Un mensonge explosif de Christophe Reydi-Gramond


9782867467295,0-2127687Le livre : Un mensonge explosif  de Christophe Reydi-Gramond. Paru le 27 mai 2014 chez Lian Levi dans la collecrion Policier. 19€ ; (363 p.) ; 21 x 14 cm
 9782264065100,0-2561238&Réédité en poche le 2 avril 2015 chez 10/18 dans la collection Domaine policier. 8€40; (405 p.) ; 18 x 11 cm

Quatrième de couverture

Toulouse, 21 septembre 2001. Un ornithologue de onze ans assiste à la catastrophe qui ébranlera la ville et le pays tout entier. Une déflagration, un éclair gigantesque et l’usine chimique explose, faisant des dizaines de morts et des milliers de blessés. «Un accident industriel à 99 %», déclarent d’emblée les autorités. Clovis Lenoir, commissaire à l’Antiterrorisme, sait bien qu’à quelques mois des présidentielles, cette vérité officielle est plus présentable que la menace d’attentat qu’il traque depuis des semaines. Mais cette piste est-elle la bonne ? Là encore, trop de lacunes et d’invraisemblances jettent une ombre suspecte sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Un journaliste trop bien renseigné, un physicien idéaliste, un espion injoignable, une businesswoman aux dents longues sont quelques-uns des personnages qu’il croisera dans cette enquête gigogne éclatée entre la France, les États-Unis, le Brésil et la Russie.

Dans ce thriller ingénieux, Christophe Reydi-Gramond superpose à plaisir les leurres et les vérités pour laisser son lecteur ravi d’avoir été si brillamment manipulé.

crgL’auteur : Christophe Reydi-Gramond est né à Bordeaux en 1964. Après plusieurs années de bourlingue, notamment au Sénégal et dans les Caraïbes, il passe par la publicité. Aujourd’hui, il anime la communication institutionnelle d’une grande entreprise française et vit dans le centre de la France.
Extrait :
Soudain, une détonation, aérienne, comme le bang d’un avion, suivie d’un sifflement formidable, le fit bondir sur ses pieds. L’œil vissé au reflex, il essaya de comprendre d’où ça venait. Le sifflement s’arrêta net, et un grand éclair rectiligne jaillit du pied de la colline, parallèle à la surface de la Garonne. Le trait de lumière traversa l’étendue du pôle chimique en une fraction de seconde, jusqu’à toucher une ligne à haute tension. Au moment où tous les câbles de celles-ci se rompaient en serpentant dans un tourbillon d’étincelles, Hugo sentit un grondement : la colline tremblait. Il vit alors la cheminée de l’usine d’engrais décoller, lentement, comme les fusées à la télévision, en même temps qu’un hangar se volatilisait.
Alors l’horizon tout entier s’enflamma en un magma aveuglant. Vint le bruit. Vint le souffle. Vinrent la poussière et l’odeur. Enfin, le silence retomba..

 

Résumé et petit avis :

Le 21 septembre 2001, dix jours après les attentats du World Trade Center, une usine chimique explose au sud de Toulouse faisant 31 morts et 2.500 blessés. Alors que les autorités concluent à un accident industriel, pour certains, des invraisemblances persistent. Le suicide d’un journaliste entraîne le commissaire de l’antiterrorisme Clovis Lenoir à mener son enquête.

Ce thriller exceptionnel m’a tout de suite intriguée dès sa sortie en poche, surtout que c’était un premier roman et que j’étais totalement passé à coté lors de sa première édition en grand format.

9782264065100,0-2561238Et puis sa couverture m’a tout de suite interpellée, il faut dire que je bossais à l’époque sur une sélection de polar autour de l’écologie.Et comme j’en avais parlé à Caroline, la libraire de Terminus Polar où je traînais volontiers le midi durant ma pose déjeuner, elle me l’avais mis de coté.

Alors je l’ai acheté et je l’ai lu, sachant que quelques semaines après j’allais pouvoir rencontrer l’auteur au salon Saint Maur en Poche.

Et j’ai lu le livre qui m’a bluffée. Et j’ai rencontrer l’auteur et nous avons parlé de ce livre.

