Ces Dames du noir 5.3 : Dialogue avec une grande dame du noir, Jeanne Desaubry.


Ces dames du noir-haida$&$&$&$Jeanne-Desaubry-Polarlens

Conversation avec Jeanne 3

Troisième et avant dernière partie de nos papoti, papota avec Jeanne qui furent passionnants

GVL : Jeanne peux-tu ne parler de ton boulot d’éditrice.

Préciser à une inculte en quoi ça consiste. T’es correctrice, relectrice, conseil… ?

JD : Un éditeur c’est un gros caméléon caché et même coincé sur un coussin à carreau.

Gvl : whoua le pauvre. (Rire)

JD : On t’amène un texte et tu sens que derrière il y a  vraiment quelque chose de bien. Mais tu vois aussi qu’il n’est peut-être pas abouti.

Tiens, voilà pour illustrer le travail d’édition. J’ai été contacté par un grand jeune homme timide, mais un grand monsieur du noir : Marc Villard, ce n’est pas n’importe qui, sans doute un des plus grand nouvelliste français. C’est un auteur qui a une superbe écriture

Marc me contacte et me dit voilà, « j’ai écrit un texte qui n’a sa place nulle part. Il n’entre pas dans un recueil, c’est un truc bizarre…c’est un peu western…»

Il me le donne à lire. Je ne vais pas évidemment, concernant Marc, lui dire « tu vas me retirer un adjectif, tu me remets ça au présent, ça pourrait être plus rapide, ça pourrait être… »

jeanne&pngJe lui dis « Ta nouvelle est fantastique, elle me plait beaucoup mais…je reste sur ma faim parce que je trouve que telle situation aurait pu être développée, tel personnage aurait mérité d’être approfondi. »

En fait, mon rôle, dans ce cas précis, c’était de susciter une création à partir d’un bloc initial. Cette  nouvelle sort bientôt : Marc m’a fait l’honneur de réfléchir à mes propositions  et de travailler encore un peu.

Et quelques fois ça va être complètement différent, comme qui s’est passé il y a peu avec  Gaëtan Brixtel. Tu le connais : on a fait la lecture d’une de sa nouvelle « Mini-Pouce » lors d’un de tes Apéros Polar. Gaëtan m’avait envoyé une nouvelle. Dans ce texte il se met dans la peau d’un  jeune adolescent qui appartient à une bande ; ces ados a priori sans histoire en arrivent à se livrer sur une tournante avec une de leurs copines. C’est d’une, wouah, c’est d’une…, une écriture très simple et il va directement là où ça fait très mal. Là où ça fait très peur aussi. Mais il me manquait un petit quelque chose dans ce texte. Notamment dans les sentiments que ressent cette fille. Il fallait creuser selon moi, ne pas être univoque.

Donc on va échanger là-dessus avec un auteur. Il va me répondre s’il est d’accord pas d’accord. Et puis il va retravailler quelques petites nuances dans la façon d’amener les choses.

Il est probable qu’un autre éditeur pourrait avoir un avis complètement différent. C’est juste un travail que tu fais avec l’auteur pour essayer de rendre le texte…. Heu… meilleur ? Tu vois quelque chose qui te heurte et tu vas l’amener à s’améliorer. Quelquefois aussi,  tu reçois un texte totalement abouti. Mais parfois, six mois plus tard, tu relis des choses et tu te dis tiens j’aurais dû là,  peut-être… lui faire reprendre…Enfin tu vois.

GVL : c’est une vraie relation de confiance que tu entretien avec tes auteurs.

JD : Absolument. Les auteurs ont en général vraiment besoin d’un regard bienveillant sur ce qu’ils font.

GVL : c’est plus facile de leur donner confiance ou alors c’est plus simple pour toi d’avoir confiance quand que tu écris un texte

JD :  La confiance en moi-même… bof ! Quand j’ai un texte qui sort, je me dis ! merde, tout ceux que j’ai critiqués ils vont regarder le truc, ils m’attendent au tournant.

GVL : Du coup tu te mets seule la pression en tant qu’auteur ?

JeanneJD : Ben oui, même si je crois qu’ils sont reconnaissant du regard que je porte car ils le savent :  il n’est jamais négatif. Il m’arrive bien sûr de corriger des textes, tout le temps, même,  mais c’est toujours dans le respect de l’auteur. Même si je l’avoue c’est plus facile de corriger des gens que je ne connais pas. Même chose pour les refus ! Je pense que la relation de confiance s’installe parce que je les respecte en tant qu’auteur et du coup eux respectent mon avis.

GVL : Dis-moi, tu as d’abord édité des livres papier ; le livre numérique on ne faisait qu’en voir les prémices, et  aujourd’hui tu m’éditeq plus que sur support numérique.

Tu as édité des romans, maintenant tu édites des nouvelles. Le boulot est le même ?

JD : Oui totalement.

C’est vrai que chez Ska, le gros de la production ce sont des nouvelles mais il y a un petit filet constant de roman. Il nous arrive d’éditer des novellas. Il y a aussi nos coups de cœur. Brigitte Guilhot qui avait écrit «  La peau sur les mots », un très beau texte avec Hafed Benotman, vient de nous soumettre une grosse novella d’une centaine de page. C’est l’histoire d’une nègre et c’est à la fois drôle et cruel, noir et très sensible. Je suis très contente parce qu’elle a une très très belle écriture, Brigitte. Donc il nous arrive de faire des textes plus longs.

