Le cramé de Jacques-Olivier Bosco


Le livre : Le cramé de Jacques-Olivier Bosco. Paru le 19 mai 2011 chez Jigal dans la collection Jigal Polar. 17€24 ; (286 p.) ; 21 x 14 cm.

Réédité en poche d’abord chez Jigal puis chez Pocket mais indisponible actuellement !

 

 

 

4e de couv : 

Deux ans que le Cramé et sa bande, un vrai commando, braquent les banques et vident les coffres avec une détermination et une efficacité redoutables… Deux ans qu’ils se moquent du monde et que la police est sur les dents.

Jusqu’à ce qu’un traître les balance dans les filets de Fabiani, le chef de l’Antigang, qui à l’issue d’un braquage en laisse plusieurs sur le carreau et colle le Cramé au placard. Mais celui-ci n’a qu’une idée en tête : se faire la belle… et retrouver l’enfoiré qui les a donnés !

Après une évasion rocambolesque, il infiltre le commissariat de Saint-Denis et se retrouve bien malgré lui dans la peau d’un flic à la recherche d’un môme disparu. Mais en ressuscitant ses cauchemars de gamin des quartiers, le pire devient alors possible…

Le problème avec le Cramé, c’est que même l’enfer ne veut pas de lui !

L’auteur : Né le 10 mai 1967 et vivant à Nice, Jacques-Olivier Bosco (JOB) est l’auteur de nombreux romans plusieurs fois primés. Il a été balayeur, éboueur, plongeur, barman puis entre dans le milieu de cinéma où il est scénariste dans les années 90( de courts métrages ), régisseur avant de s’installer comme restaurateur sur une plage près de Gruissan.  Il écrit déjà quelques polars qui restent à l’état de manuscrits, des nouvelles aussi. Début des années 2000, quelques unes de ses nouvelles sont publiées  et les Éditions Jigal acceptent son premier polar, Et la mort se lèvera qui paraît en ce début 2010.  Suivra le cramé puis de nombreux polar. Brutale (« La Bête noire », 2017, et Pocket, 2018), a été nominé au prix Polar de Cognac 2017.
Extrait :
« Viviani voulut sortir le premier. Le crépitement des balles… puis son corps était venu s’éclater contre la baie vitrée de la banque, l’éclaboussant de sang, comme sur un écran de télé géant. Les otages femelles se mirent à hurler… Gosta jeta un oeil sur Tino et Stéph, ils avaient chacun un gros sac en bandoulière, bourré à craquer de billets, une cagoule noire sur la gueule et un fusil-mitrailleur en main. »

La chronique d’EPPY FANNY

LE CRAMÉ DE Jacques-Olivier BOSCO

Editions JIGAL

L’histoire :

Gosta, le physique rital assumé, avec sur la joue gauche un bon morceau de peau labouré par le feu. D’où son surnom : le Cramé. Un voleur, à la tête d’une bande. Mieux, d’une famille.

Un homme qui aime l’action, l’argent et les belles filles. Et qui en profite à 200 % sachant que ce choix de vie peut s’arrêter à tout moment.

Le cercle proche, les intimes :

Olga l’arnaqueuse

Isabelle la jolie motarde

Les frères Paoli, deux corses de Nice

Cheyenne le hacker

Francis un ancien flic

Le vieux Fernand, le perceur de coffre

Puis Lino, l’ami de toujours, le quasi frère

Un casse qui tourne mal. Des morts. Un seul responsable : une balance. Inimaginable, et pourtant.

Son ennemi juré, Fabiani, le cador de l’antigang qui jubile et le serre enfin.

Extrait page 21 : « La bave acide de la haine mordait sa lèvre inférieure, son flingue tremblait de plus en plus, au moins deux fois plus vite que le dernier vibromasseur d’Amanda Lear. »

Des regards qui se croisent alors que Gosta, gravement blessé, pense mourir.

Une dette à rembourser.

Mais Gosta reste le roi de l’évasion. Une fois encore il le prouve.

