Haka – Caryl Ferey


Haka - Caryl FereyLe livre : Haka de Caryl Férey. Paru aux Editions Folio Policier le 8 octobre 2015. 9,40 € ; 11 x18 ; 435 pages

4ème de couverture :

D’origine maorie, Jack Fitzgerald est entré dans la police après que sa fille et sa femme ont mystérieusement disparu sur une île de Nouvelle-Zélande. Pas la moindre trace. Juste la voiture vide et le souvenir d’un geste de la main, d’un sourire radieux…Vingt-cinq ans ont passé. Jack est devenu un solitaire rapide à la détente, un incorruptible « en désespoir stationnaire ». La découverte sur une plage du cadavre d’une jeune fille au sexe scalpé ravive l’enfer des hypothèses exacerbées par le chagrin. Aidé par une brillante criminologue, Jack, devant les meurtres qui s’accumulent, mènera l’enquête jusqu’au chaos final.

 

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L’auteur : Caryl Férey, né en 1967, écrivain, voyageur et scénariste, s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs du thriller français en 2008 avec Zulu, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier en 2009, et Mapuche, prix Landerneau polar 2012 et Meilleur Polar français 2012 du magazine Lire.

 

 

Extrait :
« Il pensait à tout. A rien. Au temps. Ses bousculades. Avec une minutie tès discutable, il recousit la blessure à vif. L’aiguille s’enfonçait aisément dans sa peau et la souffrance ne lui faisait pas peur : son corps n’était pas le sien. Le sang coulait beaucoup moins maintenant. Un vrai travail d’artiste. »

L’accroche de Miss Aline

Haka Caryl by Aline

Haka, Caryl FEREY

 « quelques jours avec Jack » telle est la dédicace que l’auteur me fait au salon du livre de Bruxelles. Effectivement, j’ai passé du temps avec Jack, il a fallut que je l’observe longuement pour le décoder. Certes c’est un flic mais pas que. Il est obscure, il traine avec lui une douleur qu’il entretient. La disparition de sa femme et de sa fille s’est une plaie béante qu’il ne veut pas refermer, même 25 ans plus tard. Il maintient tout le monde à distance. Il ne veut pas ressentir, vivre. Il erre dans tous les sens du terme.
La découverte d’un cadavre mutilé va l’entrainer bien loin. Loin dans l’horreur, loin dans les mythes maoris, loin dans son obsession de (re)trouver un coupable à la disparition de sa famille.
En parallèle on suit la « vie » de John peintre atypique et c’est peu de le dire. Il vit isolé du monde et dans sa tête. Il est opaque, il intrigue.
Ann Waitura jeune profileuse va prêter main forte à Jack. Evidement il n’en veut pas mais sa hiérarchie lui impose. Vaille que vaille il compose avec elle. Cette composition va le mener bien loin, trop loin.
Plus qu’une enquête c’est un voyage ce roman : la Nouvelle-Zélande, les maoris, ses mythes et légendes. Tu dois te laisser gagner par cette ambiance particulière où tout est codifié, hiérarchisé pour entrer dans l’histoire. Parfois tu frises le malaise, l’oppression mais tu es fascinée. Tu poursuis, tu suis Jack jusqu’à la toute fin avec un grand et un petit « f ».
Bonne lecture !

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Le Lambeau de Philippe Lançon


Le livre : Le Lambeau de Philippe Lançon. Paru le 12 avril 2018 chez Gallimard dans le collection Blanche.  21€ ; (509 p.) ; 21 x 14 cm
  
4ème de couverture :
 
Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338).
 
(Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).
 
Bio de l’auteur : (brève mais telle que présentée par l’auteur et la maison d’édition) Philippe Lançon est né en 1963 à Vanves. il est journaliste à Libération et Charlie Hebdo, écrivain.
 
 
Extrait :
 Je suis toujours agacé par les écrivains qui disent écrire chaque phrase comme si c’était la dernière de leur vie. C’est accorder trop d’importance à l’œuvre, ou trop peu à la vie. Ce que j’ignorais, c’est que l’attentat allait me faire vivre chaque minute comme si c’était la dernière ligne : oublier le possible devient essentiel quand on devient brutalement étranger à ce qu’on a vécu, quand on se sent fuir de partout
 

Les Emotions  de Lecture de Cécile :

 Le Lambeau de Philippe Lançon

Nous nous souvenons tous du moment, du lieu où nous avons appris l’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Je me souviens particulièrement de mon incrédulité et le refus de mon cerveau d’associer Cabu, qui était avant tout pour moi le dessinateur de Récréa A2, à un attentat islamiste. Comment pouvait-on vouloir tuer l’homme à l’éternelle frange et au sourire et au crayon facétieux au nom d’un quelconque Dieu ? L’incompréhension, la colère, la peur, la rage et aussi un peu la honte de ne pas s’être exprimée avant sur notre droit absolu à la liberté d’expression.  La défendre sans relâche aurait dû être notre priorité dès les premières attaques contre Charlie Hebdo et surtout ne pas laisser le champ libre à un groupe qui se réfugie derrière une religion pour justifier leurs horreurs et la dévastation. Je n’avais jusqu’alors pas trouvé le courage de lire un témoignage sur aucun des attentats qui nous a frappé.

