Avis d’Expert : Dossier n° 15 : identifier un corps


Voici venir le dernier article de cette serie de nos Avis d’expert sur la police technique et scientifique.

Mais rassurez -vous, Cathie reviendra dés ce soir pour une nouvelle série.

Je ne vous en dis pas plus, suspense et révélation très bientôt.

A suivre donc !

Mais maintenant place au quinzaine et dernier dossier


Dossier n° 15 : identifier un corps

Tous les cadavres retrouvés sur les lieux d’un crime ou d’une catastrophe, qu’elle soit naturelle ou accidentelle, ne portent pas sur eux cartes d’identité ou tout autre moyen d’identification formelle. Dans ce cas, comment procèdent les enquêteurs?

1- Cadavres anonymes :

Lors de tragédies de grande ampleur, telles que catastrophes naturelles, accidents d’avion ou attentats terroristes, les victimes sont souvent séparées de leurs papiers et effets personnels. Si personne ne vient spontanément s’enquérir des personnes disparues ou identifier les dépouilles, l’affaire se transforme en un véritable casse-tête médico-légal. L’ADN est devenu le moyen d’identification le plus répandu; pourtant, les enquêteurs continuent de peiner lorsqu’ils font face à des destructions quasi totales.

Suite à l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001, les enquêteurs ont récupéré près de 20 000 parties de corps humains. Fin février 2005, seules 1585 des 2749 victimes avaient été identifiées. Les familles des 1164 autres victimes furent informées que, malheureusement, les techniques d’analyse d’ADN n’étaient pas assez évoluées pour donner des résultats probants. En effet, les échantillons avaient été altérés par l’extrême chaleur, l’eau et les bactéries.

Lors du tsunami qui ravagea l’Asie du sud-est en 2004, faisant plus de 200 000 morts, le même phénomène de dégradation fut observé: seuls 5% des identifications furent effectuées avec le recours à l’ADN. Les enquêteurs durent utiliser les dossiers dentaires ainsi que les empreintes digitales.

Victimes de guerre: En 2002, une équipe d’experts médico-légaux s’est rendue pendant six mois au Kosovo afin d’identifier les restes des victimes du conflit de 1999 qui, selon les estimations, fit plus de 10 000 morts et disparus. Parmi, ces experts se trouvaient 80 pathologistes, anthropologistes, techniciens de morgue et spécialistes des techniques de l’information venus d’Australie, du Canada, du Costa Rica, du Danemark, d’Italie, de Malaisie, de Pologne, d’Afrique du Sud, du Sri Lanka et des Etats-Unis. Les examens furent effectués sur plus de 1250 dépouilles réparties sur une centaine de sites d’inhumation. L’équipe procéda aux exhumations, autopsies et identifications afin de rendre les corps à leurs familles. Ce programme fut dirigé par le professeur Peter Vanezis, directeur du Center for International Forensic Assistance, qui fournit des compétences médico-légales en tant qu’instruments de vérité et de justice.

2- Disparition d’indices: 

Les indices visuels ne sont pas toujours exploitables. En effet, le processus d’identification peut être perturbé si les restes sont anciens, altérés par des animaux ou décomposés par les éléments. Souvent, les criminels cherchent à faire disparaître toute possibilité d’identification grâce à la chaux, l’acide ou le feu. Il arrive également qu’ils coupent certaines parties du corps comme les doigts, la tête ou les mains.

Fausse identification: l’identification par un proche ne constitue pas toujours fiable: la dépouille peut être calcinée ou fortement défigurée, ou la personne peut être trop bouleversée pour regarder attentivement la victime, surtout si elle ne l’a pas vue depuis plusieurs années. Une fausse identification peut également être intentionnelle afin de couvrir un autre crime ou pour s’emparer d’un héritage. Des meurtres ont même été commis justement dans le but de fournir une fausse identification.

3- D’où l’importance de recourir à d’autres techniques.

L’identification dentaire: presque indestructibles, les dents résistent au feu, aux années passées dans la terre ou dans l’eau. Il faut savoir que les empreintes laissées par chaque dent sont particulières, à cause de fissures ou d’obturations, ou parce que les dents sont mal alignées ou manquantes. Les dentistes ont pour habitude de prendre des notes au sujet des particularités de la surface des 32 dents de leurs patients. Lorsque les empreintes digitales ne sont pas disponibles, comparer avec le dossier dentaire reste le moyen d’identification privilégié, beaucoup moins coûteux et plus rapide que l’analyse ADN. Pour identifier une victime de meurtre, les experts doivent effectuer un examen dentaire complet et précis: radios des dents et des maxillaires qu’il est désormais possible d’effectuer directement sur les lieux du crime à l’aide d’un appareil portable. Ainsi, les spécialistes en odontologie légale peuvent procéder à diverses vérifications telles que nombre de dents, caries et amalgames, bridges, espacements, chevauchement des dents, etc…Surtout que les matériaux et méthodes employés indiquent souvent dans quel pays les soins ont été effectués.

Identifications dentaires dans l’histoire: l’empereur romain Néron identifia sa mère Agrippine, qu’il avait fait assassiner en 59 après J.C., grâce à ses dents. Quelques siècles plus tard, Guillaume Le Conquérant avait coutume de mordre les sceaux de cire de ses missives afin de les authentifier. Mais le premier cas officiel d’identification dentaire fut celui du comte John Talbot tombé au combat lors de la bataille de Castillon en 1453. C’est grâce au dentier que son ami Paul Revere lui avait fabriqué que l’Américain Joseph Warren, mort en 1775 à la bataille de Bunker Hill, put être identifié avec certitude, 10 mois après son inhumation. C’est en 1848, suite à l’incendie survenu à l’opéra de Vienne, que furent identifiées d’après leurs dents les premières victimes de catastrophe.

Enfants et empreintes dentaires: la prise d’empreintes dentaires a été adoptée par plusieurs états des USA comme moyen d’identification, dans le cas où un enfant serait kidnappé, dans le cadre du Child Identification Program qui comprend également prise des empreintes digitales et génétiques. Pour les enfants qui n’ont reçu aucun soin dentaire, le docteur David Tesini a mis au point un système de plaquettes en plastique thermodurcissable. Il suffi t de chauffer la plaque pour la ramollir afin que l’enfant puisse la mordre et y laisser ses empreintes. Simple mais il fallait y penser !!

Les marques cutanées: certaines des marques les plus distinctives telles que tache de vin, cicatrices, tatouages, angiome, etc…, ont toujours constitué de précieux indices. L’engouement que suscitent les tatouages, aujourd’hui à la mode parmi les stars de sport ou de cinéma, parmi la pègre font le bonheur de la police depuis de nombreuses années; en effet,  les membres d’un gang sont ainsi plus facilement identifiables. Le travail d’un tatoueur peut également mettre les enquêteurs sur la piste de celui qu’ils cherchent à identifier. Parfois, ils extraient même des pigments de la peau afin d’en retrouver l’origine, chaque tatoueur possédant sa « marque de fabrique ». La mode des piercings est également d’une grande aide…

Un requin-tigre capturé par des pêcheurs à Coogee, en Australie, le 25 avril 1935, fit sensation lors des festivités annuelles. L’amusement se mua rapidement en horreur lorsque l’animal recracha un bras humain tatoué appartenant à un certain James Smith, un ouvrier du bâtiment qui fut identifié par sa femme grâce au tatouage qui représentait deux boxeurs. Le reste du corps ne fut jamais retrouvé…

Les cicatrices: souvent, les experts de la police scientifique cherchent des cicatrices caractéristiques, comme celle qui valut à Al Capone son surnom de « Scarface ». Ils ont également recours aux angiomes, ces taches de naissance plus ou moins grosses, aux formes bien particulières ou aux grains de beauté pour identifier des cadavres anonymes.

4- Des indices invisibles:

Parfois, les indices pouvant conduite à l’identification d’un cadavre sont cachés à l’intérieur du corps. En effet, la victime peut avoir subi une opération, un accident ou une maladie, indices que découvre le légiste lors de l’autopsie. Ainsi, des maladies telles que le sida, la tuberculose ou un cancer laissent des traces facilement reconnaissables. Les os endommagés par une ostéoporose, un myélome, une scoliose ou le rachitisme constituent d’excellents indicateurs.

A la mort du missionnaire et explorateur David Livingstone en 1873, son corps fut embaumé et transporté sur plus de 1500 kilomètres jusqu’aux côtes africaines. De retour en Angleterre, son corps fut formellement identifié grâce aux séquelles d’une fracture à l’épaule provoquée par une rencontre un peu musclée avec un lion.

Ou encore les implants artificiels tels que pacemakers, valves cardiaques, défibrillateurs ou hanches artificielles en raison de leur numéro de série qui permet de remonter jusqu’à l’hôpital où l’opération s’est déroulée. En 2004, en Floride, le cadavre d’une femme de 35 ans fut découvert sous la maison d’un chirurgien esthétique opérant clandestinement. Le corps était enfermé dans une valise elle-même prise dans une gangue de ciment. La jeune femme fut identifiée grâce aux numéros de série de ses implants mammaires.

