Avis d’Expert : Dossier n° 15 : identifier un corps


Voici venir le dernier article de cette serie de nos Avis d’expert sur la police technique et scientifique.

Mais rassurez -vous, Cathie reviendra dés ce soir pour une nouvelle série.

Je ne vous en dis pas plus, suspense et révélation très bientôt.

A suivre donc !

Mais maintenant place au quinzaine et dernier dossier


Dossier n° 15 : identifier un corps

Tous les cadavres retrouvés sur les lieux d’un crime ou d’une catastrophe, qu’elle soit naturelle ou accidentelle, ne portent pas sur eux cartes d’identité ou tout autre moyen d’identification formelle. Dans ce cas, comment procèdent les enquêteurs?

1- Cadavres anonymes :

Lors de tragédies de grande ampleur, telles que catastrophes naturelles, accidents d’avion ou attentats terroristes, les victimes sont souvent séparées de leurs papiers et effets personnels. Si personne ne vient spontanément s’enquérir des personnes disparues ou identifier les dépouilles, l’affaire se transforme en un véritable casse-tête médico-légal. L’ADN est devenu le moyen d’identification le plus répandu; pourtant, les enquêteurs continuent de peiner lorsqu’ils font face à des destructions quasi totales.

Suite à l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001, les enquêteurs ont récupéré près de 20 000 parties de corps humains. Fin février 2005, seules 1585 des 2749 victimes avaient été identifiées. Les familles des 1164 autres victimes furent informées que, malheureusement, les techniques d’analyse d’ADN n’étaient pas assez évoluées pour donner des résultats probants. En effet, les échantillons avaient été altérés par l’extrême chaleur, l’eau et les bactéries.

Lors du tsunami qui ravagea l’Asie du sud-est en 2004, faisant plus de 200 000 morts, le même phénomène de dégradation fut observé: seuls 5% des identifications furent effectuées avec le recours à l’ADN. Les enquêteurs durent utiliser les dossiers dentaires ainsi que les empreintes digitales.

Victimes de guerre: En 2002, une équipe d’experts médico-légaux s’est rendue pendant six mois au Kosovo afin d’identifier les restes des victimes du conflit de 1999 qui, selon les estimations, fit plus de 10 000 morts et disparus. Parmi, ces experts se trouvaient 80 pathologistes, anthropologistes, techniciens de morgue et spécialistes des techniques de l’information venus d’Australie, du Canada, du Costa Rica, du Danemark, d’Italie, de Malaisie, de Pologne, d’Afrique du Sud, du Sri Lanka et des Etats-Unis. Les examens furent effectués sur plus de 1250 dépouilles réparties sur une centaine de sites d’inhumation. L’équipe procéda aux exhumations, autopsies et identifications afin de rendre les corps à leurs familles. Ce programme fut dirigé par le professeur Peter Vanezis, directeur du Center for International Forensic Assistance, qui fournit des compétences médico-légales en tant qu’instruments de vérité et de justice.

2- Disparition d’indices: 

Les indices visuels ne sont pas toujours exploitables. En effet, le processus d’identification peut être perturbé si les restes sont anciens, altérés par des animaux ou décomposés par les éléments. Souvent, les criminels cherchent à faire disparaître toute possibilité d’identification grâce à la chaux, l’acide ou le feu. Il arrive également qu’ils coupent certaines parties du corps comme les doigts, la tête ou les mains.

Fausse identification: l’identification par un proche ne constitue pas toujours fiable: la dépouille peut être calcinée ou fortement défigurée, ou la personne peut être trop bouleversée pour regarder attentivement la victime, surtout si elle ne l’a pas vue depuis plusieurs années. Une fausse identification peut également être intentionnelle afin de couvrir un autre crime ou pour s’emparer d’un héritage. Des meurtres ont même été commis justement dans le but de fournir une fausse identification.

3- D’où l’importance de recourir à d’autres techniques.

L’identification dentaire: presque indestructibles, les dents résistent au feu, aux années passées dans la terre ou dans l’eau. Il faut savoir que les empreintes laissées par chaque dent sont particulières, à cause de fissures ou d’obturations, ou parce que les dents sont mal alignées ou manquantes. Les dentistes ont pour habitude de prendre des notes au sujet des particularités de la surface des 32 dents de leurs patients. Lorsque les empreintes digitales ne sont pas disponibles, comparer avec le dossier dentaire reste le moyen d’identification privilégié, beaucoup moins coûteux et plus rapide que l’analyse ADN. Pour identifier une victime de meurtre, les experts doivent effectuer un examen dentaire complet et précis: radios des dents et des maxillaires qu’il est désormais possible d’effectuer directement sur les lieux du crime à l’aide d’un appareil portable. Ainsi, les spécialistes en odontologie légale peuvent procéder à diverses vérifications telles que nombre de dents, caries et amalgames, bridges, espacements, chevauchement des dents, etc…Surtout que les matériaux et méthodes employés indiquent souvent dans quel pays les soins ont été effectués.

Identifications dentaires dans l’histoire: l’empereur romain Néron identifia sa mère Agrippine, qu’il avait fait assassiner en 59 après J.C., grâce à ses dents. Quelques siècles plus tard, Guillaume Le Conquérant avait coutume de mordre les sceaux de cire de ses missives afin de les authentifier. Mais le premier cas officiel d’identification dentaire fut celui du comte John Talbot tombé au combat lors de la bataille de Castillon en 1453. C’est grâce au dentier que son ami Paul Revere lui avait fabriqué que l’Américain Joseph Warren, mort en 1775 à la bataille de Bunker Hill, put être identifié avec certitude, 10 mois après son inhumation. C’est en 1848, suite à l’incendie survenu à l’opéra de Vienne, que furent identifiées d’après leurs dents les premières victimes de catastrophe.

Enfants et empreintes dentaires: la prise d’empreintes dentaires a été adoptée par plusieurs états des USA comme moyen d’identification, dans le cas où un enfant serait kidnappé, dans le cadre du Child Identification Program qui comprend également prise des empreintes digitales et génétiques. Pour les enfants qui n’ont reçu aucun soin dentaire, le docteur David Tesini a mis au point un système de plaquettes en plastique thermodurcissable. Il suffi t de chauffer la plaque pour la ramollir afin que l’enfant puisse la mordre et y laisser ses empreintes. Simple mais il fallait y penser !!

Les marques cutanées: certaines des marques les plus distinctives telles que tache de vin, cicatrices, tatouages, angiome, etc…, ont toujours constitué de précieux indices. L’engouement que suscitent les tatouages, aujourd’hui à la mode parmi les stars de sport ou de cinéma, parmi la pègre font le bonheur de la police depuis de nombreuses années; en effet,  les membres d’un gang sont ainsi plus facilement identifiables. Le travail d’un tatoueur peut également mettre les enquêteurs sur la piste de celui qu’ils cherchent à identifier. Parfois, ils extraient même des pigments de la peau afin d’en retrouver l’origine, chaque tatoueur possédant sa « marque de fabrique ». La mode des piercings est également d’une grande aide…

Un requin-tigre capturé par des pêcheurs à Coogee, en Australie, le 25 avril 1935, fit sensation lors des festivités annuelles. L’amusement se mua rapidement en horreur lorsque l’animal recracha un bras humain tatoué appartenant à un certain James Smith, un ouvrier du bâtiment qui fut identifié par sa femme grâce au tatouage qui représentait deux boxeurs. Le reste du corps ne fut jamais retrouvé…

Les cicatrices: souvent, les experts de la police scientifique cherchent des cicatrices caractéristiques, comme celle qui valut à Al Capone son surnom de « Scarface ». Ils ont également recours aux angiomes, ces taches de naissance plus ou moins grosses, aux formes bien particulières ou aux grains de beauté pour identifier des cadavres anonymes.

4- Des indices invisibles:

Parfois, les indices pouvant conduite à l’identification d’un cadavre sont cachés à l’intérieur du corps. En effet, la victime peut avoir subi une opération, un accident ou une maladie, indices que découvre le légiste lors de l’autopsie. Ainsi, des maladies telles que le sida, la tuberculose ou un cancer laissent des traces facilement reconnaissables. Les os endommagés par une ostéoporose, un myélome, une scoliose ou le rachitisme constituent d’excellents indicateurs.

A la mort du missionnaire et explorateur David Livingstone en 1873, son corps fut embaumé et transporté sur plus de 1500 kilomètres jusqu’aux côtes africaines. De retour en Angleterre, son corps fut formellement identifié grâce aux séquelles d’une fracture à l’épaule provoquée par une rencontre un peu musclée avec un lion.

Ou encore les implants artificiels tels que pacemakers, valves cardiaques, défibrillateurs ou hanches artificielles en raison de leur numéro de série qui permet de remonter jusqu’à l’hôpital où l’opération s’est déroulée. En 2004, en Floride, le cadavre d’une femme de 35 ans fut découvert sous la maison d’un chirurgien esthétique opérant clandestinement. Le corps était enfermé dans une valise elle-même prise dans une gangue de ciment. La jeune femme fut identifiée grâce aux numéros de série de ses implants mammaires.

Ce que les os racontent: l’examen des ossements peut fortement contribuer à l’identification d’une victime par exemple en déterminant son sexe; en effet, les bassin, crâne et fémur présentent de  notables différences entre les hommes et les femmes. Chez un enfant, son âge peut être défini jusqu’à cinq ans en fonction de la quantité d’os formée. Le processus de fusion osseuse qui intervient entre 5 et 25 ans constitue également un autre indicateur.

5- La reconstitution faciale:

Lorsque les experts ne disposent que du crâne d’une victime anonyme, ils font parfois appel à un sculpteur afin de reconstituer le visage en argile, selon une technique hautement spécialisée à partir des indications fournies par le crâne lui-même.

 

Le « modèle américain », conçu aux USA, repose sur l’épaisseur des tissus qui recouvrent les différents repères osseux d’un crâne. Quant au visage, les points clefs sont au nombre de 20 à 35. L’artiste opérant dans le cadre médico-légal dispose de mesures connues pour les différents sexes, âges et groupes ethniques.

L’artiste commence par mettre en place sur le crâne lui-même, ou un moulage, de petites chevilles, en général des cure-dents, qui indiquent les différentes épaisseurs de tissus. Des bandes de « muscles » en argile sont ensuite appliquées, leur épaisseur correspondant à la taille des chevilles. Ensuite, le sculpteur emplit les vides entre les bandes avec de l’argile qu’il lisse, retire les chevilles et modèle le nez, opération délicate en raison de l’absence d’os sur lequel s’appuyer. Ensuite, il modèle les yeux, la bouche, les oreilles, le menton et les joues. Des prothèses sont placées dans les orbites afin d’accroître le réalisme de la reconstitution.

Mais souvent, l’artiste est amené à deviner, par exemple la  nature des cheveux, la structure des paupières, l’expression du visage. Et quand il n’a à sa disposition que des fragments de crâne, il doit en compléter la forme. Dans ce cas, les experts assemblent les fragments à leur disposition avec de la cire.

La reconstitution faciale par ordinateur: la reconstitution numérisée est un outil récent. On commence par scanner le crâne en rotation sur une platine, puis le logiciel crée un crâne numérique manipulable à l’écran. L’expert choisit une image obtenue par tomographie 3D d’une personne réelle de la même race et d’un âge estimé comparable à celui de la victime. Quant aux cheveux et aux yeux, ils sont estimés et ajoutés afin de donner plus de vie au visage reconstitué. Cette technique a le mérite de proposer des vues sous tous les angles. Elle rencontre néanmoins les mêmes limites que la reconstitution sur argile.