 Je viens de refermer Le Lambeau de Philippe Lançon, journaliste à Libération et à Charlie Hebdo. Le matin du 7 janvier, il a hésité entre passer d’abord à Libération ou à Charlie, ce sera Charlie Hebdo et sa conférence de rédaction avec ses amis au milieu desquels il finira une partie du visage arraché par une balle, survivant de la tuerie dans une mare de sang. Dans le Lambeau, il nous raconte l’homme qu’il a été avec une minutie d’historien, l’homme qui a survécu et l’homme qui pendant plus de deux ans devra se reconstruire. C’est une page de notre histoire mais aussi une page de littérature, chaque instant, chacune de ses respirations sont une référence littéraire, musicale, culturelle. Chaque greffe, chaque épreuve est rythmé par les livres, par la musique, par les pièces de théâtres, par les expositions qu’il a lus, écoutée, vues. On ne ressort pas indemne et pourquoi l’être, aucun d’entre nous ne l’est depuis le 7 janvier comme après chaque attentat qui nous a frappé au cœur ! Et ce livre nous frappe au cœur, il doit rentrer dans l’histoire et il en prend le chemin d’après les derniers chiffres de réimpression qui, prouvent que personne ne veut oublier. Une banalité, Monsieur Lançon, mais merci de nous rappeler que rien n’est jamais fini et oui, votre courage ne peut être que salué ! Il faut lire Le Lambeau !

 « L’irruption de la violence nue isole du monde et des autres celui qui la subit. En tout cas, elle m’isola. Au même instant, Sigolène croisa le regard de Charb et elle a vu que lui avait compris »

 « Il aurait été facile, à cet instant, de comprendre quelle fascination inspire l’abjection ; de flairer comment ceux qui la justifient se sentent plus forts, et ceux qui tentent de l’expliquer plus libres »

 

« c’était des hommes en armes, c’étaient leurs balles ; c’était ce que nous les professionnels de l’imagination agressive, parce que ça n’’était tout simplement pas imaginable, pas vraiment. »

 

« Vivre à l’intérieur de la souffrance, entièrement, ne pus être déterminé que par elle, ce n’est pas souffrir ; c’est autre chose, une modification complète de l’être »

 

Salut à toi ô mon frère – Marin Ledun


Le livre : Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun. Paru le 3 mai 2018 chez  Gallimard dans la collectio Série Noire. 19 € broché – 13.99 € e-pub ; (288 p.)  ; 21 x 14 cm.

4ème de couverture :

La grouillante et fantasque tribu Mabille-Pons : Charles clerc de notaire pacifiste, Adélaïde infirmière anarchiste et excentrique. Les enfants libres et grands, trois adoptés. Le quotidien comme la bourrasque d’une fantaisie bien peu militaire.
Jusqu’à ce 20 mars 2017, premier jour du printemps, où le petit dernier manque à l’appel. Gus, l’incurable gentil, le bouc émissaire professionnel a disparu et se retrouve accusé du braquage d’un bureau de tabac, mettant Tournon en émoi.
Branle-bas de combat de la smala ! Il faut faire grappe, retrouver Gus, fourbir les armes des faibles, défaire le racisme ordinaire de la petite ville bien mal pensante, lutter pour le droit au désordre, mobiliser pour l’innocenter, lui ô notre frère.

 

L’auteur : Né à Aubenas (Ardèche) , le 07 mai1975, Marin Ledun est un romancier français et un ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales . Docteur en communication politique, il a été un spécialiste des questions liées au vote électronique. Il a publié un essai sur la démocratie assistée par ordinateur en 2005, et ses recherches actuelles portent sur l’émergence de nouvelles pathologies liées à l’organisation du travail.
Après un travail sur les enfants martyrs dans « Modus operandi » (Au Diable Vauvert, 2007), puis sur l’enfant cobaye et les biotechnologies, dans « Marketing viral » (Au Diable Vauvert, 2008), il poursuit sa réflexion sur le contrôle social et l’héritage culturel que le monde contemporain lègue à ses enfants dans « Le Cinquième Clandestin » (La Tengo, 2009) et « Un Singe en Isère » (Le Poulpe, 2010). 
La collection « Série Noire » de Gallimard publie en mars 2010 son roman « La Guerre des Vanités » (Prix Mystère de la critique 2011) . 
« L’homme qui a vu l’homme » (Prix Amila-Meckert 2014), « Dans le ventre des mères », « Les visages écrasés » (Trophée 813 du roman français 2011; Grand Prix du roman noir 2012 du Festival International du film policier de Beaune et adapté pour Arte avec Isabele Adjani) ) ont été traduits dans de nombreux pays.
« Au fer rouge » sort début 2015. Suivra l’année suivante, « En douce » qui reçoit le Prix Transfuge du meilleur Polar 2016.
La plupart de ses romans évoquent la crise contemporaine et ses conséquences sociales.
Citoyen engagé dans le mouvement social radical, auteur de nombreux articles et ouvrages de recherche, marathonien, peintre et guitariste, Marin Ledun vit aujourd’hui dans les Landes près de la côte, au sud…
Extraits :
« Me voilà, deux ans après, belle comme une fleur, rose donc, et enragée comme un grizzly. Diplômée en littérature, actuellement en congé sabbatique, durée indéterminée, j’occupe la fonction de cerbère de la porte, de maîtresse des clefs et, accessoirement, de directrice de l’espace culture d’un petit salon de coiffure situé en pleine rue piétonne. Popul’Hair, donc. Un nom qui défrise. Mon boulot consiste à détendre la clientèle en récitant des poèmes, en lisant des extraits de romans que j’affectionne. Ça dépend de mon humeur, de la tête de la coiffée ou de l’ambiance dans la boutique. Un concept culturel. Uniquement les lundis et vendredis. Une idée de Vanessa, la propriétaire, un soir où, sirotant un demi pêche, j’évoquais mon amour des belles tournures et de la grande littérature. Rémunérée en plus, oui, madame ! En brushings ou balayages gratuits et en bouquins. »

 

La chronique jubilatoire de Dany

Huit ans après « la guerre des vanités », l’auteur retourne dans sa région natale … même mentalité étriquée, mêmes a priori, … mêmes embouteillages.