Ce que les os racontent: l’examen des ossements peut fortement contribuer à l’identification d’une victime par exemple en déterminant son sexe; en effet, les bassin, crâne et fémur présentent de  notables différences entre les hommes et les femmes. Chez un enfant, son âge peut être défini jusqu’à cinq ans en fonction de la quantité d’os formée. Le processus de fusion osseuse qui intervient entre 5 et 25 ans constitue également un autre indicateur.

5- La reconstitution faciale:

Lorsque les experts ne disposent que du crâne d’une victime anonyme, ils font parfois appel à un sculpteur afin de reconstituer le visage en argile, selon une technique hautement spécialisée à partir des indications fournies par le crâne lui-même.

 

Le « modèle américain », conçu aux USA, repose sur l’épaisseur des tissus qui recouvrent les différents repères osseux d’un crâne. Quant au visage, les points clefs sont au nombre de 20 à 35. L’artiste opérant dans le cadre médico-légal dispose de mesures connues pour les différents sexes, âges et groupes ethniques.

L’artiste commence par mettre en place sur le crâne lui-même, ou un moulage, de petites chevilles, en général des cure-dents, qui indiquent les différentes épaisseurs de tissus. Des bandes de « muscles » en argile sont ensuite appliquées, leur épaisseur correspondant à la taille des chevilles. Ensuite, le sculpteur emplit les vides entre les bandes avec de l’argile qu’il lisse, retire les chevilles et modèle le nez, opération délicate en raison de l’absence d’os sur lequel s’appuyer. Ensuite, il modèle les yeux, la bouche, les oreilles, le menton et les joues. Des prothèses sont placées dans les orbites afin d’accroître le réalisme de la reconstitution.

Mais souvent, l’artiste est amené à deviner, par exemple la  nature des cheveux, la structure des paupières, l’expression du visage. Et quand il n’a à sa disposition que des fragments de crâne, il doit en compléter la forme. Dans ce cas, les experts assemblent les fragments à leur disposition avec de la cire.

La reconstitution faciale par ordinateur: la reconstitution numérisée est un outil récent. On commence par scanner le crâne en rotation sur une platine, puis le logiciel crée un crâne numérique manipulable à l’écran. L’expert choisit une image obtenue par tomographie 3D d’une personne réelle de la même race et d’un âge estimé comparable à celui de la victime. Quant aux cheveux et aux yeux, ils sont estimés et ajoutés afin de donner plus de vie au visage reconstitué. Cette technique a le mérite de proposer des vues sous tous les angles. Elle rencontre néanmoins les mêmes limites que la reconstitution sur argile.

La superposition: cette technique peut être employée en sus ou à la place de la reconstitution faciale classique, notamment quand il s’agit d’identifier des personnes disparues. Dans ce cas, on photographie le crâne sur une pellicule transparente, puis on superpose cette image sur une photographie de la personne, faisant ainsi apparaître les correspondances au niveau des dents et de certains points clefs telles les arcades sourcilières. Procédé grandement amélioré par les techniques informatiques actuelles.

 

Voilà c’est fini, je sais que vous êtes nombreux à apprécier ces avis d’Expert

Aussi en fin d’aprés-midi, notre Expert viendra nous proposera

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Avis d’Expert : Dossier n° 14 : reconstitution d’une scène de crime


Dossier n° 14 : reconstitution d’une scène de crime

Un crime vient d’être commis. Les experts arrivent sur les lieux. Enfilons notre combinaison blanche, chaussons nos surbottes, coiffons notre charlotte et suivons-les…

Introduction:

L’un des premiers objectifs des enquêteurs est de reconstituer le crime et les faits, déterminer la succession des événements, qui étaient les personnes présentes, quels ont été leurs actes, à quel endroit précis se tenaient-ils. Afin de répondre à ces questions, la première étape consiste à réunir des indices, interroger les témoins, les suspects, les éventuels survivants. La deuxième étape consiste à élaborer des raisonnements logiques en s’appuyant strictement sur les faits, en les éclairant à l’aide de méthodes scientifiques.

 Reconstituer avec les indices relevés:

Traces de pas, empreintes digitales, traces d’outils par exemple sur une fenêtre ou une porte, éclaboussures de sang, trajectoire de balles, fragments de peau sous les ongles de la victime, blessures de cette dernière qui peuvent indiquer la position de l’agresseur…Tous ces indices vont permettre aux enquêteurs de reconstituer les circonstances du crime, première étape vers sa résolution.

Il arrive souvent qu’une scène de crime soit corrompue par le meurtrier afin d’égarer les soupçons de la police: le mari qui assassine sa femme de plusieurs coups avant de placer son corps au pied de l’escalier afin de faire croire à une chute accidentelle; l’incendiaire qui met le feu à sa victime; la femme qui monte une fraude à l’assurance en cachant ses bijoux avant de mettre en scène un  faux cambriolage, par exemple en répandant le contenu de ses tiroirs par terre et en brisant une vitre; le cambrioleur surpris en plein pendant son larcin, assomme sa victime et lui tire une balle dans la tête afin de faire croire à un suicide.

Bain de sang ou comment l’analyse des indices en apprend beaucoup sur le crime:

Voilà ce que l’adjudant Benoît Lumière appelle une sale affaire, en examinant les clichés des corps. Une vraie boucherie: deux sœurs, Noémie et Karine sauvagement assassinées, l’une d’un coup de sabre, l’autre à la hache, tandis que Richard, le mari de la première, est tué d’un coup de fusil qui l’a défiguré. Pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, l’adjudant se concentre sur les traces de sang qui maculent la scène. Car Lumière sait faire parler les éclaboussures: capables de lui révéler le type d’arme utilisé, le nombres de coups portés ou les éventuels déplacements de corps, elles vont lui raconter l’histoire de ce crime. Or, l’histoire qu’elles racontent ne colle pas avec l’accusation de triple meurtre portée contre Albert, le mari de Karine, dont le procès vient de s’ouvrir.

Afin de disculper son client, l’avocat d’Albert, maître Cornot, espère convaincre que Richard n’est pas une des victimes mais le véritable meurtrier. En effet, Carole Ballet, l’experte en trajectoires de balles, confirme: le coup de feu qui a tué Richard semble avoir été tiré par lui-même. Donc, ce serait un suicide, pense notre adjudant, expert en morpho-analyse des traces de sang, qui s’explique: « L’analyse des taches de sang vise à reconstituer le scénario le plus probable des événements. Par exemple, une blessure provoquée par une arme à feu produit une sorte de brouillard de fines gouttelettes alors que les coups de chandelier engendrent des traces plus larges. A partir de la forme et de la direction des taches et avec un tant soit peu de géométrie, on peut déduire les trajectoires des gouttes de sang. Ainsi, il est possible de localiser l’origine de la blessure dans l’espace. »

Ainsi, si quelqu’un avait tiré de face sur Richard, le sang aurait été projeté sur le mur du fond. Or, la constellation de taches observées sur le plafond conforte plutôt la thèse du suicide. Richard n’est pas une victime….ce qui ne signifie pas pour autant qu’il est le meurtrier recherché! A moins que…Les enquêteurs ont trouvé beaucoup de sang sur le corps de Richard. Le plastron de sa veste en est maculé mais le dos présente également d’étranges traces rectilignes, l’une sur l’épaule droite, l’autre dans le bas du dos à gauche. Or, l’alignement des gouttes au sein de la trace est caractéristique: ces taches, appelées traces de rejet, ont été produites par une lame ensanglantée lors des mouvements de l’assassin. Mais comment expliquer qu’elles se trouvent dans le dos de Richard?

Simplement parce que l’assassin, c’est lui ! Imaginons la scène: Richard a tenu l’arme en l’air puis a frappé à plusieurs reprises en levant son bras très haut à chaque fois. Avec la vitesse, l’arme s’est « égouttée » en projetant des traces au plafond jusque dans son dos. Et pourquoi deux traces si distinctes? Tout simplement parce que elles proviennent de deux armes différentes. La première, une hachette courte, a marqué l’épaule; la seconde, un sabre à la lame beaucoup plus longue, a marqué les reins. Pour une innocente victime, Richard avait les mains et le dos trop rouges. Albert fut jugé non coupable et acquitté !!

L’examen des alentours:

La zone qui entoure une scène de crime est de première importance, notamment le chemin suivi par les enquêteurs pour y accéder. Il convient donc de l’examiner avec beaucoup de minutie.

Les experts prélèvent des échantillons de terre et de végétaux susceptibles de se retrouver sur les vêtements du suspect. Si la zone se trouve en plein air, les policiers forment une ligne et progressent lentement afin de ne négliger aucun centimètre carré. Exposée aux éléments naturels, il ne faut pas perdre de temps au risque de voir le site subir de soudains changements.

Quand les policiers recherchent une arme du crime restée introuvable, ils peuvent sonder les lacs, mares ou cours d’eau dans un périmètre assez large. On la cherche également avec un détecteur de métaux ou un radar. Dans le cas où la victime aurait été enterrée, on fait appel aux chiens policiers.

