Glaise de Franck Bouysse


Aujourd’hui c’est lecture bicéphale

Le premier avis sera celui de Kris.

Le mien suivra

Et…

Nous ne serons pas trop de deux pour vous faire lire le dernier roman de Franck Bouyse.

C’est un roman qui nous a laissées sans voix.

Mais voyez plutôt !


Le livre : Glaise de Franck Bouysse. Paru le 7 septembre 2017 à la Manufacture de livres. 20€90 ; (425 p.) ; 20 x 14 cm.

4e de couverture :

Au coeur du Cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir se battre, là-bas, loin. Joseph, tout juste quinze ans, doit prendre soin de la ferme familiale avec sa mère, sa grand-mère et Léonard, vieux voisin devenu son ami. Dans la propriété d’à côté, Valette, tenu éloigné de la guerre en raison d’une main atrophiée, ressasse ses rancoeurs et sa rage. Et voilà qu’il doit recueillir la femme de son frère, Hélène, et sa fille Anna, venues se réfugier à la ferme. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

 

L’auteur : Franck Bouysse est né en 1965 à Brive-la-Gaillarde. Il partage sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

 

 


 


Le petit avis de Kris

C’est noir mais tellement beau !! C’est ….. Je n’ai pas de mots …. on monte en puissance ! C’est … Une merveille ce livre. Un pur chef d’oeuvre.

 Rien d’autre à rajouter



Le post it de la bibliothèque, Ge

 

A Saint-Paul-de-Salers, en août 1914, les hommes sont partis au front. Chez les Landry, Victor, 15 ans, resté seul avec sa mère, doit s’occuper des travaux de la ferme. Le vieux Valette, son voisin, accueille sa belle-soeur, Hélène, et sa fille, Marie, venues se réfugier à la campagne. L’arrivée des deux femmes bouleverse la vie dans ces montagnes du Cantal.

Une nouvelle fois Franck Bouyse nous plonge dans la France rural, Cette France qu’il affectionne tout particulièrement. Cette France à la fois campagnarde et montagnarde peuplée de taiseux.

J’ai du mal à parler de ce roman, les mots me manquent. Ne reste que les émotions. Et… Je n’ai pas le lyrisme de l’auteur pour traduire tous ses sentiments qui se bousculent en moi

Aussi j’emprunterai à l’éditeur sa présentation pour vous parlez ce ce roman bouleversant.

« Roman d’amour et de fureur, Glaise confirme l’immense talent de son auteur à mettre en scène des hommes et des femmes aux prises avec leurs démons et avec les fantômes du passé. Des espaces, des personnages d’une terrible force, l’art de la narration : l’univers, l’écriture, la musique font de Franck Bouysse un raconteur d’histoires dans la plus grande tradition américaine. »

Je ne sais pas ce qu’est « un raconteur d’histoire dans la plus grande tradition américaine », ce que je sais c’est que Glaise, m’a fait ressentir les même choses que Le Garçon de Marcus Malte qui a décroché quelques prix l’an dernier, Prix Femina 2016, prix Cardinal Perraud 2017.

Et je vois bien à son tour Glaise, impressionner quelques jurés et quelques jury car  après Grossir le ciel, prix SNCF du polar 2017, et Plateau, prix de la Foire du Livre de Brive, Franck Bouysse s’impose comme une voix incontournable de la littérature française contemporaine.

 

 

 

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Gran Madam’s de Anne Bourrel


Chronique de lecteurs

Il y a  quelques mois je vous proposais, mon petit avis sur ce premier roman qui m’avait frappée, bousculée, chamboulée.

Aujoud’hui c’est un grand monsieur de la sphère bloguesque qui vient vous en reparler.

Je laisse donc la parole à Pierre Faverolle du blog Blacknovel.

J’ai la chance et le plaisir qu’il m’offre cette chronique inédite.

Merci Mister Pierre

 

Le livre : Gran Madam’s de Anne Bourrel (La Manufacture du livre)

 

L’avis de Pierre

Voici une nouvelle auteure à épingler sur Black Novel et qui m’a étonné avec ce livre, faisant souffler le chaud et le froid. Mais on en parle juste après avoir évoqué le sujet du livre.

Ça commence par un premier chapitre dur, difficile à lire et à supporter. La narratrice est une prostituée qui exerce son métier au club Gran Madam’s, en Espagne, juste derrière la frontière franco-espagnole, à la Jonquera. Son nom est Begonia Mars. C’est un pseudonyme, bien sur. On apprendra plus tard son vrai nom et son parcours. Ce premier chapitre est donc dur à lire, dur à vivre. On suit Begonia dans sa journée, obligée qu’elle est, de subir les assauts de vieux pervers qui peuvent se payer une petite jeune.