Mais le ton adopté pour ce dernier roman est tout autre que celui auquel Marin Ledun nous a habitués avec les sujets basques et landais. On sent qu’il a pris beaucoup de plaisir à créer cette nouvelle tribu, héritière de mai 68 et du flower power. Adélaïde, la cheffe de meute, après avoir fait trois enfants a décidé avec Charles son compagnon d’agrandir la famille en adoptant trois orphelins Colombiens. Gus le petit dernier de quinze est victime du délit de « sale gueule » est fait les frais d’une série de preuves trop évidentes. Heureusement qu’il y a Personne, oui c’est le nom de l’enquêteur ce qui est jubilatoire avec la syntaxe que cela induit …

Sa famille hors norme tellement sympathique dans ses excès, va faire bloc pour défendre Gus, face aux poncifs locaux.

Truffé de références littéraires, musicales, cinématographique, … ce petit bijou d’impertinence est un plaidoyer pour la tolérance et contre le racisme « ordinaire », le tout dans la bouche de la narratrice Rose, « perle féministe » !

Le virage dans le style de l’auteur n’est pas sans rappeler celui de Gilles Legardinier abandonnant lui aussi le thriller pour la « série des chats ». Il n’en demeure pas moins que l’intrigue est intéressante et présente tous les arguments pour une pause humoristique entre deux romans plus sanglants car ici, point de morts ni d’hémoglobine ou alors si peu … et rien que pour le plaisir !

 

« Il fustige, Boyer. Il vitupère. Il s’insurge. Il ne pivoine pas, Boyer, il ne rosit ni ne groseille pas non plus ! Il érubesce. Il écrevisse. Il écarlate. Il cramoisit. Il incandescent. Il éructe en se frappant la poitrine du poing comme le mâle dominant d’un groupe de gorilles pour affirmer sa supériorité.

Il s’égosille sur la présence de cette smala au milieu de son commissariat. Tout le monde recule. »

« Ma mère pioche dans le frigo, rassemble les restes du déjeuner sur un plateau et s’attable. Son assiette 180 % pur bio me donne envie d’un steak XXL aux hormones. J’allume une cigarette aux pesticides pour couper ma faim.”

“Je réintègre le service urologie. Je me réhabitue à l’odeur avant de retrouver ma piaule. N’allez pas croire que j’ai une dent contre les retraités, hein ! Je sais ce que l’industrie du camping-car leur doit. Je n’ai d’ailleurs que mépris pour les populistes qui leur reprochent de ne rien foutre toute la journée, de vivre aux crochets des travailleurs et de bénéficier de réductions au cinéma et des minima sociaux. »

« Quand on y pense, c’est tout de même terriblement monotone et prévisible, une vie de portail, coulisser dans un sens, puis dans l’autre, et faire office de mur, la plupart du temps, tout ça parce qu’un imbécile heureux a inventé un jour le concept de propriété privée. Il suffit d’ailleurs que le mécanisme se grippe et que ledit portail reste accidentellement ouvert pour que les propriétaires paniquent, branchent leurs caméras de vidéosurveillance high-tech, stockent du sucre, des pâtes et de la farine, claquemurent leur famille – les femmes et les enfants d’abord ! – et astiquent leur fusil, tétanisés par la peur, alerte maximale, prêts à endiguer la moindre invasion, c’est dire la puissance monotone et prévisible du concept. »

 

La faux soyeuse de Eric Maravélias


La faux soyeuse de Eric Maravélias. Paru le 20 octobre 2016 chez Gallimard dans la collection Folio Policier.  7€70 ; (319 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv : 

« Roman terrible, roman implacable et rare, La faux soyeuse est un diamant noir. »
Le Figaro littéraire

La faux soyeuse

« Ce n’est pas facile de décrire avec de simples mots, même en ayant du vocabulaire, les expériences extrêmes. Hors du commun. D’en faire saisir l’intensité à ceux qui ne les ont pas vécues. Comme il est dur d’accorder foi au récit d’autrui sans aller voir par soi-même de quoi il retourne. Il n’y a guère que les enfants pour aller foutre les doigts dans la prise bien qu’on leur ait répété mille fois que ça faisait mal. Mais l’homme est un éternel enfant. »

A l’agonie dans son studio, Franck se souvient du chemin parcouru depuis les années 1970, entre braquages, trahisons et drogues dures. Premier roman.

L’auteur : Éric Maravélias est né dans la banlieue sud de Paris. Après un parcours chaotique, il vit aujourd’hui dans le sud de la France. La faux soyeuse est son premier roman publié. Il est le créateur et l’organisateur du Trophée Anonym’us.

 

 

Extrait : 
 » J’ai atterri ici après les événements tragiques. Après que le destin nous a frappés si durement. J’ai quitté Les Voyageurs, cet hôtel minable de la rue de Paris, pour échouer là, épave grimaçante, et je sombre peu à peu. Avant, je dormais dans ma bagnole ou au squat, alors je suis quand même content d’avoir trouvé cette merde pour finir mon temps. J’en peux plus. Le passé m’obsède. C’est le vieux qui m’a filé le plan. Léon. Il aurait aussi bien pu me laisser crever. Il ne me parlait plus, de toute façon. Ou si peu. Il devait penser que je savais tout depuis le début et que je l’avais trompé. Mais comment aurais-je pu savoir ? Comme si ça ne m’avait pas tué, moi aussi ! « 

Collectif polar.JLuc

L’avis de Jean Luc

Ce roman écrit par Eric Maravélias m’a beaucoup marqué. Il est publié sous la collection Gallimard, roman noir, et je dois dire qu’il mérite bien son appellation de roman noir !

Je n’ai pas réussi à accrocher avec le personnage principal, mais je ne pense pas que ce soit le but de l’auteur de nous dépeindre un personnage sympathique avec lequel il sera possible de s’identifier. En effet, c’est d’abord l’histoire d’un jeune paumé de la banlieue, qui va s’enfoncer dans la drogue et qui est prêt à tout pour se défoncer. Il va nous dépeindre en détails, les règles et les codes en vigueur dans un milieu en marge de la société, mais qui pourtant en fait bien partie !