Tout cela ça donne du travail, la relecture avec les auteurs, la gestion des corrections, le bons à tirer, les contrats… C’est du boulot tout cela, mine de rien.

GVL : Justement, moi je ne vois pas ce boulot-là. Je vois bien le conseil, la correction mais le reste, je ne connais pas !

JD : C’est très comparable avec une maison papier classique. On travaille avec l’auteur sur son texte ; une fois abouti, chez Ska on envoie les textes à une correctrice pro. Je l’appelle Einstein parce qu’elle a un œil, un œil atomique. Forcément elle est bonne sur le plan orthographique et sur la syntaxique. Mais de temps en temps on a des échanges de questions, des interrogations et même des propositions de reformulation. Alors je gère, je valide ou pas ses corrections,  je retravaille ça avec l’auteur jusqu’à qu’il nous donne le bon à diffuser. Je lui donne les délais pendant lesquels il doit travailler et une fois tout validé, j’envoie ça à la maquettiste.

Ensuite la maquette revient, on vérifie à nouveau la mise en page et on passe à la maquette définitive.

C’est vraiment le même boulot, le travail d’édition est quasi identique si ce n’est que à la place d’un livre papier, à la fin  on a un fichier numérique.

Et près distribution, diffusion, communication…

GVL : En tant qu’éditeur numérique vous êtes aussi diffuseur ?

JD : Non, on a un distributeur diffuseur, il fait partir les fichiers numériques dans les tuyaux, ils gèrent la vente, nous fait des états financiers, contacte les plates-formes pour des mises en avant… etc.

Il y a peu, on a changé de distributeur, justement. La diffusion c’est aussi la visibilité du livre, c’est l’action de promotion, s’assurer que l’on est bien dans les bons endroits. La diffusion que ce soit pour le papier ou le numérique c’est le nerf de la guerre littéraire. Et pour assurer à nos auteurs une belle visibilité. Non pas que nous ayons des visés commerciales ou que l’on cherche à se faire du fric. Non, mais  nous aimerions pouvoir reverser à nos auteurs des droits plus conséquents.

BO35GVL : Il existe en bibliothèque des projets  de développement du numérique. A Paris, la municipalité a opté pour le projet mis en place par le ministère de la culture, PNB (Prêt numérique en bibliothèque). Il existe d’autres projets de numérique plus intéressant à mon avis en marge de celui-ci, mais bon c’est un autre débat… Ma question est : souhaitez-vous chez Ska participer à ce type de projet ? Est-ce qu’un jour je pourrai proposer des nouvelles noires de chez Ska à l’emprunt sur notre portail à nos lecteurs ?

Jeanne D : Nous en serions ravis. Nous ce que l’on veut c’est être lu, que nos auteurs soient lu. On a été les tout premiers à autoriser la lecture en streaming avec youbooks. On ne met pas de DRM sur nos fichiers et c’est délibéré. On souhaite que les lecteurs puissent prêter leurs fichiers, les offrir comme ils le faisaient avec leur livre papier avant. On trouve que c’est normal que le lecteur soit vraiment propriétaire de son livre numérique. J’aimerais bien que l’on soit rapidement présent dans les bibliothèques, oui bien sûr.

Malheureusement,  la nouvelle est vraiment très peu développée en France. C’est un genre qui n’a pas encore vraiment sa place. Et le numérique pourrait-être le bon support pour lui donner l’occasion de se développer d’avantage. Les gens pour la plupart disent qu’ils n’ont pas le temps de lire. Or,  tu me diras si comme moi, tu passes beaucoup de temps sur ton ordinateur à des bêtises  ou si tu loues des trucs stupides ou si tu regardes ta télévision, et alors forcément tu en perds du temps ! (rire) . Si tu n’as pas beaucoup de temps tu peux prendre du plaisir à rentrer dans quelque chose de plus court. Il y a des gens qui ont le temps et le besoin de s’installer dans du long, et qui raffolent de gros pavés.  Et puis il y a des gens qui ne peuvent lire que dans les transports, sur smartphone, sur tablette, ils peuvent lire quelque chose de court, un univers prenant mais qui va leur laisser du temps par ailleurs.

Le numérique ça donne aussi l’occasion d’éditer des jeunes talents qui, étant débutants, n’ont aucune chance ou infiniment peu de chance dans le secteur classique. Cela nous permet de cultiver notre différence, de faire notre petit bonheur dans un petit trou, une petite niche, comme on dit.

GVL : Pardonne moi de passer du coq à l’âne mais lors d’une précédente discussion tu me disais «  papier et numérique c’est comme fromage plus dessert », j’ai beaucoup aimé cette formule qui ne plaira peut-être pas à nos amis libraires.

JD : Écoute, les libraires s’ils le veulent, s’ils veulent être sur ce créneau-là, s’ils veulent s’associer  au numérique ils ont maintenant de plus en plus d’outils pour cela. Il y a par exemple une boite qui s’appelle ipagine qui permet aux libraires de vendre du livre numérique même s’ils n’ont pas leur propre site. C’est un domaine qui se développe, le ministère a mis de l’argent pour son développement. Si nos libraires se retranchent en disant je vends du papier, le numérique je ne sais pas faire, je ne veux pas faire, ils ont souffriront. S’ils disent, moi je vends des textes, le lecteur peut lire sur différents supports, c’est de la lecture et la littérature. Mon boulot c’est du conseil, c’est de proposer des textes variés, ils gagneront sur tous les plans. Les libraires ont toute leur place dans ce circuit. Il faut qu’ils le veuillent.