Ludovic Le Boss organise tout. Affublé de son compère Le Chinois, qui est noir, il s’occupe de l’intendance et du dressage des filles. Puis Ludovic décide de buter le propriétaire du club, appelé Le Catalan. Ils savent qu’en faisant cela, ils vont devoir fuir et qu’ils se feront rattraper un jour ou l’autre.

Alors ils partent en France, et se fixent comme objectif Paris. Ils s’arrêtent au bord de la mer à Port Leucate, avant de reprendre la route. En bord de plage, une jeune fille les regarde. Elle s’appelle Marielle, a 12 ans, et vient de fuguer. Alors ils décident de la ramener chez elle. Ses parents, Jean Louis et Sylvie, tiennent une station essence à Capendu.

Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est le ton très efficace, cette façon très distanciée de décrire les personnages, les paysages, de faire avancer l’intrigue. C’est aussi cette histoire au final très simple, qui se laisse conter au fil de l’eau. Après les premiers chapitres speedés et crades, les protagonistes sont obligés de vivre une vie normale dans la station essence … avant le dérapage final bien sur. C’est surtout cette dureté dans la narration, cette absence de sentiments, cette volonté de rester factuel, presque mécanique, avec des phrases fort bien trouvées qui poussent le lecteur à continuer. J’ai tendance à dire que les femmes écrivent des romans plus durs que les hommes, et c’est d’autant plus vrai dans ce roman.

Et puis, il y a par moments des phrases qui sonnent faux, qui en font trop, ou pas assez, quelques phrases qui font que l’on sort la tête de l’eau, et qui font retomber le soufflé et toute l’admiration que l’on aurait pu avoir pour un livre qui, dans mon cas, aurait pu devenir culte. Je l’ai lu en une journée tout de même !

Alors, certes c’est un livre impressionnant, venant d’une jeune auteure au devenir certain, qui est addictif tout au long de sa lecture, malgré le fait qu’il ne se passe pas grand’chose. Et on tourne la dernière page en se disant qu’on vient peut-être de lire dans ces presque 200 pages la naissance d’une grande auteure.

Ne ratez pas l’avis de Claude Le Nocher.

Retrouvez aussi si vous le souhaitez mon petit avis ICI

 

Chiennes de Marie Vindy : L’ABCdaire de deux nanas fondues de ….Vindy


  L'ABCdaire de deux nanas fondues de vindy

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Chiennes de Marie Vindy

Pour cette  troisième lecture commune, on reprend la formule de l’Abécédaire.

Le principe :


Un ABCdaire : 26 lettres

L'ABCdaire de deux nanas fondues de13 lettres chacune choisies au hasard

13 lettres pour 13 mots qui pour nous définissent quelque chose du roman.

 Ensuite nous mettons les 26 mots ainsi rassemblés en commun et nous y apportons l’une et l’autre notre petite explication.

Pas simple de parler d’un roman à partir d’un mot choisi par une autre personne. Pas simple mais très amusant.

Et pour plus de partage encore chacune d’entre nous ne gardera que 7 lettres donc 7 mots qu’elle avait au départ pour sa chronique. Les 6 lettres et mots correspondants restant, elle les offrira à sa partenaire qui se chargera de les publier.

Chaque chronique disposera de 13 mots, 7 des siens et 6 emprunté dans la liste de son binôme. Mais au totale chacune aura 26 définitions.

Je vous vois faire la grimace ! Peut-être ne suis pas assez explicite ?

Bon…Prenant un exemple ça sera plus clair !

Ge de Collectif Polar a les lettres H, I,J,K,L,M,N,Q,R,S,T,W,Y = 13 lettres

Les 6 lettres H,I,J,T,W et Y ont été définies par Ge mais seront publiées dans la chronique d’Anne-Ju.

Et inversement, des 13 lettres définies par Anne Ju, Ge en publiera 6.

Bref pour lire l’abécédaire complet, vous allez devoir jongler avec nos deux blogs. 26 lettres, 13 lettres chacune. Là vous vous dîtes que l’on a grave cogité, euh oui on vous confirme 😉

Le plus simple, allez direct à l’Abécédaire, oups pardon L’ABCdaire. 

Marie Vindy&Le livre : Chiennes de Marie Vindy Paru le 31 août 2015 à la Manufacture de Livres dans la collection Roman Noir.  388 pages, 18,90€ …

La 4e de couv :

Chiennes

– Allô ? C’est quoi ?
– T’as intérêt de la boucler, j’te jure ! Tu fermes ta gueule, t’entends ?
– Hé ! Mais t’es qui, toi, pour m’parler comme ça ? Eh oh ?
– Ferme ta gueule si tu veux pas avoir d’ennuis. Toi et ta pute de mère vous fermez vos gueules, t’as compris ? Et ta mère, putain, elle a pas intérêt à ouvrir sa grande gueule, sinon, sa vie, elle va être pourrie et la tienne aussi. Et tu te retrouveras dans une cave comme ta copine la pute !

