La maison des tocards de Mick Herron


  mickLe livre : La maison des tocards de Mick Herron. Traduit de l’anglais par Samuel Sfez. Paru le 19 janvier 2012 aux Pressses de la Cité dans la collection Sang d’encre.  21€ ;  (381 p.) ; 23 x 14 cm

mickRéédité en poche le 5 octobre 2016 chez  Actes Sud, Babel dans la collection Babel Noir. 9€ ; (391 p.) ; 18 x 11 cm.

 4e de couv : 
Un otage va être exécuté dans moins de quarante-huit heures. Sa meilleure chance de survie ? Les déclassés des services secrets britanniques, les tocards du MI5.

A cause d’une bourde commise lors d’un exercice anti-terroriste dans le métro londonien, la carrière de River Cartwright au sein du MI5 stagne. C’est peu dire, puisqu’il a été relégué au Placard, une maison perdue dans un quartier miteux de la ville où d’autres espions ratés paient pour leurs erreurs en regardant le temps qui passe. Mais une vidéo diffusée sur Internet montrant un otage menacé d’exécution sort ce petit monde de sa torpeur. Voyant là l’occasion de se racheter, River Cartwright décide, à l’aide de ses compagnons d’infortune, de sauver cet homme. Au mépris de toutes les règles de prudence et de bon sens…

Peuplé de personnages savoureux, ce roman d’espionnage atypique et rythmé revisite avec humour les codes du genre, et brosse un portrait sans concession de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

mickL’auteur :  Le Britannique Mick Herron est connu outre-Manche pour sa série de romans mettant en scène deux femmes détectives. La Maison des tocards est son premier livre publié en France. Il est né à Newcastle upon Tyne, en Angleterre Il fait ses études supérieures au Balliol College de l’Université d’Oxford, où il obtient un diplôme en anglais.
Extrait : 
Voici comment River Cartwright avait quitté la voie rapide pour se retrouver avec les Tocards.
 Huit heures vingt, un mardi matin, la gare de King’s Cross remplie de ce que le Vieux appelait les autres : « Des non-combattants, River. Une occupation tout à fait respectable en temps de paix. Excepté que nous ne sommes plus en paix depuis septembre 1914. »
L’élocution du Vieux évoquait à River des chiffres romains : MCMXIV.
Il s’arrêta, consulta sa montre ou fit semblant (ce qui revenait pratiquement au même). Le flot des passagers coulait autour de lui comme l’eau sur un rocher, avec force soupirs et claquements de langue irrités. Devant la sortie la plus proche – un rectangle par lequel s’engouffrait la pâle lueur de janvier – deux Cadors vêtus de noir se tenaient aussi raides que des statues. Leur arsenal imposant passait inaperçu aux yeux des non-combattants, dont le nombre avait augmenté depuis 1914.
Les Cadors – que l’on appelait ainsi parce qu’ils accomplissaient toujours leur travail à la perfection – restaient bien en retrait, conformément aux instructions.
Vingt mètres plus loin, la cible.

Résumé et petit avis :

La maison des tocards

À la suite d’une faute impardonnable, River Cartwright, un jeune agent du MI5, voit sa carrière pourtant prometteuse brusquement interrompue. Direction « la maison des tocards », placard où tous les rebuts de la profession sont relégués. Alcoolisme, usage de drogue et perversion, compromissions politiques et trahisons… Chaque occupant expie sa faute en restant des mois, voire des années, à végéter dans ce trou, enchaînant les missions sans intérêt.

Lorsqu’une vidéo diffusée sur Internet montre l’enlèvement d’un jeune Londonien d’origine pakistanaise par un groupuscule d’extrême droite, Cartwright et l’équipe de bras cassés de la maison, désireux de se rattraper, décident de tout tenter pour résoudre l’enquête, quitte à se frotter aux grands pontes des services de la Sûreté britannique.

Ce roman d’espionnage singulier, peuplé d’une galerie de personnages hauts en couleur, bouscule avec humour, ironie et irrévérence les codes du genre.

Mick Herron a su rendre très humain ce drôle de roman d’espionnage genre plutôt très viril habituellement. Si les situations dans lesquelles notre anti-héros évolue sont cocasses voire comiques, il n’en est rien de l’histoire, elle,  est ténue et  sombre comme le destin brisés de ces jeunes gens en plein vol. Point de poudre au yeux ici, point de femmes fatales et dangereuses, point de casino royal. Juste des hommes et des femmes, des gens comme vous et moi qui  qui se débattent avec leurs mesquineries et leurs  frustrations. Des hommes et des femmes face à leurs erreurs passées en quête de redemption.

Un roman d’espionnage caustique et atypique donc, qui à tout du roman noir et psychologique, sans concession sur la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

Premier volet de la série des Slough House.