Un coup de bistouri plus tard, le voici plus belle gueule que jamais et prêt à tout pour découvrir la balance. Il se transforme en Ange. Enfin en Ange noir. Vengeur.

Il infiltre la police. Jubilatoire en diable cette situation. Mais ce pied de grue qu’il pensait faire durer quelques heures va devoir se prolonger. Car, ange ou démon, il reste un homme de parole et rembourse ses dettes.

D’autant que l’innocence d’un enfant c’est sacré, sa vie aussi.

L’enquête le conduit à rechercher des hommes déviants. Des pédophiles. La lie de cette société. Quelle que soit leur position sociale, aucun ne sera à l’abri. L’ange s’effacera, le Cramé ressurgira et les pervers chanteront et seront châtiés.

Le récit de Jacques Olivier Bosco nous conduit sur les pas de ces déviants sexuels, de ces organisations qui offrent de la chair fraîche aux amateurs. Juste à notre porte.

Il nous entraîne également dans l’univers des cités, remarquablement décrit.

Nous parle des trafics en tous genres qui y fleurissent.

De ces zones de non-droit où la police est impuissante.

De ces habitants, otages d’une minorité, qui courbent le dos pour juste survivre.

De ces Caïds dangereusement intelligents capables de manipuler les pires pervers, sans état d’âme, pour mener à bien leur mission ultime.

Il nous parle aussi de ce que les drames de l’enfance engendrent.

De ces êtres qui se construisent sur les cendres de leur innocence.

Innocence immolée pour survivre… dans la haine. Pour ne plus subir. Jamais.

Le récit est fort. Mais l’humour, toujours présent, le rend agréable.

Le personnage, qui n’est pas un sain, est attachant en diable.

Son attitude et son discours sont jubilatoires.

Un charmeur ce Cramé. Enfin pour nous les femmes.

J’ai découvert un auteur, vivement conseillé par mon dealer favori (Olivier Le Corbac Vanderbecq) via cette lecture. Elle ne sera pas la seule de JOB.

« Quand les anges tombent » m’attend dans ma PAL. Je le dévorerai également avec plaisir.

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Rien ne se perd – Cloé Mehdi


Le livre : Rien ne se perd de Cloé Mehdi.   Paru le 19 mai 2016 chez Jigal et le le 17 février 2017 chez Jigal Poche.   18€50 ; (270 p.) ; 21 x 14 cm ou 9€50; (296 p.) ; 17 x 11 cm
Réédité en poche le 20 septembre 2017 chez J’ai Lu dans la collection J’ai Lu Thriller. 
 7€60 ; (349 p.) ; 18 x 11 cm?
4e de couv : 

Rien ne se perd

Sur les murs de la cité, des tags pleuvent qui pleurent un enfant perdu. Ils clament « Justice pour Saïd », abattu après un contrôle d’identité par un policier jamais condamné.

Abandonné de tous, recueilli par un tuteur au passé louche, Mattia, onze ans, s’interroge sur les drames qui l’assaillent et la sensation de culpabilité qui semble peser toujours plus lourd sur ses épaules.

Dans un monde de menaces incessantes – violences policières, injustice, haines et solitude -, comment lever le voile sur la vérité ?

Si tout finit toujours par se transformer, Mattia le sait : rien ne se perd, jamais.

L’auteur : Cloé Mehdi est née en 1992. Après Monstres en cavale, prix de Beaune 2014, son second roman, Rien ne se perd, a reçu le prix Étudiant du Polar 2016, le prix Dora Suarez 2017, ainsi que le prestigieux prix Mystère de la Critique 2017.

 

 

Extrait :
« A 19 heures on passe à table. Gabrielle invite les travailleurs sociaux à se joindre à nous. Titre du documentaire : « La famille dysfonctionnelle dans la vie quotidienne ». Ça pourrait même faire une bonne émission de télé-réalité. J’imagine le pitch : Un meurtrier passionné de poésie, une dépressive suicidaire et un enfant perturbé tentent de vivre ensemble au-delà de leurs différences, mais les services sociaux s’en mêlent. Zé, Gabrielle et Mattia parviendront-ils à faire illusion et à déjouer la menace ? »

La KroniK d’Eppy Fanny

RIEN NE SE PERD – Cloé MEHDI Editions JIGAL POLAR

Jimmy Gallier je te laisse faire suivre à l’auteur qui n’est pas dans mes contacts.