Séquestrations, violences, balances, c’est le lot du trafic de stups, même dans une ville réputée calme comme Dijon. Ici, la dope, ce sont surtout quelques lascars qui font des trajets aux Pays-Bas pour ramener du produit jusqu’à ce qu’ils finissent par se faire serrer par la douane volante. Mais comment ne pas voir dans ces gosses élevés de travers, pervertis par le fric facile, et entraînés aux luttes viriles et à la violence, l’ombre d’une réalité beaucoup plus terrifiante ?

Marie Vindy (13)L’auteur : Marie Vindy est née en 1972, à Dijon où elle vit toujours.

Après avoir suivi une formation artistique aux « Beaux Arts » de Besançon, puis de Nantes, elle devient artiste plasticienne et professeur d’Arts Plastiques en collège pendant quelques années, elle délaisse assez vite ces activités pour se consacrer à la littérature noire. Elle est aujourd’hui journaliste et chroniqueuse judiciaire.

Notre Lecture commune :

Les 6 mots choisis par Anne Ju parmi les 13 lettres qu’elle a tirée au sort

A : Affaires

AJC : Ce livre est un réel roman policier. Il parle de 2 affaires. La première est le suicide d’une jeune fille qui a lieu dans une cité à Dijon et qui est donc suivi par la police. La seconde est le meurtre d’une jeune fille retrouvée dans un bois dans les alentours de Dijon et qui est suivie par la gendarmerie. Pour m’y retrouver au début, j’ai pris des notes pour être sûre de bien mettre les personnages et les faits dans les bonnes colonnes ;-). Car c’est un peu comme un entonnoir ! Au début, on a une tonne d’infos et petit à petit, ça se resserre …mais chut je n’en dis pas plus.

GVLDans une cité de la banlieue de Dijon, le policier Simon Carrière doit enquêter sur le suicide d’une jeune fille. Parallèlement, le capitaine Humbert est confronté à la disparition d’Aude, qui a manifestement été exécutée pour une affaire de drogue. Une intrigue qui reprend les personnages croisés dans Une femme seule et Cavale(s) et qui se déroule au sein de la gendarmerie nationale.

B : Brutal

AJC : Attention, âmes sensibles s’abstenir car il y a pas mal de violence dans ce livre. Tout d’abord, les deux enquêtes aussi brutales que violentes. Ensuite, les sentiments : Vlan. On se prend une sacrée claque quand on imagine les horreurs que ces hommes volent tous les jours. Mais ce qui est plus brutal : c’est cette considération de la femme en passant un langage tellement injurieux que j’ai eu envie de devenir brutale à ma manière…Avec mes mots. Merci Marie Vindy pour ce combat brutal que tu mènes ! ça existe tout le monde le sait, mais tout le monde se tait ! La loi du silence L

GVL : Oui la violence faite aux femmes n’est pas un vain mot, et ici c’est même le statut de la femme qui est remis en question. La femme objet pour le seul plaisir de l’homme ou bonne à tout faire.  Oui ici moi aussi j’ai envie de devenir brutal face à toutes ces violences quotidiennes qui chaque jour me renvoient à ma condition de femme et aux luttes qu’il va nous falloir encore mener pour défendre et étendre nos droits, mesdames.

C : Chiennes

AJC : Ce mot a (hélas) plusieurs définitions ! Vous avez la femelle du chien mais aussi le côté négatif attribué aux femmes comme étant une injure. Ici  vous l’avez bien compris Marie Vindy ne l’utilise pas à son sens premier. D’ailleurs, ce mot est devenu courant dans le langage aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Chiennes est le titre de ce livre ! C’est un cri de douleur et ras le bol ! Marre de se faire insulter de la sorte et d’être cataloguée comme ça. Le manque de respect de la femme est flagrant dans ces personnages présents dans le livre. J’aurai pu choisir le mot Colère mais aussi Claques car franchement j’ai très envie de mettre des claques à tous ces jeunes qui n’ont plus de notion de l’être humain.

