Ma vie sera pire que la tienne – Williams Exbrayat


Chronique duo ou la chronique à deux voix

2 flingueuses papotent ensemble et parle de leur ressenti de lecteure autour d’un même titre

Ce soir c’est Maud et Mamie Danièle qui nous par du polar d’Exbraxat. Williams, pas Charles, hein !

Alors..

 

Le livre : Ma vie sera pire que la tienne de Williams Exbrayat. Paru le 29 Août 2018 aux Editions Independently published. 12.99 euros. (240 pages.) 15 X 23cm

4ème de couverture :
Quel est le point commun entre un looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino ? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile : des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tuer, telle est désormais leur seule alternative.

 

L’auteur : Williams Exbrayat est dompteur de livres en bibliothèque et auteur de polar. Il est le créateur de la série humoristico-policière Maddog qui met en scène un détective privé à la morale douteuse et à la gouaille fleurie. Chasse à l’épaulard, le deuxième volet de la série, a remporté le prix des lecteurs du livre numérique 2014. Il y a toujours un peu d’humour et beaucoup de noirceur dans son travail comme en atteste son nouveau méfait : Ma vie sera pire que la tienne, un mélange détonant de roman noir, de novella et de pulp.

 

 

Extrait :
« La route n’en finit pas de serpenter dans la montagne. Des villages reculés, des vieilles bâtisses à l’abandon, des champs mangés par la forêt. Ici, la violence, c’est le mépris ; l’abandon du politique. Il ne reste plus rien. Pas d’écoles depuis longtemps, plus de bureaux de poste. Des nids de poule maltraitent les roues des voitures. Des lacets. Toujours des lacets. À mesure que le convoi s’enfonce dans la montagne, la misère devient de plus en plus prégnante. Elle n’est pas explosive comme la banlieue vue par la télé. Elle est silencieuse ; rampante ; oubliée des grands médias. Ici, c’est le royaume des petits paysans, des nouveaux pauvres, des marginaux, des sans-dents, du surendettement. C’est le triste spectacle de l’agonie d’un Ancien Monde qui se révèle sous les yeux d’Ulysse, sans risque d’insurrection ni de caillassage. »

 

 Papote de Flingueuses entre Maud et Manie Danièle

 

Maud : Coucou Danièle, alors toi aussi tu as lu Ta vie sera pire que la mienne de Williams Exbrayat ?

Danièle : Oui Maud et c’était une découverte … je connaissais bien un Exbrayat mais pas celui-là !

Maud : Pareil de mon côte Qu’en as-tu pensé dans globalité ?

Danièle : Alors globalement j’ai plutôt apprécié : le ton, les situations, les personnages.

Maud : Très bien. Moi je me suis laissée surprendre par la forme, je pensais à tort avoir à faire à des nouvelles 

Danièle : Pareil, arrivée au premier épilogue, je suis repartie sur la page de garde et j’ai vu que c’était un roman !

Je n’aime pas trop le format « nouvelle » mais il s’agit bien d’une suite. Un peu comme une pièce de théâtre où l’on change de décors à chaque acte

Maud : J’ai été agréablement surprise de voir que les histoires s’entremêlaient pour ne former qu’un seul et même roman. Le format Nouvelle ne me dérange pas du tout mais quand je suis prévenue. Mais comme tu le soulignes là c’est plutôt un changement d’acte comme au théâtre !

Danièle : J’ai particulièrement apprécié la première situation … les losers qui braquent un labo ça paye !

Maud : Oui oui la première situation est très sympathique, les losers face à des brigands organisés et la suite qu’en as-tu pensé ?

Danièle : J’y ai trouvé plus d’humour que par la suite …

du coup je suis restée au niveau du ton un peu sur ma faim. Cependant l’intrigue est bien menée

Maud : Dans la première partie il y a quelques phases d’humour noir ou de sarcasme mais l’humour est plutôt présent dans la seconde. Les Présidents tu en penses quoi ?

Danièle : J’ai aimé les Présidents, d’autant qu’on oublie les masques et qu’on attribue du coup les exactions à ceux qu’on a en mémoire … jubilatoire

Maud : Oui et leur caractère, leur perception correspondent plutôt pas mal aux vrais personnages. J’ai beaucoup aimé également

L’intrigue je la trouve aussi très bien menée je n’ai pas vu la fin arriver

Danièle : C’est aussi un artifice commode pour permettre au lecteur de suivre l’intrigue

Maud : A la fois très original et très prenant. Le lecteur retient très facilement les personnages

Danièle : La référence à Colomba n’est pas mal non plus

Les chiens sont des personnages à part entière

Maud : Très très bien trouvée cette référence

J’ai aussi trouvé la personnification des animaux très bien amenée, c’est vivant et réel

Danièle : Tu parles de la fin … j’avoue avoir dû relire l’analyse psy … un peu confuse pour moi mais j’étais sans doute en coma pré-endormissement tard dans la nuit …

Maud : Justement l’analyse psy nous amène aux bords de la future vérité. Mais comme dans tout le livre, rien ne se passe comme prévu

Danièle : Je suis d’accord

Difficile de dire ce qu’on en pense sans spoiler

Maud : C’est aussi ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre. Lorsque le lecteur pense savoir la suite et hop changement de situation et il est berné

Danièle : C’est sur … je n’essaierais pas le captagon amélioré !

Maud : Très difficile oui en effet

Je te comprends tout à fait !!!