J’ai rencontré Cloé à SMEP cette année. Derrière sa timidité j’ai découvert une vraie présence et nous avons échangé sur son roman. Je m’étais promis de la lire. C’est chose faite.

J’ai été bouleversée par sa maîtrise et la maturité de son texte ainsi que le sujet choisi : la bavure policière et ses conséquences. Ici la victime s’appelait Saïd. Il avait 15 ans et est le catalyseur de cette histoire. Car il n’y a pas qu’une victime… Elles sont légion.

L’histoire :

Mattia, onze ans, nous parle de lui.

De sa vie détruite avant sa naissance. De sa famille qui a volé en éclats à cause de cette bavure policière. De son père parti trop tôt, de sa mère qui a renoncé, de sa sœur qui passe son temps à fuir et de son frère qui a préféré couper les ponts. Chacun d’eux ayant trouvé son moyen pour survivre au décès de Saïd. Mais à quel prix.

Extrait P.19 :
Quand j’avais 5 ans je me demandais pourquoi la vie était injuste à ce point.
Quand j’avais 7 ans je me disais que si elle avait été juste elle en aurait perdu tout son sens, car on ne serait pas poussé par l’espoir d’une amélioration.
Quand j’avais 8 ans je cherchais désespérément un moyen de réparer les torts – mais je ne l’ai jamais trouvé parce que la plupart des injustices sont irréversibles, c’est pourquoi elles sont tellement insupportables.
A 9 ans j’ai décidé d’arrêter de me poser des questions.
Et la peur de la schizophrénie qui étreint Mattias. Si fort.

Puis il y a Zé, le tuteur de Mattia, et sa compagne Gabrielle. Un couple bancal, où tout l’amour de l’un ne suffit pas à donner l’envie de vivre à l’autre. Eux aussi sont des dégâts collatéraux de ce contrôle d’identité qui a mal tourné.

Et puis le quotidien, la scolarité compliquée de Mattia, ces hommes bizarres qui le surveillent et l’abordent à la sortie de l’école.

Les secrets enterrés ne demandent qu’à ressurgir.

Car des tags fleurissent dans la ville, le visage de Saïd dessiné sur les murs et demandant justice ravive le passé.

Une justice impitoyable sera rendue.

Amélia jouera enfin son rôle de mère.

Mattia pourra enfin dormir sereinement.

Ce livre est à lire absolument. Pour ma part un des meilleurs lus cette année.

Aussi …

Lors de la 09ème éditions de Saint-Maur En Poche en juin 2017,  Notre porte Flingue a reçu sur la scène des déblogueurs l’auteur Cloé Mehdi. L’occasion de mettre en avant une auteur de talent.

Rouge écarlate de Jacques Bablon


Le livre : Rouge écarlate de Jacques Bablon. Paru le 20 février 2016 chez Jigal dans la collection Polar.  17€50 ;  (190 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv : Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure.

Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ?

Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible.

Marcus, le voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles.

À chacun sa petite maison…

Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale…

« Avec cette maîtrise stylistique qui dégage une énergie vivifiante, Jacques Bablon joue dans la cour des grands. » Le Nouvel Obs.

L’auteur : Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

 

La chronique de Pierre

 

Rouge écarlate de Jacques Bablon

Editeur : Jigal – 2016

Trait bleu avait fait fort en nous faisant découvrir un nouvel auteur avec un vrai style et un scenario mené de façon original. Restait à transformer l’essai avec un titre tout en couleur, comme le premier.