GVL : Les personnes qui me connaissent savent mon amour pour les canidés. Aussi je ne comprends pas que ce mot « Chienne » soit devenu dans la bouche de certain une insulte. Moi qui vis en meute, je vois bien comme nos chiennes sont le ciment du groupe, comme elles sont fidèles, aimantes et solidaires entre elle. Plus que les mâles, elles font preuve de courage et surtout de tempérance et d’équité. Non vraiment, ces abrutis qui nous traites de chiennes n’en vraiment rien compris au monde canin. Le chien est un animal social par excellence et la meute se compose de plusieurs individus, C’est donc une véritable cellule  presque familiale, fortement hiérarchisée et centrée autour du couple dominant. Les autres membres sont très soumis au couple Alpha qui choisit toujours le territoire où s’établira le clan. Veillant à la sécurité et au bien-être de tous les individus, il assume le maintien de l’ordre et veille à la cohésion du groupe. La stabilité d’une meute dépend des dominants. Et malheureusement chez les humains, l’effet de meute est vraiment perverti.

V : Valeur

AJC : Dans ce roman, Marie Vindy fait un état de la notion de Valeur. La valeur matérielle est ce qui régit tout dans ces cités. Elle est la grande preuve de réussite. Plus tu as d’argent et plus tu as du pouvoir et tu es respecté. Mais il y a aussi la partie Humaine. La valeur de l’être humain. Là, la femme n’a aucune valeur si ce n’est celui de Chienne. Les hommes n’ont pas forcément non plus une grande valeur dans ces cités. Mais la partie force de l’ordre essaye de rétablir cet équilibre mais c’est une lutte longue et parfois périlleuse. Un sacré bras de fer !

GVL : Ici certains de nos protagonistes n’ont aucune valeur morale. Difficile de rentrer en empathie avec eux. Cela en fait des boucs émissaires faciles pour déverser notre rancœur contre leur bêtise crasse. Et de là à  basculer dans une certaine généralité, il n’y a qu’un pas. Entre angélisme et pharisaïsme difficile de ne pas tomber dans les extrêmes.

X : X

AJC : Âmes sensibles s’abstenir ? oui un peu car y a des  mots hard, des scènes qu’on n’aimerait savoir que cela n’existe plus.

GVL : X comme Hard, non pas qu’il soit question ici de pornographie mais parfois nous n’en sommes pas loin. Entre la prostitution de jeunes filles mineures, les viols en réunion, les tournantes dans les cités. La possession du corps des femmes comme arme de guerre. Et puis se titre Chiennes, à lui seul il est porteur de soumission totale donc sexuelle aussi.

Z : Zen

AJC :  C’est l’état dans lequel je me trouve en écrivant cette chronique et non celui que vous allez être en lisant ce roman noir 😉

GVL : Zen, j’aimerai l’être, mais trop de questions se sont bousculées et se bousculent encore en moi après la lecture de ce roman âpre, poisseux mais réaliste que ça en fait mal. Donc non, pas ZEN du tout.

Les 7 mots qu’il me reste sur les 13 lettres que j’ai tirées au sort.

K comme Keuf :

GVL : On est là dans une histoire de Keuf. Marie Vindy nous propose un roman policier pur jus, un roman policier de procédure comme on dit. C’est-à-dire que l’on va suivre pas à pas, l’enquête des flics, des condés comme si on y était. On remonte peu à peu avec eux les pistes, on récolte les témoignages, les indices, les preuves…On fait à leur côté un travail de fourmi afin de confondre les coupables.

AJC : Je ne vois pas ce que je peux rajouter de plus à ce que tu as écris…si ce n’est qu’être keufs semblent de plus en plus difficile et surtout il faut être doté d’un sacré courage pour assumer et exercer ce job de nos jours

 

 

L  comme  Lecture :

GVL : Voici bien une lecture que je vous recommande, lecture addictive qui a suscité en moi de forts sentiments de contradiction. Je crois même que par moment je ne me suis pas totalement reconnue. J’ai été poussée dans mes extrêmes, mes discordances, mes dissonances. J’ai été bousculée, malmenée.  Mais cette lecture est nécessaire voire salvatrice.

 AJC : Je suis contente d’avoir choisie cette lecture commune car c’est une lecture militante comme je les aime. On a envie de s’engager après ça. Donc lisez le et n’ayez pas peur de ce que vous allez lire. Il ne faut pas se voiler la face ! Ça existe et c’est peut-être en bas de chez vous.

 

M comme Misère :

GVL : Il est ici question de misère, misère sociale certes, mais aussi misère affective, misère culturelle, misère éducative…. Comment se construire quand aucun modèle ni familial, ni structurant n’est là pour vous soutenir. Quand le seul modèle c’est le fric, et surtout le fric facile. Celui qui donne une position social. Celui qui confère le pouvoir. Comment se construire sans structure familiale, avec des parents défaillants, des parents eux même délinquants ou comment exister face à une autorité trop rigide voire injuste. Une éducation à la chlag où l’écoute et l’amour n’ont point leur place. Comment devenir un homme citoyen quand les règles sont viciées dès le départ.

