Du bout des doigts de Sarah Waters : L’ABCdaire de deux nanas fondues de Waters.


 L'ABCdaire de deux nanas fondues de Waters

Bonjour à tous,

Nous sommes de retour !! Les motordus d’Anne-Ju et Collectif Polar sont heureuses de vous retrouver pour cette nouvelle lecture commune. Le choix s’est porté sur :

Du bout des doigts  de Sarah Waters

Le principe est simple, avec Anne Ju, on se partage les 26 lettres de l’alphabet. Chacune met un mot sur chacune des  13 lettres qui lui ont été attribuées. Ces mots définissent, un sentiment, un ressenti, une impression que nous a laissé cette lecture. Ensuite, chaque mot sera expliqué par nous deux.

Ainsi vous retrouverez l’alphabet complet à travers nos deux blog.

Le challenge c’est aussi de parler du livre à travers des mots qui ne sont pas de notre propre ressenti.

9782207253595,0-160992Le livre : Du bout des doigts  de Sarah Waters.Traduit de l’anglais par Erika Abrams. Paru le 25 août 2003 chez Denoël dans la collection Et D’ailleurs. 26€90 ; (749 p.) ; 21 x 15 cm

9782264041074,0-237220Réédité en poche chez 10/18 le 20 janvier 2005. 11€ ; (749 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

1862. Lant Street, Londres. Le rendez-vous des voleurs et des receleurs. Sue Trinder, orpheline, est confiée dès le berceau aux bons soins d’une trafiquante de nourrissons. À la veille de ses dix-huit ans, un élégant, surnommé Gentleman, lui propose d’escroquer une héritière, Maud Lilly. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre tout particulier. Sue, en entrant au service de la riche jeune fille, tombe avec ingénuité dans un piège. Enveloppée par une atmosphère saturée de mystère et de passions souterraines, elle devra déjouer les complots les plus délicieusement cruels, afin de devenir, avec le concours de la belle demoiselle de Briar, une légende parmi les cercles interlopes de la bibliophilie érotique.Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins, Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l’Angleterre victorienne, un envers du décor où les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l’attendrait. Un roman décadent, virtuose, où les ressorts les plus noirs de l’univers romanesque du XIXe se mêlent au réalisme incisif et décomplexé du XXIe siècle.

 

46785fdgdtfjL’auteur : Née au pays de Galles en 1966, Sarah Waters a été libraire puis enseignante. Depuis la parution de son premier roman, Caresser le velours (Denoël, 2002), sa notoriété n’a cessé de croître. La publication de Du bout des doigts marque sa consécration. Élue «auteur de l’année» par le Sunday Times, elle reçoit en 2003 le prix des Libraires et le British Book Awards.

 Extrait :
« En ce temps-là je m’appelais Susan Trinder. Les gens me disaient Sue. Je connais l’année de ma naissance, mais pendant longtemps, j’ai fêté mon anniversaire à Noël, faute de savoir le jour. Je suis orpheline de père et de mère, autant que je sache. Ma mère en tout cas est bien morte. Je ne l’ai jamais connue, je ne me souciais pas d’elle. J’étais la fille de Mme Sucksby, ou c’était tout comme, et pour me tenir lieu de père, il y avait M. Ibbs, serrurier à Land Street dans le Borough – le quartier, comme on disait – , sur la rive droite de la Tamise, au bord de l’eau.» 

Pour cette nouvelle lecture commune nous nous sommes partagé simplement l’alphabet, une lettre sur deux. Anne Ju commençant par le B…

Voici donc mon Abécédaire de A à Y

A comme Amour :

 GVL : Du bout des doigts est avant tout à mes yeux un magnifique roman d’amour. Des amours clandestines, des amours contrariées. Mais c’est à mon sens ce sentiment puissant qui est le moteur de cette formidable histoire.

 AJC : Quand tu m’as proposé ce livre, j’ai été surprise ! Toi la reine du polar, tu me plonges dans un roman d’amour. Mais quel roman d’amour !! Waouh, j’avoue c’est puissant comme tu dis ! J’ai adoré.

 C comme Confinement :

GVL : Oui c’est un mot qui définit bien ce roman.

Notre héroïne Maud vit confinée dans le manoir de son oncle. Elle a été recluse dix années dans un asile psychiatrique où est morte sa mère.

Nos héroïnes sont confinées à leur condition féminine, enfermées dans le carcan de la société victorienne.

