Le garçon – Marcus Malte


Dans quelques jours paraîtra en poche l’immense roman de Marcus Malte, le Garçon. Ce titre est un pur chef d’oeuvre. Aussi à l’occasion de sa réédition nous vous proposons un petit article histoire que vous ne passiez pas à coté de ce superbe bouquin.

Le livre : Le Garçon de Marcus Malte. Paru le 18 août 2016 chez Zulma.  23€50 ; (534 p.) ; 21 x 14 cm. Réédité en poche le 23 aôut prochain  chez Folio à 8€90.

4e de couv :

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

 

marcusL’auteur : Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

 

 

Extrait :
La nuit est tombée lorsqu’il franchit le seuil de la cabane. C’est un vieillard que l’on croit voir apparaître. L’ancêtre de lui-même. Chaque pas lui coûte. Chaque geste. Dans la pénombre il s’approche de la couche de la mère, s’apprête à s’y asseoir mais ses forces le lâchent et il choit lourdement sur les fesses. Le poids de son fardeau l’entraîne à la renverse. Il lui faut un temps infini pour se débarrasser du harnais. Une sangle a entaillé sa chair au-dessus du sein, un peu de sang a coulé.

 

La chronique jubilatoire de Dany

Le garçon de Marcus Malte : pas un polar mais un suspense … peut-être hors sujet mais un coup de coeur !

 

 » Il y a longtemps que je voulais lire cet auteur, c’est mon premier, c’est un vrai coup de coeur, mon coup de coeur de 2016. Inclassable ! Un mixte de roman noir et de suspense au long cours, un road trip du début du XXème, bien au-delà des frontières de notre vieille France.
Cette chronique commence en 1908 alors que « l’enfant sauvage » sans nom et sans langage se trouve, par une promesse faite à sa défunte mère, jeté sur les chemins du sud de la France, à la manière de Süskind et de son Jean-Baptiste Grenouille en sens opposé. Au cours de ses cheminements il se fera adopter puis rejeter par une communauté vivant en quasi autarcie et nous aurons droit à l’hilarant tableau de la crèche de Noël. Puis viendra sa rencontre avec une réplique du « grand Zampano » de la Strada de Fellini qui fera une part de son éducation à la civilisation, toujours sans langage parlé mais tout en bon sens. La rencontre de bourgeois vivant de la culture de la pomme lui apportera la découverte de l’art, le bonheur et l’amour mais aussi le propulsera dans le désastre de la guerre. L’auteur nous fait alors penser à « la guerre » de Gabriel Chevallier avec ses descriptions de boucherie insoutenables. L’évocation de cette intrigue ne serait pas fidèle si je ne parlais pas des intermèdes historiques très documentés, nous faisant jeter un regard critique sinon sur la « lutte des classes » au moins sur les difficultés à survivre dans le monde rural de l’époque, nous faisant appréhender la guerre avec humanité dans le sens où les morts ont de noms et des visages et la cruauté aussi.
Belle galerie de personnages au cours de presque 500 pages, à découvrir entre deux thrillers de nos jours, pour son originalité et la plume de son auteur ! »

 

Et puis si vous n’êtes pas convainçu alors lisez l’avis de Ge notre porte Flingue sur Le Garçon c’est ICI

Publicités

La Millième chasse aux Livres : Spéciale Noël


La Millième chasse aux Livres : Spéciale Noël

Demain il n’y aura pas d’abandon de livre.

Vous n’irez pas visiter un nouveau coin de France.

Non, mais rassurez vous,

d’ici quelques jours notre grande chasse aux livres reprendra

Non, demain démarre une autre chasse aux livres

Une chasse aux livre très spéciale


La Millième chasse aux Livres : Spéciale Noël

En effet,

Vous n’aurez pas à habiter la ville voire le quartier où nous abandonnons habituellement nos livres.

Vous aurez juste pour participer à cette chasse à répondre à quelques-uns de mes questions.

Oui, vous allez pouvoir recevoir chez vous, sans vous déplacer, quelques polars de notre Millième chasse.

 

Aussi Rendez vous demain

 Oui Rendez vous demain.

En fin d’après-midi

Je vous poserai mes quelques et simples petites questions.

Vous aurez jusqu’au dimanche 17 décembre pour y répondre.

Alors à très vite

Pour gagner au moins 3 polars dont 2 au moins dédicacés

Il devrait y avoir 6 gagnants.

A vous de jouer

Et belle Millième Chasse de Noël à vous

 

Tout sur la…

Millième Chasse de Noël 62 ICI

 

 

Les 10 livres qui vous ont marqué d’une façon ou d’une autre : le choix d’Yvan


Pour les 2 ans de notre blog, je me suis faite curieuse. Oui je sais c’est chez moi une seconde nature dès qu’il s’agit de bouquins.

Alors je vous ai demandé quels étaient pour vous les 10 livres qui vous ont marqué(e) d’une façon ou d’une autre.

Vous avez accepté de jouez le jeu et j’en suis ravie

Voici donc quelques-unes de vos réponses.

Aujourd’hui c’est celle de Yvan

Place à son TOP 10

ET OUI TOUT ARRIVE 

Comme je me suis fais harcelé par Geneviève, je me colle aussi à cet exercice de la liste de 10 livres qui ont marqué dans ma vie de lecteur. 10 (ou 13) livres seulement… Le choix d’un jour (le choix d’une vie).

Donc, dans l’ordre alphabétique des auteurs, et avec un petit extrait de ma chronique du livre (quand il y en a une) :

Pierre Bordage – L’ange des abîmes

Cette vision d’apocalypse, post 11 septembre, est proprement glaçante parce que crédible dans son énormité.

Éprouvant, mais tellement prenant !

Cette rencontre de la petite histoire avec la Grande Histoire prend progressivement aux tripes, pour ne plus vous lâcher la dernière page refermée.

Pierre Bordage - L'ange des abîmes

Dans une Europe d’apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, le voyage initiatique de Stef et Pibe, deux adolescents à la recherche de l’archange Michel, le dictateur tout puissant qui gouverne le vieux continent depuis sa forteresse roumaine. Dans une ambiance crépusculaire fascinante car terriblement proche et crédible, un grand roman épique d’une actualité brûlante.

Elle ne lui avait jamais fourni d’explication sur ses disparitions ni sur ses motivations. Elle se contentait de répéter en riant qu’elle était son ange gardien, qu’elle lui ficherait la paix après avoir parcouru un bout de chemin en sa compagnie. Il ne voulait pas qu’elle sorte de sa vie. Un jour pourtant, elle se tirerait parce que « chacun doit descendre seul dans les abîmes de son âme, chacun doit apprendre à se dresser vers les cieux sans autre soutien que ses propres racines. »

Le lien vers la chronique de L’ange des âbimes

Emma Donoghue – Room

L’auteure a réussi à retranscrire tellement d’émotions différentes avec ce sujet « casse gueule », que j’en reste encore baba…

Tenir 400 pages avec une telle histoire, sans jamais faillir, avec une idée lumineuse par paragraphe et une imagination et une sensibilité aussi débordante, tient de l’exploit.

Le petit Jack est sans conteste parmi les personnages les plus forts que j’ai pu côtoyer durant mes lectures. Un petit homme que je n’oublierai jamais.

Emma Donoghue - Room

Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne pourra pas continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir.

Mais réussira-t-il à trouver des repères loin de leur univers ? Quel accueil lui réservera le monde extérieur, à lui, l’enfant né de la captivité ?

Room interroge la capacité de survie qui existe en chacun de nous, tout en célébrant la puissance du langage et de la littérature.

Le lien vers la chroniques de Room

Ken Grimwood – Replay

J’aimerais vous dire tant de choses, vous crier encore plus fort mon amour pour les mots de Ken Grimwood, mais mes propos me semblent tous bien fades face à la puissance des émotions que peut procurer cette lecture. Ce livre a changé la vie de pas mal de monde, il n’est rien besoin de rajouter.

Je l’ai lu la première fois quand j’avais vingt ans et il a complètement modifié ma perception du monde et de mon futur. Je l’ai relu à trente ans et il m’a empli de questionnements. Je viens de le relire (largement) passé quarante ans et il m’a fait jeter un regard lucide sur mon passé. Si à cinquante ans tu n’as pas lu Replay, c’est que tu as raté ta vie ;-).

replay ken grimwoodEn ce 18 octobre 1988, Jeff Winston se trouve dans son bureau new-yorkais, et écoute sa femme lui répéter au téléphone : « Il nous faut, il nous faut… » Il leur faudrait, bien sûr, un enfant, une maison plus confortable. Mais surtout parler. A coeur ouvert. Sur ce, Jeff meurt d’une crise cardiaque. Il se réveille en 1963, à l’âge de dix-huit ans, dans son ancienne chambre d’université. Va-t-il connaître le même avenir? Non, car ses souvenirs sont intacts. Il sait qui va gagner le prochain Derby, et ce qu’il en sera d’IBM et d’Apple… De quoi devenir l’homme le plus puissant du monde, jusqu’à… sa deuxième mort, et qu’une troisième, puis une quatrième vie commencent…

El vous, si vous pouviez recommencer votre vie, que changeriez-vous ?

La lien vers la chronique de Replay

Glen David Gold – Carter contre le diable

Approchez-vous Mesdames et Messieurs et installez-vous confortablement. Le rideau va bientôt s’ouvrir sur le spectacle de Carter le Grand, le magicien !

Il y a des livres qui touchent directement votre âme… cette partie de votre âme qui est encore capable de s’émerveiller.

Carter contre le diable est de ceux-là. Ce n’est pas qu’un simple livre, il est un peu magique. A l’image de son sujet (l’histoire très romancée d’un magicien dans les années 20), il fait appel à notre capacité d’éblouissement et d’optimisme d’une manière incroyablement touchante et ludique.

Carter contre le diableEntrez dans un monde où tout est illusion.
1920, San Francisco. Carter le Grand, l’un des prestidigitateurs les plus célèbres du pays, donne ce soir-là un spectacle exceptionnel devant le président des États-Unis, Warren G. Harding, qu’il invite sur scène pour participer à l’un de ses stupéfiants numéros. La représentation est un triomphe mais, quelques heures plus tard, le président meurt mystérieusement dans sa chambre d’hôtel. Sachant qu’il va être suspecté, Carter disparaît afin de mener sa propre enquête. Aurait-il eu des raisons de se débarrasser du locataire de la Maison Blanche ? L’agent Griffin, des services secrets, se lance alors à ses trousses. Mais affronter un génie du trompe-l’œil et de l’illusion tel que Carter ne va pas être chose aisée.

Avec cette formidable histoire de manipulations basée sur des personnages ayant réellement existé, Glen David Gold nous donne à la fois un palpitant thriller historique dans lequel tous les tours sont permis, et un portrait magistral de l’Amérique des années 1920.

Le lien vers l’article sur Carter contre le diable

Franck Herbert – Dune

Le livre qui a tout changé. Il y a un avant et un après. J’étais en classe de troisième, j’ai galéré à le lire mais il m’a ouvert les portes vers un univers infini. Cet univers de la lecture et de l’imaginaire.

duneIl n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.

Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’histoire.

Cependant, les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?

L’auteur a brossé une immense fresque, qui, par l’intensité dramatique, le foisonnement des personnages, la précision des détails, est digne des grands chefs-d’oeuvre du roman historique classique.

Stephen King – 22/11/63 ( et ÇaSimetierreMisery…)

Vous êtes fan du King, jetez vous là-dessus.

Vous ne connaissez pas le King, jetez vous là-dessus.

Vous n’êtes pas friand de science-fiction, ça tombe bien ce roman n’en n’est pas vraiment un, donc jetez vous là-dessus.

Vous êtes fan de SF, ce n’est peut-être pas le sujet principal, mais ça vous parlera tout de même, donc jetez vous là-dessus.

Vous aimez les longs romans, jetez vous là-dessus.

Vous prenez un peu peur devant la taille de celui-ci, mais je vous le dis : vous n’avez rien de mieux à lire, donc jetez vous là-dessus.

S’il ne devait en rester qu’un, ce serait celui-ci (et Replay… non je ne peux pas choisir entre les deux…)

king 20

Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l’histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que…

Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.

Avec une extraordinaire énergie créatrice, King revisite au travers d’un suspense vertigineux l’Amérique du baby-boom, des « happy days » et du rock and roll.

 Ici l’avis d’Yvan sur 22/11/63

Henri Loevenbruck – Nous rêvions juste de liberté

Henri Loevenbruck a fait tellement fort avec ce roman que ça tient presque du miracle. Au début ça saigne à cause de la baston, à la fin c’est ton cœur qui saigne et y a pas beaucoup d’auteurs qui arrivent à te faire ressentir ça. C’est un putain de magicien des émotions le Loevenbruck, moi je dis. Ride like the wind, c’est pas du vent !

nous-revions-juste-de-liberte

« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Loevenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

 

Nous révions juste de liberté, la chronique

Marcus Malte – Le garçon

Marcus Malte est un immense écrivain. Ce roman, qui nous touche par la candeur de son héros tout autant que par la beauté et le carnage des émotions qu’il vit, restera une lecture inoubliable. Le genre de livre qui marque un lecteur profondément, intensément, durablement.