Oui mais la misère explique-t-elle à elle seule toutes ses dérives, toutes cette violences.

Sans doute pas…

 AJC : Dans quelle misère vient-on en 2015 ? Lisez Chiennes et vous aurez un sacré bilan que certains devraient prendre conscience. Mais je suis comme toit Geneviève, je me demande comment on peut faire pour s’en sortir ? Certes, la misère existe depuis toujours : les riches, les pauvres, ce n’est pas nouveau.. Mais les fossés sont de plus en plus grands et l’argent peut être tellement facile pour sortir de cette misère (drogues, prostitution…). Le fossé va-t-il continuer à se creuser ? Vous avez encore 4h pour nous rendre votre copie 😉

 

N comme Noir :

GVL : En plus d’être un roman policier procédural, Chiennes est aussi un roman noir. Noir et social vous l’aurez compris.

AJC : Je n’ai rien de plus à rajouter : La couverture exprime bien ce côté sombre.

 

Q comme Quartier :

GVL : J’étais loin de me douter qu’à Dijon, ville bourgeoise s’il en est, il existait des quartiers sensibles. Des cités comme dans nos banlieues, des Tarterets, des 4000…

Et bien , Marie Vindy, nous fait voir l’envers du décor et la cité des ducs de Bourgogne prend un autre visage.

 AJC : Dijon je connais un peu car depuis 4 ans, je vis à 45mn de là. Comme quoi derrière le côté de nos chers ducs de Bourgogne, il y a aussi des endroits où je ne voudrais pas m’aventurer. Aujourd’hui, des quartiers sensibles il y en a même dans des villes de 5000 habitants !!

R comme Révoltée :

GVL : Oui c’est ce que je suis à la lecture de ce livre. Révoltée.

Révoltée car Marie Vindy a vu juste, et sa vision m’est insupportable.

Je ne peux pas croire que la condition de la femme, dans notre démocratie et en ce 21e siècle soit celle que ces morveux veulent bien lui attribuer.

Révoltée…Alors, mesdames et messieurs, aux armes et qu’une nouvelle fois le droit des femmes deviennent une priorité nationale.

 AJC : Oh dingue, tu as utilisé les mots que je voulais ! Révoltée de me sentir impuissante devant ces nouveaux délinquants qui se proclament au-dessus de tout. Révoltée de voir que ces personnes rendent à la femme cet état de « bonne à se taire  et à subir ». Je suis féministe et je suis fière. Nos ancêtres se sont battues pour faire changer les choses. Ok je n’irai pas défiler dans la rue les seins nus (quoique…) mais bon je n’hésite pas à sortir ma pancarte quand j’entends des choses qui font mal à la féministe que je suis. Mais cette révolte en moi, me rend plus forte et je me fais la mission de véhiculer le plus possible que la femme ce n’est pas une chienne !

 

S  comme  SIMENON :

GVL : Il y a chez Marie Vindy, un petit côté Simenon. Dans sa façon de poser le décor, de rendre une atmosphère, de jouer avec l’empathie du lecteur. Comme chez Simenon, tout n’ai pas ni tout blanc, ni tout noir. Elle se pose en catalyseur des mots de la société. Elle en démonte aussi les rouages mais par petites touches subtiles. Elle appuie là où ça fait mal pour réveiller nos consciences mais en nous laissant le choix de la solution. Elle n’est ni juge, ni bourreau.

AJC : J’avoue que j’ai une lacune : je n’ai lu qu’un livre de Simenon. Donc de ce côté, je fais confiance  à l’experte que tu es Geneviève.

 

Pour poursuivre cet Abécédaire il vous faut aller chez Anne Ju et ses Motordus ICI

Nous espérons, j’espère, vous avoir donné envie d’adopter le style Vindy. Perso je suis conquise depuis la première heure. Et je suis ravie d’avoir poursuivie ces « ABCdaires » avec un titre de Marie Vindy

Alors, à bientôt pour une autre lecture commune. Pourvu que cet « ABCdaire de deux nanas fondues de… » vous ait plu. Nous, on s’est éclatée à le faire….Voilà !

