Rouge écarlate de Jacques Bablon


Le livre : Rouge écarlate de Jacques Bablon. Paru le 20 février 2016 chez Jigal dans la collection Polar.  17€50 ;  (190 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv : Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure.

Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ?

Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible.

Marcus, le voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles.

À chacun sa petite maison…

Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale…

« Avec cette maîtrise stylistique qui dégage une énergie vivifiante, Jacques Bablon joue dans la cour des grands. » Le Nouvel Obs.

L’auteur : Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

 

La chronique de Pierre

 

Rouge écarlate de Jacques Bablon

Editeur : Jigal – 2016

Trait bleu avait fait fort en nous faisant découvrir un nouvel auteur avec un vrai style et un scenario mené de façon original. Restait à transformer l’essai avec un titre tout en couleur, comme le premier.

Dans un quartier … Joseph Salkov a un défaut : parfois, il a des envies de meurtres. Cette nuit là, il a rêvé de flinguer Elvis. Ce matin au petit déjeuner, il irait bien tuer son voisin, Marcus Gulbis, sans raison, si ce n’est que ce Marcus à la con a écrasé son petit chien. Finalement, il ne mérite que ça, on pointe le canon, et BOUM ! Il avait bien baisé la femme de Marcus, Rosy, quelques fois, mais bon ! Et puis, leur gamin, Angelo n’est pas désagréable, si ce n’est qu’il balance son ballon chez lui !

Salma n’habite pas loin, elle fait son footing. Le long d’un champ de fraises, elle voit les femmes ramasser les fruits rouges et se penche pour en manger une. Un homme, le propriétaire du champ, lui propose de boire un verre et essaie de la violer. Après une violente altercation, Salma finit un peu amochée, le nez cassé.

Tout ce petit voisinage n’est pas ce qu’il prétend être. Derrière les haies bien taillées, des trafics se font jour, la violence couve. La course poursuite va s’engager entre les uns et les autres avec Angelo en plein milieu.

A propos du premier roman, j’avais écrit : « Ce qui est remarquable dans ce roman, dans ce premier roman, c’est surtout ce style sans concession, fait de phrases courtes, de style haché, de descriptions faites d’un seul adjectif, de ce choix judicieux de chaque mot, de cette volonté revendiquée de l’efficacité à tout prix. ». Je pourrais me répéter car c’est exactement la qualité que l’on retrouve dans ce roman mais pas seulement.

En passant d’un personnage à l’autre, Jacques Bablon construit un scenario sans réelle trame, en déconstruisant son scenario justement. Les événements se suivent et le lecteur subit ce qui s’y passe plus qu’il n’est acteur. En fait, l’auteur arrive à nous surprendre à chaque fois pour finir dans une scène de violence … mais sans que cela n’ait réellement une fin.

C’est un roman étonnant, qui va ravir les fans de James Sallis, tant l’efficacité du style fait mouche, tant Jacques Bablon arrive à dire et montrer tant de choses avec si peu de mots. Et il pourra déconcerter certains autres car je dois dire que j’ai eu un peu de mal à m’accrocher aux personnages. Il m’a manqué un petit quelque chose, quoi ! En tous cas, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à cet auteur : Jacques Bablon est unique et à lire une de ses pages, on reconnait tout de suite sa patte d’auteur à part entière. En deux romans, Jacques Bablon est devenu un auteur original et unique dans le roman noir contemporain.

 

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La lettre et le peigne de Nils Barrellon


Collectif Kris
nilsLe livre : La lettre et le peigne  de Nils Barrellon. Paru le 15 septembre 2016 chez Jigal dans la collection Jigal Polar.19€ ;  (291 p.) ; 21 x 14 cm

4ème de couv
Avril 1945. Anna Schmidt erre dans les rues dévastées de Berlin à la recherche d’un abri.
Janvier 1953. Elle confie à son cousin Heinrich une mystérieuse lettre qu’elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour celui-ci se sentait en danger et venait la réclamer.
Septembre 2012. La capitaine Hoffer enquête sur l’assassinat d’un gardien du musée d’Histoire de Berlin. Le mobile du crime semble être le vol d’un peigne tristement célèbre…
Quelques mois plus tard, Jacob Schmidt est sauvagement agressé en sortant d’un club. En déposant plainte, il croise la capitaine Hoffer, très intriguée par son histoire.
Depuis, Jacob se sent traqué.?Et le souvenir de cette lettre dont Josef, son père, lui avait parlé lui revient en mémoire… De Francfort à Paris en passant par Berlin, il décide alors de tenter l’impossible pour la retrouver…
D’une redoutable efficacité, ce thriller nous entraîne dans les méandres de l’Histoire avec un sens du récit percutant !