GVL : C’est vrai que c’est des libraires qui nous vendent les livres numériques avec PNB en bibliothèque.

JD : Ils ont toute leur place à prendre. C’est un monde qui est en train de s’inventer. Il faut y aller avec tout ce que l’on a appris de l’édition musicale qui a vu en premier la pratique des consommateurs changer. Il faut apprendre de ça, rester attentif, ouvert, protéger les secteurs les plus faibles et développer le reste. Vraiment, les libraires doivent se mettent au numérique. Ils doivent en être un des acteurs majeurs. Malheureusement les librairies indépendantes ferment les unes après les autres. Espérons que le numérique leur apporte un second souffle.

GVL : Libraire est un métier très difficile, et il est à réinventer lui aussi. Un peu comme notre métier de bibliothécaire qui est surement moins pénible ?

 

Retrouvez les épisodes précèdents

Ces dames du Noir 5.1 ICI

Ces dames du Noir 5.1, là

A suivre surement…

 

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Ces Dames du noir 5.2 : Dialogue avec Jeanne Desaubry, une grande dame du noir, .


Ces dames du noir

Conversation avec Jeanne 2.

Souvenez vous en août je vous proposer notre cinquième rencontre avec une dame du polar. Depuis vous êtes quelques-uns à me demander la suite. Ils y en a même qui se sont mis à genoux. Alors soyez exaucés. J’ai retrouvé la clé sur laquelle notre conversation était enregistrée. Ouf.

C’est donc partie pour cet épisode 5 deuxième volet.

Pour ceux qui auraient raté le premier chapitre c’est ICI

Jeanne-Desaubry-Polarlens

 GVL : Alors Jeanne, Parle-nous de l’éditrice qui est en toi ?

JD : Je suis devenu éditrice dans la suite logique de tout cela.
Depuis longtemps, donc, j’écrivais, mais je n’avais jamais envoyé de roman à un éditeur. Un jour, j’ai eu un contact avec Gabrielle Rollin. A l’époque, elle s’occupait d’une collection chez Gallimard. Elle a lu un manuscrit que j avais fini par lui remettre. Je m’étais lancée après avoir bavardé, car elle me disait, « Je suis sûre que vous avez quelque chose sous le coude », alors je lui ai envoyé. Et à la suite on en a bavardé, elle était super encourageante mais ça s’est arrêté là ; je ne me sentais pas encore capable de retravailler mon texte. J’écrivais pour répondre à un besoin vital, pour moi … ce truc est resté dans mes tiroirs et puis j’ai continué ma vie à l’hôpital. Puis j’ai vécu une situation extrêmement compliquée sur le plan professionnel, et là l’écriture m’a fait énormément de bien ; j’ai fait un roman de mes déboires.

Ce roman-là, je me suis dit « Allez : J’ai vécu plus de la moitié de ma vie, maintenant je peux me lancer. « Je me suis résolue à l’envoyer à des éditeurs… qui l’ont tous refusé.

Gvl : Ce ne serait pas d’Hosto dans tu parles, là ?

JD Tout à fait ! A l‘époque ça ne s’appelait pas Hosto, ça s’appelait «  Haines Hospitalières ». Par ailleurs, pour le plaisir je faisais quelques chroniques, je donnais des avis sur des polars sur le site de Patrick Galmel, Pol’Art noir. Il m’a demandé si j’avais quelques choses à lui proposer parce qu’il aimait bien les avis que je déposais sur son site. Je lui ai confié mon roman, il m’a dit je m’en occupe.

GVL : Il l’a mis en ligne sur le site.

JD : Tout à fait !. Et puis il m’a demandé si cela ne m’embêtait pas qu’il mette en ligne, en même temps que le mien, un texte d’un type qui s’appelait Max Obione. J’étais furieuse, c’était qui ce connard qui me prenait la place. (Rire)

Jeanne&&Après avec Max on est entré en contact, et il me dit, je viens d’écrire une nouvelle qui s’intitule « le pied de Jeanne ». C’était rigolo. La nouvelle m’a énormément plu. Et il me propose d’éditer mon roman.

Il venait de créer Krakoen, il avait sorti juste trois ou quatre romans. Et un jour, il m’appelle,

« J’ai un roman-là qui est bien, mais il faut le corriger et je n’ai pas le temps, est ce que tu es partante pour t’en occuper ? » Je me suis jetée à l’eau !
Voilà comment j’ai mis un pied dans l’édition et comment j’ai commencé à travailler avec des auteurs. On était entre amis, c’était le tout début de la coopérative Krakoen. Voilà, l’aventure est partie de là. Et très, très vite, au sein de Krakoen les gens sont venus vers moi. J’étais super émue, tu vois, que les gens me fassent confiance, qu’ils m’attribuent autant de responsabilités car je n’étais pas du sérail.

Après l’hôpital, je travaillais à l’éducation nationale et je faisais ça en plus de mon boulot. Mais dès que j’ai pu m’occuper de la maison d’édition à temps plein, je l’ai fait.

J’ai aussi continué à faire des chroniques chez Pol’Art noir puis je l’ai fait pour moi sur mon propre blog. J’ai quelques principes lorsque j’écris un avis. Le premier est que je ne dis jamais du mal d’un livre. Le second, c’est que je n’en dis pas du bien si je ne le pense pas, c’est clair. Et si un livre ne m’a pas parlé, ne m’a pas apporté quelque chose, je n’en parle pas du tout.