Gran Madam’s de Anne Bourrel


téléchargement (7) Le livre : Gran Madam’s de Anne Bourrel. Parue le 05 février 2015  à La Manufacture de Livres. 14€90 ;  (200p) 

4e de couv :

Virgine Lupesco, ex-étudiante en lettres, est tombée dans la prostitution. Elle « travaille » sous le nom de « Bégonia Mars » à la Jonquera, dans une de ces boîtes proches de la frontière, le Gran Madam’s.
Quand elle ne se plie pas aux désirs de Ludovic, son mac, elle prend des coups. Et pourtant c’est ensemble, et avec l’aide du Chinois, qu’ils vont assassiner le patron du Gran Madam’s, le Catalan. Ils déposent son corps au sommet du monument pyramidal qui, sur l’autoroute, borde la frontière francoespagnole.
Bégonia, Ludovic et le Chinois vont ensuite prendre la fuite vers Paris.
À Leucate, ils rencontrent Marielle, une jeune ado fugueuse qui leur demande de la ramener chez elle.
La cavale bifurque et prend un tour inattendu.

téléchargement (6)L’auteur : Anne Bourrel est née le 31 mai 1970 à Carcassonne. Elle a fait des études de lettres à Montpellier et à Twickenham. Après une brève carrière dans l’enseignement britannique et un passage éclair dans le domaine des ressources humaines, elle s’est installée à Montpellier où elle se consacre surtout à l’écriture, sous toutes ses formes : « J’écris. Des pièces de théâtre, des textes courts, des longs. Je raconte des histoires. Dans le tunnel des mots, je cherche des entrées, des passages, des avancées. L’écriture est une route que j’ai choisie pour avancer en glissant. Écrire, c’est glisser. »

Extrait :
« …Il défait son pantalon, je fais tomber les bretelles à paillettes. Je fais glisser la culotte, il garde sa chemise à carreaux sur le dos, il enfile le plastique sur son truc. J’ai les yeux qui voient pas, je vole, je flotte, je me mets ailleurs.
Il entre, s’affale, son souffle s’accélère, ses coups aussi, ça va durer longtemps, je suis secouée comme un arbre, secouée, secouée, secouée. J’ai mal au cœur tellement il me secoue, ça va bientôt finir cette affaire ? Mentalement, je m’encourage, je gémis un peu, il s’en fout, il reste dans son délire, pas la peine que je fasse mon numéro, il continue seul sur la lande, ah, il vient, non, toujours pas, toujours pas, toujours pas, il a dû prendre un truc pour que ça dure aussi longtemps, il est en sueur, le tissu de sa chemise est hérissé de piques, il me souffle fort dans l’oreille, on dirait un train à vapeur, il me retourne, il rit tout seul, je lui dis, non, pas là, il grogne et il re-rentre en me tenant la taille entre ses deux mains, il secoue, il secoue, je me tiens comme je peux au dossier du lit, j’ai la peau des joues qui vibre, je pense pas, je ne peux pas penser, je suis trop secouée, secouée, secouée, la lumière clignote, en équilibre sur mes genoux, plus qu’une main accrochée, de l’autre main je montre la porte, pour lui dire, le parcmètre est vide, ça clignote, faut remettre du pognon si tu veux finir, il grogne mais il comprend, il connait le système, il dit, si, lo pongo, il sort à moitié à poil dans le couloir, j’en profite pour souffler, ouh, ça tourne, je suis sur un bateau, il revient, encore vingt minutes et ça repart, il me fait glisser sur le bord du lit, me re-retourne, me remonte vers lui, il m’écarte les jambes, il reste debout, j’ai la tête à l’envers, il rentre encore, profond, et ça repart une nouvelle fois, secouée, secouée, secouée, le type y met toute sa force, il me pince le haut des cuisses, j’ai l’impression de descendre une pente à toute vitesse, je peux même pas arrêter les sons disloqués qui sortent de ma bouche, putain, il vient ou quoi ?… »

téléchargement (8)

Résumé et avis :

J’ai lu ce livre en apnée complète

Bégonia Mars se prostitue dans une maison close de la Jonquera, le Gran Madam’s, sous la férule de son proxénète Ludovic. Avec un Chinois, ils tuent le maître des lieux, puis prennent la fuite vers Paris. A Leucate, ils lient connaissance avec une jeune fugueuse, Marielle, qui souhaite rentrer chez elle. Le trio, hébergé par les parents de l’adolescente, va découvrir les raisons de son tourment.

Une fuite en avant, voilà ce qu’est ce roman, un roman noir comme un road movie avorté. Une histoire d’êtres humains à la marge, qui n’ont sans doute pas su trouver leur place.

Une quête de redemption en somme.

Mais aussi et surtout à mes yeux un véritable plaidoyé contre la violence faîte aux femmes. Enfermée qu’elles sont dans certains clichés. La putain ou la maman. La violence sous jacente, toujours présente, celle qu’entraime la prostitution, le mariage ( oui le viol conjugal existe), l’inceste partout ou se niche des rapports de force entre un client et une putes, un mari et son épouse, un père, un frère, un parent qui abuse d’une enfant.