 AJC : Je te rejoins tout à fait sur ce mot. Un moment donné, avec Maud, on étouffe tellement que c’est étriqué. Sue semble avoir plus de liberté mais c’est qu’une illusion. Car elle croit faire ses propres choix, mais non, elle aussi a son destin tout écrit !

E comme Erotisme :

 GVL : Après avoir vécu dix années dans un asile psychiatrique où est morte sa mère, Maud Lilly est recueillie par son oncle dans son sombre manoir où il collectionne avec soin des livres d’un genre tout à fait particulier.

Notre héroïne va devenir la secrétaire et lectrice de ce bibliophile, amoureux de littératures érotiques.

Une littérature qu’elle va se mettre à exécrer.

Mais l’érotisme n’est pas le sujet de ce roman même si à certain moment de celui-ci il apparait souvent sous forme de sous-entendus, de regards, de gestes esquissés.

 AJC : Tu as raison, Geneviève. Il y a un part d’érotisme dans ce roman qui se pose délicatement comme un voile (waouh que c’est joli ce que j’écris ;-)). Mais ce n’est pas la base du roman, mais il s’adapte tout à fait à l’histoire et au contexte.

 G comme Gothique :

GVL : Si du bout des doigts est vu comme un roman policier il a tout aussi du roman gothique. En ce sens Sarah Waters est aussi l’héritière de  Charlotte Smith cette auteure anglaise de 18e siècle qui publie des romans très populaire où  le thème de la persécution féminine est déjà présent. De plus Sarah Waters emprunte aussi au procédé narratif du roman gothique en insérant un récit dans le récit. De plus ici les décors en aussi leur importance, asile psychiatrique, manoir lugubre… Oui, pas de doute Sarah Waters rend ici hommage à ces illustres prédécesseurs que sont  Ann Radcliffe et Mary Shelley mais aussi aux nombreuses autres femmes auteures dont le nom a été oublié.

AJC : Alors, là je vois que tu es méga calé sur le sujet…Je ne vois pas trop quoi rajouter. Si ce n’est que j’ai envie de m’habiller en gothique ;-).

 I comme Inventif :

 GVL : Sarah Waters prend le parti de construire son histoire en trois parties.

La narration est d’abord prise en charge par Susan Trinder. C’est par elle que tout va arriver.

Ensuite Maud Lilly va rejouer sous nos yeux la partition. C’est de son point de vue que l’on va revivre toute cette aventure. Et c’est là que tout s’accélère.

La première partie pourrait se suffire à elle-même. Sarah Waters nous raconte une histoire, elle se déroule tranquillement sous nos yeux, elle a un début puis une fin.

Mais non, C’est là que c’est inventif car tout repart avec la 2e partie.

Et on plus l’auteure, pour ne pas faire les choses à moitié, nous propose à nouveau une troisième partie, forme de conclusion qui nous cueille pour de bon, si ce n’était déjà pas fait.

3 livres pour le prix d’un si ça ce n’est pas inventif.

 AJC : Cette construction a été une autre surprise pour moi. Je me disais « Mais où veut elle en venir ? ». C’était tordu comme défi mais réussi pour ma part. Ma curiosité était perplexe au début mais elle a vite était conquise.

K comme KO :

GVL : Chaque fois que je lis Sarah Waters je suis impressionnée par sa prose. Son talent de conteuse. Sa maitrise parfaire des intrigues. Chaque fois je me fais avoir même lorsque je connais déjà le nom du ou des coupables. Elle a cet art du retournement qui vous cueille à tous les coups. Perso, j’en reste KO.

 AJC : Pour ma part, c’était une découverte. Je n’avais encore jamais lu mais ça c’était avant ! Grâce à ton cadeau à mon anniversaire, j’ai pu me plonger dans son univers. Au début, j’avoue que je me suis demandée où elle allait m’emmener…mais après j’ai vite trouvé mon chemin. On ne me sème pas si facilement …non mais !

 M comme Manipulation

 GVL : Ici tout est manipulation !

La manipulation est au cœur de cette histoire. C’en est même le ressors.

Les protagonistes de cette histoire sont tous manipulés, manipulables et manipulateurs.

Mais attention cher lecteur,toi aussi tu risques de ne plus avoir ton libre arbitre durant la lecture de ce roman.

L’auteur aussi nous manipule à son gré.