Extrait 2 : 
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, répétait River dans sa barbe.
A présent, il pouvait ajouter quelques détails au portrait-robot dressé par Spider : jeune homme originaire du Moyen-Orient, les manches de sa chemise bleue relevées, un jean noir raide et neuf. Qui achèterait un pantalon neuf pour une telle occasion ? Il écarta la question : il serait toujours temps de se la poser plus tard.
Un sac à dos visiblement lourd se balançait sur l’épaule droite de la cible. Le fil qui pendait à son oreille, semblable à celui que portait River, aurait pu être relié à un iPod.
— Confirmez contact visuel.
River porta la main gauche à son oreille et parla doucement dans son bouton de manchette.
— Confirmé.
Un troupeau de touristes encombrait le hall. La disposition de leurs bagages évoquait un campement de pionniers. River les contourna sans quitter du regard la cible qui se dirigeait vers les quais de la gare annexe, d’où partaient les trains en direction de Cambridge et de l’est, généralement moins bondés que les express en partance pour le nord.
Des images indésirables affluèrent : débris de métal éparpillés sur des kilomètres de rails brisés, buissons en flammes au bord des voies jonchés de lambeaux de chair.
« N’oublie pas que le pire peut toujours empirer », disait le Vieux.
Le pire avait déjà empiré de manière exponentielle au cours des dernières années.
Deux policiers postés devant un portillon ignorèrent la cible mais fixèrent River. N’approchez pas, les mit-il en garde mentalement. Ne m’adressez même pas la parole. C’était toujours à cause de petits détails que les opérations capotaient. Il ne voulait à aucun prix d’une altercation qui alerterait la cible.
Les policiers reprirent leur conversation.
River se ressaisit.
River Cartwright était un jeune homme de taille moyenne aux cheveux blonds et au teint pâle, avec des yeux gris souvent pensifs, un nez anguleux et un grain de beauté sur la lèvre supérieure. Quand il se concentrait, il fronçait les sourcils d’une manière qui lui donnait l’air un peu perdu. Ce jour-là, il portait un jean bleu et une veste sombre. Si on l’avait interrogé sur son apparence, il aurait parlé de ses cheveux, qu’il avait récemment fait couper chez un de ces coiffeurs turcs qui peaufinent leur travail à l’aide d’une flamme nue sans crier gare. River était sorti du fauteuil ébouillanté, décapé comme un parquet. Maintenant encore, sa nuque le picotait.
Les yeux toujours rivés sur la cible à quarante mètres devant lui – ou plutôt, les yeux fixés sur le sac à dos –, River s’adressa de nouveau à son bouton de manchette.
— Suivez-le, mais laissez-lui de l’espace.
Le pire serait que la bombe explose à l’intérieur d’un train, mais une détonation sur le quai ne valait guère mieux. L’histoire récente prouvait que les gens étaient plus vulnérables quand ils se rendaient au travail. Non qu’ils soient plus faibles, mais pour la simple raison qu’ils étaient entassés dans un espace clos.
River ne regarda pas autour de lui, certain que les Cadors vêtus de noir le suivaient de près.
A sa gauche, des sandwicheries et des cafés, un pub, un stand de viennoiseries. A sa droite stationnait un long train. Sur le quai, à intervalles réguliers, les passagers tentaient de faire entrer leurs valises par les portes. Au-dessus, des pigeons volaient bruyamment de poutrelle en poutrelle. Un haut-parleur donna des instructions : la foule enfla dans le hall derrière River, tandis que des individus s’en détachaient.
Dans les gares, il y avait toujours cette impression de mouvement contenu. Les foules sont des explosions en suspens, les gens des fragments, seulement ils ne le savent pas encore.
La cible disparut derrière un groupe de voyageurs.
River se décala sur la gauche ; la cible réapparut.
Alors qu’il passait devant un café, un couple assis lui rappela un souvenir. La veille, à la même heure, River se trouvait à Islington. Pour son évaluation, il devait constituer un dossier sur une personnalité publique : on lui avait assigné un leader de l’opposition, mais l’homme venait de subir deux crises cardiaques et se trouvait maintenant dans une clinique du Hertfordshire. Comme on ne semblait pas lui chercher de remplaçant, River en avait choisi un de sa propre initiative. Il avait suivi Lady Di pendant deux jours d’affilée sans se faire repérer : bureau puis salle de sport ; bureau puis bar à vin ; bureau puis maison ; puis café, bureau et encore salle de sport… Le logo du café lui rappela cette filature. Dans sa tête, le Vieux aboya : « L’esprit, le boulot : au même endroit. Ça te paraît une bonne idée ? »
Bonne idée.
La cible prit à gauche.
— Potterville, marmonna River.
Il passa sous le pont puis tourna à gauche, lui aussi.
Après un bref coup d’œil au ciel – aussi gris et humide qu’un torchon –, River s’engouffra dans le mini-hall qui abritait les voies 9, 10 et 11. Du mur extérieur dépassait un chariot à bagages : la voie 9 3/4 accueillait l’express pour Poudlard. River poursuivit son chemin. La cible se dirigeait déjà vers le quai no 10.
Tout s’accéléra.