La superposition: cette technique peut être employée en sus ou à la place de la reconstitution faciale classique, notamment quand il s’agit d’identifier des personnes disparues. Dans ce cas, on photographie le crâne sur une pellicule transparente, puis on superpose cette image sur une photographie de la personne, faisant ainsi apparaître les correspondances au niveau des dents et de certains points clefs telles les arcades sourcilières. Procédé grandement amélioré par les techniques informatiques actuelles.

 

Voilà c’est fini, je sais que vous êtes nombreux à apprécier ces avis d’Expert

Aussi en fin d’aprés-midi, notre Expert viendra nous proposera

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Avis d’expert : Dossier n° 13 : science médico-légale en quatre questions.


Dossier n° 13 : science médico-légale en quatre questions.

 

La science médico-légale constitue un vaste domaine qui regroupe les diverses sciences utilisées à des fins légales: ses praticiens viennent de différents horizons. Faisons plus ample connaissance avec ces spécialistes qui officient dans les coulisses…

 

1- Petit tour d’horizon:

  • Thanatologie médico-légale: cette spécialité concerne les autopsies effectuées par les médecins légistes sur des cadavres non décomposés. Le but de cet examen post-portem, interne et externe, est de définir les causes de la mort. Si le meurtre paraît évident, le médecin légiste se rend sur les lieux du crime afin d’observer la position de la victime. Le légiste peut également examiner des victimes vivantes, notamment en cas de viol ou d’agression, pour déterminer les causes et la nature des blessures.
  • Anthropologie médico-légale: ici il s’agit de l’examen post-mortem effectué sur des ossements humains, généralement pour identifier le défunt et, si besoin, établir les causes et la date de sa mort. Cet examen permet souvent de définir l’âge, le sexe, la taille et la race de la victime, ainsi que la nature de ses blessures ou d’éventuelles maladies.
  • Odontologie médico-légale: examen qui consiste à examiner les dents, substance la plus dure et la plus durable de l’organisme humain. Lorsque un cadavre est en état de décomposition avancée, le moyen de l’identifier est d’établir un lien entre les dents et des dossiers dentaires. Ces experts sont parfois amenés à comparer la dentition d’un suspect avec des morsures sur le corps ou sur des aliments retrouvés sur les lieux du crime.
  • Toxicologie médico-légale: il s’agit de l’étude des poisons et des drogues employés dans un but criminel. Les spécialistes procèdent à des tests sur des personnes suspectes afin de savoir si des substances les ont poussées à commettre des actes violents ou à conduire dangereusement.
  • Sérologie médico-légale: cette spécialité consiste à examiner le sang et les fluides corporels comme la salive ou le sperme. Parmi ces examens, figurent la détermination du groupe sanguin et l’analyse de l’empreinte digitale.
  • Entomologie médico-légale: il s’agit d’étudier les insectes qui colonisent un cadavre: connaître leur cycle de développement ainsi que l’ordre de succession des espèces peut permettre de définir la date de la mort.

2- Le pathologiste judiciaire: le spécialiste le plus important.

Nous nous trouvons sur une scène de crime; le pathologiste, après avoir examiné les lieux et les éventuels indices probants, donne son opinion sur les causes et les circonstances de la mort. Pour procéder à cette enquête préliminaire, le pathologiste dispose d’une mallette dans laquelle figurent un pinceau pour empreintes digitales, de la poudre d’aluminium, du ruban adhésif repositionnable, une loupe, des écouvillons ainsi que de petites flacons à échantillons. Il porte des vêtements de protection.

De retour au laboratoire de police scientifique, le pathologiste oeuvre dans une salle où il dispose de microscopes électroniques, de tubes à essai, d’appareils d’analyse plus ou mins complexes. Une grande partie du travail effectué en labo se fait avec l’assistance des collègues spécialistes énumérés ci-dessus.

Mais c’est dans la salle d’autopsie que le pathologiste passe la plus grande partie de son temps de travail, entouré de ses assistants avec ses instruments tels que scalpels, pinces à os, leviers crâniens, scie à main et couteaux à cerveau…Dans le but de réunir des preuves sur une mort inexpliquée. Une fois l’autopsie achevée, le pathologiste rédige un rapport étayé de photos et de documents divers qu’il transmettra ensuite à l’officier de police judiciaire chargé de l’enquête.

Petite anecdote: si je vous affirme que Sherlock Holmes a vraiment existé, vous allez me répondre que je suis restée un peu trop longtemps au soleil…Et pourtant, c’est vrai !! Lorsque Arthur Conan Doyle était étudiant en médecine à l’université d’Édimbourg, en 1877, il fut fort impressionné par l’un de ses professeurs, le docteur Joseph Bell, pionnier de la médecine légale. Doyle, devenu son assistant, pu ainsi acquérir le sens aigu du détail qui caractérisait son maître. En effet, le Dr Bell aimait observer la démarche et l’accent de personnes étrangères afin d’identifier leur pays d’origine et leur profession. Plus tard, quand Conan Doyle créa son célèbre personnage de détective, j’ai nommé Sherlock Holmes, il s’inspira de son ancien maître qui aurait eu pour habitude de s’exclamer: « C’était élémentaire » après avoir établi un diagnostique.

3- L’artiste judiciaire:

Malgré la technologie moderne, l’artiste judiciaire reste indispensable pour l’établissement de portraits-robots. Au lendemain de l’attentat à la bombe perpétré en 1995 contre le bâtiment fédéral d’Oklahoma City qui fit 168 morts, l’artiste judiciaire du FBI Raymond Rozycki s’entretint pendant plusieurs heures avec un témoin qui avait aperçu l’homme ayant loué la camionnette ayant servi à transporter la bombe. Il lui montra le catalogue de visages » du FBI, des photos de visages classées en fonction de leur forme mais aussi de caractéristiques tels que les yeux, les sourcils, les joues, le menton, les oreilles et les cheveux. Chacune des 25 catégories comprend 16 photos différentes. Une fois les différentes parties sélectionnées et combinées, Rozycki utilisa d’autres détails fournis par le témoin afin d’affiner son dessin. Grâce au portrait ainsi dessiné, le terroriste Timothy McVeigh fut identifié et appréhendé.

Les artistes judiciaires peuvent également travailler à partir d’éléments fournis par des caméras de vidéosurveillance dont ils clarifient et simplifient les images. C’est ainsi qu’après l’attentat à la voiture suicide commis le 2 mars 2006 près du Consulat des Etats-Unis au Pakistan, un artiste judiciaire réalisa un portrait précis.

L’artiste judiciaire peut également apporter son aide pour retrouver des personnes disparues depuis plusieurs années grâce à la technique du vieillissement. Ce spécialiste se sert de photos et d’une connaissance de la croissance osseuse afin de créer une image de la personne vieillie. Pour estimer au plus juste l’évolution physique d’une personne, il peut faire appel à la fratrie: si la personne disparue a un frère ou une soeur, l’artiste utilise une photo de cette personne qu’il fusionne avec une ancienne photo de la personne disparue. Un programme informatique déduira alors comment le visage de la personne aurait pu mûrir.

4- L’arsenal de l’anti-crime: plusieurs kilos de matériel seront nécessaires pour passer au peigne fin une scène de crime.

  • Télémètre laser: précis et rapide, il permet de mesurer les dimensions d’une pièce, mesures indispensables pour dresser un plan de la scène de crime, à la main ou sur ordinateur.
  • Détecteur de métaux: la « poêle à frire »permet de localiser des objets métalliques, ferreux ou non ferreux, enfouis dans le sol.
  • Kit de balistique: de fines baguettes qui se vissent les unes aux autres et sur lesquelles se fixe, en cas de besoin, un pointeur laser, très utile pour reconstituer la trajectoire dune balle.
  • Crimescope: il s’agit d’un puissant projecteur avec sa batterie, capable de produire des lumières très « pures »(monofréquence) de couleur variable. On utilise sa lumière blanche rasante afin de chercher des fibres ou des cheveux; sa lumière bleue perpendiculairement au sol pour trouver des traces d’ADN (sang, sperme, salive…).
  • Crimelite et batteries rechargeables: c’est la version portative du crimescope. Ses inconvénients est que la couleur de son faisceau lumineux n’est pas variable et que son autonomie est plus faible.
  • Balises numérotées: elle permettent de repérer les indices trouvés sur le lieu du crime; en général, elles sont placées dans l’ordre des découvertes.
  • Kit pour empreintes digitales: pinceaux, poudres, rouleau encreur, loupe, ciseaux, scotch pour fixer les empreintes.
  • Matériel pour creuser: pelles, tamis, brosses, truelles, etc…
  • Tenue de protection: celle-ci est nécessaire moins pour protéger le technicien que pour préserver la scène de crime qui risque d’être « souillée » par les cheveux, poils de manteau, boue colportés à son insu par le technicien. Elle se compose d’une combinaison à capuche, d’un masque pour la bouche, de lunettes et de gants portés en deux exemplaires, sans oublier les surbottes. Chaque tenue est à usage unique.
  • Appareil photo: cet élément est très important; le technicien de scène de crime est avant tout un bon photographe. En effet, ses photos seront les principaux témoignages visuels pour tous ceux qui interviendront après le nettoyage de la scène de crime, par exemple le juge d’instruction, les jurés.
  • Blue star: un produit miraculeux qui, une fois pulvérisé sur la scène de crime, permet de révéler les traces de sang effacées par le meurtrier.
  • Enveloppes: pour conserver les indices de petite taille.
  • Boîtes: pour héberger les éventuelles larves d’insectes recueillies sur le cadavre.
  • Scalpel: lame très précise qui permet de découper des objets détenteurs de traces intéressantes (par exemple un tapis).
  • Pinces: à usage unique afin d’éviter toute contamination, elles sont utiles pour saisir de menus objets.

Avis d’Expert : Dossier n° 11 : comment fonctionne un laboratoire de la police scientifique.


Dossier n° 11 : comment fonctionne un laboratoire de la police scientifique.

Les indices collectés sur la scène de crime ont été envoyés au labo…Mais que se passe-t-il au juste dans ce lieu mystérieux. Ouvrons la lourde porte métallique et entrons…

1- Pionnier:

Le premier laboratoire de police scientifique du monde fut créé à Lyon par Edmond Locard (1877-1966), ancien assistant d’Alexandre Lacassagne, considéré comme « le père de la médecine légale ». Locard, persuadé que tout contact laisse une trace ( appelé aujourd’hui de « principe de l’échange de Locard »), expliqua que tout ce que touche un criminel ou tout ce qu’il laisse sur place, même sans s’en rendre compte, constitue un témoin silencieux à son encontre: ses empreintes digitales, ses traces de pas mais aussi ses cheveux, les fibres de ses vêtements, le verre qu’il brise, l’outil qu’il utilise, la peinture qu’il érafle, le sang ou le sperme qu’il dépose ou recueille, et bien d’autres choses encore. d’après lui, toutes ces traces ou résidus constituent des preuves factuelles qui mémorisent bien mieux que les humains.