 AJC : Mais dites-moi, Maître Jedi, m’auriez-vous manipulé aussi ? 😉

O comme Orpheline :

GVL : Si tout oppose Susan Triller à Maud Lilly c’est bien leur condition d’orpheline qui lie nos deux héroïne.

AJC : Je crois que c’était hélas de monnaie courante à cette époque. Il fallait naitre du bon côté de la Tamise…et encore !

 Q comme Quartier :

GVL : Dans ce roman nous allons visiter Lant Street, le quartier des voleurs et des receleurs. Nous allons parcourir Londres mais aussi rentrer dans des lieux insolites. Car les décors sont importants pour Sarah Waters. Elle les dépeint avec minutie. Elle les plante avec exactitude. Ces décors contribuent à l’ambiance du roman.

Quartier aussi comme division, car le roman de Sarah Waters est divisé en trois parts. La première partie est contée par Sue. Et cette première partie pourrait se suffire à elle-même. Elle pourrait être un et un seul roman. Sarah Waters nous raconte une histoire. Elle se déroule tranquillement sous nos yeux. Elle a un début puis une fin.

Mais non, Sarah Waters n’en reste pas là et elle nous offre la 2e partie.

Et en plus, pour ne pas faire les choses à moitié, l’auteure nous propose à nouveau une troisième partie, forme de conclusion qui nous cueille pour de bon, si ce n’était déjà pas fait.

3 livres pour le prix. Pas de quartier pour le lecteur !

AJC : Tout est dit !! Je te rejoins carrément sur ce mot ! Bravoooo

S comme Saphisme :

 GVL : Les amours lesbiennes tiennent une grande place dans les romans de Sarah Waters. D’ailleurs du Bout des doigts a reçu  le Prix Lambda Literary de la meilleure fiction lesbienne.

 Sarah Waters qualifie elle-même ses romans de lesbiens. Voilà ce qu’elle répondait en avril 2015 à Thomas Stélandre journaliste de Libé qui lui posait cette question :

« Vous dites «romans lesbiens» ?

Je crois que ça leur convient bien. On me demande souvent ce que je pense du label d’«auteure lesbienne». La vérité, c’est que ça ne me dérange pas. J’emploie moi-même ce terme, parce que j’ai un intérêt tellement fort pour les histoires de lesbiennes, les imaginer, les raconter. C’est là, c’est dans mes livres. Mais il semble que mes histoires de lesbiennes touchent un public qui n’est pas seulement lesbien car, fondamentalement, elles parlent d’amour, de désir, de trahison, tout le monde doit pouvoir s’y retrouver

 La littérature gay existe encore ?

Oui, je crois. Et c’est une part de mon histoire. J’ai commencé à écrire dans les années 90, à une époque où cette littérature était très politisée. Je faisais partie d’une communauté, avec ses livres, j’avais le sentiment de participer à un mouvement. Depuis, bien sûr, les choses ont évolué, le mariage, l’adoption… Pour les jeunes, ça semble peut-être dépassé. Mais pour quelqu’un de ma génération, c’est autre chose. Je ne peux pas abandonner ce combat-là. Après, je m’envisage en tant qu’écrivain avant de m’envisager en tant qu’auteure lesbienne. »

GVL : En effet ce titre est bien plus que ça, c’est un roman magistrale. 

AJC : Bah là….euh tu veux que je rajoute quoi à ça !!! Rien si ce n’est merci pour toutes ces infos 😉

 U comme Urgence :

 GVL : Oui il est urgent que vous découvriez ce livre chers lecteurs et chères lectrices.

 AJC : Très urgent ! Allez allez on s’active !!!

W comme Waters :

GVL : Vous l’aurez compris j’adore Sarah Waters, j’ai lu tous ses romans. J’ai même relu celui-ci pour cette lecture commune. J’ai englouti ces 750 pages.

 « Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins, Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l’Angleterre victorienne, un envers du décor ou les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l’attendrait. Elle nous propose là un roman décadent et virtuose. »

 Je ne peux que vous conseiller de la découvrir. Ne commencer peut-être pas par son premier roman, Caresser le velours, il est sans doute trop personnel. Mais laissez-vous tentez par Affinité, par Du bout des doigts ou encore par son tout dernier Derrière la porte.

Sarah Waters c’est du romanesque à l’état pur. Sarah Waters c’est la promesse d’une lecture prenante et troublante, que du bonheur.