Dans un quartier … Joseph Salkov a un défaut : parfois, il a des envies de meurtres. Cette nuit là, il a rêvé de flinguer Elvis. Ce matin au petit déjeuner, il irait bien tuer son voisin, Marcus Gulbis, sans raison, si ce n’est que ce Marcus à la con a écrasé son petit chien. Finalement, il ne mérite que ça, on pointe le canon, et BOUM ! Il avait bien baisé la femme de Marcus, Rosy, quelques fois, mais bon ! Et puis, leur gamin, Angelo n’est pas désagréable, si ce n’est qu’il balance son ballon chez lui !

Salma n’habite pas loin, elle fait son footing. Le long d’un champ de fraises, elle voit les femmes ramasser les fruits rouges et se penche pour en manger une. Un homme, le propriétaire du champ, lui propose de boire un verre et essaie de la violer. Après une violente altercation, Salma finit un peu amochée, le nez cassé.

Tout ce petit voisinage n’est pas ce qu’il prétend être. Derrière les haies bien taillées, des trafics se font jour, la violence couve. La course poursuite va s’engager entre les uns et les autres avec Angelo en plein milieu.

A propos du premier roman, j’avais écrit : « Ce qui est remarquable dans ce roman, dans ce premier roman, c’est surtout ce style sans concession, fait de phrases courtes, de style haché, de descriptions faites d’un seul adjectif, de ce choix judicieux de chaque mot, de cette volonté revendiquée de l’efficacité à tout prix. ». Je pourrais me répéter car c’est exactement la qualité que l’on retrouve dans ce roman mais pas seulement.

En passant d’un personnage à l’autre, Jacques Bablon construit un scenario sans réelle trame, en déconstruisant son scenario justement. Les événements se suivent et le lecteur subit ce qui s’y passe plus qu’il n’est acteur. En fait, l’auteur arrive à nous surprendre à chaque fois pour finir dans une scène de violence … mais sans que cela n’ait réellement une fin.

C’est un roman étonnant, qui va ravir les fans de James Sallis, tant l’efficacité du style fait mouche, tant Jacques Bablon arrive à dire et montrer tant de choses avec si peu de mots. Et il pourra déconcerter certains autres car je dois dire que j’ai eu un peu de mal à m’accrocher aux personnages. Il m’a manqué un petit quelque chose, quoi ! En tous cas, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à cet auteur : Jacques Bablon est unique et à lire une de ses pages, on reconnait tout de suite sa patte d’auteur à part entière. En deux romans, Jacques Bablon est devenu un auteur original et unique dans le roman noir contemporain.

 

La lettre et le peigne de Nils Barrellon


Collectif Kris
nilsLe livre : La lettre et le peigne  de Nils Barrellon. Paru le 15 septembre 2016 chez Jigal dans la collection Jigal Polar.19€ ;  (291 p.) ; 21 x 14 cm

4ème de couv
Avril 1945. Anna Schmidt erre dans les rues dévastées de Berlin à la recherche d’un abri.
Janvier 1953. Elle confie à son cousin Heinrich une mystérieuse lettre qu’elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour celui-ci se sentait en danger et venait la réclamer.
Septembre 2012. La capitaine Hoffer enquête sur l’assassinat d’un gardien du musée d’Histoire de Berlin. Le mobile du crime semble être le vol d’un peigne tristement célèbre…
Quelques mois plus tard, Jacob Schmidt est sauvagement agressé en sortant d’un club. En déposant plainte, il croise la capitaine Hoffer, très intriguée par son histoire.
Depuis, Jacob se sent traqué.?Et le souvenir de cette lettre dont Josef, son père, lui avait parlé lui revient en mémoire… De Francfort à Paris en passant par Berlin, il décide alors de tenter l’impossible pour la retrouver…
D’une redoutable efficacité, ce thriller nous entraîne dans les méandres de l’Histoire avec un sens du récit percutant !