J’ai été scotché par le style de Eric Maravélias, il y a de la poésie dans l’horreur qu’il dépeint, dans la descente en enfer vécu par son personnage principal. On ne peut pas rester insensible à ce qu’il écrit. D’un côté, il y a une analyse précise du milieu dans lequel il évolue, mais il y a aussi la description des expériences suite à la consommation de la drogue qui sont bluffantes.

Pour moi, il s’agit aussi d’une très belle analyse sociologique de la banlieue avec ses codes, sa violence et le monde des toxicos et ses petits dealers. J’ai aimé la façon de décrire les personnages, d’expliquer leur fonctionnement. Il n’y a pas de temps mort dans cette histoire, on se laisse emporter dans toute cette noirceur. Et il y a sans doute une part de vécu, qui moi, ne m’a pas laissé insensible..
Un roman noir dans lequel la seule gagnante est malheureusement la drogue, pour ma part, un très grand roman extrêmement dur mais qui dépeint l’univers de certaines de nos banlieues et le monde des toxicos de façon saisissante.

Les corps brisés de Elsa Marpeau


 

Le livre : Les corps brisés d’Elsa Marpeau. Paru le 11 mai 2017 chez Gallimard dans la collection Série Noire. 19€ ; (240 p.) ; 23 x 16 cm.

Mot de l’éditeur :

Sarah est une coureuse de rallye reconnue dans un milieu hautement macho. Un jour, lors d’une « spéciale », elle sort de route. Son coéquipier meurt sur le coup et elle se retrouve plongée dans le coma, avant de se réveiller paralysée des deux jambes. Elle intègre un centre hospitalier perdu en haute montagne, où rayonne un médecin que tout le monde surnomme le « docteur Lune ». Brisée physiquement et psychologiquement, Sarah développe une dépression paranoïaque, qui atteint son paroxysme quand la patiente qui partage sa chambre disparaît. Pour le personnel, il ne s’agit que d’une fugue, mais Sarah est convaincue qu’il n’en est rien… Inspiré d’un fait divers réel, Les corps brisés est un thriller glaçant avec son lot d’angoisses et de rebondissements, qui se termine sur un huis clos étouffant. L’auteure y dresse un sombre constat sur la place des handicapés dans notre société moderne qui donne la priorité à l’efficacité et à la performance.

 

L’auteur : Elsa Marpeau est née le 10 août 1975 à Ancenis (Loire-Atlantique). Elle a grandi à Nantes, s’est installée a Paris et a vécu à Singapour. Ancienne élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris, elle est agrégée de lettres modernes et titulaire d’une thèse sur le théâtre du xviie siècle.Elsa est romancière mais elle est aussi scénariste. Elle est notamment la créatrice de la série « Capitaine Marleau ».Après Les yeux des morts, prix Nouvel Obs – BibliObs du roman noir 2011, elle a publié Black Blocs et L’expatriée (prix Plume de Cristal 2013), Ils oublieront la colère (2015) à la Série Noire. Elle a été le Prix l’an dernier Le Prix Transfuge 2016  du polar au Festival Polar en Poche de Saint-Maur

 

Extrait :
 L’accident lui a ouvert les yeux sur la réalité de l’organisme : un assemblage temporaire de pièces mécaniques. Elle l’a compris le jour où un chirurgien lui a expliqué quels organismes étrangers elle avait désormais sous la peau : vis, clous, boulons, tiges d’acier. Ils ont sorti la trousse à outils pour réparer sa vieille carlingue. L’illusion de solidité et de fermeture a volé en éclats. Maintenant, elle ne voit plus en elle qu’un amas de cellules qui n’arrêtent pas de naître et de crever. De l’épiderme toujours sur le point de se déchirer. Des liquides prêts à se répandre au-dehors. Des chairs à brûler, à percer, à défaire, à dévorer, à pourrir.

Mon petit ressenti :

Voilà quelques semaines que j’ai fini la lecture des corps brisés. Je me suis jetée dessus dès que je l’ai eu entre les mains. Je voulais être la première à en parler. Et puis…

J’ai tellement été bouleversée par cette lecture que je n’ai pas su mettre des mots pour vous dire combien j’avais aimé ce titre. Pourquoi j’avais aimé ce livre.

Alors je l’ai relu et là la magie a opéré à nouveau. L’écriture tour à tour froides et solaire d’Elsa Marpeau m’a happée et tenu en haleine d’un bout à l’autre de l’intrigue. Elle instille un climat trouble angoissant qui du début à la fin de l’histoire vous déstabilise. Un peu, sans doute, pour vous mettre sur un pied d’égalité avec ces estropiés dont parle le livre, justement !

Mais il n’y a pas eu que ça !

Il y a aussi cette façon qu’a l’auteur de nous parler de ces corps brisés. Cette façon clinique de les décrire, de les disséquer, de nous les laisse voir. Et l’empathie que nous ressentons à travers ces mots parfois crus qui nous montre au-delà de cette pure mécanique des corps, la souffrance psychique que cela peut engendrer.

Comment peut-on  se résigner à la vie dans un fauteuil. Comment alors que la vie nous sourit, peut-on envisager de vivre en totale dépendance. Sarah est une sportive de haut niveau, qui connait les exigence du corps, du sien en particulier. Alors quand ce corps n’est plus qu’un objet de dégoût, comment réapprendre à vivre avec.

Aussi quand le réel vous échappe il reste l’imagination. L’imagination pour s’échapper de ce corps inerte, pour sortir de son morne quotidien. L’imagination aussi parfois trop débordante qui vous fait penser des choses terribles et percevoir au-delà des apparences. Celle qui vous raccroche aussi à la vie, vous offre un horizon moins prosaïque et maussade que les quatre murs d’un établissement de soins et de réadaptation.

Car chez Sarah son nouvel handicap n’est pas d’une douleur physique, ce n’est pas qu’une déchéance, ce n’est pas qu’une peur du lendemain. C’est aussi une détresse psychologique de se sentir inutile et incapable.