La preuve matérielle ne peut ni se tromper, ni se parjurer. Seul l’échec des hommes à la trouver, à l’étudier et à la comprendre peut en amoindrir la valeur. Afin de prouver qu’il avait raison, il utilisa, dès 1912, son laboratoire pour résoudre le meurtre commis par un employé de banque sur la personne de sa petite amie.
L’accusé, qui semblait pourtant détenir un alibi en béton, avoua son crime après que Locard eut découvert sous ses ongles de minuscules fragments de peau contenant le colorant rosé de la poudre de riz dont se servait la jeune femme pour se farder.

2- Les grands labos: ceux du FBI et ceux du Forensic Science
Service du Royaume-Uni.

Le FBI possède la plus vaste base de données biométriques ( caractéristiques permettant d’identifier un individu) au monde, contenant le casier et les empreintes de plus de 56 millions de personnes. Dans ses laboratoires, les spécialistes réalisent plus d’un million d’examens par an.

Quant à la Grande-Bretagne, elle détient la plus grande base de données génétiques du monde: quatre millions d’échantillons d’Adn (cinq fois plus que la France). En 2007, le ministère de l’Intérieur anglais a accepté de donner libre accès à cette base et à ses fichiers d’empreintes digitales à toutes les polices européennes. Parallèlement, l’UE a créé un réseau de partage des dossiers criminels.

3- De nombreux spécialistes:

Dans leur mission de vérification qu’un crime a réellement été commis et d’identification d’un suspect, les grands laboratoires emploient des spécialistes pour analyser les empreintes digitales, les poils, les cheveux, les dents, le sang, les médicaments, drogues et poisons, les fibres, les peintures, le verre, les armes à feu, douilles et projectiles de toutes sortes, les explosifs, la terre, l’herbe, les traces de pneus, les marques d’outils divers. La précision des résultats est assurée par de nombreux appareils et instruments.

Toutefois, ce travail de fourmis requiert une véritable collaboration avec les laboratoires de polices locaux ou les établissements régionaux, certes plus modestes, mais dédié à une spécialité particulière. Ainsi, en Angleterre, le Forensic, qui a lancé en 2007 le Footwear Intelligence Technology répertoriant 13 000 images d’empreintes de chaussures les plus couramment trouvées sur des scènes de crime, travaille pour les 43 corps de police du pays.

Le travail des spécialistes commence en général par l’évaluation d’un échantillon recueilli sur une scène de crime afin de l’identifier et de déterminer si des tests plus approfondis sont nécessaires; expertise qui permettra de savoir si une tache est bien une trace de sang, si tel morceau de métal provient bien d’une bombe, si tel poil est humain ou animal. Les échantillons sont ensuite dispatchés dans les différents services adéquats (biologie, chimie, explosifs, toxicologie, balistique, etc…). Les très nombreux indices ainsi analysés sont soigneusement conditionnés et enregistrés afin d’en assurer la traçabilité lors de leur parcours dans les différents services.

4- Traces révélatrices:

Dans un laboratoire de police scientifique, c’est le service de l’analyse des traces qui possède l’éventail d’activité le plus large et le plus diversifié. En effet, tous les indices qui ne peuvent être attribués à un service spécifique lui sont confiés. Ainsi, les spécialistes qui y travaillent examinent des poils, des cheveux, des fibres, du verre, de la peinture, des explosifs, des traces de pneus, des empreintes de chaussures, des restes calcinés, des cosmétiques (rouge à lèvres, mascara, vernis…).

La Trace Evidence Unit du FBI, en plus de sa mission de conservation de toutes sortes d’échantillons, d’analyse et de comparaison d’indices non humains, contribue à identifier des restes humains par l’examen de dents et d’os réduits à l’état de simples traces. Ainsi, de n ombreuses affaires ont été résolues grâce à des poils ou des cheveux transmis de la victime à son agresseur. Car les cheveux, qui restent intacts de nombreuses années après la décomposition du corps, recèlent d’intéressants secrets: ils contiennent de l’ADN, notamment de l’ADN mitochondrial ( celui transmis par la mère); ils conservent la trace de poisons tel que l’arsenic ainsi que de la consommation de drogues, d’alcool ou de nicotine. De simples échantillons permettent de déterminer un type ethnique précis.

5- Deux affaires de meurtres résolues:

• L’affaire Linda Peacock: en 1967, le corps de Linda Peacock, âgée de quinze ans, est retrouvé dans un cimetière de la petite ville de Biggar, en Ecosse, avec des marques sur l’un des seins de la jeune fille. Les marques furent étudiées par un odontologiste (praticien qui étudie les dents et leur
pathologie) judiciaire, le docteur Warren Harvey qui se rendit compte que, l’une des marques semblait avoir été faite par une dent aux contours irréguliers. On prit les empreintes dentaires de 29 détenus dans un centre local et, bingo, celles de l’un d’entre eux correspondaient aux traces
laissées sur le corps de Linda Peacock. Gordon Hay, âgé de 17 ans, était atteint d’une affection rare provoquant des creux dans ses dents. Jugé coupable de meurtre, il fut emprisonné.

• Milton Helpern, médecin légiste new-yorkais, et son assistant, le docteur Umberger, toxicologue, jouèrent un rôle décisif dans la résolution du meurtre de Carmela Coppolino, en 1965. Carl Coppolino, le mari de la victime, anesthésiste, avait injecté à son épouse une substance
paralysante, du chlorure de succinylcholine. Un médecin ami signa le certificat de décès en déclarant que la jeune femme avait succombé à une crise cardiaque, le mari ayant déclaré qu’elle souffrait de douleurs thoraciques. Comme par hasard, trois semaines avant sa mort, Carl
Coppolino avait monté le montant de son assurance-vie à 55 000 dollars. Il croyait le médicament injecté indétectable dans l’organisme, mais le docteur Umberger parvint à l’isoler dans les tissus cérébraux. Grâce à lui, Coppolino fut convaincu d’homicide volontaire et incarcéré douze ans.

6- Le labo du FBI:

Fort de son succès dans la lutte contre la criminalité, du soutien de son gouvernement, grâce également à une forte exposition médiatique consécutive aux films et téléfilms, le Federal Bureau of Investigation, exerce une influence mondiale dans le domaine de la lutte contre la criminalité.

Le FBI est né en 1924 sous le nom de Bureau of Investigation. Son fichier d’empreintes digitales fut créé la même année.

En 1932, un laboratoire technique vit le jour afin de répondre aux besoins des agences locales, fédérales et d’Etat, tout comme aux besoins des polices étrangères.

En 1967, une base de données électronique, le NCIC (National Crime Information Center) devient opérationnelle.

En 1978, le laboratoire du FBI fut un précurseur dans l’utilisation du laser pour détecter les empreintes digitales latentes sur les scènes de crime. En 1991, le Computer Analysis and Response Team fut créé dans le but d’analyser des ordinateurs à des fins d’investigation. L’année suivante, fut créé une base de données de marques de balles et de douilles.

1996: création du Hazardous Material Unit : réponse de lutte contre le terrorisme de la police de Los Angeles, le HMU est spécialisé dans les armes de destruction massive et l’identification de matériels ou agents inconnus. Ses membres reçoivent une formation spéciale leur permettant d’identifier des pathogènes potentiellement biologiques, des armes chimiques et des matières radiologiques.

Depuis 1997, le National DNA Ind System gère la mise en commun des profils génétiques par les
laboratoires de police scientifique. Parallèlement, le FBI possède une unité spéciale, le Evidence
Response Team, chargée d’intervenir sur les scènes d’infraction afin de recueillir des indices et de les transmettre au labo. Les 56 bureaux du FBI disposent chacun d’une ERT (Evidence Response Team) de 8 à 50 membres. En plus des affaires intérieures, ces bureaux enquêtent sur des crimes internationaux, notamment en Afrique de l’est sur des attentats commis contre des ambassades américaines.

J. Edgar Hoover (1895-1972)

Hoover dirigea le FBI pendant 48 ans, de 1924 à sa mort. Très intéressé par la police scientifique, il créa, en 1932, le laboratoire, alors que le FBI était engagé dans la lutte contre le crime organisé. Il envoya ses agents dans tout le pays afin d’y suivre les enseignements des meilleurs experts en criminalistique de l’époque. Né à Washington, il obtint son diplôme en droit en 1917 tout en étant vacataire à la bibliothèque du Congrès. Exempté de service pendant la Première Guerre mondiale, son oncle le fait entrer au département de la Justice et devient l’un des assistants de l’attorney général (ministre de la Justice des USA).
En 1919, il est nommé directeur de la toute nouvelle General Intelligence
Division du département de la Justice. Mettant à profit son expérience de bibliothécaire, il crée un
gigantesque fichier de gens appartenant à des groupes radicaux. Nommé directeur du FBI en 1924 avec 650 employés sous ses ordres, il entreprend de professionnaliser les activités de renseignement et de maintien de l’ordre aux USA.

 

Les petit + de collectif polar :

Pour poursuivre votre expérience voici un ouvrage sur le père des labos criminels.

Edmond Locard, le Sherlock Holmes français  de Michel Mazévet.  Paru le 25 avril 2006 aux éditions Traboules. 19€50 ;   19€50 ;  (170 p.) ; illustrations en noir et blanc ; 21 x 15 cm.

Découvrir Edmond Locard c’est se replonger aux débuts de la police scientifique moderne. Bien avant l’utilisation de l’ADN, cet homme génial, médecin légiste et homme de culture, a doté la ville de Lyon du premier laboratoire français de police technique, capable de résoudre les crimes les plus abominables. Au travers de la vie de cet infatigable chercheur, le lecteur va découvrir l’avancée des travaux sur le crime et le criminel depuis le XIXème siècle avec Cesare Lombroso et Alexandre Lacassagne jusqu’aux empreintes génétiques utilisées pour la première fois en 1986 par le britannique Alec Jeffreys.

Avis d’Expert : Dossier n° 10 : les empreintes digitales


Dossier n° 10 : les empreintes digitales

1)Un peu d’histoire:

Avant le 19e siècle:

C’est sur un site archéologique au nord-ouest de la Chine, remontant à 6000 ans, que l’on a découvert les premières empreintes digitales, des impressions de crêtes papillaires (qui a des papilles, saillies coniques formées près de la surface de la peau), sans pour autant que l’on sache si elles on été laissées intentionnellement ou accidentellement. On a également découvert sur des poteries babyloniennes remontant à 5000 ans des traces digitales servant probablement de signature.

Pour autant, le premier exemple répertorié de l’utilisation des empreintes comme moyen d’identification remonte à la dynastie chinoise Qin, entre 221 et 206 avant notre ère. Les documents retrouvés étaient scellés avec de l’argile dans laquelle était imprimée l’empreinte et le nom de l’auteur. Mais c’est à partir de 105 après J.C., après l’invention et l(utilisation du papier par les Chinois, que la signature digitale devient plus courante.

Pourtant, les Chinois ne sont pas les seuls à recourir à ce procédé d’identification. En effet, au Japon, en 702 de notre ère, une loi domestique stipule que « Dans le cas d’un mari qui ne sait pas écrire, laissez le employer un autre homme pour écrire le document à sa place, et après son nom de mari il signera avec son propre index. » Ainsi, dans les siècles passés, l’apposition de l’empreinte digitale servait principalement à officialiser des documents de la vie quotidienne.

19e siècle:

Mais ce n’est qu’au cours du 19e siècle que d’autres propriétés vont être découvertes. En 1823, le physiologiste tchèque Jan Evangelista Purkinje publie une thèse intitulée Physiological Examination of the Visual Organ and of the Cutaneous System, dans laquelle il classe les dessins d’empreintes en neuf groupes.