nilssL’auteur par lui même : Nils Barrellon est né en 1975 à Bron. Des parents professeurs et une enfance paisible dans la banlieue lyonnaise… J’ai 41 ans. Je suis marié, j’ai 3 enfants (3 garçons Nathanaël , Zacharie  et Ézéchiel ). Je suis professeur agrégé de sciences physiques au lycée Rodin à Paris.
J’écris depuis plus longtemps que j’enseigne (j’ai pourtant débuté dans l’Éducation Nationale à l’âge de 21 ans ;-)) : des pièces de théâtre (5 ont été jouées à Paris ou en Province, l’une a gagné le Prix de la Comédie au Festival de Dax en 2004) des nouvelles (certaines ont été primées) et des romans.
Extrait :
« – Hé ! Pédale ! Ici, c’est un trottoir privé ! Bouge !
Erich, jusqu’alors hésitant quant à la manière de procéder, sauta sur l’occasion. Ses yeux bleus et ses cheveux blonds seraient son laissez-passer. Il accéléra le pas (son cœur fit de même) et fondit sur le môme. Avec un sang-froid exceptionnel, il vint coller son visage contre celui de son interlocuteur.
– Je pourrai te renvoyer le compliment, gros lard, dit-il d’une voix basse, les dents serrées. Le race aryenne n’a rien à gagner à te garder dans ses rangs. T’es gros, t’as les yeux sombres et si ça se trouve, t’as les cheveux noirs.
Le groupe s’était rapproché, formant un cercle autour d’eux, et attendait dans un silence soudain religieux que l’altercation en vînt aux poings. Erich s’écarta d’un pas, regarda le garçon de la tête aux pieds avant d’asséner :
– T’es juif ?
Le gamin devint rouge. Il hoqueta comme soufflé par la question. Un de ses amis lui tapa l’épaule :
– Alors, David, tu réponds au monsieur ?
L’assemblée éclata de rire.
– Eh ! Samuel ? T’as perdu ta langue ou quoi ? ajouta un autre crâne rasé.
Rires. »

chronique-de-lecteurs

Le petit avis de Kris

LA LETTRE ET LE PEIGNENils Barrellon
Nils nous avait habitué à beaucoup plus de légèreté et de ce fait il m’a fallu beaucoup plus de temps pour entrer dans cette histoire. Si comme moi vous peinez un peu au début, passez la seconde et vous serez vite en quatrième. J’avoue avoir été surprise et par la finesse de la construction et par le style d’écriture pour finalement découvrir une toute autre facette de cet auteur.
Une intrigue finement amenée avec toutefois une fin un peu « convenue »   une fois saisis les rouages de l’histoire. Je dirais que les essais premiers ont été finement transformés.
Je vous le conseille sans restriction.

Chouchou du week-end : Rien ne se perd de Cloé Mehdi


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 noelLe livre : Rien ne se perd de Cloé Mehdi. Paru le 19 mai 2016 chez Jigal. 18€50 ; (270 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort…

Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation…

Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice !

C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les soeurs, les amis…

Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré !

Et personne n’a dit que c’était juste…

Poignant, dérangeant, ultra sensible, glaçant, Cloé Mehdi nous livre ici un récit d’une noirceur absolue !

noeleL’auteur : Cloé Mehdi est née au printemps 1992. Elle vit à Lyon. Elle commence à écrire au collège pour faire passer le temps plus vite. Cloé Mehdi a fait sensation en 2014 en recevant le Prix de Beaune pour son premier roman, Monstres en Cavale. Elle a alors 22 ans et semble déjà dans l’urgence d’écrire…Elle nous revient aujourd’hui avec ce nouveau roman noir et très sombre…

 

 


Extrait 1 : 
« Il sourit. Ça doit être le plus beau compliment qu’on lui ait fait de sa vie. Il époussette le col de ma veste plein de miettes de croissant. Je savais que j’étais sale mais j’attendais de voir s’il allait le remarquer. Il s’intéresse beaucoup plus à moi depuis que je peux lui être utile. Gabrielle devrait se suicider plus souvent.
– Je vais la voir, dit-il. Tu veux retourner à l’école ?
– Bof.
J’ai envie de rentrer à l’appartement mais il ne me propose pas de me raccompagner. Il a encore besoin de ma présence pour décorer le silence. Ça m’énerve. Je dis rien. Je le suis au troisième étage. Elle est là, translucide. Elle dort. On la confondrait avec les draps s’ils ne portaient pas un petit liseré marron. Et lui, Zé, la regarde avec cette tendresse qu’il ne m’a jamais dédiée.
Je me détourne, étouffant l’amertume qui grimpe le long de mon œsophage.
Mon manuel d’anglais ne parvient pas à me remonter le moral. Pas plus que Lamartine n’est apte à faire oublier à Zé, rien qu’une minute, que la seule personne qu’il aime en ce monde s’est tranchée les veines la semaine dernière. Il a maigri. Mange plus rien depuis qu’elle est partie.
L’amour ça devrait être interdit. »

Petits résumés et avis :

Voilà un exceptionnel roman. Et dire que j’ai oublié de vous en parler tout au long de ces derniers mois. J’aurai été impardonnable. Car à l’heure où nous faisons le bilan de 2016, où on me demande de publier mes coups de coeur de l’année, j’ai eu comme un flash.  Pas facile de trouver uniquement 10 coups de coeur ultimes quand dans une année on a lu près de 180 bouquins.