Il n’y avait pas beaucoup de monde – le train suivant ne partait qu’un quart d’heure plus tard. Un homme lisait le journal, assis sur un banc. C’était à peu près tout. River pressa le pas, réduisant l’écart. Derrière lui, il ressentit un changement dans le brouhaha ambiant, les murmures se faisaient plus nets : il comprit que les Cadors attiraient l’attention.
La cible ne se retourna pas. Il continua d’avancer, comme s’il avait l’intention de monter dans le wagon le plus éloigné : tee-shirt blanc, chemise bleue, sac à dos, etc.
River parla de nouveau à son bouton de manchette.
— Attrapez-le.
Puis il se mit à courir.
— Tout le monde à terre !
L’homme sur le banc se leva. Aussitôt, une silhouette noire se jeta sur lui.
— A terre !
Plus loin, deux hommes sautèrent du toit du train pour barrer le chemin de la cible, qui se retourna pour se trouver face à River qui lui faisait signe de s’allonger au sol.
Les Cadors hurlaient des ordres :
Le sac.
Lâche le sac.
— Pose ton sac par terre et mets-toi à genoux, lui intima River.
— Mais je…
— Lâche ton sac !
La cible lâcha son sac, qu’une main ramassa. D’autres saisirent le jeune homme, le plaquèrent au sol, bras et jambes écartés, lui écorchant le visage sur les dalles tandis que le sac à dos remontait jusqu’à River. Il le posa précautionneusement sur le banc libre, l’ouvrit.
Au-dessus de lui, un message enregistré se répétait en boucle : L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Des livres, un cahier A4, une boîte à crayons en fer.
L’inspecteur Samms est prié…
Un Tupperware contenant un sandwich au fromage et une pomme.
de se présenter…
River releva la tête. Sa lèvre se contracta. Avec calme, il ordonna :
à la salle de contrôle.
— Fouillez-le.
— Ne me faites pas de mal.
Le garçon parlait d’une voix étouffée : il avait le visage écrasé contre le sol, des armes pointées sur sa tête.
La cible, se corrigea River. Pas le garçon, la cible.
L’inspecteur Samms…
— Fouillez-le !
Il retourna au sac à dos. La boîte contenait trois stylos-bille et un trombone.
est prié de se présenter…
— Il est clean.
River lâcha la boîte en fer sur le banc et examina le reste : livres, cahier, un crayon égaré, un paquet de mouchoirs.
à la salle de contrôle.
Les objets s’éparpillèrent au sol. Il secoua le sac. Rien dans les poches.
— Fouillez-le de nouveau.
— Il est clean.
L’inspecteur Samms…
— Quelqu’un peut-il éteindre ce truc ?
Il entendit la note de panique dans sa propre voix et se tut.
— Il est clean, monsieur.
est prié de se présenter…
River secoua à nouveau le sac comme un prunier, puis le laissa tomber à terre.
à la salle de contrôle.
L’un des Cadors se mit à murmurer avec empressement dans un micro fixé à son col.
River s’aperçut qu’une femme l’observait par la fenêtre du train à l’arrêt. Il l’ignora et se dirigea vers le bout du quai.
— Monsieur ?
Il décela un certain sarcasme dans la voix.
L’inspecteur Samms est prié de se présenter à la salle de contrôle.
Chemise bleue, tee-shirt blanc, songea River.
Ou bien chemise blanche, tee-shirt bleu ?
Il accéléra. Un policier s’approcha de lui alors qu’il atteignait le guichet, mais River l’esquiva, lança des instructions incohérentes puis s’élança à toute vitesse vers le hall principal.
L’inspecteur Samms – à cet instant, l’annonce codée qui signalait un incident au personnel s’interrompit. Elle fut remplacée par une voix humaine : « Pour des raisons de sécurité, la gare doit être évacuée. Nous vous prions de rejoindre la sortie la plus proche. »
Il disposait de trois minutes tout au plus avant l’arrivée des Dogues.
Les pieds de River avançaient tout seuls. Ils le propulsaient vers le hall, tant qu’il avait encore la place de bouger. Autour de lui, les gens commençaient à descendre des trains. A bord, des annonces avaient mis un terme à des voyages qui n’avaient pas encore commencé ; on était à deux doigts de la panique – dans les gares et les aéroports, elle était toujours sur le point d’affleurer. On avait beau faire remarquer le flegme des foules anglaises, il était rarement au rendez-vous.
Son oreille bourdonna.
Le haut-parleur annonça : « Veuillez vous diriger calmement vers la sortie la plus proche. Cette station est fermée. »
— River ?
— Spider ! Espèce d’abruti, hurla-t-il dans son bouton de manchette, tu t’es trompé de couleurs !
— Qu’est-ce qui se passe, bordel ? Il y a des gens partout qui…
— Tee-shirt blanc sous une chemise bleue, c’est ça que tu as dit.
— Non, j’ai dit tee-shirt bleu…
— Va te faire foutre, Spider.
River arracha son oreillette.
Il avait atteint l’escalier par lequel la foule s’engouffrait dans le métro. A présent, elle en sortait en un flot continu. L’irritation prévalait, mais on entendait d’autres murmures : peur, panique contenue. La plupart d’entre nous croient que certaines choses n’arrivent qu’aux autres, notamment la mort. Les mots dans le haut-parleur ébranlaient sérieusement cette certitude.
« La station est maintenant fermée. Veuillez vous diriger vers la sortie la plus proche. »
Le cœur de la ville, c’est le métro, se dit River. Pas le quai d’un train de banlieue. Le métro.