William James Herschel,

officier anglais des Indes Britanniques né en 1833 à Slough et mort en 1917, petit-fils de William Herschel et fils de John Herschel, tous deux astronomes, est connu comme étant le premier à avoir utilisé les empreintes digitales à des fins d’identification. Officier au Bengale au service de l’état civil, William Herschel étudia ses propres empreintes ainsi que celles d’autres personnes. Il se rendit compte ainsi que les traces laissées par les doigts et les mains étaient propres à chaque individu. Il décida donc, vers 1850, de les utiliser dans son travail, notamment contre les fraudes et en guise de signature sur des contrats. En 1858, il perfectionne son système en relevant l’empreinte palmaire dans sa totalité. Rajyadhar Konai, homme d’affaires local, est ainsi une des premières personnes à s’être identifiée grâce à ce procédé. En 1877, William Herschel adresse à l’inspecteur général des prisons du Bengale une lettre dans laquelle il suggère que le système de l’identification par les empreintes digitales soit étendu à
d’autres zones sous l’influence des britanniques.

Henry Faulds,

médecin et missionnaire écossais né en 1843 et mort en 1930, nommé par l’Eglise presbytérienne pour établir une mission médicale au Japon, quitte l’Angleterre avec sa jeune épouse en 1873. Quelques années plus tard, alors qu’il accompagne un ami archéologue Edward S. Morse sur le lieu de ses fouilles, il remarque des empreintes digitales sur des poteries. En examinant ses propres doigts et ceux de son entourage, il déduit que les « dessins » sont propres à chaque individu. Dans l’intention de promouvoir le système d’identification des individus par leurs empreintes digitales, Faulds adresse une lettre à Charles Darwin qui, âgé et malade, la transmets à son cousin Francis Galton, anthropologue, explorateur, géographe, psychométricien et statisticien, père de l’Eugénisme et de la psychologie comparée. Francis Galton transmit la missive à la Société Anthropologique de Londres qui ne la prit pas au sérieux. Ce n’est qu’en 1880, suite à la publications dans la revue Nature d’un article de Faulds dans lequel il démontre l’intérêt d’utiliser l’encre d’imprimerie pour enregistrer les empreintes digitales dans le but de confondre les criminels, que Galton s’y intéressa réellement. 

Francis Galton

reprend donc les recherches de Faulds pour son propre compte et, après avoir donné une conférence à la royal Society sur la méthode Bertillon et l’étude des dermatoglyphes (nom savant des empreintes digitales), il publie, en 1892, un ouvrage intitulé Finger Prints, dans lequel il établit l’unicité des dessins digitaux (propres à chaque doigt, donc à chaque individu) et leur permanence (les empreintes ne changent pas au cours d’une vie). C’est grâce à ses travaux que les empreintes digitales seront utilisées officiellement comme moyen d’identification.

Juan Vucetich

Après avoir étudié les écrits de Galton, l’argentin Juan Vucetich, fonctionnaire de police, crée, en 1891, le premier fichier d’empreintes. L’année suivante, il sera le premier, dans l’histoire de la police moderne, à identifier l’auteur d’une infanticide, Francisca Rojas, grâce à ses empreintes.

Edward Henry

Deux ans plus tard, en 1893, sir Edward Henry, inspecteur britannique affecté au Bengale, met au point un système d’identification similaire à celui de Vucetich, consistant à définir des familles de dessins papillaires: boucles, arches, tourbillons,système toujours utilisé dans les pays anglophones. De retour en Angleterre, Henry fait adopter son système par Scotland Yard en 1897. En 1901, il crée à son tour un fichier d’empreintes, qui vient compléter le « bertillonnage ».

Bertillon,

employé à la Préfecture de police de Paris, est, dans un premier temps, réfractaire à ce système qui concurrence directement sa propre invention, l’anthropométrie. Mais rapidement, il comprend l’importance de ce procédé d’identification. En 1896, il décide de relever les empreintes digitales de la main droite de tous les condamnés tout en conservant sa méthode de classement anthropométrique. En 1902, parvenant à confondre le criminel Henri Léon Scheffer à partir de ses empreintes relevées sur les lieux, il officialise l’utilisation de ce procédé en créant un fichier systématique.

2) Une empreinte unique:

Les dermatoglyphes, ou empreintes digitales, sont les traces que nous laissons derrière nous chaque fois que nous touchons un objet. Les motifs dessinés par les crêtes et les plis de la peau sont différents pour chacun d’entre nous. Du pouce à l’auriculaire, les motifs ne sont pas non plus les mêmes, raison pour laquelle un bon relevé doit comporter les dix doigts. Les vrais jumeaux ont des empreintes différentes, même si à première vue elles sont semblables. Seule une recherche détaillée pourra en distinguer les nuances.

On estime que les empreintes digitales commencent à se former in utero entre la 10e et la 16e semaine de vie du fœtus, par un plissement des couches cellulaires. Les circonvolutions des crêtes leur donnant leur dessin caractéristique dépendent de nombreux facteurs : la vitesse de croissance des doigts, l’alimentation du fœtus, sa pression sanguine entre autres. Les tracés digitaux sont constitués de crêtes séparées par des vallées appelées « sillons ».

Notre peau est couverte d’une pellicule un peu graisseuse, et les crêtes dessinées sur nos doigts sont parsemées de petits trous appelés pores par lesquels s’écoule la sueur qui forme de petits dépôts de sel. Comme nous ne nous lavons pas les mains en permanence, ces dépôts se trouvent mélangés à toutes sortes de produits ou particules (saleté, graisses diverses, peaux mortes), formant une sorte de « pâte » que nous laissons en infime couche sur les objets que nous touchons.

Il existe deux sortes d’empreintes digitales: l’empreinte directe, qui laisse une marque bien visible, et l’empreinte latente, saleté, sueur ou tout autre résidu déposé sur un objet ou sur une surface. Ces empreintes sont divisées en trois catégories principales: l’arche, le tourbillon et la boucle, elles-mêmes subdivisées par un très grand nombre d’éléments, entre autres les fourches, les îlots, les espaces, donnant un caractère unique aux empreintes latentes.

 

3) Révélations:

Afin de faire apparaître les empreintes invisibles à l’œil nu, les laboratoires disposent de tout un arsenal de révélation chimique reposant sur le même principe: le produit révélateur s’accroche sur les composants de la trace.

     • Des empreintes lumineuses: pour les surfaces poreuses (papier, carton, kraft), la pièce est d’abord plongée dans une solution chimique appelée DFO ( déféroxamine), puis elle est placée dans une étuve pour le séchage. A ce stade, on ne voit rien. En effet, il faut éclairer l’empreinte avec une lumière spéciale et porter des lunettes adaptées: la trace apparaît alors comme « illuminée » !
     • Des empreintes bien trempées: la ninhydrine permet également de révéler des empreintes laissées sur du papier ou du carton. Contrairement à la DFO, la ninhydrine réagit avec les acides aminés ( molécules indispensables à la vie) contenus dans l’empreinte. Mais le principe reste le même: on trempe, on sèche et on regarde. Bien que la réaction soit plus longue, de quelques heures à des semaines en fonction de l’ancienneté de la trace, la qualité de l’empreinte qui apparaît est bien meilleure.
     • Des empreintes collées: sur des surfaces complexes comme un vélo, on utilise la technique appelée « fumigation » ou « cyano-acrylate » qui consiste à faire chauffer de la Superglue jusqu’à ce qu’elle se vaporise pour se déposer sur les composantes de l’empreinte. Une belle trace blanche apparaît alors. Dans le cas d’une surface blanche, on applique un colorant. Cette technique très
pratique doit être utilisée avec beaucoup de précautions car les vapeurs de Superglue sont hautement toxiques.
     • Des empreintes de latex: nombreux sont les criminels abandonnant sur une scène de crime leurs gants en latex pensant ne courir aucun risque. Et ils ont tort!! Car bien que le latex soit un matériau ni lisse, ni poreux, il est quand même possible de révéler les empreintes qui s’y trouvent grâce au RTX (tétroxyde de ruthénium) que l’on vaporise dans une enceinte hermétiquement close et sous une hotte, ses vapeurs étant très toxiques.
     • Des empreintes dorées à l’or fin: afin de révéler les empreintes les plus ténues, on fixe la pièce dans un gros caisson métallique où le vide est créé dès sa fermeture. Un vide si poussé que les métaux (or et zinc) placés à l’intérieur dans de petites coupelles vont se transformer en gaz qui se déposera dans les sillons des empreintes, les rendant visibles. Cette technique fonctionne sur n’importe quel support à condition qu’il ne soit pas trop volumineux ni trop plein de vide, comme le polystyrène expansé.

4) Comment lire une empreinte:

Contrairement à ce que l’on voit dans les films ou séries télé, il ne suffit pas de superposer deux empreintes pour en identifier le propriétaire. Car, en réalité, les deux traces ne coïncident jamais totalement. D’un côté, on a la trace relevée sur la scène, souvent partielle ou empâtée; de l’autre, on a l’empreinte de référence qui a été prise soigneusement avec la quantité d’encre voulue et en faisant idéalement rouler tout le bout du doigt, associée à un nom et stockée dans un fichier. Le délicat travail de l’identification consiste à trouver les points communs existant entre les deux empreintes.

Grossie fortement, une empreinte présente un certain nombre de détails appelés « minuties », par exemple des bifurcation, arrêts de ligne, crochets, ponts, impasses, lacs, etc…Le travail des examinateurs, véritable travail de fourmi, demande beaucoup de concentration et de minutie !!

Heureusement, le recours à l’informatique est un vrai plus. On passe l’image de l’empreinte dans un logiciel spécial qui la fera ressortir constellée de petits symboles colorés indiquant l’emplacement et la direction des minuties. Mais l’œil humain reste nécessaire: en effet, si l’empreinte est balafrée par une cicatrice, l’ordinateur prendra sa bifurcation avec les crêtes pour arrêts de ligne. Il faut donc lui indiquer que ce n’est pas le cas. Ensuite, l’ordinateur établit les comparaisons entre la myriade de points colorés de l’empreinte suspecte et ceux de l’empreinte de référence, classée dans FAED (fichier automatisé des empreintes digitales répertoriant les empreintes de plus de deux millions de personnes, toutes mises en cause dans une affaire criminelle mais pas forcément coupables). L’ordinateur restitue une liste des fiches
qui pourraient correspondre. A charge pour un opérateur d’effectuer une comparaison manuelle afin de valider celles qui concordent. Pour plus de sécurité, un second opérateur devra confirmer cette identification. En France, un minimum de douze points de concordance est requis pour affirmer qu’ils ‘agit de la même personne.

5) Attention aux erreurs :

Toutefois, il faut faire preuve de prudence avant de déterminer qu’une empreinte appartient à unepersonne précise, comme l’atteste le cas suivant. L’Américain Brandon Mayfield fut accusé, en mars 2004, d’avoir participé aux attentats qui ensanglantèrent la capitale espagnole, après qu’on ait retrouvé sur les lieux un sachet d’explosifs avec ses empreintes dessus. Plus exactement, la police américaine avait identifié les dites empreintes comme étant les siennes, alors que dans le même temps les autorités espagnoles attribuaient les empreintes en question à un autre individu. Ces deux hommes avaient-ils les mêmes empreintes? Certes non ! L’erreur provenait simplement d’une mauvaise interprétation…

Il peut arriver que la qualité de la trace soit mauvaise, par exemple parce que son propriétaire avait les doigts gras; dans ce cas, les crêtes sont épaissies et un arrêt de ligne peut se transformer en bifurcation. Un examen plus attentif aurait permis de ne pas en tenir compte. Toutefois, cette possibilité induit le risque que les experts négligent trop de points afin de faire correspondre l’empreinte X avec celle de monsieur Z, surtout si la pression pour l’identification d’un suspect se révèle particulièrement forte!