nilssL’auteur par lui même : Nils Barrellon est né en 1975 à Bron. Des parents professeurs et une enfance paisible dans la banlieue lyonnaise… J’ai 41 ans. Je suis marié, j’ai 3 enfants (3 garçons Nathanaël , Zacharie  et Ézéchiel ). Je suis professeur agrégé de sciences physiques au lycée Rodin à Paris.
J’écris depuis plus longtemps que j’enseigne (j’ai pourtant débuté dans l’Éducation Nationale à l’âge de 21 ans ;-)) : des pièces de théâtre (5 ont été jouées à Paris ou en Province, l’une a gagné le Prix de la Comédie au Festival de Dax en 2004) des nouvelles (certaines ont été primées) et des romans.
Extrait :
« – Hé ! Pédale ! Ici, c’est un trottoir privé ! Bouge !
Erich, jusqu’alors hésitant quant à la manière de procéder, sauta sur l’occasion. Ses yeux bleus et ses cheveux blonds seraient son laissez-passer. Il accéléra le pas (son cœur fit de même) et fondit sur le môme. Avec un sang-froid exceptionnel, il vint coller son visage contre celui de son interlocuteur.
– Je pourrai te renvoyer le compliment, gros lard, dit-il d’une voix basse, les dents serrées. Le race aryenne n’a rien à gagner à te garder dans ses rangs. T’es gros, t’as les yeux sombres et si ça se trouve, t’as les cheveux noirs.
Le groupe s’était rapproché, formant un cercle autour d’eux, et attendait dans un silence soudain religieux que l’altercation en vînt aux poings. Erich s’écarta d’un pas, regarda le garçon de la tête aux pieds avant d’asséner :
– T’es juif ?
Le gamin devint rouge. Il hoqueta comme soufflé par la question. Un de ses amis lui tapa l’épaule :
– Alors, David, tu réponds au monsieur ?
L’assemblée éclata de rire.
– Eh ! Samuel ? T’as perdu ta langue ou quoi ? ajouta un autre crâne rasé.
Rires. »

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Le petit avis de Kris

LA LETTRE ET LE PEIGNENils Barrellon
Nils nous avait habitué à beaucoup plus de légèreté et de ce fait il m’a fallu beaucoup plus de temps pour entrer dans cette histoire. Si comme moi vous peinez un peu au début, passez la seconde et vous serez vite en quatrième. J’avoue avoir été surprise et par la finesse de la construction et par le style d’écriture pour finalement découvrir une toute autre facette de cet auteur.
Une intrigue finement amenée avec toutefois une fin un peu « convenue »   une fois saisis les rouages de l’histoire. Je dirais que les essais premiers ont été finement transformés.
Je vous le conseille sans restriction.

Réseau d’État de Hugues Leforestier


 

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Le livre : Réseau d’État de Hugues Leforestier.Paru le 14 mai 2012 chez Jigal dans la collection polar.16€ ; (183 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv :

À la veille des élections présidentielles, un homme à bout de souffle qu’on essaie – en très haut lieu – de faire passer pour un terroriste, est traqué par toutes les polices de France.

La cible, un ancien gauchiste devenu mercenaire pour une obscure officine spécialiste des coups tordus, a dans sa jeunesse entretenu des relations plus que privilégiées avec plusieurs hommes d’État. Et détient peut-être des dossiers compromettants sur certains d’entre eux…

Une excellente raison sans doute de déclencher les manoeuvres sans foi ni loi des cercles rapprochés du pouvoir afin de le faire disparaître au plus vite… et définitivement !

De la Françafrique à la présidence de la Commission européenne, en passant par les fameux dîners du Siècle, il faudra toute la perspicacité de Lou, journaliste politique d’un grand quotidien national, talentueuse et opiniâtre, pour dénouer les fils complexes de cet écheveau politique à l’allure très contemporaine…

 

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L’auteur : Job d’étudiant au New York Herald Tribune, prof de gym, contrôleur de gestion, directeur de banque, directeur financier, comédien, auteur… Après un parcours très atypique, Hugues Leforestier est aujourd’hui directeur du Caveau de la République, un célèbre cabaret parisien.