Alors quand juste en évoquant ces quelques mots, « coups de coeur ultimes », la couverture d’un polar vous saute au yeux, que son image s’impose au fonds de votre rétine. Quand un nom vous reste en tête. qu’une histoire refait surface plusieurs mois après sa lecture, il n’y a pas de doute possible. Ce livre est un de vos grands coups de coeur de l’année.

Et alors que je n’avais pas encore fait la chronique de ce livre, Rien ne se perd, s’est imposé à moi.

D’ailleurs si j’ai mis autant de temps à vous parler de ce roman noir coup de poing, c’est que ce titre a été un choc.

Et à cause de ça, ce week-end, il y aura deux chouchous.

Le premier vous l’avez découvert hier : La toile aux alouettes de Lou Vernet que vous retrouvez ICI.

Le second c’est cette histoire, Rien ne se perd de Cloé Mehdi, un pur coup de coeur que je vous laisse découvrir maintenant.

Saïd avait 15 ans quand un banal contrôle policier lui a coûté la vie. Mattia, 11 ans, ne le connaissait pas mais se sent pourtant en empathie avec lui face à la violence de la société et la défection de sa famille (père disparu, mère absente, frère indifférent, etc.).

Cloé Mehdi est la révélation de l’année. C’est sans contexte la plume la plus acerbe du moment.

Cette jeune femme est bien de et dans  son temps. Elle ressent les choses et nous les expose avec sensibilité. Elle a ce pouvoir de convoquer avec ses mots simples, les plus extrêmes de nos sentiments.

Elle nous ouvre les yeux et nous confronte à la noirceur crasse de notre monde. Elle est notre conscience face à l’injustice. Nous obligeons à retrouver un peu de notre humanité et à percevoir une lueur d’espoir dans ce  magnifique roman noir . 

Extrait 2 :
Je déteste l’école parce qu’elle me vole du temps – un temps considérable. Il y aurait tellement intéressant à faire que d’être là, assis sur une chaise, à attendre bêtement qu’on te remplisse la tête de savoir inutile en chassant tout ce qui est important pour faire plus de place.

 

Réseau d’État de Hugues Leforestier


 

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Le livre : Réseau d’État de Hugues Leforestier.Paru le 14 mai 2012 chez Jigal dans la collection polar.16€ ; (183 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv :

À la veille des élections présidentielles, un homme à bout de souffle qu’on essaie – en très haut lieu – de faire passer pour un terroriste, est traqué par toutes les polices de France.

La cible, un ancien gauchiste devenu mercenaire pour une obscure officine spécialiste des coups tordus, a dans sa jeunesse entretenu des relations plus que privilégiées avec plusieurs hommes d’État. Et détient peut-être des dossiers compromettants sur certains d’entre eux…

Une excellente raison sans doute de déclencher les manoeuvres sans foi ni loi des cercles rapprochés du pouvoir afin de le faire disparaître au plus vite… et définitivement !

De la Françafrique à la présidence de la Commission européenne, en passant par les fameux dîners du Siècle, il faudra toute la perspicacité de Lou, journaliste politique d’un grand quotidien national, talentueuse et opiniâtre, pour dénouer les fils complexes de cet écheveau politique à l’allure très contemporaine…

 

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L’auteur : Job d’étudiant au New York Herald Tribune, prof de gym, contrôleur de gestion, directeur de banque, directeur financier, comédien, auteur… Après un parcours très atypique, Hugues Leforestier est aujourd’hui directeur du Caveau de la République, un célèbre cabaret parisien.

 

Extrait :
« (…) un premier ministre sait tout. Il connaît tout. Ses assistants et ses ministres lui présentent plus d’une centaine de dossiers par jour, concernant des sujets qui n’ont rien à voir, et sur lesquels il doit faire des arbitrages et prendre des décisions qui impacteront la vie des autres…..
Mais quand on n’est plus premier ministre, c’est pire. Le corps produit encore un moment, par habitude, la même dose d’adrénaline. Seulement voilà, du jour au lendemain plus personne ne vous apporte de dossiers, ne vous demande votre avis, plus personne n’obéit à vos injonctions. Vous êtes une relique encombrante, qu’on affuble du titre de premier ministre alors que vous n’êtes plus rien, et on attend de vous que des confidences, volontaires ou non, sur des secrets que vous ne pouvez pas révéler. Alors après avoir été, sept jours sur sept pendant des mois, sous perfusion de la drogue la plus dure qui soit – celle du pouvoir politique – , vos êtes en manque. Ça fait mal et, faute de cure, vos restez intoxiqué à vie. »
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Petits résumé et avis :

A la veille de l’élection présidentielle, un ancien gauchiste devenu mercenaire est traqué par les forces de police française. Il détient des dossiers brûlants, qui pourraient compromettre la carrière de plusieurs hommes d’Etat. Journaliste politique d’un grand quotidien national, Lou est bien décidée à faire la lumière sur cette affaire.

Hugues Leforestier, avec son esprit frondeur et son humour noir plutôt corrosif, nous offre un roman politico-policier basé sur des faits réels, parfaitement documenté sur les coulisses du pouvoir, dans un style nerveux et efficace.