Et Christophe Reydi-Gramond de me dire : «Dès les premiers jours, j’ai été plus qu’étonné par le traitement de l’information sur l’explosion de l’usine AZF. J’avais l’impression désagréable qu’une vérité officielle cherchait à s’imposer aux forceps et j’ai commencé à m’intéresser au dossier. Cela a conforté mon sentiment mais je percevais aussi que l’on ne connaîtrait probablement jamais la vérité. Toute cette documentation m’est également apparue comme un formidable matériau romanesque. Tout y était : la mort, le mensonge, les pressions du pouvoir, la rébellion d’acteurs isolés. David contre Goliath, mais aussi Antigone contre Créon… Alors j’ai décidé de proposer une explication fictionnelle qui concilie l’inconciliable.»

Alors oui le traitement fictionnel de ce drame est totalement réussi. Sa thèse sur les causes de cette explosion sont plus que réalistes même si au premier abord elles peuvent paraître totalement surréalistes. Mais la documentation, l’argumentation de l’auteur sont telles que nous sommes totalement adsorbés par cette histoire qu’il nous conte.

Les thèmes développaient dans Un mensonge explosif vont au-delà de ceux d’un polar classique puisque les problèmes de géopolitique liés à l’énergie du futur y sont abordés.

Son intrigue est complexe et tellement intelligente. Un mensonge explosif  est un roman choral. Les personnages sont tellement crédibles, tellement incarnés.

Un mensonge explosif  est un roman explosif. C’est vraiment de la bombe ce roman ! Oui je sais elle était facile celle-ci !

 

 

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Triple Crossing de Sebastian Rotella. Par Jean Luc


Chronique de lecteurs

Je suis à nouveau heureuse de retrouver Jean Luc pour nous parler d’un de nos gros coup de coeur 2012.

TCLe livre : Triple Crossing de Sebastian Rotella. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Guitton. Paru le 5 avril 2012 chez Liana Levi dans la collection Policier.  22,50 EUR ; (439 p.) ; 21 x 14 cm

TC&&Réédité en poche

le 19 septembre 2013 par 10/18.
 8,80 ; (500 p.) ; 18 x 11 cm

 

4e de couv:

Triple Crossing

Chaque nuit, sur la Ligne entre le Mexique et les États-Unis, une foule de migrants tentent leur chance. Et chaque nuit, les agents de la patrouille frontalière américaine sont là pour les refouler. Certains, sans scrupules, profitent de la faiblesse des clandestins et donnent libre cours à leurs penchants sadiques. D’autres, comme Valentin Pescatore, essaient de s’en tenir aux règles. Cela ne l’empêche pas de commettre une entorse qui pourrait lui valoir une sanction sévère, à moins de collaborer… Mais avec qui, au juste ? C’est bien les Américains qui lui demandent d’infiltrer une famille de narcos de Tijuana, mais qui peut garantir que son inexpérience ne va pas l’entraîner du côté de la corruption, de la drogue et de l’argent facile ? En tout cas, c’est ce que redoute Léo Méndez, flic mexicain aux allures de justicier… Sebastian Rotella nous conduit vers de troubles frontières dans un thriller saisissant sur la mondialisation du crime.

« Lire le remarquable roman de Sebastian Rotella c’est comme mettre des lunettes à infrarouge : vous voyez des choses dont vous ignoriez qu’elles étaient là. » The New York Times Book Review

TC&L’auteur : Sebastian Rotella est grand reporter et vit aux États-Unis. Spécialiste des questions de terrorisme international, de crime organisé, de sécurité et d’immigration, il a été finaliste du prix Pulitzer en 2006 pour ses reportages internationaux. Triple Crossing a été doublement sélectionné par le New York Times comme meilleur premier roman et comme meilleur thriller.
Extrait : 
« – Oubliez tout ce que vous savez des prisons américaines, dit Aguirre en se retournant sur son siège. Vous n’avez rien vu de pareil. Les détenus ont des armes à feu. Des enfants vivent à l’intérieur. Les capos s’y construisent des maisons avec domestiques, gardes du corps et prostituées….
– Je connais la prison, répondit Puente d’un ton neutre.
Aguirre l’ignora. »