Juste indispensable.

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde. Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

 La chronique sur Le garçon

Maud Mayeras – Reflex

Ce livre vibre entre vos mains (ou alors sont-ce vos mains qui tremblent ?), doué d’une vie propre. Votre cœur pulse de plus en plus vite à longueur de pages (ou est-ce le livre qui s’anime de lui même ?), jusqu’au long final qui vous laissera exsangue.

Je ne me souviens pas avoir lu un roman aussi lentement, cherchant mon souffle à chaque réplique, m’extasiant devant la forme et le fond, dégustant la prose de cette auteure incroyable.

Une véritable expérience sensorielle, une lecture organique entre ténèbres et lumière, du genre de celle qui vous marque au fer rouge pour très longtemps.

Iris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant.

Mais une nouvelle affaire va la ramener au coeur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croque-mitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en rappelle une autre.

La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

 Reflex, le billet


Robert Charles Wilson – Julian

Cette quête initiatique est une véritable réflexion politique, environnementale et religieuse. Mais, la grande force du récit est, qu’à aucun moment, il ne tombe dans un coté moralisateur « premier degré » et privilégie toujours l’aventure (et quelle riche aventure !).

J’ai été bouleversé par cette capacité à me faire vivre une vraie aventure, différente, parfaitement maîtrisée, au message écologique, de tolérance et d’humanisme tellement fort.

Julian

Apostat. Fugitif. Conquérant.

Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.

Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).

Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante États, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.

On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.

Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.

Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à l’ oeuvre de Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.

La chronique d’Yvan sur Julian

Il me faut remercier comme il se doit mon ami Yvan d’avoir bien voulu se prêter au jeu.

Je sais qu’il t’en coûte mon ami. Alors je n’en suis que plus touchée. 

 

Les 10 livres qui vous ont marqué d’une façon ou d’une autre : Le double Top 10 de Dame Belette


Pour ses deux ans, Collectif Polar organise un concours auquel je ne participe pas, enfin, si, mais juste par amitié !

Alors, puisqu’elle veut un Top 10 de mes livres qui m’ont marqué, elle va l’avoir, mais elle doit garder à l’esprit que je casse les règles !!

i-break-the-rules-minions-38859657-600-600

Je distinguerai donc deux listes.

  • La première concernera des romans lus durant ma scolarité et qui m’ont marqué. Je ne me souviens plus trop des détails, juste qu’ils m’avaient émotionnés fortement, durablement. Le numéro devant les titres n’indique pas leur position dans mon coeur ou mon esprit.
  • La seconde concernera mes lectures marquantes après ma scolarité obligée, ou les livres lus hors cadre scolaire (même si j’usais toujours mes fonds de culotte sur les bancs)… Idem en ce qui concerne la numérotation.

1. Un sac de billes de Joseph Joffo – Première incursion dans les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. J’étais jeune et l’histoire vraie de ce petit garçon m’avait fait découvrir le Monde tel qu’il était. J’étais jeune et innocente encore (lecture scolaire).

La Seconde Guerre Mondiale, on n’en parlait pas de trop et découvrir une partie de l’Horreur me fit prendre conscience qu’il y avait sans doute pire encore qui s’était passé durant cette période… Certains livres ont fini au freezer tant ils étaient horribles à lire.

un-sac-de-billes-joseph-joffo

A Paris en 1941, dans le pays occupé par les nazis, Joseph et Maurice doivent porter l’étoile jaune. Le racisme de leurs camarades se déchaîne. Un des amis de Joseph, Zérati, lui propose un marché, un sac de billes contre l’étoile jaune. S’ensuit une fuite des deux frères. Il tentent, dans un bien étonnant voyage , de franchir la ligne de démarcation sans papiers, pour gagner la zone libre et peut-être la vie…
« Ce livre qui est celui de la peur, de l’angoisse, de la souffrance aurait pu être aussi le livre de la haine, mais il est, en fin de compte, un cri d’espoir et d’amour. » Bernard Clavel

« Parmi les témoignages sans nombre consacrés aux temps maudits, celui-là est unique, par la nature de l’expérience, l’émotion, la gaieté, la douleur enfantine. Et conté de telle manière que l’aventure saisit, entraîne, porte le lecteur de page en page et jusqu’à la dernière ligne. »  Joseph Kessel

« Un humour à la Chaplin, des souvenirs déchirants et cocasses. Il faut lire, en ce moment surtout, Un sac de billes. » François Nourissier

2. Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos – Il ne me reste plus beaucoup de souvenirs de l’histoire, juste l’émotion ressentie durant ma lecture et mes larmes à la fin. La preuve que l’on peut avoir oublié des détails important, la trame de l’histoire, mais se souvenir des rivières coulant des yeux au moment de refermer le livre (lecture scolaire).

mon-bel-oranger-jose-mauro-de-vasconcelosDirectement inspiré de l’enfance très difficile de l’auteur, un livre réaliste et pur.

A cinq ans, tout le monde bat Zézé et lui dit qu’il est le diable… Mais, ange ou démon, Zézé a un secret : un pied d’oranges douces, le seul confident de ses rêves, qui l’écoute et lui répond.

L’auteur puise dans ses souvenirs d’enfance pour écrire ce roman mythique. Il met en scène la vie d’un jeune garçon brésilien Zézé issu d’une famille pauvre et ouvrière. Avec beaucoup de réalisme, mais aussi de tendresse, ce roman conte l’apprentissage douloureux de la vie.

3. À l’ouest, rien de  nouveau de Erich Maria Remarque – La claque ! La putain de claque ! Jeune, je voyais un monde en dichotomie et je pensais que les Allemands étaient TOUS des Méchants vilains pas beaux et les autres, des Gentils tout plein. Ben non, les soldats allemands étaient dans la même merde que les autres en face, ils souffraient eux aussi et jamais je n’aurais cru percevoir de l’empathie pour eux. Un roman magnifique sur la Première Guerre Mondiale, vu des tranchées de ceux d’en face (lecture scolaire).

a-louest-rien-de-nouveau

«Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes…»

Témoignage d’un jeune soldat allemand de la guerre de 1914-1918, À l’ouest rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant, connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant qui ne s’est jamais démenti depuis. Il reste l’un des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la monstruosité de la guerre.

4. Mon ami Frédéric de Hans Peter Richter TRAUMATISÉE par cette lecture et par la découverte des pogroms. J’en ai gardé des sueurs froides durant des lustres ! Voir les voisins et d’autres saccager tout dans l’appart des parents de Frédéric (et dans ceux des autres juifs) fut un véritable traumatisme pour la jeune fille que j’étais (lecture scolaire).

mon-ami-frederic-hans-peter-richterEn Allemagne, avant la guerre, deux enfants sont inséparables. L’un d’eux s’appelle Frédéric. Il est Juif. Lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, la situation de la famille de Frédéric devient de plus en plus difficile. Jusqu’à ce que le dictateur durcisse encore les lois à l’égard des Juifs : on les insulte, on les chasse, et bientôt Frédéric est renvoyé de l’école…

5. Dix petits nègres d’Agatha Christie – Un huis clos pesant au possible, une île où le maître de maison n’apparaît pas, des convives qui ont l’air d’avoir tous un truc à cacher, les morts, au fur et à mesure, de ces personnes, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux, que une… que zéro ! Et puis la claque dans ma gueule ! Magnifique !!! Impossible d’arrêter de lire, je voulais savoir, je voulais même le garder pour le lire à table mais ma mère n’a pas voulu… (lu hors cadre scolaire).

1-dix-petitsEn a-t-on parlé de l’Île du Nègre ! Elle avait, selon certains, été achetée par une star de Hollywood. Des journaux avaient insinué que l’Amirauté britannique s’y livrait à des expériences ultrasecrètes. Bref, quand ils reçurent – sans savoir de qui – cette invitation à passer des vacances à l’Île du Nègre, tous les dix accoururent .Les dix invités sont arrivés sur l’île du Nègre, mais rien ne semble normal : leur hôte est absent et quelqu’un a déposé dans leur chambre une comptine intitulée Les dix petits Nègres. Tout bascule quand une voix accuse chacun des invités d’un crime.

6. Misery de Stephen King – Encore un huis clos oppressant, Paul Sheldon, un auteur pris au piège de la terrible infirmière Annie Wilkes. J’ai tremblé de tous mes membres devant tant de sadisme, de folie pure ! Un roman que je n’oublierai jamais tant il m’a procuré des frissons et le King est le roi de mes frissons !! Si « La ligne verte » m’avait fait pleurer, Misery m’a fait trembler de terreur pure ! Le tout sans monstre sous le lit (Lu pour mon plaisir propre).

1-miseryAnnie Wilkes est cinglée, mais Paul Sheldon, l’auteur à succès des aventures de Misery Chastain, a besoin d’elle depuis son accident de voiture. Car Annie l’a ramassé sur le bord de la route, puis séquestré et mutilé. Une occasion inespérée pour elle de manipuler son écrivain fétiche à sa guise. Ressusciter Misery qu’il a fait mourir dans un épisode précédent, ou être exécuté par sa geôlière : voilà à quel dilemme Paul est désormais confronté.

Mais ce n’est pas tout. S’il redonne trop vite corps à son héroïne préférée, Annie sera tentée de se débarrasser de lui dès qu’il aura achevé le manuscrit. Et s’il fait traîner l’intrigue, de rage, elle pourrait le supprimer ! Un huis clos insoutenable où l’imagination, la folie et l’absurde cohabitent à merveille.

7. Une étude en rouge de Sir Arthur Conan Doyle – Je venais de lire « Le chien des Baskerville » et même si Sherlock Holmes était peu présent dans le Chien, j’étais déjà folle de lui et je voulais en savoir le plus possible. Le Net n’existait pas, donc, lors de ma lecture de ce roman, je notais avec avidité les passages qui m’éclairaient le plus possible sur la personnalité de Sherlock Holmes. Un truc de fou, je ne me sentais plus… 30 ans après (presque), je suis toujours à lui courir après.

1-etude-en-rouge-signe-des-4Un homme est trouvé mort dans une maison inhabitée, au coeur d’un des plus sinistres quartiers de Londres.

Autour de lui, des traces de sang, bien que le cadavre n’ait aucune blessure. De quoi laisser perplexes Lestrade et Gregson, les limiers de Scotland Yard.

Parue en 1887, cette Étude en rouge est la première des enquêtes de Sherlock Holmes. Nous y faisons la connaissance de l’extraordinaire détective à travers les yeux du bon Dr Watson.

Nous y apprenons le « raisonnement analytique » et l’art de faire parler les indices.

Ce classique du roman policier est aussi un roman d’aventures qui nous conduit dans le Nevada des mormons et de la ruée vers l’or, où s’enracine le mystère…

8. La plupart en reviendront pas – Vingt-huit jours dans une poche du front russe, hiver 1942-1943 de Eugenio Corti. Dieu tout puissant, comment est-ce possible d’en arriver là ? Le front Russe, les allemands et les italiens qui reculent, les russes qui avancent et la mort à petit feu qui guette tout ces soldats à cause du froid intense qu’il régnait. Horrible, troublant, émouvant, dur pour le coeur.

Un livre que je lisais dans le train, un vendredi, de retour chez mes parents pour un coucou… Mon chien se lève, s’étire et je me dis « Pourquoi il se lève, lui ?? » et puis je vois le paysage… Putain, on arrivait en gare (je n’ai jamais su comment mon chien faisait pour savoir quand on arrivait à destination avec le train) !

1-la-plupart-ne-reviendront-pas1941 : les forces de l’Axe lancent des centaines de divisions dans la gigantesque campagne de Russie. Mobilisé par l’armée italienne en 1942, Eugenio Corti prend part, comme jeune officier d’artillerie, à l’épopée du Front de l’Est. Brisée aux portes de Stalingrad, l’avancée foudroyante des envahisseurs va se transformer en une épouvantable débâcle. Encerclées dans une poche aux côtés de la 298e division allemande, plusieurs divisions italiennes, désemparées, vont être anéanties par un ennemi féroce et un froid polaire. Seule une poignée des quelque 30 000 compagnons du jeune écrivain retrouveront leur patrie, l’Italie.

