Papote d’auteur : Elena Piacentini est sous le feu des questions de notre porte flingue.


Aujourd’hui c’est la millième de Collectif Polar aussi je voulais vous faire un beau cadeau. Et ce cadeau c’est Elena Piacentini en personne qui nous l’a offert en acceptant de répondre à quelques-unes de mes questions.

Allez c’est parti pour …

Papote d’auteur : Elena Piacentini est sous le feu des questions de notre porte flingue.

GVL : Bonjour Elena,

Collectif polar ouvre ses portes aux entretiens d’auteurs et je suis ravie que tu sois parmi nos premiers invités.

Aujourd’hui je viens vers toi parce que tu viens de faire paraître aux éditions Fleuve, un nouveau roman : Comme de longs échos.

Mais avant de parler de ce nouveau titre, et même si je commence à te connaître un peu, j’aimerais que tu te présentes à nos lecteurs zé lectrices.

 Dis moi qui es-tu et d’où viens-tu ?

Elena : Tu commences fort avec tes questions philosophiques ! Je suis libre, maman, auteur, fidèle à mes valeurs, mon homme, mes amis, amoureuse de mon chat et de chocolat, passionnée, parfois rêveuse, parfois révoltée, gourmande… Je suis Corse et je vis à Lille qui est devenue ma ville d’adoption.

GVL – Ta définition me va bien ! Mais dis moi Eléna, le livre et la lecture pour toi c’est quoi ?

La vie, le monde, une infinité de mondes, un moyen d’aller à la découverte de ce qui est différent de nous, de mieux nous comprendre, de réfléchir à ce que nous sommes, à ce que nous voulons être ou ne pas devenir. Et, bien sûr, lire c’est se laisser traverser par les émotions et faire provision de souvenirs. Quand un personnage nous a touchés, qu’il soit réel ou fictionnel, ne change rien à la puissance des sentiments éprouvés.

GVL : Comment appréhendait-on le livre chez toi ?

Il y a toujours eu des livres à la maison. J’ai grandi dans un petit village sans librairie. Il y avait le bibliobus, le club France loisirs, les livres prêtés, oubliés, commandés… Longtemps, pour Noël ou mes anniversaires, j’ai reçu des livres avec de belles reliures que je considérais comme des trésors. D’ailleurs pour notre mariage, nous avons fait une liste de titres de La Pléïade. Ma grand-mère, qui n’était pas allée beaucoup à l’école, les considérait comme un moyen de s’élever autant que de s’évader. Mes parents, qui sont aussi de grands lecteurs, m’ont dit qu’ils pouvaient m’emmener n’importe où : il suffisait de me mettre un livre entre les mains pour que je leur fiche une paix royale !

GVL -Maintenant parlant un peu de tes personnages.

Et commençons par le commandant Leoni et mémé Angèle. Comment on aborde en tant que femme un personnage aussi charismatique que Leoni ?

En amoureuse 😉.  J’ai créé un homme avec lequel je pourrais vivre de longues années sans éprouver de lassitude. Etant donné le nombre de nuits où je m’endors en pensant à lui, c’était une sage décision. Il possède des valeurs qui me sont chères, même dans ses silences, il a de la présence. Ses peurs le rendent solide et déterminé. Ses fragilités et ce qui fait qu’il est faillible sont la clé de son humanité. Et il possède un beau rapport aux femmes, teinté de respect, d’admiration, de tendresse avec, toujours, la volonté de les protéger même s’il reconnaît volontiers qu’elles sont plus fortes que les hommes.

GVL : Elena, parles moi de sa mémé, Qui est-elle ? Et pour toi que représente-t-elle ?

Sa mémé, c’est ma mémé, LA mémé. Je pourrais t’en pondre des pages sur Angèle. Pour faire simple, cette femme était une géante. Je l’ai aimée, elle m’a aimée. C’est rare, dans la vie, un amour inconditionnel. Cette grand-mère ne m’a pas été « donnée ». Nous nous sommes choisies. Si nous étions nées à la même époque, elle aurait pu être ma meilleure amie. Si j’avais été un homme, je serais tombé en amour… À sa mort, le monde m’a semblé froid, hostile. J’ai eu du mal à respirer. Petit à petit, j’ai réalisé qu’elle était encore là et le serait dans ce qu’elle m’a donné, la force qu’elle m’a transmise. Quand je tourne une cuillère en bois dans une sauce tomate, quand je plie un drap, elle est avec moi.

GVL : Je le disais en préambule tu viens de rentrer chez Fleuve, mais le commandant Leoni, lui n’y est pas allé ? C’est normal qu’il ne t’ait pas suivie ?

C’est normal et c’est voulu. Concerté et prémédité. Je ne suis pas partie chez un « gros » et Leoni non plus, ce n’est pas le genre de la maison. La démarche peut surprendre parce que c’est habituellement ce qu’il se passe. Mais cela ne me ressemble pas. En proposant ce manuscrit à un autre éditeur, j’avais dans l’idée d’explorer des pistes nouvelles en dehors de la série des Leoni et, c’est vrai, de m’ouvrir des perspectives plus larges. Sans trahir. Les aventures de Leoni étant reprises chez Pocket, il y avait une synergie intéressante avec Fleuve. Mais le plus important, c’est la rencontre avec celui ou celle qui va vous accompagner sur le texte. Et là, j’ai eu un coup de foudre pour Valérie Miguel-Kraak. Et je sais pour quelles raisons objectives parce que j’ai déjà vécu l’expérience avec Véronique Ducros et Au-delà du raisonnable. Pour le reste on peut gloser des heures sur le sujet, reste qu’au cœur de la machine, grosse ou petite, il y a des personnes qui savent faire leur job d’éditeur avec passion, et les autres. La différence, c’est juste une question de moyens et de visibilité. Dans les deux cas, je bénéficie d’une totale liberté. Si ma collaboration avec Fleuve peut permettre à des lectrices et lecteurs de découvrir mon travail chez Au-delà du Raisonnable et inversement, tant mieux. De toute façon, il y aura toujours des grincheux pour dédaigner les « petits » et snober les « gros » pour de mauvaises raisons. Derrière mon clavier, je reste la même. J’écris des histoires sans me la raconter. Mon père s’occupe de protéger les forêts, son travail, une mission dont je prendrai la suite, a plus d’impact à long terme que le mien.