Danièle : Ce qui est agréable aussi dans ce roman ce sont les lieux … quand on parle de la ville c’est une petite ville de province avec son quartier craignos, sa campagne est bien profonde et la Corse agréable mais ça peut se passer n’importe où …

Maud : Oui et les quelques allusions au sud de la France… les fermes ont un rôle important

Sans les quelques références géographiques on pourra se croire n’importe où

Danièle : du coup des petits losers tombés dans la délinquance, embarqués par le banditisme … ça peut arriver à nos voisins

Maud : Oui la notion de travaux subalternes et la référence aux cités expliquent comment ils en arrivent là

Danièle : dans un contexte de crise et de désertification rurale …

Maud : Le travail à l’usine ou le deal de drogue? Les deux solutions montrées à nos losers

Danièle : des belles bagnoles tout de même …

Maud : Oui pour certaines…car d’autres tombent en panne

Danièle : c’est pour le fun !

Maud : Je souhaite aussi saluer l’habilité de l’auteur qui a su faire s’imbriquer parfaitement deux histoires qui paraissaient totalement indépendantes

Danièle : oui c’est plaisant … passer un recueil de nouvelles au roman noir à intrigue c’est bien fait !

Maud : Oui oui très bien fait. Tout s’emboite très bien, pas de loupé!!

En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lectures. Des personnages attachants pour certains, d’autres machiavéliques.

Et toi Danièle?

Danièle : Oui et je me dis que l’auteur a commis 3 romans, celui-là a été une agréable pause entre deux lectures plus graves et que j’irais bien voir du côté des 2 autres un jour !

Maud : Également l’auteur m a rendue également très curieuse !!

Danièle : Jamais vu en salon ?

Maud : Non pas pour ma part. Et toi?

Danièle : auto édition … explique peut-être la raison

Maud : Oui sûrement

Peut-être qu’un jour…

Danièle : Alors Maud on recommande ce titre ?

Maud : Oui pour ma part!!!!

Et toi?

Danièle : Aussi, léger mais pas que …, noir mais pas que …, rythmé mais pas que …

Maud : Un très bon cocktail rafraîchissant mais pas que…

Danièle : Merci à lui de nous avoir fait confiance … c’est jamais gagné avec les flingueuses !!!!

Maud : Oui c’est vrai. Merci Danièle pour cette lecture commune et ces échanges toujours très sympathiques

Danièle : Merci à toi pour cet échange ! A bientôt pour de nouvelles aventures … mais pas que !!!

Maud : Oui avec grand plaisir!!!!

  

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Ma vie sera pire que la tienne de Williams Exbraya


Le livre : Ma vie sera pire que la tienne de Williams Exbrayat. Paru le 29 Août 2018 aux Editions Independently published. 12.99 euros. (240 pages.) 15 X 23cm

4ème de couverture :
Quel est le point commun entre un looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino ? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile : des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tuer, telle est désormais leur seule alternative.

 

L’auteur : Williams Exbrayat est dompteur de livres en bibliothèque et auteur de polar. Il est le créateur de la série humoristico-policière Maddog qui met en scène un détective privé à la morale douteuse et à la gouaille fleurie. Chasse à l’épaulard, le deuxième volet de la série, a remporté le prix des lecteurs du livre numérique 2014. Il y a toujours un peu d’humour et beaucoup de noirceur dans son travail comme en atteste son nouveau méfait : Ma vie sera pire que la tienne, un mélange détonant de roman noir, de novella et de pulp.

 

Extraits :

« Les portières du 4×4 claquent. Des gifles pour mes oreilles. J’ouvre les yeux. Trois silhouettes noyées dans la lumière crue d’un milieu d’après-midi. Elles s’approchent d’un pas résolu. Je protège mes yeux avec mes mains. Le soleil tape fort. Foutrement fort. Une enclume sur ma tête. Avec le stress, j’ai perdu des litres de gnôle. Une odeur vinaigrée imprègne mes vêtements. Ma transpiration. Faudrait que je mette le holà sur la piquette, sinon je vais finir comme un pickle. »

Les Lectures de Maud :

 Le deux premières partie sont distinctes, les histoires indépendants et personnages différents. Déjà le ton est donné, c’est de la dynamite qui ne demande qu’à se consumer. Et lorsqu’en plus, les histoires se rejoignent et s’imbriquent, c’est l’apothéose. Avec leur profil particulier, leur vie atypique, vont-ils réussir à s’en sortir ?

Des personnages aux multiples facettes, les situations vont leur faire ressortir le bon, le moins bon et le pire de chacun d’entre eux. Pourtant certains n’étaient pas destiner à partir en vrille. Même le chien est un personnage à part entière et a sa part d’histoire.

Mon préféré ? Sauveur, bien sûr !!! Les braqueurs qui portent le nom d’un de nos précédents, c’était super, le tout saupoudré de quelques clins d’œil de leur personnalité.

L’auteur signe ici un très très bon polar. Usant de sarcasmes et de jeux de mots, mêlant, intrigues, sournoiseries, rebondissements, voir retournements de situation avec brio. Une plume qui exploite tous les palettes de la langue française.  Une fin inattendue !!! Je recommande cette lecture à la fois pour son côté à la fois aérien et plein de noirceur.

Version lue : Numérique

 

 

Akowapa de Sébastien Vidal


Le livre: Akowapa de Sébastien Vidal. Paru le 26 octobre 2018 aux éditions Lucien Souny collection Plumes Noires. 7,90 euros; 334 pages; format 18 x 11 cm.