La plupart ne reviendront pas, paru en 1947, bouleversa les Italiens. De ce fourvoiement honteux que l’on s’efforçait d’oublier – l’alliance avec l’Allemagne -, la campagne de Russie était l’épisode le plus douloureux. Une génération entière avait été engloutie dans cette guerre qui n’était pas la sienne, absorbée à jamais par l’immensité russe et les camps. L’un des rares survivants de cet enfer en avait rapporté un récit minutieux, insoutenable de précision, et pourtant porté par une inextinguible espérance.

9. Jane Eyre de Charlotte Brontë. Je n’ai jamais lu des tonnes de Classiques, alors, pour découvrir, j’avais pris ce roman, pensant que je n’allais pas aimer ou que ce serait neuneu, larmoyant… Ben non ! J’ai pris une claque monumentale, adoré les personnages, souffert avec eux, prié pour que ça finisse bien. Une immersion pareille dans le Classique, ça laisse des traces durables.

Jane Eyre - Brontë CharlotteJane Eyre, jeune orpheline pauvre, a été placée par sa tante dans un pensionnat à la discipline de fer. À dix-huit ans, elle accepte un emploi de gouvernante au château de Thornfield Hall, chez l’ombrageux Mr Rochester. Tandis que d’étranges événements se produisent la nuit, Jane se découvre des sentiments pour son riche employeur…

Une héroïne inoubliable, volontaire et indépendante, dont le destin romantique a bouleversé des générations de lecteurs.

10. Le chemin des âmes de Joseph Boyden. Le retour de la Grande Guerre, le traumatisme des tranchées, les souvenirs de ces indiens du Canada quand les Hommes Blancs sont venus, l’Horreur de la guerre et l’Horreur de notre comportement envers ces gens. Une lecture avec le regard brouillé, une profondeur inimaginable, un roman qui m’a marqué au fer rouge.

Chemin des âmes - Boyden1919. Nord de l’Ontario. Niska. une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d’Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre.

À sa grande surprise, l’homme qui descend du train est son neveu Xavier qu’elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l’engagement dans l’armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l’enfer des champs de bataille en France…

« Un roman lumineux et sombre à la fois. II vous fera peut-être souffrir, mais ça en vaut véritablement la peine. Irrésistible. »
Jim Harrison.

11. Pottsville, 1280 habitants de Jim Thompson est un véritable roman noir, un roman qui m’a marqué parce que lorsque je l’ai lu la première fois, j’ai ri à gorge déployée. Un shérif niais, du moins en apparence et avec un sang-froid à faire pâlir les serial-killer. On rit, mais on devrait frémir devant l’hécatombe. Un assassin aussi effroyable que celui de « L’assassin qui est en moi » du même auteur.

Pottsville 1280 habitants - Jim ThompsonShérif de Pottsville, 1280 habitants, au début du vingtième siècle, Nick Corey évite de trop se fatiguer à se mêler des affaires de ses administrés. Débonnaire, apparemment pas très malin, il se laisse même contester et humilier en public. Comme si ça ne suffisait pas, il est cocu et pourrait bien perdre son poste aux prochaines élections. Il décide donc de commencer à faire le ménage…

Première traduction intégrale du plus célèbre roman de Jim Thompson, un classique incontournable précédemment édité à la Série Noire sous le titre 1275 âmes

« Un roman toujours cité, jamais égalé. »
Jean-Patrick Manchette

12. Une journée d’Yvan Dennisovitch d’Alexandre Soljenitsyne ou comment parler du goulag sans se faire censurer. Pari réussi, l’auteur, au travers d’Ivan, nous parle d’une journée au goulag et présenté ainsi, on dirait que ce n’est pas si effroyable que ça. Pourtant, ça l’est et ce court roman m’a aussi marqué au fer rouge, plus que s’il avait décrit l’horreur qui y régnait en se moquant de la censure. C’est beau, mais éprouvant.

Journée d'Ivan Denissovitch

Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés en Asie centrale sous le régime stalinien, Choukhov, petit homme bon et débrouillard, est un zek, un détenu dans le langage administratif soviétique.

Harcelé par ses bourreaux, le froid et la faim, il s’adapte pour survivre avec dignité dans un univers inhumain. Avec Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne nous plonge dans le quotidien d’une victime parmi d’autres du système concentrationnaire soviétique. Au fil de cette journée, c’est toute l’horreur de ce monde «hors la vie» qui nous saute au visage, mais c’est aussi et surtout la résistance d’un homme face à la terrible entreprise de dépersonnalisation du Goulag. En 1962, avec ce texte inoubliable écrit en deux mois dans une langue vive, truculente et lyrique qui recrée l’argot des camps, Soljenitsyne et le monde du Goulag entraient en littérature.

13. Une terre d’ombre de Ron Rash où la Grande Guerre vu des États-Unis et ses dommages collatéraux… Un portrait d’une famille qui vit en retrait de tout, une vallée où le soleil ne brille que très peu, l’agressivité des hommes face à des habitants d’origine allemande ou envers ceux qui ne sont pas parti à la guerre.

De l’émotion brute, une écriture qui claque comme un coup de fusil dans la nuit, des larmes à la fin, un cœur éprouvé (le mien) et un roman qui restera dans mes annales (avec 2 « n » !!) car il est tout en finesse, sans mièvrerie.

1-une-terre-dombre-ron-rashLaurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.Après Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012), Une terre d’ombre prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.

14. Le diable tout le temps de Donald Ray Pollock est un roman noir que j’ai dévoré sans plus savoir m’arriver, découvrant les différents portraits qui parsèment ce livre avec un air horrifié. Un roman noir d’encre, violent, sans concession, éprouvant pour les nerfs, une traversée de l’Enfer sur terre et une plongée dans des âmes noires de chez noires. Un livre qui restera aussi dans ma tête jusqu’à mon Alzheimer définitif.

Diable tout le temps - PollockDès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.

De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l’enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d’horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s’il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Toute d’ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages violents et malgré tout attachants. Le Diable, tout le temps n’est pas sans rappeler l’univers d’écrivains tels que Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac Mc Carthy.

15. Seuls les vautour de Nicolas Zeimet où la preuve que les français peuvent faire du roman noir aussi bien que les américains. Un roman magistral qui se déroule dans le trou du cul de l’Utah, une ambiance sombre, des personnages torturés ou attachants, et de l’émotion à l’état brut. Addictif ce genre de roman.

1-seuls-les-vautoursDans une petite bourgade de l’Utah, un soir de l’année 1985, une fillette de cinq ans disparaît brutalement. Toute la communauté se mobilise : les quelques policiers du poste local, le médecin, un journaliste mais aussi les enfants du village. Des enfants qui ont l’imagination fertile et qui racontent d’étranges histoires. En suivant les destins croisés des habitants de Duncan’s Creek, l’enquête progresse, puis les haines et les attirances se cristallisent alors que des découvertes bien réelles mènent à des événements qu’on croyait définitivement sortis des mémoires. Certains, en tout cas, auraient bien voulu les oublier…

Un roman noir atmosphérique baigné de littérature américaine qui marque le début d’un jeune et talentueux écrivain français.

16. Le garçon de Marcus Malte est avant tout une écriture superbe, des paragraphes qu’on relit doucement pour être sûr de bien les avoir dégusté, un personnage principal improbable mais ô combien attachant, une histoire d’amour, la Grande Guerre qui, sous la plume de Marcus, devient prégnante, angoissante, comme si nous y étions. Un véritable coup de coeur et un récit qui m’a marqué, oui.

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde. Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

17. Le village de Dan Smith. Ukraine, 1930, un petit village perdu au fin fond du fin fond du trou du cul du monde. Le contexte social du livre en fait un roman noir et l’aspect politique est fort présent avec le communisme et toute la puissance de son illogisme. Des personnages charismatiques oscillant souvent entre leurs côtés humaniste et leur part sombre qui peut faire d’eux des assassins; un récit à la fois humain et barbare. Ici, rien n’est ni tout blanc ni tout noir, mais entre gris clair et gris foncé. C’est tout ça, ce roman… avec des larmes et du sang.

1-le-village-dan-smithHiver 1930. Vyriv, un petit village isolé de l’ouest de l’Ukraine. Dans la steppe enneigée, Luka, vétéran de la guerre de Crimée, recueille un homme inconscient. Dans son traîneau, deux corps d’enfants atrocement mutilés. Lorsque Luka revient au village, les habitants s’affolent. Avec l’arrivée au pouvoir de Staline, la paranoïa règne. Dans cette petite communauté jusqu’ici préservée, tout le monde craint l’arrivée de l’Armée rouge et des activistes. La venue de cet étranger n’annonce-t-elle pas un péril plus grave encore ? Luka n’aurait-il pas fait entrer un monstre dans le village, un assassin d’enfants, l’incarnation du mal ? Quand une fillette du village disparaît, Luka promet solennellement de la retrouver. À travers les étendues gelées de cette région hostile déchirée par la guerre et la brutalité, où la survie est un souci de chaque instant, il se lance alors à la poursuite d’un prédateur particulièrement retors.

Un héros d’une humanité rare, un sens du réalisme et de l’authenticité quasi documentaire, une traque impitoyable dans des conditions extrêmes : avec Le Village, Dan Smith nous entraîne au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Dressant un portrait aussi juste qu’effrayant des débuts du stalinisme, il atteint avec une force d’émotion et une tension permanentes une maîtrise romanesque qui fait de ce thriller inouï, déjà salué par une critique unanime, un classique immédiat.

18. Papillon de nuit de R.J Ellory. Cet auteur m’a souvent des coups de cœurs mais ici, on est au-dessus du lot niveau émotions ressenties durant la lecture. Un récit fort, puissant, magnifique, addictif, de l’émotion à l’état brut, sans jamais plonger dans le pathos gratuit. L’auteur nous sert là un plat de résistance gargantuesque sans avoir besoin de nous servir un pavé. Un roman que j’ai dévoré, ne laissant aucune miette, me pourléchant les babines tout en le finissant sur les genoux, tant l’émotion m’avait saisie à la gorge, au cœur, dans mes tripes. Un peu comme « En ce lieu enchanté » de Rene Denfeld.

1-papillon-de-nuit-r-j-ellory

Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.

1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions.

Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air.

Papillon de nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rôdent la folie et le complot.

19. Que ta volonté soit faite de Maxime Chattam est aussi un roman bourré d’émotions que j’ai dévoré en peu de temps, où j’ai souffert, où j’ai eu les larmes aux yeux. Le premier chapitre est sans concession et je l’ai terminé en fermant les yeux, avalant difficilement ma salive. Sombre, violent, dérangeant, angoissant, avec un contexte social d’une petite ville en toile de fond.

1-que-ta-volonte-soit-faite

Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis… S’il n’y avait Jon Petersen.

Il est ce que l’humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin.

Et là… sans doute réveillera-t-il l’envie de tuer qui sommeille en vous.

Maxime Chattam nous manipule tout au long de ce récit troublant dont le dénouement, aussi inattendu que spectaculaire, constitue l’essence même du roman noir : la vérité et le crime.

20. Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck m’a emporté loin, loin, dans un magnifique voyage éprouvant et émouvant. Lorsque je suis revenue sur terre, j’étais amputée car le livre était fini. Mais dans ma tête, Bohem roule toujours et son pote est à ses côtés. Oui, un roman émouvant et marquant.

1-nous-revions-juste-de-liberte

« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Loevenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

Voilà, double ration de romans marquants, j’aurais encore pu en ajouter, vous avez sans doute remarqué que j’en avais glissé subrepticement dans la description du pourquoi du comment j’avais trouvé ce livre marquant.

Bon anniversaire de blog, Collectif et j’espère qu’on en fêtera encore beaucoup !
minions-says-thank-you-minion-thank-you-clipart_1181-621

Le TOP 2016 de votre Bibliothécaire : Noël c’est dans quatre jours , offrez des polars.


Le TOP 2016 de votre Bibliothécaire.

16 polars pour 2016

Noël c’est dans à peine quatre jours , offrez des polars.

La fin d’année arrive à grands pas, et avec elle les fêtes qui y sont liées.

Et qui dit fêtes de fin d’année dit petit cadeau.

Si comme moi vous n’avez pas encore fait vos cadeaux, je vais vous simplifier la vie.  😉

Aussi, pour l’occasion, je me permet de vous conseiller quelques livre à offrir.

Seize exactement.

Treize polars en tous genres.

Du thriller, du noir, du roman psychologique, de l’historique, du roman policier, Du roman initiatique, du thriller écologique…

Et puis, trois romans qui m’ont eux aussi marqué cette année même s’il me s’apparente pas totalement à notre genre de prédilection préférées.

Seize roman pour clore cette année 2016

 

Ma petite sélection 2016

 

Les polars

     noelGustawsson, Johana /Block 46 : une enquête d’Emily Roy et Alexis Castells

Bragelonne et Milady Thriller

Les similitudes observées sur les corps des victimes d’une série de meurtres d’enfants à Londres et sur celui d’une femme assassinée en Suède amènent l’enquêtrice anglaise Emily Roy à collaborer avec le commissaire Bergström en Suède. La poursuite du ou des tueurs les plonge dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et au coeur d’événements vécus en 1944 à Buchenwald. Premier roman.