 AJC : J’ai Derrière la porte que je n’ai pas encore lu mais je pense qu’il va bientôt finir « entre mes mains » ;-). Car j’ai aimé le style et l’histoire. En plus, quand je te lis Geneviève, je ne peux me dire que le choix fut très judicieux ! Ma curiosité te remercie !

 Y comme Yes The End.

GVL :  Si j’ai adoré ce titre, j’ai vraiment eu beaucoup de mal à trouver les mots pour vous le présenter. Et je tiens à remercier Anne Ju qui m’a beaucoup aidé sur ce coup-là. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas d’avoir pris quelques libertés et de n’avoir pas toujours suivi ses recommandations 😉

Anne Ju sans toi je n’aurai jamais vu la fin de cet Abécédaire

 AJC : Moi t’en vouloir pfff J’essaye mais je n’y arrive pas ;-). Pour mes recommandations, ce n’était que des pistes, donc libre à toi de choisir. C’est comme cela que fonctionne notre duo ! Ils déchirent !

Bon, là vous vous sentez un peu de trop mais non… on vous aime aussi !!!

Je ne sais pas si nous avons réussi à vous convaincre, mais si vous souhaitez en savoir plus…La suite de cette ABécédaire est chez Anne Ju et ses Modordus

L’Abécédaire d’Anne JU c’est ICI

Et retrouvez nos premiers ABCdaires ICI :

Nicolas Lebel ; Marie Vindy ; Laura Sadowski.

Ainsi que notre Lecture commune de Gipsy Paladini

 Extrait 2 :

« Je connais le monde et ses plaisirs aussi bien  que les pires débauchés de l’univers romanesque; pourtant je n’ai pas une seule fois franchi les murs du parc de mon oncle depuis qu’il m’a recueillie. Je sais tout sans rien savoir. Ceci sera essentiel pour la suite.  Il ne faudra pas oublier tout ce que je ne sais pas faire, tout ce que je n’ai pas vu.  Je ne sais ni monter à cheval ni danser. Je n’ai jamais eu  entre les mains de l’argent à dépenser. Je n’ai jamais mis les pieds dans un train ou un théâtre, jamais vu ni la mer  ni la montagne. Je n’ai jamais vu Londres mais j’ai l’impression de connaître la ville.  Elle m’est familière grâce aux livres de mon oncle. « 

 

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Les Peupliers noirs de Lucienne Cluytens


les-peupliers-noirs-89221Le livre : Les Peupliers noirs de Lucienne Cluytens. Paru chez Ravet-Anceau le 26 novembre 2006 dans la collection polar en Nord. 11€50 ; (256 p.)
Mot de l’éditeur :
Mariette est aide-soignante dans la maison de retraite des Peupliers Noirs à Hénin-Beaumont. Quand sa collègue Danièle lui annonce qu’elle a divorcé et qu’elle s’apprête à se remarier, la jeune femme a du mal à encaisser la nouvelle. Surtout quand elle apprend que l’heureux élu n’est autre qu’un octogénaire qui semble posséder quelques biens de valeur. Mariette se met à soupçonner un trafic. Après la mort d’un des retraités, elle est de plus en plus inquiète et finit par découvrir les agissements délictueux de la directrice des Peupliers noirs, secondée par certains membres du personnel. Malheureusement, elle ne peut rien prouver et avec l’aide d’un SDF, elle va mettre au point un stratagème dont elle n’avait pas mesuré les conséquences.
L’auteur : Lucienne Cluytens par elle même

Je suis née dans le quartier de Wazemmes à Lille, dans une famille ouvrière. Petite, j’ai dévoré absolument tous les livres qui me tombaient sous la main. J’aimais bien raconter des histoires à mes sœurs, à mes amies, et j’ai l’impression de continuer en écrivant des romans policiers.
Après un passage dans l’éducation nationale comme institutrice en maternelle d’abord puis après un diplôme d’orthophoniste comme rééducatrice du langage, je suis entrée au Cned, institut de Lille où j’ai travaillé en tant que chargée d’ingénierie de formation aux concours administratifs.