Et en choisissant une héroïne qui vit dans un monde d’homme, une femme qui vit pour sa passion de la vitesse, Elsa Marpeau fait un parallèle avec notre société où tout doit aller plus vite sous peine de devenir obsolète. Où la performance est érigée en modèle et où le handicap m’a sans doute plus sa place.

Notre auteur nous offre, en plus d’un huit clos angoissants où la perversité des hommes n’a pas de limite,  une belle réflexion sur le handicap et au-delà sur la forme que doit prendre la société que nous voulons pour demain !

Merci madame Marpeau de m’avoir une nouvelle fois bousculée dans mon petit confort quotidien et personnel !

 

Ada d’Antoine Bello


Bonjour je participe !

 

 

Le livre : Ada d’Antoine Bello. Paru le 25 août 2016 chez Gallimard dans la collection Blanche. 21€ ; (361 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv : 

Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d’une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l’eau de rose. Mais Ada ne veut pas se contenter de cette ambition mercantile : elle parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le prix Pulitzer. On ne l’arrêtera pas avec des contrôles de police et des appels à témoin.

En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing, Frank mène l’enquête. Ce qu’il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l’ébranle, au point qu’il se demande s’il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…

Ce nouveau roman d’Antoine Bello ouvre des perspectives vertigineuses sur l’intelligence artificielle et l’avènement annoncé du règne des machines. Construit comme un roman policier, Ada est aussi une méditation ludique sur les fondements et les pouvoirs de la littérature.

L’auteur : Antoine Bello est né le 25 mars 1970 à Boston (USA), de parents français. Il jouit de la double nationalité française et américaine. Son père est chef d’entreprise, sa mère professionnelle de bridge. Il fait des études de commerce (diplômé d’HEC en 1991). Lecteur infatigable, Antoine écrit aussi depuis toujours : romans, nouvelles, poésie, théâtre, etc… Il vit aujourd’hui à New York. Il a quatre enfants. Il est l’auteur de huit romans, dont la trilogie des Falsificateurs.

 

Extrait : 
— Vous feriez un piteux scientifique, inspecteur, remarqua Weiss d’un air amusé. Turing, lui, pronostiqua que les machines penseraient bientôt comme des humains ou, plus exactement, qu’elles parviendraient à imiter à la perfection le comportement d’êtres pensants. Il n’eut malheureusement pas l’occasion d’assister au triomphe de ses idées. En 1952, il signala un cambriolage à son domicile. L’enquête révéla qu’il cohabitait avec un certain Murray, de vingt ans son cadet. L’homosexualité était alors un crime au Royaume-Uni ; les deux hommes furent arrêtés pour « indécence et perversion ». Pour échapper à la prison, Turing accepta de se soumettre à un traitement chimique qui le rendit impuissant. Il se vit aussi retirer son accréditation secret défense et écarter de plusieurs projets scientifiques. Doublement atteint dans sa chair et dans son honneur, il se suicida en croquant une pomme trempée dans du cyanure. Il avait quarante et un ans.
Frank secoua la tête, écœuré par l’ingratitude des Anglais. Il lui semblait à présent se rappeler que la Poste britannique avait mis en circulation un timbre à l’effigie de Turing. Le centenaire de sa mort donnerait sans doute lieu à de bouleversantes cérémonies.

La chronique d’Emmanuelle

ADA  d’Antoine BELLO

Frank, policier cinquantenaire, quelque peu désabusé, vit dans la Silicone Valley, dont il regrette parfois le temps « d’avant »… Il est chargé de retrouver ADA, qui a disparu. Mais Ada se trouve être une Intelligence Artificielle (AI) qui a pour mission d’écrire un roman à l’eau de rose ! C’est alors la rencontre entre deux « individus », c’est Ada qui le trouvera en premier et ensemble ils tenteront de faire barrage à ce développement si inquiétant, des AI, pour l’humanité.

Le talent d’Antoine Bello est de mélanger polar et roman d’amour. Une écriture fluide, de l’ humour, des questions existentielles posées… On passe un très bon moment, un polar original !

Manoudanslaforet

Retrouvez Manou sur son blog Manou dans la forêt

Rural Noir de Benoit Minville


9782070148769,0-2999195Le livre : Rural noir de Benoît Minville. Paru le 18 février 2016 chez Gallimard dans la collection Série noire. 18€, 256 pages ; 23 x 16 cm
 Mot de l’éditeur :
Ados, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables, ils foulaient leur cambrousse dans l’insouciance.
Tout a changé cet été-là. Un drame, la fin de l’innocence.
Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.
Oscillant entre souvenirs de jeunesse tendres ou douloureux et plongée nerveuse dans une réalité sombre, Rural noir est la peinture d’une certaine campagne française. Un roman noir à la fois cruel et violent, mais aussi tendre et lumineux ; évoquant la culpabilité, l’amitié et la famille.
Dans la tradition du country noir américain, territoires ruraux et laissés-pour-compte côtoient ceux dont on parle peu au milieu d’une nature «préservée» – ou en friche.
 
 Capture&&&&&&&&&L’auteur :
Benoit Minville est né en 1978 à Paris et vit à Sartrouville (Yvelines). Il doit à sa mère libraire de lui avoir inoculé le doux virus : il est entré en librairie pour un été et y est toujours, quelques années ( une quinzaine) plus tard. Libraire fana d’échanges et de conseils, lecteur passionné de tout bouquin qui transporte une énergie (de Dumas à Pennac, de Ellroy à Lansdale, de Twain à Axl Cendres), son amour de la culture est sans limite et « encré » jusqu’au bout des bras.