GVL : Elena, avant de reprendre la mission de ton père, dis moi, chez Fleuve tu commences une nouvelle aventure ?

Je l’espère. La suite de Comme de longs échos est en cours d’écriture. Puis, il y aura un Leoni. Et après, il y aura… autre chose. Je ne sais pas encore quoi. Mais je sais que j’ai besoin de défis pour avancer.

GVL : Parle-moi de ces nouveaux personnages. Moi, 3 m’ont marquée, Mathilde, Pierre, Adéle….

– Ah Adèle ! Adèle c’est l’enfant libre, vif et solaire, qui sommeille en chacun de nous. C’est le rayon de lumière de ce roman, celui qui permet d’éclairer d’autres facettes de Mathilde. En dehors de Pierre Orsalhièr, j’ai une affection particulière pour Albert Lazaret et son amour délicat, pudique et désespéré envers Mathilde.

GVL : Cette fois tu as une femme comme personnage central. Quels sentiments ça suscite en toi ? Est-ce plus facile de s’identifier ?

Je ne me suis pas posé la question. Ce n’est pas différent pour moi, d’animer un homme ou une femme. Je travaille sur les mécanismes psychologiques. Nous avons tous en nous une part masculine et féminine, il suffit de faire bouger le curseur dans un sens ou dans l’autre. Et certains hommes expriment plus de sensibilité que bien des femmes. Ce qui me semblait intéressant, avec Mathilde, c’est qu’elle déploie une grande énergie à nier ses peurs, à mater ses sentiments. Pierre, c’est un mec qui a pris de l’altitude au sens propre comme au sens figuré et qui a un rapport charnel à la nature. Il a les idées claires, il est en paix avec ses émotions, ce qui n’est pas le cas de Mathilde. Dans le fond, je me sens plus proche de Pierre 😉.  Même si j’ai une grande tendresse pour Sénéchal et que j’ai envie de lui donner un coup de pouce pour qu’elle réussisse à franchir une étape.

GVL : Quel plaisir est-ce que de recommencer une nouvelle histoire ? Et de créer de nouveaux protagonistes ?

C’est un plaisir, disons… masochiste ! On repart de zéro. C’est excitant et angoissant. Mais, même avec Leoni, j’éprouve ce sentiment. Et j’ai l’impression que ça empire.

GVL Dis-moi, pourquoi le polar Elena ? Pourquoi avoir choisi ce mode d’expression ?

– Parce que c’est ce que j’aime lire. Je ne suis pas fan du lapin, tu vois, et c’est peut-être une coïncidence, mais je n’en cuisine jamais. 😉

Au sujet du Polar, j’ai en mémoire une phrase de Michèle Witta qui disait « un polar c’est un roman où un délit est commis ». La définition me plaît car elle est ouverte, généreuse. Elle inclut tous les grands « classiques » qui m’ont fait vibrer.

Justement, puisque Michèle Witta a été et reste mon mentor,  je me permet une dernière question.  C’est du roman policier, mais c’est avant tout de la littérature et ta plume en est la preuve. Alors quand on a l’écriture que tu as, ne pourrait-on pas passer à de la littérature blanche comme on la nomme ?

– Je vais où mes personnages et ce que j’ai envie de raconter me portent. Pour le reste, la question du genre, c’est juste histoire de savoir où l’on va ranger les livres. Les étiquettes n’engagent que ceux qui les collent. Il y a probablement un domaine où je n’irai jamais, c’est celui de l’autofiction. Je ne suis pas assez égocentrée pour ça.

GVL : En fait, Eléna, j’aimerai aussi que tu me dises d’où te vient ce goût des mots ?

En poésie ou en littérature, il y a des passages où chaque mot est juste et à sa place. À la lecture, une porte s’ouvre. Derrière, il y a une « vérité » ou une émotion. Quelque chose qui se refusait à vous et qui soudain devient évident. C’est magique. Comme la cuisine de Mémé Angèle et l’amour qu’elle y mettait.

Merci  beaucoup Elena pour cette première interview qui, je te l’avoue, m’a impressionnée. J’aurai aimé te poser un tas d’autres questions mais je sais ton temps précieux. Cependant un jour il faudra que tu me parles de ton boulot de scénariste, hein ?

– Merci à toi, Geneviève, d’avoir été là dès le début et d’avoir cru en moi. Pour la suite, c’est quand tu veux.

Rhoooo chanceuse que je suis !

Aussi chères lectrices et chers lecteurs, vous pouvez, si vous le souhaitez, retrouver les tous derniers polars d’Eléna.

ICI : Comme un long échos chez Fleuve éditions

Là : Un corse à Lille chez Au delà du raisonnable 

Et là  : Aux vents mauvais chez Au delà du raisonnable.

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Un Corse à Lille de Elena Piacentini


Le livre :  Un Corse à Lille : une enquête du commandant Léoni de Eléna Piacentini. Paru le 1er juin 2017 aux éditions Au-delà du raisonnable.  18€ ;  (300 p.) ; 20 x 14 cm

Leoni, le commandant de police corse créé par Elena Piacentini en 2008, débarque à Lille avec une réputation de dur-à-cuire, sa grand-mère et ses dossiers. Sa nouvelle équipe n’en saura pas plus avant que le cadavre d’une jeune prostituée et celui d’un chef d’entreprise au management brutal propulsent le groupe d’enquêteurs sur le terrain. C’est là que les flics se jugeront. Et le Corse préfère ça à de longs discours.