Johana Gustawsson nous offre un roman choral très ambitieux. Il fallait oser mélanger le thème rebattu du tueur en série et celui des camps de concentration nazis. Notre auteur maîtrise parfaitement cette double intrigue. C’est avec justesse qu’elle nous maintient entre tension et émotion. De plus, elle nous propose une galerie de personnages hauts en couleur. Je retiendrai surtout son duo d’enquêtrices qu’il me tarde de retrouver. Ce polar est une pure réussite.

Mon petit avis sur Block 46 de Johana Gustawsson

 noelPhilippon, Benoît / Cabossé

Gallimard ; Série noire

Les pérégrinations de Raymond, surnommé Roy, un homme de 42 ans au visage ingrat et malmené par la vie, entre ses expériences de boxeur et d’homme de main. Quand il trouve l’amour en la personne de Guillemette, il croise aussi Xavier, son ex-fiancé. La rencontre entre les deux hommes tourne au drame et entraîne les amoureux dans une cavale riche en rebondissements. Premier roman.

Cabossé nous entraîne pour une cavale où la sensualité se mêle à l’aventure, servie par une écriture concise, très « parlée ». Des personnages à fleur de peau et émouvants auxquels on s’attache vite, qui nous font passer du rire aux larmes et ça fait du bien.

Mon billet sur Cabossé

noelSéverac, Benoît / Le chien arabe

la Manufacture de livres, Roman noir

Sergine Ollard est vétérinaire à une clinique des Izards, à Toulouse. Un jour, Samia, une adolescente, lui demande d’examiner un chien que son frère Nourredine Ben Arfa a caché dans une cave d’immeuble. Le docteur découvre que l’animal a le ventre rempli de drogue. La clinique est braquée par deux frères islamistes radicaux qui ont décidé de prendre le pouvoir sur le quartier.

Benoît Séverac décide d’implanter son roman au cœur d’un quartier sensible au nord de Toulouse – Les Izards. Un quartier de mecs qui en ont !  Un monde de caïds, et de barbus.  Ce polar noir est une photographie, une radiographie sociologique d’une cité. Mais ,ici, l’auteur prend le parti de mettre les personnages féminins au coeur de son roman. Ici, toutes se battent pour leurs idées. Elles se révoltent contre ce monde masculin. Elles avancent quoi qu’il arrive. C’est sensible et vivant à la fois.

noelEstrada, Christophe / Hilarion : L’araignée d’Apollon

Actes Sud, Actes noirs

Février 1777. Le chevalier Hilarion quitte la Provence pour s’installer au château de Versailles. Il est chargé par le roi Louis XVI  de retrouver la correspondance dérobée à la reine et dont les lettres permettent d’alimenter des libelles injurieux. Mais le principal suspect est retrouvé mort suicidé tout près des appartements du roi, jetant le doute et la peur au sein des dignitaires.

Après l’énigme des fontaines mortes, l’auteur nous entraîne dans les coulisses de Versailles, où le roi observe les jeux de pouvoir… Politique, pouvoir et alliances secrètes font la trame de ce roman historique. Un subtil et réussi mélange de roman policier et de la grande histoire.

sepCavalier, Philippe / Hobboes

Anne Carrière ; Thriller

Dans une Amérique en crise, des individus marginalisés, les hobboes, croient en un homme providentiel qui pourrait changer leur destin. Raphaël Barnes, un professeur d’université élitiste et rationnel, se trouve plongé malgré lui au coeur des prophéties qu’il dédaigne, dans un pays en proie au chaos.

Philippe Cavalier nous propose un conte dystopique. Une contre utopie qui sonne le glas de notre civilisation qui érige comme idéologie l’ultralibéralisme. Une aventure qui a pour toile de fond Armagedon. Un récit pré-apocalyptique entre réalité et
fiction, un conte, une fable, une sorte de mise en garde, un livre prophétique dans un futur proche qui pourrait vite devenir le nôtre. L’auteur se pose en observateur, il scrute notre société, la dissèque, la dévoile telle qu’elle pourrait-être. A peine il la déforme pour nous la montrer monstrueuse. Il la dévoie pour nous forcer à repenser notre monde dans sa globalité. Hobboe est le livre des maux de notre société occidentale. Une critique sociale. Mais Hobboe est un livre qui fait du bien.

Mon abcédaire sur Hobboe

 cdc Monget, Yannick / Résilience : thriller

La Martinière

A Paris, en Chine, de curieux incidents se produisent à proximité de réacteurs nucléaires. Un virus informatique semble avoir réussi à prendre le contrôle de nombreuses centrales. Les services du renseignement français se mettent en alerte pour déjouer la plus grande menace jamais affrontée.

Résilience de Yannick Monget, un roman exceptionnel dont personne ne ressortira indemne… Les connaisseurs du nucléaire seront confortés dans leurs idées et les profanes se poseront de nombreuses questions… Une écriture fluide, aux chapitres cours terminant sans cesse par des rebondissements, l’art d’orienter le lecteur vers une fin qui parait évidente et qui pourtant… Un fantastique roman d’anticipation à lire impérativement !  Un livre indispensable d’utilité publique.

Notre petite chronique de Résilience

noelMehdi, Cloé / Rien ne se perd

Jigal Polar

Saïd avait 15 ans quand un banal contrôle policier lui a coûté la vie. Mattia, 11 ans, ne le connaissait pas mais se sent pourtant en empathie avec lui face à la violence de la société et la défection de sa famille (père disparu, mère absente, frère indifférent, etc.).

Cloé Mehdi est la révélation de l’année. C’est sans contexte la plume la plus acerbe du moment. Cette jeune femme est bien de son temps. Elle ressent les choses et nous les expose  avec sensibilité. Elle a ce pouvoir de convoquer avec ses mots simples, les plus extrêmes de nos sentiments. Elle nous ouvre les yeux et nous confronte à la noirceur crasse de notre monde. Elle est notre conscience face à l’injustice. Nous obligeons à retrouver un peu de notre humanité et à percevoir une lueur d’espoir dans ce  magnifique roman noir . 

Mon petit avis sur Rien ne se perd

noelMinville, Benoît / Rural noir

Gallimard ; Série noire

Dans la campagne nivernaise, le clan formé par Romain, son frère Christophe, Vlad et Julie, est bouleversé par l’arrivée de Cédric, un adolescent rebelle, puis par l’agression de la seule fille de la bande. Dix ans plus tard, à la mort de ses parents, Romain revient dans le village et découvre les différents chemins pris par ses amis. Le gang se reforme quand Vlad est retrouvé presque mort.

L’auteur nous propose un beau polar rural. Un genre qui a le vent en poupe actuellement. Mais… Le livre de Benoit Minville a ce quelque chose de profondément humain et universel qui ne peut que vous parler. Et je pense réellement que, même si vous êtes un vrai urbain, vous serez vous aussi touché par ces mots simples.

Mon ressent sur Rural Noir

noelNg, Celeste / Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Sonatine éditions

Lydia Lee, 16 ans, est l’espoir de ses parents. Marylin, sa mère, espère la voir faire les études de médecine qu’elle n’a pas pu réaliser, tandis que son père, James, un professeur d’université d’origine chinoise, veut la voir s’intégrer. Lorsque le corps de l’adolescente est retrouvé au fond d’un lac, la famille en apparence soudée fait face à des secrets enfouis. Prix Relay 2016. Premier roman.

Un roman noir subtil, très maîtrisé et superbement écrit, autour des relations familiales, de leur histoire complexe et des conséquences qu’elles peuvent avoir. Des portraits psychologiques très fouillés, un suspense qui rend ce livre très addictif. Il a fallu six ans à Celeste Ng pour aboutir à ce récit. J’espère ne pas devoir attendre six ans de plus, j’ai trop hâte de lire son prochain roman !

noelWalker, Wendy / Tout n’est pas perdu

Sonatine éditions

Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville de Fairview. Il reçoit en consultation Jenny Kramer, 15 ans, une jeune fille qui a gardé, malgré un traitement post-traumatique, les séquelles émotionnelles d’une agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt.

Tout n’est pas perdu  est un thriller qui vous plonge dans les abîmes psychiques. Une descente aux enfers dont on ne ressort pas indemne. Un roman perturbant et suffocant qui  analyse les anfractuosités de la psychologie humaine. Une histoire servit par une intrigues tortueuse parfaitement orchestrée et admirable de maîtrise.

 

 

 

lvLa toile aux alouettes
Volume 1, L’inclus

Vernet, Lou

Border Line

Ce roman noir met en scène une galerie de personnages qui semblent appartenir à des mondes différents, de la mère névrosée au « no life » féru d’informatique, en passant par deux enquêteurs louches et un voisin insupportable, et qu’un sombre incident amène à se rencontrer

Pour sa première incursion dans le monde du polar, Lou Vernet a parfaitement réussi son entrée. Dans ce premier polar tout y est !  Tour à tour Roman psychologique, roman noir et policier, thriller implacable, La toile au alouette est une magnifique découverte. L’auteur distille même ici et là à travers son entrelacs de mots, quelques brins d’humour, un poil astringent.

Mon billet sur La toile aux alouettes

 

dmOn se souvient du nom des assassins : thriller

Maisons, Dominique

La Martinière

Max Rochefort, auteur d’un feuilleton à succès dans un quotidien, est flanqué d’un assistant qui l’admire, Giovanni Riva. Ils seront tous deux mêlés à une sombre enquête suite au meurtre d’un cardinal et constitueront, au fil de leurs pérégrinations, une ligue de gentlemen extraordinaires.

Ce polar est écrit à la façon des romans feuilletons de l’époque. Dominique Maisons c’est appliqué à faire revivre la langue des feuilletonistes tout en gardant un rythme très actuel. Et avec l’histoire qu’il nous propose, nous allons  vivre la plus exaltante des aventures.

Alors vous n’avez plus qu’à noter le titre de ce roman car croyez moi, toujours On se souvient du nom des assassin

 Mon avis sur On se souvient du nom des assassins

mmt

Lux / Mayeras, Maud

Anne Carrière

Vingt ans après des vacances à Ceduna, Antoine Harelde y retourne. Il n’a rien oublié, ni pardonné de ces trois mois si particuliers. La justice résonne de manière apocalyptique.

Il y a quelque de brut, de sauvage, d’instinctif dans l’écriture de Maud. Quelques chose qui parle à notre part animale. Quelque chose qui nous bouscule, qui nous chavire.  Elle propose une prose unique bien qu’elle conçoive des histoires noires. On vit les choses différemment à travers ses mots. On perçoit les choses différemment. En fait, on ressent plus les choses qu’on ne les intellectualise dans les livres de Maud.  A travers ses mots, on perçoit les couleurs, on discerne les odeurs, on éprouve les failles. Et justement  c’est à travers ces failles que passe la lumière.

Ma chronique sur Lux

Les autres

bpAlexis Vassilkov ou La vie tumultueuse du fils de Maupassant/ Prou, Bernard

Le Livre de poche

La vie inventée du fils caché que Maupassant aurait eu à la fin de sa vie avec la peintre Lioubov Adréievna Vassilkova. Les aventures d’Alexis le conduisent dans la Russie révolutionnaire, où il fait partie de l’entourage de Staline, puis au goulag, où il est initié à la franc-maçonnerie, et enfin en France où il s’engage dans la Résistance.

Bernard Prou nous fait traverser la fin du XIXe et le début du XXe siècle.  Il nous plonge dans l’histoire de l’Europe avant l’Europe. 

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant c’est un hymne à la vie, à l’amitié, à l’engagement. C’est un plaidoyer qui prône quelques valeurs humanistes, fraternelles pour ne pas dire universelles.

Ma petite chronique sur Alexis Vassilkov ou La vie tumultueuse du fils de Maupassant

 

 

 

marcus4265Le garçon / Malte, Marcus

Zulma

Le garçon n’a pas de nom et ne parle pas. Être quasi sauvage, il ne connaît du monde que sa mère et leur cabane. En 1908, il découvre les habitants d’un hameau, Brabek et Emma, puis la guerre, paroxysme de la folie des hommes. Ce roman esquisse l’itinéraire d’une âme neuve, qui s’éveille à la conscience et vivra des expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses. Prix Femina 2016.

Depuis 20 ans Marcus Malte nous offre des petits bijoux. Avec Le garçon , L’auteur une offre le chef d’oeuvre que l’on attendait, que l’on présentait. Un livre qui va longtemps me rester en mémoire.