GVL : Ah, tu n’en parles pas du tout ?

JD : Quand on m’envoie un service de presse, j’apprécie, bien sur, mais je ne fais une chronique que si je le sens. Je dis ce que je veux sur le bouquin. Ou même je ne dis rien du tout. Si le livre ne m’a pas plu, je n’en dis rien car je n’ai pas envie de dire des vacheries. C’est trop facile de paraître intelligent en étant méchant. Pourtant, je te promets que je peux faire ça très bien. (rire)

Le livre n’a pas besoin d’être cassé, il n’aura pas de promo, c’est déjà assez comme ça. Il faut respecter un minimum le travail de l’auteur.

GVL : Il n’arrive rarement de dire que je n’ai pas aimé un livre. Et en plus ce n’est pas parce que je n’ai pas accroché que le livre est mauvais. C’est mon regard sur ce livre qui lui accorde de l’importance ou non. L’histoire que me propose l’auteur, elle m’appartient, et je l’amène là où je le souhaite. Un avis n’est qu’un ressenti, nous n’avons pas la science infuse, nous autres chroniqueurs. Je pense qu’un livre peut être tout de même présenté même si de mon côté je ne l’ai pas aimé.

Bon si vraiment il me tombe des mains je n’en parle pas…

JD : Oui, ça doit être ton coté bibliothécaire. Tu sais qu’un livre peut rencontrer un public…

GVL : Il y a une qualité d’écriture que je ne remettrai jamais en cause, je suis incapable d’écrire. Mais parfois, je n’ai pas adhéré à l’histoire. Et je sais que d’autres vont se retrouver dans celle-ci.

JD : tout de même, il y a un paquet de bouquin médiocre. Regarde Mary Higgins Clark qui a écrit de bons bouquins à ses débuts, maintenant elle se contente de faire un scénario et fait travailler une équipe pour faire ses recherches. Ils lui écrivent un premier jet et après elle y met juste sa patte ; tu vois ? Et pourtant il s’en vend par brassées entières.

GVL : C’est certain, ce genre de livre n’a pas besoin de nous pour marcher. Et perso, ça m’ennuie car je préférerais que mes lecteurs aillent vers un jeune auteur totalement inconnu qui a du talent. Mais là je rêve.

JD : Ce n’est pas facile de savoir et de deviner ce que le lecteur aime dans un livre. J’ai envie de dire heureusement ; sinon, tous les livres seraient identiques. Il y a sans doute quelques recettes qui fonctionnent pas mal. Même si la qualité d’écriture n’est pas forcément au rendez-vous. Je connais un auteur qui a compris ça, et du coup son nouveau roman marche pas mal. Mais personnellement, je ne le chroniquerai pas.

GVL : J’ai eu le même sentiment que toi avec le dernier opus d’un auteur que j’apprécie beaucoup. Je n’ai pas donné mon avis sur son bouquin. Et je ne suis pas certaine de le faire un jour… Quoi que celui-ci m’a dit que je pouvais dire ce que je ressens m^me le négatif !

Dis-moi Jeanne, c’est quoi le déclic qui a fait qu’un jour tu n’as plus eu peur que l’on lise tes textes ?

JD : J’ai eu une vraie prise de conscience. Un grand acte de bravoure aussi. Je me suis dit « J’ai 40 ans, qu’est ce qui compte vraiment pour moi dans la vie ? »

…  « Mes enfants, et un jour être éditée. »

GVL : les enfants t’avais fait alors…

JD : Oui, je pouvais donc me livrer. Je me disais, je ne peux pas mourir avant d’avoir publié au moins un livre. J’ai quand même 40 ans, là faut que je me grouille. C’est vraiment cette réflexion là que j’ai eue. Qu’est ce qui fera que ma vie sera incomplète si je devais mourir maintenant ? C’était clair pour moi : il fallait que je me décide.

GVL : Et comment tu as choisi le texte que tu allais faire publier ? Tu n’avais peut-être qu’un titre à proposer.

JD : Non, j’en avais un deuxième et j’avais aussi des contes. Certains de ces contes sont rassemblés sur mon blog sous l’appellation « les muettes ». Un de ces textes provient d’un rêve que j’avais fait. Il raconte la vie d’une paysanne muette dans une ferme au 19 e siècle.

ob_244e4e_hosto-reed2Donc j’avais quelques textes sous le coude. Et j’écrivais toujours. En 1993 je me suis trouvée dans une situation très difficile : j’ai perdu ma sœur. Une de mes sœurs qui venait de mourir d’un cancer. J’étais de plus en proie à une situation professionnelle intenable qui m’avait amenée à bouffer des anxiolytiques et autres antidépresseurs et à devenir à moitié cinglée à bosser 15 heures par jour… J’ai vraiment eu envie, besoin, de créer et de faire quelque chose dont je pouvais être fière pour ne pas sombrer. C’était une nécessité. Un acte de résistance.

J’ai pris ce que je vivais, le deuil, la violence professionnelle, les personnages de lics que j’avais rencontré lors d’un premier deuil 15 ans avant et avec tout cela j’ai construit une fiction.

En fait ça me sauve, tu vois. Je me sers de tout cela, des émotions, je  dépatouillasse tout cela et j’en fais un objet. Et l’objet je le mets à distance et en même temps je le donne en partage.

GVL : Et ça participe comme tu dis à ton bonheur

JD : A mon bonheur je ne sais pas. A mon salut c’est sûr.