La série policière des enquêtes de Pierre-Arsène Leoni compte 7 romans. Les trois premiers (parus chez Ravet-Anceau) étaient introuvables depuis plusieurs années. Les éditions Au-delà du raisonnable en propose une nouvelle édition, revue, afin de réunir toute la saga. Voici le premier, Un Corse à Lille. Les tomes 2 et 3 paraîtront fin 2017 et en 2018. Les enquêtes de Leoni peuvent se lire dans n’importe quel ordre.
« Leoni, un flic qui tranche » Christine Ferniot, Cercle Polar-Télérama
« Elena Piacentini a inventé un sacré personnage » Yann Plougastel, Le Monde

 

L’auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia et vit à Lille depuis vingt ans. Elle a créé Pierre-Arsène Leoni,un Corse qui dirige la section homicide de la PJ lilloise. Elle orchestre avec psychologie une humanité malmenée et excelle dans la construction narrative complexe de destins croisés.Elena Piacentini est également scénariste (Albertine Productions,France TV, Image & Cie-Lagardère). On se souvient de Tensions sur le Cap Corse diffusé le 8 avril dernier sur France 3. Elena est aussi novélistes, elle a participé à de nombreux recueils de nouvelles et souvent pour de belle causes. Elle est l’une des voix émergentes du polar français.

 

Extrait :
«Pierre-Arsène était convaincu que Stanislas Bailleul avait été retenu prisonnier de cinq à sept jours, par la personne qui avait fini par le tuer. Sa mort n’avait pas été douloureuse, puisqu’elle avait été provoquée par une overdose de morphine. Quant aux blessures en forme de croix sur le torse, elles avaient été infligées post mortem, vraisemblablement par un scalpel. Tout cela ne militait pas en faveur de la thèse de la vengeance, et la mise en scène du meurtre semblait trop élaborée pour quelqu’un qui aurait simplement voulu égarer la police…»

Le Post-it de la bibliothécaire :

Le commandant Pierre-Arsène Léoni n’a guère le temps de s’habituer au climat du Nord. À peine arrivé à la P.J. de Lille, ce flic d’élite, spécialiste des homicides, doit faire face à une vague d’enlèvements de chefs d’entreprise dont on retrouve ensuite les cadavres, le torse marqué d’une croix. Racket, crimes mystiques ou règlements de comptes ? Léoni et son équipe traquent un ennemi qui rend sa propre justice.

Qu’elle plaisir de retrouver le commandant Léoni dans cette enquête qui est sa toute première enquête lilloise. On remonte au source, et le voir s’intégrer à son équipe et prendre ses marques, c’est un vrai régal.

Redécouvrir Mémé Angéle et son affection, ses petits plats, ses proverbes corses. Un pour chaque moment de la vie. C’est qu’elle est philosophe et aimante notre mémé Angèle. Nous aimerions l’avoir pour grand mère, nous aussi.

En plus de ça la réécriture de ce 1er roman par son auteur lui apporte une profondeur et une épaisseur qui lui confère toutes les qualités d’un excellent polar. Une véritable humanité se dégage de ces personnages et de ces dialogues, un roman à ne surtout pas manquer. Et que j’ai relu avec un plaisir non dissimulé.

GVL

Consulting de François Thomazeau


Collectif polar.biblio

28consulting-francois-thomazeauLe livre : Consulting de François Thomazeau. Paru le 15 octobre 2010  chez Au-delà du Raisonnable. 15€ ; (204 p.) ; 19 x 13 cm

Excepté les victimes, les personnages de cette histoire semblent mépriser toutes les formes de sincérité et d’idéalisme qui pourraient subsister dans notre société. C’est leur job. Antoine, consultant employé par La Boîte, et Pascal, syndicaliste plaqué par sa femme et licencié suite à un plan social, sont enchaînés l’un à l’autre par une conjoncture violente. Petits maîtres de l’ironie ou vrais cyniques, le tandem, que les temps modernes ont revêtu d’un réalisme troublant, se lance sur les routes en quête de réhabilitation. Bien sûr, ils n’ont ni les mêmes motivations ni les mêmes méthodes, et les pistes se brouillent. On pense à Lautner car, dans ce scénario noir et caustique sur le dégraissage nouvelle tendance, la critique sociale avance à peine masquée, avant d’exploser en exutoire. Une reconversion, comme disent les managers.

thomazeau-2010-01-ok-1L’auteur : François Thomazeau est né à Lille en 1961 et vit à Marseille. Journaliste sportif, il travaille pour les rédactions parisiennes et, depuis les années 90, écrit des romans noirs. Editeur, traducteur, il nourrit des blogs sur la musique, le sport, il a aussi enregistré plusieurs disques… Il est l’un des pionniers du néopolar marseillais avec Jean-Claude Izzo ou Gilles Del Pappas, c’est une figure de l’édition marseillaise et, au-delà, son regard décalé et caustique lui confère l’ironie d’un Westlake à la verve croisée avec celle d’un journaliste amoureux du Tour de France. Tout à fait à part ce Marseillais né à Lille !
Extrait :
 » Il s’en voulait parfois de s’emporter ainsi et de creuser lui-même son ulcère et sa tombe, mais il avait besoin de savoir. Installait-on à la porte de sa chambre un « Ne pas déranger » juste avant de faire l’amour, tout à la frénésie de l’instant ? Non. Le panonceau avait été placé après. Et pour qu’on ne dérange pas, justement, le sommeil d’une morte et la fuite de son assassin.
Elle s’appelait Maryse Mauroy et était DRH dans une société d’emballage. Ce n’était pas la première fois que Madame le Directeur la voyait. Elle venait deux ou trois fois par an pour des séminaires, des réunions de travail. C’était d’ailleurs dans une de ces salles de réunion, le salon Opale, un réduit à la moquette usée, encombré d’une table ronde, de fauteuils en tissu, d’un tableau aux feuilles arrachées et d’un écran pour les Power Point, que Blanco interrogeait le personnel. L’hôtelière se souvenait d’elle parce que, voilà deux ou trois mois, lors d’un de ces brainstormings d’entreprise, elle avait fait une sortie rageuse et confié à la patronne que le groupe s’apprêtait à licencier plusieurs centaines de personnes, sans trop de ménagement. On voulait lui faire porter le chapeau. « Je ne suis pas devenue DRH pour virer du monde ! » s’était-elle écriée. DRH. Il n’y en avait pas dans la police. La BRB, le SRPJ, la Paf, la Bac. Mais pas de DRH et peu de RTT… Cette fois-ci, Maryse Mauroy était venue seule, apparemment. Elle devait rencontrer un type important. Un consultant. Sa compagnie faisait l’objet d’un audit avant de lancer un plan social, et elle comptait beaucoup sur ce rendez-vous pour découvrir des solutions miracles.
–  Vous l’avez vu, ce rendez-vous ?