Bibliographie
- La panthère sort ses griffes, Atelier Mosésu, 2014
- Miss Lily-Ann, Nouvelles éditions Krakoen, 2013
- La mort en guêpière, Ravet-Anceau, 2011
- Les bagnoles ne tombent pas du ciel, Ravet-Anceau, 2010
- Lille-Québec aller simple, Ravet-Anceau, 2008
- Les Peupliers noirs, Ravet-Anceau, 2006
- Le petit assassin, Liv’éditions, 2006
- La grosse, Liv’éditions, 2004

Extrait : 
Mariette, une jeune aide soignante a demandé à un ami de mener une enquête dans la maison de retraite où elle travaille.
Ils ont commandé un croque-monsieur, une salade et un demi pression et tout de suite Mariette a attaqué :
– Alors, comme ça tu t’es fait embaucher ?
– Il suffit de discuter les prix. Les budgets des maisons de retraite sont très serrés, comme partout… Et puis Fauquembert n’a pas été insensible à mon charme.
Les yeux de Mariette se plissent.
– Ça veut dire quoi, cette connerie ?
David sent que le terrain devient glissant, Mariette est capable de s’énerver et de foutre le camp sur un coup de tête. Or, il faut qu’il lui devienne très vite indispensable.
– Non, rien. C’est une blague.
– J’aime pas ce genre de blague.
– J’avais compris. Excuse-moi.
– Si je comprends bien, tu travailles pour des clopinettes. Et la mère Fauquembert, elle ne trouve pas ça louche ?
– Ne t’inquiète pas… J’ai dit que je débutais, que je cherchais à me faire connaître dans des établissements sérieux, ça fait bien sur ma carte… Mais tu sais, le plus beau, c’est que j’ai déjà fait ami ami avec l’infirmier.
– Jacques ? Il s’intéresse au jardinage ?
– Non, mais moi, je me suis intéressé à sa moto. On a causé moteur et maintenant il vient me serrer la main, dès qu’il me voit.
– Et pour l’enquête, on est au point mort, c’est ça ?
– Oh, Mariette, tu charries ! Ça fait à peine huit jours que je suis dans la place. Reconnais que c’est déjà pas mal. Je te promets que, la prochaine fois qu’on se voit, je t’apporterai du neuf.

Résumé et avis :

Il se passe d’étranges choses aux Peupliers noires, une maison de retraite du bassin minier. Mariette, récemment embauchée comme aide-soignante, ne manque pas d’être intriguée par le comportement de certains de ces collègues et tout particulièrement par celui de danielle qui a mis le grappin sur un visiteur et ami d’une résidente. Maîtresse affichée de Jacky l’infirmier, elle se remarie avec cet octogénaire qui succombe huit mois plus tard. Son amant de son coté entretien des relations pas très nettes avec certaines des pensionnaires.

Décidée à enquêter sur les agissement suspects de ses collègues, Mariette s’assure le concours de David, un ancien SDF qu’elle a aidé à créer sa société d’entretien de jardin. Tous deux ne sont pas au bout de leur surprises.

Lucienne Cluytens n’a pas son pareil pour décrire les gens ordinaires. Elle nous dépeind avec force un univers clos où se niche les pires bassesses humaines. Une humanité souffrante, parfois jusqu’à l’avilissement, une humanité crasse qui profite de la détresse des autres. Méchanceté, mesquinerie, pleuterie, vilénie, trahison…l’homme est un loup pour l’homme.

Mais heureusement, l’auteur ne se départie point de son humour. Et ce court roman noir bien construit et d’un style alerte met en scène une femme simple qui possède le caractère bien trempés des héroïne tenaces que Lucienne Cluytens sait si bien campé.

C’est corrosif, mordant avec cette pointe de poésie diffuse et caustique comme seule le ton de l’auteur sait le restituer.

Même pas morte d’Anouk Langaney : un polar exceptionnel, un pur coup de foudre.


Le livre : Même pas morte d’Anouk Langaney. Paru le 25 octobre 2013 9782824104188,0-1840502  chez Albiana. 15€; (134 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv :

« Ils ne m’auront pas ! Ni moi, ni mon pognon. Qu’est-ce qu’ils croient ? ! Je ne suis pas encore morte ! Ce fric, c’est tout ce qui me reste de la grande époque. Et de mon homme. Alors j’ai beau commencer à sucrer les fraises, ce ne sont pas des morveux de cette espèce, sournois et lâches, qui vont plumer Minette Galandeau, même pas en rêve ! D’accord, je bats la campagne, parfois. Ça fait un bail que je m’en rends compte. Mais même diminuée, j’en vaux dix comme eux ! »

« Ils me croient déjà liquide, comme ce crétin de docteur ? Qu’ils viennent. Je les attends. Le premier qui fait un pas de travers, je le bute. »

Mot de l’éditeur :

Un curieux « polar » où l’enquête est menée par une ancienne braqueuse qui perd la tête et devient une mamie vengeresse dans la lignée des Tatie Danielle…

téléchargement (13)L’auteur : Née en 1973, Anouk Langaney s’est pas mal promenée depuis, en parlant des livres des autres. Elle vit maintenant à Ajaccio, où elle écrit enfin les siens. Il était temps…

En savoir plus sur Anouk c’est ici : http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=auteur&id=3649

Ah oui, l’auteur vient d’être récompensée pour sa nouvelle lors du dernier festival Paris Polar.