C’est un cri d’alarme, des mots d’amours que nous offre Anne Bourrel. Et si parfois ils sont si crus c’est pour mieux nous faire prendre conscience de ces cruautés ordinaires.

Arrêtant de nous voiler la face.

Un long moment de silence / Paul Colize : un livre qui restera un long moment dans nos cœurs.


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Le livre : Un long moment de silence de Paul Colize. Paru le 14 mars 2013 à La Manufacture de livres. 20,90 EUR ; (469 p.) ; 23 x 14 cm.
Réédité en poche  dans la Collection Folio policier (n° 728), chez  Gallimard. Parution : 20-05-2014

4e de couv : 1920 Wladyslaw ouvre sa pharmacie à Lwów. 1948 Trois jeunes italiens attendent la sortie des élèves du Brooklyn collège devant leur coupé Hudson rouge. 1952 Un homme poursuit une fillette sur le parking enneigé de l’aéroport de Stuttgart. 1989 Une femme aborde trop vite une courbe sur le ring de Bruxelles. 2012 Stanislas déshabille une femme qu’il connaît à peine. Paul Colize est l’auteur de back up (folio policier-Gallimard). Il vit à Waterloo. Capture&&&&&&&&&&

L’auteur : Paul Colize est né en 1953, il est marié et est le père de trois enfants. En dehors de l’écriture, il exerce également la profession de consultant en management et consacre son temps libre au piano et au badmington. Ah et si j’osais, je dirai qu’il pratique un humour irrésistible.

Extrait 1 : « Par un bienfait de la nature, j’ai échappé à la calvitie, aux traits avachis, aux érections fastidieuses et à l’embonpoint qui frappent la plupart des hommes de mon âge. »

Résumé et avis : La 4e de couv est succincte et il est difficile de résumer ce roman policier tellement il est foisonnant. Ce thriller historique, qui se déploie de 1920 à nos jours, met en scène une organisation clandestine, The Owl. Celle ci est chargée de poursuivre la traque des criminels nazis abandonnée par Israël après 1960. Nous suivons donc Nathan Katz dans sa quête de justice. Mais c’est aussi l’histoire de Stanislas Lejeune, l’un des héros, qui verra son destin s’accomplir au travers de cette aventure. Je crois que Paul Colize aime à dire qu’il écrit « du polar artisanal ». Mais depuis 5 ans que je le suis maintenant ,je peux affirmer que ses polars artisanaux sont écrits de façon très professionnelle. Je disais donc qu’il y a 5 ans je lisais mon 1e Paul Colize. Il venait de sortir un roman aux éditions Krakoën. (Une petite maison d’édition associative que j’affectionne tout particulièrement. Et qui m’a fait découvrir pas mal d’auteurs talentueux.) Capture&&&&&&&&&&& Ce roman donc, La troisième vague, parlé déjà d’attaques brutales, bestiales , sauvages tout comme dans le roman qui nous intéresse aujourd’hui. L’enquête de La troisième vague dévoilera les dessous d’une affaire criminelle sans précédent qui suscite encore et toujours des interrogations. Tout comme celle d’un long moment de silence. Dans la première il est question des tueurs du Brabant dans la seconde de la tuerie du Caire. Si le premier est un fait divers réel, le second imaginaire est tout aussi sanglant. Dans les deux, on ne connait rien sur l’identité des tueurs, ni sur leurs mobiles . Gangsters aux méthodes expéditives pour les uns, terroristes en service commandé pour les autres. Et pour servir quels sombres intérêts ? Nul ne le sait aujourd’hui encore. Malgré des moyens d’investigation exceptionnels, ces énigmes demeurent entières. Mais c’est compter sans Paul Colize. Car ici il mélange la réalité et la fiction avec un tel talent qu’il arrive à nous embarquer dans deux histoires complexes qui nous dévoilent peu à peu sa vérité sur les évènements tragiques qu’il nous expose. De plus , Paul Colize a pris le pari audacieux de faire d’un sale type, pour ne pas dire un être abject, l’un des héros de ce roman. Et il insiste en nous racontant son parcours à la première personne du singulier. Le reste du récit vous l’aurez compris étant à la 3e personne. Et chez Paul Colize la documentation accumulée pour étoffer ces intrigues et l’humour qu’il distille pour les raconter font de ce titre un pur et long moment de bonheur livresque. Un véritable coup de cœur pour cette histoire qui a su m’émouvoir bien plus que je ne l’aurai imaginé.

Extrait : Une grande boîte à biscuits métallique était coincée au bout d’une étagère chargée d’albums photos. J’ai rapidement parcouru les albums pour m’assurer de ne rien louper, mais ils ne contenaient que les clichés habituels : naissances, fêtes, vacances, mariages. En une quinzaine de minutes, j’ai parcouru un demi-siècle en Bavière.