L’auteur a caché derrière chacun de ses personnages hauts en couleur un homme politique de ces dernières décennies et c’est un vrai plaisir que de chercher à les retrouver.

C’est direct, mordant et incisif.

Et la mort se lèvera / Jacques Olivier Bosco


Mes petites lectures

9782914704632,0-5865919791092016031,0-1719906Le livre : Et la mort se lèvera / Jacques Olivier Bosco.Paru le 26 février 2010 chez Jigal. 17€24 . (280 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche le 23 mai 2013 chez Jigal poche polar. 9€50 ; (348 p.) ; 17 x 11 cm

4e de couv :

Chez les Ranzotti, il y a l’argent qui coule à flot, les voitures de luxe, la drogue et les flingues mais aussi l’honneur, la fierté, la vendetta, tous ces trucs qu’on croirait tout droit sortis d’un film américain.

Aussi quand le Calabrais décide de venger sa fille Maria – morte d’une overdose – et de faire le ménage parmi les dealers locaux, personne ne semble s’en émouvoir.

Dans la Famille, pour préserver l’avenir, on nettoie le passé, c’est la règle !

Mais il y a cette bavure, cette tragique méprise, cet horrible grain de sable… Et c’est alors qu’il ressuscite… l’homme aux yeux d’acier, celui qui a dormi dans le lit du diable, celui qu’on appelle le Maudit…

Un conte cruel, cru, violent et émouvant, mené sur un rythme infernal, à l’efficacité redoutable… Sueurs froides et émotions garanties !

112263548987645L’auteur :
Fils d’expatriés d’Algérie, dont la famille s’est retrouvée dispersée dans la grande banlieue Parisienne ainsi que dans le sud de la France – parents divorcés des années soixante-dix, grands parents marqués par le déracinement, Jacques Olivier Bosco est né en 1967 à Fontenay-Aux-Roses. Il a commencé à travailler à seize ans. Et… Il vit aujourd’hui à Nice avec sa petite famille, son chat gris et sa Vespa rouge.

 

 

Mes petites lectures

Résumé et petit avis :

Maria, membre d’une famille puissante de la Côte d’Azur, meurt d’une overdose. Sa cousine, Isa, prévient Franco Ranzotti, le père, qui décide de se venger auprès des dealers locaux.

Un vrai polar, des histoires de voyous et de milieux. C’est écrit sans complaisance. Gangsters et truands ne sont point des héros sous la plume directe de Jacques Olivier Bosco. Il n’y a pas de temps mort. C’est prenant comme un bon film.

Franco est mort jeudi / Maurice Gouiran


Mes petites lectures

$$&9782914704908,0-1422475Le livre : Franco est mort jeudi / Maurice Gouiran. Paru en 2010 et en poche en 2012 chez Jigal collection Polar. (398 p.) : 17 x 11 cm

4e  de couv :

Le 20 novembre 1975, Franco meurt au petit matin à Madrid. Lorsqu’Élisa, réfugiée espagnole, apprend la nouvelle à la Manufacture des Tabacs de la Belle de Mai, c’est son passé, tragique et douloureux, qui ressurgit brutalement.

L’été 1936 à Madrid, l’hiver 1938 à Barcelone, la Retirada – cette longue cohorte de désespérés, cette horde de vaincus, de malades, de blessés fuyant l’Espagne et parqués sur la plage glaciale d’Argelès – la mystérieuse disparition de Ramon, son père, alors officier dans l’Armée Populaire Républicaine… Une foule d’images et de vieux fantômes submergent alors ses jours et ses nuits…

35 ans plus tard, Élisa n’est plus et l’Espagne met fébrilement à jour les charniers du Franquisme. C’est Manu, son fils, un looser, un peu voyou, un peu paumé, qui, en recevant d’Espagne une lettre destinée à sa mère, va permettre à ce terrible passé de remonter à la surface. Mais Manu n’aurait sans doute pas été bien loin si sa route n’avait croisé celle de Clovis Narigou…

Clovis, qui de Marseille à Madrid démêle l’écheveau et tente de percer les mystères entourant la famille espagnole de Manu. Clovis qui enquête, pare les coups et pénètre le Barcelone de la grande époque, celui de Dali et de Picasso… Clovis qui découvre, ahuri, le camp de Karaganda et les horreurs de la guerre civile…

220px-Maurice_Gouiran_2009L’auteur :

Maurice Gouiran est né le 21 mars 1946 au Rove  dans les Bouches du Rhône, dans une famille de bergers. Spécialiste de l’informatique appliquée aux risques et à la gestion des feux de forêts il a été consultant pour l’ONU avant de se consacrer entièrement à la littérature.

Maurice Gouiran, romancier, humaniste et militant, s’insurge, se révolte et transcrit sa rage à travers ses intrigues et ses romans… forcément noirs ! Il apporte un sang et un souffle nouveaux dans le monde du polar méditerranéen.

Du grand art ! (Pol’Art Noir).