Mon bonheur c’est face aux lecteurs. C’est vrai que quand tu finis ce travail, il y a un sentiment d’accomplissement qui n’est comparable à rien d’autre. Et le bonheur, il vient quand je rencontre des lecteurs qui ont éprouvé des émotions, qui ont partagé des émotions.

Et c’est presque la même chose quand tu édites sauf qu’il y a une distance supplémentaire. Tu amènes quelqu’un à s’accomplir et après tu recueilles au travers de l’auteur, au travers des gens que tu rencontres et qui ont rencontré le livre, le texte.

$&$&$&$GVL : Jeanne pourras-tu nous parler du boulot d’éditrice ?

JD : Avec plaisir.

GVL : Parfait ça, ça nous donnera l’occasion de t’écouter une 3e fois.

La suite de notre conversation avec Jeanne promis, très bientôt cette fois.

Et pour ceux qui n’auraient toujours pas lu le premier entretien entre une bibliothécaire et Jeanne Desaubry une grande dame du noir c’est ICI

Ces Dames du noir 5.1 : Dialogue avec une grande dame du noir, Jeanne Desaubry.


Pour cette nouvelle et cinquième rencontre, j’ai la chance de recevoir une grande dame du noir, une femme que j’admire énormément, une femme de cœur comme je les aime.

téléchargementJe vous la laisse découvrir

Dialogue avec Jeanne Desaubry

GVL : Bonjour Jeanne, grand émoi pour moi de t’avoir en entretien. Enfin, entretien, c’est un bien grand mot, puisque notre petite conversation entre une bibliothécaire et une grande dame du noir va sans doute être plus sur un mode confidence.

Donc Jeanne, merci d’avoir accepté ce tête à tête. Pour te présenter brièvement, tu es, je l’ai déjà dit, une grande dame du noir, puisque tu es à la fois, auteur, éditrice, correctrice, tu es chroniqueuse, blogueuse et tu es aussi présente dans le milieu associatif.

JD : Oui tout cela est vrai, j’appartiens aussi au bureau de 813téléchargement (2)

GVL : Pourrais tu te présenter brièvement.

Jeanne : Je suis née en 1958. C’est plus facile que de retenir mon âge, il change tous les ans. Si je calcule bien, j’ai 57 ans cette année. Je suis née dans la belle région de Picardie dans une ferme. ; Je suis allée à l’école dans une petite école de campagne jusqu’à mes années collèges qui se sont déroulées à Château-Thierry.

 téléchargement (3) J’ai fait une carrière à l’AP-HP. J’y’ai commencé comme secrétaire et ensuite j’ai passé des concours.J’ai terminé dans mon dernier poste comme chef de cabinet à Henri Mondor à Créteil. A la direction, j’étais cadre dans l’administration hospitalière.

Puis j’ai passé le concours d’entrée à l’éducation nationale pour être instit. , ça devait-être en 96. Je l’ai quitté en 2011. Aujourd’hui je ne me consacre plus qu’à toutes ces activités donc tu parlais plus tôt. Je menais celles-ci depuis longtemps mais maintenant presque exclusivement. Voilà.  Pour ce qui est de l’écriture, je l’ai toujours pratiquée. Pour le reste et l’édition, tout ça est venu dans un deuxième temps.

GVL : Tu m’as dit être née à la campagne. C’est indiscret de te demander si tu es née dans un milieu aisé ou bien au contraire.

Jeanne : Mes parents étaient fermiers,  j’ai grandi dans une ferme qui était un peu mon château-fort.

GVL : Je comprends, j’ai vécue aussi à la campagne face à une grande ferme, j’en ai des souvenirs

A55A1779.thumbJD : C’était une grande ferme briarde fortifiée, avec une grande cours  fermée et une grande porte. Pour moi c’était comme un château. Maintenant, quand je la vois, ça me parait bien modeste. C’est un lieu très isolé dans les champs, entouré de bois. C’était à 3-4 km du village donc pour moi c’était …La première fois que je me suis sauvée, j’avais 2 ans, je suis allée au bout du chemin…C’était l’aventure…

GVL Tu as du faire une belle frayeur à tes parents.

Oh oui certainement, mais tu vois ce lieu il est surement lié à pas mal de choses qui me caractérise encore aujourd’hui.

Un certain goût pour la solitude, heu, pour la lecture, pour le calme.

GVL : En fait t’es un peu comme moi, une terrienne. Les pieds dans la terre, bien enracinés et la tête dans le ciel, dans les étoiles.

Jeanne : Ah , complètement, je me sens bien dans je suis dans la bouillasse avec mes bottes à planter ou tailler. Je fais un gros trou, je creuse, je finis fourbue, sale mais heureuse.

GVL : Tu es allée à la petite école dans ce village.

JD, oui.

GVL : Au collègue et au Lycée dans la ville d’à coté…Tu as suivi quoi comme cursus ?

Jeanne ;,  Après le lycée j’ai fait des études de psychomotricité à la Pitié Salpétrière. J’ai passé un bac scientifique, le Bac D, à l’époque, ça parlera au gens de notre génération.

GVL : ça me parle en effet.

Jeanne Un bac scientifique avec option bio. J’étais très intéressée par tout ce qui touchait au médicale, d’où, sans doute ensuite mon orientation vers la vie hospitalière .

GVL : Tu as fait du paramédical, c’est ça ?