Un long moment de silence est déjà Prix Landerneau polar 2013 ; prix du Boulevard de l’imaginaire 2013 ; Prix Polars Pourpres 2013.

Pour lire le début c’est ici

Oui j’aime bien ces photos avec mes amis . Ici Carine Capture&&&&&&&&&&&& Capture&&&&&&&&&&&&& Et là Richard notre concierge masqué préféré.

Crocs de Patrick K. Dewdney


9782358871013,0-2627134Crocs de Patrick K. Dewdney. Paru le 5 juin 2015 à La Manufacture de livres dans la collection Territori. 15,90€ ;(178 p.) ; 20 x 14 cm

Quatrième de couverture

« Quand ils ont mis au jour les tumulus gaulois, figés par des siècles de déliquescence, j’avais aidé. J’ai commis près d’ici mon ultime profanation. J’espérais qu’il y en aurait d’autres. La pioche et moi, nous avions creusé. Avec avidité, nous avions exposé les débris des morts, fouillé la terre comme on fouille une amante. À grands coups, lorsqu’il n’y avait plus rien à blesser, mais délicatement, surtout. Par effleurements spasmodiques. Je m’étais rendu complice des ouvrages, comme je l’avais toujours fait, sans savoir que ce serait la dernière fois. »

Il emprunte la glaise des sous-bois et la fange des tourbières. À l’heure qu’il est, on est probablement à ses trousses. Sa course vient parfois frôler la balafre humaine : les villages endormis, l’asphalte visqueux des routes. Le cabot l’escorte. La pioche meurtrit son épaule. Comme il n’a aucun autre compagnon, c’est à eux qu’il murmure le Plateau, les hommes qui traquent et qui déchirent, les trajectoires perdues et les mémoires effacées. Quelque part à l’issue du chemin, il y a le Lac. Le Lac et le vacarme du Mur. Qui attend.

L’auteur :  7642991657335. Patrick K. Dewdney est né en Angleterre en 1984 et vit en France depuis l’âge de 7 ans. Il a publié les romans Neva, chez les Contrebandiers, Mauvaise Graisse, chez Geste éditions, ainsi qu’un recueil de poésies, Perséphone Lunaire.

 Extrait :
« Sonné. Souffle coupé. Me tâte. La pioche a valsé sur les pierres, tinté et rebondi, intacte. Mes dents ont cogné fort quand j’ai atterri dans les galets sableux. Une chance de ne pas m’être tranché la gueule en deux. Je me redresse sur un coude, sur un côté tremblant. Le flot caracole sous mes yeux incertains. Impassible. Les doigts explorent, se rassurent petit à petit de ne rien trouver qui ne soit pas aligné avec le reste. Les jambes vont bien, c’est l’essentiel. On ne peut pas marcher, sans jambes. on ne peut pas fuir. Derrière moi, en haut de la butte, il y a cette route puante qui persiste d’un silence moqueur. »

Résumé et avis :

Un roman noir où l’homme se débat dans la complexité de la nature dans l’espoir de venir à bout de ses propres démons.

 Avant de vous parler de mon ressenti sur ce magnifique roman, j’aimerai vous présenter la collection territori. Ou plus exactement laisser le directeur de cette nouvelle collection à la manufacture du livre vous . Voilà ce qu’on dit Cyril Herry :

85744__beaver-dam-in-an-autumn-canadian-forest_p« Se référer au Nature Writing ne consiste pas à prétendre que la France possède son Montana ou son Wyoming, ni surtout à comparer la griffe d’auteurs américains, de Jim Harrison à Ron Rash, de David Vann à Cormac McCarthy, pour ne citer qu’eux, à celle des auteurs français que la collection Territori envisage de publier. Nous n’avons ni le même rapport à l’espace, aux distances, ni surtout la même histoire, mais il aurait été très prétentieux d’inventer un nouveau terme et absurde de prétendre inaugurer un nouveau genre, d’autant que la littérature en France est loin d’être vierge en matière d’écriture de la nature. Il ne s’agit donc pas de « se mesurer à », ou de « faire comme », mais d’investir un territoire existant et de le questionner à une époque déterminée. »

Vous l’aurez compris, les éditeurs tentent de défendre des auteurs qui « écrivent la nature ».

Et ce titre justement est une magnifique ode à la nature mais aussi à la condition humaine. Dans un style littéraire magnifique, Patrick Dewdney nous offre un nature-writing de tout beauté qui vous submerge et vous bouleverse profondément.

J’avoue l’écriture m’a quelques peu désarçonnée au tout début, avant de m’emporter et de m’engloutir totalement.