Il s’enfonça dans la foule qui évacuait la gare, ignorant son hostilité. Laissez-moi passer. Sans grand résultat. Sécurité, laissez-moi passer. Un peu mieux. Aucun chemin ne s’ouvrit, mais les gens cessèrent de le repousser.
Deux minutes avant les Dogues, probablement moins.
Le couloir s’élargissait au pied de l’escalier. River se précipita vers un espace encore plus vaste : des machines le long du mur, des guichets aux stores baissés dont la file d’attente avait été absorbée par la masse des gens qui s’éloignaient. Déjà, la foule se clairsemait. Les escaliers mécaniques étaient immobiles, on avait barré l’accès avec des rubans de sécurité. Les quais commençaient à se vider.
River fut arrêté par un policier.
— On ferme la station. Vous avez pas entendu les haut-parleurs ?
— Je suis dans les renseignements. Les quais sont évacués ?
— Les renseign…
— Est-ce que les quais sont évacués ?
— C’est en cours.
— Vous êtes sûr ?
— C’est ce que je…
— Vous avez un moniteur de contrôle ?
— Bien sûr, nous…
— Montrez-le-moi.
Les bruits environnants se firent plus sourds, l’écho des voyageurs flottait sous les plafonds. Une autre rumeur approchait, des pas précipités et lourds sur les dalles : les Dogues. River disposait de peu de temps pour redresser la situation.
— Vite.
Le flic saisit l’empressement de River – difficile de ne pas le remarquer – et lui indiqua une porte où était inscrit Accès interdit. River l’avait franchie avant que n’apparaissent ceux qu’il entendait arriver.
La petite pièce sans fenêtre aux relents de bacon ressemblait à un repaire de voyeur. Une chaise pivotante faisait face à une rangée d’écrans. Chacun clignotait régulièrement, montrant divers aspects d’une même scène répétitivement : un quai de métro désert. On aurait dit un mauvais film de science-fiction.
Un courant d’air lui indiqua que le flic venait d’entrer.
— A quoi correspondent les quais ?
Le policier lui indiqua des groupes de quatre écrans.
— Northern, Piccadilly, Victoria.
River les inspecta. Toutes les deux secondes, une nouvelle image.
Du sous-sol parvint un grondement indistinct.
— Qu’est-ce que c’est ?
Le flic resta interdit.
— Ce bruit.
— Ben, c’est un métro.
— Ils circulent ?
— La station est fermée, expliqua le policier comme s’il s’adressait à un idiot, mais les lignes restent ouvertes.
— Toutes ?
— Oui, mais les trains ne s’arrêtent pas.
Ça ne changeait pas grand-chose.
— C’est quoi le prochain ?
— Le prochain quoi ?
— Métro, bordel. Quel quai ?
— Victoria. Direction nord.
River sortit en trombe.
En haut de la volée de marches, un petit homme brun bloquait le passage vers la gare. Il parlait dans un micro. Il changea soudain de ton en apercevant River.
— Il est ici !
Pas pour longtemps. River avait enjambé la barrière et se trouvait en haut de l’escalier mécanique. Il franchit le ruban de sécurité, descendit les marches immobiles quatre à quatre.
En bas, les couloirs étaient étrangement vides. A nouveau cette atmosphère de science-fiction.
Les métros traversaient les stations fermées au pas. River atteignit le quai tandis que le train s’avançait tel un gros animal lent qui n’avait d’yeux que pour lui. Et il en avait une cargaison. River sentit tous ces regards piégés dans le ventre de la bête, rivés sur lui tandis qu’il fixait quelqu’un qui venait d’apparaître à l’autre bout du quai.
Chemise blanche, tee-shirt bleu.
River courut.
Derrière lui, quelqu’un d’autre courait, l’appelait par son nom, mais ça n’avait pas d’importance. River faisait la course avec un train, et il gagnait – il le rattrapa, le dépassa, entendant le bruit de sa marche au ralenti, un grincement métallique auquel répondait la terreur croissante à l’intérieur. Il entendait frapper contre les vitres. Il avait conscience que le conducteur le regardait, horrifié, convaincu qu’il allait se jeter sur les rails. River ne pouvait rien à ce que croyaient les gens : tout ce qu’il pouvait, c’était courir sur ce quai, le plus vite possible.
Devant lui – tee-shirt bleu, chemise blanche –, quelqu’un d’autre faisait également la seule chose qu’il pouvait faire.
River n’avait pas suffisamment de souffle pour crier. Il parvenait à peine à avancer, mais il réussit…
Presque. Il réussit presque à être assez rapide.
Derrière lui, on cria de nouveau son nom. Derrière lui, le train accélérait.
Il eut conscience que la cabine du conducteur le dépassait, à cinq mètres de la cible.
Car il s’agissait bien de la cible. Cela avait toujours été la cible. A mesure que l’écart se réduisait, il vit qu’il s’agissait d’un jeune homme. Dix-huit, dix-neuf ans ? Cheveux noirs, peau mate, un tee-shirt bleu sous une chemise blanche – va te faire foutre, Spider – qu’il déboutonna pour laisser apparaître une ceinture bourrée de…
Le train rattrapa la cible.
River tendit un bras, comme s’il pouvait saisir la ligne d’arrivée.
Dans son dos, les pas s’arrêtèrent. Quelqu’un poussa un juron.
River était presque sur la cible – à une demi-seconde près.
Mais presque, ça n’était pas assez.
La cible tira un cordon à sa ceinture.
Et tout fut fini.
Publicités