JD : voilà, j’ai fait des études de paramédicales et les choses de la vie ont fait que je n’ai pas passé le concours de 3e année : qu’il m’ait arrivé des tas de choses compliquées. Il a fallu que je bosse, donc je me suis dirigé vers l’hôpital tout naturellement Je suis rentrée comme secrétaire médicale à l’hospital du coin

GVL : Donc ça c’était avant de passer d’autres concours pour finir cadre hospitalier, à l’hôpital Mondor juste à côté de chez moi.

JD : Oui mais  là c’était la fin de ma carrière à l’AP-HP ?. J’ai commencé par Necker, Saint-Antoine , Beaujon…

GVL : T’as bossé dans les hostos de Paris.

JD : Oui, oui. Paris et proche banlieue.

ob_244e4e_hosto-reed2GVL : En parlant « D’hosto » ton premier roman, l’écriture est arrivée quand dans ta vie ? Tu as commencé très tôt, petite, dans ta ferme.

JD  Ben oui, j’ai été d’un classicisme absolu.

GVL ; Tu tenais un journal ?

JD, La particularité, si c’en est une, c’est que la lecture et la l’écriture sont mes passions de toujours.

Je me souviens très bien, dans le village, il n’y avait pas de maternelle, mais en on r rentrait à l’école un an avant le CP. .Ca s’appelait « le jardin d’enfant ».

GVL :Tiens dans mon village aussi, on rentrait à l’école à 5ans. Et on faisait é classe, CP1 et CP2.

JD : Sauf que chez nous, la première année on jouait aux buchettes et autre pâte à modeler. Moi, je trouvais insupportable que les autres apprennent à lire alors que nous on jouait.

Du coup j’ai appris à lire en cachette toute seule en écoutant ce que faisaient les autres à coté. Ce qui fait que quand ça a été mon tour de rentrer en CP, on s’est aperçu que je savais lire et on m’a mise avec les grands, direct.

Gvl ; Mais la lecture dans ta vie familiale elle tenait quelle place ? Des livres il y an avait chez toi ?

On te racontait des histoires quand tu étais plus petite ?

images (1) JD : Il y avait des livres, oui, je me souviens, on m’en lisait on me racontait des histoires. On n’était pas très très riche tu vois,  mes grands-parents avec lesquels nous vivions étaient métayers, la terre ne nous appartenait pas.

Après, plus tard, mon père a acheté des terres, mais quand j’étais petite, le cadeau de Noël par excellence, c’était des livres, des contes.

Mes parents étaient des gens assez calmes, assez discrets… pour qui le livre avait une grande valeur ça c’est certain.

GVL : Et du coup surement très attachés à l’école et la scolarisation ?

JD ; Ah oui. Mon père nous disait souvent : « Nous ne sommes pas riches, vous n’aurez pas de dote, mais vous aurez des diplômes ».

GVL : C’est un magnifique cadeau que te promettait là ton père.

JD : Et comment, c’est donnée donner aux enfants, aux filles en particulier les moyens de posséder leur vie. Oui c’est une vraie chance. Un vrai choix aussi, après tu en fais ce que tu veux.

Gvl : Bon et l’écriture…

JD : Avant de les écrire mes histoires, toute petite je les inventais. Et puis quand j’ai su lire, lire et écrire et bien…

Je me souviens, j’avais une petite dizaine d’année, on m’avait offert pour Noël des grands classiques, : les trois mousquetaires, 93 et vingt ans après. Je les ai gardés sur ma table de nuit avec un bougeoir, un véritable autel ! ’ai plongé dedans à ne plus vouloir en sortir.

J’ai commencé la rédaction de mon premier roman à 8 ans. Heureusement je n’ai pas dépassée la 3 e page.

GVL : Mais alors plutôt une nouvelle ; non ?

JD : J’avais vraiment en tête d’en faire un roman !

J’écrivais et je voulais faire des romans

Pourtant j’avais l’impression que ce n’était pas très bien, que ce n’était pas assez sérieux, pas un vrai boulot, quoi. C’était un peu comme une espèce de maladie honteuse que je cachais. Pendant longtemps, j’ai eu cette impression. J’avais des textes mais je m’empêchais de les proposer à l’édition.

GVL : Tu écrivais en cachette ?

JD : oui, mais surtout le fait d’écrire me paraissait comme totalement intime. ;

GVL : Tu écrivais des choses intimes ou alors l’écriture te paraissait comme un acte intime.

JD : Oui l’écriture comme acte intime et j’ai été vraiment persuadée de ça. Je pense toujours que c’est vrai sauf que j’ai appris à mettre une distance que je ne mettais pas à l’époque


GVL : As-tu pris des cours d’écriture ou écrits- tu par instinct ?

imagesJeanne : Non, je n’ai pas appris mais j’écris par besoin, ça c’est clair, quand je n’écris pas je suis malheureuse. C’est un peu comme les accros du footing, tu sais. C’est-à-dire que deux fois par semaine ils sont bien dans leur corps. Moi c’est la même chose avec l’écriture.

Quand je ne suis pas bien, je n’écris pas et du coup, je vais encore moins bien…C’est vraiment un besoin.

GVL : Quand tu me dis « écrire pour moi c’est vital ». C’est quoi ? Ecrire de la fiction ou écrire tes pensées, tes états d’âme.

JD : je n’écris pas du tout ni mes pensées, ni de journal, ni rien de tout ça. Je travestis tout pour ce ça devienne supportable, en quelque sorte. Et notamment ce qui se rapprocherait le plus à un journal dans ce que j’ai écrit c’est ce qui s’appelle « Les chroniques d’Elles ». Ce sont des textes extrêmement courts qui ne dépasse jamais mille signes et qui sont des espèces de petits instantanés de vie de femmes que je modifie à l’envie.