 

Extrait :
« (…) un premier ministre sait tout. Il connaît tout. Ses assistants et ses ministres lui présentent plus d’une centaine de dossiers par jour, concernant des sujets qui n’ont rien à voir, et sur lesquels il doit faire des arbitrages et prendre des décisions qui impacteront la vie des autres…..
Mais quand on n’est plus premier ministre, c’est pire. Le corps produit encore un moment, par habitude, la même dose d’adrénaline. Seulement voilà, du jour au lendemain plus personne ne vous apporte de dossiers, ne vous demande votre avis, plus personne n’obéit à vos injonctions. Vous êtes une relique encombrante, qu’on affuble du titre de premier ministre alors que vous n’êtes plus rien, et on attend de vous que des confidences, volontaires ou non, sur des secrets que vous ne pouvez pas révéler. Alors après avoir été, sept jours sur sept pendant des mois, sous perfusion de la drogue la plus dure qui soit – celle du pouvoir politique – , vos êtes en manque. Ça fait mal et, faute de cure, vos restez intoxiqué à vie. »
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Petits résumé et avis :

A la veille de l’élection présidentielle, un ancien gauchiste devenu mercenaire est traqué par les forces de police française. Il détient des dossiers brûlants, qui pourraient compromettre la carrière de plusieurs hommes d’Etat. Journaliste politique d’un grand quotidien national, Lou est bien décidée à faire la lumière sur cette affaire.

Hugues Leforestier, avec son esprit frondeur et son humour noir plutôt corrosif, nous offre un roman politico-policier basé sur des faits réels, parfaitement documenté sur les coulisses du pouvoir, dans un style nerveux et efficace.

L’auteur a caché derrière chacun de ses personnages hauts en couleur un homme politique de ces dernières décennies et c’est un vrai plaisir que de chercher à les retrouver.

C’est direct, mordant et incisif.

Une terre pas si sainte de Pierre Pouchairet.


9791092016260,0-2417543Le livre : Une terre pas si sainte de Pierre Pouchairet. Paru le 16 septembre 2014 chez Jigal. 18€50 ;(296 p.) ; 21 x 14 cm.

Quatrième de couverture

Dany et Guy, deux flics de la police judiciaire israélienne, enquêtent avec le Shabak – la sécurité nationale – sur le massacre d’une famille de colons juifs installée en Cisjordanie à proximité de Naplouse.

De son côté, Maïssa, flic palestinienne et fille d’un ancien compagnon d’armes d’Arafat, mène elle aussi, avec obstination, ses propres investigations.

Très vite et bien que le doute subsiste, un groupe de jeunes Palestiniens est mis en cause et accusé de ce crime sordide.

Mais parallèlement, après la découverte d’un arrivage massif de drogue de synthèse à Nice, à Jérusalem et dans les Territoires, Gabin, flic français des stups, est envoyé sur place pour démanteler un possible trafic international issu d’un camp de réfugiés.

Allant de surprise en surprise, c’est sous pression permanente et dans un climat délétère que flics israéliens, palestiniens et français vont devoir unir leurs forces pour combattre ce réseau mafieux…

Car là-bas, même un saint n’y retrouverait pas les siens…

PierreL’auteur : Dans une vie précédente, Pierre Pouchairet était commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles…

Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan.

Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage « Des flics français à Kaboul » et « Coke d’Azur » en 2014. Avec à chaque fois, cette volonté de mettre au grand jour la réalité brute de notre Histoire contemporaine.

En 2014, il publie 2 polar . Une terre pas si sainte est un de ceux là.  .

Extrait : 
Le jour commençait à poindre et le soleil, en se faufilant au travers des stores, soulignait de traits lumineux la chambre de Dany Cohen. Quand son portable se mit à sonner et à vibrer sur la table de nuit, il était profondément endormi, couché en travers du lit, et mit du temps à réagir. Ce n’est que lorsque l’appareil tomba sur le marbre blanc, qu’il commença à bouger, et allongea un bras pour chercher à tâtons son Nokia. Le nom de Guy Touitou était affiché. Cela acheva de le réveiller. À cette heure-là, un jour de shabbat, c’était forcément important.
—Tu dors ?
La voix tonitruante et pleine d’entrain, ainsi que l’accent pied-noir à couper au couteau, lui firent lever les yeux au ciel. Malgré les années, il peinait toujours à se faire à l’hyperactivité de son collègue.
— Non, connard, je faisais du repassage…
— Un jour de shabbat, je ne te crois pas, c’est interdit.
—Téléphoner pour faire chier les gens aussi.
— Ben oui, fallait pas être flic si tu voulais être tranquille tes weekends. Sors de ton pieu. Je serai en bas de chez toi d’ici un quart d’heure, on a du boulot.
— C’est quoi ?
— Du lourd ! Toute une famille décimée dans une colonie à côté de Shkhem.