Mélancolie des corbeaux de Sébastien Rutés


 

mes-petites-lectures (1)

9782742799077,0-1241984Le livre : Mélancolie des corbeaux de Sébastien Rutés. Paru le 5 octobre 2011 chez Actes Sud dans la collection Actes noirs. 19€30. ; (239 p.) ; 22 x 14 cm

9782330051266,0-2629108Réédité en poche chez Babel dans la collection Babel Noir

 le 6 mai 2015pour 7€70 et. (228 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Au parc Montsouris, le long des pentes de la voie ferrée désaffectée, Karka le Corbeau freux vit en ermite dans un arbre. Dédaigneux des Pies bavardes et des Canards cancaniers, ses voisins, il coule des jours mélancoliques à contempler le passage des nuages et la vie sur les rives du bassin, depuis qu’autrefois son aile fut brisée par un Epervier. Aux questions amères que lui inspire son destin il ne trouve pas d’autres réponses que celles que lui dicte l’instinct, dont il ne se satisfait guère. Animal marginal, il ressasse en solitaire sa nostalgie des forêts jusqu’au jour où les Mouettes colportent au parc la rumeur de la disparition des bêtes du bois de Boulogne et que Krarok, le Grand Corbeau du Conseil des animaux de Paris, se résout enfin à le faire mander, après toutes ces années. Dans la charpente de Notre-Dame, où Krarok tient audience sous l’Aigle mystique de saint Jean, ont lieu les retrouvailles et la révélation : des Lions rôderaient dans les bois de Paris ! Avant qu’ils ne s’en prennent aux Humains, Karka, l’ancien messager oublié des conseillers, doit mener l’enquête avec une Tourterelle imbue de sa blancheur, une séduisante Corneille et un fantasque Toucan qu’il a libéré de sa cage…

Avec Mélancolie des corbeaux, son premier roman à paraître dans la collection « Actes noirs », Sébastien Rutés compose une variation étrange et envoûtante sur le roman d’investigation, à mi-chemin entre la fable animalière et le conte philosophique.

 

677467L’auteur :

Maître de conférences, Sébastien Rutés enseigne la littérature latino-américaine. Spécialiste des genres, il a publié de nombreux articles universitaires sur le roman policier hispano-américain et un essai consacré au Mexicain Paco Ignacio Taibo II. Il est l’auteur de plusieurs nouvelles, en espagnol et en français, et de deux romans publiés aux éditions L’Atinoir : Le Linceul du vieux monde (2008) et La Loi de l’Ouest (2009).

Extrait :
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque les premiers bruits m’éveillèrent. Craquements des branches, halètements et grognements : les Chiens arrivèrent les premiers. Du moins fut-ce ce que je crus en m’éveillant mais des salutations susurrées me détrompèrent : bruissements et couinements, les Rats secrets les avaient devancés. J’imaginai Ruff le Savant, le Setter roux au poil grisonnant, s’asseyant pour discuter en vieil ami avec Tssis, le maître des Rats, si gros sur sa souche qu’on aurait pu le prendre pour un petit Chien. Plus loin sans doute, Boj IV, le Beauceron aux bas rouges, organisait-il la garde rapprochée des Beagles, ces Chiens de chasse qui n’étaient pas les plus dangereux mais ne perdaient jamais une piste. Le troisième conseiller canin était un Labrador que je ne connaissais pas plus que les autres Rats. Leur longévité ne dépassant pas les trois ans, ces derniers succédaient au Conseil à un rythme qui ne permettait à aucun d’y laisser la moindre trace, à l’exception notable de l’inusable Tssis.

lecture-d_avant

Résumé et petit avis

 

e87fe5_f9e9dd0f01a1f94b8ad0646b8880addaMystérieusement échappés d’une ménagerie, des lions menacent de semer la terreur dans Paris. Le Conseil des animaux fait appel à Karka, un vieux corbeau spécialiste des affaires délicates.

Mélancolie des corbeaux est un vrai polar noir, dans lequel l’auteur distille subtilement des problématiques sociales et politiques. La xénophobie, le racisme, l’individualisme, l’assistanat et même l’écologie, sont au coeur du roman.