(…) « 

L’avis des bibliothécaires : Catherine et Geneviève

Suite à un concours de circonstances violentes, Antoine consultant sans fois ni loi, employé par La Boîte mais trahi  par son employeur, et Pascal, syndicaliste minable quitté par sa femme et licencié suite à un plan social, se retrouvent enchainés l’un à l’autre.

Le tandem est obligé de se lancer sur les routes en quête de réhabilitation. Chacun de nos protagonistes va se débattre pour survivre, chacun avec ses inspiration et ses démons, ses différences.

Nous allons assister à leurs errances et leur perdition dans ce road-movie sanglant et drolatique

L’histoire reflète bien le cynisme malsain de notre époque représenté par ces affreux jojos dont les dialogues rappellent ceux d’Audiard.

Un roman noir et une critique sociale sur le thème du licenciement  nouvelle tendance.

François Thomazeau nous livre ici une juste démonstration des rapports sociaux actuels illustré par des dialogues écrits au couteau.

Aux vents mauvais de Eléna Piacentini, le chouchou du week-end.


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97829191742700-3258535Le livre :  Aux vents mauvais : une enquête de Pierre-Arsène Leoni  de Eléna Piacentini. Paru le 5 janvier 2017 chez Au-delà du raissonable.  18€ ; (392 p.) ; 19 x 13 cm

4e de couv :

Dans les caves d’une maison en démolition, la découverte d’un corps en position de gisant permet à Leoni de rouvrir un dossier de disparition. Non loin de Lille, les germes de la haine ont pris racine et tant pis pour l’illusion d’une campagne paisible. Le Corse est aspiré dans cette enquête avec le sentiment de perdre le contrôle des événements. Il n’est pas le seul, le lieutenant Thierry Muissen vacille et les destins des uns et des autres tourbillonnent, brassés entre passé et présent, à la merci d’un souffle puissant comme celui qui arracha Jean-Toussaint à sa terre et aux bras de Mamilouise pour le précipiter dans ceux de Marie-Eve. Que restera-t-il d’eux quand le rugissement des vents mauvais se sera tu ?

elenaaL’auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia. Elle a donné naissance à Leoni, le commandant de police corse qui dirige la section homicide de la PJ de Lille, capitale du Nord dans laquelle l’auteure vit. Dans ses romans, Elena Piacentini orchestre avec psychologie une humanité malmenée, souvent victime de ses choix entre l’ombre et la lumière. Après Des forêts et des âmes, finaliste du Prix des Lecteurs Quais du polar/20 Minutes et du Grand prix de littérature policière en 2015, Aux vents mauvais est le septième roman de la série.

 

 

 

Petits résumé et avis :

 

Dans les caves d’une maison en démolition, la découverte d’un corps en position de gisant permet à Leoni de rouvrir un dossier de disparition. Le policier et son lieutenant Thierry Muissen se retrouvent aspirés dans une enquête où s’entremêlent plusieurs destins, dont ceux de Jean-Toussaint, Mamilouise et Marie-Eve.

Au début, il y a le couteau qu’un gosse doit cacher dans un arbre, sur une île lointaine. À l’arrivée, cinquante ans plus tard, il y a un cadavre scalpé dans une cave de Roubaix. Leoni arrive alors bien trop tard pour protéger et servir. Tout juste pour compter les morts, chercher pour eux la justice, et comme toujours trembler pour les siens.

Septième aventure du commandant de police corse à Lille. Et je ne m’en lasse pas. Elena Piacentini est une des auteurs que je suis depuis ces débuts. Oui déjà 9 ans que je trouve son personnage , ses personnages attachants. Elena a trouvé son double dans le personnage de Pierre-Arsène Leoni. C’est certain. Léoni « est habité de convictions fortes, le sens de l’amitié, de la justice, même si tout cela n’est pas toujours compatible avec la loi. Il est donc bourré de contradictions, mais il sait les assumer  »  nous disait notre auteur, il y a quelques jours, lors du lancement de Aux vents mauvais. Mais il y a, certainement aussi, un peu de notre auteurs dans les proches de Léoni et dans son équipe de flic.

Justement cette équipe parlons en. Elle me fais bien penser à celle d’un commissaire bien connu. Un certain Adamsberg. Vous qui adoré retrouver ce groupe de policier, vous allez aimé les enquêtes de Léoni. Il y a du Fred Vargas chez Elena Piacentini. Et personnellement j’aimerai qu’elle connaisse le même succès.

On retrouve aussi dans chacun de ses romans , le goût de l’auteur pour les intrigues complexes au dénouement inattendu.

En plus de l’enquête policière, Elena porte un regard sur notre monde. Je ne sais pas si le but le l’auteur est de dénoncer les dérèglements de notre société. Ce qui est sur c’est qu’elle nous les fait voir. Elle se pose en observateur de son temps. Elle réveille notre mémoire et notre conscience citoyenne.

Dans chacun de ses romans, elle pointe du doigt une injustice, un dysfonctionnement, les improbités. Dans Des forêts et des âmes, c’est le lobby des laboratoires pharmaceutiques et leur leadership qui était mis en avant. Dans Carrières noires c’est les politiciens véreux rompue à toutes les magouilles qui occupe le haut du pavé….

Le politique, le social, l’économie sont au coeur de ses romans.

Ici c’est une infamie de notre histoire contemporaine qui nous est raconté. Il y est question d’une page sombre de l’histoire, largement méconnue : Quand dans les années 60 et 70, des centaines d’enfants réunionnais ont été déracinés dans le but de repeupler les campagnes françaises.