Extrait : « S

Vendredi 9 novembre

Ce con de docteur s’appelle Granger. Granger, Granger, Granger. Affreusement banal, comme sa tête d’ailleurs. Même à vingt ans, ce type me serait sorti de la mémoire en moins de deux.

Oui, mais non.

À vingt ans, même la dernière des buses avec une gueule de rat m’aurait marquée, si elle m’avait sauvé la peau. Comme ce con de docteur Granger. Ça fait deux fois que j’oublie son nom. « Je voudrais voir le docteur… » et rien. Qu’est-ce que j’aurais bien pu ajouter ? « Le joufflu » ? « Celui à lunettes » ? « Celui qui m’a ramassée dans le fossé » ? Et la petite standardiste qui me fixait avec son sourire compatissant de stagiaire-pas-encore-blasée, et que j’avais envie de gifler, tellement j’avais honte. « Celui qui s’occupe des vieilles carnes dans mon genre, vous savez, celles qui perdent la boule », j’ai dit, en la fusillant de l’œil gauche (la cataracte a désarmé le droit). Alors elle a trouvé. « Le docteur Granger ? » Ben oui, lui-même. Et quand je suis entrée dans son cabinet, j’ai tout de suite vu qu’elle m’avait balancée : j’ai eu beau claironner « Bonjour, Docteur Granger ! », çafleurait la mauvaise arnaque à plein nez, ça sentait la répétition dans l’ascenseur  GRANGER GRANGER GRANGER), ça puait la trouille.

Et s’il n’y avait que Granger. Mais il y a les autres. Les nouveaux voisins, ceux qui ont racheté le pavillon moche et prétentieux qui fait le coin à l’entrée de l’impasse. Là où les Mesniers (ceux-là, je m’en souviens, mais pour combien de temps ?) ont fini leur pauvre vie mesquine de nouveaux presque-riches entre un aigle en plâtre et deux persans bigles, aussi aigris qu’eux, mais plus racés. Et puis la petite aux joues roses qui a repris la crémerie de la place pour en faire une sorte de troquet de gauche, mi-librairie mi-bistrot, et qui vivote en servant trois tranchettes de terrine de soja aux quelques hippies de passage… La pauvre chérie, elle en perdra ses joues, mais c’était prévisible. Comme si les touristes allaient en Périgord pour bouffer du tofu. Bref, tout ça je le sais, je le vois, preuve qu’il doit bien me  rester deux-trois neurones, mais pas moyen de me souvenir de son nom, ou de l’année de son arrivée d’ailleurs. Et ça, ça me bouffe.

Et puis il y a le pognon, ces saloperies d’euros que je m’éreinte à convertir, moi qui tenais sans effort les comptes de Maurice et de toute la bande. Je jonglais avec les conversions, les placements offshore, les intérêts. Une comptable-née, comme disait notre ami Jeannot. Eh bien la voilà morte, la comptable-née. Chez moi, au calme, j’y arrive encore à peu près, pour les factures, ces bêtises-là… mais en public, je perds tous mes moyens. C’est la honte, que je ne gère pas. Les regards. Toute cette saloperie de pitié. « Ah non, ma p’tite dame, vous m’avez donné trop, là… »

Ça fait un bail que je le sais, que ça ne tourne plus rond là-haut. Mais je n’y pensais pas. J’ai toujours été forte pour ça, pour ignorer ce qui m’emmerde. Jusqu’au jour où ça n’a plus été possible.« 

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Résumé et avis :

Vous savez tout ou presque de la vie de Minette. Elle sent bien que sa tête l’abandonne et elle n’aspire plus qu’à une chose : finir sa vie au soleil, un mojito à la main.