C’est un livre qui réjouit et donne envie de se remettre à la lecture. Il est passionnant aussi pour cela.

Sébastien Rutes nous offre là une fable noire époustouflante. Fable contemporaine qui au fonds de moi à fait résonner un  autre souvenir de lecture. Il émane de ce titre de Sébastien Rutes, une humanité et une sensibilité qui n’est pas sans me rappeler celles du regretté Clifford D. Simak.

Tiens pour la peine je m’en vais relire Demain les chiens.

Mais vous, ne passez pas à coté de cette Mélancolie des corbeaux, c’est vraiment un conte moderne qui, par les temps qui cours,  fait un bien fou !

« Je connais la nature animale. J’ai trop souvent vu la peur dans nos yeux pour ne pas la reconnaître. Elle nous accompagne : un collet, un piège, une piqûre, une flèche, un hameçon, une nasse, du poison, un fusil…La peur !
Notre destin s’appelle l’Humain : nous avons peur ! »

Lire le début ICI

La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino


   4+4+64774

Quelques semaine après Titou le Matou, c’est Julie qui vient nous parler d’un fabuleux roman japonais qui avait été un de mes dix coups de coeur en 2010.
J’avoue que je suis heureuse que ce titre est suscité autant de curiosité de la part de nos chroniqueurs.

Et je les en remercie !

 

$kLe livre : La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino.  Traduit du
japonais par Yutaka Makino. Paru le 7 avril 2010 chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs. 18,30 ; (253 p.) ; 19 x 13 cm

$k&Réédité en poche le 2 novembre 2011 chez Babel dans la collection Babel noir.7,70 ; (253 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas…

Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner.

Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L’entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…

$k&&&Biographie de l’auteur :

Keigo Higashino est né en 1958 à Osaka. Auteur de nombreux romans, il est une des figures majeures du polar japonais. En 2006, il a reçu le prestigieux Prix Naoki pour Le Dévouement du suspect X.

Extrait : 
« Elle ne chahutait pas et ne criait pas sans raison comme la plupart des filles. Elle se tenait toujours en retrait, donnant l’impression d’observer pensivement ce qui se passait autour d’elle. Au début j’avais cru qu’elle était timide, mais je m’étais vide rendu compte que ce n’était pas le cas. Ses yeux, lorsqu’elle regardait ses camarades rire bêtement, étaient semblables à ceux d’un scientifique observant des animaux de laboratoire. Un peu comme si elle était spectatrice d’une pièce de théâtre intitulée « La Deuxième année de lycée ». En fait, elle ne tentait jamais de monter sur scène. »

L’avis de Julie

La littérature japonaise contemporaine foisonne d’écrivains qui entretiennent de dangereuses liaisons avec un monde sombre à la limite du morbide.

Keigo Higashino est considéré comme une des figures majeures du roman policier japonais. « La maison où je suis mort autrefois », a d’ailleurs reçu le Prix Polar International de Cognac en 2010.

L’auteur nous entraîne dans un huis-clos à l’atmosphère très particulière, avec les fantômes du passé qui remontent lentement à la surface de la mémoire de l’héroïne.

L’intrigue est menée d’une main de maître. Les informations sont distillées avec finesse. Très peu de longueurs ce qui fait que ce livre est captivant et lu rapidement.

Retrouvez ICI l’avis de Titou

Ce qui ne me tue pas (Millenium 4) de David Lagercrantz


Mes petites lectures
9782330053901,0-2684310Le livre : Millénium Volume 4, Ce qui ne me tue pas de David Lagercrantz. Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson. Paru le 27 août 2015 chez Actes Sud dans la collection Actes noirs. 23€;  (481 p.) ; illustrations en noir et blanc, cartes ; 24 x 15 cm

4e de couv :

Elle est une hackeuse de génie. Une justicière impitoyable qui n’obéit qu’à ses propres lois.

Il est journaliste d’investigation. Un reporter de la vieille école, persuadé qu’on peut changer le monde avec un article. La revue Millénium, c’est toute sa vie.

Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael Blomkvist se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin. Au même moment, Lisbeth Salander tente de pénétrer les serveurs de la NSA…

Dix ans après la publication en Suède du premier volume de Millénium, David Lagercrantz livre un thriller d’une actualité brûlante et signe les retrouvailles des personnages cultes créés par Stieg Larsson. La saga continue.

768734345L’auteur : Né en 1962, David Lagercrantz est écrivain et journaliste. Il vit à Stockholm. Lagercrantz a étudié la philosophie et la religion à l’université a fait des études de journalisme. Il a travaillé jusqu’en 1993 en tant que journaliste du crime.