Lecture d’avant

L’avis de Jean Luc

Triple Crossing est ce qu’on appelle un thriller géopolitique. Ce n’est pas simplement l’histoire d’un policier frontalier infiltré parmi une bande de mafieux mexicain,c’est beaucoup plus.
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> Dans ce premier roman écrit par un journaliste, il est beaucoup question d’enjeux politiques. Pour ma part, la géopolitique n’est pas vraiment mon sujet de predilectiont mais l’auteur s’y prend très bien et parvient à captiver le lecteur. Cela permet de comprendre certains enjeux politiques en Amerique du Sud avec toutes les luttes d’influences qui vont avec. Cette histoire reste tres crédible et pourrait facilement faire l’objet d’une adaptation cinématographique.
>
> Au départ c’est un peu compliqué et il est difficile de cerner tout le contexte politique avec tous les différents personnages. Il est question du concept de triple Crossing, autrement dit des trois frontières entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil, nouvel eldorado pour les mafieux.
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> Une fois rentré dans le livre (une cinquantaine de pages), on a envíe d’aller au bout. Les différents personnages sont vraiment intéressants, même ceux qui veulent mettre fin à la carrière du méchant restent ambigus, ce qui fait d’ailleurs, l’intérêt de ce roman.
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> J’ai beaucoup aimé le personnage du flic infiltré qui ne sait plus trop où il en est, ídem pour le mafieux mexicain et son second, qui sont tous les deux des caractères vraiment bien fouillés et impressionnants.
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> Au final, un bon polar qui demande de s’accrocher au départ mais qui vaut le coup.
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> En tout cas, une très belle performance pour un premier roman

Pour lire le début

Le testament de Jaffa / Avner Mandelman


Mes petites lectures

9782867465543,0-602761 Le livre : Le testament de Jaffa / Avner Mandelman ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Luc Defromont. Paru le 7 octobre 2010 chez Liana Levi. 19€ ; (394 p.) ; 21 x 14 cm
4e de couv :

Le testament de Jaffa

Le dreck. Le sale boulot. Intimider, trahir, torturer, tuer… C’est ce que David Starkman fait dans son unité spéciale, jusqu’au moment où il décide de clore ce chapitre de sa vie. Quitter Israël pour toujours. S’en aller de ce pays où, pour défendre un bout de terre, on est contraint au pire. Mais le passé ne s’abandonne pas si facilement… L’assassinat de son père, Isser Starkman, héros de l’Indépendance, le rattrape. D’autant que dans le testament figure une étrange clause suspensive : monter sa pièce de théâtre, une pièce subversive qui a déjà fait scandale en 1946, avant la création de l’État et les grands affrontements entre Juifs et Arabes… Pour accomplir cette mission David va plonger dans la « préhistoire », ces années 30 où tout s’est dessiné, ces années 40 où tout s’est joué. Et aussi dans sa propre histoire, les amis et les amours du passé…

«Le roman s’enfonce en spirales dans les profondeurs historiques et politiques de cette terre décidément pas comme les autres.» Regards

avner-mandelman-1L’auteur : Avner Mandelman est né en Israël et a servi dans l’armée de l’air israélienne pendant la guerre des Six Jours. Il a travaillé en France en tant qu’ingénieur à l’Aérospatiale et vit actuellement à Toronto. Le Testament de Jaffa est son premier roman. Auparavant il a écrit deux recueils de nouvelles, couronnés par des prix américains, canadiens et israéliens.

Extrait : 
« Et il y avait bien entendu des cours de Bible, hebdomadaires et obligatoires, assurés par le colonel Shafir en personne. ‘Bref, disait-il, n’oubliez jamais la raison pour laquelle vous faites tout ce dreck.’ Il martelait du poing le voume relié en noir : ‘C’est le Mein Kampf de Dieu! » Nous nous esclaffions, mal à l’aise, par devoir. Nous détestions tous les cours de Bible. Mais aucun de nous ne les séchait. »

Résumé et avis

Sous forme de thriller historique, ce roman suit un jeune Israélien qui, écoeuré par ses activités dans les services secrets, a décidé de renoncer à sa nationalité israélienne et de vivre au Canada. Mais la mort de son père le force à rentrer précipitamment à Tel-Aviv, où le passé de la famille le saisit à la gorge, avec toute la fermeté dun monstre mythique : le Debba.