En 2001, un touriste anglais, Peter Falconio, fut assassiné dans l’outback australien. Les policiers australiens, aidés de traqueurs aborigènes ayant une excellente connaissance des lieux, fouillèrent un territoire équivalant à deux fois la France sans jamais découvrir le cadavre. Mais la petite amie du jeune homme, Joanne Lees, ligotée par leur agresseur, réussit à s’enfuir à la faveur de la nuit, en se cachant dans les broussailles. Deux ans plus tard, Bradley Murdoch fut interpellé comme suspect dans une affaire de viol. Or, le docteur Jonathan Whitaker, expert auprès du Forensic Science Service britannique, parvint à établir que son ADN était identique à celui retrouvé sur les liens de la jeune femme. Murdoch fut condamné à la prison à perpétuité.

En 2006, dans l’Alabama, les investigations menées dans le voisinage permirent de résoudre neuf incendies d’églises. Aucun indice ne fut relevé à l’intérieur des églises, mais le même jeu de traces de pneus fut découvert à proximité de six des sites en question. Les enquêteurs inspectèrent 500 véhicules et interrogèrent 1500 personnes avant d’établir le lien entre les pneus et un magasin. L’une des clientes était la mère d’un étudiant de Birmingham, Matthew Lee Cloyd âgé de vingt ans,  qui fut aussitôt soupçonné. Le jeune home ne tarda pas à avouer ses crimes à son propre père. Deux autres étudiants furent également arrêtés. Les trois jeunes gens plaidèrent coupables et déclarèrent qu’ils avaient allumé les incendies « par jeu ».

Avis d’Expert : Dossier n°12 : une histoire des investigations criminelles. Episode 2


Avis d’Expert : Dossier n°12 : une histoire des investigations criminelles.

Episode 2

 

Dans l’Episode 1 nous nous sommes intéressé à la naissance et développement de la médecine légale…

A quelle époque a-t-on commencé à se pencher sur les cadavres afin de déterminer la cause de leur décès? Depuis quand cherche-t-on à savoir, dans le cas d’un décès brutal, si la cause est naturelle ou provoquée par un ou plusieurs individus?

Nous nous étions arrêté au moyen-âge.

Aujourd’hui nous poursuivons nos investigation

Mais vous pouvez retrouver l‘Episode 1 ICI

3- Les temps modernes: avancées de la médecine légale:

Pourtant, c’est incontestablement au cours du 16 ème siècle que s’érigent, partout en Europe, les
fondements institutionnels et scientifiques de la médecine légale moderne.

Dans le Saint-Empire romain germanique, le Code Criminel, rédigé entre 1530 et 1532 sous l’impulsion de Charles Quint, impose un témoignage médical en cas de procès criminel. L’article 147 de ce code stipule que « lorsque quelqu’un aura été frappé, et qu’il meurt là-dessus après quelque temps, en sorte qu’il devienne douteux, si les coups reçus ont causé la mort ou non; dans ces cas, on produira des témoignages convenables de part et d’autre, ainsi qu’il a été dit au sujet des preuves; l’on y doit employer spécialement ceux qui sont expérimentés dans la Chirurgie, et autres personnes qui ont connaissance de la manière dont le mort s’est conduit après la batterie, en indiquant l’intervalle du temps qu’il y a eu entre les blessures et sa mort: les Juges doivent dans ces sortes de jugements recourir au Conseil des Gens de Loi, comme il sera dit à la fin de cette ordonnance. » L’article 149 précise: « Et afin de parvenir à l’examen, et à la connaissance suffisante des différentes blessures dans les cas susdits, dont on pourrait manquer après que la personne tuée serait enterrée, le Juge accompagné de deux Assesseurs, du Greffier, d’un ou de plusieurs Chirurgiens, au cas que l’on puisse les avoir, et auxquels on imposera le serment à cet effet, doit prendre avec soin l’inspection du cadavre avant qu’il soit enterré, et faire dresser exactement un procès-verbal de la visite des blessures, des coups et contusions qui s’y trouveront. » ( Les secrets des grands crimes de l’histoire, Philippe Charlier).

Les pionniers:

Paolo Zacchias (1584-1659), médecin italien, fut le premier à définir la médecine légale dans son ouvrage en neuf tomes intitulé Quaestiones medico-legales, ouvrage édité jusqu’à la fin du 18 ème siècle. Il y abordait des thèmes tels que les fautes professionnelles des médecins ou l’éthique médicale. Partisan d’une autorité accrue des médecins, il avait pour méthode, dans les affaires judiciaires, l’établissement d’une chronologie médicale. Médecin des papes Innocent X et Alexandre VII et conseiller juridique de la Rota Romana, deuxième tribunal ecclésiastique de l’Eglise catholique, ses opinions étaient loin d’être objectives.

En Angleterre, le médecin Thomas Brown, souvent considéré comme un précurseur de l’archéologie médico-légale, découvrit en 1658 la formation de l’adipocire, substance cireuse qui apparaît dans les cadavres en décomposition, analysée par nos légistes afin de déterminer la date de la mort.

La même année, à l’université de Bologne, Marcello Malpighi, professeur d’anatomie, décrivit avec minutie les crêtes et les spirales des empreintes digitales, mais sans percevoir leur caractère unique et donc leur possible application en vue de l’identification d’une personne.

Ambroise Paré (1509-1590): chirurgien-barbier des armées, Ambroise Paré est considéré avec raison comme le père de la chirurgie moderne, tant sa contribution dans le traitement des blessures par armes blanches et par armes à feu est considérable. Vers 1575, le chirurgien français initia, dans ses Livres de Chirurgie, les premières véritables notions de médecine légale en France. S’intéressant particulièrement aux lésions traumatiques, il introduit les problèmes de responsabilité, de balistique et d’imputabilité des causes de décès. La nouveauté de ce traité est sa présentation claire et intelligible pour les non-initiés, ainsi que l’insistance de son auteur sur la notion de probité dont les médecins doivent faire preuve.
Pour attester de son art, voici comment il propose la description et l’écriture du rapport d’examen d’u enfant mort étouffé. A ce jour, il n’y a rien à redire à ce tableau clinique: « Il y a une grande apparence que le petit enfant mort aura été étouffé par sa nourrice, qui se sera endormie sur lui en l’allaitant, ou autrement par malice, si ledit enfant se portait bien, et ne se plaignait de rien auparavant; s’il a la bouche et le nez pleins d’écume; s’il a le reste de la face non pâle et blafarde, mais violette et comme de couleur pourpre; si ouvert, est trouvé avoir les poumons pleins comme d’air écumeux. »
Inventeur de nombreux instruments de chirurgie, c’est lui qui introduisit une nouvelle façon de cautériser les plaies en utilisant un mélange fait de jaune d’œuf, d’huile rosate et de térébenthine au lieu de l’huile bouillante ou du fer rouge utilisés précédemment; il préconisa également de ligaturer les artères lors des amputations, sauvant ainsi la vie de nombreux soldats.

Les microscopes: si importants en médecine légale, les microscopes apparurent à cette époque.

Le premier fut conçu en 1590 par le lunetier néerlandais Hans Janssen. En 1628, Christoph Scheiner, professeur d’hébreu et de mathématiques allemand, améliora le microscope composé, prototype des microscopes modernes. Mais c’est en 1670 que vit le jour une importante innovation mise au point par le savant amateur hollandais Anton van Leeuwenhoek. Né à Delft en 1632, commença sa carrière comme apprenti dans une boutique de tissus et d’articles de mercerie. Souffrant de devoir compter les fils à l’aide d’une loupe faiblement grossissante, il était bien décidé à mettre au point un instrument plus puissant de façon à mieux exécuter son travail. Ainsi, le jeune Anton apprit seul à polir les lentilles et créa une nouvelle façon d’accroître la courbure du verre. Il obtint ainsi le plus fort grossissement de son époque.

Les tissus furent remisés et Anton van Leeuwenhoek fabriqua de magnifiques instruments en or et en argent munis d’une unique lentille de très courte focale. Les performances de ses instruments dépassèrent de loin celles des microscopes de son époque, ce qui lui permit de rentrer dans l’Histoire.

4- Le 19 ème siècle: l’avènement de la médecine légale:

Comme nous l’avons vu précédemment, la médecine légale était un domaine scientifique reconnu mais sans spécialités définies. Ainsi, depuis la loi du 14 frimaire an III ( décembre 1794), chaque faculté de médecine possédait une chaire de médecine légale, mais celle-ci ne se développera qu’au rythme des avancées scientifiques qui vont jalonner le cours du 19 ème siècle: invention de la microscopie de pointe, de la toxicologie et de la radiologie.
En Grande-Bretagne, la nouvelle organisation des enquêtes criminelles, liée à l’expansion du système policier et judiciaire, survenue à la fin des années 1800, permit l’essor de la médecine légale. Dès 1860, on commença à utiliser la photo sur les scènes de crime. De réels efforts furent accomplis partout en Europe dans la standardisation de la collecte des indices et des preuves.
A Paris, Haussmann fait construire une morgue où œuvrent des légistes autopsieurs, bâtiment situé sur la pointe en amont de l’île de la Cité, doté d’une architecture très classique. Longtemps, il fut l’un des lieux les plus fréquentés de la capitale; en effet, on vient visiter en famille les cadavres des anonymes étendus sur les douze tables en marbre noir, disposées en pans inclinés. Les corps, auxquels on a laissé leurs dessous par pudeur, et dont les effets personnels sont suspendus à un crochet juste à côté, sont exposés pendant trois jours, sans aucun moyen de conservation !! Seule une vitre les sépare de la foule des visiteurs. Le but de cette macabre exposition était de permettre l’identification des corps sans nom.