 

4ème de couverture:
Un fourgon de transport de fonds est attaqué par trois hommes. Butin : un million-deux-cent-mille euros en petites coupures qui étaient destinées à alimenter les distributeurs de billets de la région. Mais le braquage, s’il a bien réussi, prend une tournure barbare et dégénère dans ses grandes largeurs. Un vieil homme mauvais comme la gale, son fils soumis, une jeune femme indépendante et rebelle et d’autres personnes peu fréquentables mais très intéressées par le magot vont interférer et évoluer en milieu hostile, dans une nature foisonnante et isolée. Dans ce récit crépusculaire, l’adjudant Walter Brewski est une nouvelle fois embarqué dans une enquête âpre et plus noire que la nuit.Des personnages ordinaires, floués par la société, chercheront juste à prendre une revanche sur la vie. Ils tomberont d’abord dans la spirale de la colère, de la trahison, de la haine, puis dans une folie meurtrière.
L’émotion et la violence humaine surgissent des personnages avec une portée dramatique exceptionnelle.
Un suspense permanent.
Un seul personnage féminin qui apporte lumière et humanité.
Une aventure où la violence et la cupidité se disputent le premier rôle.

L’auteur: Sébastien Vidal est un romancier français né en 1971.
Enfant de la Xaintrie, Sébastien Vidal a partagé ses brèves études entre Cantal et Corrèze et vit à Saint Jal (Corrèze).
Passionné d’histoire, il a entamé une saga romanesque en hommage à la Résistance avec un diptyque « Les Fantômes rebelles » puis « Les clandestins de la liberté » en 2011 et 2012.
En 2017, Sébastien Vidal se lance dans le monde du polar avec le premier volet de sa « trilogie des Sentiments Noirs » : Woorara. A suivi ensuite Carajuru fin 2017. Akowapa est le dernier volet de cette trilogie.
Extrait:
« Le duo qui s’aventurait dans le devers était guidé par des sentiments noirs. Colère, haine, rancœur, cupidité, chacun de ces sentiments avait parcheminé leur peau et leurs cœurs secs d’avoir trop aimé la violence. »

 

 

Le OFF de OPH

Akowapa de Sébastien Vidal

 

 

En ouvrant Akowapa, j’ai retrouvé la plume noire mais ô combien littéraire de Sébastien Vidal et suivi Walter Brewski et sa légendaire Brera dans cette nouvelle enquête.

Chronique d’un chef d’œuvre de littérature noire.

Sébastien m’avait déjà surprise par son style avec Carajuru, deuxième opus de sa trilogie des sentiments noirs.En effet, ses romans font partis des œuvres de littérature noire qui mettent en valeur la langue française. Il use et abuse de toute la richesse de son vocabulaire, nous obligeant à conserver près de nous un petit larousse ou son cousin le petit robert.

Il sculpte son œuvre à la force de ses mots et nous livre, une fois encore, un petit bijou.

L’écriture seule ne suffit pas me direz-vous, il faut aussi une bonne intrigue dans un roman policier. Là encore, c’est un sans faute. Sébastien, en ancien gendarme, dispose de l’expérience nécessaire à la construction d’une intrigue efficace. Une intrigue qui, ici, commence à rebours puisque l’histoire débute par la découverte de corps puis reprend ensuite au jour où tout a basculé: un fourgon de transport de fonds est attaqué. Mais le braquage, s’il a bien réussi, prend une tournure barbare et dégénère dans ses grandes largeurs.

Si en première lecture Sébastien nous offre une histoire sombre, a contrario il nous décrit une Corrèze lumineuse avec ces paysages où le Dieu Béton et l’Homme n’ont pas encore pris le dessus sur la nature. Une nature où il décrit chaque lever de soleil comme un tableau dont Gaïa serait elle-même le peintre. Un bel hommage à sa région et à la nature dont on sent qu’elles lui sont vitales.

Comme dans ses précédents romans, Sébastien évoque la violence des sentiments que sont la haine, l’amour, la manque, la colère… mais aussi leur complexité. Il utilise également son intrigue comme vecteur pour faire entendre ses appels: il dénonce l’échec des politiques et leur immobilisme, il décrit les non-sens existant dans la gestion des forces de sécurité intérieures et plus particulièrement celle qu’il connait le mieux: la gendarmerie. La politique du chiffre, le manque de moyens humains, l’absence de réflexion quant à des schémas d’intervention désuets.
Enfin il nous parle de ce monde « tout-connecté » qui relègue, trop souvent, au second plan, les relations humaines.

J’entends encore régulièrement que la littérature noire n’est destinée qu’au grand public, qu’elle n’est pas assez « littéraire » pour les bobos et bien-pensants qui ne jurent que par les prix prestigieux qui garnissent leurs bibliothèques. Je vous invite donc à lire Sébastien Vidal chers accros à la blanche élitiste, et à constater par vous-même que la noire est pourvoyeuse d’auteurs ô combien talentueux.

AKOWAPA est un roman puissant, un roman qui marque, un roman coup de cœur.

Les lois de la frontière de Javier Cercas


Le livre : Les lois de la frontière de Javier Cercas. Paru le 08 janvier 2014 chez Actes Sud dans la collection Lettres hispaniques. Traduit de l’espagnol par Beyer, Elisabeth Beyer et  Aleksandar Grujicic. 23€ ;  (345 p.) ; 15×24 cm.