Citation :
Ces gars mal fagotés étaient plus précieux que tous les bouquins savants écrits par de grosses tronches endimanchées dans le confort de leurs lofts parisiens

Résumé et avis :

Trente-cinq ans après la mort de Franco, tandis que l’Espagne met au jour les charniers du franquisme, Manu reçoit une lettre destinée à sa mère disparue, Elisa, une réfugiée espagnole. De Marseille à Madrid, avec l’aide de Clovis Narigou, il tente de percer les mystères entourant sa famille.

L’auteur nous livre une magnifique peinture de la société espagnole durant le franquisme, et plus particulièrement durant la guerre civile. Il pose aussi un regard très humain sur tous ses personnages, qui nous les rendent attachants. Mais pas seulement car l’intrigue est double. Elle ne sera pas ici dévoilée, au risque de gâcher votre plaisir de lecture

Maurice Gouiran  nous dévoile une des périodes les plus noires de l’Histoire du XXe siècle, celle du premier combat des antifascistes contre la bête… Un roman engagé, riche et émouvant.

Une terre pas si sainte de Pierre Pouchairet.


9791092016260,0-2417543Le livre : Une terre pas si sainte de Pierre Pouchairet. Paru le 16 septembre 2014 chez Jigal. 18€50 ;(296 p.) ; 21 x 14 cm.

Quatrième de couverture

Dany et Guy, deux flics de la police judiciaire israélienne, enquêtent avec le Shabak – la sécurité nationale – sur le massacre d’une famille de colons juifs installée en Cisjordanie à proximité de Naplouse.

De son côté, Maïssa, flic palestinienne et fille d’un ancien compagnon d’armes d’Arafat, mène elle aussi, avec obstination, ses propres investigations.

Très vite et bien que le doute subsiste, un groupe de jeunes Palestiniens est mis en cause et accusé de ce crime sordide.

Mais parallèlement, après la découverte d’un arrivage massif de drogue de synthèse à Nice, à Jérusalem et dans les Territoires, Gabin, flic français des stups, est envoyé sur place pour démanteler un possible trafic international issu d’un camp de réfugiés.

Allant de surprise en surprise, c’est sous pression permanente et dans un climat délétère que flics israéliens, palestiniens et français vont devoir unir leurs forces pour combattre ce réseau mafieux…

Car là-bas, même un saint n’y retrouverait pas les siens…

PierreL’auteur : Dans une vie précédente, Pierre Pouchairet était commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles…

Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan.

Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage « Des flics français à Kaboul » et « Coke d’Azur » en 2014. Avec à chaque fois, cette volonté de mettre au grand jour la réalité brute de notre Histoire contemporaine.

En 2014, il publie 2 polar . Une terre pas si sainte est un de ceux là.  .

Extrait : 
Le jour commençait à poindre et le soleil, en se faufilant au travers des stores, soulignait de traits lumineux la chambre de Dany Cohen. Quand son portable se mit à sonner et à vibrer sur la table de nuit, il était profondément endormi, couché en travers du lit, et mit du temps à réagir. Ce n’est que lorsque l’appareil tomba sur le marbre blanc, qu’il commença à bouger, et allongea un bras pour chercher à tâtons son Nokia. Le nom de Guy Touitou était affiché. Cela acheva de le réveiller. À cette heure-là, un jour de shabbat, c’était forcément important.
—Tu dors ?
La voix tonitruante et pleine d’entrain, ainsi que l’accent pied-noir à couper au couteau, lui firent lever les yeux au ciel. Malgré les années, il peinait toujours à se faire à l’hyperactivité de son collègue.
— Non, connard, je faisais du repassage…
— Un jour de shabbat, je ne te crois pas, c’est interdit.
—Téléphoner pour faire chier les gens aussi.
— Ben oui, fallait pas être flic si tu voulais être tranquille tes weekends. Sors de ton pieu. Je serai en bas de chez toi d’ici un quart d’heure, on a du boulot.
— C’est quoi ?
— Du lourd ! Toute une famille décimée dans une colonie à côté de Shkhem.

Résumé et avis :

Parfois la frontière entre le réel et la fiction est si ténue qu’on peut se demander où elle commence et surtout quand et comment ces histoires tragiques vont cesser… Et alors que les médias nous abreuvent en permanence d’insupportables images de guerre en « direct live », Pierre Pouchairet vient avec ce terrible roman apporter sa connaissance du terrain ! Et de la première à la dernière ligne – ça ne fait aucun doute –, ça sent le vécu : Pierre Pouchairet a foulé ces routes poussiéreuses, a senti ces odeurs de pneus brûlés, a entendu ces déflagrations, ces cris, ces pleurs… Fin connaisseur – pour raisons professionnelles – du Moyen-Orient, de ses enjeux, de ses pouvoirs, de ses trahisons, mais aussi des rêves et des espoirs au quotidien d’une population vivant perpétuellement dans le chaos, Pierre Pouchairet nourrit son intrigue d’indices, de causes et de raisons – bonnes ou mauvaises –, de tous ces éléments – l’Histoire et son cortège de haine, d’incompréhension, de vengeance, de mort, de peur – qui font de cette région, et depuis tant d’années, cette poudrière toujours proche du point de rupture… C’est tragique, édifiant, injuste, sanglant… On a parfois du mal à comprendre, à y croire même… Et pourtant…

images39Un trafic de drogue international semble avoir été mis en place dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Dany et Guy, deux policiers israéliens, Maïssa, policière palestinienne et Gabin, de la brigade des stupéfiants niçoise s’allient pour combattre le réseau mafieux.

