Avis d’expert, saison 2 : Affaire n° 15 : Vacher, serial killer


Avis d’expert, saison 2 : Affaire n° 15 : Vacher, serial killer Encore une affaire que je découvre grâce à notre Expert. Il faut dire que Cathie, toutes les semaines, sait nous tenir en haleine.

Allez je vous laisse à votre tour découvrir cette quinzième affaire effrayante


Avis d’expert, saison 2 

 

Affaire n° 15 : Vacher, serial killer.

 

   Acte 1 : Émule de Jack l’éventreur.

  Peu cultivé et souffrant d’un traumatisme à la tête, Joseph Vacher, ancien aliéné errant en liberté, a entendu parler des « exploits » de Jack l’éventreur à Londres. Il aurait alors décidé d’imiter celui qu’il prend pour modèle : durant plus de trois longues années, il est l’auteur d’un sanglant périple, sans qu’il soit possible de déterminer s’il a réellement conscience de la gravité de ses actes.

   Acte 2 : Le tueur de bergers.

 

  En juillet 1897, dans le petit village ardéchois de Champis, près de Tournon, Plantier, un forestier, entend dans le lointain les hurlements de sa femme. Il se précipite et trouve la malheureuse agressée par un individu barbu et coiffé d’un curieux bonnet de fourrure blanche, malgré la chaleur de ce jour d’été. Ceinturé et ligoté, l’agresseur est emmené chez les gendarmes puis incarcéré dans la prison de Tournon. Le juge d’instruction Fourquet, chargé de l’enquête sur le meurtre du jeune Portalier, qui lui rend visite dans le but d’une confrontation, obtient très vite une confession complète, où le mysticisme le dispute à l’horreur, car Joseph vacher avoue n’en pas être à son coup d’essai. En effet, il s’avère être le tueur qui sévit depuis trois ans dans le sud-est de la France et que la police, malgré tous ses efforts, n’a jamais pu arrêter.

 

   Acte 3 : Un sanglant parcours.

  Tout commence le 20 mai 1894, à Beaurepaire, en Isère, où Eugénie Delhomme, âgée de 21 ans, avait été retrouvée égorgée, violée et mutilée, sans aucun indice permettant de retrouver son meurtrier. La même année, en novembre, à Vidauban, le cadavre de la jeune Louise Marcel était retrouvé éventré. Le 12 mai 1895, c’est près de Lyon qu’il assassine puis s’acharne sur le corps de la jeune Augustine Mortureux. Quelques semaines plus tard, on le retrouvait à Saint-Ours, en Savoie, où il tuait dans les mêmes conditions la veuve Morand. C’est une semaine plus tard, le 31 août 1895 à Bénonces, dans l’Ain, que l’on retrouve le corps de Victor Portalier, 16 ans, caché sous des taillis, à moitié dénudé et atrocement mutilé : après l’avoir égorgé, son assassin lui a ouvert l’abdomen duquel il a extrait une partie de ses viscères. Fautes de témoins et d’indices, les gendarmes n’ont aucune piste à suivre. Mais le juge d’instruction chargé de l’affaire établit un lien avec les autres crimes cités ci-dessus.

  Depuis le mois de mars 1894 jusqu’à cet été 1897, dans les départements de l’Ain, de la Côte-d’Or, de la Savoie, de l’Ardèche et du Gard, de nombreux bergers et bergères, qui gardaient leurs troupeaux dans des zones isolées, ont été retrouvés morts. Leur mystérieux assassin leur avait tranché la gorge avant de les violer, de les mutiler sauvagement, puis de les abandonner après avoir gravé sur leur poitrine, avec un couteau ou un rasoir, une croix sanglante. L’unique indice dont la police dispose est, selon le témoignage d’un homme qui l’aurait aperçu, qu’il porte un curieux bonnet de fourrure blanche.

  Ainsi, bien que Vacher affirme qu’il a tué 18 personnes, on ne lui imputera que 11 crimes : 4 jeunes garçons âgés de 9 à 16 ans ; 6 bergères âgées de 10 à 20 ans ; une vieille femme âgée de 65 ans. Quand on lui demande les raisons de tels actes, il explique que son destin, inspiré par Dieu, est de devenir aussi célèbre que Jack l’Éventreur : « Je suis un pauvre malade innocent dont Dieu a voulu se servir pour faire réfléchir le monde, dans un but que nul humain n’a peut-être le droit de sonder. »

 

   Acte 4 : Une balle dans la tête.

 

  L’enquête menée par la police sur le passé de Vacher révèle un bien curieux personnage. Né en 1869 dans une famille d’agriculteurs aisés de l’Isère, Joseph Vacher est élevé par les frères maristes (congrégation laïque masculine de droit pontifical, c’est-à-dire approuvé par le Saint-Siège, qui se consacre à l’éducation de la jeunesse), chez lesquels il acquiert certainement son mysticisme confus. Ces derniers le renvoyèrent pour violence et attouchements sexuels envers ses coreligionnaires. En 1892, âgé de 23 ans, il effectue son service militaire à Besançon mais au vu de son état de santé mental et ses accès de violence incontrôlables, il est interné à l’hôpital de Baumes-les-Dames.

  Garçon taciturne et querelleur, au physique ingrat, on ne lui connaît ni ami, ni aucune conquête féminine. Mais à la fin de son service, très amoureux d’une jeune fille prénommée Louise, il ose la demander en mariage, demande aussitôt refusée. Devenu fou furieux, il blesse la jeune fille de quatre balles de revolver puis se tire les deux dernières dans l’oreille. Le chirurgien de l’hôpital de Baume ne parvient à retirer que l’un des deux projectiles, le second restant fiché dans son crâne.

  C’est alors que le jeune homme commence à présenter de sérieux signes de troubles mentaux : il vocifère de manière incohérente et s’attaque aux autres malades. Considéré comme fou, il est transféré à l’asile de Dole dans le Jura. A l’époque, les établissements pour aliénés sont de véritables taudis où s’entassent, dans une effroyable promiscuité, déments, infirmes et débiles. Ils sont à peine nourris et souvent abandonnés à eux-mêmes. Le seul traitement dont bénéficie Vacher consiste en des injections de valériane dans le but de « dilater » la plaie afin d’extraire le second projectile toujours dans son crâne.

  Un an après son internement, le 1er avril 1894, le médecin de l’asile de Dole juge que Joseph Vacher est guéri et il le relâche sans aucune mesure de prudence. Afin de dissimuler les cicatrices qui couvrent sa tête, il se fabrique un bonnet avec la peau d’un lapin qu’il a tué. Commence alors une longue errance entachée de meurtres sauvages de jeunes bergers.

   Acte 5 : Fou ou criminel ?

  Le plus difficile, pour l’instruction, n’est pas de reconstituer le périple sanglant de Vacher, mais plutôt de déterminer s’il peut être considéré responsable de ses actes devant la loi. Il est indéniable que de nos jours, il serait certainement jugé fou donc pénalement irresponsable et placé dans un établissement spécialisé. Mais en 1898, les juges de la cour d’Assises de Bourg-en-Bresse devant lesquels il comparaît, ne sont pas aussi catégoriques. Les plus éminents experts criminologistes de l’époque furent consultés sur son cas. Tous étaient convaincus de la folie du jeune homme, folie confirmée par ses crimes et ses propres déclarations. Mais face à l’émotion suscitée par la sauvagerie des meurtres et le jeune âge des victimes, il fallait un châtiment exemplaire, raison pour laquelle les docteurs Lacassagne, Pierret et Rebatel rendirent leur rapport d’expertise en juillet 1898 , affirmant que l’état de folie de Vacher était transitoire.

Extrait : « Vacher n’est pas un épileptique, ce n’est pas un impulsif. C’est un immoral violent, qui a été atteint temporairement de délire mélancolique avec idées de persécution et suicide. L’otite traumatique dont il est porteur semble n’avoir eu jusqu’à présent aucune influence sur l’état mental de l’inculpé. Vacher, guéri, était responsable quand il est sorti de l’asile de Saint-Robert. Ses crimes sont d’un antisocial, sadique sanguinaire, qui se croyait assuré de l’impunité, grâce au non-lieu dont il avait bénéficié et à sa situation de fou libéré. Actuellement, Vacher n’est plus un aliéné : il simule sa folie. Vacher est donc un criminel, il doit être considéré comme responsable, cette responsabilité étant à peine diminuée par les troubles psychiques antérieurs. »

  En conséquence de quoi, Joseph Vacher, ficelé comme un paquet lorsqu’on le conduit à la guillotine, en raison de son extrême agitation, est exécuté le 31 décembre 1898.

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La voix secrète – Michaël Mention.


Vous le savez maintenant !

Sur collectif polar nous aimons régulièrement vous donner deux ressentis de lectrices sur un même livre.

Ceux-ci peuvent-être divergents ou aller dans le même sens.

Ce qui est certain, c’est qu’ils se complètent.

Pour que vous amis lecteur, vous vous fassiez votre propre opinion.

Aussi aujourd’hui c’est Julie, notre jeune apprenti chroniqueuse et Eppy Fanny notre Flingueuse en chef qui  se sont lancées dans l’aventure de la double chronique.

Et cet après-midi c’est Eppy qui clôture la session.


Le livre : La voix secrète de Michaël Mention. Paru le 5 janvier 2017 chez 10/18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ; (229 p.) ; 18 x 11 cm.
Résumé:
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin. Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires. Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain. Critiqué par ses pairs, Allard s’enlise peu à peu dans ses questions : son ami Lacenaire est-il impliqué dans les crimes ? Si tel est le cas, sa participation à l’enquête ne risque-t-elle pas de nuire à l’enquête et d’aggraver le chaos ambiant ? 
L’auteur : Né en 1979, Michaël Mention est romancier et scénariste.. ces roman sont inscrits dans une démarche de création littéraire originale et séduisante, que Michaël Mention pratique avec beaucoup d’habilité… et de plaisir. Et il faut dire  que de livre en livre, l’originalité et le talent de Michaël Mention s’affirment aux frontières des littératures historique, policière et fantastique.  Grand Prix du roman noir français au Festival International du Film Policier de Beaune en 2013 pour Sale temps pour le pays (Rivages/noir), il s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux prodiges du thriller.
Extrait :
N’en déplaisent à mes admirateurs et à mes détracteurs, je ne suis ni un Robin des Bois, ni un opposant de plus à Louis-Philippe. Mon idéal, c’est moi, envers et contre vous. Je n’ai mené qu’un combat, celui de me préserver de votre morale, de votre roi et de votre dieu. Voilà, c’est dit.