 Cependant, la très faible marge d’erreur, à peine une vingtaine de cas recensés, n’induit pas qu’il faille renoncer à cette technique très pratique et somme toute très fiable, mais que l’on doit poursuivre les recherches afin de la rendre encore plus fiable…

 

Avis d’expert : dossier n°7, mort suspecte.


L’avis de Cathie notre Expert

 dossier n°7: mort suspecte.

Un cadavre vient d’être découvert: Qui est-ce? Comment cette personne est morte? Pour répondre à ces questions, les enquêteurs ont souvent besoin d’un médecin légiste, spécialiste qui travaille au service de la justice et intervient dans les cas de mort suspecte.

Images intégrées 1

1 Constater :

  • Température: en bonne santé, le corps humain maintient une température d’environ 37°. Après la mort, il perd en moyenne 1° par heure et atteint la température de son environnement à peu près en 24 h. Ainsi, pour évaluer la mort du décès, le médecin légiste mesure la température au niveau du rectum, parfois du foie, à l’aide d’une sonde. Il prend en compte la température ambiante, la corpulence et les vêtements de la victime, une possible hypothermie ( chute interne de la température corporelle) due à une noyade, par exemple. C’est grâce à toutes ces informations qu’il peut donner une estimation de l’heure du décès.
  • Opacification: la cornée est la couche supérieure de l’œil, normalement transparente. Chez un cadavre, à cause de la déshydratation, elle devient peu à peu trouble : c’est l’opacification de la cornée qui permet au médecin légiste d’avoir un premier indice quant au moment de la mort. Lorsque les yeux sont restés ouverts, ce phénomène intervient à peu près au bout de 45 minutes, et plus de 24 heures si les yeux sont fermés.
  • Rigidité: certaines réactions chimiques ne se faisant plus dans les muscles après la mort, ils perdent de leur élasticité. Ceux des paupières et de la mâchoire sont les premiers à se figer en une à trois heures, puis ce sont du tronc et des membres, pour atteindre un maximum 12 environ après le décès. Après 2 ou 3 jours, cette rigidité s’estompe. Mais comme ce phénomène n’est pas mesurable car il varie beaucoup selon les individus et/ou les conditions extérieures, elle constitue un indice peu fiable.
  • Lividité: en raison de la pesanteur, le sang s’accumule vers les points les plus bas du corps qui ne sont pas compressés pour former des taches d’un rouge violacé: ce sont les lividités cadavériques. Elles apparaissent quelques heures après le décès mais disparaître ou changer d’emplacement si le corps est déplacé. Au bout de 8 à 12 heures, elles deviennent fixes et définitives. Certaines colorations de la peau, rouge cerise par exemple, évoquent une intoxication au monoxyde de carbone ou un empoisonnement au cyanure.

2 Observer:

L’autopsie a lieu le plus rapidement possible avant que le corps ne se dégrade. La première étape est l’observation au cours de laquelle le médecin légiste cherche à récolter un maximum d’informations; il doit procéder assez rapidement car certains indices peuvent disparaître avec le temps ou au cours de la dissection. Souvent, il procède à un examen complet du corps aux rayons X avant l’autopsie dans le but de visualiser d’éventuelles fractures osseuses, des projectiles pour connaître leur trajectoire, ou des indices tels que la dentition, le port d’une prothèse permettant d’identifier plus facilement le cadavre.

L’autopsie peut maintenant commencer: le médecin est assisté d’un technicien appelé « agent de chambre mortuaire ». Le corps est dévêtu, lavé puis allongé sur une table sous un éclairage puissant. Si l’identité de la personne est inconnue, tous les détails particuliers sont relevés: tatouages, cicatrices…Les blessures sont photographiées et décrites. Elles peuvent de différente nature:

  • Traces de liens: si la victime a été attachée ou étranglée, des traces de corde ou de câble sont visibles. Avec un cordon plus souple, les marques sont plus discrètes et apparaîtront plus facilement au cours de la dissection dans les couches profondes de la peau. Selon l’état de la peau, le légiste peut déterminer si les liens ont été posés avant ou après la mort.
  • Hématome: lors d’un choc sur la peau, des micro-vaisseaux sanguins éclatent : le sang s’échappe et crée un hématome dont la forme renseigne sur l’objet qui en est à l’origine: poing, matraque…Sa couleur évolue dans le temps même après le décès, mais cette évolution est tellement variable d’une personne à l’autre qu’elle ne constitue pas d’indice fiable.
  • Impacts de cartouches de fusil: ils sont très reconnaissables car un fusil de chasse, contrairement aux autres armes, tire une volée de plombs. Selon la distance, les blessures infliges par des plombs ne sont pas les mêmes: grosses et uniques pour un tir à bout portant, ou petites et multiples si le tireur se trouvait à plusieurs mètres de la victime, ce qui permet de faire la différence entre un accident de chasse et un tir volontaire.
  • Impacts de balles: les détails d’une blessure par balle sont une mine d’informations: s’agit-il d’un trou d’entrée ou de sortie? Le tir a-t-il été réalisé à bout touchant (arme contre la peau), à bout portant ( arme à quelques centimètres) ou de plus loin?La victime était-elle déjà morte lorsqu’elle a reçu cette balle? Des indices qui peuvent permettre d’identifier un homicide camouflé en suicide.
  • Coup de couteau: la taille d’une plaie par arme blanche et sa profondeur informent sur le type de couteau utilisé ( à double ou simple tranchant), sur la longueur de la lame, etc…L’angle et la trajectoire dans le corps peuvent éventuellement renseigner sur la corpulence de l’agresseur et s’il est gaucher ou droitier.
  • Marques de lutte: si des contusions ou des plaies sont visibles au niveau des mains ou des avant-bras de la victime, cela suggère qu’elle s’est défendue. Il peut également arriver que l’on retrouve des résidus de peau sous les ongles de la victime, résidus qui seront soumis à une analyse ADN.

3 Disséquer:

Après avoir pratiqué une grande ouverture dans le thorax ( souvent en forme de Y), le légiste prélève chaque organe le plus délicatement possible afin de ne pas les abîmer,  dans le but de les étudier minutieusement, car aucun indice ne doit être oublié ! Il commence par observer leur aspect extérieur au cas où ils présenteraient des blessures. Ils sont ensuite pesés et disséqués les uns après les autres: leur contenu est étudié, on constate d’éventuelles lésions internes, puis des échantillons sont prélevés afin de les envoyer au labo qui procédera à des examens complémentaires. Tout est absolument soigneusement noté!

L’équipement: la même tenue que celle utilisée par un chirurgien, à laquelle on ajoute un masque, un bonnet et des gants chirurgicaux; le légiste et son aide doivent être protégés de tout risque de contamination au cas où le cadavre serait porteur d’une maladie contagieuse. En effet, même décédée, une personne peut receler des bactéries ou des virus encore actifs. Parfois, un ou plusieurs membres de la police peuvent assister à une telle autopsie, mais seulement en observateurs.

Les outils:

  • Un scalpel: permet d’inciser la peau et de disséquer les organes et les tissus mous.
  • Un costotome ( ou pince à os): sert à couper les côtes afin de faciliter l’ouverture du thorax.
  • Une scie à main et une scie circulaire: utilisées pour découper les os de gros diamètre ( par exemple le fémur) et pour ouvrir la boîte crânienne.
  • Un couteau: sert à découper les organes en tranches fines, comme le cerveau ou les poumons, afin de les étudier au microscope.

En détails:

  • Cœur et poumons: le cœur est scruté minutieusement: la personne souffrait-elle d’une maladie particulière qui pourrait expliquer sa mort soudaine? Les poumons peuvent également fournir des renseignements importants dans le cas où on suspecte une intoxication respiratoire accidentelle ou, au contraire, un étouffement provoqué par une tierce personne. Et en cas de noyades, ils renferment des indices quant à l’endroit où cela s’est produit ( micro-organismes, vase).
  • Organes digestifs: l’œsophage, l’estomac, le foie et les intestins sont examinés de près afin de détecter des signes de maladie éventuelle. Leur contenu peut renseigner sur le dernier repas de la victime afin de retracer son emploi du temps les dernières heures qui ont précédé sa mort. Des prélèvements sont effectués afin de procéder à des analyses complémentaires.
  • La boîte crânienne: le légiste dégage la peau du visage et du cuir chevelu, puis il découpe l’os crânien à l’aide d’une scie électrique afin d’accéder au cerveau qui sera pesé puis découpé en tranches afin de visualiser d’éventuelles traces d’hémorragie ou de caillot sanguin, ce qui signifierait que la personne a reçu des coups violents, peut-être à l’origine du décès.

4 Analyser et conclure:

Une fois l’autopsie terminée, l’ assistant du médecin remet en place tous les organes puis referme le corps en essayant de laisser le moins de traces possible.

Ensuite, une tape très importante: la rédaction du rapport d’autopsie. Tout y est consigné: les observations du médecin légiste et les conclusions qu’il peut en tirer concernant les causes du décès. Il lui est parfois beaucoup plus difficile de se prononcer sur les circonstances: accident, suicide ou meurtre. Y sont également consignées les résultats des analyses auxquelles le labo a procédé: génétiques, sanguines, recherches de poison.

Le rapport doit être écrit dans un langage clair et compréhensible par des personnes qui ne sont pas médecins. D’autant qu’il peur servir de preuve lors d’un procès. Dans 10 % des cas autopsiés, les circonstances de la mort demeurent indéterminées, laissant planer le doute sur un éventuel homicide. C’est alors aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations…

Avis d’expert : Dossier n° 5 : L’ADN


Avis d'expert

Dossier n° 5: L’ADN

La chronique de Cathie

  1. L’ADN préféré des experts:

L’ADN préféré des policiers est celui qui est niché au cœur de nos cellules réparti dans 23 paires de chromosomes et que l’on appelle ADN nucléaire. Dans chaque paire, deux chromosomes quasi identiques: l’un hérité du père ( via le spermatozoïde), et l’autre de la mère ( par son ovule).

adnL’ADN s’y présente en une double hélice formée de deux longs brins en vis-à-vis. Si l’on détorsade la double hélice, elle prend la forme d’une échelle dont les barreaux résultent de l’association deux à deux de motifs chimiques: les bases azotées A,T,G et C, les quatre lettres du code génétique. A ne peut se trouver qu’en face de T, et G à C. Cela permet aux cellules ( ou aux machine s des chercheurs) de faire des copies de l’ADN: il suffit de séparer les deux brins puis de suivre la règle pour reconstruire en face le brin complémentaire.

Sur moins de 10% de la longueur totale de notre ADN, les lettres forment des « phrases » que la cellule peut comprendre. Ce sont des gènes : des recettes pour fabriquer les molécules les plus indispensables du vivant, les protéines. Certaines permettent aux réactions chimiques vitales de se produire, d’autres participent au transport du dioxygène, à la fabrication des pigments, etc…Nous avons tous les mêmes gènes aux mêmes endroits, mais parfois dans des versions un peu différentes, raison pour laquelle nous ne sommes pas tous identiques.