The Morgue at Paris. The Last Scene of a Tragedy. — Image by © CORBIS

5- L’avènement des laboratoires:

En 1910, Locard, professeur de médecine légale, aménage dans les combles du palais de justice de Lyon le premier laboratoire de police scientifique au monde. Les spécialistes qui y travaillaient utilisaient les meilleures méthodes scientifiques de l’époque, notamment la microscopie et la photographie.
En 1923, fut créé par August Vollmer, qui avait précédemment mis sur pied l’école de criminologie de l’université de Californie, à Berkeley, le premier laboratoire de police des Etats-Unis installé au Los Angeles Police Department.
Quant au premier laboratoire américain privé, il fut inauguré en 1929 à la Northwestern University
d’Evanston, dans l’Illinois, dans des circonstances pour le moins surprenantes. Tout commença lorsque le Dr Calvin Goddard, co-inventeur du microscope de comparaison, se pencha sur ce qui fut appelé par la presse le « massacre de la Saint-Valentin », un des épisodes de la guerre des gangs qui ensanglantait les rues de Chicago. Le 14 février 1929, les hommes d’Al Capone, déguisés en policiers, prirent au piège et tuèrent sept membres de la bande de George « Bugs » Moran. Les enquêteurs retrouvèrent sur la scène du crime pas moins de 200 douilles de balles de mitraillettes. Goddard les examina au microscope et découvrit qu’elles ne correspondaient pas aux projectiles utilisés par la police. Cette révélation incita cette dernière à faire une descente au domicile d’un membre du gang de Capone, où furent saisies des armes qui
permirent à Goddard d’établir une corrélation avec les douilles recueillies. Deux hommes d’affaires, qui avaient fait partie du jury lors de l’enquête, et très impressionnés par le fabuleux travail fourni par Goddard, apportèrent les fonds nécessaires à la création du Laboratory Corporation, inauguré en 1929, et qui, dès l’année suivante, s’intitula Scientific Crime Detection Laboratory.
Quelques années plus tard, en 1932, le United States Bureau of Investigation créa à Washington son propre laboratoire de police scientifique qui, dès la première année, procéda à plus de 1000 examens médico-légaux. Fort de ces résultats, il fut installé, en 1933, dans des locaux plus vastes et fut appelé Division of Investigation. En 1935, il changea de nom une ultime fois pour s’appeler Federal Bureau of Investigation: le fameux FBI. Dès 1942, le laboratoire disposa d’une grande autonomie au sein même du FBI. Ses agents furent ravis de découvrir que de l’autre côté de la rue, dans les locaux de la Smithsonian Institution sévissait une équipe de « détectives des os », anthropologues qui travaillaient sur la plus importante collection du monde de squelettes humains. Ces derniers collaborèrent bien volontiers avec les membres du nouveau laboratoire, notamment pour la différenciation entre ossements animaux et ossements humains, contribuant ainsi à l’essor de l’anthropologie judiciaire.
En Grande-Bretagne, le Forensic Science Laboratory fut créé au sein de la Metropolitan Police, en 1935, nom qu’il conserva jusqu’en 1996, date à laquelle il intégra le Forensic Science Service.
6- Les progrès récents: Les constantes améliorations des tests d’ADN permettent des analyses à la fois plus rapides et plus précises. Parmi les innovations majeures de ces dernières années, figurent l’ADN mitochondrial (ADNmt) qui permet de remonter la lignée maternelle; les recherches d’ADN à l’échelle familiale pour retrouver des parents; la réaction en chaîne par polymérase qui amplifie les échantillons (voir article Dossier n°5 de ce blog); le « DNAboost » qui améliore les échantillons médiocres; l’invention d’instruments et d’appareils plus perfectionnés, comme le labopuce miniaturisé.
Ainsi, l’avenir des usages médico-légaux de l’ADN semble sans borne, bien que des pas de géants aient déjà été accomplis, comme le projet « Génome Humain » qui a permis, en 2003, d’identifier tous les gènes de l’ADN humain. « L’analyse génétique médico-légale n’est pas une technique unique mais un essaim de techniques fondé sur la vaste étendue du génome humain », a déclaré le Dr Lee, expert judiciaire.
Des avancées techniques impressionnantes ont également été réalisées dans d’autres secteurs telle que la reconstitution en 3D d’une scène de crime par ordinateur, permettant aux enquêteurs de s’y mouvoir comme s’ils s’y trouvaient réellement. Du côté des empreintes digitales, exit le pinceau à poudrer de nos grands-pères. Désormais, les experts ont à leur disposition plus de 250 produits chimiques.
Une nouvelle génération de lasers portables permet une collecte accélérée des indices. Ce système de troisième génération à pompage optique, contrairement au laser traditionnel, peut déceler des traces dans des conditions très difficiles ou sur des matières poreuses comme le papier ou la pierre .

Vous pouvez retrouver l’épisode 1 de cet avis d’expert 12 ICI

 

Avis d’Expert : Dossier n° 11 : comment fonctionne un laboratoire de la police scientifique.


Dossier n° 11 : comment fonctionne un laboratoire de la police scientifique.

Les indices collectés sur la scène de crime ont été envoyés au labo…Mais que se passe-t-il au juste dans ce lieu mystérieux. Ouvrons la lourde porte métallique et entrons…

1- Pionnier:

Le premier laboratoire de police scientifique du monde fut créé à Lyon par Edmond Locard (1877-1966), ancien assistant d’Alexandre Lacassagne, considéré comme « le père de la médecine légale ». Locard, persuadé que tout contact laisse une trace ( appelé aujourd’hui de « principe de l’échange de Locard »), expliqua que tout ce que touche un criminel ou tout ce qu’il laisse sur place, même sans s’en rendre compte, constitue un témoin silencieux à son encontre: ses empreintes digitales, ses traces de pas mais aussi ses cheveux, les fibres de ses vêtements, le verre qu’il brise, l’outil qu’il utilise, la peinture qu’il érafle, le sang ou le sperme qu’il dépose ou recueille, et bien d’autres choses encore. d’après lui, toutes ces traces ou résidus constituent des preuves factuelles qui mémorisent bien mieux que les humains.

La preuve matérielle ne peut ni se tromper, ni se parjurer. Seul l’échec des hommes à la trouver, à l’étudier et à la comprendre peut en amoindrir la valeur. Afin de prouver qu’il avait raison, il utilisa, dès 1912, son laboratoire pour résoudre le meurtre commis par un employé de banque sur la personne de sa petite amie.
L’accusé, qui semblait pourtant détenir un alibi en béton, avoua son crime après que Locard eut découvert sous ses ongles de minuscules fragments de peau contenant le colorant rosé de la poudre de riz dont se servait la jeune femme pour se farder.

2- Les grands labos: ceux du FBI et ceux du Forensic Science
Service du Royaume-Uni.

Le FBI possède la plus vaste base de données biométriques ( caractéristiques permettant d’identifier un individu) au monde, contenant le casier et les empreintes de plus de 56 millions de personnes. Dans ses laboratoires, les spécialistes réalisent plus d’un million d’examens par an.

Quant à la Grande-Bretagne, elle détient la plus grande base de données génétiques du monde: quatre millions d’échantillons d’Adn (cinq fois plus que la France). En 2007, le ministère de l’Intérieur anglais a accepté de donner libre accès à cette base et à ses fichiers d’empreintes digitales à toutes les polices européennes. Parallèlement, l’UE a créé un réseau de partage des dossiers criminels.

3- De nombreux spécialistes:

Dans leur mission de vérification qu’un crime a réellement été commis et d’identification d’un suspect, les grands laboratoires emploient des spécialistes pour analyser les empreintes digitales, les poils, les cheveux, les dents, le sang, les médicaments, drogues et poisons, les fibres, les peintures, le verre, les armes à feu, douilles et projectiles de toutes sortes, les explosifs, la terre, l’herbe, les traces de pneus, les marques d’outils divers. La précision des résultats est assurée par de nombreux appareils et instruments.

Toutefois, ce travail de fourmis requiert une véritable collaboration avec les laboratoires de polices locaux ou les établissements régionaux, certes plus modestes, mais dédié à une spécialité particulière. Ainsi, en Angleterre, le Forensic, qui a lancé en 2007 le Footwear Intelligence Technology répertoriant 13 000 images d’empreintes de chaussures les plus couramment trouvées sur des scènes de crime, travaille pour les 43 corps de police du pays.

Le travail des spécialistes commence en général par l’évaluation d’un échantillon recueilli sur une scène de crime afin de l’identifier et de déterminer si des tests plus approfondis sont nécessaires; expertise qui permettra de savoir si une tache est bien une trace de sang, si tel morceau de métal provient bien d’une bombe, si tel poil est humain ou animal. Les échantillons sont ensuite dispatchés dans les différents services adéquats (biologie, chimie, explosifs, toxicologie, balistique, etc…). Les très nombreux indices ainsi analysés sont soigneusement conditionnés et enregistrés afin d’en assurer la traçabilité lors de leur parcours dans les différents services.