Fin 2013, la maison d’édition suédoise Norstedts a annoncé qu’il avait été engagé pour écrire le quatrième roman de Millénium, la série de Stieg Larsson

 

Extrait :
Lisbeth Salander se leva à 5 heures et pirata le supercalculateur NSF Miri du New Jersey Institute of Technology. Elle avait besoin de toute la puissance de calcul qu’elle pouvait rassembler. Puis elle lança son propre programme de factorisation par courbe elliptiques.
Ensuite elle s’efforça de décrypter le fichier NSA qu’elle avait téléchargé. Mais quoi qu’elle tentât, c’était en vain. Elle n’avait d’ailleurs jamais vraiment cru qu’elle y parviendrait : c’était un chiffrement RSA sophistiqué. Le RSA -d’après les initiales de ses inventeurs Rivest, Shamir et Adleman- possède deux clés, une publique et une privée, et se fonde sur l’indicatrice d’Euler et le petit théorème de Fermat. Il est facile de multiplier deux nombres premiers de grande taille. En un clin d’œil, la calculatrice donne la réponse. Mais il est quasi impossible de procéder en sens inverse et de trouver, à partir de la réponse, quels nombres premiers ont été utilisés. On n’avait pas encore trouvé le moyen de gérer la factorisation des nombres premiers par ordinateur, et c’était une faiblesse que Lisbeth et les services de renseignements du monde entier maudissaient souvent.

Résumé et petit avis :

Quand Mikael Blomkvist reçoit un appel d’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle qui affirme détenir des informations sensibles sur les services de renseignement américains, il se dit qu’il tient le scoop qu’il attendait pour relancer la revue Millénium et sa carrière. Au même moment, une hackeuse de génie tente de pénétrer les serveurs de la NSA..

Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, encore meurtris par leur rencontre avec Alexander Zalachenko, se retrouvent pour enquêter sur un complot au coeur des services secrets américains.

Stieg Larsson, l’auteur des premiers Millenium est bien mort et enterré et pourtant son œuvre lui survie.

Elle a tellement fait date ces dix dernières années dans le petit monde du polar qu’on a même voulu lui donner une suite.

Alors coup médiatique, filon pour faire du fric….C’est vrai que ces questions étaient inévitable.

Mais si Stieg Larsson n’est plus, son souffle semble inspirer  la plume de son successeur, David Lagercrantz.

Bien sûr, le roman a quelques défaut. Il a même parfois quelques visions un peu étriquées de certains problèmes de société, il véhicule un féminisme un peu facile. De plus il n’évite pas quelques poncifs, les femme n’ont pas le bon rôle. Outre le cliché de la femme fatale, on retrouve ici le lieu commun entre la sœur belle et méchante et l’autre moche et courageuse, il ne manquerai plus que l’une soit blonde et l’autre  brune. …

Sinon, le style de Lagercrantz est moins alambiqué que celui de Larsson. La lecture es plus fluide. L’histoire reste passionnante, le rythme est plus soutenu. Les intrigues ayant pour but de révéler la vérité que l’on garde cachée sont toujours aussi prenantes.

Lagercrantz savais qu’il risquait de se retrouver face à la critique. Et qu’ils aurait à affronter nombre de détracteurs. Il a pourtant eu le courage de se glisser dans la peau des personnages emblématique de son prédécesseur. Il a m^me eu la bonne idée d’en ajouter d’autres tout aussi charismatiques.

Alors oui, Ce qui ne me tue pas continue dignement la série des Millenium, qui avait tenu en haleine les fans de la première heure et les autres qui était venu grossir leurs rangs.

 

Apnée de Joakim Zander


9782330048907,0-2559684Apnée  de Joakim Zander. Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy et Karin Serres.Paru le 1er avril 2015 chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs. 22,80€ ;  (379 p.) ; 24 x 15 cm

Extrait :

« Je sais que le mensonge est partout. Mais ma vérité est fragile. Sans mensonges, elle menacerait de s’effondrer. Les mensonges sont les pylônes qui soutiennent le pont qui permet d’aller d’une rive à l’autre. La vérité n’existe pas toute seule. « 

Quatrième de couverture

Damas, Syrie, 1980. Une voiture piégée explose, tuant la femme qui venait d’y monter. L’espion américain visé par l’attaque assiste au drame du haut d’un balcon. Il tient dans ses bras sa petite fille qu’il va être contraint d’abandonner. Toute sa vie durant, il éprouvera une terrible culpabilité dont il tentera désespérément de se défaire en se lançant à corps perdu dans des missions au Liban, en Afghanistan et en Irak. Et en nageant sans relâche.Trente ans plus tard, Mahmoud Shammosh, un doctorant de l’université d’Uppsala s’intéressant aux conflits armés et aux droits de l’homme, se voit confronté à des données sensibles qui, aux dires de son informateur, pourraient bien déclencher un scandale international. En quelques heures, la situation s’envenime : le sang commence à couler, marquant le début d’une traque haletante à travers l’Europe, à laquelle Klara Walldéen, employée au Parlement européen à Bruxelles et ex-compagne de Mahmoud, prendra une grande part. Peu à peu, le passé resurgit, l’histoire s’écrit, les révélations se multiplient. De Damas à Stockholm, de l’Irak aux États-Unis, de 1980 à 2013, les frontières s’étiolent, les heures s’étirent, les fils du récit convergent jusqu’à la terrible vérité.