Réédité en poche dans la collection Babel le 2 septembre 2015. 9€70 ; (411 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

À l’été 1978, un adolescent de la classe moyenne en délicatesse avec son milieu croise la route du charismatique Zarco et de son amie Tere et devient un habitué de leur qg, un bar interlope dans un quartier malfamé de Gérone. Bientôt ils l’entraînent de l’autre côté de la “frontière”, au pays de ceux qui ne sont pas bien nés, l’initiant au frisson des braquages et au plaisir des tripots. Le garçon navigue entre les deux rives pendant tout l’été, irrésistiblement attiré par les lois de cette jungle dont il préfère continuer d’ignorer les codes, jusqu’au coup qui tourne mal.
Vingt ans plus tard, avocat établi, il assure la défense de son ancien camarade multirécidiviste et doit plaider. Pour le symbole vivant d’une rébellion salutaire, la victime expiatoire d’un système frelaté, ou les zones d’ombre de sa propre jeunesse ? Un écrivain, chargé de raconter l’histoire, recueille au cours d’entretiens divers les souvenirs et impressions des protagonistes. Lui-même cherche la vérité inattendue et universelle du romancier : l’ambiguïté.
C’est dans cette ambiguïté qu’excelle Javier Cercas, qui démystifie ici le romantisme de la délinquance comme celui de la rédemption, la démocratie espagnole et son miroir aux alouettes, les tourments qui toujours gouvernent l’exercice de la liberté.

 L’auteur : Javier Cercas Mena (né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres) est un écrivain et traducteur espagnol. Il est également chroniqueur du journal El País.
Extrait :
Bref, a conclu l’inspecteur Cuenca, quand j’ai fini de lire le livre, je me suis souvenu d’avoir entendu un jour un professeur dire à la télé qu’un livre est comme un miroir, et que ce n’est pas le lecteur qui lit les livres mais les livres qui lisent le lecteur, et je me suis dit que c’était vrai. Je me suis aussi dit: Putain, les meilleures choses qui me soient arrivées dans ma vie me sont arrivées à cause d’un malentendu, parce qu’un livre horrible m’a plu et que j’ai pris un malfrat pour un héros. L’inspecteur Cuenca s’est tu; puis, sans cesser de me regarder avec une malice infiniment ironique, avec une ironie absolument sérieuse, il a demandé: C’est drôle, non?

 Le post-it du bibliothécaire

Ce roman rassemble tous les ingrédients de l’efficacité et de l’excellence des récits de Javier Cercas : une intrigue tenue avec brio jusqu’à la dernière page, des personnages surprenants, anti-héros de leurs propres vies et miroirs opaques de leurs faiblesses les plus profondes, et ce subtil mélange entre histoire et fiction qui caractérise l’écriture de cet auteur.

A l’époque de la transition démocratique espagnole, nous partons ici en quête de l’identité d’un jeune délinquant, qui de souffre-douleur va devenir malgré lui le pilier d’une relation indéfinissable entre deux personnages à la fois solitaires et inséparables : Zarco, figure impossible de l’amitié, et Tere, figure impossible de l’amour. Ce trio infernal va traverser une série d’épisodes douloureux, porté par son irrésistible propension à la chute.

Ce roman de Javier Cercas fait preuve d’une écriture brillante, parfois incisive, parfois rondement développée, mais qui n’oublie jamais la raison d’être de l’intrigue : l’écriture, la figure même de l’auteur. Le récit est en effet porté par la reconstitution de l’histoire de Zarco par un écrivain. C’est ce double jeu entre l’invention d’une histoire et sa transcription qui rend les personnages de Javier Cercas si réels et si attachants.

Un coin de paradis de Isabelle Micaleff


IM  le livre : Un coin de paradis  de Isabelle Micaleff. Paru le 11 décembre 2015 chez Sixto éditions dans la collection le Cercle.  16€ ;  (197 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Un coin de paradis

Quoi de mieux pour apaiser un coeur brisé que des vacances en bord de mer ? C’est animé de cet espoir que Paul Tribot quitte Paris, en ce mois d’avril 1990. Il a dans les poches les clefs d’un coin de paradis, une petite maison tranquille et isolée, sur la côte bretonne.

Grisé par l’audace de ce voyage improvisé, il accueille à bord de sa voiture une jeune femme dont il croise la route. Un moment d’égarement qu’il va amèrement regretter. Elle aussi a besoin de se mettre au vert, et la destination de Paul lui apparaît comme une planque idéale. Tribot, qui n’a pas l’étoffe d’un héros, se retrouve pris au piège. La route des vacances ne mène pas toujours au paradis.

C’était clair maintenant : ils allaient mourir, tous les deux. Commença pour Paul Tribot un remue-méninges effréné. Il devait trouver une issue pour échapper à la mort.

IM&&&L’auteur :

Isabelle Micaleff a créé en 2011 les éditions En cours dédiées aux livres d’artistes. Par ailleurs, elle a depuis ouvert un café culturel collectif, Le Lieu commun à Jugon-les-Lacs, qu’elle anime tout en poursuivant son travail d’écriture.

Extrait : 
 » La mer brumait dans le soleil et l’on ne pouvait distinguer la ligne séparant la terre des eaux happée par cette atmosphère sauvage, Nathalie sentait qu’elle aurait pu rester ici un bout d’éternité. »

Résumé et petit avis :

Après une rupture difficile, Paul Tribot décide de quitter Paris pour aller se ressourcer en Bretagne, dans une maison en bord de mer. Pendant son trajet, il croise la route d’une jeune femme qui éprouve les mêmes besoins de changer d’air. Paul l’invite à l’accompagner en Bretagne mais il regrette amèrement sa proposition.