 

 

Mon ressenti sur Le garçon

 

 

97822263240540-3342862Brève histoire de sept meurtres / James, Marlon

Albin Michel

Partant des événements et des personnages entourant la tentative d’assassinat de Bob Marley, chanteur reggae pacifiste, en décembre 1970, cette fresque épique dépeint les sombres pouvoirs qui régissent la société, en Jamaïque comme aux Etats-Unis. Man Booker Prize 2015.

S’affirmant ici comme le fils spirituel de Toni Morrison et de James Ellroy, Marlon James signe un livre hors norme, tour à tour sombre, drôle, cru, et toujours passionnant, signe d’une rare ambition littéraire et d’un talent prodigieux.

Ce premier roman, traduit en France, de Marlon James est une sacré découverte. Et il est certain que je n’en resterais pas là avec cet auteur !

Mon petit billet sur Brève histoire de sept meurtres

The Ruler og Books Tag


tag Collectif polar

Puisque Mélie ou May Lee du blog The Love Book me croit la reine du polar je ne peux pas la décevoir, alors je vais répondre à ce Tag puisque je peux y parler bouquins !

the-ruler-of-books-tag

 

Le principe est simple : Imaginons que nous soyons roi/reine – dirigeant/e – président/e (ou ce que tu veux hein) de notre monde livresque et répondons aux questions suivantes.

 

# Article 1 – Quel livre fais-tu lire à tout le monde ?



mmrAlors si c’est un livre pour lequel je viens d’avoir un gros que dis-je un gigantesque, coup de coeur ce sera « Le garçon » de Marcus Malte. Il est entré dans mon Top Ten directement.

Le garçon n’a pas de nom et ne parle pas. Être quasi sauvage, il ne connaît du monde que sa mère et leur cabane. En 1908, il découvre les habitants d’un hameau, Brabek et Emma, puis la guerre, paroxysme de la folie des hommes.

Ma chronique sur Le Garçon ICI

reinesSinon pour rester dans le thème des roi et reine mais aussi pour faire échos à l’actualité je proposerai La reine des Pommes de Chester Himes  et tous le cycles d’Harlem.

 

reineCe volume contient : les huit romans du Cycle de Harlem, dont les inspecteurs Cercueil et Fossoyeur sont les héros :

¤ La Reine des pommes ¤ Il pleut des coups durs ¤ Couché dans le pain ¤ Tout pour plaire ¤ Imbroglio negro ¤ Ne nous énervons pas ¤ Retour en Afrique ¤ L’Aveugle au pistolet

« – C’est ici à Harlem, parmi les gens de couleur, que le taux de criminalité est le plus élevé au monde. Et il n’y a que trois façons de procéder : ou bien on fait payer les malfaiteurs – et ça, vous n’en voulez pas ; ou bien on paie les gens suffisamment pour qu’ils aient une vie décente – et ça, vous ne le ferez pas ; si bien qu’il ne reste qu’à les laisser se bouffer entre eux. »

Ainsi s’exprime l’inspecteur noir Jones, dit Fossoyeur, répondant à l’accusation du sergent Anderson, qui le soupçonne, lui et son collègue Ed Cercueil, d’avoir la gâchette un peu facile et une idée toute personnelle sur la manière de faire régner l’ordre à Harlem.

Le génie de Chester Himes, dans ces huit romans où la brutalité le dispute au pittoresque, est de saisir Harlem au moment critique où les Noirs, excédés par la ségrégation, les brimades de la police, la misère et les bas salaires, vont basculer… Gangsters, dealers, charlatans, prophètes, proxénètes et patrons du jeu tiennent en otage la population du ghetto sur laquelle s’abattent tous les fléaux. Cercueil et Fossoyeur, qui appartiennent corps et âme à Harlem, ont un pied dans chaque camp : celui des Blancs qui usent et abusent de la loi, celui des Noirs où les deux justiciers se servent de la loi pour protéger les Noirs d’eux-mêmes et les empêcher de « se bouffer entre eux ».

Romans attachants, délirants même, grâce à l’étonnant pittoresque de leurs personnages, leurs dialogues vrais et l’atmosphère réaliste qui nous fait pénétrer dans le monde fascinant d’Harlem.

 

# Article 2 – Qu’est-ce que tu supprimes dans l’univers des livres ?

Comme ça, je ne sais pas, mais je vais y réfléchir, promis !

Peut-être ferais-je en sorte que les librairies indépendantes soient mieux protégées par rapport aux grands groupes surpuissants qui peuvent proposer des avantages certains aux consommateurs comme par exemple les frais de port gratuit. Et oui pour Amazon, pour ne citer que ce site, nous ne sommes pas des lecteurs mais des consommateurs. Et en plus ils comptent sur nous pour conseiller les autres acheteurs potentiels en reprenant nos commentaires à leur compte. C’est nous, c’est vous qui jouer le rôle de libraire. Et pendant ce temps là, nous ne visitons plus les petites librairie et de vrai(e)s libraires passionné(e)s sont obligé(e)s de mettre la clé sous le porte. Et nos librairies ferment les unes après les autres.

Alors peut-être supprimerai-je cette inégalité commerciale !

 

# Article 3 – A quel auteur demandes-tu de t’écrire un livre ?

Rhoooo, m’écrire un livre, rien que pour moi ?  C’est trop d’honneur. Alors pourquoi pas les 4 évangélistes, après tout il n’en ont écrit qu’un est encore qu’une partie !

Comment ça je suis mégalo !

Sinon, si j’ai le choix, je dirai, une auteure de polar, j’ai quelques nom en tête. Je peux pas toutes les citer, enfin si je peux puisque je suis la reine. Alors disons, Laura Sadowki, Nathalie Hug, Elsa Marpeau, Maud Mayeras, Sandrine Collette, Sonja Delzongle, Johana Gustawsson, Indrid Desjours , Claire Favan, Maud Tabachnik, Barbara Abel, Nadine Monfils….

Et comme j’ai tout pouvoir et bien je demanderai à chacune d’elle de n’écrire un livre.

# Article 4 – Quel livre supprimes-tu de tes archives royales pour faire de la place ?

Même reine, je resterai bibliothécaire dans l’âme. Et une bibliothécaire bien sur ça choisi et achète des livres mais ça en supprime aussi. On pilonne ou on désherbe pour être plus politiquement correcte. Et je désherbe autant que j’achète.

Dans ma bibliothèque perso, à l’heure où je vous parle, je retirais volontier un livre que je n’ai pas aimé:

troisTrois de Sarah Lotz. Je ne suis as arrivé à rentrer dedans. Il avait pourtant vraiment tout pour me plaire.

Jeudi noir sur la planète. Ce jour-là, quatre avions de ligne s’écrasent aux quatre coins du globe. Troublante coïncidence, d’autant que sur trois des quatre sites de la catastrophe, les secouristes découvrent un rescapé. Chaque fois, il s’agit d’un enfant et chaque fois, sa survie tient du miracle.

La presse internationale s’empare de l’événement, il n’est bientôt plus question que des «Trois» et les spéculations à leur sujet vont bon train. Certains fanatiques religieux voient même en eux l’incarnation des cavaliers de l’Apocalypse, à ce détail près qu’ils devraient être quatre… Y aurait-il un autre survivant ?

Dans le même temps, les familles qui ont recueilli les enfants sont confrontées à des événements étranges. Alors, qui sont au juste ces enfants ? Et que veulent-ils ?

Je ne sais pas pourquoi mais la construction de ce bouquin m’a totalement perdue.

# Article 5 – A quel artiste/illustrateur de couverture demandes-tu de peindre une fresque pour toi ?

Je crois que je confirais la couverture à monsieur Philippe Jozelon. J’ai lu dernièrement un livre dont il a fait la couv. et celle-ci illustrait parfaitement ce récit d’outre-tombe.
Il s’agissait de Ceux qui grattent la Terre de Patrick Eris.

Elle est magnifique cette couverture, non ?

eris-copie-2-562x787

« Pour Karin Frémont, après deux ans de chômage, obtenir un nouvel emploi est comme un rêve. Et quel emploi ! Secrétaire de Harald Schöringen, un auteur à succès spécialiste du surnaturel retranché dans son appartement dominant Montmartre. Un véritable conte de fées… s’il n’était troublé par un cauchemar récurrent où Karin se voit arpenter une immense plaine malsaine où se dresse une muraille d’ébène…

La jeune femme découvre qu’un an plus tôt, un voisin de Schöringen a disparu sans laisser de traces. Y a-t-il un rapport avec cette légende de l’Homme Noir, un insaisissable esprit hantant le vieux Montmartre ? Avec les ombres que Karin sent s’amasser autour d’elle ? Et avec cet étrange bruit qui ne cesse de résonner dans les tréfonds de l’immeuble. Un tout petit grattement, entêtant, obsédant…Scriiitch, scriiitch… »

# Article 6 – Quel visage de personnage fais-tu représenter sur ta monnaie royale ?

Celui d’Hanah Baxter, la surprenante et atypique profileuse de Dust et Quand la neige danse.

 

9782207124413,0-2575725

 

9782207132845,0-3184173

Dans cet hiver polaire, quel esprit mauvais a imaginé d’échanger des petites filles contre des poupées ?

Février 2014, au nord de Chicago. La neige et le blizzard semblent avoir pétrifié la petite ville de Crystal Lake. Un matin, le médecin Joe Lasko reçoit un paquet. Y repose une magnifique poupée aux cheveux longs et roux, sosie de sa fille Lieserl disparue depuis plusieurs semaines. Comble de l’horreur : la poupée est vêtue exactement comme Lieserl le jour où elle s’est volatilisée.

Ce n’est pas tout. Depuis un mois, quatre fillettes ont été enlevées, et chacune des familles va recevoir une poupée. Joe, jeune divorcé, décide de mener sa propre enquête, aidé par une détective privée dont il était secrètement amoureux des années plus tôt. Conscients que l’affaire les dépasse, tous deux appellent à l’aide Hanah Baxter, la célèbre profileuse, et son inséparable pendule. Quelque part dans Crystal Lake, depuis très longtemps, quelqu’un s’en prend aux enfants. Les détient-il prisonnières ? Sont-elles encore en vie ?

# Article 7 – A quel livre décernes-tu le prix royal pour 2016 ?

Le Prix Royal 2016 est attribué ….tadam, roulement de tambour…. à

La trilogie W3

En effet si le dernier opus, Le calice jusqu’à la lie, est sortie le 1er avril de cette année. Et non ce n’est pas une blague que l’on vous ait faite, mais belle est bien la conclusion d’une extraordinaire saga sur plus de 2380 pages.

teléchargement 23

W3 : Le sourire des pendus

Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute…Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes. Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire.

Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ?

Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

w3_2W3, Volume 2 : Le mal par le mal

Sous le choc de la découverte du responsable de sa séquestration, la journaliste Lara Mendès décide de se reconstruire loin du site d’info W3 fondé avec ses proches pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

Pendant que Léon Castel, l’activiste ingérable et porte-parole du site, poursuit ses actions coups de poings, une vague de meurtres violents cible des officiers de police partout en France.

Alors que tout semble mis en oeuvre pour étouffer l’affaire, la Web TV est convaincue de tenir sa nouvelle bombe médiatique.

Fragilisée par des tensions internes et de violentes pressions extérieures, l’équipe de W3 se retrouve bientôt plongée en plein chaos.

$$&$$$

Le calice jusqu’à la lie : W3, Volume 3

Les locaux du site d’info W3 ont été soufflés par une terrible explosion.

Qui est responsable de ce massacre ?

Ceux qui ont échappé à la mort vont très vite comprendre qu’ils ne sont pas sortis d’affaire.

Sur les décombres encore fumants de l’immeuble, les drames se nouent et les destins s’entrelacent une dernière fois.

La plus unie des familles peut-elle résister à tant d’horreur ?

Les meilleures choses ont une fin… pas les pires. Il faut boire le calice jusqu’à la lie.
téléchargement (22)Après le succès des deux premiers volumes de la série, dont le premier a été optionné pour la télévision, Jérôme Camut et Nathalie Hug clôturent la saga W3 sans laisser le moindre répit à leurs personnages. 

Mes avis sur :

W3 : Le sourire des pendus

W3, Volume 2 : Le mal par le mal

 W3, Volume 3 : Le calice jusqu’à la lie

 

 

 

 

Le Garçon de Marcus Malte : Le chouchou du Week-end


chouchous-du-week-end
 marcus4265Le livre : Le Garçon de Marcus Malte. Paru le 18 août 2016 chez Zulma.  23€50 ; (534 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation. Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.

 

marcusL’auteur : Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.
Extrait : 

Résumé et  petit avis :

Le garçon n’a pas de nom et ne parle pas. Être quasi sauvage, il ne connaît du monde que sa mère et leur cabane. En 1908, il découvre les habitants d’un hameau, Brabek et Emma, puis la guerre, paroxysme de la folie des hommes. Ce roman esquisse l’itinéraire d’une âme neuve, qui s’éveille à la conscience et vivra des expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses.