La Chronique D’Eppy Fanny

LA VOIX SECRETE DE Michaël MENTION

Editions 10/18

Michaël nous entraîne dans un roman historique inspiré des derniers jours du célèbre Lacenaire.

Le récit : Paris, Hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Dans un Paris qui gronde, un Roi mal aimé qui réchappe à un attentat, une presse républicaine très active…

Et au milieu de ces turbulences, une ombre immense qui rode et s’abat sur des enfants qu’elle décapite. De pauvres enfants du peuple qui travaille dans de sombres ateliers et dont les restes éparpillés finissent dans le ruisseau…

En parallèle, Lacenaire, emprisonné, qui s’attèle à ses mémoires, car sa fin, tant souhaitée, est proche. Impatient de son RDV avec la guillotine qui lui a inspiré son plus beau poème à ses yeux, « Dernier chant »

(Extrait P.16):

Salut à toi, ma belle fiancée,

Qui dans tes bras va m’enlacer bientôt !

A toi ma dernière pensée,

Je fus à toi dès le berceau.

Lacenaire emprisonné à la Conciergerie et qui suscite l’intérêt, la curiosité, la colère et parfois l’amitié de ces visiteurs et des Dirigeants de l’Epoque (Gisquet, Thiers et le Roi en particulier).

Un assassin qui ne vient pas d’un milieu défavorisé, qui a une sexualité dérangeante, et qui écrit ses mémoires.

Ballet incessant dans cette geôle : Dumoutier le phrénologue, Lebel le Directeur de Prison, Chabrol le gardien, Arago, Reffray de Lusignan, Allard, Canler, la Baronne De Chaimbourg et autres admiratrices frémissantes.

L’enquête sur les meurtres est confiée à Allard et Canler. Le peuple a peur, le peuple gronde. Il faut faire vite. Allard remarque, sur le 1er corps supplicié, des traces identiques à celles retrouvées sur des victimes de Lacenaire. Qu’est-ce à dire ?

Le voilà visitant le prisonnier et lui demandant, au nom de leur amitié, de l’aide pour appréhender ce tueur d’enfants. Car Lacenaire, bien qu’assassin multirécidiviste, ne s’en est jamais pris à ces innocents.

Gisquet s’étouffe à cette demande de collaboration, et s’étouffe encore plus, lorsque Lacenaire profite de cette sortie extraordinaire pour examiner les corps d’enfants, pour s’échapper.

Une évasion qui donnera la part belle à Canler puisque Allard se retrouve au placard.

L’enquête se déroulera jusqu’à l’arrestation du coupable et nous connaîtrons enfin ses motivations.

Lacenaire sera repris et exécuté. L’histoire suivra son cours jusqu’au moment où le couperet fera son œuvre.

Ce qui est passionnant dans ce roman, c’est le parti pris du récit majoritairement fait par Lacenaire, sa vision sans concession sur une époque et ses travers.

Extrait P.27 : « Derrière la muraille, j’aperçois ce que certains nomment la liberté, ballet incessant de bourgeois et de miséreux. France, je te plains. Que tu sois aux mains de Louis XVI, de Napoléon, de Charles X ou aujourd’hui de Louis-Philippe, tes inégalités demeurent. La nausée qu’elles m’inspirent me renvoie à celle qui m’a conduit au crime : un dégoût de l’humanité trop pesant, dont je compte bien nourrir mes Mémoires. »

Une vision qui dérange, des écrits qui effrayent et que la censure va inexorablement sabrer.

Une tentative pour stopper cette censure, avortée par les puissants via un chantage ignoble…

Un pouvoir qui a des soubresauts et des hoquets suite à l’attentat de trop :

Exécution de tous les opposants incarcérés, arrestation de tout individu aux opinions républicaines, interdiction de la presse républicaine, dissolution des Sociétés de secours mutuels…

Un gros coup de vis…

 

J’ai adoré ce roman historique parfaitement documenté.

Un roman qui regroupe mon goût pour l’histoire et les intrigues policières

Cette approche sociétale, ce récit puissant sur les manœuvres des puissants afin de préserver leur position. Cette image d’une époque passionnante.

Je ne peux que vous encourager à découvrir cette pépite.

Pour ma part j’ai hâte de découvrir d’autres ouvrages de la plume de Michaël. Me voici accro mon ami !

Et pour ceux et celles qui auraient loupé « Le compte rendu de Julie » sur La voix secrète c’est ICI.

Bonne soirée à vous tous mes chers polardeux

La voix secrète de Michaël Mention


Vous le savez maintenant !

Sur collectif polar nous aimons régulièrement vous donner deux ressentis de lectrices sur un même livre.

Ceux-ci peuvent-être divergents ou aller dans le même sens.

Ce qui est certain, c’est qu’ils se complètent.

Pour que vous amis lecteur, vous vous fassiez votre propre opinion.

Aussi aujourd’hui c’est Julie, notre jeune apprenti chroniqueuse et Eppy Fanny notre Flingueuse en chef qui lance dans l’aventure de la double chronique.

Et ce matin c’est Julie qui ouvre le bal


 Le livre : La voix secrète de Michaël Mention. Paru le 5 janvier 2017 chez 10/18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ; (229 p.) ; 18 x 11 cm.
Résumé:
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin. Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires. Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain. Critiqué par ses pairs, Allard s’enlise peu à peu dans ses questions : son ami Lacenaire est-il impliqué dans les crimes ? Si tel est le cas, sa participation à l’enquête ne risque-t-elle pas de nuire à l’enquête et d’aggraver le chaos ambiant ? 
L’auteur : Né en 1979, Michaël Mention est romancier et scénariste.. ces roman sont inscrits dans une démarche de création littéraire originale et séduisante, que Michaël Mention pratique avec beaucoup d’habilité… et de plaisir. Et il faut dire  que de livre en livre, l’originalité et le talent de Michaël Mention s’affirment aux frontières des littératures historique, policière et fantastique.  Grand Prix du roman noir français au Festival International du Film Policier de Beaune en 2013 pour Sale temps pour le pays (Rivages/noir), il s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux prodiges du thriller.
Extrait:
 « Cher public, ta curiosité a été excitée à un si haut point par mes dernières étourderies, tu t’es mis avec ardeur à la piste de la moindre circonstance qui présentât quelque rapport avec moi, qu’il y aurait plus que de l’ingratitude de ma part à ne pas te satisfaire. »

Le compte rendu de Julie.

Un roman noir et un tueur qui n’épargnent pas la société 

En effet, Lacenaire incarcéré en écrivant ses mémoires n’épargne pas la société, il n’a pas sa langue dans sa poche en étant franc et n’a pas peur de dire ce qu’il pense. On ressent une ambivalence avec ce personnage d’autant plus que Pierre-François Lacenaire a réellement existé et était un poète et un assassin du XIXème siècle, on ne peut pas l’adorer après ce qu’il a fait mais on ne peut pas le détester non plus en plus qu’il va se montrer être d’une grande aide pour la police.

Sa relation avec le policier Allard est touchante, on comprend Allard qui compatit pour son ami Lacenaire même s’il peut dépasser les bornes contre ses supérieurs. 

L’enquête d’enfants disparus et tués cause du fil à retordre aux flics ainsi que pour nous lecteur, ainsi je n’ai rien vu venir et j’ai douté de plusieurs personnages. Cependant, attention aux âmes sensibles surtout ceux qui sont touchés par la cause des enfants car les enfants ne sont pas épargnés dans cette enquête, moi cela ne m’a pas gêné en n’étant pas une âme trop sensible. 

Un autre flic va se montrer ambiguë Canler que j’ai particulièrement aimé mais on va  aussi détester certains personnages mais je vous en dit pas plus pour pas spoiler. 

En conclusion, je vous conseille « la voix secrète » de Michaël Mention, un polar historique et roman noir qui joue avec nos nerfs où on est également dans la tête d’un assassin qui écrit ses mémoires. Grâce à ce livre, j’ai découvert des personnes et des faits historiques dont je ne connaissais pas?

Je remercie Geneviève pour le concours  » La Millième chasse au livre spéciale Noël » qui m’a permis de le gagné, ça a été une excellente découverte.

Foncez le découvrir à votre tour 

 Info sur ce titre  : 
Titre: « La voix secrète »
Auteur: Michaël Mention
Date de parution: 05/janvier/2017
Éditeur: 10/18
Collection: Grands détectives
ISBN : 978-2-264-06878-1
Prix: 7,10 euros
Nombre de pages: 230
Format: poche
Précédemment paru chez le Fantascope  le 16 mai 2011 12€ ; (227 p.) ; 19 x 13 cm

Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 12 : La malle sanglante.


Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 12 : La malle sanglante

 

Affaire n° 12 : La malle sanglante.

 

  Acte 1 : Macabre découverte.

 

En août 1889, Denis Coffy, cantonnier, est alerté par des gens disant avoir senti une odeur nauséabonde sur la route départementale reliant Vernaison à Millery, près de Lyon. Une fois sur les lieux, il remarque, dans un buisson, un gros sac en toile cirée dégageant effectivement une insupportable odeur. Il ouvre le sac et y trouve un cadavre nu dans un état de décomposition avancée. Alertées, les autorités se rendent sur place et découvrent une petite clef tout près du sac.

Deux jours plus tard, non loin de là, à Saint-Genis-Laval, un marchand d’escargots  découvre les restes d’une malle qui aurait pu servir à transporter le corps. La clef s’adaptant à la serrure et l’odeur pestilentielle qui s’en dégage ne laissent aucun doute quant à l’usage de la malle. Une étiquette collée sur le fond de la malle dit que celle-ci a voyagé depuis Paris jusqu’à Lyon le 27 juillet 1888 ou 1889, le dernier chiffre étant partiellement effacé. Pourtant, la police, faute d’indices, est bien en peine d’ identifier le cadavre.

