce d’émotion. »
Michel Abescat, Télérama

L’auteur : Hervé Le Corre débute à la Série Noire avec trois romans noirs remarqués, puis il publie chez Rivages L’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de la critique) qui le révèle à un large public. Les Coeurs déchiquetés (Grand Prix de Littérature policière) puis Après la guerre (Prix du Polar européen du Point) l’imposent comme un auteur de tout premier plan.
Extrait :
Quand Franck s’est présenté à eux, le père et la mère n’ont pas cherché à faire semblant. Ils le voyaient pour la première fois mais ils ne se sont forcés à aucun sourire, à aucun mot de bienvenue. Il aurait aussi bien pu venir dire bonjour comme ça en passant, comme un qu’on ne reverra pas. Ils savaient bien, pourtant, qu’il sortait de prison, qu’il était le frère de Fabien. Il allait habiter chez eux quelque temps, ils l’auraient à leur table. Ils le croiseraient à la porte des toilettes. Ils n’ont pas bougé des chaises longues dans lesquelles ils étaient installés, le chien allongé entre eux, la tête entre ses pattes, qui s’est dressé en grondant et que le père a fait se coucher d’un coup d’espadrille sur le museau.
Ils ont salué Franck d’un simple « bonjour, Roland, Maryse » en lui tendant leurs mains molles et moites et en clignant des yeux parce qu’il était debout devant eux contre le ciel aveuglant, puis l’homme a affecté de reprendre sa sieste interrompue en reposant sur son ventre gonflé ses bras osseux et la femme a ramassé dans l’herbe à côté d’elle son paquet de cigarettes et s’est levée avec effort et s’en est allumé une puis est restée immobile à fumer, regardant la petite fille dans la piscine hors-sol qui se trouvait un peu plus loin.

La chronique de Sébastien

Prendre les loups pour des chiens

Hervé Le Corre éditions Rivages

« Il leur a parlé dans son souffle avec des mots anciens, ceux d’avant, qu’il ne prononçait plus qu’en secret, tout seul. Un peu de vent attisait les étoiles, qui se rallumaient par traînées scintillantes. Il s’est assoupi et s’est réveillé sous un ciel noir saupoudré de lumière. Comme le sommeil insistait pour le prendre, il s’est installé sur le siège arrière de la voiture, toutes vitres baissées, pour recevoir les odeurs et les bruits de la forêt. »

De nos jours, dans les alentours de Bordeaux. Franck sort de prison. Une sublime créature l’accueille à sa sortie. Elle s’appelle Jessica, chaque centimètre de son corps galbé appelle au désir, et Franck vient de tirer plus de cinq ans pour un braquage. Mais Jessica c’est la gonzesse de son grand frère, Fabien, celui avec qui il a commis ce braquage. Franck s’est fait gauler, mais il est resté muet, il n’a jamais balancé son frangin.

Aujourd’hui il sort mu par l’espoir, l’espoir de relancer sa vie qui était en « stand by » derrière ces murs gris remplis de fureur et de cris. Ces murs qui stoppent la course du temps, où chaque heure résonne comme une journée. Le pactole du braquage devrait permettre de bien repartir dans la vie. Sauf que. Sauf que Franck, en attendant de retomber sur ses pattes, en attendant de s’acclimater de nouveau à l’espace, au soleil, au ciel bleu, à la liberté, en attendant le choc avec tout cela, Franck va habiter chez les parents de Jessica, et avec elle et sa petite fille mutique, Rachel. Immédiatement, sous cette chaleur de plomb qui écrase toute vie et toute envie, Franck se retrouve en terrain connu.

« Il s’est remis debout et a secoué la tête comme si les souvenirs, pris dans ses cheveux comme des brins de paille, allaient tomber à ses pieds. Il fallait qu’il parle à quelqu’un. Il fallait qu’il entende une voix amie, chaude, souriante. Les sourires ça s’entend. »

Les vieux de Jessica sont à la dérive, alcool et clopes, petites magouilles et plans foireux pour joindre les deux bouts. Et pas la moindre trace de Fabien. On lui explique qu’il est parti plusieurs semaines en Espagne, « pour affaires ». Le genre d’affaires aux relents nauséabonds, aux miasmes interlopes et qui promettent beaucoup mais tiennent rarement parole. Franck va alors patienter là, chez ces gens bas de plafond, dont les journées sont réglées par l’appel des bières, des repas, des apéros, des engueulades. Assigné à la caravane planqué dans la grange, Franck va éprouver l’ivresse de la liberté mais aussi du vide et de l’oisiveté, ce creux en lui qui annihile ses ambitions et sa volonté. Et puis Jessica, son corps, le langage qu’il exhale, cet appel sexuel qui émane de chaque geste, de ce regard clair hypnotique. Franck est attiré, pourtant il subodore que cette fille est un nid à emmerdes.