Dans un style nerveux et sensible, Joakim Zander orchestre son récit avec virtuosité et dessine les contours d’un monde rongé de l’intérieur par le mensonge et la culpabilité. Retenez votre souffle, le grand roman d’espionnage est de retour…

4844372L’auteur

Né en 1975 à Stockholm, Joakim Zander a vécu en Suède mais ainsi en Syrie, en Israël et aux États-Unis. Après son service militaire dans la marine suédoise, il étudie le droit à l’université d’Uppsala avant de décrocher brillamment son doctorat à l’université de Maastricht. Il travaille ensuite à Bruxelles au Parlement européen ainsi qu’à la Commission européenne. Apnée est son premier roman.

Extrait :
« C’est une expérience étrange que de pouvoir mesurer sa vengeance. Ce n’est pas donné à tout le monde. Il y a tellement d’injustices sur Terre dont personne n’est responsable. Tellement d’injustices que nous sommes forcés d’accepter. »

Résumé et avis.

Doctorant en droit à l’université d’Uppsala, Mahmoud Shammosh s’intéresse aux conflits armés et aux droits de l’homme. Un informateur lui confie des données sensibles qui, selon lui, pourraient déclencher un scandale international. En quelques heures, la situation dégénère. Il peut heureusement compter sur l’aide de Klara, son ancienne compagne, employée au Parlement européen.

Une histoire forte, un grand roman d’espionnage. Une plongée dans l’espionnage d’aujourd’hui, dans différents endroits du monde, de Damas à Stockholm, en passant par les Etats-Unis et l’Irak. Des personnages surprenants, troubles.

Ce roman chorale vous happe. Les quatre personnages se donnent la parole dans des chapitres qui se succèdent et qui ne nous laisse pas souffler. On est trimballe entre présent et passé. Happé par une tension permanente qui restitue parfaitement le contexte international actuel.

On temble pour Klara. On a peur pour elle quand elle est poursuivi.

Joakim Zander maitrise admirablement cette histoire sombre. Son intrigue, menée d’une main de maître, nous tient en apnée. Il y est question de mensonge et de rédemption, de culpabilité et de violence. Du grand art.

Si j’osais, je dirai que ce polar m’a tenu en apnée.

Lire le début ICI

Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol.


$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Le Livre :Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol.
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Paru le 4 février 2015 chez Actes Sud ; Actes Noirs. 23,80 € ; (595 p.) ; 24 x 15 cm.

Le point de vue des éditeurs

Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils. Ce qui ne semble alors qu‘un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina. La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite « île aux cannibales » marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants. Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé. La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.

Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un XXe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

 Extrait : « Pour le monde, nous serons l’oubli. Une goutte au milieu d’un million de gouttes, nous nous fondrons dans cette immensité appelée l’humanité. « 
$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$L’auteur : Victor del Árbol est né à Barcelone en 1968. Après des études d’histoire, il a travaillé dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. Actes Sud a publié La Tristesse du Samouraï en 2012 et La Maison des chagrins en 2013. Son précédent roman, Toutes les vagues de l’océan, a été élu grand prix de Littérature policière, roman étranger, 2015.
Résumé et avis
 Lorsque Gonzalo Gil apprend que sa soeur s’est donné la mort dans des circonstances tragiques, des secrets de famille ressurgissent. C’est alors pour lui l’occasion de découvrir l’homme qu’était son père, de l’enfer du goulag des années 1930 à la Barcelone affairiste contemporaine.
  Résumer un livre de Victor del Arbol, c’est comme essayer de remonter le courant d’un torrent. C’est dévoilé trop de choses, c’est le dévoyer. Vous parlez de ses personnages…oui,mais lesquels ? Là aussi l’exercice est périlleux.
Car le style de Victor est fait de petite touche. Une peinture pointilliste qui peu à peu dévoile l’histoire, les histoires. Celles qui s’imbrique les unes dans les autres et qui finissent par former une fabuleuse  cohérence. L’auteur livre des fragments d’existence, des bribes de souvenir.
$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$Chez Victor del Arbol, les personnages sont plus importants que l’histoire elle même. Chacun d’eux à une vie propre. Une vie même avant le début du roman. Et ils trouveront leur place dans le roman de façon tellement naturelle. Et là aussi chaque vie va s’entremêler pour enfin former un accord homogène. Aucun n’est ni tout blanc, ni tout noir.
Ainsi petite touche par petite touche, l’auteur nous entraîne dans une histoire dense et haletante, entre guerre civile espagnole, seconde guerre mondiale, stalinisme et franquisme. Il ne se pose pas en juge mais en témoin . Et ses mots ( Victor me confier qu’il écrivait à la main avec un simple stylo plume) forment  une exceptionnelle tragédie noire d’une force et d’une beauté saisissante.
Vous l’aurez compris, je suis totalement sous e charme de sa plume.
Extrait : » La mémoire, c’est une chose prodigieuse. Elle invente à sa guise le récit d’une vie, utilise ce qui lui convient et rejette ce qui la gêne, comme si rien n’avait jamais existé… « 

Pour lire le début c’est ici