A Paris, le commissaire Goron, chef de la Sûreté, a sa petite idée sur la question depuis que la disparition, quelques jours plus tôt, de M. Gouffé, huissier de justice dirigeant l’une des études les plus importantes de la capitale, a été signalée. Pourtant, il va devoir prouver qu’il a raison car la police lyonnaise affirme formellement que la description du disparu ne correspond en rien au cadavre découvert.

 

Acte 2 : La science au secours de la police.

 

  Mais pour l’instant, l’enquête menée à Paris piétine. En effet, le commissaire ne trouve aucune piste. Gouffé, veuf, vivait seul et dépensait volontiers son importante fortune en compagnie de filles à la cuisse légère. C’était son seul vice. Seul maigre indice, on sait que peu avant sa disparition, il a été vu en compagnie de Gabrielle Bompard, une jeune prostituée, et de Michel Eyraud, un affairiste véreux. Or, ces deux-là auraient quitté Paris le 27 juillet, jour de la disparition de l’huissier. Coïncidence ? Toujours est-il que, malgré que personne de les ait revus à Paris, cela ne suffit pas à en faire des suspects.

Afin de faire progresser son enquête, le commissaire Goron décide de faire « parler » le mort. Une première autopsie, réalisée le 14 août à la faculté de médecine de Lyon, avait seulement permis d’établir les constatations d’usage mais pas l’identité du mort : corps dénudé ligoté avec sept mètres de corde, tête enveloppée dans une toile cirée, victime visiblement morte par strangulation environ trois semaines plus tôt . Il demande au professeur Lacassagne, éminent criminologue, de procéder à une seconde autopsie afin d’établir formellement si le cadavre retrouvé est celui de Gouffé. Grâce au corps conservé dans le formol, la seconde autopsie, pratiquée du 13 au 20 novembre 1889 sur la base de cheveux prélevés sur le peigne de Gouffé et de la description d’une ancienne blessure, est considérée comme les prémices de la police scientifique.

 

Premier détail : le mort mesure 1m75 et le livret militaire de ce dernier mentionne 1m78. Deuxième détail : les os de la jambe droite pesant moins lourd que ceux de la gauche, la victime devait être boiteuse, fait corroboré par les connaissances de Gouffé. Troisième détail : d’après l’analyse des dents, le cadavre aurait environ la cinquantaine, or Gouffé était âgé de 49 ans. Ultime preuve : les cheveux du cadavre sont noirs alors que l’huissier avait les cheveux clairs mais il les teignait en noir !!

Le public, passionné par cette affaire du cadavre mystérieux, reste néanmoins sur sa faim, car, bien qu’il semble prouvé que le cadavre soit celui de Gouffé, le plus dur reste à faire : trouver son ou ses assassins !!

Acte 3 : La presse vient au secours de la police !

 

  C’est alors que le commissaire Goron, qui manque cruellement d’indices, tente le tout pour le tout en faisant fabriquer une malle en tous points identique à celle retrouvée près du corps. Il l’expose à la morgue à la vue de tous. Plusieurs plus tard, un artisan sellier se rend à la police et affirme qu’il s’agit d’une malle de fabrication anglaise. Grâce aux photographies parues dans les journaux, un commerçant londonien dit reconnaître Gabrielle Bompard et Michel Eyraud auxquels il a vendu la mallle. Les portraits diffusés dans la presse française et étrangère permet de retrouver les deux fugitifs…en Amérique !!

 

Mais qui sont les deux amants fugueurs ?

  Michel Eyraud, né le 30 mai 1843, est le fils d’un négociant de Saint-Etienne. Il se marie à Paris le 17 mars 1870 avec Louise Laure Bourgeois mère de sa fille Marguerite décédée à l’âge de 9 ans en juillet 1882. Mari violent et volage, il abandonne son épouse pour embrasser la carrière d’ « aventurier ». Il vit alors d’escroqueries et de diverses affaires véreuses. Son associé, Rémi Launay, fut soupçonné d’avoir commandité le meurtre de l’huissier Gouffé dont la disparition tombait à pic pour effacer ses nombreuses dettes arrivant justement à échéance en juillet 1889. Mais disculpé par Eyraud, il bénéficiera d’un non-lieu.

Quant à Gabrielle Bompard, née à Lille le 13 août 1868, est fille d’un marchand de métaux assez aisé. Ägée de seize ans, elle se laisse séduire par un homme qui l’abandonne très vite. Chassée par sa famille, elle s’installe à Paris en 1888 et se retrouve rapidement sur les trottoirs du boulevard Malesherbes . C’est alors qu’elle fait la connaissance de Michel Eyraud qui la prend sous sa protection. Devenue sa maîtresse, elle se prostitue occasionnellement afin de subvenir à leurs besoins. De petite taille, assez jolie, elle a la solide réputation d’une fille dévergondée .

 

Acte 4 : Lui ou elle ?

 

  Le 22 janvier 1890, la jeune femme revient en France de son propre chef et se rend, seule, à la préfecture de police afin de raconter son histoire au commissaire Goron. Se proclamant innocente, elle présente son ancien amant, Michel Eyraud, comme l’unique coupable du crime de l’huissier. D’après elle, initialement, ils n’avaient pas l’intention de le tuer mais seulement de le faire chanter. La discussion aurait mal tourné et Eyraud, sous le coup de la rage, aurait étranglé Gouffé. Eyraud, indigné par les mensonges proférés par Gabrielle mais toujours en fuite, adresse aux journaux sa propre version : c’est la jeune femme et non pas lui qui a tout manigancé et assassiné l’huissier.

Bien entendu, la querelle des deux amants meurtriers ainsi que l’enquête menée par le commissaire Goron fait le bonheur des lecteurs du Petit Journal, de l’Intransigeant et de tous les autres quotidiens. Finalement, Eyraux est arrêté après une cavale qui le mènera aux USA, au Mexique et à La Havane. Il est remis aux autorités françaises. La confrontation des deux protagonistes ainsi qu’une scrupuleuse reconstitution de la scène permettent au commissaire Goron d’établir les conditions précises du crime.

 

Acte 5 : Guet-apens.

  A partir de ce moment, la version d’Eyraud ne tient plus…pas plus que celle de Bompard ! Il apparaît clairement que l’huissier est tombé dans un véritable piège. Ce jour de juillet 1889, la belle Gabrielle l’attire chez elle où Eyraud se tient caché derrière un paravent. Trop préoccupé par sa conquête du moment et pressé de se retrouver dans le lit de la jeune prostituée, il ne prend pas garde à la corde retenue au plafond par une poulie. Gabrielle, qui sait user de ses charmes, parvient à la lui passer  autour du cou sous prétexte d’un jeu sexuel. C’est alors qu’intervient Eyraud qui tire sur la corde en question jusqu’à ce que Gouffé se retrouve littéralement pendu. A peine ont-ils constaté sa mort qu’Eyraud se rend à l’étude de l’huissier en se servant de ses clefs afin d’y dérober l’argent liquide qu’elle contient. Revenant bredouille, les deux amants décident alors de le placer dans une malle qu’ils convoient jusqu’à Lyon par le train. Ils louent ensuite un cabriolet sur lequel ils hissent péniblement leur lourd fardeau mais quand l’odeur, en ce beau jour de juillet, commence à leur chatouiller les narines, ils s’arrêtent sur le bord de la route, près de Millery, et se débarrasse de l’encombrant cadavre dans un bouquet de buissons. Ils s’embarquent ensuite pour l’Amérique dans l’espoir d’échapper à la justice française.

 

Acte 6 : Le procès.

  Le 16 décembre 1890 s’ouvre, devant les assises de la Seine, l’un des procès les plus sensationnels de cette fin de siècle. Bien que défendu par le célèbre avocat Félix Decori, et le mobile crapuleux ne faisant aucun doute, Michel Eyraud est condamné à la peine capitale, ses antécédents ne plaidant certes pas en sa faveur. Il sera guillotiné le 13 février place de la Roquette.

Quant à sa complice, elle nie farouchement toute responsabilité. D’ailleurs, ne s’est-elle pas livrée à la police d’elle-même ? Son avocat, maître Henri Robert, batailla pour faire valoir une thèse originale dans les annales du crime : sa cliente est innocente parce qu’elle était sous l’influence de Michel Eyraud qui l’avait hypnotisée !! Le tribunal fit appel à la science afin de déterminer s’il était effectivement possible de commettre un crime « inconsciemment ». Comme on pouvait s’y attendre, les experts, en l’absence de l’éminent professeur Charcot, sommité de la psychiatrie naissante, furent incapables de se mettre d’accord . Les circontances atténuantes furent alors accordées à la jeune femme qui fut condamnée à 20 ans de travaux forcés, peine qu’elle purgea dans un premier temps dans la prison pour femmes de Nanterre, puis à la centrale de Clermont, dans l’Oise. Bénéficiant d’une remise de peine pour bonne conduite, elle fut finalement libérée en 1905. Délaissant son ancienne activité, elle travailla comme ouvreuse dans un théâtre reconverti en cinéma. Elle meurt oubliée de tous en 1920.

Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n°11 : L’affaire de l’auberge rouge.


Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n°11 : L’affaire de l’auberge rouge.

Pour cette 11e affaire, nous retrouvons avec plaisir si je puis dire une affaire bien connu du grand public.

Des livres ont été publiés, des film réalisés autours de ce fait divers sordide au possible. M^me un jeu de société s’en est inspiré, c’est dire.

Aussi je vous laisse redécouvrir cela sous la plume de Cathie notre Expert en chef.


 

Affaire n°11 : L’affaire de l’auberge rouge.

 

   Acte 1 : Le hameau du diable.

 

  Niché sur les hauts plateaux cévenols, à seulement quelques kilomètres de Lanarce, le hameau de Peyrebeilhe est l’un de ces nombreux villages d’Ardèche que les hivers rigoureux tiennent éloignés du monde. Certes, l’existence y est rude et modeste, parfois empreinte de violence, mais rien ne le prédestinait à constituer le décor d’une des plus sombres affaires criminelles du 19e siècle. Également l’une des plus étranges et des plus suspectes, au cours de laquelle la justice va s’acharner sur un couple d’aubergistes dont le tort aurait été de vouloir trop s’enrichir.