Elle va nous conter cette histoire à travers les yeux de Jean Toussain. Un petit gars arraché à son île et à ses proches qui va tenter de grandir en France loin des gens qu’il aime. Un jeune garçon déraciné qui se raccroche à la vie grâce à l’amour qu’il porte à Marie Eve et au rêve de retourner vieillir ensemble sur à la réunion, son paradis perdue.

Et dieu qu’il est émouvant ce Jean Toussain dans sa recherche de Marie Eve et des ses amours évanouies.

Et puis…Un roman Elena Piacentini ne serait pas un roman extraordinaire  sans cette écriture  unique et si singulière.  Cette plume qui transpire l’humanité, j’ai envie de dire l’humanisme. Car je le crois vraiment  que notre auteur est une écrivain humaniste. Car tel un philosophe, elle place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs.

Oui la plume est unique et singulière, emplie de lyrisme et de poésie. Les mots chantent et s’entrechoquent. Elena cisèle ces phrases, elle les sublime par sa prose parnassienne. C’est un véritable plaisir de lecture. Un régal à lire.

Aussi si vous devait lire un livre en ce début d’année. Pas d’hésitation. Aux vent Mauvais, nuls doutes, il faut vous atteler.

Ok, j’arrête de suite mes alexandrins bancals. Mais vous de votre coté, promettez-moi de découvrir de toute urgence cet auteur de talent.

En plus vous n’aurez pas d’excuses ces précédents romans sont en poches.

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Rencontre avec Elena Piacentini


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Il y a trois jours avait lieu le lancement de la septième enquête du commandant Léoni.

Pour la sortie nationale de ce 7e opus des aventures de Léoni, Véronique Ducros et Lamia Toumi ont imaginé une rencontre sous la forme d’une petite causerie.

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Présentation de l’auteur :

Lilloise d’adoption, Eléna Piacentini partage son temps entre une activité de consultante en management, sa famille et ses deux passions : la Corse et l’écriture. À 38 ans, elle a publie son premier roman, Un corse à Lille, dans lequel se côtoient son île natale et le Nord où elle s’est installée au milieu des années 1990.

Après 3 polars parus chez Ravet-Anceau, elle rejoint la team de Véronique Ducros qui vient de monter sa petite maison d’édition, Au-delà du raisonnable. Les deux femmes travaillent ensemble et parait dans la foulée, en 2012, Carrières noires. On y retrouve avec plaisir Pierre-Arsène Leoni, un Corse, commandant de police de la PJ de Lille, capitale du Nord. Dans les enquêtes de ce meneur d’hommes soudé à son équipe, ses amis, sa famille, Elena Piacentini orchestre, avec psychologie et tendresse, une humanité hétéroclite et malmenée, entre ombre et lumière.

Carrières noires est son quatrième roman. Et j’avoue que, moi qui suis fan de cette auteure depuis son premier roman, j’ai vu éclore avec ce titre une nouvelle grande dame de polar français. J’avais pressenti le potentiel d’Elena dans ces premiers titres. Mais avec ce titre, la collaboration avec sa nouvelle éditrice à porter ses fruits. La collaborations de ses deux femmes a été non seulement fructueuse mais aussi elle a été le déclencheur du véritable talent de notre auteur.

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La rencontre :

Je suis arrivée une bonne heure à l’avance chez Gibert Joseph. J’ai noté 17 heure que voulez vous. Alors j’en ai profité pour faire un petit tour dans le domaine de notre hôtesse, le rayon polar. Je n’ai pas été déçue, Lamia était là fidèle au poste. Elle renseignait des lectrices. Je me suis mélée à elles. Et nous avons échangé à brûle pourpoint sur nos lectures, partageant nos ressentis et conseillant nos coups de coeur.

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Et puis Elena est arrivée.

Là quelques lecteurs présents en ont profité pour demander une petite dédicace, j’ai fait de même. Echangeant quelques mots avec Elena que je rencontrais pour la première fois. Je lui ai dit toute l’admiration que j’ai depuis tant d’année pour son talent de conteuse. J’ai lu son premier roman il y aura bientôt neuf ans.

Alors qu’Elena poursuivait ses dédicaces, quelques connaissances ont pointé leur nez. Et forcément entre passionnés nous n’avons pas pu nous empêcher de papoter entre nous. Cette fin d’après-midi a été l’occasion de revoir d’autres amoureux du polar et quelques autres auteurs venu(e)s en ami(e)s saluer et écouter Elana .

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Papoter avec Jeanne Desaubry, Christiane et Michel Trigori, Pierre Faverole, Thomas Bauduret. Aperçu Ga Roupe, saluée Danielle Thiery, rencontré Alain Bron.

La causerie :

Puis est arrivé la causerie.

Lamia et Elena se sont installées devant nous. Et l’échange entre notre auteur et notre libraire a débuté.

Lamia nous prévient tout de suite, c’est pas simple de passer à la question un auteur de polar sans trop en dévoiler sur l’intrigue ou les intrigues.

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Elle demande à Elena si l’actualité influence son choix de sujet. Et…En effet le politique, le social, l’économie sont au coeur de ses romans.

Dans son dernier il y est question d’une page sombre de l’histoire, largement méconnue. Quand dans les années 60 et 70, des centaines d’enfants réunionnais ont été déracinés dans le but de repeupler les campagnes françaises.

Dans les années 60, La Réunion connaît une surpopulation dramatique, avec, en moyenne, 9 enfants par foyer, et un taux de chômage frôlant les 40 %. Sur l’île, le climat social est explosif. Parallèlement, en métropole, l’exode rural fait des ravages dans les campagnes désertées, et le besoin de main d’œuvre dans les fermes devient criant.

Pour le député de La Réunion, Michel Debré, le calcul est simple : il suffit de « déplacer le trop plein vers le trop vide ». L’élu met en place la politique d’une promotion de l’émigration massive vers la France métropolitaine grâce au Bumidom, le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre Mer. À La Réunion, mais également à la Martinique et en Guadeloupe, l’administration française promet des études et des emplois aux candidats au départ.