Extrait  :
 » Ce soir on est les rois. Cette nuit d’été est à nous. On se rabâche cet hymne depuis des semaines et à chaque fois c’est la plus grande découverte de l’histoire de la musique. Notre vieille grange nous protège de l’orage de fin du monde qui rôde. On transpire la joie, le rock’n’roll et l’amitié. On est plus grands que King Kong, plus heureux qu’une colonie de milliardaires, plus sauvages qu’une horde de hors-la-loi.
Les vacances sont là, attendues avec plus de ferveur que le premier baiser que je traque depuis peu.
Les vacances dans notre chez-nous ; un été à parcourir notre paradis tout vert. Un quotidien à réinventer. La vraie joie d’exister et de grandir ensemble.
Nous quatre.
Je les regarde, mes potes, si fier de les connaître. »

Résumé et mon petit avis :

 Dans la campagne nivernaise, le clan formé par Romain, son frère Christophe, Vlad et Julie, est bouleversé par l’arrivée de Cédric, un adolescent rebelle, puis par l’agression de la seule fille de la bande. Dix ans plus tard, à la mort de ses parents, Romain revient dans le village et découvre les différents chemins pris par ses amis. Le gang se reforme quand Vlad est retrouvé presque mort.

 J’ai total kiffé ce bouquin. A tel point que je n’arrive pas vraiment à mettre des mots dessus.

C’est en lisant la chronique qu’en a fait une amie que j’ai réussi à démarrer ce billet.
Tout ce qu’elle en disait était vrai. C’était exactement ça. Et pourtant ce livre ne l’avais pas autant touché que moi.

La chronique de Nath ICI

Et je comprends les critiques qui disent que cette écriture et trop simple que c’est facile de jouer avec les souvenirs ou la nostalgie des lecteurs pour créer l’empathie. Mais ce roman c’est bien plus que ça, c’est du vécu, des sentiments purs, entiers comme on ne peut qu’on avoir à l’adolescence. De ces colère et de ces révoltes qui nous font faire des trucs insensés. Des amitiés à la vie à la mort que l’on veut éternelles.

J’ai eu la chance de pouvoir en parler avec l’auteur. Je lui disais ça :

« Mec, il va falloir que l’on parle sérieusement. J’ai adoré Rural Noir. Il m’a profondément touchée. Mais j’arrive pas à écrire un mot dessus. C’est chiant car j’adore faire partager mes lectures avec mes potos, surtout quand c’est un pur coup de coeur. Tu sais que tu fais chier, mec, j’ai même versé ma larme et dieu sait que c’est pas le genre de la maison. C’est vraiment rare, même avec certains titres qui ont bouleversé ma vie de lectrice »

Benoit était visiblement touché par mes mots. Ému même. Et en grand pudique, il me remerciait pour cela. Mais il était hors de question d’en rester là. je voulais comprendre, je ne voulais pas rester sur cet échec. Il fallait que je mette un peu d’intellect sur mon ressenti, sur mes émotions pour en sortir quelque chose.

Alors, avec Benoit, nous avons parler, longuement, nous nous sommes raconter une partie de nos vies, celle de l’adolescence et de l’enfance. Nous nous sommes confiés, des choses intimes parfois. Nous nous sommes aperçu que nous avions vécu des choses communes, des drames similaires. Nous avions les même souvenirs. Ils n’étaient point communs, puisque Benoit est plus jeune que moi, que les siens était dans la Nièvre et les miens dans ma Haute Marne profonde, mais ils étaient pourtant identiques. C’est là que j’ai compris que tout cela si c’était totalement personnel, ça avait quelque chose d’universel !

Alors …Oui ce roman m’a touchée, il a réveillé en moi des souvenirs enfouis, certains qui me font sourire aujourd’hui, des bons souvenirs, la liberté que nous offrait le fait de vivre à la cambrousse, les échappées belles, tous ensemble, laissant libre court à notre envie de rébellion. Notre insouciance et surtout ce sentiment de toute puissance qui nous rendait presque immortel.

Mais il m’a aussi secoué, faisant remonter à la surface des souvenirs plus douloureux qui résonnent encore en moi aujourd’hui et  toute cette innocence perdue avec eux.

 « Le village était resté immobile face au temps mais le constat s’imposa, les vieux étaient devenus très vieux et certaines maisons resteraient fermées même s’il allait sonner aux portes. »

Aujourd’hui quand je retourne, trente ans après, dans ce coin de campagne qui a bien changé, je ne retrouve quasi plus mes amis et mes camarades de jeux, de beuveries et de virées. La plupart ne vivent plus là. Certains de ceux qui sont restés traînent leur vie de misères en galère. De petits boulot en soûlerie le week-end au bar du coin. D’autres sont restés eux même, ceux sont de vrais amis que j’aime profondément. Si on se voit peu, on a toujours plaisir à se retrouver, à refaire le monde, à réécouter les musique que l’on aime. J’ai vous grandir leur gamins. Ils font aussi un peu partie de la famille. Je les ai vu ados avec leur potes, faire les même connerie que nous avions faites. Je portais un regard indulgent sur leur bêtise. Mon père pestant contre ses petits morveux qui n’ont aucun respect et qui fume de la drogue en plus. Mais, papa, tes propres enfants en faisaient autant et bien pire encore. Rappelles toi de ta jeunesse au village, il était une fois… Parfois quand tu nous la racontes, tes bêtises de l’époque te font bien rire.

A leur tour les enfants de mes amis ont des enfants, et dans quelques années, ils seront adolescents. Et à leur tour il vivront leur vie de jeunes ado. Ainsi tourne la vie.

Et oui, le livre de Benoit Minville a ce quelque chose de profondément humain et universel qui ne peut que vous parler. Et je pense réellement que, même si vous êtes un vrai urbain, vous serez vous aussi touché par ces mots simples.

La voie des morts de Neely Tucker


Mes petites lectures

9782070145560,0-2729594La voie des morts de Neely Tucker. Traduit de l’américain par Alexandra Maillard. Paru le 05 novemvre 2015 chez Gallimard  dans la collection Série Noire. 21€ ; (352p) ; 23×16.