  Tout commence le 26 octobre 1831 avec la découverte, par Jean-Baptiste et Jean Enjolras, d’un cadavre sur les berges de l’Allier, à une dizaine de kilomètres de Peyrebeilhe. Il s’agit du corps de leur oncle Jean-Antoine Enjolras dont ils étaient sans nouvelles depuis quelques jours. Pour le médecin qui examine le cadavre, l’homme a été victime d’un meurtre certainement commis par un vagabond. Pourtant, on a retrouvé sur le cadavre une bourse contenant la somme de 160 francs. Il ne peut donc être question d’un vol qui aurait mal tourné.

  Jean-Antoine Enjolras a été vu pour la dernière fois le 12 octobre à la foire de Saint-Cirgues-en-Montagne où il a acheté une génisse. Selon plusieurs témoins, ayant perdu la bête sur le chemin du retour, il aurait déclaré passer la nuit à l’auberge de Peyrebeilhe, tenue par un certain Martin. Interrogé, ce dernier déclare ne pas avoir vu Enjolras.

 

   Acte 2 : Une fortune mal acquise ?

 

  Les époux Martin, des paysans pauvres devenus propriétaires et tenanciers de l’auberge de Peyrebeilhe, possédaient, à leur mort, une fortune évaluée à 30 000 francs-or, somme qui correspond à environ 600 000 euros actuels. La cupidité du couple et le fort caractère de Martin, qui le faisait craindre du voisinage, les conduisirent à leur perte. En effet, comment de simples aubergistes ont pu s’enrichir à ce point sinon en détroussant ses clients ? Tel est le postulat de départ d’une enquête bâclée, menée par une justice en proie à des préjugés plus tenaces que la raison. La presse de l’époque s’empara de l’affaire et donna à l’établissement de Martin des surnoms tels que « l’auberge rouge », « l’auberge sanglante », « l’ossuaire » ou « le coupe-gorge ».

   Acte 3 : Forcément coupables.

 

  Pourtant, les enquêteurs, aiguillonnés par les rumeurs insidieuses le concernant, ne tardent pas à le considérer comme un coupable potentiel. En effet, l’homme est riche, son auberge étant un établissement très fréquenté. Propriétaire de plusieurs maisons à Peyrebeilhe, sa réussite a toujours suscité de nombreuses jalousies et nourri bien des rancœurs. Le 25 octobre, la veille de la découverte de son cadavre, le juge de paix Etienne Filiat-Duciaux se rend chez Martin pour enquêter sur la disparition d’Enjolras. Le 1er novembre, la police l’arrête en compagnie de son neveu André Martin et de son domestique Jean Rochette, surnommé « Fétiche », malgré leurs protestations d’innocence. Marie Breysse, la femme de Martin, entame alors des démarches afin de les disculper, cherchant à rencontrer certains des témoins, mais elle le fait avec tant de maladresse qu’on la soupçonne d’être la complice de son mari et de ses acolytes. Elle est à son tour incarcérée fin mars 1832.

  Pendant ce temps, de nombreux « témoignages » s’accumulent forgés sur fond de ragots et d’histoires de disparitions mystérieuses, de crimes impunis, tous imputés aux Martin que, décidément, on n’apprécie pas beaucoup dans la région. Certains témoignages extravagants circulent : d’aucuns prétendent avoir surpris la femme de Martin en train de faire bouillir des morceaux de cadavres humains dans une marmite, tandis que d’autres affirment avoir croisé, peu après la disparition d’Enjolras, Martin et son domestique transportant un étrange fardeau, sans aucun doute le corps d’une de leurs victimes…

 

   Acte 4 : Une étrange justice !

 

  Le 18 juin 1833, après plus d’un an d’instruction, les quatre accusés comparaissent devant les Assises de l’Ardèche, à Privas. L’acte d’accusation est accablant : outre l’assassinat d’Enjolras, on leur reproche de nombreux autres meurtres et méfaits commis les années passées dans la région, la justice ayant prêté foi aveuglément aux dépositions des témoins, même les plus fantaisistes, sans vraiment chercher à démêler le faux du vrai.

  Le procès est l’occasion de belles envolées lyriques au style convenu, mais la rigueur qu’on est en droit d’attendre d’un procès criminel fait cruellement défaut . En fait, il semble que le principal reproche fait au couple Martin est de s’être enrichi bien plus que n’auraient pu le faire de simples aubergistes. Il devient alors évident que leur fortune provient en partie des sommes dérobées à leurs victimes.

  De ces victimes supposées, nulles traces, sinon le cadavre d’Enjolras qui, avant de disparaître, avait déclaré son intention de dormir à Peyrebeilhe. Or, à l’époque des faits, Pierre Martin ne tient plus l’auberge qu’il a revendue l’année passée !! Il s’agit alors de démontrer qu’Enjolras n’est pas allé à l’auberge mais au domicile des Martin. Les accusés se récrient en affirmant qu’ils ne connaissaient pas la victime. Mais un témoin important, Claude Pagès, est pourtant formel : le 25 octobre, il a rencontré Martin et son domestique Rochette qui transportaient un encombrant paquet duquel se dégageait une épouvantable odeur de putréfaction. Seulement voilà : Claude Pagès étant mort peu après, ce sont des proches qui ont communiqué son témoignage à la police… Face aux faiblesses de l’instruction et aux errements du procès, le président du tribunal envisage sérieusement d’acquitter les quatre accusés, d’autant plus que le jour supposé du meurtre d’Enjolras, trois personnes logeant chez les Martin, deux ouvriers agricoles et une couturière, ont affirmé n’avoir rien vu de suspect durant leur séjour.

Acte 5 : Rebondissement et coup de théâtre :

 

  ..affirmation sur laquelle ils reviennent, laissant entendre que, finalement, il se serait peut-être bien passé quelque chose de louche ce soir-là à Peyrebeilhe.

  Revirement spectaculaire suivi d’un véritable coup de théâtre : un dénommé Laurent Chaze, vagabond alcoolique qui errait dans la région, vient à son tour témoigner : il prétend avoir dormi chez Martin aux côtés d’Enjolras et raconte les faits. Ne pouvant s’acquitter de la somme requise pour passer la nuit dans un lit, il fut mis dehors. Il se serait alors caché dans une remise, aux premières loges pour assister au meurtre. Peut-être que Chaze a réellement vu quelque chose de suspect mais comment en être certain alors qu’il s’exprime en occitan vivaro-alpin, contrairement au français utilisé pendant les audiences ?

  La justice ne veut pas en entendre davantage : pour elle et pour les jurés, la culpabilité des époux Martin dans l’assassinat d’ Enjolras ne fait aucun doute et si le jeune neveu est acquitté, les trois autres sont condamnés à mort le 28 juin.

 

   Acte 6 : Faire un exemple.

 

  L’implacable justice n’en a toutefois pas terminé avec les coupables : après le rejet de leur pourvoi en cassation et de la demande de grâce auprès du roi Louis-Philippe, et souhaitant faire un exemple dans le but d’édifier une population décidément trop frustre et trop violente, le procureur du roi décide, contrairement à l’usage qui voudrait que l’exécution ait lieu sur la voie publique, devant la prison de Privas, décide que les bois de justice soient dressés sur les lieux même des crimes, à Peyrebeilhe. C’est ainsi que le 2 octobre 1833, Pierre Martin, sa femme Marie Breysse et Jean Rochette sont conduits à leur ancienne auberge en une macabre procession qui dure des heures, sous le regard curieux d’une foule nombreuse massée tout au long du parcours. A midi, les trois criminels sont guillotinés et Peyrebeilhe devient le lieu d’une fête obscène qui durera tard dans la nuit.

   Acte 7 : Contexte historique et politique.

 

  Cette sordide affaire doit être replacée dans le contexte très particulier de l’époque. L’année 1831 fut secouée d’une part par la révolte des Canuts à Lyon puis par celle des forêts royales en Ardèche. En effet, le droit du ramassage du bois dont bénéficiait les paysans fut réduit au profit des scieries. En rébellion, des bandes de coupeurs incendièrent et coupèrent le bois de certaines d’entre elles. Ils opéraient la nuit sur un terrain qu’ils connaissaient comme le fond de leurs poches et n’éprouvaient donc aucune difficulté à semer les gendarmes. Très inquiet, le préfet ordonna que l’ordre soit rétabli le plus rapidement possible. Dans ce contexte explosif, il ne pouvait envisager qu’une affaire de crimes aussi sanglants restât impunie.

 

  Le procès des Martin s’inscrit également sur fond de règlement de compte politique. Tout le monde était au courant de leur appartenance au parti des ultra-royalistes, du fait que Pierre était un homme de main de la noblesse locale et que Marie Breysse, son épouse, avait caché un curé réfractaire. Circulait la rumeur selon laquelle il avait exercer une pression, plutôt brutale vu le caractère emporté du personnage, sur les propriétaires de la région afin qu’ils cèdent leurs biens à bas prix aux nobles revenus d’exil depuis peu afin que ces derniers reconstituent leur héritage spolié.

  Dans ce contexte, on comprend aisément la nature de la vindicte populaire à leur encontre et le fait que la justice ait fait disparaître des pièces du dossier. Le procureur ne pouvait que juger sévèrement les accusés malgré les indéniables faiblesses et incohérences de l’instruction. Pour autant, le mystère de la culpabilité ou de l’innocence du couple Martin restera à jamais inexpliqué, à moins que des documents probants remontent à la surface du temps…

Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 10 : l’affaire Fualdès.


Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 10 : l’affaire Fualdès.

C’est reparti de plus bel pour nos « Avis d’Expert »

Et Cathie cette fois nous entaïne dans le sud Ouest de la France

Au tu début du 19e siècle.

Allez place à l’ Affaire n° 10 : l’affaire Fualdès.


Affaire n° 10 : l’affaire Fualdès.

 

   Acte 1 : L’affaire Fualdès.