Nous allons suivre ici un quatuor de personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Enfin presque.

Il y a Paul Tribot, bien entendu, un soir de blues, a eu le malheur de s’arrêter prendre une auto-stoppeuse. Il y a cette auto-stoppeuse, Nathalie Nelson par qui tous les malheur de Paul arrivent . Nathalie, qui en route, braque une station service et contraint Paul a la suivre dans sa fuite. Il y a  l’ami d’enfance de Nathalie, que Paul va être contraint de récupérer. Et puis il y aura cette jeune fille, Marie Fressier, qui cherche une voiture pour la mener de Rennes à Lorient.

Et il y a aussi la Bretagne, véritable personnage central de ce roman. Ce bout du monde qui aurait du être un coin de paradis. Cette maison isolée, entre l’océan et l’étang qui la borde, cet ancien corps de ferme rénové avec goût si chaleureux et agréable pour oublier ses soucis, se ressourcer ou encore se planquer.

La Bretagne comme décor pour suivre cette confrontation. Où les personnalités des uns et des autres vont se révéler. La cohabitation forcée va même les exacerber. La promiscuité n’arrangeant rien à l’affaire !

A un récit, qui, une fois commencé, vous est impossible de lâcher jusqu’à sa conclusion. Car
Isabelle Micareff aime les mots et ça se sent. Son écriture est subtile, délicate. Elle tranche franchement avec la noirceur du récit.

Avec Un coin de paradis, elle signe un premier roman entre road trip et huis clos angoissant.

Une très belle découverte.

IM&

Paris la nuit / Jérémie Guez


Mes petites lectures

Jérémie Guez pendant le salon du polar de Montigny les Cormeilles en 2012

$$ $Le livre : Paris la nuit / Jérémie Guez. Paru le 9 février 2011chez la Tengo Editions. 12€50; (108 p.) ; 19 x 14 cm

Réédité en poche chez J’ai Lu le 7 mars 2012. 4€70 ; (125 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Paris la nuit

Abraham est un fils de la rue. Avec Goran, son ami d’enfance, il partage défonces, embrouilles et petites combines. Dealer à l’occasion pour assouvir ses propres besoins, il erre dans les rues de la Goutte d’Or à Paris, conscient que sa vie s’enfuit dans une direction toujours plus sombre, sans issue. À l’occasion d’une de leurs nombreuses virées dans un bar de la capitale, ils découvrent une salle de jeu clandestine qu’ils décident de braquer. Mais les truands ne vont pas les laisser s’en sortir indemnes. Vient alors le temps de la fuite de la planque, puis de la traque…

Paris la nuit est le premier roman de Jérémie Guez et le premier opus de sa trilogie parisienne.

Jérémie Guez pendant le salon du polar de Montigny les Cormeilles en 2012L’auteur :

Jérémie Guez est né au Sables d’Olonne , le 17/05/1988 .

Il grandit à Nantes avant de rejoindre Paris pour suivre ses études et terminer son roman. A l’âge de 16 ans, il commence à écrire « Paris la nuit ».
Fasciné par le Nord de Paris – Pigalle, Barbès, Belleville – de cinéma et de littérature noire américaine, Jérémie Guez mêle écriture documentaire et références fictionnelles.
Les droits d’adaptation au cinéma de ses œuvres ont été achetés par des producteurs français.
« Balancé dans les cordes » a reçu le Prix SNCF du polar 2013.
Il a participé à l’écriture du film biographique français « Yves Saint Laurent » réalisé par Jalil Lespert, sorti le 8 janvier 2014.
Jeune auteur de talent, il pose avec Paris la nuit, la première pierre d’un triptyque, dont Paris est le personnage central : de Barbès à Belleville en passant par le XVIe arrondissement. Le deuxième opus, Balancé dans les cordes, est publié aux Éditions La Tengo.

Extrait :

« – Je veux qu’on braque les types du bar. Je suis sûr que c’est un coup facile a organiser et qu’on peut récolter un maximum d’oseille sans prendre trop de risques. Ces types, ils ne vont pas porter plainte, tu comprends, et puis cet argent c’est pas grand chose pour eux. Il suffira de partir quelques semaines et puis tout va se tasser et on reviendra comme si de rien n’était
– Je sais déjà tout ça, Abe… je ne sais juste pas si on doit le faire.
– T’es con ou quoi, cet argent nous tend les bras… fais ce que tu veux, moi je vais en parler aux autres.
– Je ne te parle pas d’argent là, je veux juste savoir si tu es vraiment prêt a rentrer dans un bar cagoulé avec une arme à la main. Tu te souviens de mon frère, du bonhomme que c’était, je l’ai vu vomir avant de monter ses coups.
– Bien sûr que j’ai peur…
– Ce n’est pas seulement une question de peur… si on réussit à obtenir de I’argent avec des armes, nos vies vont changer.
– Mais non, il n’y aura pas de changements, on ne sera même pas recherchés par la police. On entre et on sort, ça ne va pas plus loin que ça.
– Abraham, tu ne le sais pas encore, mais si tu sors d’ici indemne, tu banderas tellement que tu recommenceras. »

Le post-it de Ge

Abraham, un petit dealer du quartier de Belleville où il a grandi, passe le plus clair de son temps à la recherche de clients et traîne le soir dans les bars. Un jour, il voit une occasion unique de s’émanciper de son quotidien en braquant une salle de jeux illégale. Il décide de monter le coup avec ses amis du quartier.