Présentation de l’éditeur :

Sarah Reese, la fille d’un puissant juge de Washington, est retrouvée assassinée dans un taudis. Lorsque la police arrête rapidement trois adolescents noirs, le journaliste Sully Carter, ancien correspondant de guerre à la dérive, soupçonne que cette affaire dissimule bien d’autres implications. La mort de Sarah pourrait être liée à une série de crimes non élucidés – crimes pour lesquels la police a fait preuve de beaucoup moins de zèle… Alors que la population réclame au plus vite la condamnation des coupables, Carter recherche la vérité, subissant des pressions de la part de la police, des représentants officiels du pouvoir, et même de ses propres patrons… Désabusé par le système mais combatif et n’ayant plus rien à perdre, il plonge au cœur d’un mystère aux multiples ramifications, où la violence qui règne dans les quartiers pauvres se mêle aux intrigues politiques en haut lieu. Il doit s’aventurer sur les frontières aussi dangereuses qu’hasardeuses entre ce que l’on pense et ce que l’on sait, entre ce que l’on sait et ce qu’il est possible de révéler dans un journal « grand public »…

NeelyTuckerL’auteur : Neely Tucker, né le 26 novembre 1963 à Lexington, dans l’État du Mississippi, Il passe son enfance dans le comté de Holmes, l’un des plus pauvres des États-Unis.  .Journaliste depuis vingt-six ans – dont quinze passés au Washington post – Neely Tucker a été chargé de couvrir entre autres les attaques terroristes du 11-Septembre, le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, et un grand nombre d’affaires judiciaires de premier plan. Correspondant à l’étranger durant huit ans, il a écrit des reportages sur plus de cinquante pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, fréquemment dans des zones de conflit. La Voie des Morts ets son premier roman à paraître dans la Série Noire.

 

Résumé et avis :

La fille d’un influent juge de Washington, Sarah Reese, est assassinée. Trois adolescents noirs sont aussitôt arrêtés. Sully Carter, un ancien correspondant de guerre traumatisé par les combats et miné par l’alcool, se charge d’élucider l’affaire. Ce crime pourrait bien être lié à une série de meurtres non élucidés.

Un putain de premier roman.

Du vrai noir comme on l’aime.

Un héros fracassés, solitaire mais opniatre et tenace. Quelqu’un qui n’a plus grand chose à perdre. Un incorruptible. Touchant. Un personage en quête de redemption.

Une ville froide, Washington comme on l’a peut vu sauf peut-être chez Pellecanos. Une ville de pouvoir. La Maison Blanche, le Capitole, la Cour Suprême, ici tout évoque la grandeur de l’Amérique mais aussi les complots, les jeux de pouvoir, la corruption et de conspiration.

Washington et son taux de criminalité, l’un des plus élévé des Etats Unis. La drogue cotoit la prostitution, les flics et les gansters pactisent dans ses rues sales. où polititiens véreux s’accoquinent avec des journaliste peu scruppuleux..

La délinquance à tous les étages.

Un polar rude, âpre qui grate là où ça fait mal.

Merci La Série Noire…Du bel ouvrage et très belle découverte.

 

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Quai des enfers / Ingrid Astier


$&&&Le livre : Quai des enfers / Ingrid Astier. Paru le 14 janvier 2010 chez Gallimard dans la collection Série Noire. $$&&& 17€75 (400 p.) ; 23 x 16 cm

Rééditer dans la collection Folio Policier le 9 février 2012.  8€90 ; (480 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Paris, l’hiver. Noël s’approche avec l’évidence d’un spectre. Au coeur de la nuit, une barque glisse sur la Seine, découverte par la Brigade fluviale à l’escale du quai des Orfèvres. À l’intérieur, un cadavre de femme, sans identité. Sur elle, la carte de visite d’un parfumeur réputé. Une première dans l’histoire de la Brigade criminelle, qui prend en main l’enquête, Jo Desprez en tête. Mais quel esprit malade peut s’en prendre à la Seine ? Qui peut vouloir lacérer ce romantisme universel ? Exit les bateaux-mouches et les promenades. Le tueur sème la psychose : celle des naufrages sanglants.

Désormais, son ombre ne quittera plus le fleuve. S’amorce alors une longue descente funèbre qui délivre des secrets à tiroirs. Jusqu’à la nuit, la nuit totale, celle où se cache le meurtrier.

Pour le trouver, nul ne devra redouter les plongées. À chacun d’affronter ses noyades.

 

L’auteur : Ingrid Astier  est née à Clermont-Ferrand le 2 avril 1976 . Elle vit à Paris, face à la Seine, où elle soigne ses obsessions comme des animaux de compagnie. Elle aime l’anatomie, le chocolat et le vin, sans discrimination de couleur, Faith No More, Rob Zombie, Trent Reznor et Schubert. Et traîner partout, où elle ne devrait pas être.

 

Extrait :
Quai de la Rapée.
Un drôle de nom où finissaient les morts violentes, subites ou suspectes. Des qualificatifs qui débutaient comme la vengeance, le venin, la vipère, le sexe, les sévices ou les supplices. La Rapée, on ne savait plus vraiment si c’était un commissaire des guerres civiles de Louis XV ou un vin de piquette qui grisait l’esprit : un vin de râpure autrement nommé rapé. En tout cas, avant les tremplins bétonnés et la dentelle métallique du pont, s’épanouissaient des vignes, des marronniers et même un étang : l’étang du Berci, quand l’eau se la filait douce depuis Montreuil avant d’embrasser la Seine. Un temps s’égaya une guinguette : la guinguette des Grands Marronniers, où l’on venait danser pour se goinfrer de matelote et de friture. Aujourd’hui, on était loin de l’orangerie et de la ménagerie du sieur de la Rapée. 
Pourtant, la morgue valait tous les cabinets de curiosités.