Dans la légende du Moyen-Orient, le Debba est un monstre supposé venger l’honneur arabe face aux israéliens. À travers ce thriller étrangement actuel, Mandelman retrace les rapports ambigus, faits d’attraction et de répulsion, entre les deux communautés qui se disputent la terre biblique. Il se demande si une paix de compromis n’a pas été alors possible et s’interroge implicitement sur la possibilité de lui redonner aujourd’hui une chance. Il y a quelque chose de dur et d’intransigeant dans ce premier roman très critique sur Israël. Comme une impossible réconsiliation entre arabes et israélien malgrés certains liens d’amitiés passés.

Il faut tuer Lewis Winter de Malcolm Mackay


   9782867466465,0-15112699782253177807,0-1885000Le livre :  Il faut tuer Lewis Winter de- Malcolm Mackay. Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez-Batlle. Paru le 3 janvier 2013 chez Liana Levi. 17€ ; (238 p.) ; 21 x 14 cm

Rééditer Au Livre de poche le 29 janvier 2014. 7€10 ; (308 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Tueur à gages. Un métier que Calum MacLean, tout juste vingt-neuf ans, prend très au sérieux. Ce qui fait de lui un pro, c’est son perfectionnisme. Une préparation prudente et minutieuse est essentielle à ses yeux. Pour que rien ne déraille. Pour ne pas se faire repérer. Pour ne pas laisser d’indices. Ainsi il pourra éviter de tomber dans les filets de la police et conserver non seulement sa liberté mais aussi son indépendance. Sur ce dernier point Calum est intraitable : préserver son statut de free-lance de la gâchette sans passer sous le contrôle d’un caïd. Mais voilà, il arrive à Glasgow comme ailleurs que les boss se déclarent la guerre et que l’on se retrouve pris entre deux feux. Et là, seuls les bras protecteurs de l’organisation peuvent vous sauver…

Dans ce thriller au ton distancié, au rythme soutenu et à la prose acérée, Mackay s’affirme comme une nouvelle voix.

malcolm-mackay_2467496c L’auteur : Malcolm Mackay est né et a grandi à Stornoway, dans les îles Hébrides, en Écosse. Il faut tuer Lewis Winter est son premier roman et le premier volet d’une trilogie policière située à Glasgow.

Avis :

Autopsie d’un tueur à gage.

Dans ce premier roman et le premier volet d’une trilogie policière située à Glasgow, on suit les pérégrinations d’un jeune tueur à gage, Calum MacLean. Il est particulièrement ordonné, méticuleux et minutieux limite maniaque que cela nous le rend sympathique. Bref un vrai professionnel. Surtout que l’auteur nous fait rentrer dans sa tête. Et avec son écriture, froide, dénuée d’émotions et distanciée presque chirurgicale, on autopsie chacun des personnages. On s’immisce dans la tête des protagonistes, on vit avec eux, on pense comme eux. Calum bien sûr mais aussi Winter et Zara sa compagne et Fisher l’inspecteur chargé de l’enquête. Ainsi nous disséquons mieux chaque situation puisque que nous la vivant de l’intérieur et nous en découvrons tous les points de vue. Mais si l’écriture est sèche, le ton lui est grinçant, mordante aussi, parfois même acide voire cynique. Et tout cela rend le roman plaisant et original, un peu décalé et à l’humour cinglant. Bref c’est tout bon et on n’en redemande. Cela tombe bien, c’est une le premier opus d’une trilogie, vous ne l’aviez pas oublié ?

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Sous les pavés l’orage de Philippe Delepierre


Lecture d’avant&
9782867464782,0-443299Le livre : Sous les pavés l’orage de Philippe Delepierre.Paru le 3 avril 2008 chez Liana Levi. 15€ ; (293 p.) ; 21 x 14 cm.

4e de couv :

À l’heure du Grand Intelligent Général et des Shadoks, Mai 68 recrute à tout-va à Paris comme en province : barbouilleurs inspirés, étudiants ébouriffés, barricadeurs consciencieux, artificiers inventifs… et même un assassin «lettré». C’est avec application que celui-ci pimente ses meurtres de slogans dans l’air de ce joli mois de mai. Histoire de faire les travaux pratiques du mouvement ? Un vrai casse-tête pour le commissaire Thibaud, un vieux de la vieille, qui n’aime pas être mené en bateau…

654789932458L’auteur : Philippe Delepierre est professeur de lettres à Villeneuve-d’Ascq. Aux éditions Liana Levi, il a publié trois romans dont Fred Hamster et Madame Lilas, Prix RTL-Lire 2004. Il est aussi l’auteur d’un épisode du Poulpe et de plusieurs polars publiés chez Baleine.