On a menti aux familles, aux enfants, les déracinés n’ont pas fait les études promises. On a tout fait pour que les liens avec leur île soit coupés. Les petit Réunionnais étaient condamnés à l’assimilation.

Le scandale qui entoure les « Enfants de la Creuse », environ 1600 enfants de La Réunion envoyés dans les zones les moins peuplées de la France de 1963 à 1982, reste un vrai traumatisme pour nombre de ces gamins.

Puis pour finir et détendre l’atmosphère Lamia a proposé un mini portrait chinois à Elena. Un portrait croisé de notre auteur et de Léoni son personnage principal.

Nous avons beaucoup rit durant ce portrait chinois. L’humour d’Elena est contagieux.

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Voilà, ce fut ma première rencontre avec Elena Piacentini.

Et vous savez quoi j’en redemande d’autres.

J’ai à mon tour de nombreuses questions à lui poser.

Pour en savoir plus : Notre petit avis sur la 6e enquête de Léoni :  Des forêts et des âmes, ICI

Merci  Lamia, Elena et Véronique pour ce parfait moment de partage.

Ces dames du noir 12 (épisode 1) : Papotages entre une éditrice et une bibliothécaire.


Souvenez vous, il y a 6 mois je buvais un verre avec Véronique Ducros, la fondatrice des Éditions Au-delà du raisonnable. Et nous avions eu une petite conversation qu’il nous a fallu interrompre.

Installées devant nos verres, je fais à Véronique une proposition indécente…

– « J’aimerai, Véronique, que tu sois une de mes dames du noir ? »

-« Tu m’expliques ? Une de tes dames du noir… »

« oui, c’est un sorte d’interview, plutôt un entretien, tu vois, plus une conversation entre une bibliothécaire et une éditrice par exemple !

-« Ok me dis Véronique, tu veux quoi ? »

-Ben tout, enfin comment t’es venu l’idée de créer une maison d’édition, quand est-elle née, Pourquoi s’appelle-t-elle ainsi ? Et qui es tu ? enfin tout cela, tout cela…..

Et Véronique d’embrayer.

Et ça donner ça une petite conversation entre elle et moi

Mais comme nous n’avions pas fini notre papotages, nous aimerions vous en faire profiter maintenant .

Allez c’est parti pour le 2e opus :

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GVL :       Pourrais-tu te présenter brièvement. D’où viens-tu ?

Véronique Ducros :       Je suis née à Toulouse. Ensuite, je n’ai pas arrêté de bouger mais je vis à Paris depuis plus de vingt-cinq ans. Je sais et je sens mieux où je suis que d’où je viens.

 

GVL :  Quelle place avait la lecture dans ton milieu familial.

VD : Une activité régulière de mes parents qui lisaient des choses différentes, mon père des essais, des biographies, ma mère de la littérature française, allemande… Moi enfant, des bibliothèques : des roses, des vertes, des rouge et or puis vers à la pré-adolescence des Frison-Roche, des Barjavel, Le Grand Meaulnes et L’Arrache-cœur… J’en ai toujours lu des tonnes. Je me souviens avoir lu trois fois de suite Les Mal-Partis, de Jean-Baptiste Rossi, le vrai nom de Japrisot que l’allais tant aimer plus tard.

 

GVL : Comment appréhendait-on le livre chez toi ?

VD :     Deux chaînes de télé, pas d’ordi… on appréhendait rien : il y avait des maisons où il y avait des livres et d’autres non. Dans la mienne, il y en avait, il en arrivait par la poste quand nous habitions la campagne. On les prenait ou on ne les prenait pas, moi je les prenais. Lire, c’était comme marcher pour aller d’un point à un autre, se mettre à table pour se nourrir.

 

GVL :    Quelle a été ta formation ? 

VD :    Foutraque : bac philo-latin-grec, étudiante à sciences-po dilettante, et danseuse professionnelle. Puis libraire deux ans chez France Loisirs, avec une voix au comité de lecture et des tas de fiches de lecture à mon actif… Ensuite, j’ai été pigiste dans un nombre incalculable de canards, avant de me poser définitivement à Paris Match. Lorsque j’en suis partie, j’étais secrétaire générale de la rédaction, chef d’édition pour faire simple.

 

GVL   Ton boulot, vocation ou bien ?

–       Non, c’est le fruit d’un questionnement à un moment de ma vie : j’ai choisi de quitter mon journal et obtenu de bonnes conditions de départ. À partir de là, j’avoue que la liberté m’a rendue ivre, avec le sentiment que je pouvais tenter ce que je voulais. Donc je me suis posé la question, luxueuse : qu’est-ce que tu veux ? Paf, tu te réponds et paf ! tu le fais ! Elle est pas belle la vie ? J’ai fait bien attention à ne pas aller me faire décourager par mes futurs confrères éditeurs : les obstacles, on ne les saute jamais mieux que lorsqu’on y est obligé. Passer de Lagardère Active à one-man-company, c’est l’aventure professionnelle qui m’attirait le plus.

 

GVL :     Pourquoi le polar ?

VD :   Encore une histoire de liberté. En presse écrite, la tendance, depuis de (trop) nombreuses années, est au raccourcissement des textes, à l’abandon des longues enquêtes, du travail de fond et d’analyse journalistique, à la couverture de l’événement dans l’immédiateté, sans recul. Les patrons de presse ne sont plus les patrons, ce sont les groupements d’industries et leurs annonceurs. Bref tous les champs de l’écrit se sont rétrécis et l’auto-censure règne en maître. La littérature est un art, et comme tous les arts un média libre, et la littérature qui parle du versant noir monde, c’est le polar… Je sens que là, on va chipoter sur la définition de polar, ce que c’est que la littérature noire… C’est de la littérature !

 

GVL :     Tu lis tous les jours du polar ? Sous qu’elle forme ?