C’est toute la rudesse du terrain que Pierre Pouchairet nous livre ici : un roman brut et tragique qui pourtant n’est jamais manichéen. Pierre Pouchairet a su raison garder, il fait en plus de son travail d’auteur un travail de journaliste de terrain. Un peu comme un caméraman qui filmerai sans juger.

La dialogues sont parfaits. Les rapports et les conversations entre les différents flics, israéliens, français, palestinienne sont riche d’enseignements.

« Ce que j’aime dans ce pays, par rapport à la France, c’est qu’on ne nous emmerde pas pour les délits de faciès…Ici, c’est quand on ne contrôle pas les arabes qu’on ne fait pas son boulot ! » (Guy, flic israélien)

Dans ce coin du Proche-orient où tout semble toujours être plus complexe qu’ailleurs, tellement les enjeux sont sensibles, Pierre Pouchairet nous donne quelques clés pour mieux comprendre et appréhender les problèmes perpétuels qui opposent les différentes communautés qui composent ce coin de paradis perdu.

 

Trait bleu de Jacques Bablon


9791092016314,0-2584760Le livre : Trait bleu de Jacques Bablon .Paru le 16 février 2015 chez Jigal éditions. 17€ ;  (151 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv :

« Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l’étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes.
Ils auraient plutôt eu l’idée de repeindre leur porte de grange ou de s’enfiler en buvant des Budweiser et c’était bon pour moi.
McBridge n’était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans que je l’avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide.
835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec… »

Un roman noir intense d’espace et d’aventure, une ambiance à fleur de peau. On est embarqué dans ces pages comme si on descendait les rapides d’une rivière en folie sur une pirogue sans pagaie… Ballotté, effaré, douché, concentré mais vivant… Si vivant ! Superbe !

téléchargement (70)L’auteurJacques Bablon. Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

Extrait :
« Ma voiture bleue filait sur le ruban d’asphalte. Du bord, on ne devait voir qu’un trait bleu comme quand passe un martin-pêcheur. J’allais le plus vite possible, m’envolait sur les dos d’âne, faisais crisser mes pneus dans les virages. John Fitzgerald avait agrippé le haut du siège avant et le serrait très fort. Il jubilait, émettait un grognement continu proche d’une mélopée sioux et l’expression spontanée de son plaisir me faisait venir les larmes. « 

Résumé et avis :

Il y a près de deux mois que j’ai lu ce court roman et pourtant je n’arrive toujours pas à mettre des mots dessus. Je me suis trouvée con, quand j’ai eu l’auteur devant moi, il y a quelques semaine, je n’ai pas su quoi lui dire. Jusque que j’avais adoré son bouquin, et qu’il était différent des autres que j’avais lus dernièrement.

téléchargement (72)J’avais l’auteur devant moi et je n’ai même pas pu lui demander pourquoi ces choix… Le lieu, l’endroit, les héros, le héros, le style si familier, les mots…La génèse de son roman. Non j’ai été muette, troublée sans doute car j’avais imaginé un très jeune homme et que j’avais en face de moi, un jeune auteur certes mais d’un certaine âge. C’est con, mais il y avait comme un décalage dans mon esprit. Et en plus comme je n’arrivais pas à décrire ce roman ni à center mon ressenti, je suis passée, j’en suis certaine à coté d’une super rencontre. Trop bête, trop cruche, trop conne, je suis.

Jacques Bablon avait lui aussi l’air tout timide sur son estrade, derrière son stand. Il aurait suffit d’un mot, de l’un ou de l’autre pour que nous échangions entre adulte consentant. Mais, j’ai joué ma timorée et aujourd’hui je le regrette. Pardon Monsieur Bablon, je m’en veux énormément, car, comme je vous l’ai dit, j’ai adoré votre livre.

Mais au fait de quoi ça parle, difficile aussi de le résumé…Suite à l’assassinat de celui qui a abusé de sa mère, un homme est emprisonné. Son histoire pourrait s’arrêter là, mais une série d’événements bouleverse le cours des choses : Iggy lui lègue un vieux pick-up, un cadavre est retrouvé dans son jardin, un pactole tombe de nulle part, sa maison est détruite, etc.

téléchargement (73)Bref on va suivre notre héros dans son errance ou plutôt dans sa déserrance , dans sa désespérance. Et c’est lui qui va être le narrateur de cette histoire. Il va balancer ses mots, crus, violents, intimes. Un peu comme si ceux-ci avait un pouvoir de catharsis.

On va traverser des grands espace, rencontrer des personnes peu recommandables, d’autres plus sympathiques mais toujours à la marge. Il ne faut pas oublier que l’on ai dans un roman noir. Noir mais atypique. Il tient parfois du conte philosophique.  On va vivre à cent à l’heure, nos certitudes vont-être bousculées, nos repères n’existeront plus, nous n’aurons plus de repaires. Le style, les mots, la poésie qu’il en ressort, vont tout ravager sur leur passage. Et on va traverser cette histoire à tout berzingue, en retenant notre souffle.