« Les deux femmes s’emballaient, parlaient fort, se resservaient à boire en cherchant sur la table leur paquet de cigarettes ou un briquet. Tout y passait. Les patrons, les chefs, les collègues de travail, les feignants, les planqués, les rampants, les soumis, les faux-culs, tous les profiteurs de misère. A les entendre on pouvait croire qu’elles étaient les seules à avoir payé de leur personne, à avoir travaillé vraiment et compris l’envers des choses, la cupidité et la paresse, les lâches compromissions, la dégueulasserie du monde. L’alcool et les cigarettes aidant, elles parlaient presque de la même voix, éraillée et pâteuse, se coupant la parole. Le père les regardait enfoncé dans son fauteuil de camping, les yeux à l’abri derrière ses paupières plissées avec à la bouche une moue dégoûtée, peut-être, ou vaguement méprisante. »

Toutes ces existences qui se tournent autour dans la nonchalance qui suinte de la canicule ignorent encore, pour quelques heures, que leurs pieds foulent un terrain instable, que ce froid qui remonte sur leurs ventres, qui fouette leurs visages, c’est le souffle du vide qui se cache juste devant, tapi dans l’obscurité d’où surgit la noirceur du monde et des âmes. Quelque chose dissone, quelque chose dérape, quelque chose cloche. Tous vont l’apprendre à leurs dépens. Franck sent qu’il est mal barré, mais possède-t-il les cartes pour échapper à cette chose invisible qu’il suspecte autour de lui ? A-t-il en lui la force et la volonté pour lutter et dévier la trajectoire néfaste du cours de sa vie ?

Hervé Le Corre nous revient avec un roman noir magistral. Dans le sillage de Franck, il nous fait découvrir une société presque secrète, qui a pignon sur rue et qui croise celle plus propre, plus fade et plus routinière à laquelle nous sommes habitués. Il nous restitue avec les mots justes, cet équilibre précaire qui pèse sur les marginaux, ceux qui vivent sur le dos du système et à la fois en dehors. Il parvient avec une grande humanité à nous retranscrire cette atmosphère instable qui plane sur ces existences écorchées et un peu barrées, la vie de ces personnes qui un jour, par faiblesse, bêtise ou manque d’instinct ont pris la mauvaise direction, fait le mauvais choix.

Avec une plume absolument remarquable, il brosse le tableau de ceux qui vivent à la marge, qui combattent leurs propres démons tout en subissant leurs travers et en maudissant la société telle qu’elle les afflige. On sent en permanence que tout peut basculer, que dans ce monde-là, rien n’est acquis et que tout est aussi fragile qu’une aile de papillon.

« Alors pour toi Jessica, elle est seulement bizarre ? (…) Sans parler de tout ce qu’elle est capable d’ingurgiter quand elle va mal. Alcool, dope, médocs … Putain, Nora, à côté, c’était une accro à l’homéopathie. »

Au-delà de l’histoire, Hervé Le Corre nous parle avec subtilité de ces forces occultes et obscures qui influent sur les existences, les tourmentent, les torturent, pour finalement les foutre en l’air aussi sûrement qu’une vieille grange écroulée par des vents fous. Il nous parle du poids colossal de la famille, de l’entourage, qui jouent un rôle incontournable et souvent fatal dans la tournure que prennent les évènements. La volonté de s’en sortir ne suffit parfois pas, quand elle traîne dans son sillage la charrue de la défaite et du renoncement, ce qui y pousse alors s’apparente plus à de la mauvaise herbe qu’à du blé ou du maïs. Il ne restait plus à l’auteur qu’à placer cette poudrière dans un endroit en déshérence, proche de la ville mais perdu quand-même, de ces zones périurbaines où rien ne pousse que le désespoir et la fatalité. Le tout sous une canicule qui vous travaille au corps, vous esquinte de son omniprésence, jusqu’à vous rendre fou et à influer sur vos décisions en minant votre capacité de réflexion.

Faites un bout de chemin avec Franck, au milieu de cette équipe de bras cassés et de cerveaux timbrés, et éprouvez le poids écrasant du passé, la force malsaine des évènements, la contrainte des proches et la formidable inertie des sentiments.

 

Ce monde disparu de Dennis Lehane


Collectif polar.JLuc

Ce monde disparu de Dennis Lehane&Le livre : Ce monde disparu de Dennis Lehane, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet. Paru le 28 octobre 2015 chez Rivages dans la collection Rivages-Thriller. 21€;  (347 p.) ; 23 x 16 cm
Ce monde disparu de Dennis Lehane