Le post-it de la bibliothécaire

Paris, hiver 2008. La brigade fluviale découvre dans une barque une femme drapée dans un linceul blanc portant sur elle la carte de visite d’un parfumeur réputé, Camille Beaux. Ce dernier devient l’unique suspect malgré ses relations avec Jo Desprez, qui se lance dans l’enquête autant pour lever le voile sur l’affaire que pour découvrir si la personnalité de son ami cache un monstre

Dans ce premier roman prometteur, Ingrid Astier nous fait vivre une intrigue procédurale au coeur de Paris, le long de la Seine. Entre le 36 Quai des Orfèvres et la brigade criminelle, le quai Saint Bernard et la brigade fluviale, le quai de la Râpée et l’IML, nous découvrons la Seine et ses eaux poisseuses. C’est captivant, l’écriture est belle et le ton très personnel. L’auteur a un vrai talent de conteuse et une plume unique tout à fait identifiable. A suivre donc?

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Tiuraï de Patrick Pecherot


Lecture d’avant
9782070307586,0-265782 Le livre Tiuraï de Patrick Pecherot. Préfacé par DidierDaeninckx. Paru le 16 juin 2005 en poche chez Gallimard en Folio. 6€40 EURl. (170 p.) ; 18 x 12 cm

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4e de couv :
Un jeune Tahitien trouve la mort avec son frère handicapé le jour de la fête du 14 Juillet. Une émeute sanglante dévaste la prison de Papeete et la répression qui s’ensuit n’a rien à envier à certaines dictatures. Loin de la métropole, la Polynésie et ses atolls n’ont plus grand-chose à voir avec les vahinés et les colliers de fleurs. Sous la mer bleue rôde une menace étouffée par le secret défense. Parce qu’il emprunte les chemins de traverse, le journaliste Thomas Mecker va côtoyer une réalité mortelle à plus d’un titre. Ce n’est pas pour rien que le mot «tabou», comme Mururoa, est issu de ces îles…
th (16)L’auteur : Né en 1953, Patrick Pécherot a exercé plusieurs métiers avant de devenir journaliste. Auteur notamment deBelleville-Barcelone et des Brouillards de la Butte, (Grand Prix de littérature policière 2002), il s’inscrit, comme Didier Daeninckx ou Jean Amila, dans la lignée de ces raconteurs engagés d’histoires nécessaires.
 Extrait : 
Lundi, 10 juillet. Au moment de sortir, Terii s’arrêta, figé. Au bout du couloir sombre, une trouée lumineuse l’obligeait à froncer les paupières. Malgré lui, il hésitait, la main cramponnée à la poignée en ficelle de sa valise. Le gardien le poussa doucement pour lui faire franchir le seuil qui le séparait de la liberté et referma la porte. A l’aveuglement, succéda la bruit, légèrement décalé. Scooters, trucks, passants…surtout les femmes. Leur voix se détachèrent en premier du magma sonore. Terii eut envie de faire marche arrière, de revenir dans le cocon protecteur de sa cellule. Il ne parvenait pas à pénétrer dans le film qui se projetait devant lui. Spectateur immobile, une paroi invisible le séparait des autres. La sueur inondait son front, son dos, ses jambes. Il fallait qu’il entre dans le cercle, qu’il marche…Rien de compliqué…Appuyer, puis se fondre, s’immerger dans la foule. Splaoutch ! Il avait plongé. Facile en somme. Il suffisait maintenant de suivre le courant, de se laisser porter. Papeete était bourdonnante et poussiéreuse. Les fêtes approchaient. A une terrasse, il s’extirpa du flot pour siroter un Coca glacé. Il s’attarda à regarder la paille monter dans la bouteille sous la poussée gazeuse des bulles. Ce n’est qu’à la fin du jour qu’ils e dirigea vers le faré de la famille. Calmée, la lumière découpait le relief des montagnes de ses reflets dorés. Le plein soleil, trop écrasant, n’était bon que pour la sieste. Mais le soir, Tahiti retrouvait sa grandeur nonchalante dans un parfum de sel et de vanille. Sous son toit de tôle, la maison n’avait pas changé. C’est à peine si les murs d’Isorel étaient un peu plus délavés. Il grimpa l’escalier en bois et entra. Pas de colliers de fleurs pour Terii. Son père dormait, affalé dans un fauteuil pisseux. La télé allumée teintait par intermittence la table encombrée et les boîtes de bière amoncelées. Quand Terii vit Nestor, il sut qu’il n’était jamais sorti de prison.
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Résumé et avis : Terii, un jeune polinésien à peine sorti de prison pour de menus larcins , trouve la mort le jour du 14 juillet alors qu’il brandissait une banderole dénonçant les essais nucléaires et exigeant l’indépépendance de l’île.

A la suite de ce décés, la prison de Tahiti est le théatre d’une sanglante mutinerie au cours de laquelle trois prisonniers se font la belle.

Cinq jours plus tard, le directeur de la prison est assassiné.

Il n’en faut pas plus à thomas Mecker, journaliste récemment débarqué aux Nouvelles, principal et lénifiant quotidien de l’atoll pour retrouverses instincts de limier.

Il va vite comprendre que l’histoire officielle dissimule de nombreux secrets d’Etat. son enquête va s’avérer bien plus difficile qu’il n’y parait.

Premier roman d’un écrivain qui l’inscrit d’emblée dans une lignée d’auteur engagés.

IMG_6723Ce n’est pas l’île pour touristes friqués que Pecherot nous raconte, mais celle des gens des bidonvilles qui côtoient les grands hôtels. Alcoolisme, chômage, corruption sont les plaies qui touche la population indigène qui souvent est sans emploi.  Ce titre révèle l’envers du décor loin du folklore, des vahinés et de leur collier de fleurs de Tiaré. 

L’auteur nous dresse un tableau extrêment sombre et son analyse politique est lucide et convaincante

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