 

  De rebondissements en rebondissements, les circonstances entourant l’assassinat de Fualdès, en 1817, deviennent de plus en plus obscures au fur et à mesure que de nouveaux témoins se présentent devant la police. Cette affaire, jamais clairement élucidée, aura un retentissement considérable en France.

 

   Acte 2 : Enquête sur un crime crapuleux.

 

  Le 20 mars 1817, les eaux de l’Aveyron rejettent le cadavre d’Antoine Bernardin Fualdès, ancien procureur impérial, un notable bien connu à Rodez où il résidait. L’homme a été égorgé puis vidé de son sang avant d’être jeté dans la rivière. Le jour même, la canne de la victime ainsi qu’un mouchoir ayant probablement servi de bâillon sont retrouvés dans un quartier populaire de Rodez, rue des Hebdomadiers, non loin d’un établissement de très mauvaise réputation tenu par les époux Bancal.

   A l’étage logent un ancien soldat, un dénommé Collard, et sa maîtresse, Anne Benoist. Le juge Teulat, chargé de l’instruction, grâce aux indices et aux quelques témoignages recueillis, reconstitue les faits ainsi : Fualdès est sorti de chez lui le 19 mars au soir en emportant des papiers. Par ailleurs, les habitants de la rue Hebdomadiers se souviennent que, le même soir, un vielleux et un joueur d’orgue de Barbarie n’ont cessé de jouer des rengaines devant la maison Bancal : le juge suppose que ce vacarme inhabituel devait servir à couvrir les cris de quelqu’un et que Fualdès a été attiré et assassiné dans la maison en question. D’ailleurs, au cours de la perquisition des lieux, les policiers découvrent des linges ensanglantés et la veste de Fualdès.

  Aussi tôt, le couple Bancal, Collard, Anne Benoist et quelques autres habitués sont arrêtés et incarcérés. Madeleine, la fille des tenanciers, âgée de 9 ans, en échange de bonbons, affirme avoir assisté au meurtre, dissimulée dans un coin de la cuisine. Elle raconte : de nombreux hommes et de mystérieuses femmes voilées entouraient la table de la cuisine sur laquelle était étendu un homme qui, malgré ses supplications, fut égorgé par Collard. Ensuite, les femmes ont recueilli son sang dans une bassine et l’ont donné aux cochons. Puis ils ont emporté le corps mais elle n’en sait pas plus. Le plus curieux est que personne ne remet en doute ce témoignage.

  Les circonstances du crime étant établi, le mobile est rapidement établi : le 18 mars, suite à la vente d’un domaine, Fualdès a touché la somme de 26 000 francs. De plus, le filleul de l’ancien magistrat, rené Bastide-Gramont, et son beau-frère, un homme du nom de Jausion, sont criblés de dettes. De là à établir une relation de cause à effet, il n’y a qu’un pas que le juge franchi allègrement. Pour lui, les deux compères ont attiré Fualdès dans un traquenard et l’ont fait égorger par leurs complices dans la maison des Bancal. Malgré de nombreuses zones d’ombre et des questions restées sans réponse, l’enquête est bouclée.

 

   Acte 3 : Rebondissements.

 

  Ainsi, fin avril, quinze personnes se retrouvent en prison. Toute la France se passionne pour l’ « affaire », y compris la presse qui, estimant que tout est trop simple, échafaude d’autres hypothèses, plus ou moins farfelues : révolutionnaire convaincu, loyal serviteur de l’Empire, Fualdès n’a-t-il pas été victime d’une vengeance de ses ennemis royalistes ? D’autant que l’ancien magistrat est censé en savoir long sur la supposée disparition du dauphin Louis XVIII de la prison du Temple…

  Le procès doit se tenir devant la cour prévôtale de l’Aveyron, juridiction d’exception créée pendant la Restauration pour juger, selon une procédure expéditive, les crimes de droit commun et les délits politiques. Premier coup de théâtre : à la veille du début du procès, la chambre de mises en accusation de la Cour Royale de Montpellier retire l’affaire à la cour prévôtale pour la confier à la cour d’assises de l’Aveyron, sans aucun explication ni justification.

  Un second coup de théâtre rend cette cause encore plus mystérieuse : Clarisse Manzon, la propre fille du président de la cour prévôtale, menant pour l’époque une vie fort dissolue, raconte à son amant que, pendant la nuit du 19 mars, elle se trouvait dans la maison des Bancal pour un rendez-vous galant et a assisté au meurtre de Fualdès. Le fait ayant été rapporté au juge Teulat, celui-ci convoque la jeune femme et l’interroge, mais, dans un premier temps, elle nie tout en bloc, avant de se rétracter le lendemain.

  Jusqu’au 18 août, date finalement retenue pour le début des audiences, Clarisse Manzon, surnommée par la presse « Madame mensonge », ne cesse de faire des déclarations contradictoires et devient la véritable vedette de l’affaire.

 

   Acte 4 : Le procès de Rodez.

 

  Le 18 août, le public, venu nombreux, observe ces hommes et  ces femmes qui, depuis plusieurs mois, sont le sujet de conversation préféré des Français. Pour la première fois dans l’histoire de la justice française, les journalistes sont autorisés à assister aux débats et de publier des compte-rendus de séance.

  Bien que 320 témoins soient cités à comparaître, l’assistance, en réalité, n’attend que le témoignage de Clarisse Manzon qui se présente à la barre le 22 août. Vêtue de noir et voilée de blanc, la jeune femme se livre alors à une mise en scène spectaculaire et mélodramatique à souhait : tout en tenant des propos exaltés et incohérents, elle ne cesse de s’évanouir chaque fois qu’on lui pose une question précise, ce qui impressionne fortement le public et les juges.

  Les débats qui suivent sont tout aussi confus et les royalistes, forts de leur autorité retrouvée depuis la restauration de la monarchie, pèsent de tout leur poids afin de clore rapidement l’affaire. Le 12 septembre, Bastide, Jausion, la femme Bancal ( son mari est mort en prison le 15 mai de la même année), Collard et Bach, un autre complice, sont condamnés à mort ; quant aux autres, ils sont condamnés aux travaux forcés. Pourtant, le procès ne satisfait personne et les avocats des accusés n’ayant eu aucune difficulté à trouver un vice de forme, la cour de Cassation annule l’arrêt des juges de Rodez le 9 octobre 1817, renvoyant l’affaire aux assises d’Albi.

 

   Acte 5 : Le procès d’Albi.

 

  Le procès d’Albi, qui s’ouvre le 18 mars 1818, n’apporte en réalité aucun éclairage nouveau. Clarisse Manzon, cette fois sur le banc des accusés pour faux témoignage, offre un spectacle similaire à celui du procès de Rodez, alternant crises de larmes, évanouissements et déclarations théâtrales. Malgré tout, personne ne parvient à lui faire confirmer qu’elle se trouvait bien sur les lieux du crime la nuit en question, comme elle l’avait déclaré précédemment. Toute cette mise en scène irrite profondément les membres de la cour d’Assises et fait les choux gras de la presse qui multiplie les titres sensationnels, donnant au procès un tour politique, la transformant en affaire d’Etat. Ne dit-on pas que des pièces compromettantes ont été dissimulées à la justice ? Et le sieur Bancal, retrouvé mort dans sa cellule, n’aurait-il pas été victime d’un assassinat pour le faire taire ? (dans ce cas, pourquoi seulement lui??)

  Après trois semaines de débats, la justice tranche : Bastide, Jausion et Collard sont condamnés à mort et guillotinés le 3 juin ; la femme Bancal et Bach voient leur peine commuée en détention perpétuelle. Quant à Clarisse Manzon, elle est bien entendu acquittée.

  Trop d’absurdités, d’invraisemblances, d’aveux suivis de rétractations ainsi que des pressions secrètes rendent ces deux procès inextricables. L’opinion publique reste convaincue qu’on a exécuté des innocents afin de couvrir des puissants, d’autant que nombre de témoins avouent avoir menti. Alors, qui a tué Fualdès et pourquoi ? Le mystère reste entier…

 

Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.


Avis d’Expert saison 2 : Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.

Une nouvelle fois Cathie notre Expert en chef nous fait revivre une grande affaire criminelle à travers un bel article dont elle a le secret.

Aujourd’hui elle nous entraîne dans le Paris du début du siècle dernier. Entre les 20e et 11e arrondissement. Et nous conte l’histoire d’Amélie Elie qui deviendra l’héroïne romantique que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Casque d’Or


Affaire n° 6 : Casque d’or et les Apaches.

   Acte 1 : Développement de la presse populaire :

 

  Le développement de la presse populaire à la fin du 19 ème siècle, entre 1880 et 1914, le tirage des journaux parisiens passe de 2 à 5 millions d’exemplaires, met le crime à la une. En effet, les grands quotidiens tels que Le Petit Parisien, Le Matin ou Le Petit Journal mènent de véritables campagnes sécuritaires dont l’ampleur est capable d’influencer les politiques pénales, ce qui est le cas au début des années 1880 lors des débats sur la relégation des récidivistes. C’est également le cas à la Belle-Epoque lorsqu’ils dénoncent l’impuissance des autorités face aux agissements des jeunes délinquants, stigmatisés sous le nom d’ »Apaches ».

 

   Acte 2 : Qui est Casque d’or ?

 

  Amélie Elie, surnommée « Casque d’or » en raison de son abondante crinière blonde, née à Orléans en 1878, est âgée de deux ans lorsque ses parents s’installent dans un garni de l’impasse des Trois-Soeurs, qui donne sur la rue Popincourt. A 13 ans, elle se met en ménage avec un ouvrier serrurier à peine plus âgé qu’elle, surnommé « le Matelot » en raison de la vareuse de marin qu’il porte. Recherchée par son père, elle est envoyée à deux reprises en maison de correction. Une fois sortie, elle vit quelques temps chez Hélène de La Courtille, maquerelle qui l’initie au métier de prostituée.

  C’est à La Pomme au Lard, un des cabarets que les deux femmes fréquentent situé rue de la Roquette, qu’Amélie fait la connaissance de Bouchon, son premier souteneur. Pendant quelques années, elle subvient aux besoins du ménage et aux dépenses de son « maque » en arpentant les trottoirs du boulevard de Charonne. Finalement, décidée à ne plus endurer la violence du jeune homme, elle le quitte.