Voici un livre dans lequel je suis rentrée en apnée. Je laissais mes yeux parcourir les mots, mon regard courir sur les phrases et j’ai retenu ma respiration.

Les mots, les phrases, les paragraphes se succédaient et j’en ai eu le souffle coupé.

Mon dieu il y a longtemps que j’attendais un nouveau roman de Marcus Malte. Un gros roman, un roman fleuve comme les Harmoniques que j’avais dévoré et adoré.

Depuis 20 ans Marcus Malte nous offre des petits bijoux. Mais des histoires de moins de 200 voire au plus 300 pages. Souvent de courts romans, des grandes nouvelles. Mais un roman digne de ce nom, un pavé quoi ! Une histoire qui nous traverse de part en part ! J’ai attendu, et le Garçon est arrivé

Et bien voilà c’est fait. Le garçon est le chef d’oeuvre que l’on attendait, que l’on présentait.

C’est tellement puissant que je n’ai pas de mots pour vous le décrire.

Alors je vais emprunté ce de mon ami Dominique :

« Exceptionnel, magnifique… effectivement je suis subjuguée par une telle qualité d’écriture, une telle émotion… inoubliable ! »

Le garçon a reçu le Prix Femina 2016. Et ça, ce fut un grand moment de bonheur !

Allez, je vous donne à lire les premières pages. Elles sont si belles que vous ne pourrez pas résister au besoin de lire la suite. Car j’en suis certaine comme moi vous allez être subjugué par la puissance de cette écriture, par sa beauté et son lyrisme.

Le garçon est le livre, mon livre de l’année

Le Garçon Marcus Malte Edition Zulma
« Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un. Plus tard, au cours de l’histoire, une femme qui sera pour lui sœur, amante et mère, lui fera don du sien, auquel elle accolera en hommage le prénom d’un célèbre musicien qu’elle chérissait entre tous. Il portera également un nom de guerre, attribué à l’occasion par les autorités militaires en même temps que sa tenue réglementaire d’assassin. Ainsi l’amour et son contraire l’auront baptisé chacun à sa façon. Mais il n’en reste rien. Ces succédanés aussi seront voués à disparaître à la suite de cette femme et de cette guerre et de l’ensemble du monde déjà ancien auquel elles avaient pris part. Qui le sait ?
Pour peu qu’on daigne y croire, l’unique trace de son passage qui subsiste est celle-ci.