Résumé et avis :

Parfois la frontière entre le réel et la fiction est si ténue qu’on peut se demander où elle commence et surtout quand et comment ces histoires tragiques vont cesser… Et alors que les médias nous abreuvent en permanence d’insupportables images de guerre en « direct live », Pierre Pouchairet vient avec ce terrible roman apporter sa connaissance du terrain ! Et de la première à la dernière ligne – ça ne fait aucun doute –, ça sent le vécu : Pierre Pouchairet a foulé ces routes poussiéreuses, a senti ces odeurs de pneus brûlés, a entendu ces déflagrations, ces cris, ces pleurs… Fin connaisseur – pour raisons professionnelles – du Moyen-Orient, de ses enjeux, de ses pouvoirs, de ses trahisons, mais aussi des rêves et des espoirs au quotidien d’une population vivant perpétuellement dans le chaos, Pierre Pouchairet nourrit son intrigue d’indices, de causes et de raisons – bonnes ou mauvaises –, de tous ces éléments – l’Histoire et son cortège de haine, d’incompréhension, de vengeance, de mort, de peur – qui font de cette région, et depuis tant d’années, cette poudrière toujours proche du point de rupture… C’est tragique, édifiant, injuste, sanglant… On a parfois du mal à comprendre, à y croire même… Et pourtant…

images39Un trafic de drogue international semble avoir été mis en place dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Dany et Guy, deux policiers israéliens, Maïssa, policière palestinienne et Gabin, de la brigade des stupéfiants niçoise s’allient pour combattre le réseau mafieux.

C’est toute la rudesse du terrain que Pierre Pouchairet nous livre ici : un roman brut et tragique qui pourtant n’est jamais manichéen. Pierre Pouchairet a su raison garder, il fait en plus de son travail d’auteur un travail de journaliste de terrain. Un peu comme un caméraman qui filmerai sans juger.

La dialogues sont parfaits. Les rapports et les conversations entre les différents flics, israéliens, français, palestinienne sont riche d’enseignements.

« Ce que j’aime dans ce pays, par rapport à la France, c’est qu’on ne nous emmerde pas pour les délits de faciès…Ici, c’est quand on ne contrôle pas les arabes qu’on ne fait pas son boulot ! » (Guy, flic israélien)

Dans ce coin du Proche-orient où tout semble toujours être plus complexe qu’ailleurs, tellement les enjeux sont sensibles, Pierre Pouchairet nous donne quelques clés pour mieux comprendre et appréhender les problèmes perpétuels qui opposent les différentes communautés qui composent ce coin de paradis perdu.

 

Trait bleu de Jacques Bablon


9791092016314,0-2584760Le livre : Trait bleu de Jacques Bablon .Paru le 16 février 2015 chez Jigal éditions. 17€ ;  (151 p.) ; 20 x 13 cm

4e de couv :

« Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l’étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes.
Ils auraient plutôt eu l’idée de repeindre leur porte de grange ou de s’enfiler en buvant des Budweiser et c’était bon pour moi.
McBridge n’était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans que je l’avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide.
835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec… »

Un roman noir intense d’espace et d’aventure, une ambiance à fleur de peau. On est embarqué dans ces pages comme si on descendait les rapides d’une rivière en folie sur une pirogue sans pagaie… Ballotté, effaré, douché, concentré mais vivant… Si vivant ! Superbe !

téléchargement (70)L’auteurJacques Bablon. Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