4- Traces révélatrices:

Dans un laboratoire de police scientifique, c’est le service de l’analyse des traces qui possède l’éventail d’activité le plus large et le plus diversifié. En effet, tous les indices qui ne peuvent être attribués à un service spécifique lui sont confiés. Ainsi, les spécialistes qui y travaillent examinent des poils, des cheveux, des fibres, du verre, de la peinture, des explosifs, des traces de pneus, des empreintes de chaussures, des restes calcinés, des cosmétiques (rouge à lèvres, mascara, vernis…).

La Trace Evidence Unit du FBI, en plus de sa mission de conservation de toutes sortes d’échantillons, d’analyse et de comparaison d’indices non humains, contribue à identifier des restes humains par l’examen de dents et d’os réduits à l’état de simples traces. Ainsi, de n ombreuses affaires ont été résolues grâce à des poils ou des cheveux transmis de la victime à son agresseur. Car les cheveux, qui restent intacts de nombreuses années après la décomposition du corps, recèlent d’intéressants secrets: ils contiennent de l’ADN, notamment de l’ADN mitochondrial ( celui transmis par la mère); ils conservent la trace de poisons tel que l’arsenic ainsi que de la consommation de drogues, d’alcool ou de nicotine. De simples échantillons permettent de déterminer un type ethnique précis.

5- Deux affaires de meurtres résolues:

• L’affaire Linda Peacock: en 1967, le corps de Linda Peacock, âgée de quinze ans, est retrouvé dans un cimetière de la petite ville de Biggar, en Ecosse, avec des marques sur l’un des seins de la jeune fille. Les marques furent étudiées par un odontologiste (praticien qui étudie les dents et leur
pathologie) judiciaire, le docteur Warren Harvey qui se rendit compte que, l’une des marques semblait avoir été faite par une dent aux contours irréguliers. On prit les empreintes dentaires de 29 détenus dans un centre local et, bingo, celles de l’un d’entre eux correspondaient aux traces
laissées sur le corps de Linda Peacock. Gordon Hay, âgé de 17 ans, était atteint d’une affection rare provoquant des creux dans ses dents. Jugé coupable de meurtre, il fut emprisonné.

• Milton Helpern, médecin légiste new-yorkais, et son assistant, le docteur Umberger, toxicologue, jouèrent un rôle décisif dans la résolution du meurtre de Carmela Coppolino, en 1965. Carl Coppolino, le mari de la victime, anesthésiste, avait injecté à son épouse une substance
paralysante, du chlorure de succinylcholine. Un médecin ami signa le certificat de décès en déclarant que la jeune femme avait succombé à une crise cardiaque, le mari ayant déclaré qu’elle souffrait de douleurs thoraciques. Comme par hasard, trois semaines avant sa mort, Carl
Coppolino avait monté le montant de son assurance-vie à 55 000 dollars. Il croyait le médicament injecté indétectable dans l’organisme, mais le docteur Umberger parvint à l’isoler dans les tissus cérébraux. Grâce à lui, Coppolino fut convaincu d’homicide volontaire et incarcéré douze ans.

6- Le labo du FBI:

Fort de son succès dans la lutte contre la criminalité, du soutien de son gouvernement, grâce également à une forte exposition médiatique consécutive aux films et téléfilms, le Federal Bureau of Investigation, exerce une influence mondiale dans le domaine de la lutte contre la criminalité.

Le FBI est né en 1924 sous le nom de Bureau of Investigation. Son fichier d’empreintes digitales fut créé la même année.

En 1932, un laboratoire technique vit le jour afin de répondre aux besoins des agences locales, fédérales et d’Etat, tout comme aux besoins des polices étrangères.

En 1967, une base de données électronique, le NCIC (National Crime Information Center) devient opérationnelle.

En 1978, le laboratoire du FBI fut un précurseur dans l’utilisation du laser pour détecter les empreintes digitales latentes sur les scènes de crime. En 1991, le Computer Analysis and Response Team fut créé dans le but d’analyser des ordinateurs à des fins d’investigation. L’année suivante, fut créé une base de données de marques de balles et de douilles.

1996: création du Hazardous Material Unit : réponse de lutte contre le terrorisme de la police de Los Angeles, le HMU est spécialisé dans les armes de destruction massive et l’identification de matériels ou agents inconnus. Ses membres reçoivent une formation spéciale leur permettant d’identifier des pathogènes potentiellement biologiques, des armes chimiques et des matières radiologiques.

Depuis 1997, le National DNA Ind System gère la mise en commun des profils génétiques par les
laboratoires de police scientifique. Parallèlement, le FBI possède une unité spéciale, le Evidence
Response Team, chargée d’intervenir sur les scènes d’infraction afin de recueillir des indices et de les transmettre au labo. Les 56 bureaux du FBI disposent chacun d’une ERT (Evidence Response Team) de 8 à 50 membres. En plus des affaires intérieures, ces bureaux enquêtent sur des crimes internationaux, notamment en Afrique de l’est sur des attentats commis contre des ambassades américaines.

J. Edgar Hoover (1895-1972)

Hoover dirigea le FBI pendant 48 ans, de 1924 à sa mort. Très intéressé par la police scientifique, il créa, en 1932, le laboratoire, alors que le FBI était engagé dans la lutte contre le crime organisé. Il envoya ses agents dans tout le pays afin d’y suivre les enseignements des meilleurs experts en criminalistique de l’époque. Né à Washington, il obtint son diplôme en droit en 1917 tout en étant vacataire à la bibliothèque du Congrès. Exempté de service pendant la Première Guerre mondiale, son oncle le fait entrer au département de la Justice et devient l’un des assistants de l’attorney général (ministre de la Justice des USA).
En 1919, il est nommé directeur de la toute nouvelle General Intelligence
Division du département de la Justice. Mettant à profit son expérience de bibliothécaire, il crée un
gigantesque fichier de gens appartenant à des groupes radicaux. Nommé directeur du FBI en 1924 avec 650 employés sous ses ordres, il entreprend de professionnaliser les activités de renseignement et de maintien de l’ordre aux USA.

 

Les petit + de collectif polar :

Pour poursuivre votre expérience voici un ouvrage sur le père des labos criminels.

Edmond Locard, le Sherlock Holmes français  de Michel Mazévet.  Paru le 25 avril 2006 aux éditions Traboules. 19€50 ;   19€50 ;  (170 p.) ; illustrations en noir et blanc ; 21 x 15 cm.

Découvrir Edmond Locard c’est se replonger aux débuts de la police scientifique moderne. Bien avant l’utilisation de l’ADN, cet homme génial, médecin légiste et homme de culture, a doté la ville de Lyon du premier laboratoire français de police technique, capable de résoudre les crimes les plus abominables. Au travers de la vie de cet infatigable chercheur, le lecteur va découvrir l’avancée des travaux sur le crime et le criminel depuis le XIXème siècle avec Cesare Lombroso et Alexandre Lacassagne jusqu’aux empreintes génétiques utilisées pour la première fois en 1986 par le britannique Alec Jeffreys.

Avis d’Expert : Dossier n° 10 : les empreintes digitales


Dossier n° 10 : les empreintes digitales

1)Un peu d’histoire:

Avant le 19e siècle:

C’est sur un site archéologique au nord-ouest de la Chine, remontant à 6000 ans, que l’on a découvert les premières empreintes digitales, des impressions de crêtes papillaires (qui a des papilles, saillies coniques formées près de la surface de la peau), sans pour autant que l’on sache si elles on été laissées intentionnellement ou accidentellement. On a également découvert sur des poteries babyloniennes remontant à 5000 ans des traces digitales servant probablement de signature.

Pour autant, le premier exemple répertorié de l’utilisation des empreintes comme moyen d’identification remonte à la dynastie chinoise Qin, entre 221 et 206 avant notre ère. Les documents retrouvés étaient scellés avec de l’argile dans laquelle était imprimée l’empreinte et le nom de l’auteur. Mais c’est à partir de 105 après J.C., après l’invention et l(utilisation du papier par les Chinois, que la signature digitale devient plus courante.

Pourtant, les Chinois ne sont pas les seuls à recourir à ce procédé d’identification. En effet, au Japon, en 702 de notre ère, une loi domestique stipule que « Dans le cas d’un mari qui ne sait pas écrire, laissez le employer un autre homme pour écrire le document à sa place, et après son nom de mari il signera avec son propre index. » Ainsi, dans les siècles passés, l’apposition de l’empreinte digitale servait principalement à officialiser des documents de la vie quotidienne.

19e siècle:

Mais ce n’est qu’au cours du 19e siècle que d’autres propriétés vont être découvertes. En 1823, le physiologiste tchèque Jan Evangelista Purkinje publie une thèse intitulée Physiological Examination of the Visual Organ and of the Cutaneous System, dans laquelle il classe les dessins d’empreintes en neuf groupes.