GVL : Ce n’est pas totalement autobiographique, ce n’est pas ce que tu as vécu ?

JD : Ce qu’il y a des moi dedans, c’est une émotion, un regard fugace qu’ensuite je vais transformer, fictionnaer ; le rendre très court peut-être pour lui garder son caractère d’émotion subite. Tu vois, quelque chose qui passe rapidement et que tu ressens  ou éprouve à un moment donné : une surprise, une peur, une colère puis ça disparaît. Mais

ça a été assez fort, il en reste quelque chose et ce quelque chose, je le change un petit peu et je le pérennise en l’écrivant.

Gvl, Là j’avoue, je suis très admirative. D’un rien écrire un instantané, moi qui n’ait jamais écrit que quelques poèmes à l’adolescence et encore j’ai très vite abandonné. Alors..

JD : Ben tu vois, moi j’ai été admirative des gens qui savaient nager, je ne savais pas et je n’ai appris qu’à 50 ans. Tu vois, on peut toujours apprendre. On peut toujours le faire même si c’est que pour soi .

GVL : Cherche pas, Jeanne, de mon coté je vais me contenter de lire. La lecture me va si bien.

Jeanne : Ah mais tu le fais si bien , (rire)

GVL : Tiens je vais me venger. On a parlé de toi auteur. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont tes autres facettes. Enfin, je dis ça, ce n’est pas vraiment vrai puisque j’adore ce que tu écrits.

Mais ces dames du noir s’intéressent surtout à la blogueuse, à la chroniqueuse et aussi à l’éditrice que tu es. Alors on bavarde, on bavarde…

Jeanne : Oui, on a dit qu’on bavardait, alors, voilà…(Rire) Bon, alors va pour l’éditrice….

Gvl : Et ben non, les enfants, la suite de notre conversation dans une prochaine histoire   voilà. Enfin si vous êtes sages.

 A suivre donc….Très bientôt c’est promis.

En attendant, vous pouvez retrouvez Jeanne sur son Blog, c’est ICI

 

APERO POLAR : PORTRAITS DE FAMILLE(s)


Samedi prochain, le 30 mai donc, je vous convie à une rencontre extraordinaire.

A 11h30, on commencera par une lecture de nouvelles policières avec Ska Editeur.

Des nouvelles de Paul Colize, Max Obione, Jeanne Desaubry, Gaëtan Brixtel, et David Coulon autour du thème de la famille (la famille, qu’on déglinguera avec plaisir…).

Les lectures seront assurées par 4 comédiens-lecteurs : Hélène Francisci, Vincent Dela, Fabien Malcourant, et David Coulon  de Compagnie Kopasker.                                       David assure aussi la mise en scène.

Et comme le dis si bien Jeanne Desaubry : « La famille en prendra pour son grade. Noir noir… »         Et je vous l’assure ça va dézinguer. Rires et sourires assurés.

Puis à 12h30,  discussions autour de l’édition numérique vs édition papier.

17131565932_dfed8bfa50 (1)Enfin dédicaces ! en compagnie de Jeanne Desaubry, David Coulon , et de Janus (Trash Editions) url4

En espérant vous voir nombreux…

Ah oui, l’entrée est totalement libre et gratuite !

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APERO POLAR : PORTRAITS DE FAMILLE

NOIRES LECTURES, NOIRES DEDICACES

La bibliothèque Parmentier vous invite à un apéro polar autour de l’esprit de famille(s).

La Compagnie Kopasker, avec SKA Editeur Numérique vous proposent des lectures et des mises en espace  de nouvelles de : Jeanne Desaubry, Paul Colize, Max Obione, Gaëtan Brixtel, David Coulon…

NOIRES LECTURES, NOIRES DEDICACES

BIBLIOTHEQUE PARMENTIER – PARIS 11

SAMEDI 30 MAI de11h15 à 13h.

4 comédiens et 3 auteurs de polar seront présents pour cet apéro polar d’un nouveau genre

NOIRES LECTURES, NOIRES DEDICACES

Par la Compagnie Kopasker, avec SKA Editeur Numérique.

avec le soutien de la Fabrique Ephéméride-Val de Reuil, et la Ville de Bourg-Achard.

Lecteurs : Hélène Francisci, Vincent Delaforge, David Coulon, Fabien Malcourant

Mise en lecture : David Coulon.

Textes de : Jeanne Desaubry, Paul Colize, Max Obione, Gaëtan Brixtel, David Coulon

Lectures suivies d’un débat sur Edition Numérique et  le numérique dans les bibliothèque parisiennes
9782370470522,0-2144471th et d’une séance de dédicaces avec les auteurs présents
9782917689820,0-2539066

Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry


9782370470522,0-2144471Le livre :  Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry. Paru le 5 juin 2014 chez Lajouanie éditions. 14,95 € ; (236 p.) ; 9 x 14 cm

4e de couv :

Poubelle’s Girls

Élisabeth peine à élever son fils et s’épuise en petits boulots. Paloma, en fin de droits, squatte les bancs publics. Les deux femmes se lient d’amitié et tentent d’oublier leur situation précaire dans le cocon apparemment rassurant d’une caravane déglinguée. La misère de leur quotidien les rattrape bientôt et les oblige à envisager de remédier à leurs soucis financiers en braquant à tout va… À l’autre bout de la ville, dans son cottage simili-hollywoodien, Blanche déprime sec et ne songe qu’à tuer son mari. Les deux pétroleuses vont fatalement croiser sa route dans des circonstances pour le moins dramatiques…

Jeanne Desaubry signe ici un roman d’une efficacité bouleversante mais irradié d’humour, d’émotion et de dialogues féroces. Paloma et Élisabeth sont assurément les cousines françaises de Thelma et Louise. Poubelle’s Girls est un roman noir, féministe (au sens le plus sympathique du terme) et revendicatif, diablement séduisant.