   Acte 3 : Manda.

 

  En 1898, alors qu’elle danse la java dans un bal musette, elle rencontre Marius Pleigneur, ouvrier polisseur. Entre les deux jeunes gens, c’est le coup de foudre réciproque. Mais le maigre salaire de l’ouvrier ne peut satisfaire les caprices de la belle Amélie. Marius, surnommé « Manda » ou « l’homme », habile au couteau, abandonne sa vie honnête et besogneuse pour se faire souteneur, d’Amélie bien sûr, et de quelques autres prostituées. Rapidement, il devient le chef redouté de la bande des Orteaux, décourageant toute tentative de Bouchon pour « récupérer » Amélie. S’enquivent quelques années heureuses, pendant lesquelles Casque d’or, Manda et leur bande mènent leurs petites affaires sans rencontrer ni résistance du milieu, ni problèmes avec la police.

   Acte 4 : Guerre des gangs.

   Mais un jour, la bande des Orteaux se retrouve en compagnie de la bande des Popincourt dont le chef Leca, dit « le Corse », un ancien des bataillons d’Afrique et une des terreurs du quartier, séduit immédiatement Amélie. La jeune femme, lassée des innombrables infidélités de Manda, tombe passionnément amoureuse de lui et finit par le convaincre de la prendre pour maîtresse, malgré la réticence du jeune homme, car prendre la femme d’un autre chef de gang constitue une infraction intolérable aux règles du milieu. S’ensuit une guerre opposant les deux bandes, guerre qui, selon le code du milieu, aurait du rester secrète

  Le 30 décembre 1901, Leca, qui descend la rue Popincourt au bras de Casque d’Or, reçoit un premier coup de poignard. Trois jours plus tard, le 2 janvier 1902, on tire au revolver sur les fenêtres de leur domicile, rue Godefroy-Cavaignac. Le 5, rue d’Avron, Leca est à nouveau blessé lors d’une rixe où les protagonistes sortent couteaux, hachettes et revolvers. Le lendemain, Manda défie Leca devant chez lui et fait même enlever un de ses compagnons qu’il menace de tuer. A nouveau blessé, Leca est conduit à l’hôpital Tenon afin d’extraire les deux balles qu’il a reçues.

  Le 6 janvier 1902, pourtant, un témoin demande à voir le commissaire Deslandes, de la brigade criminelle, auquel il raconte qu’il vient de découvrir, dans la rue des Haies, un véritable arsenal -deux revolvers de gros calibre, un couteau à cran d’arrêt, une hache, un poignard et de nombreuses douilles- attestant qu’un combat a récemment eu lieu dans la ruelle. Sachant que Dominique Leca, truand notoire, vient d’être admis à l’hôpital avec deux balles dans le corps, le commissaire rend visite au blessé couché sur son lit de douleur . Cependant, il n’obtient de lui aucun renseignement car, dans le milieu des Apaches, on ne « balance » pas ses ennemis.

  Malgré ses graves blessures, Leca, dès que le commissaire a quitté sa chambre, fait venir sa maîtresse ainsi que certains membres de sa bande afin de le faire sortir au plus vite de l’hôpital. Mais à peine est-il installé dans le fiacre qui doit le ramener chez lui qu’un homme bondit sur le marchepied et lui porte deux coups de couteau dans la poitrine. De retour à l’hôpital de Tenon, Leca, délirant de fièvre, finit par donner au commissaire Deslandes le nom de son agresseur qui n’est autre que le fameux Manda.

  La police, désormais au courant de tous les détails de cette guerre sanglante, comprend qu’elle doit arrêter Manda de toute urgence, car, d’une part, celui-ci a juré de tuer Casque d’or afin de venger l’affront de sa trahison, d’autre part les membres de la bande adverse sont en train d’organiser une expédition punitive pour venger les blessures infligées à leur chef. L’affaire est rondement menée et Manda est arrêté le mois suivant en Belgique. Néanmoins, ces règlements de compte sanglants alimentent la « chronique apache » des journaux.

   Acte 5 : Les Apaches.

 

  « Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffée à la chien ! » s’indigne Le Petit Journal. L’usage du nom de la tribu indienne, apparu en 1900 pour qualifier «les sauvages » de Belleville, vient tout naturellement sous la plume des journalistes à cette époque où les Indiens d’Amérique sont à la mode. Derniers résistants de la conquête de l’ouest, les Apaches ont gagné une réputation de rebut de la civilisation : lâches, cruels, sournois, ils sont comparés à des bêtes féroces dans le discours des ethnologues comme dans les tournées du Wild West Show de Buffalo Bill, qui parcourt le monde entier.

  Dès 1888, dans Les Peaux-Rouges de Paris, Gustave Aimard avait transposé l’action de ces guerriers farouches et insoumis dans les bas-fonds de la capitale. Depuis l’épisode « Casque d’or », le terme s’était généralisé . La presse parisienne ouvre alors une chronique intitulée «Paris apache » regroupant dès lors tous les récits de crimes. Chaque ville, hormis Marseille   où les malfrats conservent leur appellation de « nervis », a ses « Apaches ». Du duel pour l’honneur entre bandes rivales, on est passé à la dénonciation de toute la criminalité urbaine.

 

   Acte 6 : Jeunesse rebelle et criminalité.

  Ces représentations témoignent de l’anxiété des élites face à une jeunesse « rebelle » que la société peine à encadrer. En effet, magistrats et criminologues sont effrayés par la croissance de la criminalité juvénile, en particulier des 16-21 ans, qui forment l’avant-garde de l’ « armée du crime ». De plus en plus nombreux sur les bancs du tribunal, ces jeunes sont, dit-on, de plus en plus violents. Bien sûr, on sait que les bagarres entre compagnons et apprentis d’un même métier ou entre bandes de quartiers ont toujours existé, mais la nouveauté, symbolisée par le terme « Apache », réside dans l’usage débridé de la violence. En 1890, dressant le portrait de jeunes criminels parisiens, Henri Joly souligne « leur disposition permanente à commettre un meurtre pour un mot, une fantaisie, une gageure, à plus forte raison pour un vol.

  Alors que la scolarisation rendue obligatoire a considérablement réduit la délinquance des enfants, on s’interroge beaucoup sur les raisons de cette dérive. Pour ce faire, on analyse les « carrières » délinquantes. Si l’on rappelle toujours les dangers de la rue, surtout pour les plus jeunes qui y font l’apprentissage du chapardage, on insiste plutôt sur la défaillance des familles, en accusant indifféremment les divorces, le concubinage, les naissances illégitimes. Habitués à voir défiler des jeunes dépenaillés et à constater la précarité et l’insalubrité des logements, les magistrats et les policiers mettent plutôt en cause la misère qui accablent les basses couches de la société. Certains ouvriers, absorbés par de longues journées de travail, contraints à d’incessants déplacements, laissent leurs enfants sans surveillance pendant la journée. Pour certains, là réside une des sources de l’indiscipline.

  Le déclin de l’apprentissage et de la transmission familiale des métiers renforce les réticences des jeunes à se plier à la discipline des ateliers et des usines. Pour une partie de la jeunesse populaire, les Apaches sont perçus avec sympathie, surtout lorsqu’ils s’attaquent aux bourgeois et aux policiers.

  Acte 7 : Le procès.

 

  Manda est jugé le 31 mai 1902 devant la cour d’assises de la Seine, procès qui attire la foule des grands jours au Palais de Justice. Leca, appelé à la barre, nie avoir été blessé par Manta, renouant avec la loi du milieu qui veut que jamais on ne dénonce un ennemi. Quant à Casque d’or, vêtue d’une robe verte mettant en valeur sa luxuriante chevelure blond-roux, elle nie également et accuse les journalistes d’avoir monté cette histoire de toutes pièces, ce qui n’empêche pas les jurés de condamner le prévenu à la plus lourde peine possible : les travaux forcés à perpétuité.

  Le 21 octobre suivant, c’est au tour de Leca d’être jugé devant la même cour d’assises. Mais, entre temps, la tension est retombée et le procès du chef de la bande de Popincourt est beaucoup moins médiatisé. Amélie n’est même pas appelée à témoigner. Quant à son amant, condamné à huit ans de travaux forcés, il retrouvera, quelques semaines plus tard à Cayenne, son ancien rival Manda qui retrouvant la conduite de l’honnête ouvrier qu’il a été jadis, sera libéré pour bonne conduite.

   Acte 8 : Casque d’or, héroïne romantique.

 

  Casque d’or, laissée en liberté pendant les deux procès, devient l’idole romantique de tous les Parisiens. Les hommes de la bonne société se disputent le privilège de partager son lit, faveur qu’Amélie leur consent contre une jolie somme. Quant aux femmes du monde, elles se font teindre les cheveux « à la Casque d’or ». Dès l’été 1902, l’ancienne fille des rues publie ses mémoires dans la revue Fin de siècle. Elle se fait également photographier dans des tenues suggestives pour une série de cartes postales.

  En mars 1902, le peintre Depré exécute son portrait qui sera exposé au Salon tandis que la jeune femme se prépare à monter sur scène, aux Bouffes-du-Nord, dans une revue intitulée Casque d’or et les Apaches. Le préfet de police Lépine, indigné d’une telle publicité qu’il juge immorale, fait décrocher le tableau et interdire la représentation des Bouffes-du-Nord.

Pourtant, petit à petit, la jeune femme tombe dans l’oubli. Pendant un temps, elle sera dompteuse de lions dans un cirque, puis chanteuse dans un café-concert, où un ancien lieutenant de Manda l’agressera au couteau, heureusement sans gravité. Finalement, en 1917, à l’âge de 39 ans, elle se marie avec un ouvrier et devient une ménagère anonyme. Elle meurt en 1933.

  Malgré tout, le tournage du film « Casque d’or » par Jean Becker, un demi-siècle plus tard, avec Simone Signoret dans le rôle titre, démontre que l’affaire avait laissé un certain souvenir dans l’esprit des Parisiens.