Mais voilà, alors qu’elle s’est refait une vie, qu’elle peut profiter du pactole, fruit de ses anciens braquages avec ses anciens amis disparus, débarque un neveu, son neveu d’Amérique. Un neveu qui tombe à pic pour lui piquer son pognon, car Minette n’y crois pas au neveu prodigue. Un escroc, un arnaqueur, voilà ce qu’il est, elle en est persuadée. Alors Minette va jouer les gâteuses, elle va tout faire pour endormir la méfiance d’Eddy, le soit disant fils de sa petite sœur. Mais c’est compter sans « Alzheimer »

Que voici un curieux ‘polar’ (tendance ‘noir’) où l’enquête est menée par une ancienne braqueuse basculant lentement mais sûrement dans les affres de la maladie d’Alzheimer… à moins que ce ne soit dans la pure paranoïa. Une course contre le temps qui file, la mémoire qui se défile, suffisent à tendre le ressort dramatique. Le décalage culturel entre la vieille et les ‘jeunes’ gens qui désormais l’entourent fait sourire (années soixante contre années deux mille), de même que sa hargne de mamie vengeresse et son esprit malin qui la placent dans la lignée des Tatie Danielle.

Reste à lire entre les lignes : quand le temps a presque fini son œuvre, que doit-on sauver en  premier ? Son honneur ? Son magot ? Sa peau ? Et peut-on espérer sauver les trois ? Surtout si la mort rôde, si proche…

Et que dire de l’écriture d’Anouk Langaney, tout en finesse. Des petites phrases bien senties, un humour sous-jacent. Un ton décalé et réjouissant. Les personnages sont magnifiquement campés, et surtout très attachants. L’histoire est parfaitement orchestrée, tout en subtilité, c’est décapent, jouissif. Un petit bijou que je vous dit.

Un pur coup de foudre.téléchargement (12)

Drame au Cap Gris-Nez de Christine Desrousseaux


 couv_PEO_8_XP_OK  Le livre : Drame au Cap Gris-Nez de Christine Desrousseaux. Paru le 30 septembre 2006 chez Ravet Anceau dans la collection Polar en Nord.  7€99 (en numérique)  ; (253 p.)

4e de couv :

Lucette est apprentie dans un jardin botanique situé près de Wimereux, station balnéaire où elle a emménagé seule quelques mois plus tôt. Gaëlle est étudiante en astronomie à l’institut de biologie marine. Elle a vécu à Wimereux quand elle était enfant mais n’en garde aucun souvenir car elle et son père ont très rapidement quitté la maison après la mort de sa mère. Leur rencontre est un coup de foudre pour Lucette qui est fascinée par Gaëlle, au point de vouloir la garder pour elle seule. Fascinée au point de vouloir savoir ce qui est arrivé à sa mère et à sa grand-mère, toutes deux mortes prématurément. Mais son enquête et ses questions dérangent et elle ne se rend pas compte que sa curiosité va être fatale à Gaëlle.

A_Fiche_106L’auteur : Née en 1952 à Tourcoing,  a enchaîné les petits boulots avant de s’installer à Lille et de travailler en tant que conceptrice-rédactrice dans une agence de publicité. Elle pratique la lecture à voix haute dans le cadre de l’association lilloise La bocca. Dans ses préférences en littérature noire, on peut citer Patricia Highsmith, Kate Atkinson, Pete Dexter, Robin Cook, Dennis Lehanne…

Après avoir publié des livres animaliers pour enfants et des nouvelles, Christine Desrousseaux s’est consacrée à l’écriture de romans policiers. En 2000, Arrivée de la pluie par l’ouest, son premier roman, paraît aux éditions Climats :  « Une intrigue au déroulement éprouvant servie dans une langue sèche et sûre. » Le Figaro Magazine.
Drame au Cap Gris-Nez a été publié en 2006 par les éditions Ravet-Anceau, suivi en 2008 par La Panthère de Sangatte. Tous deux ont pour décor la Côte d’Opale et mêlent intrigue policière et drame psychologique. Plus que l’enquête traditionnelle, ce sont les nœuds intimes des personnages qui conduisent le récit.
Son dernier livre, au-delà des eaux noires, met en scène une héroïne attachante et volontaire, évoluant dans les paysages somptueux de la baie de Canche.