1908

Le jour n’est pas encore levé et ce que l’on aperçoit tout d’abord au loin sur la lande est une étrange silhouette à deux têtes et huit membres dont la moitié semble inerte. Plus dense que la nuit elle-même, et comme évoluant en transparence derrière ce voile d’obscurité. La paupière fronce à cette apparition. Doit-on s’y fier ? On se demande. On doute. À cette heure les gens dorment, dans les villes, dans les villages, ailleurs. Ici, il n’y a rien ni personne. Si la lune se montrait elle n’éclairerait qu’un paysage de maquis, brut, désolé. Une terre indéfrichée. Qui va là ? Quoi ? On l’ignore. On scrute avec une attention accrue cette ombre insolite pour tenter de l’assimiler à quelque espèce connue et répertoriée. Mais il n’y en a guère qui feraient l’affaire. À quel ordre appartient-elle ? De quelle nature est-elle ? On s’interroge. On la suit du regard. On la voit qui avance, courbée, l’échine déformée par une énorme protubérance, l’allure lente et quasi mécanique dans sa régularité. On devine, on sent qu’il y a dans cette démarche quelque chose qui tient à la fois du désespoir et de l’obstination. On pense à une tortue géante dressée sur ses pattes arrière. À un fabuleux coléoptère de la taille d’un jeune ours. On s’inquiète vaguement. On chasse ces pensées. Mais elles reviennent. Car après avoir passé en revue les divers représentants de la faune courante, en vain, on est bien obligé de lâcher les monstres. Les vrais. Légendes et mythes remontent. On convoque le bestiaire des créatures primitives, archaïques, imaginaires, fantasmagoriques. On puise à la source de nos craintes les plus anciennes, de nos peurs les plus profondes. On frissonne.
Et tandis que notre esprit bouillonne et se tourmente, là-bas la silhouette bossue continue de progresser pas à pas sur un chemin qui n’a jamais été tracé.
On se rapproche. L’œil s’est aiguisé, il est capable à présent de trancher. D’un seul coup il scinde l’entité en deux. Deux corps distincts. L’un sur l’autre. L’un chevauchant l’autre comme lors de ces parodies de joutes qui égaient les cours de récréation – si un tournoi a eu lieu il est terminé, les adversaires tous disparus, vainqueurs ou vaincus, on ne sait.
Ainsi donc ils sont deux.
Le mystère s’éclaircit quant à la nature de l’apparition, mais curieusement on n’en est pas soulagé pour autant. On ne respire pas mieux. Au contraire.
Ils sont deux mais qui sont-ils ?
Que sont-ils ?
Que font-ils ?
Où vont-ils ?
On n’a pas fini de s’interroger.
Celui qui sert ici de monture a la stature d’un garçon de quatorze ans. Sec et dur. Les côtes, les muscles, les tendons saillent, à fleur de peau. Et par-dessus de vagues morceaux de tissu, un assortiment de frusques vraisemblablement constitué sur le dos d’un épouvantail. Il va sans chaussures, les plantes de ses pieds ont la texture de l’écorce. Du chêne-liège. Ses cheveux ruissellent sur ses épaules et sur son front tel un bouquet d’algues. Il est en nage, il luit, émergeant tout juste, dirait-on, de l’océan originel. La sueur lui sale les paupières au passage puis s’écoule en suivant le chemin des larmes. Une goutte se prend parfois dans la jeune pousse de duvet qui ourle sa lèvre supérieure. Ses yeux sont noirs, plus noirs que le fond des âges, où palpite pourtant le souvenir de la prime étincelle.
C’est l’enfant.
Celle qui pèse sur ses reins n’a rien d’un chevalier sinon la triste figure. Une femme. Ce qui reste d’une femme. Les reliques. Sous les loques des bouts de bras qui dépassent, des bouts de jambe, la chair qui semble fuir du tas de hardes comme la paille d’une vieille poupée. Elle ne pèse pas lourd en vérité mais c’est un poids presque mort. Ballottant à chaque foulée. Son crâne repose entre les omoplates du garçon. Ses paupières sont closes. Elle a le teint cireux, la peau flétrie des pommes sauvages tombées de l’arbre. On lui donne soixante ans. Elle n’en a pas trente.
C’est la mère.
De temps en temps le garçon marque une pause. Ses mâchoires se desserrent. Il inspire, expire fort par le nez, on entend l’air chuinter. On croit entendre aussi battre son cœur mais ce n’est qu’illusion. Les secondes passent et il demeure, immobile, attentif, insensible semble-t-il aux secousses qui se propagent par vagues courtes, spasmodiques, le long de ses cuisses. Ses genoux tremblent mais ne fléchissent pas. Son buste est toujours incliné sous sa charge. Il lance à la nuit un regard par en dessous. Il sonde, en quête de repères qu’il est le seul à pouvoir extraire de la pénombre. Il n’a suivi qu’une fois cette voie auparavant mais cela lui suffit. Il a la mémoire des détails. L’épaisseur d’un buisson ou l’inclinaison d’un tronc ou les contours d’un rocher : ce que le commun des mortels est inapte à remarquer, lui le capte et le retient. Jusqu’au plus infime. Dans les galeries de son cerveau il y a des niches où s’entassent mille feuilles de tilleul que les nervures seules différencient. De même mille feuilles de platane, mille feuilles de chêne. Il y a des poches pleines de cailloux que rien ne distingue entre eux hormis la subtile variation des éclats que chacun renvoie sous le feu de midi. Le garçon possède cela. Dans un ciel saturé d’étoiles il pourrait montrer du doigt l’endroit précis où l’une d’elles soudain manque à l’appel. C’est sans doute son unique trésor.
La femme sur son dos n’a pas bougé. Elle tient en suspension dans une sorte de hotte faite de peau de chèvre et de cuir et de corde. Ouvrage grossier confectionné par ses soins en prévision de cet événement sitôt qu’elle a été certaine qu’il surviendrait. Ses membres pendent de chaque côté, aux flancs du garçon. Avant de repartir ce dernier tire sur la sangle qui lui bride la poitrine afin d’en soulager la tension. Le cuir s’est incrusté dans la chair, y traçant un sillon de couleur mauve pareil à une balafre fraîche. Le temps l’effacera. Maintenant le garçon a repris ses marques, il a relevé ses indices, il se remet en route. Non sans une sourde angoisse on les regarde tous deux s’éloigner puis se dissoudre à nouveau dans le noir qui les a tout à l’heure engendrés. Vers quelle destination ? Dans quel but ? Au fond on ne tient pas tant que ça à le savoir, mais on se prend à espérer qu’ils les atteindront.
C’est l’enfant portant la mère.
Mer, lui avait-elle dit. Mer. Mer. Plusieurs fois. Elle lui avait serré le bras en le fixant droit dans les yeux comme elle le faisait lorsqu’elle voulait être sûre qu’il avait compris. Précaution inutile : il comprenait tout et tout de suite. Mais parfois il trichait et retardait le moment de le confirmer d’un signe de tête car il aimait sentir sa main et son regard posés sur lui. Cela était rare.
Ils étaient accroupis sur la grève et elle pointait le doigt vers l’immensité étalée devant eux. Ce jour-là le ciel et l’eau étaient du même gris et pourtant ils ne consommaient leur union que loin, très loin, à l’extrême limite de l’horizon. Le garçon se tenait sur ses gardes. Il avait déjà vu des flaques et des mares, mais ceci jamais. Les flaques et les mares pouvaient être franchies. Les flaques et les mares étaient des eaux mortes alors qu’il se sentait ici en présence d’une force éminemment vive, une puissance phénoménale contenue à grand-peine sous la surface et susceptible à chaque instant de se libérer. Dans son grondement sourd, incessant, il percevait une menace. Ses effluves âcres et lourds lui emplissaient les poumons, lui portaient au cœur. Sans parler de l’écume blanchâtre qu’elle bavait sur le sable.
La mère était restée un long moment le regard tourné vers le large. Dans le globe de ses yeux brillait une flamme que le garçon ne connaissait pas. Qu’il aurait aimé faire naître lui-même ou pour le moins recueillir dans la conque de ses mains pour la protéger du vent et de tout. Cette lueur nouvelle l’étonnait. Que voyait-elle là-bas qui embrasait ainsi son âme ?
Le garçon n’avait jamais entendu parler ni de bateaux, ni de voyages, ni de continents.
C’était peut-être deux mois en arrière. Mer, avait répété une ultime fois la femme avant de se relever, et cette fois il s’était empressé de lui signifier sa pleine et entière compréhension, pour la rassurer, pour lui complaire. Pour conserver la flamme. Laquelle avait malgré tout disparu, comme soufflée, dès qu’ils avaient eu le dos tourné. Le rideau terne qui couvrait habituellement le regard de la mère était retombé. Était-ce sa faute à lui ? Qu’aurait-il pu faire de plus ? Personne ne pouvait répondre à ses questions car il ne pouvait les formuler.
Ils s’en étaient retournés vers leur foyer.
Ce jour-là c’était elle qui le guidait. Ouvrant la marche. Elle était déjà très affaiblie. Le mal l’avait déjà prise. Elle respirait avec un bruit de grésil et toussait quelquefois à en vomir ses tripes. Mais ses jambes la portaient encore, elle pouvait encore se déplacer seule. Avec lenteur. Lui qui hier devait trotter pour la suivre était contraint désormais de réfréner son allure pour ne pas lui écraser les talons. Il la gardait respectueusement dans sa ligne de mire, à quatre ou cinq pas de distance. À bien l’observer il constatait qu’elle avait rétréci. Ce n’était pas qu’une impression. Au fil des semaines le corps de la mère s’était rabougri, il s’était ramassé, ratatiné, sa taille avait réellement diminué. L’effet du mal, toujours. À coup sûr un trou s’était ouvert en elle, au centre d’elle, une bonde par laquelle petit à petit sa propre vie s’évacuait.
Néanmoins elle marchait. Elle avançait. Sans hésitation quant à la direction à prendre. L’itinéraire, apparemment, n’avait pas de secret pour elle. L’avait-elle si souvent emprunté ? Certains matins le garçon se réveillait seul. La mère n’était pas sur sa couche, elle n’était pas dans la cabane, elle n’était pas non plus au potager. Il la cherchait alentour, dans le périmètre, assez vaste, qui lui était familier, son terrain de jeu et de chasse, son univers entier. Elle n’y était pas. Le garçon retournait à la cabane, s’asseyait par terre sur le seuil et passait les heures suivantes à l’attendre. Sentinelle. Guet. Plus solitaire que jamais. Mer, mer : était-ce vers cela qu’elle s’en était allée ? Elle désertait sans prévenir. Le garçon n’imaginait pas que cette absence pût être définitive. Il attendait. La plupart du temps la nuit précédait son retour. Aussi légers fussent-ils il entendait ses pas bien avant que de discerner ses contours auréolés d’un halo lunaire. Il n’avait pas quitté son poste. La mère n’expliquait rien. Elle passait devant lui pour regagner leur antre, lui accordant non une parole, non une caresse, mais un simple regard, neutre, au passage, et distillant dans son sillage son odeur d’humus et de sueur, de salpêtre et de cendre, à laquelle se mêlaient ces soirs-là, oui, c’est vrai, des relents étrangers, des remugles plus lointains, plus musqués, que le garçon flairait sans pour autant parvenir à en saisir l’origine.
Mer, lui avait-elle dit.
Cela fait quatre heures qu’il marche à présent. La mère sur le dos, suivant sa dernière volonté. Il ne saurait tenir le compte des mètres et des kilomètres parcourus. Il a soif. Quand il a pensé à l’outre il était trop tard pour faire demi-tour. L’air était lourd, chargé, longtemps il a cru que crèverait l’orage. En cours de route deux maigres éclairs ont craquelé le ciel, c’est tout. Les nuages se sont effilochés. La pluie ne tombera pas. Elle n’est pas tombée depuis des semaines, il n’y a guère d’espoir de trouver de quoi se désaltérer au fond d’une ornière ou dans le creux d’un rocher. Tout a été bu. Le garçon est condamné à s’abreuver à sa propre source : régulièrement il se lèche le pourtour des lèvres afin de ne rien perdre du clair brouet au goût de sel que son corps génère sous la chaleur et l’effort.
La femme a-t-elle soif aussi ? Elle ne réclame pas. Elle n’est plus en mesure de le faire. Elle brûle. Son sang brûle. Ses os brûlent, jusqu’à la moelle. Ses viscères se sont racornis comme des morceaux de viande après fumage. La fièvre la consume et la momifie. Elle n’a plus, elle, la moindre goutte à exsuder. Une fine couche de salive séchée cimente sa bouche, scelle ses lèvres. Elle ne râle plus. Elle ne tousse plus. Elle ne crache plus. Le garçon pense qu’elle dort. Elle a perdu conscience. La seule infime différence entre le sommeil et la mort est ce frêle filet d’air qui filtre par ses narines. Le garçon le reçoit dans le bas de la nuque. C’est aussi ténu que la chute de flocons de cendre.
Il traverse maintenant une zone au sol fissuré où poussent la soude et la salicorne. Disséminés ici ou là d’épais tapis d’obione dans lesquels ses pieds enfoncent. De loin en loin un pin parasol esseulé. Il marche encore les trois quarts d’une heure avant de marquer soudain l’arrêt. Nez au vent comme un cerf aux aguets. Parmi le bouquet d’odeurs il en est une qui se détache, celle de l’iode. Son pouls s’accélère. Il se remet en route.
Et bientôt il l’entend. Elle gronde en sourdine à son approche. Et lorsqu’il la découvre elle occupe déjà tout son champ de vision, étalée de toute sa masse, de toute sa démesure, jusqu’aux confins du monde connu. Sa peau ondule et fluctue, se hérisse à certains endroits. D’un noir d’encre mais luisant inexplicablement sous le ciel sans lune.
Cette fois-ci le garçon n’a pas peur. Ce qu’il ressent c’est de la joie et du soulagement. Il s’immobilise sur un semblant de dune et gonfle ses poumons et il tend le bras vers l’horizon. Pour montrer ou pour offrir.
Mer.
La femme sur son dos ne relève pas la tête. Elle n’ouvre pas les yeux. Elle reste muette.
Tout à sa satisfaction le garçon ne s’est pas rendu compte que le souffle dans son cou s’était interrompu. Quelques minutes, quelques pas plus tôt. Le cœur de la femme a cessé de battre. Il ne battra plus.
Sa mère est morte, c’est aussi simple que cela. À cette heure, elle et lui, ce n’est pas sur le même rivage qu’ils ont échoué.
Le garçon ne le sait pas encore.
Avec une gestuelle de chameau il fléchit un genou et se pose délicatement sur son séant. Il dénoue la lanière autour de sa taille, fait passer par-dessus sa tête celle qui entravait son torse. Aussitôt détaché son fardeau bascule vers l’arrière et s’affale sans résistance aucune. Le garçon est surpris. Il se retourne. Il demeure un instant à quatre pattes à scruter le corps inerte. De la femme on ne distingue rien d’autre que la tache pâle du visage. Une antique page de parchemin où sont inscrites les souffrances et les misères de son existence. Pour qui sait lire. Cette nuit plus encore que les nuits précédentes elle paraît minuscule. Flottant dans ses guenilles. N’étaient ces stigmates dans sa chair on pourrait la prendre pour la fille de son enfant. Sans doute a-t-elle déjà entamé sa conversion.
Le garçon allonge la main et lui touche l’épaule. Il y exerce une timide pression du bout des doigts. Puis il saisit la pointe du menton et la secoue doucement. La mère ne se réveille pas. Le garçon retire sa main.
Il reste là immobile à la regarder. La joie s’en est allée. Quelque chose d’autre s’installe dans son ventre. Et il y a aussi une sorte de bourdonnement qui fait vibrer ses tympans et couvre peu à peu le bruit du ressac. Ce sont des phénomènes qu’il ne connaît pas. Il a vu des oiseaux morts. Des lézards morts. Des mulots morts. Quantité d’insectes morts. Il a brisé le cou à des poulets et à des lapins, il a écrasé des crapauds et des vipères. Ils étaient étendus par terre à ses pieds et ils ne bougeaient plus et le garçon avait parfaitement conscience qu’ils ne se relèveraient pas. Mais c’était sans comparaison avec cela. Rien ne se manifestait alors ni dans ses oreilles ni au fond de ses entrailles. Il a eu maintes fois l’occasion d’observer les avatars de ces bêtes mortes. Les cadavres décomposés ou desséchés ou le plus souvent aux trois quarts dévorés par une infinité de charognards, renards, corbeaux, fourmis, mouches, asticots, tous y prélevant leur pauvre mais indispensable pitance. Et la terre elle-même pour finir.
Est-ce sa faute à lui ?
Du regard le garçon embrasse l’espace alentour. Chaque épine de la rose des vents. Puis il lève les yeux au ciel. Il n’y a pas d’étoiles. Aucun astre. Il n’y a rien. Soudain sa bouche s’ouvre en grand comme pour recueillir l’eau de pluie mais c’est de l’air, c’est de l’air qu’il cherche, qu’il happe avec avidité sous peine d’asphyxie tandis qu’au même instant des spasmes l’agitent, des hoquets, des sanglots secs remontés des tréfonds et qui font trembler les barreaux de sa cage thoracique.
La crise ne dure pas. Quand sa respiration est à nouveau régulière le garçon redresse en douceur le corps inanimé. Il l’assoit. D’une main il s’efforce de lui maintenir le dos et la tête qui balle au bout de la tige du cou. Il frotte son autre main sur sa cuisse afin de la débarrasser des grains de sable puis l’approche de la figure de la femme. Il pose ses doigts sur une paupière (la peau fine comme du papier de soie, fine et friable comme l’aile du papillon) et la relève précautionneusement. Il se penche pour voir. Il n’y a pas de lueur. Aucune flamme. Il n’y a rien. Le garçon ôte ses doigts et la paupière retombe.
Aurait-il pu faire quelque chose de plus ?
Il hésite. Indécis. Une fois encore il lance des regards à travers l’obscurité, vers l’intérieur des terres, dans la direction d’où il vient, puis à l’opposé, vers la vaste plaine liquide, mouvante, vers les rives invisibles où naissent les vagues. Voilà les extrémités du monde. Nul ne surgit de l’une ni de l’autre pour lui porter secours ou conseil. Ce n’est pas qu’il l’espérait. À vrai dire il n’en a même pas l’idée.
Au bout d’un moment il prend place derrière la femme. Il se cale contre son dos de manière à lui servir de tuteur. Elle repose sur lui, le visage tourné vers l’horizon. Chose promise.
Le garçon a replié les genoux contre sa poitrine. Il serre ses bras autour. La sueur a commencé à sécher sur sa peau et c’est tout juste s’il n’a pas froid. Son pouls bat une lente cadence. Son regard est flou. Il faut bien avoir à l’esprit que jamais au cours de sa courte existence il n’a entendu prononcer le mot « mère ». Non plus que le mot « maman ». Jamais une comptine ne lui a été contée, une berceuse chantée, qui auraient pu comprendre l’un de ces termes et lui en révéler sinon l’exacte signification, du moins l’essence secrète.
Jamais.
Le garçon ne peut savoir objectivement ce qu’il vient de perdre. Ce qui ne l’empêche pas d’en éprouver l’absence jusque dans le moindre atome de son être.
Le jour le surprend allongé sur le ventre et la bouche ensablée. Il a dormi d’un sommeil sans fond. C’est la lumière qui l’en extirpe, coulant à verse, crue, dense. Avant même d’ouvrir les yeux il prend appui sur ses coudes et redresse la tête. Il grimace. Des grains crissent entre ses mâchoires. Il s’assoit et s’essuie les lèvres, puis le menton, le nez, les joues rêches d’une croûte de sel. Se débarrasse de cette barbe postiche poussée durant la nuit. Il se racle la langue avec les dents et crache.
Là-haut les nuages ont déserté. Le soleil blanchit le bleu du ciel, à mi-chemin de midi. Une pluie d’or picore la surface de l’eau : ce sont des myriades de gouttes fulgurantes, en plein jour une constellation de lucioles ou de feux follets. C’est beau. Le garçon réussit à garder entrouvertes ses paupières et la féerie se reflète dans le miroir de ses pupilles. Ce spectacle l’enchante. Il aime ce qui brille. Les mains en visière il se protège les yeux. Évite de les poser sur le cadavre avachi contre sa jambe.
À les voir tous deux ainsi comment ne pas songer à des naufragés au lendemain de la tempête ? Un unique survivant parmi eux.
La mer est calme ce matin. Elle s’échoue paresseusement sur le rivage à vingt pas du garçon. Mais ce n’est pas la mer.
En réalité c’est un étang. Certes le plus grand d’Europe, vingt kilomètres de long et presque autant de large, mais un bassin tout de même, enclos, et de bien modeste dimension en regard des océans. Un vaste bocal à poissons. C’est l’étang de Berre. Relié à la Méditerranée par le cordon ombilical du canal de Caronte.
La femme ignorait ce détail. Lorsqu’elle venait s’asseoir ici sur la grève elle croyait faire face à l’infini. Mer : c’est ainsi qu’elle l’a toujours nommée de son vivant. Et dans sa tête sans doute embarquait-elle sur la grande, la vraie. Celle qu’on prend sans esprit de retour. Celle qui ouvre sur le champ des possibles, qui nous transporte en des contrées vierges où l’on peut commencer, recommencer, effacer tout ce qui a été si mal écrit et se mettre enfin à écrire ce qui aurait dû l’être. Et alors à chaque fois se reproduisait le miracle de la petite lueur embrasant ses yeux et son âme.
Mais ce n’était pas la mer. Juste un échantillon, un ersatz, juste une reproduction miniature. On a les rêves qu’on peut. Quel que fût celui de la femme il n’avait pas l’envergure qu’elle imaginait. Elle est partie en emportant avec elle cette illusion. Mystifiée de bout en bout. Qu’importe, souvent compte davantage l’idée qu’on se fait des choses que les choses elles-mêmes.
Le garçon s’est levé. Des étincelles crépitent encore devant ses prunelles. Il s’avance jusqu’à la frange d’écume. S’arrête. Se laisse lécher les pieds. La fraîcheur l’étonne, il s’attendait à quelque chose de tiède. Ses orteils se rétractent et creusent le sol meuble. C’est une sensation agréable. Il se remet en marche tandis que derrière lui ses empreintes s’évanouissent déjà. Il s’enfonce dans l’eau. Lorsqu’elle lui arrive aux genoux il s’arrête à nouveau et reste une longue minute sans bouger. Puis il s’asperge le visage. Il se mouille les cheveux. L’eau cascade sur ses épaules et dans son cou. Toute cette eau, il y a toute cette eau, fraîche, claire, à portée de doigts, à perte de vue, et puis il y a sa soif.
Il considère un instant la paume de sa main qu’il tient grande ouverte devant lui. Luisante et ruisselante. Il la lape d’un unique coup de langue. Le goût est saumâtre. Puis il se penche à la surface comme sur une auge et engouffre une pleine gorgée, se rince la bouche en gonflant les joues et recrache le tout dans un geyser de postillons. L’amertume demeure, tapissant son palais.
En retournant vers le rivage il voit un couple de goélands occupés à ausculter la dépouille de la mère. Docteurs ès viande avariée. Ils sont là qui piétinent en se haussant du col, la mine sévère, l’œil glacial, avant de piquer brusquement du bec dans le tas de haillons. Le garçon se met à courir. Il agite les bras, griffe l’air, un rictus lui retrousse les lèvres d’entre lesquelles s’échappe cette espèce de sifflement ou de feulement que produisent certains serpents et les chats en colère.
Les oiseaux fuient à son approche. Trottent d’abord à pas menus, ailes écartées, pareils à de vieilles carmélites outrées tenant relevé leur scapulaire. Mais cela ne lui suffit pas. Le garçon les pourchasse jusqu’à ce qu’ils soient forcés de prendre leur envol. Et longtemps encore il les poursuit du regard. Ils ne sont plus que des mouettes, puis des moineaux, puis d’indistincts moucherons dans l’azur quand lui est toujours là, campé, les bras tendus dans leur direction avec au bout des doigts crochus comme des serres et qui semblent s’agripper au firmament.
S’il connaissait Dieu il Le prierait de les maudire.
Après cela il retourne auprès de la femme. Il la charge sur son dos et repart.
La nuit est tombée lorsqu’il franchit le seuil de la cabane. C’est un vieillard que l’on croit voir apparaître. L’ancêtre de lui-même. Chaque pas lui coûte. Chaque geste. Dans la pénombre il s’approche de la couche de la mère, s’apprête à s’y asseoir mais ses forces le lâchent et il choit lourdement sur les fesses. Le poids de son fardeau l’entraîne à la renverse. Il lui faut un temps infini pour se débarrasser du harnais. Une sangle a entaillé sa chair au-dessus du sein, un peu de sang a coulé.
Il tire une couverture sur la morte puis se remet debout. Ses jambes sont prises de tremblements qu’il essaie d’endiguer en empoignant ses cuisses. Au bout d’un moment il y renonce et ressort.
Dehors il traverse ce qu’on pourrait appeler la cour. Se déplaçant à très courtes foulées comme si ses chevilles étaient enchaînées l’une à l’autre, par obligation autant que par prudence, sachant qu’au point d’épuisement où il est rendu la terre peut à tout instant s’ouvrir sous ses pieds et l’avaler. Il ne veut pas tomber avant d’avoir bu. Maintes fois sur le retour il a été tenté de quitter sa trajectoire pour partir en quête d’une source, il a résisté de crainte de se perdre avant que sa mission fût achevée. Il a les gencives vertes de toutes les tiges qu’il a mâchées et sucées pour en extraire la sève. Alors soit, c’est peut-être la cour qu’il traverse mais c’est un vaste désert, avec l’oasis au bout.
Sont posés côte à côte une bassine et un bidon en fer-blanc cabossé. La bassine est vide. Le garçon soulève à deux mains le bidon et en porte l’embout à ses lèvres. Son cou s’étire. Il ne boit pas, il avale. La première gorgée manque l’étouffer. L’eau rejaillit par ses narines. Il tousse. Cette toux sèche est le seul bruit que retient la nuit. Au loin son écho lui répond et l’on croit entendre une série de détonations feutrées, un échange de coups de fusil.
Il reprend son souffle. Puis il lève à nouveau le récipient et s’astreint à boire avec parcimonie. Une gorgée, puis une autre, puis une autre. Une fois sa soif étanchée il émet un énorme rot.
On le trouve un peu plus tard à quatre pattes dans une sorte d’enclos qui tient lieu de poulailler. Il fouille. Il a réveillé la volaille, en témoigne le caquetant concert qui l’accompagne. Le garçon n’en a cure. Il allonge le bras et cherche à tâtons au fond de larges casiers à claire-voie, palpe du bout des doigts la mince litière de paille qui s’orne parfois d’une plume rousse ou d’un brin de duvet aussi doux que la soie, pousse si nécessaire les volatiles, sans ménagement ni égard pour leurs cris d’effroi ou de courroux. Il connaît les endroits que les pondeuses affectionnent, les cachettes illusoires où elles abritent les fruits de leurs amours.
À quelques pas de là se trouve une cage à lapins mais elle est vide depuis la fin de l’hiver.
Il se retire. Il a déniché deux œufs qu’il porte sous son nez et renifle accroupi au milieu de la cour. Il en pose un à ses pieds et lève l’autre au-dessus de son visage. Tête renversée, bouche béante. Il brise la coquille et la sépare en deux avec les pouces. La substance visqueuse se déverse sur sa langue, se répand dans sa gorge. Il laisse s’écouler jusqu’à la dernière goutte. Il lèche l’intérieur de la coquille puis la jette. Puis il ramasse le second œuf et recommence.
D’un coup de poignet il efface la trace baveuse qui suit l’arrondi de son menton. Il suce consciencieusement ses dix doigts. Il va boire encore au bidon mais pas plus de trois gorgées cette fois. Puis il retourne vers la cabane, portant devant lui son estomac qui lui fait l’effet d’une outre enflée où le liquide clapote à chaque pas.
Longtemps le garçon garde les yeux ouverts. Couché sur sa paillasse dans l’obscurité. Longtemps la surface des eaux continue de scintiller dans son regard. Ou autre chose, mais quoi ?
C’est la rumeur des vagues qui l’endort. C’est la respiration calme et régulière du ressac qu’il fait sienne.
ll sait qu’il se trouve d’autres hommes sur terre mais il n’a pas idée de leur nombre. Si on lui disait que pour l’année en cours ce nombre est estimé à un milliard et sept cent quarante millions il ne comprendrait pas de quoi l’on parle. Si on lui disait qu’il y a plus d’hommes et de femmes dans le monde qu’il n’y a d’étourneaux dans le ciel de décembre il éclaterait franchement de rire – de son rire fracassant mais si rare hélas.
Des surprises l’attendent dans l’avenir.
Pour sa part il en a épinglé cinq à ce jour. Cinq spécimens de l’espèce humaine dont il a pu de visu vérifier l’existence. Sa génitrice non comprise. Trois d’entre eux étaient des braconniers occupés à poser pièges et collets. Le quatrième était un étrange marcheur solitaire, encapuchonné, à l’allure de moine. Peut-être un pèlerin. Peut-être un pénitent égaré sur son propre chemin de croix. Ceux-là le garçon les avait aperçus de trop loin pour distinguer leurs traits. Seul le cinquième et dernier s’était approché à moins de trente pas. C’était un colporteur, lui aussi certainement déboussolé pour en arriver là. Bien avant de le voir ils l’avaient repéré au tintinnabulement de son barda. L’homme était venu jusqu’à eux. Il avait fait halte devant la cabane et lancé deux grands ohé ! pour signaler sa présence. Le garçon avait tressailli au son de cette voix, la première voix d’homme qu’il entendait. La mère et lui étaient alors perchés au cœur d’un mûrier à trois mètresau-dessus du sol, ils observaient le marchand à travers la frondaison. L’homme portait sur le dos une hotte en osier dans laquelle il aurait pu tenir tout entier et sa descendance avec. Elle était remplie de tissus et de dentelles et autres articles de mercerie et d’une quincaillerie complète et d’une petite bibliothèque composée de livres et d’almanachs et d’images allant de pieuses à licencieuses et encore d’une batterie de produits de première et de dernière nécessité. Le garçon se tordait le cou à fouiller du regard dans ce bric-à-brac, fasciné par ces objets dont pour la plupart il ne concevait pas l’usage. À l’affût sur sa branche la mère surveillait les faits et gestes de l’intrus avec des airs de grand-duc. Elle s’était munie d’une courte bûche de bois dur qui lui servait habituellement de gourdin pour estourbir les lapins ou les couleuvres.
Le colporteur était resté un moment planté dans la cour. Une moustache tombante et floue ornait sa figure émaciée. La sueur dessinait une large trace sombre autour de son col, comme la marque d’un joug. Il tournait lentement le regard d’un côté et de l’autre, circonspect, ou peut-être au fond vexé que sa venue ne fût pas plus attendue que celle du prophète. La mère avait serré un peu plus fort son bâton lorsqu’elle l’avait vu se diriger vers l’entrée de la cabane. L’homme s’était arrêté sur le seuil et avait donné encore une fois de la voix, et comme son appel demeurait encore une fois sans réponse il avait risqué la tête à l’intérieur et la pénombre l’avait froidement décapité. De là-haut dans l’arbre ils ne voyaient plus qu’une hotte sur pattes. Puis le colporteur était retourné à la lumière à reculons. Il avait fait de nouveau une ou deux voltes pour inspecter les parages. Personne. Ultime camelot dans un hameau fantôme. Ses yeux s’étaient attardés plus qu’il n’était nécessaire du côté du poulailler. Ils s’étaient attardés du côté du potager. La bonne aubaine ? Sans doute avait-il pesé le pour et le contre. Il se grattait la joue et sa barbe renaissante crissait sous ses ongles noirs. On ne sait si c’est l’honnêteté ou quelque forme de crainte superstitieuse qui l’avait conduit en fin de compte à poursuivre sa route sans rien prendre. Il était reparti avec sa manne pleine et son boniment en travers de la gorge. Bien après l’avoir perdu de vue ils entendaient encore son attirail cliqueter dans le lointain comme la clochette d’une brebis esseulée. Ils n’avaient pas quitté leur cachette avant que le silence ne fût complet. Alors le garçon avait sauté de sa branche, il s’était précipité dans la cour et s’était penché sur les empreintes que l’homme avait laissées et il les avait effleurées une à une du bout des doigts. Il avait senti ses doigts. Après quoi il était resté debout à humer l’air à plein nez jusqu’à ce que tous les effluves inconnus se fussent évaporés. »