Dans ce court roman sans fioriture, Jérémy Guez nous décrit la descente aux enfers de deux petites frappes parisiennes. A vouloir jouer dans la cour des grands, ils vont se brûler les ailes. Et c’est sans complaisance et sans misérabilisme que l?auteur raconte cette histoire abrupte dans un style direct qui colle parfaitement à cette chronique noire et sociale. Un jeune auteur à découvrir.

Frank Sinatra dans un mixeur de Matthew McBride


9782351780909,0-2609310Le livre : Frank Sinatra dans un mixeur de Matthew McBride. Traduit de l’américain par Laurent Bury. Paru le 4 mai 2015 chez Gallmeister dans la collection Néonoir. 15,50€ ; (245 p.) ; 19 x 13 cm

Quatrième de couverture

Frank Sinatra dans un mixeur

Il faut une certaine dose de courage pour braquer une banque au volant d’une camionnette de boulangerie. Ou une certaine dose de bêtise. En tout cas, ça ne passe pas inaperçu. Et quand il s’agit de remettre la main sur le butin, flics et voyous se lancent dans la course. Pour Nick Valentine, ex-policier devenu détective privé, c’est l’occasion rêvée de se refaire. À chaque loi qu’il transgresse, à chaque bourbon qu’il descend, à chaque cachet d’Oxycontin qu’il avale, il s’approche un peu plus du jackpot. Ou de la noyade dans le Missouri.

Matthew McBride fait passer Mickey Spillane pour du Barbara Cartland. Si vous essayez d’arrêter le café et les cigarettes mais que vous n’êtes pas encore prêt à arrêter l’oxy, ce livre est pour vous.

mcbride1-stephanie-j-mcclain-54ae6fcfedaf2L’auteur : Matthew McBride a longtemps vécu dans une ferme dans le Missouri avec un taureau nommé Hemingway. Il s’est mis à écrire au cours des treize années qu’il a passées à travailler à la chaîne pour Chrysler.

Extrait :
Alors que j’accueillais à bras ouverts les premiers signes d’ivresse, je commençai à remarquer que mes pensées devenaient plus lucides à chaque cocktail que je préparais. Comme frappé d’un éclair venu du ciel, je compris la vérité qui était au cœur de ma vie : boire plus faisait de moi un meilleur détective.
Je mettais tout en ordre et je remplissais les blancs. Un jour, le monde s’émerveillerait de mon génie en matière d’investigation. Et mon héritage aurait beau être jonché de canettes de bière vides, je laisserais au moins une trace.

Résumé et avis :

Une nouvelle lecture à deux voix mais c’est véronique qui vous donne son avis moi je ne fais que le complété par mon petit ressenti.

Ex-policier devenu détective privé, Nick Valentine tente, entre deux cachets d’Oxycontin, de mettre la main sur le butin d’un braquage de banque.

Un polar bien noir à l’atmosphère pulp, et qui ne manque pas d’humour. Un récit qu’on suit pris dans les vapeurs d’alcool et de drogue qu’ingère à longueur de temps et à trop fortes doses Nick Valentine. Ce privé dépressif s’attire jusqu’au regard désapprobateur des caïds de la drogue qu’il côtoie. Le récit alterne entre deux points de vue : celui du privé en question, rédigé à la première personne, et celui plus distancié du narrateur classique qui décrit la course-poursuite rocambolesque des criminels. Un second point de vue moins embrumé alors qu’on aurait parfois aimé voir de façon un peu moins claire certaines scènes de torture à tendance « bouchère »…

Bon perso,( ma petite contribution), toute cette violence ne m’a pas gênée. Presque parfois cette ultraviolence servait le rythme du récit. Parce qu’il faut dire que c’est mené tambour battant. Et puis il y a un petit coté amorale dans tout cela, et ça aussi ça m’a paru plutôt indispensable pour faire ressortir le second degré de ce titre, parce que ce titre il faut  lui rendre justice, il est hilarant et purement politiquement incorrecte.

Matthew McBride est bel et bien une nouvelle plume du roman noir américain. La couleur qu’il donne à son roman décrit parfaitement cette Amérique en déliquescence.

Citation :
« L’alcool peut être le pire ennemi d’un homme,
Mais la Bible nous dit d’aimer nos ennemis. »
Frank Sinatra

Extrait 2 :

Agitant la queue de gauche à droite, Frank émit quelques
grognements joyeux. Il était prêt pour son petit déjeuner.
Pour puiser ses croquettes dans le sac, je me servais d’une
canette de Bud Light dont j’avais découpé le haut. J’eus
beau chercher des yeux, je ne voyais pas sa gamelle. Il aimait
la cacher dans son coin. Parfois, je me contentais de déposer
sa bouffe dans sa chaussure.
Ses quatre pattes s’agitèrent et ses griffes cliquetèrent.
Puis il produisit son aboiement sérieux, celui des grandes
occasions. Frank partait en mission croquettes et son ventre
gargouillait. Il aurait voulu avoir déjà le nez dedans. Je lui
déposai simplement sa pitance par terre, au même endroit
que d’habitude quand il n’apportait pas sa chaussure.
Complètement surexcité, il fonça tête baissée et la nourriture
s’éparpilla dans tous les sens, comme si une grenade à
main pleine de croquettes pour chien venait d’éclater. Puis
il ramassa quelques beaux morceaux et se dirigea vers son
lieu favori de l’autre côté de mon bureau, là où le carrelage
rencontrait la vieille moquette usée et sale qui n’avait pas vu
l’aspirateur depuis le jour où j’avais commencé à payer le loyer.