Réédité en poche le 12 octobre 2016 dans la collection Rivages Noir. 8€90 ; (393 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv : 
En cette année 1943, le monde est en guerre, mais aux États-Unis, la mafia prospère. Après avoir régné sur le trafic d’alcool en Floride pendant la prohibition, Joe Coughlin s’est officiellement retiré et a cédé la direction des affaires à son frère d’armes Dion Bartolo. Un jour, pourtant, il apprend qu’un mystérieux commanditaire a mis sur sa tête un contrat dont l’exécution est prévue pour le mercredi des Cendres. Il sait bien que «le temps ne nous appartient pas, on ne fait que l’emprunter». Il a déjà trompé la mort à plusieurs reprises et ne s’est pas consolé de l’assassinat de son épouse Graciela. Mais il y a son fils Tomas ; il ne peut envisager de le laisser orphelin. Joe n’a que peu de temps pour identifier son ennemi, une tâche complexe dans un monde où les codes de l’honneur sont en train de disparaître…
dennis-lehane-L’auteur : Dennis Lehane est Dennis Lehane, né le 4 août 1965 dans le quartier de Dorchester à Boston. Il est le créateur de la série Kenzie et Gennaro et l’auteur primé de Mystic River et de Shutter Island. Quatre de ses romans ont été adaptés au cinéma par Ben Affleck, Clint Eastwood et Martin Scorsese. À l’apogée de son talent de conteur, il signe un livre mélancolique et subtil, peuplé de fantômes, qui marque la fin d’un monde.
« Ce monde disparu est… plein de suspense, tortueux, parfaitement construit et fourmille d’interrogations éthiques autant que de gangsters. » The New York Times
« Époustouflant, ce duel crépusculaire hante longtemps, comme un générique de fin d’un film de James Gray. » Elle
Extrait :
Avant d’être décimés par leur petite guerre, ils se rassemblèrent pour soutenir la grande. Un an après Pearl Harbor, ils se retrouvèrent tous dans la salle de bal Versailles du Palace Hotel, dans Bayshore Drive, à Tampa, afin de lever des fonds pour les troupes stationnées en Europe. Ce fut une réception raffinée, en smoking et nœud papillon, par une nuit douce et sans nuages.
Six mois plus tard, par une soirée brumeuse au début du mois de mai, l’un des chroniqueurs judiciaires du Tampa Tribune tomberait sur des photographies de l’événement. Il serait alors frappé par le nombre de personnes mentionnées récemment dans la presse locale pour avoir tué, ou été tuées, qui avaient assisté à la collecte de fonds.
Il penserait tenir un sujet ; son rédacteur en chef ne serait pas d’accord. « Mais regardez, bon sang ! dirait le journaliste. Regardez ! Là, au bar, c’est Dion Bartolo avec Rico DiGiacomo. Ici, je suis presque sûr que le petit maigrichon coiffé d’un feutre, c’est Meyer Lansky lui-même. Tenez, le type qui parle à la femme enceinte ? Il a fini à la morgue en mars dernier. Et là, c’est le maire et son épouse en grande conversation avec Joe Coughlin. Et sur celle-là, encore Joe Coughlin, en train d’échanger une poignée de main avec ce gangster nègre, Montooth Dix. Boston Joe, qui a toujours fui l’objectif, s’est fait prendre en photo deux fois pendant la fête… ! Et ce gars, qui fume une cigarette près de la dame en blanc ? Il est mort. Pareil pour celui-ci. Quant au type sur la piste de danse, en veste de smoking blanche, il est dans un fauteuil roulant aujourd’hui. »
Et de conclure : « Ils étaient tous réunis ce soir-là, patron. »

chronique-de-lecteurs

L’avis de Jean Luc

Ce monde disparu

J’ai beaucoup aimé ce roman.
Première raison, l’auteur, à la différence de beaucoup de polars ou thrillers actuels, ne sombre pas dans le gore. Il y a, certes des descriptions crues, mais elles restent réalistes et on ne tombe pas dans la surenchère de l’horreur.
Deuxième raison : Il s’agit d’une histoire de la mafia, en Floride en 1943. On y rencontre des figures légendaires de la mafia et on évolue dans ce milieu avec ses règles et ses interdits.
Denis Lehanne imagine la vie de l’une des éminences grises de la mafia d’origine irlandaise, parmi les barons d’origine Italienne et ses notables corrompus.
L’intrigue peut paraître compliquée, il y a beaucoup de personnages différents, mais grâce à l’ecriture de Denis Lehanne, on parvient à comprendre le fonctionnement de la mafia et ses ramifications. Encore plus intéressant, l’analyse des protagonistes est très détaillée et donne beaucoup de substance à cette histoire.
En lisant ce roman, j’ai eu l’impression d’être projeté dans un mélange des films « il était une fois l’Amérique » et « Casino ».
Enfin dans cette histoire, il y a aussi beaucoup d’humanité, les personnages, même si ils sont amenés à appliquer des lois sans pitié restent proches de nous avec leurs forces et leurs faiblesses. Ce sont, avant tout, des personnages torturés, confrontés à des choix cornéliens.

En résumé, un petit bijoux de Denis Lehane qui nous fait revivre la mafia pendant la deuxième guerre mondiale, un très bon polar,  à découvrir sans hésiter.

 

Citation :
« Joe Coughlin, l’homme d’affaires au passé trouble qui s’était illustré par une grande bienveillance envers sa ville d’adoption, Ybor City, avait rendez-vous ce matin-là avec le lieutenant Matthew Biel, du renseignement naval, dans son bureau de Suarez Sugar. »