En plus de cet ADN nucléaire, nos cellules hébergent, dans des structures biologiques indispensables à leur fonctionnement appelées mitochondries, de courts ADN mitochondriaux (ADNmt). Ils nous viennent de notre mère, car les mitochondries sont livrées avec l’ovule, et ne font ensuite que se multiplier à l’identique. Tous les individus d’une même lignée maternelle partagent donc le même ADNmt.

2. L’analyse idéale: de la trace à l’identification.

  • adn0Un téléphone portable a été découvert sur une scène de crime. L’officier de police chargé de l’enquête signe une demande d’analyse des traces par l’Institut National de Police Scientifique.
  • L’Institut vérifie que la demande est en règle et lui attribue un code-barres. Ensuite, un technicien frotte de grands cotons-tiges imbibés de liquide stérile sur le clavier, la batterie, la carte sim, etc…, puis il les place dans des tubes marqués du code-barre correspondant.
  • La suite de l’opération consiste à établir le profil génétique unique de celui qui aurait laissé son ADN sur l’objet. Dans les premières machines, l’ADN est sorti de ses cellules et ses parties utiles sont photocopiées en milliards d’exemplaires afin qu’une autre machine, l’analyseur, ait assez de « matière » pour lire ces morceaux d’ADN qui définissent le profil génétique.
  • Si plusieurs personnes ont laissé leur ADN sur le téléphone, leurs profils s’entremêlent. A l’expert de décider s’il est possible de repérer les portions d’ADN venues d’un donneur principal. Si oui, il enverra son profil au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Si le résultat est positif, le logiciel le détecte et donne l’identité du propriétaire.

3. Comment dresse-t-on un profil génétique:

  • Pour ce type d’analyse, les segments intéressants, copiés en grand nombre, se trouvent dans l’ADN non codant, celui qui ne porte pas de gène. Ces marqueurs sont des STR : des séquences de quatre lettres, les mêmes chez tout le monde, mais répétées les unes derrière les autres un nombre de fois variable d’un individu à un autre. Et, en général, sur les deux chromosomes d’une paire.

  • adn1Sur la paire de chromosomes 11, on trouve le STR THO1, dont la séquence est  » ATCT ». Il peut être répété, par exemple, 5 fois sur le chromosome d’origine maternelle et seulement trois fois sur celui d’origine paternelle. L’analyseur reconnaît tous les fragments THO1 ayant été copiés, et, d’après leur masse, il détermine combien de répétitions les composent. Dans le même temps, il réalise cette recherche pour 14, voire 16 autres marqueurs présents sur les autres paires de chromosomes.

  • Le résultat de l’analyse est une série de pics, deux par marqueurs, sauf si le nombre de répétitions est identique. Sous les pics, le logiciel indique le nombre de répétitions. S’il y a plus de deux pics, c’est que l’échantillon contient l’ADN de plusieurs personnes.

4. Comment dresse-t-on un portrait-robot génétique.

  • Cette fois, on s’intéresse aux gènes qui interviennent dans la couleur des cheveux et des yeux. On ne copie pas les gènes entiers avec leurs centaines de milliers de lettres, mais juste les courts segments où l’on sait que l’une des lettres varie d’une personne à l’autre. Car ce sont ces lettres différentes ( appelées SNP) qui font que tout le monde n’a pas la même couleur d’yeux ou de cheveux.
  • Prenons le gène HERC2 impliqué dans la couleur des yeux, sur le chromosome 15. Sur la position « Rs1291383 », on trouve soit la base azotée C, soit la base T. Un T sur chacun des deux chromosomes 15 prédit avec une forte probabilité des yeux bleus. En revanche, deux C ou un couple C/T font pencher la balance vers le marron. En une analyse identique, la machine identifie quelles lettres se trouvent sur ce SNP, ainsi que sur 5 autres contribuant fortement à la couleur des yeux et sur 18 comptant pour la couleur des cheveux.adn2
  • A partir de l’analyse de ces 24 positions, le logiciel définit quelles couleurs peuvent afficher les cheveux C et les yeux D du propriétaire de l’ADN. Une autre analyse menée sur 46 autres SNP permet de préciser son origine biogéographique. Une 3e, sur 23 autres marqueurs, prévoit la couleur de sa peau, sa prédisposition à la calvitie et aux taches de rousseur. => Contrairement au profil génétique qui sert à identifier formellement une personne et peut servir d’élément de preuve scientifique au cours d’un procès, le portrait-robot génétique n’est qu’un outil pour orienter une enquête, car il n’indique que des probabilités.

5. D’où s’échappe l’ADN?

  • Les fluides: le plus riche en ADN est le sperme, ce qui n’a rien d’étonnant puisque sa vocation est justement de véhiculer de l’ADN via les spermatozoïdes. Mais également le sang dont toutes les cellules, à l’exception des globules rouges qui n’ont pas de noyau, contiennent de l’ADN nucléaire. On en trouve également dans la salive, les larmes, l’urine, la sueur et les sécrétions vaginales car ces liquides renferment, en plus ou moins grande quantité, des cellules mortes qui se sont détachées de la surface des organes ou des muqueuses.adn3
  • Les cheveux: le mieux est le cheveu arraché avec son bulbe, la partie fichée dans la peau, car c’est dans le bulbe que se trouvent les chromosomes, donc l’ADN nucléaire. A défaut, les experts peuvent utiliser des cheveux sans racine car la tige contient l’ADNmt, moins précis car son frère, sa mère ou encore sa grand-mère maternelle ont le même. Certains ADNmt sont même partagés par 2% de la population française. Et aucun fichier national ADNmt n’existe en France.
  • La peau: Laissées sous les ongles d’une victime qui s’est débattue, les cellules de l’épiderme peuvent trahir le criminel puisqu’elles renferment son ADN. Même chose pour les peaux mortes, telles que les pellicules. En fait, la peau est une vraie plaie pour le délinquant qui veut rester anonyme car un simple contact avec un objet suffit à y déposer de l’ADN. C’est ce qu’on appelle une trace par transfert.

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Avis d’Expert : Dossier n°4 : Expertisons les Experts


Dossier n°4: Expertisons les Experts:

La chronique de Cathie

Aucun indice ne résiste aux enquêteurs de la série « Les experts à Manhattan », aucun criminel ne leur échappe, les flics scientifiques de la série sont trop forts…Mais leurs enquêtes sont-elles réalistes ou complètement fantaisistes?? Menons l’enquête…en cinq questions !!

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1.On ne se rend pas sur une scène de crime en jean et en baskets.

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Certes, c’est plus glamour, pour un acteur, d’apparaître à visage découvert et habillé de vêtements qui mettent la silhouette en valeur. La seule concession de la plupart des séries policières au réalisme est une paire de gants en caoutchouc…Comme si seules les mains pouvaient contaminer une scène de crime. Et nos 150 000 cheveux, nos 50 poils au cm2 sur le visage et 10 poils au cm2 sur le reste du corps, alors !! Sans parler de nos millions de cellules de peau morte, de nos gouttes de salive et de sueur, des bouloches de nos pulls, des pollens et des poils de chat sur nos fringues, des particules de toutes sortes que nous transportons sous nos semelles !!

Je conviens aisément que la combinaison jetable à capuche, le masque chirurgical, les protège-chaussures et les gants en latex  portés en double ne sont pas vraiment sexy mais ils évitent très efficacement de contaminer n’importe quelle scène de crime ou d’infraction. Déjà que trouver les traces laissées par le criminel n’est pas chose aisée, alors inutile d’en rajouter !!

2.En général, ce ne sont pas les mêmes personnes qui relèvent les indices et qui les analysent.

Stella Bonasera sait tout faire: lire une scène de crime, détecter l’indice qui trahira le criminel puis l’analyser elle-même dès son retour au labo. Malheureusement, il n’en est pas de même dans la « vraie vie » ! Que se passe-t-il, en France, en cas de cambriolage, de violence sur un tiers, voire de meurtre ?

On appelle les gendarmes ( à la campagne ou dans les petites villes) ou la police ( dans les agglomérations plus importantes). Le premier arrivé sur les lieux procède à des opérations techniques de base, comme le relevé d’empreintes. C’est à lui de décider si la gravité des faits exige l’intervention de spécialistes. Appelé TIC, technicien en investigation criminelle, dans la gendarmerie, ou GSI, gestionnaire de scène d’infraction, dans la police, il aussi bien capable de relever des empreintes que des douilles, des insectes nécrophages ou des téléphones mobiles.

Toutefois, ces indices ne seront pas analysés par la même personne, soit par manque de temps ( une fois de retour au bureau, le technicien doit rédiger son rapport et confie donc ses prélèvements à un collègue); soit par nécessité de recourir à des spécialistes très pointus, par exemple pour établir un profil ADN ou pour déterminer la composition d’un explosif. Dans ce cas, on peut faire appel à l’un des cinq laboratoires de l’Institut National de police scientifique dont le personnel ne se déplace que pour les affaires les plus graves.

3.La police scientifique ne traite pas que des meurtres.

Sur l’ensemble des analyses d’ADN menées à l’Institut national de police scientifique, seules 20 % concerne les crimes les plus graves : homicides, viols et braquages. En réalité, les interventions de la police scientifique concernent surtout des vols et des cambriolages, bien que celle-ci soit présente dans le quotidien: une bagarre dans un bar avec chaise brisée sur la tête d’un client ivre…Un spécialiste des traces technologiques épluchera la caméra de vidéosurveillance tandis qu’un autre procédera à l’analyse des empreintes relevées sur la chaise.

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La PTS ( police technique et scientifique) intervient également dans les affaires de trafic de drogue, en premier lieu afin d’identifier les produits saisis. C’est elle aussi qui identifiera un explosif, déterminera si un incendie est d’origine criminelle, précisera les circonstances d’un accident de la route lorsqu’il y a eu délit de fuite. L’analyse des traces de doigt retrouvées sur des documents frauduleux indiqueront qui avait l’habitude de les manipuler. Lors du procès, ces informations permettront au jury de doser les peines en reconnaissant d’éventuelles circonstances aggravantes.

4. Les membres de la police scientifique n’assistent pas aux interrogatoires.

Pour la simple raison qu’ils ne sont pas enquêteurs. Autrement dit, leur travail ne consiste pas à identifier des coupables mais à répondre aux questions  que se posent, justement, les enquêteurs à propos de tel objet ou telle empreinte relevée au cours d’une enquête. De plus, ne jamais rencontrer les suspects garantit aux techniciens et spécialistes scientifiques que leur capacité d’analyse ne soit pas faussée par leur ressenti face aux personnes impliquées dans une enquête. Ce désir de neutralité explique également pourquoi les membres de la PTS ne côtoient pas ceux qui mènent les enquêtes; en général, ils travaillent dans des lieux séparés.

D’autant que les enquêteurs, qu’ils soient policiers ou gendarmes, ont tout intérêt à rester discrets sur les informations qu’ils possèdent . A la différence des séries télé, où l’expert est au courant des moindres détails de l’enquête, le policier scientifique, dans la réalité, ne découvre souvent une affaire sur laquelle il a travaillé que des années plus tard, en lisant la presse ou en regardant la télé.