William James Herschel,

officier anglais des Indes Britanniques né en 1833 à Slough et mort en 1917, petit-fils de William Herschel et fils de John Herschel, tous deux astronomes, est connu comme étant le premier à avoir utilisé les empreintes digitales à des fins d’identification. Officier au Bengale au service de l’état civil, William Herschel étudia ses propres empreintes ainsi que celles d’autres personnes. Il se rendit compte ainsi que les traces laissées par les doigts et les mains étaient propres à chaque individu. Il décida donc, vers 1850, de les utiliser dans son travail, notamment contre les fraudes et en guise de signature sur des contrats. En 1858, il perfectionne son système en relevant l’empreinte palmaire dans sa totalité. Rajyadhar Konai, homme d’affaires local, est ainsi une des premières personnes à s’être identifiée grâce à ce procédé. En 1877, William Herschel adresse à l’inspecteur général des prisons du Bengale une lettre dans laquelle il suggère que le système de l’identification par les empreintes digitales soit étendu à
d’autres zones sous l’influence des britanniques.

Henry Faulds,

médecin et missionnaire écossais né en 1843 et mort en 1930, nommé par l’Eglise presbytérienne pour établir une mission médicale au Japon, quitte l’Angleterre avec sa jeune épouse en 1873. Quelques années plus tard, alors qu’il accompagne un ami archéologue Edward S. Morse sur le lieu de ses fouilles, il remarque des empreintes digitales sur des poteries. En examinant ses propres doigts et ceux de son entourage, il déduit que les « dessins » sont propres à chaque individu. Dans l’intention de promouvoir le système d’identification des individus par leurs empreintes digitales, Faulds adresse une lettre à Charles Darwin qui, âgé et malade, la transmets à son cousin Francis Galton, anthropologue, explorateur, géographe, psychométricien et statisticien, père de l’Eugénisme et de la psychologie comparée. Francis Galton transmit la missive à la Société Anthropologique de Londres qui ne la prit pas au sérieux. Ce n’est qu’en 1880, suite à la publications dans la revue Nature d’un article de Faulds dans lequel il démontre l’intérêt d’utiliser l’encre d’imprimerie pour enregistrer les empreintes digitales dans le but de confondre les criminels, que Galton s’y intéressa réellement. 

Francis Galton

reprend donc les recherches de Faulds pour son propre compte et, après avoir donné une conférence à la royal Society sur la méthode Bertillon et l’étude des dermatoglyphes (nom savant des empreintes digitales), il publie, en 1892, un ouvrage intitulé Finger Prints, dans lequel il établit l’unicité des dessins digitaux (propres à chaque doigt, donc à chaque individu) et leur permanence (les empreintes ne changent pas au cours d’une vie). C’est grâce à ses travaux que les empreintes digitales seront utilisées officiellement comme moyen d’identification.

Juan Vucetich

Après avoir étudié les écrits de Galton, l’argentin Juan Vucetich, fonctionnaire de police, crée, en 1891, le premier fichier d’empreintes. L’année suivante, il sera le premier, dans l’histoire de la police moderne, à identifier l’auteur d’une infanticide, Francisca Rojas, grâce à ses empreintes.

Edward Henry

Deux ans plus tard, en 1893, sir Edward Henry, inspecteur britannique affecté au Bengale, met au point un système d’identification similaire à celui de Vucetich, consistant à définir des familles de dessins papillaires: boucles, arches, tourbillons,système toujours utilisé dans les pays anglophones. De retour en Angleterre, Henry fait adopter son système par Scotland Yard en 1897. En 1901, il crée à son tour un fichier d’empreintes, qui vient compléter le « bertillonnage ».

Bertillon,

employé à la Préfecture de police de Paris, est, dans un premier temps, réfractaire à ce système qui concurrence directement sa propre invention, l’anthropométrie. Mais rapidement, il comprend l’importance de ce procédé d’identification. En 1896, il décide de relever les empreintes digitales de la main droite de tous les condamnés tout en conservant sa méthode de classement anthropométrique. En 1902, parvenant à confondre le criminel Henri Léon Scheffer à partir de ses empreintes relevées sur les lieux, il officialise l’utilisation de ce procédé en créant un fichier systématique.

2) Une empreinte unique:

Les dermatoglyphes, ou empreintes digitales, sont les traces que nous laissons derrière nous chaque fois que nous touchons un objet. Les motifs dessinés par les crêtes et les plis de la peau sont différents pour chacun d’entre nous. Du pouce à l’auriculaire, les motifs ne sont pas non plus les mêmes, raison pour laquelle un bon relevé doit comporter les dix doigts. Les vrais jumeaux ont des empreintes différentes, même si à première vue elles sont semblables. Seule une recherche détaillée pourra en distinguer les nuances.

On estime que les empreintes digitales commencent à se former in utero entre la 10e et la 16e semaine de vie du fœtus, par un plissement des couches cellulaires. Les circonvolutions des crêtes leur donnant leur dessin caractéristique dépendent de nombreux facteurs : la vitesse de croissance des doigts, l’alimentation du fœtus, sa pression sanguine entre autres. Les tracés digitaux sont constitués de crêtes séparées par des vallées appelées « sillons ».

Notre peau est couverte d’une pellicule un peu graisseuse, et les crêtes dessinées sur nos doigts sont parsemées de petits trous appelés pores par lesquels s’écoule la sueur qui forme de petits dépôts de sel. Comme nous ne nous lavons pas les mains en permanence, ces dépôts se trouvent mélangés à toutes sortes de produits ou particules (saleté, graisses diverses, peaux mortes), formant une sorte de « pâte » que nous laissons en infime couche sur les objets que nous touchons.

Il existe deux sortes d’empreintes digitales: l’empreinte directe, qui laisse une marque bien visible, et l’empreinte latente, saleté, sueur ou tout autre résidu déposé sur un objet ou sur une surface. Ces empreintes sont divisées en trois catégories principales: l’arche, le tourbillon et la boucle, elles-mêmes subdivisées par un très grand nombre d’éléments, entre autres les fourches, les îlots, les espaces, donnant un caractère unique aux empreintes latentes.

 

3) Révélations:

Afin de faire apparaître les empreintes invisibles à l’œil nu, les laboratoires disposent de tout un arsenal de révélation chimique reposant sur le même principe: le produit révélateur s’accroche sur les composants de la trace.

     • Des empreintes lumineuses: pour les surfaces poreuses (papier, carton, kraft), la pièce est d’abord plongée dans une solution chimique appelée DFO ( déféroxamine), puis elle est placée dans une étuve pour le séchage. A ce stade, on ne voit rien. En effet, il faut éclairer l’empreinte avec une lumière spéciale et porter des lunettes adaptées: la trace apparaît alors comme « illuminée » !
     • Des empreintes bien trempées: la ninhydrine permet également de révéler des empreintes laissées sur du papier ou du carton. Contrairement à la DFO, la ninhydrine réagit avec les acides aminés ( molécules indispensables à la vie) contenus dans l’empreinte. Mais le principe reste le même: on trempe, on sèche et on regarde. Bien que la réaction soit plus longue, de quelques heures à des semaines en fonction de l’ancienneté de la trace, la qualité de l’empreinte qui apparaît est bien meilleure.
     • Des empreintes collées: sur des surfaces complexes comme un vélo, on utilise la technique appelée « fumigation » ou « cyano-acrylate » qui consiste à faire chauffer de la Superglue jusqu’à ce qu’elle se vaporise pour se déposer sur les composantes de l’empreinte. Une belle trace blanche apparaît alors. Dans le cas d’une surface blanche, on applique un colorant. Cette technique très
pratique doit être utilisée avec beaucoup de précautions car les vapeurs de Superglue sont hautement toxiques.
     • Des empreintes de latex: nombreux sont les criminels abandonnant sur une scène de crime leurs gants en latex pensant ne courir aucun risque. Et ils ont tort!! Car bien que le latex soit un matériau ni lisse, ni poreux, il est quand même possible de révéler les empreintes qui s’y trouvent grâce au RTX (tétroxyde de ruthénium) que l’on vaporise dans une enceinte hermétiquement close et sous une hotte, ses vapeurs étant très toxiques.
     • Des empreintes dorées à l’or fin: afin de révéler les empreintes les plus ténues, on fixe la pièce dans un gros caisson métallique où le vide est créé dès sa fermeture. Un vide si poussé que les métaux (or et zinc) placés à l’intérieur dans de petites coupelles vont se transformer en gaz qui se déposera dans les sillons des empreintes, les rendant visibles. Cette technique fonctionne sur n’importe quel support à condition qu’il ne soit pas trop volumineux ni trop plein de vide, comme le polystyrène expansé.

4) Comment lire une empreinte:

Contrairement à ce que l’on voit dans les films ou séries télé, il ne suffit pas de superposer deux empreintes pour en identifier le propriétaire. Car, en réalité, les deux traces ne coïncident jamais totalement. D’un côté, on a la trace relevée sur la scène, souvent partielle ou empâtée; de l’autre, on a l’empreinte de référence qui a été prise soigneusement avec la quantité d’encre voulue et en faisant idéalement rouler tout le bout du doigt, associée à un nom et stockée dans un fichier. Le délicat travail de l’identification consiste à trouver les points communs existant entre les deux empreintes.