VD :   Je lis tous les jours (et les nuits) et je ne lis que des romans noirs ! Non, je fais des exceptions, mais ce n’est pas le sujet. Et comme – tu vois ? je le savais ! (voir ci-dessus) – ça peut paraître réducteur, je tiens à préciser que, pour moi, très peu de choses n’entre pas dans cette catégorie du  “noir” : les autofictions, le récit sentimental, la chick-lit…, on a si vite fait le tour des nombrils. Je lis des livres papier, grand format ou poche, et les manuscrits que je reçois sont pour la plupart des PDF, je les lis sur tablette.

 

GVL : Combien par semaine, par moi, par an…

VERONIQUE  :   Trois, quatre par semaine, je dirai… hors la lecture des manuscrits qui nous sont envoyés aux éditions – un demi-millier par an (mais moins d’un tiers est sélectionné pour une lecture intégrale par un comité de lecture de quatre personnes).

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GVL : Comment on décide de devenir éditrice ?

VD : Je cherche les livres que je rêve de lire avant tout le monde. La lectrice Alpha ! Ensuite, je me projette le plaisir des futurs lecteurs qui vont le découvrir, je les envie d’avoir encore ce plaisir devant eux. Je suis une lectrice à la fois exigeante et enthousiaste, bon public. Tu vois, je ne cache rien, je te livre la réponse avant d’y appliquer le bel habit de la démarche intellectuelle qui va bien. Tu apprécies ? Ou tu veux que je te joue la version Saint-Germain-des-Prés ? Plus sérieusement, participer à la résonance d’une œuvre littéraire avec son époque est passionnant. J’ai décidé depuis l’enfance de ne faire que des boulots passionnants (je n’ai pas toujours réussi, mais j’ai toujours essayé)…

 

GVL : C’est quoi le métier d’éditrice ?

VD : Souvent, on se gargarise avec cette idée que les éditeurs sont des passeurs. Mais dans la chaîne du livre nous le sommes tous un peu, entre l’auteur et le lecteur, tout au long du chemin, diffuseurs, journalistes, bibliothécaires et libraires. Les vrais passeurs pour moi ce sont les bibliothécaires et les libraires qui parlent des livres et persuadent avec pertinence des lecteurs dont ils connaissent les goûts. L’éditeur, c’est plutôt un défricheur, un maïeuticien… et un gestionnaire (il le faut).

 

GVL : Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?

VD : C’est la direction littéraire, la maïeutique, la taille du diamant. C’est le travail éditorial en duo auteur-éditeur, répondre à ce besoin-là, si l’œuvre ou l’auteur le demande. C’est une phase durant laquelle ce duo a conscience du chemin qu’il fait parcourir au roman vers le lecteur.

 

GVL : Comment on décide d’éditer tel titre plutôt que tel autre ?

VD :  Dans le cas de la direction d’une petite structure éditoriale comme Au-delà du raisonnable, c’est hyper simple. Mon réflexe, mon envie et mon prime enthousiasme ne sont pas parasités par les raisonnements marketing, stratégiques et financiers. Le stade de la lecture de manuscrits est le stade du flair. Si tu savais comme c’est bon !

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Ensuite bien sûr, nous menons une réflexion sur la cohérence avec notre ligne éditoriale. La construction du catalogue exige que nos titres défendent un esprit singulier. Chaque éditeur indépendant développe la richesse du paysage éditorial. Il le développe à la condition que ses livres soient bien diffusés et bien distribués. Et pour qu’ils le soient, il faut convaincre un bon diffuseur. Ce sont eux qui nous choisissent, pas nous. Et accroche-toi quand tu débarques de nulle part et que tu apprends en faisant. Et, enfin ! Au-delà du raisonnable travaille à partir du 1er janvier avec Harmonia Mundi (ici les limites de l’écrit, tu ne me vois pas danser d’excitation !!!). Le 5 janvier 2017, sort Aux vents mauvais, d’Elena Piacentini qui poursuit sa série qui monte, qui monte, qui monte. Le succès de ses polars se confirme, celui-ci est le septième, nous allons reprendre les premiers qui sont épuisés. Pocket nous suit, bref, ce programme 2017 va être un vrai bonheur pour moi : un nouveau Laurence Biberfeld, une fable de politique-fiction jouissive, à la Frédéric Dard, un thriller de Gildas Girodeau, un polar caustique de François Thomazeau, l’occasion aussi de remettre en vente un ou deux petits bijoux de nos débuts, sortis à l’époque dans l’indifférence générale. Un chouette projet de livre photo, et, j’espère un nouvel auteur étranger… Ah, mais je déborde sur 2018, là…

 

GVL : Que recherches-tu chez les auteurs que tu vas éditer ?


VD : La singularité de leur place dans le paysage éditorial justement. Idéalement, cette singularité s’exprime autant par leur style que par l’angle choisi pour raconter l’histoire et aborder le sujet. Du noir humaniste, je dirais que c’est la tendance de notre catalogue. Dans des genres codifiés comme le roman policier ou le thriller, il est à la portée de beaucoup d’auteurs au savoir-faire très sûr d’exécuter avec aisance la recette du « bon polar », du « bon thriller »… La production de littérature française est pléthorique, inutile d’y ajouter un roman « de plus » au volume

 

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Voilà c’est fini pour ce premier opus, mais vous êtes surement comme moi et vous être impatient de connaître la suite. Alors à très vite sur collectif polar pour notre deuxième épisode Au-delà du Raisonnable où Véronique tiendra encore la vedette.

Et puis pour vous faite patienter, vous pouvez demain, si vous êtes à Paris allez à la rencontre de notre éditrice et d’une de ces auteurs , Elena Piacentini. Elles seront toutes les deux présentent pour la sortie nationale du 7e opus des aventures du commandant Léoni.

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Elena Piacentini, une voix singulière !
Son septième roman « aux vents mauvais » (Éditions Au-delà du Raisonnable) sortira en librairie le jeudi 5 janvier 2017.

Alors à très vite !