5.Un scientifique de la police ne porte ( presque) jamais d’arme.

En effet, ce n’est pas parce qu’on travaille à la police qu’on porte forcément une arme. En fait, seules les personnes amenées à assurer la sécurité de la vie d’autrui le sont, c’est-à-dire les gardiens de la paix, les brigadiers et brigadiers-chefs, les officiers ( lieutenants, capitaines, etc…) et les commissaires. Encore faut-il suivre une formation spécifique, obtenir une habilitation et s’entraîner régulièrement au stand de tir. Tous les techniciens scientifiques n’ont pas obligatoirement suivi cette formation, et encore moins les personnels travaillant dans les labos.

En résumé, on peut distinguer les  » policiers scientifiques » qui sont des policiers formés aux techniques de gestion de scènes de crime, qui peuvent être armés s’ils ont suivi une formation, et les « scientifiques de la police », pour la plupart non armés car recrutés sur leurs compétences en science et qui ne sortent guère de leur laboratoire.

Avis d’Expert : Dossier n° 3 : En quête de traces


Avis d'expert

Dossier n° 3: En quête de traces

La chronique de Cathie

Mon ami Néville et moi le savons maintenant: le crime parfait n’existe pas;  il y a toujours des indices qui traînent sur les lieux d’un crime, quel qu’il soit. Encore faut-il savoir les repérer…Suivons une équipe de vrais experts.

 

1.Sécuriser: 

TR1Après s’être équipés de vêtements protecteurs, nos experts interdisent l’accès à la scène de crime en l’entourant du fameux ruban jaune sur lequel sont inscrits les mots « Police technique et scientifique » si ce sont des policiers ou « Gendarmerie nationale » si ce sont des gendarmes qui opèrent. Dans certains cas, le responsable de l’équipe peut décider d’installer des pare-vues ou de monter une tente gonflable, notamment pour protéger la zone des intempéries.

2.S’équiper:

TR2Dans le but de ne pas polluer la scène de crime et aussi de se protéger d’éventuelles contaminations ( par exemple, en cas de sang infecté), les techniciens revêtent une tenue bien spécifique: une combinaison à usage unique, des protège-chaussures, une coiffe, un masque buccal, des gants et plusieurs paires de surgants.

3.Photographier:

TR3L’étape suivante consiste à figer la scène pour faciliter la suite de l’enquête. Pour ce faire, le technicien photographe photographie le lieu de trois façons: en premier lieu, une vue générale de l’endroit, des abords et des accès possibles; ensuite, il fera une deuxième série de clichés rapprochés deTR4 chaque indice; enfin, il exécutera des vues de détail précisées par une règle millimétrée posée à côté de chaque objet. Plus rapidement la scène doit être rouverte au public ou aux propriétaires ( dans le cas d’un lieu privé), plus la mission du photographe est prioritaire.

4.Baliser:

 Les traces et les indices sont repérés au moyen de cavaliers numérotés ou lettrés. Leur disposition permettra aux enquêteurs de formuler leurs premières hypothèses.

5.Traces papillaires:

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C’est ainsi que les policiers appellent les empreintes digitales. Visibles à l’œil nu sur des surfaces lisses comme le verre, ou bien révélées à l’aide différentes techniques, ces traces constituent un indice précieux pour les enquêteurs. Afin de les mTR6ettre en évidence, le technicien peut utiliser soit des solutions chimiques qui réagissent à la sueur contenue dans les traces, soit une poudre magnétique qui va adhérer aux graisses. Grâce à la « danseuse », petit pinceau aimanté, il récupère le surplus de poudre, faisant ainsi apparaître les contours de l’empreinte. Une fois révélée, la trace est photographiée ou transférée sur une fiche à l’aide d’un adhésif transparent. Chaque que cela est possible, il la relève sans la détruire afin que le labo puisse rechercher l’ADN qu’elle contient, multipliant ainsi les chances d’identifier le coupable.

6.Traces d’ADN:

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Le précieux ADN peut se trouver dans les poils arrachés avec leur bulbe, sous les ongles de la victime si elle a griffé son agresseur, mais également dans les taches d’urine, de sperme ou de salive; sans oublier l’ADN de contact partout où le criminel a touché des surfaces. Souvent invisibles à l’œil nu, ces deux derniers types de traces peuvent néanmoins être révélées grâce au « Crimescope », une puissante « boîte à lumière » éTR8mettant différents rayons lumineux, de l’ultraviolet au jaune. Une fois la trace repérée, le technicien apporte le support au labo ou il réalise un prélèvement à l’aide d’un écouvillon (un grand coton-tige). Sur des surfaces peu lisibles, mates ou rugueuses, par exemple dans le cas d’un
pistolet, il peut tenter sa chance un peu au hasard en frottant un écouvillon humidifié. Il prélève également des échantillons dans la bouche du ou des suspects.

7.Traces de sang:

TR9Même lessivées, les traces de sang peuvent être détectées par nos experts grâce à une solution réalisée avec deux pastilles à base de luminol mélangées à de l’eau distillée.Il suffit de la vaporiser sur la surface suspecte: au contact du fer contenu dans l’hémoglobine des globules rouges, une lumière violette est émise, que le sang soit frais, sec, ancien, lavé à grande eau, passé au détergent, et ce sans aucun dommage pour les traces d’ADN qui restent exploitables car elles ne sont pas contenues dans les globules rouges mais dans les globules blancs.

8.Relever des empreintes:

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Les traces de pas peuvent parfois aider à préciser la taille et le poids d’un suspect; des traces de pneus prouver que tel véhicule se trouvait sur les lieux du crime. Ainsi, le technicien les recherche essentiellement près du corps de la victime et des points d’accès. Si la trace s’est imprimée dans un sol mou, il réalise un moulage en prenant soin de stabiliser les matériaux fragiles comme le sable ou la neige avec un fixatif, parfois de la laque pour cheveux ou de la cire.

TR11Et pour les traces peu visibles, il utilise les mêmes révélateurs que pour les traces papillaires. Dans le cas particulier d’une empreinte en 3D retrouvée dans un tapis ou de la moquette profonde, une image holographique peut être produite par laser puis imprimée sur une pellicule photo.

9. Établir un relevé des lieux:

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logiciel Stitcher

Ensuite, un plan, réalisé à partir de repères fixes comme un pan de mur,  est joint aux photos afin d’informer sur la dimension des lieux, leur disposition, les accès et leur sens d’ouverture. Ce plan peut servir de base à la réalisation d’une maquette ou d’un panorama virtuel avec le logiciel Stitcher utilisé par la police. Quant aux gendarmes, ils disposent d’un laser qui numérise la scène en 3D dans laquelle on peut naviguer à volonté.

10. Où s’arrêter:

Pas question de badigeonner tout un appartement de poudre magnétique ou de Bluestar ( solution qui fait apparaître les traces de sang), mais pas question non plus de passer à côté d’un indice décisif. Alors, on s’arrête où? « Il ne s’agit pas de noyer le labo mais de rapporter les traces les plus pertinentes possibles, précise le colonel Fombonne, en charge de la formation technique et scientifique à la gendarmerie nationale. Le nombre de prélèvements varie aussi selon le type d’infraction, généralement une dizaine pour la petite délinquance et jusqu’à des centaines dans le cas d’un attentat ». Ainsi, si le travail du technicien s’arrête à la porte du labo, il est conscient des enjeux et prend en compte le travail et le coût des analyses tandis qu’il réalise les prélèvements.

Avis d’Expert : La chronique de Cathie, Dossier n° 1


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Dossier n° 1: Le crime parfait est-il possible?

Avec les progrès sans cesse grandissants de la police scientifique, mon ami Néville et moi, afin de ne pas nous ennuyer pendant les longues soirées d’hiver,  avons décidé d’écrire un roman policier qui mette en scène Le Crime Parfait. Pour mener à bien notre projet, nous avons mené notre enquête.

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Règle n°1: Préférer l’assassinat au meurtre:

Le propre du crime parfait étant de ne jamais se faire prendre, cela suppose de laisser un nombre d’indices et de traces proche de zéro. Or, Néville le sait bien, lorsqu’on commet un meurtre, c’est-à-dire sans préméditation, les risques de laisser plein de traces derrière soi sont légion: ADN, empreintes digitales, marques de chaussures, etc…Doug Lyle, un expert américain en techniques d’investigation scientifique que nous avons consulté, et qui loue ses services aux écrivains de polars afin de les aider à concevoir des scénarii les plus proches possible de la réalité, nous a déclaré:  » On oublie les crimes commis sur un coup de sang. Car un meurtre commis de manière impulsive et irréfléchie est forcément bâclé !! » Ok, Doug, message reçu. Optons donc pour l’assassinat.

Règle n°2: Le tueur doit être discret:

L’assassin devra agir seul. Avoir un complice, c’est multiplier par deux les risques de laisser des traces, mais c’est aussi être à la merci de quelqu’un qui peut éprouver à la longue des remords et craquer à n’importe quel moment, vous entraînant inexorablement dans sa chute. Néville m’a regardée de travers. Je sais qu’il pense qu’une femme est plus fragile émotionnellement…C’est pas grave, Neville, je te laisse déterminer le sexe de notre tueur fictif.

« Je vous rappelle, continue Doug, impassible, que l’enquête de police ne se contentera pas de scruter les faits et gestes des suspects après le crime, elle examinera également tout ce qu’ils ont fait avant. » J’imagine que l’achat de cinq litres d’acide sulfurique ou le soudain désir de passer le permis de chasse afin de s’acheter un fusil risque d’attirer la curiosité des enquêteurs. Néville et moi tombons donc d’accord: notre crime parfait doit être le fait d’un assassin solitaire qui commencera à planifier son forfait une bonne année avant son exécution!

Règle n°3: Pas de mise en scène en toc:

N’essayez pas de faire croire à une mort naturelle ou à un suicide; trop compliqué à mettre en scène et facile à détecter . Nous qui avions imaginé que notre assassin tuerait sa victime à coup de chandelier et ensuite de la lui faire déplacer en bas de l’escalier pour faire croire à une chute !! Doug nous explique: « Ce genre de »maquillage » est impossible à réaliser de manière crédible. D’abord, il faut que les plaies et les bosses du cadavre correspondent à la dégringolade supposée avoir engendré sa mort. Mais surtout, il faut agir très vite. »

« Ah bon, pourquoi? je demande naïvement. « Parce qu’à l’arrêt du cœur, ma petite dame, le sang cesse de circuler et s’échappe vite des organes. Il laisse alors sous la peau une marque caractéristique, que les légistes appellent « la lividité cadavérique ». Cette marque violacée est visible dès la deuxième heure après la mort. »  Je me tourne alors vers mon ami: « T’avais pas pensé à ça, Néville? »  « Bien sûr que si, répond celui-ci, vexé. »

« Et selon la zone du corps où le sang s’est déposé par gravité, les enquêteurs pourront déterminer dans quelle position se trouvait la victime au moment de son décès. Ainsi, si la lividité cadavérique se situe sur le côté gauche du corps et que la victime est retrouvée sur le dos, il y a comme un truc louche !! Oubliez aussi le faux suicide au pistolet. En effet, lors du tir, des résidus de l’amorce explosive sont projetés en un nuage sur les mains, les bras et les vêtements de la personne qui a tiré. Si le « suicidé » ne porte pas de telles traces, les policiers découvriront rapidement le pot aux roses. « 

Règle n°4: Arme blanche ou arme à feu: 

Néville a eu une idée géniale pour l’arme du crime: un couteau en glace !! Il fond dès le crime accompli donc pas d’empreintes et bien taillé, il résiste à l’impact et traverse aisément n’importe quel morceau de viande. « Bravo, Néville, quelle excellente idée, ai-je dit ironiquement. C’est bien gentil, ton couteau en glace,mais il faut se promener avec un congélo sur le dos…En plus, comme toute arme de contact, cela implique une confrontation physique avec la victime, donc risque de bruit et d’éclaboussures de sang partout. Beurk!!…A oublier !! »

Une arme à feu, alors ?? Oui, à condition d’étouffer la détonation, en sachant qu’un silencieux ne peut rien contre le « bang » que fait la balle quand elle passe le mur du son ( 340 m/s). Or, de nos jours, la plupart des armes ont des balles à vitesse supersonique. Alors, que faire ?? La solution est de charger le pistolet avec des munitions contenant moins de poudre dont la vitesse est inférieure à celle du son . Mais attention !! Après son crime, notre assassin devra impérativement se débarrasser de son arme, le plus loin possible de la scène du crime, ce qui n’est pas toujours aisément réalisable. Dans la mer, par exemple, ou dans les égouts. Car le lien serait vite établi entre la balle dans le cadavre et le pistolet retrouvé chez le suspect: en effet, l’intérieur du canon de l’arme le trahirait à coup sûr !