Extrait :
« JOUISSEZ SANS ENTRAVE !
Le slogan peint à la va-vite balafrait la façade Empire du vieux bahut, juste sous la fenêtre de la loge. Autant dire au nez et à la barbe du concierge. Manière de narguer.
– Z’ont eu d’la chance que j’faisais un p’tit somme, maugréa Roger, le premier qu’j’attrape, j’lui casse les reins !
Deuxième jour que les gamins s’en prenaient au lycée Maxence-Van-der-Meersch, jusqu’ici miraculeusement épargné au milieu du grand bordel qui régnait sur le pays. Le comité des enragés avait dû décider en séance extraordinaire de mettre les bouchées doubles. Une sorte de défi à relever.
– Nos p’tits cons veulent pas être en reste, rapport à leurs copains de Faidherbe et Pasteur qui ont déjà investi les lieux et hissé le drapeau rouge ! Ah ça, l’chahut, quand ça commence…
Maintenant que les élèves s’étaient réveillés, fallait s’attendre à ce qu’il y ait surenchère dans le vandalisme et la provoc. Question orgueil teinté de chauvinisme, on peut faire aussi bien que les autres, y a pas de raison. Plutôt que de s’affronter sur des terrains de foot, ils allaient se défouler sur les murs à coups de graffitis, une sorte de championnat inter-lycées d’art brut et de violence poétique. Le solvant, on allait l’épuiser par bonbonnes, en espérant que l’intendance ait prévu le coup. Et que les boutiques ne soient pas en rupture de stock, évidemment. Et aussi que l’usine ne fasse pas relâche, que les chauffeurs livreurs n’aient pas saboté leurs camionnettes et qu’il y ait encore du carburant à la pompe. Ça faisait quand même beaucoup de conditions ! 
Une chance que le proviseur ait joué finement avec les meneurs soutenus par quelques profs qui se voyaient déjà occuper l’établissement, organiser des réunions pour se monter le bourrichon les uns les autres et augmenter la pression. Avant d’aller rejoindre ces bons à rien d’étudiants aux allures de clochards qui mettaient l’université sens dessus dessous. Au lieu de préparer leurs examens, ces fainéants discutaillaient à tort et à travers à longueur de journée. Des AG comme on disait maintenant, des espèces de réunions aux allures de foire où tout le monde avait voix au chapitre et où les grandes gueules finissaient par avoir le dernier mot, comme toujours. Il le savait, Roger, il était allé y voir, invité par son pote Fernand, chef d’entretien à la fac de lettres située rue Auguste-Angellier, à dix minutes à peine de Van-der-Meersch. Les braillards campaient à côté de leurs ronéos qui ne chômaient pas elles, rapport aux montagnes de tracts qu’il fallait imprimer pour aller instruire les masses salariales et décréter la révolution permanente. Sans parler des banderoles et des pancartes couvertes de slogans ravageurs et de magnifiques projets d’avenir pour cette société dont il était grand temps de faire un paradis. »

Résumé et avis :

220px-La_Chienlit_c'est_lui_!En mai 1968, un slogan assassin balafre la façade du lycée Maxence Van der Meersch de Lille et le proviseur observe avec flegme cet acte de violence. Peu de temps après, il est assassiné et défenestré. Une série de meurtres sont commis par la suite et le commissaire Thibaut mène l’enquête. Les AG font salle comble de même que les concerts de rock local comme ceux des Bats.

Philippe Delepierre nous propose de vivre les évènements de mai 68 depuis la métropole lilloise. Un polar décapant, une plongée dans les manifestations estudiantines de mai 68. Alors que des rixes éclatent un peu partout, un mystérieux meurtrier s’en prend aux têtes pensantes des institutions remises en cause. Comme à  son l’habitude l’auteur y incorpore de belle touche d’humour ! Ici l’intrigue policier est plus un prétexte pour mettre à mal les maux de la France de ces années là. Les problème de la décolonisation, le problème des harkis, le vision de l’éducation de la jeunesse, les rapport homme femme… Ici on ai dans le politiquement incorrect, surtout que les points de vue de l’auteur sont plutôt à contre courant.  Pour autant tous le monde en prend pour son grade. Bref un  portrait au vitriol de la France de cette année-là, tous courants confondus.