J’ai été happée par l’écriture de Jacques Bablon, et j’ai adoré ça.

Alors Foncez et découvrez cette OLNI de toute urgence.

Allez foncez c’est un ordre.

Extrait : 
« Le psy sévissait derrière les barreaux. J’avais le droit de bénéficier de ses services. Je savais pas trop comment ça marchait, juste que c’est sur ce qui s’est passé quand j’étais petit qu’il se penche. Va pour le psy.
– Comment voyez-vous votre père ?
J’étais de père inconnu, il était con ou quoi ? Plutôt que de lui faire la remarque, je lui ai balancé un truc bidon :
– Comme une chaise vide.
Surprise ! Ma réponse a retenu son attention. Il avait un faible pour la métaphore, je ne me suis pas retenu de lui faire plaisir »

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Beso de la muerte de Gilles Vincent


Beso de la muerte de Gilles Vincent

Le livre : Beso de la muerte de Gilles Vincent . Paru le 15 février 2013 aux éditions Jigal. 18€ ;  (246 p.) ; 21 x 14 cm

 4e de couv : 

Août 1936, en Espagne, on assassine Garcia Lorca, accusé de téléchargement (38)sympathie républicaine. Août 2011, à Marseille, on découvre le corps calciné d’une femme, abandonné entre les rails. Entre ces deux morts, s’écrivent les tragédies du vingtième siècle, les secrets d’État, les coulisses de la démocratie espagnole naissante et la passion dévorante d’une jeune femme pour l’ombre du poète…

Entre ces deux âmes suppliciées, un pacte étrange, bien au-delà du temps, va profondément bousculer la nouvelle enquête de la commissaire Aïcha Sadia…

Émouvant, tragique, attachant, à fleur de peau et diaboliquement crescendo…

« Gilles Vincent fait partie de ces auteurs qui vous prennent par la main dès le premier chapitre et ne vous laissent plus repartir… » Passion Polar.

Extrait :

« En parcourant les derniers mètres avant la pension, Aïcha Sadia songea aux troubles ressentis face aux crimes atroces. Elle avait appris, il y a longtemps, que ces troubles ne forment en fait qu’un habile déguisement de l’âme. La mort, se dit-elle en poussant la porte d’entrée, pareille à une vieille enjôleuse, n’en finirait sans doute jamais de fasciner les vivants… »

L’auteur : 

Gilles Vincent est né à Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1958. Un grand-père député du Front Populaire, grand résistant, déporté… Une grand-mère institutrice, hussarde de la République, bouffeuse de curés. Un père prof de Fac, une mère prof de Lettres, puis psychanalyste (personne n’est parfait). Et c’est du côté de Valenciennes qu’il passe sa jeunesse dans laquelle ne trouvent grâce à ses yeux que les livres, les histoires, les mondes imaginaires. À 14 ans, au Maroc, il découvre Frédéric Dard et dévore tout San Antonio jusqu’à en oublier la magie du désert. Sa décision est prise : plus tard lui aussi il racontera des histoires. À 20 ans, il abandonne ses études pour une carrière de commercial. Puis il rejoint le sud, Marseille tout d’abord puis les environs de Pau où il vit depuis quelques années, tout entier consacré à « l’aventure des mots » : ateliers, classes, conférences et romans. Il a publié 7 romans dont Djebel, un polar dont Isabelle Adjani a acheté les droits cinématographiques. Il a reçu le Prix Marseillais du Polar 2010 pour son roman Sad Sunday. Dans les auteurs qui l’ont marqué, on retrouve Duras, Besson, Van Cauwelaert, Jim Harrison, Jesse Kellerman et Frédéric Dard bien sûr ! Dans ses passions se mêlent le ciné, les bouffes entre copains, les courses autour du lac, la lecture bien sûr, les rêves, tous les rêves et Madrid où il se verrait bien vivre un jour…

Extrait du prologue

17 août 1936.