 

Les vies de Gustave de Gilles Del Pappas


Mes petites lectures
9782919174041,0-1413791Le livre : Les vies de Gustave  de Gilles Del Pappas. Paru le 25 avril 2012 chez Au-delà du raisonnable. 16€90; (260 p.) ; 19 x 13 c

4e de couv :

Hiver 1949, au large de Marseille. Les pieds dans le béton, Gustave coule dans la grande bleue, soumis au destin des petits malfrats qui ont choisi le mauvais camp pendant la guerre, celui de la collaboration. Rejaillissant par miracle de l’eau, Gustave court nu vers Notre-Dame-de-la-Garde dans la nuit glaciale et le vent célèbre, éberlué par la douleur et le froid. Recueilli et caché par le curé, Justin, une nouvelle vie commence pour lui, et si sa défroque de truand lui colle à la peau, les regrets et la découverte de l’art l’accompagnent désormais dans sa rédemption. Mais comment échapper au passé qui le course dans la cité en pleine reconstruction et se laisser aller à l’amour ? Le Marseille de la pègre n’efface pas si facilement l’ardoise. Surtout quand vient le temps de se battre pour la plus grosse part du gâteau de l’après-guerre. Mauvais garçons, héros du quotidien et vrais salauds peuplent cette histoire. Une histoire de sauvetage, sous les yeux de la Bonne Mère, et celle de la naissance de la French Connection… dans son dos.

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L’auteur : Gilles Del Pappas est né en 1949 dans le quartier du Racati, à Marseille. Photographe, réalisateur et grand voyageur, il se consacre depuis quinze ans à l’écriture. Lauréat du Grand Prix de Provence pour l’ensemble de son oeuvre, riche de plus de trente romans, c’est l’auteur méditerranéen incontournable.

 

Extrait :
Le printemps n’avait pas duré très longtemps. Juste le temps d’un soupir, un sanglot, une larme !
C’était ainsi par ici. Il caillait des meules, maître mistral rabotait les cœurs et les corps des hommes, puis il y avait comme un tremblement de terre dans l’air, et d’un coup, vlang ! Tout basculait et c’était l’été.
Le vrai été.
Walou-macache-bono-bezef, le printemps ! Passé à la trappe, la saison du renouveau, celle des bourgeons, des amours et tout le bataclan ! L’hiver-l’été ! C’était comme ça on n’y pouvait rien. 

 

Résumé et petit avis :

1430427826-13-Marseille-Vallon-des-AuffesFin des années 1940, un malfrat paie ses choix jeté les pieds dans le béton au large de Marseille. Parvenant à en réchapper, Gildas Girodeau est embringué malgré lui dans l’enquête sur la mort d’un ex-milicien franquiste.

Gilles Del Pappas nous fait découvrir le Marseille d’après-guerre et les débuts de la French Connexion.

Il élabore un tableau passionnant d’une ville et d’une époque.

A Marseille, ville d’ombre et de lumière, la tragédie n’est jamais très très loin…

Et Gustave dans tout cela, allez vous me dire ?

? Et bien Gustave est mort pour tous ceux qui le connaissent. Et….Il est le seul à savoir que c’est faux.

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A vous de découvrir cet auteur, chef de file d’un courant noir méridional, à la plume généreuse et à la langue ample et directe.

Le gouaille de Del Pappas est unique et nourrie son récit de sons, d’odeurs, de visions qui nous semblent presque perceptibles à le lecture de celui-ci.

Des forêts et des âmes – Elena Piacentini


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9782919174218,0-2346184Le livre : Des forêts et des âmes : une enquête de Pierre-Arsène Leoni de Éléna Piacentini. Paru le 22 juillet 2014 chez Au-delà du raisonnable. 18€ ; (385 p.) ; 19 x 13 cm

 

4ème de couv

Dans le coma, l’agent Aglaé Cimonard, dite Fée en raison de ses super-pouvoirs numériques, n’est plus reliée à la vie que par la main et la voix d Angèle, la grand-mère du commandant Leoni. Retraçant les derniers jours avant l accident de la plus jeune flic de son équipe, Leoni part dans les Vosges interroger une de ses amies, standardiste dans un centre de soins psy pour adolescents. Le Corse doit trouver le lien entre le destin de son agent et celui de trois jeunes pensionnaires de cette clinique financée par un laboratoire pharmaceutique leader sur le marché des antidépresseurs. L’épaisse forêt vosgienne étouffe-t-elle seulement le bruit de la folie des hommes ? Ou aussi celui du scandale ? Leoni pourra-t-il porter secours aux âmes qui s’ y sont perdues ?

 

7535524895L’auteur
Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia. Elle a donné naissance à Leoni, le commandant de police corse qui dirige la section homicide de la PJ de Lille capitale du Nord dans laquelle l’auteure vit. Son précédent roman Le Cimetière des chimères a remporté le prix Calibre 47 et le prix Soleil noir en 2014.

 

 

Extrait
« Mémé Angèle se levait aux aurores. Le premier coup de fil du commandant avait été pour elle. Un rituel. La rassurer autant que se rassurer. Echanger quelques banalités. Se disputer, un peu, par principe. Se répéter quelques conseils de prudence. Leur code à eux pour se dire qu’ils s’aimaient avec des mots dont ce n’était pas l’usage, mais tant de fois frottés et polis qu’ils avaient la douceur et le satin des mots d’amour. »

Collectif Kris

Le petit avis de Kris :

L’agent Aglaé Cimonard est dans le coma. Pour l’aider, le commandant Leoni se rend dans les Vosges, dans un centre de soins psychologiques pour adolescents où une amie de son agent est standardiste. Trois pensionnaires sont dans la même situation. Il pourrait y avoir un lien avec le laboratoire pharmaceutique qui finance la clinique, leader sur le marché des antidépresseurs.

Une écriture pleine de justesse et de finesse. Une découverte d’une auteure de talent qui sait, d’une part captiver par son intrigue très poussée mais qui aussi alerte et informe sur les dangers de certains médicaments. Sa prose est à la fois précise et pleine de poésie. Je pense qu’il est dommage qu’elle ne soit pas plus reconnue. J’ai beaucoup aimé ses personnages attachants, simples et vrais ! Je pense que je vais continuer avec cette auteure qui m’a prise dans ses filets !

Lire ICI le début Des forêts et des âmes