À propos de Hosto : « « Quelle habileté ! Quelle architecture, raffinée, ciselée, ornée de personnages travaillés avec adresse, tissant entre eux des noeuds subtils, mais évidents, jamais définitifs… » Joël Jégouzo(Noir Comme Polar).

« Vous ouvrez le roman de Jeanne Desaubry pour vous détendre avec une bonne histoire policière qui va vous éloigner des sordides tractations médico-mafieuses, et pas de chance, la guerre hospitalière vous aspire dans son vortex… un très bon roman… » Jan Thirion(Pol’art Noir).

À propos de Dunes froides : « L’écriture est précise, factuelle, sans effets inutiles… La progression de l’affaire est maîtrisée en finesse et en détail. L’auteur mérite un prix d’excellence. » Claude Le Nocher(Action-suspense)

téléchargement (76)L’auteur : Née en 1958, élevée dans une ferme picarde, Jeanne Desaubry est devenue cadre hospitalière puis institutrice… Mais cette mère de quatre enfants a surtout opté pour le noir, après avoir découvert James Ellroy, « un choc total et définitif ». Blogueuse et romancière (Hosto, Dunes froides, etc.), elle signe avec Poubelle’s Girls son sixième livre, qu’elle publie aux éditions Lajouanie, créées en 2013

Extraits :

« Elle savait déjà, depuis longtemps, qu’elle ne l’aimait plus. Elle sait maintenant qu’elle veut le voir mourir.
Elle veut le tuer.
Elle va le tuer.
Il faut qu’elle le tue. »

« Mais aujourd’hui, tout est différent. Elles ont des armes, et Paloma se fait fort de décider Élisabeth à aller chercher le fric là où il est. »

« L’une des deux lui a explosé la tête quand il s’est précipité pour me défendre. Rex, c’était mon chien. Un berger allemand de huit ans, super affectueux. C’est trop cruel. Inhumain ! Ces femmes sont des assassins. »

Résumé et avis :

Le destin de trois femmes que rien ne prédestinait à se croiser sinon leur malchance dans la vie. Pour remédier à leurs soucis financiers, elles se mettent à braquer des commerces, cachées sous de curieux déguisements faits de sacs-poubelles. Toutes les complices de ce roman noir et féministe ne sortiront pas indemnes de cette rencontre.

téléchargement (75)Le sous titre de ce titre est « Roman policier mais pas que… », et effectivement c’est bien plus que ça. On va suivre Elisabeth, Paloma et puis viendra Blanche. La première tente d’élever seule Mathis, son adolescent de fils. Elle passe de petit boulot en job au black. Un jour elle rencontre la seconde, Paloma, elle aussi est en galère, pire elle est à la dérive. Cette femme vit dans la rue, elle a perdu son mari et du coup son logement. Et en plus elle est séropo. Galère je vous disais. Elisabeth qui est proche de la rupture elle aussi, tend la main à Paloma. Lui propose un abri et même sommaire celui-ci c’est mieux que la rue. Mais la situation financière de ces deux femmes, ne s’arrange pas, c’est la descente inexorable. Alors à force de partager les même galères, une complicité se fait réalité, peut-être même une amitié naissante. Ainsi naît le gang la plus improbable qui puisse exister,  le Poublelle’s girls. Elle vont aller chercher l’argent là où il est. Et à force de braquage, elle vont percuter la vie monotone de Blanche une grande bourgeoise qui s’ennuie dans son boulot de fiscaliste mais surtout dans sa vie de femme bafouée, trompée par Pierre son mari avocat, qu’elle rêve de tuer. A partir de là, en on est sûr, tout peut arriver.

Vous l’aurez compris, plus qu’un polar c’est un roman social que nous propose Jeanne Desaubry. On pense à Manchette ou  Elle pose son regard acéré sur notre société. elle en fait ressortir ces failles, ces travers. Elle nous donne à voir ces blessures. Et avec son style vif, alerte, ses dialogue cadencés, son ton décalé et humoristique, elle nous propose trois magnifiques portrait de femmes modernes. Et si son roman choral est un poil féministe c’est surtout une belle histoire criante de vérité et de réalisme.

C’est truculent, coloré et noir tout à la fois. C’est tout simplement excellent.

Citations :

  • « Tu veux quoi en échange ?Élisabeth secoue la tête. Rien, elle ne veut rien. Rendre service à plus mal barrée qu’elle. L’autre, avec ses galères, c’est elle, en pire. Oui, ça pourrait être elle, en pire. Oui, ça pourrait être elle, avec encore un peu moins de pot. Oui, elle, dans un an demain. Une femme comme elle, en galère, comme elle. Comme elle. »
  • « Des heures de chien, un mal de chien, une paie de chienne […] »

  • « Elle qui ne lisait que des classiques, du théâtre, s’est mise aux polars. »

  •  Elles sont dans la dèche, guère possible de descendre plus bas. »

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    Pour en savoir plus voici l’interview de Jeanne par mon ami Richard : ICI