Les loups blessés de Christophe Molmy


Les loups blessés  de Christophe Molmy.  téléchargement (68)Paru le 12 mars 2015 chez La Martinière. 19€ ;  (334 p.) ; 23 x 14 cm
4e de couv :

Ce sont deux loups blessés.

L’un par une vie de braquages, d’extorsions, d’années passées en prison : Matteo Astolfi, un criminel de haut rang.

Le second par son métier, la pression de sa hiérarchie, les trahisons de ses indics : Renan Pessac, commissaire à Paris.

Leurs deux destins vont se percuter. De braquages en filatures, ils vont se chercher, se traquer. Chercher tous deux à échapper à leur destin, pour connaître l’impossible rédemption. Jusqu’au grand chaos.

téléchargement (67)L’auteur : Christophe Molmy est chef de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention, dite aussi Brigade antigang), à Paris.

Spécialiste du grand banditisme, il a commencé sa carrière dans la Police judiciaire à Marseille, et a longtemps travaillé à l’Office central pour la répression de banditisme (OCRB).

Il a 45 ans et c’est son premier roman.

Extrait : « Tout n’était que laideur. Cette bâtisse ressemblait à son monde, finalement, et tout était sa faute. Ses jambes faiblirent et il glissa lentement au sol. Il serra les dents pour ne pas se mettre à hurler. Son organisme ne secrétait plus d’endorphine, une souffrance atroce lui déchirait les entrailles à chaque respiration. La peau de ses mains avait pris une teinte blafarde qui l’effrayait. Prudemment, il glissa une main sous son teeshirt pour chercher la plaie du bout des doigts, mais la douleur le secoua de tremblements. Un goût métallique et salé inonda sa bouche, il cracha un peu de sang, considérant, vaguement hébété, la tâche brune qu’il venait de lâcher sur les carreaux de ciment défraîchis. Ses jambes étaient engourdies par l’humidité qui montait du sol. Quand tous ses membres furent paralysés par le froid, il cessa de lutter et se sentit flotter jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Plongé dans le noir, plus rien ne pouvait l’empêcher de se laisser couler. La pièce se mit à tourner autour de lui et il s’évanouit, enfin. Lorsqu’il reprit connaissance, le mur jaune pisseux était toujours là, en face de lui. Rien n’avait changé, ni ici ni dehors, et il sut qu’il allait devoir faire un choix. Il pouvait encore se battre, lutter pour se remettre debout et s’enfuir. Ou bien abandonner et mourir ici. »

Résumé et avis :

D’un côté, Matthéeo Astolfi, grand criminel. De l’autre, Renan Pessac, commissaire de police parisien. Deux hommes usés par une vie de hold-up et de prison pour l’un, de filatures, de pression et de trahisons pour l’autre. Entre braquages et planques, leurs destins se croisent avant de se télescoper. Premier roman.

téléchargement (66)Ça flingue chez les policiers. On connaissait Danièle Thiery, Jean Soubira , on a découvert Hervé Jourdain, Laurent Guillaume et dernièrement Olivier Norek et bien voilà le petit dernier, Christophe Molmy. Enfin petit c’est vite dit car chez les keufs c’est un cador. Il est l’actuel patron de la BRI, la Brigade de recherche et d’intervention de Paris.

Vous l’aurez compris, ici, on a à faire à un roman policier pur jus, du polar façon « Braquo » ou « Engrenage ». De la fiction oui, mais réaliste. Peut-être même du réel, allez savoir.  Car il est clair que Christophe Molmy s’inspire de ses années de lutte contre le grand banditisme pour ficeler cette intrigue.

Et que dire de ses deux personnages centraux, le flic et le voyou, le voyou et le flic. Si proche parfois que c’en est troublant. Si proche mais pourtant chacun dans son camps. M^me si un lien complexe peut lié ses deux là.. L’intransigeant  commissaire Pessac et le sombre Mattéo…

téléchargement (69)Et puis, Molmy nous raconte sa police, celle de l’intérieur, les relations avec la hiérarchie, la difficulté à menée une équipe, essayer de souder les individualités. Transiger avec les indics, bosser avec la justice, faire bonne figure avec le code de procédure et les avocats… Bref, la vraie vie d’un flic de terrain, un meneur d’hommes, un mec pris par la paperasserie administrative, un policier qui veut mener à bien ses missions.

Voilà, un très bon polar estampiller « pour dur à cuire » mais qui saura  aussi satisfaire les amateurs de roman policier réaliste.

Pour lire le début c’est ici

Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry


9782370470522,0-2144471Le livre :  Poubelle’s girls de Jeanne Desaubry. Paru le 5 juin 2014 chez Lajouanie éditions. 14,95 € ; (236 p.) ; 9 x 14 cm

4e de couv :

Poubelle’s Girls

Élisabeth peine à élever son fils et s’épuise en petits boulots. Paloma, en fin de droits, squatte les bancs publics. Les deux femmes se lient d’amitié et tentent d’oublier leur situation précaire dans le cocon apparemment rassurant d’une caravane déglinguée. La misère de leur quotidien les rattrape bientôt et les oblige à envisager de remédier à leurs soucis financiers en braquant à tout va… À l’autre bout de la ville, dans son cottage simili-hollywoodien, Blanche déprime sec et ne songe qu’à tuer son mari. Les deux pétroleuses vont fatalement croiser sa route dans des circonstances pour le moins dramatiques…

Jeanne Desaubry signe ici un roman d’une efficacité bouleversante mais irradié d’humour, d’émotion et de dialogues féroces. Paloma et Élisabeth sont assurément les cousines françaises de Thelma et Louise. Poubelle’s Girls est un roman noir, féministe (au sens le plus sympathique du terme) et revendicatif, diablement séduisant.