Extrait :
« Ma voiture bleue filait sur le ruban d’asphalte. Du bord, on ne devait voir qu’un trait bleu comme quand passe un martin-pêcheur. J’allais le plus vite possible, m’envolait sur les dos d’âne, faisais crisser mes pneus dans les virages. John Fitzgerald avait agrippé le haut du siège avant et le serrait très fort. Il jubilait, émettait un grognement continu proche d’une mélopée sioux et l’expression spontanée de son plaisir me faisait venir les larmes. « 

Résumé et avis :

Il y a près de deux mois que j’ai lu ce court roman et pourtant je n’arrive toujours pas à mettre des mots dessus. Je me suis trouvée con, quand j’ai eu l’auteur devant moi, il y a quelques semaine, je n’ai pas su quoi lui dire. Jusque que j’avais adoré son bouquin, et qu’il était différent des autres que j’avais lus dernièrement.

téléchargement (72)J’avais l’auteur devant moi et je n’ai même pas pu lui demander pourquoi ces choix… Le lieu, l’endroit, les héros, le héros, le style si familier, les mots…La génèse de son roman. Non j’ai été muette, troublée sans doute car j’avais imaginé un très jeune homme et que j’avais en face de moi, un jeune auteur certes mais d’un certaine âge. C’est con, mais il y avait comme un décalage dans mon esprit. Et en plus comme je n’arrivais pas à décrire ce roman ni à center mon ressenti, je suis passée, j’en suis certaine à coté d’une super rencontre. Trop bête, trop cruche, trop conne, je suis.

Jacques Bablon avait lui aussi l’air tout timide sur son estrade, derrière son stand. Il aurait suffit d’un mot, de l’un ou de l’autre pour que nous échangions entre adulte consentant. Mais, j’ai joué ma timorée et aujourd’hui je le regrette. Pardon Monsieur Bablon, je m’en veux énormément, car, comme je vous l’ai dit, j’ai adoré votre livre.

Mais au fait de quoi ça parle, difficile aussi de le résumé…Suite à l’assassinat de celui qui a abusé de sa mère, un homme est emprisonné. Son histoire pourrait s’arrêter là, mais une série d’événements bouleverse le cours des choses : Iggy lui lègue un vieux pick-up, un cadavre est retrouvé dans son jardin, un pactole tombe de nulle part, sa maison est détruite, etc.

téléchargement (73)Bref on va suivre notre héros dans son errance ou plutôt dans sa déserrance , dans sa désespérance. Et c’est lui qui va être le narrateur de cette histoire. Il va balancer ses mots, crus, violents, intimes. Un peu comme si ceux-ci avait un pouvoir de catharsis.

On va traverser des grands espace, rencontrer des personnes peu recommandables, d’autres plus sympathiques mais toujours à la marge. Il ne faut pas oublier que l’on ai dans un roman noir. Noir mais atypique. Il tient parfois du conte philosophique.  On va vivre à cent à l’heure, nos certitudes vont-être bousculées, nos repères n’existeront plus, nous n’aurons plus de repaires. Le style, les mots, la poésie qu’il en ressort, vont tout ravager sur leur passage. Et on va traverser cette histoire à tout berzingue, en retenant notre souffle.

J’ai été happée par l’écriture de Jacques Bablon, et j’ai adoré ça.

Alors Foncez et découvrez cette OLNI de toute urgence.

Allez foncez c’est un ordre.

Extrait : 
« Le psy sévissait derrière les barreaux. J’avais le droit de bénéficier de ses services. Je savais pas trop comment ça marchait, juste que c’est sur ce qui s’est passé quand j’étais petit qu’il se penche. Va pour le psy.
– Comment voyez-vous votre père ?
J’étais de père inconnu, il était con ou quoi ? Plutôt que de lui faire la remarque, je lui ai balancé un truc bidon :
– Comme une chaise vide.
Surprise ! Ma réponse a retenu son attention. Il avait un faible pour la métaphore, je ne me suis pas retenu de lui faire plaisir »

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