 

Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 4 : L’affaire Lacenaire.


Avis d’Expert, saison 2 : Affaire n° 4 : L’affaire Lacenaire.

 Une nouvelle fois, Cathie notre Expert en chef, nous régale avec une de ces affaires criminelles qui a fasciné les foules. Et qui a vu son protagoniste prendre trait plus d’une fois au cinéma

Affaire n° 4 : L’affaire Lacenaire.

   Acte 1 : Une cause célèbre.

 

  L’affaire Lacenaire représente l’une des affaires criminelles les plus célèbres du 19 ème siècle. Bien que Lyonnais, son histoire est intimement liée à la capitale où il commet ses crimes et accède à une certaine notoriété. C’est d’ailleurs à Paris que prend forme sa légende à laquelle ont contribué les journaux et fascicules à bon marché autant que des écrivains tels que Balzac, Stendhal et André Breton, ou le fameux film de Carné et Prévert, Les enfants du Paradis, dans lequel l’acteur Marcel Herrand incarne son rôle. Pourtant, il ne fait aucun doute que, dans la réalité, Lacenaire fut bien différent du personnage de cynique romantique qu’il s’est forgé, faisant oublier que, finalement, il n’était qu’un criminel de droit commun.

   Acte 2 : Un bourgeois raté :

 

  Né en 1803 dans une famille de négociants lyonnais, Pierre François Lacenaire, est le quatrième enfant et le second fils de Jean-Baptiste Lacenaire et de Marguerite Gaillard. Bien qu’il soit un enfant intelligent, doué pour la poésie, il est en but à la préférence que son père démontre à son frère aîné Jean-Louis, né en 1799, et à l’indifférence de sa mère. Dès son plus jeune âge, il manifeste un tempérament pervers. A la rentrée d’octobre 1813, il entre en classe de sixième au collège de Saint-Chamond, ouvert l’année précédente. Elève brillant et féru de littérature, il obtient quatre prix. En 1816, son père l’inscrit au petit séminaire d’Alix, chez les Jésuites, où il se lie d’amitié avec son professeur principal Reffay de Lusignan et obtient de brillants résultats.

  Suite à la fermeture du séminaire, il entre comme pensionnaire au collège de Lyon où il aura pour condisciple Jules Janin et Edgar Quinet. Exclu en mars suivant après une révolte des collégiens, son père tente de lui apprendre le commerce mais, deux mois plus tard, Pierre François reprend le cours de ses chaotiques études en rentrant au collège de Chambéry. En 1820 sa carrière de collégien s’interrompt définitivement sans qu’il ait fait sa classe de philosophie. Il occupe alors divers emplois chez des notaires et des banquiers sans qu’il parvienne à se fixer.

  En 1826, il s’engage sous un faux nom dans un régiment suisse au service de la France, dans lequel il devient fourrier. Déserteur en 1827, il revient  à Lyon où il obtient un poste de commis-voyageur en liqueurs qui lui permet de séjourner à Paris, en Angleterre et en Écosse. Rentré en France, son frère ayant refusé de lui prêter de l’argent, il commet plusieurs faux au nom de « Lacenaire ». Afin de se faire oublier de sa famille, il part à Genève puis en Italie.

  En 1829, il monte à Paris où il dilapide au jeu son petit pécule. Il tente de faire publier ses poèmes dans des journaux. Ses échecs répétés lui révèlent le but de son existence : se suicider par désespoir ! Mais il s’interroge sur la meilleure façon de mourir : « L’eau ? Non, car on doit beaucoup souffrir. Le poison ? Je ne veux pas qu’on me voit souffrir. Le fer ? Oui, c’est sans doute la mort la plus douce. Dès lors, ma vie devint un long suicide ; je ne fus plus mien, j’appartenais au fer. Au lieu de couteau ou de rasoir, je choisis la grande hache de la guillotine. Mais je voulais que ce ne fût qu’une revanche. La Société aura mon sang, mais j’aurais du sang de la Société !

   Acte 3 : Un défi à la Société :

 

  Son bilan est pourtant bien peu en corrélation avec ses ambitions : quelques vols qui lui valent plusieurs séjours en prison, notamment les geôles de la Force et de Bicêtre, qui le familiarisent avec le milieu et les réalités carcéraux.  Lorsqu’il est à nouveau arrêté à Beaune pour avoir émis de fausses valeurs comme il l’a souvent fait par le passé, et ramené à Paris, il raconte au juge d’instructions les épisodes de sa carrière criminelle, sans qu’il soit possible de démêler le vrai du faux dans ses propos enflammés. Mais pour « assumer » sa vocation, il doit pénétrer dans le milieu du crime afin d’y trouver des complices . C’est dans ce but qu’il vole un cabriolet et un cheval en s’arrangeant pour se faire arrêter. Condamné à un an de prison, il est incarcéré à Poissy. C’est là qu’en compagnie de malfaiteurs chevronnés qu’il apprend les rudiments de son « art » et fait la rencontre de son futur complice, Pierre Victor Avril. Il continue néanmoins à écrire des poèmes et des chansons qui sont publiés dans diverses revues parisiennes. C’est à cette époque qu’il rédige sa « Pétition d’un voleur à un roi voisin », puis « Les prisons et le régime pénitentiaire ».

  Libéré en 1834, Lacenaire reprend sa vie d’expédients, principalement dans le quartier du Temple autour duquel il gravite. Il se met en devoir de réaliser les plans qu’il a imaginés en prison, à savoir égorger et dépouiller les garçons de recettes des banques de Paris. Avec la complicité d’ex-compagnons de détention, il en attire un dans un appartement loué rue de la Chanvrerie, mais le jeune garçon, flairant le danger, parvient à s’enfuir. Ses autres essais se soldent également par des échecs. C’est alors, en décembre 1834, que son ami Pierre Avril sort de prison. Les deux compères décident d’unir leurs forces pour accomplir leurs desseins.

   Acte 4 : Lacenaire assassin.

 

  Leur prochaine victime est un ancien co-détenu, un certain Jean-François Chardon, surnommé « tante Madeleine » à cause de ses mœurs, qui vit dans un petit logement avec sa mère, veuve. D’après les deux complices, Chardon, qui vend des objets de piété déguisé en prêtre, posséderait un gros magot. Le 14 décembre 1834, ils se présentent au domicile de Chardon, passage du Cheval-Rouge, une artère qui reliait alors la rue Saint-Martin à la rue du Ponceau. A peine entré, Lacenaire se jette sur le jeune homme et le larde de coups de tiers-point, une lime à section triangulaire et à angles vifs, et l’achève à la hache. Dans l’autre pièce du petit appartement se trouve la mère du défunt, une vieille femme paralytique alitée. Ils la massacrent, également à la hache. Tout ça pour quelques pièces d’argent !

  Le 31 , Lacenaire, accompagné d’un autre complice, attire dans un appartement de la rue Montorgueil loué pour l’occasion, le garçon de caisse Genevay. Lacenaire frappe le jeune homme avec sa lime aiguisée mais les cris du jeune homme les mettent en fuite. Ce sera sa dernière tentative. Quelques semaines plus tard, réfugié à Beaune sous le faux nom de Jacob Lévi, il est arrêté pour avoir émis de fausses valeurs, comme à son habitude. Il avoue alors son crime du passage du Cheval-Rouge et demande à être jugé à Paris.

   Acte 5 : Le procès du « dandy du crime ».

 

  La médiocrité de ses crimes ne suffisant pas à le rendre célèbre, Lacenaire va profiter de sa détention pour peaufiner son personnage de « criminel romantique ». Il se comporte comme un prisonnier modèle, toujours prêt à collaborer avec les magistrats instructeurs. Au moment même où se forge l’image des « classes dangereuses », horde de barbares misérables assoiffés de meurtres et de vols, il impose la figure contraire de criminel distingué, élégant, cultivé. Il commence la rédaction de ses « Mémoires » dans lesquels la réalité est vue à travers le prisme de son imagination débordante, décrivant une existence qui le destinait à devenir le « fléau de la société ». Il fait également publier des poèmes dont l’élégance et le cynisme éblouissent les milieux mondains et artistiques. La presse, à grands renforts de reportages, s’empare de son personnage singulier qui fascine la bourgeoisie impatiente d’assister à son procès. De leur côté , les autorités s’agacent de cette publicité qui risque d’ériger le crime au rang d’art.

  Le procès s’ouvre devant les Assisses de la Seine le 12 novembre 1835, et Lacenaire de déçoit pas son « public » : de petite taille et plutôt chétif, il révèle sa troublante personnalité à travers son sourire ironique. Vêtu à la dernière mode comme le plus élégant des dandys, il émerveille le public par la distinction de ses propos, l’intelligence perverse de ses théories et de ses déclarations provocantes. Poète, il dirige les débats avec lyrisme, parle avec emphase de la guillotine, sa « fiancée ». En construisant lui-même son identité de criminel, il pervertit les logiques du théâtre judiciaire.

« Oh ! je vous connais bien, dalles qui faites place Aux quatre pieds de l’échafaud. Dalles de pierre blanche où ne reste plus trace Du sang versé par le bourreau »

  Le scandale se poursuit à la Conciergerie où il est incarcéré. Rien en lui ne montre la souffrance morale censée accabler « les derniers jours d’un condamné ». Au contraire, Lacenaire fait preuve d’une grande tranquillité : il lit les journaux, écrit des vers et rédige son autobiographie destinée à la postérité. Des femmes de l’aristocratie lui écrivent des lettres enflammées. On lui réclame des autographes. Journalistes, savants, romanciers ou fashionables se pressent pour le rencontrer. Sa cellule devient un véritable salon mondain où l’on parle littérature et métaphysique. Loin de se repentir, il continue de revendiquer ses crimes perçus comme des actes de guerre contre une société qui l’a exclu.

  S’impose alors une figure complexe et provocante qui tient de l’assassin-philosophe, dont le calme évoque certains modèles antiques, mais aussi du « monstre », produit d’une société corrompue et d’un imaginaire exacerbé. Il a beau jeu de se moquer de ses deux complices, Pierre Avril et François, hommes frustres et illettrés, qu’il ridiculise sans vergogne, avec une joie presque diabolique. Les envolées oratoires de Lacenaire séduisent le public, mais laissent froid les jurés et les juges qui le condamnent, avec son complice Avril, à la peine de mort. Quant à François, il écope des travaux forcés à perpétuité.