« La poussière soulevée par les pneus de la camionnette formait un large sillon beige, une cicatrice floue au travers la nuit bleutée de Grenade.Le chauffeur faisait craquer les vitesses, freinait à grand bruit à l’amorce de chaque virage, tandis qu’à l’arrière, coincés entre les miliciens, les quatre prisonniers se cramponnaient pour ne pas valdinguer.Les cris des soldats les avaient cueillis en plein sommeil. Des gifles sans sommation, des insultes, des coups de pied au cul et, pour finir, des cordes nouées autour de leurs poignets ramenés dans le dos.Deux anarchistes, un instituteur boiteux et un poète : la prise de la nuit.La camionnette s’était ébranlée dans la poussière de l’été, avait traversé la ville muette, poursuivie par un jeune garçon à bicyclette qui avait pédalé au beau milieu des avenues désertes en hurlant : «Papa ! Papa !»À bout de souffle, il avait perdu de vue la carcasse métallique, jusqu’à ne plus discerner que le nuage beige se fondant dans les larges rues de la ville.Le gamin avait alors fait demi-tour, laissé l’air de la descente lui sécher les larmes, sachant au fond de lui qu’on emmenait son père bien au-delà du monde des vivants. Persuadé que les fascistes l’exécuteraient comme tant d’autres ces jours-ci qu’on voyait pourrir sous le soleil au fond des impasses, fusillés à genoux ou abattus d’une simple balle dans la nuque.Les faubourgs une fois derrière elle, la camionnette ralentit l’allure, s’enfonça sur la route caillouteuse qui escaladait les collines au nord-ouest de la ville.Après quelques kilomètres, sous la lueur de la lune qui perçait au travers des nuages, apparurent des corps affalés au milieu des talus. Des communistes, des anarchistes ou de simples républicains, fusillés par grappes le long de la route.Le 20 juillet, Grenade était tombée sans grande résistance aux mains des rebelles fascistes. Depuis, on exécutait à tour de bras. Dans les ruelles, les arrière-cours et les campagnes environnantes, les salves résonnaient toute la journée jusque tard dans la nuit. Les milices phalangistes arrêtaient tout ce qui était suspect de sympathie républicaine, et les hommes, des paysans pour la plupart, étaient passés par les armes sans autre forme de procès.La camionnette bâchée, une fois à mi-distance des villages de Viznar et d’Alfacar, quitta la route et s’engagea sur un chemin étroit qui menait à une ferme nommée «Cortijo de Gazpacho». Elle parcourut une centaine de mètres et s’immobilisa à flanc de colline.Les portières claquèrent dans la nuit ainsi que les ordres, comme des coups de fusils. La ridelle métallique s’abattit dans un grand bruit de tôle. Le chef des miliciens demanda aux quatre prisonniers de s’avancer de quelques mètres, jusqu’au bord d’un trou, sans doute creusé là par quelque paysan dans l’espoir d’y trouver de l’eau.- Toi, le poète, tu te mets sur le côté. Les autres, à genoux. »

Résumé et avis :

Un soir qu’il rentre chez lui, plus imbibé que d’habitude, Thomas Roussel, commissaire à la PJ de Pau, ne sait pas que sa vie va lui péter à la gueule. Claire, sa jeune compagne, au final d’une soirée apocalyptique, lui balance ses quatre vérités, rassemble ses affaires et claque la porte. Départ sans retour. Dépression, alcool, nuits blanches et bitures à répétition. Jusqu’à ce qu’il rencontre Délia qui le sort de la mouise. Non contente de l’extirper de la bibine, la belle Délia lui offre ses bras, l’amour et tout le tralala… Quatre ans plus tard, jour du mariage. Thomas Roussel danse au milieu des flonflons… Le téléphone  sonne. C’est Claire, qui appelle de Marseille, qui dit qu’on va la tuer, qui le supplie de venir la chercher, de la sortir de là… Le lendemain, des cheminots marseillais découvrent le cadavre calciné d’une jeune femme. Roussel prend sa bagnole et fonce, tandis qu’à Marseille, la commissaire Aïcha Sadia prend l’affaire en main.

Il le dit lui-même… au travers de ses romans, un seul sentiment l’intéresse, le sentiment amoureux et ses multiples déclinaisons : aimer, quitter, désaimer, découvrir, être quitté, retrouver, perdre, attendre, espérer… Dans Beso de la Muerte, c’est la passion poussée jusqu’à la folie qui est ici mise en scène.

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Camp de réfugiés espagnol dans le sud de la France. En 1939, la République est vaincue. Le Général Franco, autoproclamé Caudillo (chef, guide) accède au pouvoir pour une dictature de quarante ans. Les républicains espagnols fuient par milliers en France où ils sont internés dans des camps.

On entre de plein pied dans la guerre civile espagnol avec ce titre et on est happé par l’écriture névrotique de l’auteur. On file à fonds de caisse avec nos deux flics. On remonte leur enquête. On plonge dans les heures noire de l’Espagne des année 30 mais pas que…On aperçoit les liens tenus de l’état français avec la politique de répression espagnol 50 ans plus tard. Quand le pays meurtri quotidiennement par les attentats de l’ETA, répond  par la violence du GAL, Groupe Antiterroriste de Libération. On redécouvre aussi le grand poète qu’est Fedérico Garcia Lorca, un dramaturge homosexuel et engagé dans la lutte contre les groupes phalangistes.

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Federico Garcia Lorca, Poète, dramaturgue, peintre, pianiste, compositeur…(1898-1936) Assaci;é par les phalangistes dans les premiers mois de la guerre civile espagnol (1936-1939)

Vous l’aurez compris c’est 60 ans d’histoire contemporaine espagnol que nous parcourant en lisant ces lignes. Mais c’est aussi une enquête palpitante mené tambour bâtant, avec ses retournements de situations. C’est aussi un road-movie nerveux, Une histoire passionnante, émouvante parfois cruelle.

Un polar fiévreux servie par une écriture hypnotique. Gilles Vincent m’a une nouvelle fois prise dans ces filets, alors qu’il n’avait déjà convaincu avec Djebel, Peine maximum et Parjure.