mmr

La maison de Nicolas Jaillet


9791090565036,0-1656450

Énorme Coup de Coeur pour ce petit bijou de Nicolas Jaillet

La maison  de Nicolas Jaillet. Préface de Marcus Malte. Paru le 20 mars 2013 chez Rue du départ, Voyage noir. 10,00€ ; (122 p.) ; 18 x 12 cm
4e de couv. :

Une angoisse, une oppression superbement rendue par la subtilité de l’écriture. Car écrire, c’est faire des choix : il y a ce que l’on montre, il y a ce que l’on suggère simplement, et il y a ce que l’on garde sous silence. Autant d’ingrédients que Nicolas Jaillet, en fin architecte, en solide maçon, en parfait magicien, dose.  Marcus Malte

njL’auteur :
Nicolas JAILLET est né le 21 mai 197 ou 72 à St Cloud. A 18 ans, il est parti sur les routes faire du théâtre (compagnie des Epices, compagnie des Filles de Joie), fasciné qu’il fut, ado, par le Molière d’Ariane Mnouchkine.
Il a accompagné un temps un chanteur, Alexis HK, a vécu au Mexique, a écrit la Sansalina en revenant puis le retour du Pirate en 2002.
Extrait : 
Il y a des souvenirs imaginaires. Nous en avons tous; parfois sans le savoir. Des images que nous gardons gravées dans notre esprit. Par leur précision, elles dépassent souvent nos vrais souvenirs.
Et pourtant, ces souvenirs-là sont faux.

Résumé et avis

Retour elliptique sur des épisodes de l’enfance de l’auteur, qui décrit le comportement de son père alcoolique et le courage de sa jeune mère qui prit la décision de s’émanciper d’une vie oppressante et aliénante.

Nicolas Jaillet nous raconte, ou plutôt fait raconter à son narrateur l’histoire d’un couple, d’une famille, la sienne, qui vit sous l’emprise d’un père alcoolique et violent. Mais ici ce n’est pas tant l’histoire qui compte, c’est la façon dont elle est racontée. Nicolas Jaillet avec ses phrases courtes, épurées nous fait vivre au plus près le drame qui se trame. Il nous parle de la violence mais pas seulement la violence physique, non celle plus pernicieuse, plus sourde, la violence psychologique. Celle qui sera à l’origine de l’intrigue, celle qui va l’ourdir. L’auteur, par son économie de mots, nous invite à la pudeur. De celle que l’on doit avoir à écouter ce jeune garçon. De celle qu’il a à raconter et faire revivre son histoire et celle de sa mère. Avec sa précision stylistique, Nicolas Jaillet fait monter progressivement la pression. La puissance de celle ci, à la fin, nous laissera hagard. Vous l’aurez compris, ce livre est une petite merveille littéraire. Un pur bijou noir. Et le noir, nous va si bien.

Ah, et puis tant que j’y suis, j’aimerai souligner le très beau travail de cette petite maison d’édition qui nous offre des livres de poche d’une facture parfaite, un livre objet de tout beauté et que dire des couverture, des couleurs, des dessins…

Leur site ICI