  Lacenaire a vécu sa mort telle qu’il l’avait imaginée. Le 9 janvier 1836, au rond-point de la barrière Saint-Jacques, Lacenaire fait preuve du même panache qu’à son procès. Sachant que son nombreux public est présent, il monte sur l’échafaud sans manifester aucune émotion. C’est alors que se produit un improbable rebondissement qui alimentera sa légende : le couperet de la guillotine, mal engagé dans sa rainure, s’arrête à mi-chemin et, pendant que le bourreau y remédie, Lacenaire tourne la tête pour faire face à la lame qui finit par tomber sur lui.

 

Le petit + de Collectif Polar par Ge notre porte flingue

 

Pour approfondir ce dossier, je vous propose de lire  La voix secrète de Michaël Mention.

 

Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis- Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, ce dernier passe ses nuits à rédiger ses Mémoires en attendant la guillotine. Alors que les similitudes entre ces crimes et ceux commis par Lacenaire se confirment, Allard décide de le solliciter dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et le criminel s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous deux dans les bas-fonds d’un Paris rongé par la misère et les attentats.

Une enquête criminelle dans les bas-fonds de Paris en 1835, retraçant les derniers jours du célèbre dandy, assassin et poète Pierre-François Lacenaire

La voix secrète de Michaël Mention. Paru le 5 janvier 2017 chez 10-18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ; (229 p.) ; 18 x 11 cm

Et retrouvez moi sur A vos crimes pour en savoir plus sur les livres zé les films consacrés à ce personnage de dandy poète criminel devenu mythique.

 

Trois mille chevaux-vapeur d’ Antonin Varenne


Antonin Varenne sera présent au salon de Saint Maur en poche

les 24 et 25 juin prochain.

Aussi je vous propose de découvrir son roman d’aventure

Trois mille chevaux-vapeur

 

Trois mille chevaux-vapeur d_ Antonin VarenneLe livre : Trois mille chevaux-vapeur d’ Antonin Varenne Paru en poche le 30 septembre 2015 chez Le Livre de poche. 8€30 ; (689 p.) ; 18 x 11 cm

L’histoire

Le sergent Bowman appartient à cette race des héros crépusculaires qui traversent les livres de Conrad, Kipling, Stevenson… Ces soldats perdus qui ont plongé au coeur des ténèbres, massacré, connu l’enfer, couru le monde à la recherche d’une vengeance impossible, d’une improbable rédemption.

De la jungle birmane aux bas-fonds de Londres, des rives de l’Irrawaddy à la conquête de l’Ouest, ce roman plein de bruit et de fureur nous mène sans répit au terme d’un voyage envoûtant, magnifique et sombre.

 

varenneL’auteur : Né à Paris en 1973, Antonin Varenne est diplômé de philosophie. Il a parcouru le monde avant de revenir en France pour se consacrer à l’écriture. Ses romans Fakirs, Le Mur, le Kabyle et le Marin et Le Gâteau mexicain sont aussi disponibles en Poche.

Avec Trois mille chevaux-vapeur, Antonin Varenne,  renoue avec la lignée disparue des grands écrivains d’aventures et d’action. Une réussite qui marquera.

 

Extrait : « Au lever du jour ils étaient entrés dans un désert. John Doe se dirigeait à la façon d’un animal, suivant un itinéraire inscrit dans une mémoire plus vieille que la sienne, sans repères visible pour Bowman. Quand Arthur commençait à savoir soif et s’inquiétait de ne voir que les cailloux à perte de vue, John s’arrêtait au pied d’un rocher où coulait un filet d’eau, à côté duquel n’importe qui serait mort sans savoir qu’il était sauvé. Pour les bêtes il trouvait toujours un coin où poussaient des arbustes aussi secs que des pierres, sur lesquels les bêtes se jetaient. Leur course avait quelque chose d’erratique et de nécessaire, suivant des détours incompréhensibles qui les menaient le soir jusqu’à une petite source surgissant d’une fissure, disparaissant un mètre plus loin sous la roche. »

Résumé et avis :

Birmanie, 1852. Arthur Bowman doit accomplir une mission secrète avec ses  hommes, mais l’expédition tourne mal. Ils sont capturés et torturés pendant plusieurs mois, seuls dix d’entre eux s’en sortiront vivants. Londres, 1858. Alors qu’Arthur tente d’oublier, il découvre un cadavre ayant subi les mêmes tortures que lui. Il décide d’enquêter pour comprendre le comportement de certains de ses hommes.

Une plongée crépusculaire dans la second moitié du 19e siècle. Une traversée troublante, nous menant de la jungle birmane à la naissance de la démocratie américaine en passant par le Londres conservateur de la reine Victoria. Une rencontre avec des personnages étonnants. Un héros brut de décoffrage, un dur à cuire qui ne laisse rien entrevoir de ses blessures, de ses souffrances, de ses errements. Le homme rude, brutal parfois violent qui est en quête de rédemption.

Un magnifique roman d’aventure. Une fresque au souffle épique remarquable.  Un roman plein de bruit et de fureur nous mène sans répit au terme d’un voyage envoûtant, magnifique et sombre.

Un nouveau coup de cœur.

Encore un, allez vous dire …?…

 

 

Retour à Montechiarro de Vincent Engel


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97822136089070-52060Le livre : Retour à Montechiarro de Vincent Engel. Paru le 3 avril 2001 chez Fayard. 28€ ; (763 p.) ; 24 x 16 cm.

97822531546240-147957Réédité en poche en 2007 par Le Livre de poche. 9€10 ; (727 p.) ; 18 x 11 cm

4e de couv :

Retour à Montechiarro

1855. Adriano Lungo, un jeune orphelin, arrive dans la propriété du comte Della Rocca, à Montechiarro, en Toscane. Sous sa protection, Adriano va faire des études et s’impliquer dans le destin collectif d’une Italie en pleine unification.

1919. Agnese, la petite-fille du comte Della Rocca, se voit contrainte, pour sauver la propriété familiale, d’épouser le riche Salvatore Coniglio, aux sympathies fascistes déclarées.

1978. Laetitia revient à Montechiarro. Dans l’Italie des « années de plomb », elle ne sait rien des espoirs, des combats et des déchirements qui ont fait le destin de la petite cité.

Trois volets, trois époques : ainsi revit toute l’histoire de l’Italie moderne, dans une saga puissante où les destins individuels s’entrecroisent avec les enjeux et les bouleversements de l’Histoire.

veL’auteur : Vincent Engel vit près de Bruxelles. Auteur d’une vingtaine de titres, dont le très remarqué Retour à Montechiarro (prix Rossel des jeunes et prix des Libraires du Livre de Poche), également dramaturge et scénariste, il collabore régulièrement avec Franco Dragone. Chroniqueur au Soir. Professeur de littérature à l’Université de Louvain et d’histoire à l’Ihecs (Bruxelles)  Son roman, Oubliez Adam Weinberger, vient de recevoir le prix Sander Pierron de l’Académie royale de langue et de littératures françaises de Belgique, et fait l’objet de plusieurs traductions.
 Extrait :
« A présent, sa famille prenait plus de place dans le cimetière que dans les rues de Montechiarro. Adriano suivit le père Baldassare et les quelques villageois qui les avaient accompagnés jusqu’à l’entrée où on l’embrassa encore, mais avec plus d’empressement qu’à l’annonce du décès de ses parents ; la vie, décidément, était impatiente, et il fallait être riche pour pouvoir s’adonner au malheur. »

 

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Le résumé et le petit avis

 En 1855, dans le petit village toscan de Montechiarro, le père Baldassare gravit le chemin de la prestigieuse villa Bosca en compagnie du tout jeune orphelin Adriano Lungo. Cet immense domaine est la propriété du comte Bonifacio Della Rocca, père d’un petit garçon et abandonné par la femme qu’il aimait éperdument : la princesse Lætitia Malcessati.
En 1919, la crise économique frappe l’Italie. Agnese, la petite-fille du comte Della Rocca, se voit contrainte d’épouser un fils de notable aussi obtus que violent, Salvatore Coniglio, afin de sauver la propriété familiale.
En 1978, Lætitia, l’arrière-arrière-petite-fille de la princesse Malcessati, revient à Montechiarro, ignorant tout des cinq générations de femmes qui s’y sont battues et y ont souffert le pouvoir absurde des hommes en quête de vaines révolutions.

Le Risorgimento, le fascisme, les années de plomb : chacune de ces trois périodes clés de l’histoire italienne sert de cadre à cette magnifique saga où les femmes cherchent à être heureuses et à rendre heureux, tandis que les hommes aspirent à conquérir le pouvoir et la gloire par la force, la ruse ou l’argent.

Au centre de ce triptyque dont le souffle et le charme nostalgique ne sont pas sans rappeler le grand roman de Tomaso di Lampedusa, Le Guépard, s’imposent les personnages d’Agnese Della Rocca et Sébastien Morgan, photographe et bourlingueur de l’histoire contemporaine, qui tenteront tous deux désespérément de mettre un terme à la malédiction qui semble peser sur ce pays et sur ses habitants.

Vincent Engel nous fait revivre toute l’histoire de l’Italie moderne depuis l’unification de la péninsule jusqu’aux années terribles, celles que l’on a nommées de plomb. A travers cette saga familiale nous allons aussi découvrir 5 générations de femmes qui y ont souffert le pouvoir absurde des hommes. Et c’est à travers les portraits de celles-ci que prendra forme la grande histoire. Celle d’ une Italie flamboyante, même si parfois cruelles mais toujours éternelle.

Une véritable fresque, Retour à Montéchiarro est à la fois un roman d’aventure , un roman historique mais aussi une aventure intérieure doublé d’une allégorie du XXe siècle

Ecouter le début : 

 Françoise Licourt lit en studio Retour à Montechiarro de Vincent Engel une oeuvre qui retrace l’épopée toscane d’une lignée de femmes à travers les siècles