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Un « des poulpes » de l’auteur

Bouclage à Barcelone de Xavier Bosch.


9782867467820,0-2627132Bouclage à Barcelone de Xavier Bosch.Traduit du catalan par François-Michel Durazzo et Laurent Gallardo. Paru le 5 juin 2015 chez Liana Levi.18 € ; (267 p.) ; 21 x 14 cm

Quatrième de couverture

Bouclage à Barcelone

Damer le pion à la concurrence avec la une la plus accrocheuse, telle est la mission de Dani Santana, ex-présentateur télé, promu directeur de la rédaction du Crònica. Ce n’est pas les sujets de scoop qui manquent à Barcelone ! Prostitution, scandales immobiliers, insécurité, sans parler des trafics de bière sur les Ramblas… Senza, célèbre chef de la rubrique Société, lui fournit des informations de première main grâce à sa liaison secrète et torride avec l’intendante de police Eva Bosch. Et aussi grâce à ses liens avec deux jeunes Syriens qui le tuyautent sur les différents trafics de la ville. En contrepartie, il leur donne des renseignements, sans trop chercher à comprendre. Ce que Senza ne sait pas, c’est qu’il est suivi. Ce que Santana n’a pas compris, c’est qu’il est manipulé. Et ce que Barcelone ignore, c’est qu’un réseau islamiste prépare un attentat dans l’ombre…

7L’auteur : Xavier Bosch, né à Barcelone en 1967, est un journaliste réputé. Il est l’auteur de plusieurs romans policiers dont Bouclage à Barcelone, prix Sant Jordi 2009 et best-seller en Espagne.

Extrait

« Par principe, A.B.C. N’était jamais satisfait. Il fallait qu’il passe son temps à nous remonter les bretelles, même sans raison, estimant que c’était le meilleur moyen de pousser les commerciaux à décrocher toujours plus de contrats publicitaires et les responsables marketing à rivaliser de créativité pour trouver de nouveaux objets de promotion, comme cette caméra sous-marine offerte avec le journal qui avait fait bondir les ventes de six virgule trente-deux pour cent, deux ans plus tôt. Après trois heures à boire des litres de café et à fuir nos responsabilités respectives, la réunion touchait à sa fin.

Avant que je ne quitte son bureau, A.B.C. Me donna une tape sur l’épaule, d’un geste qui se voulait paternel, et me demanda comment s’étaient passés mes premiers jours à la direction du Cronica. Il n’apprécia pas que je lui parle en si bons termes de la rédaction et des chefs de rubrique pour lesquels il n’avait aucune estime. Je profitai de cette discussion sur le journal pour l’informer de la remarque que m’avait faite le chef de la rubrique Politique.

« Cardena a voulu me coincer. Il m’a demandé, devant tous les autres, qui on allait soutenir pendant les élections.
– Qu’est-ce que tu as répondu ?
– Que le Cronica allait raconter ce qui allait se passer lors de la campagne, répondis-je non sans fierté.
– On informera les gens mais Negrier doit l’emporter. »

Résumé et avis :

extrait

Dani Santana, présentateur d’un journal télévisé local, devient rédacteur en chef du grand quotidien catalan La Cronica. Mais le poste sera moins plaisant qu’il ne l’imaginait : pressions politiques, collusions économiques, coups montés, etc.

Avec son écriture directe et son style fluide, Xavier Bosch nous permet  une plongée réaliste -jusqu’au sordide- dans l’ambiance d’un grand quotidien, très vivante, tant dans le travail journalistique que dans ses multiples jeux de manipulation et de collusion avec le pouvoir politique.

Il nous trimballe aussi dans les nuits agitées de Barcelone, et nous découvrons avec curiosité ce Barcelone  interlope et underground. Ou nous ferons de drôles de rencontres avec des personnages ambigües et parfois sulfureux.

Ce premier polar, le premier opus d’une trilogie qui a raflé quelques prix en Espagne et en Catalogne, est un excellent roman noir sur des thèmes d’actualités brulants.

A suivre donc…

Lire le début ICI