 

téléchargement (76)L’auteur : Née en 1958, élevée dans une ferme picarde, Jeanne Desaubry est devenue cadre hospitalière puis institutrice… Mais cette mère de quatre enfants a surtout opté pour le noir, après avoir découvert James Ellroy, « un choc total et définitif ». Blogueuse et romancière (Hosto, Dunes froides, etc.), elle signe avec Poubelle’s Girls son sixième livre, qu’elle publie aux éditions Lajouanie, créées en 2013

 

Extraits :
« Elle savait déjà, depuis longtemps, qu’elle ne l’aimait plus. Elle sait maintenant qu’elle veut le voir mourir.
Elle veut le tuer.
Elle va le tuer.
Il faut qu’elle le tue. »
« Mais aujourd’hui, tout est différent. Elles ont des armes, et Paloma se fait fort de décider Élisabeth à aller chercher le fric là où il est. »
« L’une des deux lui a explosé la tête quand il s’est précipité pour me défendre. Rex, c’était mon chien. Un berger allemand de huit ans, super affectueux. C’est trop cruel. Inhumain ! Ces femmes sont des assassins. »

Le post -it de la bibliothécaire

Le destin de trois femmes que rien ne prédestinait à se croiser sinon leur malchance dans la vie. Pour remédier à leurs soucis financiers, elles se mettent à braquer des commerces, cachées sous de curieux déguisements faits de sacs-poubelles. Toutes les complices de ce roman noir et féministe ne sortiront pas indemnes de cette rencontre.

téléchargement (75)Le sous titre de ce titre est « Roman policier mais pas que… », et effectivement c’est bien plus que ça. On va suivre Elisabeth, Paloma et puis viendra Blanche. La première tente d’élever seule Mathis, son adolescent de fils. Elle passe de petit boulot en job au black. Un jour elle rencontre la seconde, Paloma, elle aussi est en galère, pire elle est à la dérive. Cette femme vit dans la rue, elle a perdu son mari et du coup son logement. Et en plus elle est séropo. Galère je vous disais. Elisabeth qui est proche de la rupture elle aussi, tend la main à Paloma. Lui propose un abri et même sommaire celui-ci c’est mieux que la rue. Mais la situation financière de ces deux femmes, ne s’arrange pas, c’est la descente inexorable. Alors à force de partager les même galères, une complicité se fait réalité, peut-être même une amitié naissante. Ainsi naît le gang la plus improbable qui puisse exister,  le Poublelle’s girls. Elle vont aller chercher l’argent là où il est. Et à force de braquage, elle vont percuter la vie monotone de Blanche une grande bourgeoise qui s’ennuie dans son boulot de fiscaliste mais surtout dans sa vie de femme bafouée, trompée par Pierre son mari avocat, qu’elle rêve de tuer. A partir de là, en on est sûr, tout peut arriver.

Vous l’aurez compris, plus qu’un polar c’est un roman social que nous propose Jeanne Desaubry. On pense à Manchette ou  Elle pose son regard acéré sur notre société. elle en fait ressortir ces failles, ces travers. Elle nous donne à voir ces blessures. Et avec son style vif, alerte, ses dialogue cadencés, son ton décalé et humoristique, elle nous propose trois magnifiques portrait de femmes modernes. Et si son roman choral est un poil féministe c’est surtout une belle histoire criante de vérité et de réalisme.

C’est truculent, coloré et noir tout à la fois. C’est tout simplement excellent.

Citations :

  • « Tu veux quoi en échange ?Élisabeth secoue la tête. Rien, elle ne veut rien. Rendre service à plus mal barrée qu’elle. L’autre, avec ses galères, c’est elle, en pire. Oui, ça pourrait être elle, en pire. Oui, ça pourrait être elle, avec encore un peu moins de pot. Oui, elle, dans un an demain. Une femme comme elle, en galère, comme elle. Comme elle. »
  • « Des heures de chien, un mal de chien, une paie de chienne […] »

  • « Elle qui ne lisait que des classiques, du théâtre, s’est mise aux polars. »

  •  Elles sont dans la dèche, guère possible de descendre plus bas. » 

    J’ai adoré tout ce que j’ai lu de cette auteure

Et je ne suis pas la seule visiblement

À propos de Hosto : « « Quelle habileté ! Quelle architecture, raffinée, ciselée, ornée de personnages travaillés avec adresse, tissant entre eux des noeuds subtils, mais évidents, jamais définitifs… » Joël Jégouzo(Noir Comme Polar).

« Vous ouvrez le roman de Jeanne Desaubry pour vous détendre avec une bonne histoire policière qui va vous éloigner des sordides tractations médico-mafieuses, et pas de chance, la guerre hospitalière vous aspire dans son vortex… un très bon roman… » Jan Thirion(Pol’art Noir).

À propos de Dunes froides : « L’écriture est précise, factuelle, sans effets inutiles… La progression de l’affaire est maîtrisée en finesse et en détail. L’auteur mérite un prix d’excellence. » Claude Le Nocher(Action-suspense)