Comment, allez-vous me dire ??Au fur et à mesure que l’arme est utilisée, de petits grains de sable, des points de rouille, des résidus de poudre s’incrustent à l’intérieur du canon. Et les marques laissées par ces impuretés sur les balles deviennent de plus en plus caractéristiques. Ce qui permet aux enquêteurs de savoir si l’arme découverte a tiré ou non la balle retrouvée sur le lieu du crime ou dans un cadavre.

 

Règle n°5 : Ne pas semer son ADN.

A moins de recouvrir au préalable le lieu du meurtre de plastique imperméable du sol au plafond ( solution que Néville et moi considérions pratiquement irréalisable), Doug nous a expliqué qu’il est de plus en plus compliqué de ne pas laisser de traces sur une scène de crime.  » Jusqu’au début des années 2000, on ne travaillait que sur des traces d’ADN dites riches, nous a appris Frédéric Dupuch, directeur de l’Institut National de la police scientifique ( INPS), c’est-à-dire des échantillons tels que le sang, le sperme, la salive qui contiennent beaucoup d’ADN.  » Mais grâce à des réactifs de plus en plus sensibles, les techniques modernes permettent désormais de dresser un profil ADN à partir d’imperceptibles gouttes de sueur sur un vêtement ou de quelques cellules mortes qui se sont déposées lors du frottement de la peau contre un mur ou un meuble.

Certes, notre malfaiteur peut toujours se revêtir d’une combinaison intégrale et d’une cagoule, mais il n’est pas à l’abri d’un postillon ou d’un cil tombé malencontreusement. Bien sûr, il peut aussi choisir de commettre son crime dans un lieu public ( désert au moment du crime) ou ses traces seront noyées parmi celles de centaines d’autres empreintes, mais il lui faudra trouver un prétexte pour attirer sa victime dans ce lieu désert. Néville m’a objecté que ce n’est pas irréalisable; il a raison, mais ça complique les choses. Par contre, s’il décide d’opérer chez sa victime, où les experts auront beaucoup plus de chances de relever ses traces, mieux vaut faire disparaître le corps.

Règle n° 6: Tuer proprement:

Le relevé d’empreintes digitales est un procédé vieux d’une centaine d’années, ce qui ne signifie pas qu’il a perdu de son efficacité, bien au contraire !! Grâce à l’amélioration de la qualité des révélateurs chimiques et à l’utilisation de lasers, il est désormais possible de relever des empreintes sur presque toutes les surfaces: métal, plastique, verre, bois, carton, papier, et même sur la peau !! Bientôt, nous utiliserons des  » particules Roar »: sous la forme de poudres, ces nanoparticules de silice permettent, d’après leurs concepteurs anglais, de détecter des résidus chimiques présents sur les doigts. Il suffit d’y fixer des substances capables de s’attacher par exemple à la nicotine ou à la cocaïne, puis de récupérer la poudre déposée sur les empreintes pour la faire analyser dans un spectroscope ( appareil capable de disperser la lumière réfléchie par un solide ou un liquide, afin d’identifier les éléments chimiques qui le composent). Les enquêteurs pourront ainsi savoir si celui qui a laissé les empreintes était fumeur ou toxicomane, s’il prenait des médicaments, etc…Ces particules seraient également capables d’identifier des molécules sécrétées par le corps et propres à chaque individu. On pourrait ainsi déterminer le sexe, l’âge et le groupe ethnique du tueur. Waouhhh, s’est écrié Néville.

Les scientifiques de l’université de Leicester, en Angleterre, ont développé une technique qui permet de relever les empreintes digitales sur les alliages de cuivre qui composent les douilles des balles. En effet, la sueur peut corroder certains métaux et y graver littéralement les empreintes. Car même si la balle a été soigneusement nettoyée, la corrosion demeure…et les empreintes incrustées aussi !! Nous avons donc pensé avec Néville que notre tueur devrait porter des gants épais pour introduire les balles dans son pistolet ; même s’il est clair que cela en compliquera la manipulation…

Règle n° 7: Faire disparaître le corps:

L’indice le plus compromettant est évidemment le corps de la victime. Comme le dit Néville, pas de cadavre, pas de preuves, donc pas de meurtre !!  » C’est certain, mais faire disparaître un corps n’est pas chose si aisée, cher Néville, ai-je répliqué. » Pour mener à bien notre projet, nous avons donc envisagé différentes solutions.

Le brûler: l’avantage est que le feu détruit la plupart des traces ADN. Mais l’inconvénient est qu’un corps humain, composé d’environ 70 % d’eau ne brûle pas aussi facilement que du papier à cigarette. D’après les experts que nous avons consultés, pour que la combustion soit efficace le corps doit brûler à 800 degrés pendant au moins deux heures. Et si on utilise de l’essence, il faut savoir que celle-ci est un produit extrêmement volatil dont les vapeurs peuvent s’enflammer en même temps que le combustible et brûler plus ou moins gravement la personne qui met le feu, ce qui compromettrait la règle n°2.

Le dissoudre: l’acide est tout aussi dangereux à manipuler que l’essence et moins efficace; en effet, notre copain Doug nous a expliqué qu’une bonne semaine est nécessaire afin de dissoudre totalement un corps dans de l’acide sulfurique ou de la soude. Néville et moi nous sommes regardés, perplexes. Nous ne pouvons pas faire courir ce risque à notre meurtrier…

L’abandonner au fond d’un étang, le broyer, le couper en morceaux, l’enterrer ou le faire dévorer par des cochons: quelle que soit la méthode choisie, le meurtrier, qui par principe agit toujours en solo, devra se débrouiller pour transporter le corps jusqu’à l’endroit adéquat sans se faire remarquer et sans emporter involontairement un souvenir de sa victime sous la forme de sang, salive, poil, cheveux, particules de terre, etc…

Règle n°8: Pas de crime parfait sans un peu de chance:

Voici notre scénario final: un tueur solitaire, méthodique, organisé, qui officie dûment ganté, vêtus de vêtements noirs, armé d’un pistolet muni d’un silencieux, dans un lieu public en laissant le cadavre sur place pour ne pas avoir à le transporter dans le coffre de sa voiture, trop compromettant. Néville et moi avons compris que même un meurtre aussi bien planifié soit-il ne peut pas tout prévoir: l’écharde de la rampe d’escalier qui se fiche dans son blouson; le passant qui promène son chien; la voiture qui passe à proximité du bois dans lequel il a attiré sa victime; les empreintes laissées par ses chaussures dans une terre rendue meuble par les pluies des derniers jours…Bref, Néville et moi avons conclu que mettre sur pied un crime parfait est très compliqué. Je pense que nous allons passer nos soirées à jouer à la bataille, c’est moins complexe et moins sanglant…quoique !!!

Origine de Diana Abu-Jaber


Mes petites lectures9782355840371,0-5684339782757821114,0-1178929

Origine de Diana Abu-Jaber ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Édith Ochs.Paru le 22 avril 2010 chez Sonatine éditions.22€ ; (500 p.) ; 22 x 14 cm

Réédité en poche le 18 mars 2011 aux Points dans la collection Thriller.
 8€,20 ; (541 p.) ; 18 x 11 cm
4e de couv :

Syracuse, État de New York. L’hiver est terrible, la ville est sous la neige, battue par des vents glacés. Lena, experte en empreintes digitales, travaille à l’unité scientifique de la police. C’est une jeune femme renfermée, à l’équilibre fragile, qui, en dépit de compétences exceptionnelles, préfère rester dans l’ombre et se consacrer aux cas de violences faites aux enfants, conséquence peut-être d’un passé tourmenté. Orpheline trouvée dans d’étranges circonstances à l’âge de 2 ans, Lena ignore en effet tout de ses origines.

Son parcours croise un jour celui d’Erin Cogan, dont le bébé vient de décéder. Les médecins ont diagnostiqué une mort subite du nourrisson, la mère ne les croit pas. On a tué son fils, elle en est sûre. Bien vite, le doute s’insinue aussi dans l’esprit de Lena, qui découvre un nombre anormal de cas similaires dans la région. Y aurait-il vraiment un serial killer qui s’attaque aux bébés ? Plus étrange encore, Lena sent confusément que l’énigme de ses origines est liée à Erin et aux meurtres des enfants. Parviendra-t-elle à reconstituer son histoire et à percer le sombre secret de ses origines ? Malgré la pression de la presse qui s’empare de l’affaire, malgré les menaces qui pèsent sur sa vie, Lena ira jusqu’au bout d’une enquête passionnante.

Diana Abu-Jaber nous livre avec ce thriller, qui transcende les limites du genre, un chef-d’oeuvre d’écriture et d’intrigue à l’intensité quasi hallucinatoire. Elle nous offre également une exploration fascinante et pleine de compassion de thèmes aussi universels que la maternité, le deuil, l’identité et la mémoire. Indispensable.

 

dianaL’auteur : Après une enfance passée entre les États-Unis et la Jordanie, Diana Abu-Jaber, née en 1960, est aujourd’hui professeur à l’université de Portland. Origine est son premier roman publié en France.

 

 

Mes petites lectures

Résumé et avis :

 Enfant trouvée à l’âge de 2 ans dans de mystérieuses circonstances, Lena ignore tout de ses origines. Elle n’a gardé aucun souvenir de son enfance si ce n’est un don étrange, une sensibilité quasi animale… Lena, qui travaille pour la police scientifique de Syracuse, état de New York, elle est experte en empreintes digitales, refuse d’exercer ce don sur le terrain.  Elle rencontre Erin Cogan, jeune mère d’un bébé décédé, persuadée que son enfant a été assassiné. Lena découvre des cas anormaux de décès dans la région.  Cette série de décès de bébés va l’y contraindre : elle seule peut pressentir l’existence d’un assassin d’enfants.

 Diana Abu Jaber nous propose un roman proprement novateur, un roman sur le thème universel de la quête d’identité. Une écriture magnétique qui vous envoute. C’est intelligent et fascinant. Un livre pour tous les publics car très littéraire.