Grossie fortement, une empreinte présente un certain nombre de détails appelés « minuties », par exemple des bifurcation, arrêts de ligne, crochets, ponts, impasses, lacs, etc…Le travail des examinateurs, véritable travail de fourmi, demande beaucoup de concentration et de minutie !!

Heureusement, le recours à l’informatique est un vrai plus. On passe l’image de l’empreinte dans un logiciel spécial qui la fera ressortir constellée de petits symboles colorés indiquant l’emplacement et la direction des minuties. Mais l’œil humain reste nécessaire: en effet, si l’empreinte est balafrée par une cicatrice, l’ordinateur prendra sa bifurcation avec les crêtes pour arrêts de ligne. Il faut donc lui indiquer que ce n’est pas le cas. Ensuite, l’ordinateur établit les comparaisons entre la myriade de points colorés de l’empreinte suspecte et ceux de l’empreinte de référence, classée dans FAED (fichier automatisé des empreintes digitales répertoriant les empreintes de plus de deux millions de personnes, toutes mises en cause dans une affaire criminelle mais pas forcément coupables). L’ordinateur restitue une liste des fiches
qui pourraient correspondre. A charge pour un opérateur d’effectuer une comparaison manuelle afin de valider celles qui concordent. Pour plus de sécurité, un second opérateur devra confirmer cette identification. En France, un minimum de douze points de concordance est requis pour affirmer qu’ils ‘agit de la même personne.

5) Attention aux erreurs :

Toutefois, il faut faire preuve de prudence avant de déterminer qu’une empreinte appartient à unepersonne précise, comme l’atteste le cas suivant. L’Américain Brandon Mayfield fut accusé, en mars 2004, d’avoir participé aux attentats qui ensanglantèrent la capitale espagnole, après qu’on ait retrouvé sur les lieux un sachet d’explosifs avec ses empreintes dessus. Plus exactement, la police américaine avait identifié les dites empreintes comme étant les siennes, alors que dans le même temps les autorités espagnoles attribuaient les empreintes en question à un autre individu. Ces deux hommes avaient-ils les mêmes empreintes? Certes non ! L’erreur provenait simplement d’une mauvaise interprétation…

Il peut arriver que la qualité de la trace soit mauvaise, par exemple parce que son propriétaire avait les doigts gras; dans ce cas, les crêtes sont épaissies et un arrêt de ligne peut se transformer en bifurcation. Un examen plus attentif aurait permis de ne pas en tenir compte. Toutefois, cette possibilité induit le risque que les experts négligent trop de points afin de faire correspondre l’empreinte X avec celle de monsieur Z, surtout si la pression pour l’identification d’un suspect se révèle particulièrement forte!

 Cependant, la très faible marge d’erreur, à peine une vingtaine de cas recensés, n’induit pas qu’il faille renoncer à cette technique très pratique et somme toute très fiable, mais que l’on doit poursuivre les recherches afin de la rendre encore plus fiable…

 

Avis d’expert : dossier n°7, mort suspecte.


L’avis de Cathie notre Expert

 dossier n°7: mort suspecte.

Un cadavre vient d’être découvert: Qui est-ce? Comment cette personne est morte? Pour répondre à ces questions, les enquêteurs ont souvent besoin d’un médecin légiste, spécialiste qui travaille au service de la justice et intervient dans les cas de mort suspecte.

Images intégrées 1

1 Constater :

  • Température: en bonne santé, le corps humain maintient une température d’environ 37°. Après la mort, il perd en moyenne 1° par heure et atteint la température de son environnement à peu près en 24 h. Ainsi, pour évaluer la mort du décès, le médecin légiste mesure la température au niveau du rectum, parfois du foie, à l’aide d’une sonde. Il prend en compte la température ambiante, la corpulence et les vêtements de la victime, une possible hypothermie ( chute interne de la température corporelle) due à une noyade, par exemple. C’est grâce à toutes ces informations qu’il peut donner une estimation de l’heure du décès.
  • Opacification: la cornée est la couche supérieure de l’œil, normalement transparente. Chez un cadavre, à cause de la déshydratation, elle devient peu à peu trouble : c’est l’opacification de la cornée qui permet au médecin légiste d’avoir un premier indice quant au moment de la mort. Lorsque les yeux sont restés ouverts, ce phénomène intervient à peu près au bout de 45 minutes, et plus de 24 heures si les yeux sont fermés.
  • Rigidité: certaines réactions chimiques ne se faisant plus dans les muscles après la mort, ils perdent de leur élasticité. Ceux des paupières et de la mâchoire sont les premiers à se figer en une à trois heures, puis ce sont du tronc et des membres, pour atteindre un maximum 12 environ après le décès. Après 2 ou 3 jours, cette rigidité s’estompe. Mais comme ce phénomène n’est pas mesurable car il varie beaucoup selon les individus et/ou les conditions extérieures, elle constitue un indice peu fiable.
  • Lividité: en raison de la pesanteur, le sang s’accumule vers les points les plus bas du corps qui ne sont pas compressés pour former des taches d’un rouge violacé: ce sont les lividités cadavériques. Elles apparaissent quelques heures après le décès mais disparaître ou changer d’emplacement si le corps est déplacé. Au bout de 8 à 12 heures, elles deviennent fixes et définitives. Certaines colorations de la peau, rouge cerise par exemple, évoquent une intoxication au monoxyde de carbone ou un empoisonnement au cyanure.

2 Observer:

L’autopsie a lieu le plus rapidement possible avant que le corps ne se dégrade. La première étape est l’observation au cours de laquelle le médecin légiste cherche à récolter un maximum d’informations; il doit procéder assez rapidement car certains indices peuvent disparaître avec le temps ou au cours de la dissection. Souvent, il procède à un examen complet du corps aux rayons X avant l’autopsie dans le but de visualiser d’éventuelles fractures osseuses, des projectiles pour connaître leur trajectoire, ou des indices tels que la dentition, le port d’une prothèse permettant d’identifier plus facilement le cadavre.

L’autopsie peut maintenant commencer: le médecin est assisté d’un technicien appelé « agent de chambre mortuaire ». Le corps est dévêtu, lavé puis allongé sur une table sous un éclairage puissant. Si l’identité de la personne est inconnue, tous les détails particuliers sont relevés: tatouages, cicatrices…Les blessures sont photographiées et décrites. Elles peuvent de différente nature:

  • Traces de liens: si la victime a été attachée ou étranglée, des traces de corde ou de câble sont visibles. Avec un cordon plus souple, les marques sont plus discrètes et apparaîtront plus facilement au cours de la dissection dans les couches profondes de la peau. Selon l’état de la peau, le légiste peut déterminer si les liens ont été posés avant ou après la mort.
  • Hématome: lors d’un choc sur la peau, des micro-vaisseaux sanguins éclatent : le sang s’échappe et crée un hématome dont la forme renseigne sur l’objet qui en est à l’origine: poing, matraque…Sa couleur évolue dans le temps même après le décès, mais cette évolution est tellement variable d’une personne à l’autre qu’elle ne constitue pas d’indice fiable.
  • Impacts de cartouches de fusil: ils sont très reconnaissables car un fusil de chasse, contrairement aux autres armes, tire une volée de plombs. Selon la distance, les blessures infliges par des plombs ne sont pas les mêmes: grosses et uniques pour un tir à bout portant, ou petites et multiples si le tireur se trouvait à plusieurs mètres de la victime, ce qui permet de faire la différence entre un accident de chasse et un tir volontaire.
  • Impacts de balles: les détails d’une blessure par balle sont une mine d’informations: s’agit-il d’un trou d’entrée ou de sortie? Le tir a-t-il été réalisé à bout touchant (arme contre la peau), à bout portant ( arme à quelques centimètres) ou de plus loin?La victime était-elle déjà morte lorsqu’elle a reçu cette balle? Des indices qui peuvent permettre d’identifier un homicide camouflé en suicide.
  • Coup de couteau: la taille d’une plaie par arme blanche et sa profondeur informent sur le type de couteau utilisé ( à double ou simple tranchant), sur la longueur de la lame, etc…L’angle et la trajectoire dans le corps peuvent éventuellement renseigner sur la corpulence de l’agresseur et s’il est gaucher ou droitier.
  • Marques de lutte: si des contusions ou des plaies sont visibles au niveau des mains ou des avant-bras de la victime, cela suggère qu’elle s’est défendue. Il peut également arriver que l’on retrouve des résidus de peau sous les ongles de la victime, résidus qui seront soumis à une analyse ADN.

3 Disséquer:

Après avoir pratiqué une grande ouverture dans le thorax ( souvent en forme de Y), le légiste prélève chaque organe le plus délicatement possible afin de ne pas les abîmer,  dans le but de les étudier minutieusement, car aucun indice ne doit être oublié ! Il commence par observer leur aspect extérieur au cas où ils présenteraient des blessures. Ils sont ensuite pesés et disséqués les uns après les autres: leur contenu est étudié, on constate d’éventuelles lésions internes, puis des échantillons sont prélevés afin de les envoyer au labo qui procédera à des examens complémentaires. Tout est absolument soigneusement noté!