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 Résumé et avis

th (27)Lucette est fascinée par Gaëlle, sa classe naturelle, ses brillantes études, son père pianiste, ses beaux cheveux blonds. Entre l’apprentie jardinière et la fille du pianiste, les sentiments sont ambigus. Elles sont amies, mais Lucette aimerait que ce soit une amitié exclusive et passionnelle. Tout ce qui touche à Gaëlle l’intéresse, comme les disparitions mystérieuses de sa mère et de sa grand-mère, mortes prématurément. Elle se met donc à enquêter, à poser des questions qui dérange. Elle va faire revivre de vieux démons qui s’étaient assoupis. Et quand ces veilles histoires vont refaire surface, il sera peut-être trop tard pour les stopper.

Christine Desrousseaux décrit l’amitié dévorante d’une adolescente pour sa meilleure amie, à Wimereux, au début des années 1980. Elle nous propose une fine analyse psychologique et un récit captivant qui touche à des sujets douloureux comme celui des conditions d’internement des malades mentaux durant la seconde guerre mondiale, ou encore le deuil et l’homosexualité féminine. L’écriture tout en finesse de l’auteur sublime cette  touchante et vibrante histoire .

Malheureusement ce titre n’est plus édité, mais, vous pourrez encore le trouvé en numérique. Alors n’attendais plus et découvrez le sans attendre. J’ai vraiment eu, moi aussi, un véritable coup de foudre.

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N’appelle pas à la maison de Carlos Zanon


Couv_nollames.inddLe livre :  N’appelle pas à la maison de Carlos Zanón. Traduit de l’espagnol par Adrien Bagarry. Paru en avril 2014 chez Asphalte.  22 €

4e de couv :

Barcelone, de nos jours. Raquel, Cristian et Bruno vivent d’une arnaque dans laquelle ils excellent : ils font chanter les couples illégitimes. De l’argent facile, une organisation bien rodée, menée de main de maître par Bruno, malgré quelques passages à tabac lorsque les choses dérapent.

Merche et Max sont amants. Elle est mariée, il est divorcé ; tous deux font partie de la classe moyenne catalane. Un jour, Cristian va repérer le couple et menacer Max de révéler leur relation. L’engrenage diabolique est enclenché… mais rien ne va se passer comme prévu.

Deux mondes se côtoient dans ce roman noir, habité par une galerie de personnages durement touchés par la crise et par la vie.

th (2)L’auteur

Né à Barcelone en 1966, Carlos Zanón est poète, romancier, scénariste, éditorialiste et critique littéraire. Il a publié ses premiers poèmes à la fin des années 1980 et a édité à ce jour cinq recueils très bien accueillis par la critique spécialisée. Il s’est ensuite consacré au roman : Soudain trop tard a remporté le prix Brigada 21 du meilleur premier roman noir en 2010. Ses livres ont été traduits et publiés aux États-Unis, en Italie, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne

Extrait :
En 2012 à Barcelone, Raquel, une toxicomane, son demi-frère Christian et son amant, Bruno, vivent de la traque de couples illégitimes qu’ils soumettent à un chantage financier. Un jour, Christian repère un couple d’amants de la classe moyenne catalane, Merche, mariée, et Max, divorcé, avec chacun des enfants. Deux milieux sociaux se rencontrent alors dans une ville durement éprouvée par la crise.

Résumé et avis :

En 2012 à Barcelone, Raquel, une toxicomane, son demi-frère Christian et son amant, Bruno, vivent de la traque de couples illégitimes qu’ils soumettent à un chantage financier. Un jour, Christian repère un couple d’amants de la classe moyenne catalane, Merche, mariée, et Max, divorcé, avec chacun des enfants. Deux milieux sociaux se rencontrent alors dans une ville durement éprouvée par la crise.

n-appelle-pas-a-la-maison-zLe livre de Carlos Zanon est une plongée glaciale dans une Barcelone sombre et envoûtante. C’est un uppercut, on reçoit cette lecture en pleine figure. On lit en apnée, sans pouvoir reprendre son souffle. L’écriture de Zanon, n’est pas facile d’accès, ses mots sont simples mais leur pouvoir d’évocation est tels qu’ils nous entraînent avec eux dans les bas fonds de cette ville aux rues et aux quartiers décatis, où les personnages n’ont ni passé ni futur, entre alcool et drogues. Et si l’histoire est tout en flash-back, pour nous, il n’y aura pas de retour possible, on le pressent. Un bijou de roman noir implacable, une nouvelle plume à me surtout pas manquer.

Lire le début ICI CARLOS DONT SURF