L’équipement: la même tenue que celle utilisée par un chirurgien, à laquelle on ajoute un masque, un bonnet et des gants chirurgicaux; le légiste et son aide doivent être protégés de tout risque de contamination au cas où le cadavre serait porteur d’une maladie contagieuse. En effet, même décédée, une personne peut receler des bactéries ou des virus encore actifs. Parfois, un ou plusieurs membres de la police peuvent assister à une telle autopsie, mais seulement en observateurs.

Les outils:

  • Un scalpel: permet d’inciser la peau et de disséquer les organes et les tissus mous.
  • Un costotome ( ou pince à os): sert à couper les côtes afin de faciliter l’ouverture du thorax.
  • Une scie à main et une scie circulaire: utilisées pour découper les os de gros diamètre ( par exemple le fémur) et pour ouvrir la boîte crânienne.
  • Un couteau: sert à découper les organes en tranches fines, comme le cerveau ou les poumons, afin de les étudier au microscope.

En détails:

  • Cœur et poumons: le cœur est scruté minutieusement: la personne souffrait-elle d’une maladie particulière qui pourrait expliquer sa mort soudaine? Les poumons peuvent également fournir des renseignements importants dans le cas où on suspecte une intoxication respiratoire accidentelle ou, au contraire, un étouffement provoqué par une tierce personne. Et en cas de noyades, ils renferment des indices quant à l’endroit où cela s’est produit ( micro-organismes, vase).
  • Organes digestifs: l’œsophage, l’estomac, le foie et les intestins sont examinés de près afin de détecter des signes de maladie éventuelle. Leur contenu peut renseigner sur le dernier repas de la victime afin de retracer son emploi du temps les dernières heures qui ont précédé sa mort. Des prélèvements sont effectués afin de procéder à des analyses complémentaires.
  • La boîte crânienne: le légiste dégage la peau du visage et du cuir chevelu, puis il découpe l’os crânien à l’aide d’une scie électrique afin d’accéder au cerveau qui sera pesé puis découpé en tranches afin de visualiser d’éventuelles traces d’hémorragie ou de caillot sanguin, ce qui signifierait que la personne a reçu des coups violents, peut-être à l’origine du décès.

4 Analyser et conclure:

Une fois l’autopsie terminée, l’ assistant du médecin remet en place tous les organes puis referme le corps en essayant de laisser le moins de traces possible.

Ensuite, une tape très importante: la rédaction du rapport d’autopsie. Tout y est consigné: les observations du médecin légiste et les conclusions qu’il peut en tirer concernant les causes du décès. Il lui est parfois beaucoup plus difficile de se prononcer sur les circonstances: accident, suicide ou meurtre. Y sont également consignées les résultats des analyses auxquelles le labo a procédé: génétiques, sanguines, recherches de poison.

Le rapport doit être écrit dans un langage clair et compréhensible par des personnes qui ne sont pas médecins. D’autant qu’il peur servir de preuve lors d’un procès. Dans 10 % des cas autopsiés, les circonstances de la mort demeurent indéterminées, laissant planer le doute sur un éventuel homicide. C’est alors aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations…

Avis d’Expert : Dossier n°4 : Expertisons les Experts


Dossier n°4: Expertisons les Experts:

La chronique de Cathie

Aucun indice ne résiste aux enquêteurs de la série « Les experts à Manhattan », aucun criminel ne leur échappe, les flics scientifiques de la série sont trop forts…Mais leurs enquêtes sont-elles réalistes ou complètement fantaisistes?? Menons l’enquête…en cinq questions !!

Images intégrées 1

1.On ne se rend pas sur une scène de crime en jean et en baskets.

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Certes, c’est plus glamour, pour un acteur, d’apparaître à visage découvert et habillé de vêtements qui mettent la silhouette en valeur. La seule concession de la plupart des séries policières au réalisme est une paire de gants en caoutchouc…Comme si seules les mains pouvaient contaminer une scène de crime. Et nos 150 000 cheveux, nos 50 poils au cm2 sur le visage et 10 poils au cm2 sur le reste du corps, alors !! Sans parler de nos millions de cellules de peau morte, de nos gouttes de salive et de sueur, des bouloches de nos pulls, des pollens et des poils de chat sur nos fringues, des particules de toutes sortes que nous transportons sous nos semelles !!

Je conviens aisément que la combinaison jetable à capuche, le masque chirurgical, les protège-chaussures et les gants en latex  portés en double ne sont pas vraiment sexy mais ils évitent très efficacement de contaminer n’importe quelle scène de crime ou d’infraction. Déjà que trouver les traces laissées par le criminel n’est pas chose aisée, alors inutile d’en rajouter !!

2.En général, ce ne sont pas les mêmes personnes qui relèvent les indices et qui les analysent.

Stella Bonasera sait tout faire: lire une scène de crime, détecter l’indice qui trahira le criminel puis l’analyser elle-même dès son retour au labo. Malheureusement, il n’en est pas de même dans la « vraie vie » ! Que se passe-t-il, en France, en cas de cambriolage, de violence sur un tiers, voire de meurtre ?

On appelle les gendarmes ( à la campagne ou dans les petites villes) ou la police ( dans les agglomérations plus importantes). Le premier arrivé sur les lieux procède à des opérations techniques de base, comme le relevé d’empreintes. C’est à lui de décider si la gravité des faits exige l’intervention de spécialistes. Appelé TIC, technicien en investigation criminelle, dans la gendarmerie, ou GSI, gestionnaire de scène d’infraction, dans la police, il aussi bien capable de relever des empreintes que des douilles, des insectes nécrophages ou des téléphones mobiles.

Toutefois, ces indices ne seront pas analysés par la même personne, soit par manque de temps ( une fois de retour au bureau, le technicien doit rédiger son rapport et confie donc ses prélèvements à un collègue); soit par nécessité de recourir à des spécialistes très pointus, par exemple pour établir un profil ADN ou pour déterminer la composition d’un explosif. Dans ce cas, on peut faire appel à l’un des cinq laboratoires de l’Institut National de police scientifique dont le personnel ne se déplace que pour les affaires les plus graves.

3.La police scientifique ne traite pas que des meurtres.

Sur l’ensemble des analyses d’ADN menées à l’Institut national de police scientifique, seules 20 % concerne les crimes les plus graves : homicides, viols et braquages. En réalité, les interventions de la police scientifique concernent surtout des vols et des cambriolages, bien que celle-ci soit présente dans le quotidien: une bagarre dans un bar avec chaise brisée sur la tête d’un client ivre…Un spécialiste des traces technologiques épluchera la caméra de vidéosurveillance tandis qu’un autre procédera à l’analyse des empreintes relevées sur la chaise.

EXP

La PTS ( police technique et scientifique) intervient également dans les affaires de trafic de drogue, en premier lieu afin d’identifier les produits saisis. C’est elle aussi qui identifiera un explosif, déterminera si un incendie est d’origine criminelle, précisera les circonstances d’un accident de la route lorsqu’il y a eu délit de fuite. L’analyse des traces de doigt retrouvées sur des documents frauduleux indiqueront qui avait l’habitude de les manipuler. Lors du procès, ces informations permettront au jury de doser les peines en reconnaissant d’éventuelles circonstances aggravantes.

4. Les membres de la police scientifique n’assistent pas aux interrogatoires.

Pour la simple raison qu’ils ne sont pas enquêteurs. Autrement dit, leur travail ne consiste pas à identifier des coupables mais à répondre aux questions  que se posent, justement, les enquêteurs à propos de tel objet ou telle empreinte relevée au cours d’une enquête. De plus, ne jamais rencontrer les suspects garantit aux techniciens et spécialistes scientifiques que leur capacité d’analyse ne soit pas faussée par leur ressenti face aux personnes impliquées dans une enquête. Ce désir de neutralité explique également pourquoi les membres de la PTS ne côtoient pas ceux qui mènent les enquêtes; en général, ils travaillent dans des lieux séparés.

D’autant que les enquêteurs, qu’ils soient policiers ou gendarmes, ont tout intérêt à rester discrets sur les informations qu’ils possèdent . A la différence des séries télé, où l’expert est au courant des moindres détails de l’enquête, le policier scientifique, dans la réalité, ne découvre souvent une affaire sur laquelle il a travaillé que des années plus tard, en lisant la presse ou en regardant la télé.

5.Un scientifique de la police ne porte ( presque) jamais d’arme.

En effet, ce n’est pas parce qu’on travaille à la police qu’on porte forcément une arme. En fait, seules les personnes amenées à assurer la sécurité de la vie d’autrui le sont, c’est-à-dire les gardiens de la paix, les brigadiers et brigadiers-chefs, les officiers ( lieutenants, capitaines, etc…) et les commissaires. Encore faut-il suivre une formation spécifique, obtenir une habilitation et s’entraîner régulièrement au stand de tir. Tous les techniciens scientifiques n’ont pas obligatoirement suivi cette formation, et encore moins les personnels travaillant dans les labos.

En résumé, on peut distinguer les  » policiers scientifiques » qui sont des policiers formés aux techniques de gestion de scènes de crime, qui peuvent être armés s’ils ont suivi une formation, et les « scientifiques de la police », pour la plupart non armés car recrutés sur leurs compétences en science et qui ne sortent guère de leur laboratoire.