7/13- Jacques Saussey


Vous connaissez la double chroniques chez Collectif Polar

Et bien voilà la triple.

Oui le triple chroniques.

Trois ressentis pour le prix d’un, de quoi vous faire votre propre avis.

Allez c’est parti, Sylvie, Kris et Aline vous en disent plus ci dessous.

Alors prêt(e)s à décoller ?

Ah oui, Jacques Saussey sera le 24 mai prochain sous le feu des Flingueuses

Mais ça on vous en reparlera


Le livre : 7/13 de Jacques Saussey. Paru le 10 janvier 2018 aux éditions du Toucan dans la collection Toucan Noir. 13€90; (461 p.) ; 20 x 12 cm

4e de couv :

7/13

Hiver 2015. Durant l’absence prolongée des propriétaires, une villa de la banlieue parisienne est le théâtre d’un crime atroce. Lorsqu’il arrive sur les lieux, le capitaine Magne découvre avec effroi que le corps n’est plus reconnaissable. Pas de vêtements, pas de papiers : l’identification s’annonce compliquée.

Décembre 1944. Londres. Un officier américain scrute avec inquiétude le brouillard qui plombe le ciel de l’Angleterre. Il projette de traverser la Manche au plus vite pour rejoindre la France où il doit préparer l’arrivée prochaine de ses hommes. Le mauvais temps s’éternise mais bientôt, une proposition inattendue va faire basculer son destin.

Soixante-dix ans plus tard, elle confrontera les enquêteurs du quai des Orfèvres à l’un des mystères les plus stupéfiants qu’ils aient jamais rencontrés.

 

1898d-jacques2bsausseyL’auteur : Jacques Saussey est né en 1961. Il est l’auteur de plusieurs romans policiers. Il est désormais repéré par les critiques et les libraires comme l’un des « talents qui montent » dans le polar.

 

 

 

 

 

Extrait :
4 décembre 1944
 L’homme chaussa ses lunettes et écarta les rideaux d’un geste résigné. La lumière grise qui filtrait au travers du tissu l’avait déjà renseigné. Comme la veille, le temps était bas, voilé d’une brume épaisse couleur de neige sale. Dans la rue, devant la façade imposante du Mount Royal Hotel, un camion militaire passa au ralenti, casques et canons de fusils coincés contre les vitres embuées. Avec la proximité des fêtes de Noël, des soldats plus chanceux que les autres rentraient chez eux pour quelques jours durement arrachés au combat.
Il alluma la TSF et s’étira dans son uniforme qui commençait à être trop large pour lui, conscient qu’il allait devoir attendre encore une journée de plus avant de pouvoir traverser la Manche. La tempête qui s’était abattue sur l’Angleterre ces derniers jours avait eu raison de tous les vols militaires prévus pour la France.
Sur les ondes crachotantes de la BBC, le trombone s’envola en un chapelet de notes marquées d’une infinie mélancolie, parfaitement en harmonie avec son humeur maussade du matin. Bientôt, un autre morceau, plus guilleret et entraînant, éclata dans le silence de la chambre.
Don’t sit under an appletree…
Il sourit. Il fallait vraiment être un crétin, depuis la révélation de Newton, pour s’asseoir sous un pommier. Surtout en automne.
Puis le sourire mourut sur ses lèvres. Il ressentait l’urgence jusqu’au plus profond de lui-même. Haynes n’allait pas être content. Il l’avait appelé la veille. L’hôtel était réservé depuis plusieurs jours. Les gars attendaient ce moment-là de pied ferme. Et le pire, c’est qu’ils l’avaient bien mérité.
C’était à lui de les précéder. Il ne devait pas les décevoir.
Sa réputation même était en jeu.

 

Le billet de Sylvie K

 

Dernier Jacques Saussey 7/13 : bon j’ai été agacée de l’histoire parallèle à celle de l’enquête Je m’explique; deux histoires se croisent entre présent et passé. On se demande bien non pas quel est le rapport -par ce que l’on sait qu’il y en aura un- mais quand MOI lectrice je vais le saisir ? Au fil des pages je guette et mémorise chaque indice, je mène l’enquête en suivant le mystère de cet avion. Et et je commence à deviner à partir de Julia Roberts…. Entre l’histoire d’un aviateur qui ne sait s’il doit voler en 1944 et le meurtre horrible d’une femme journaliste d’un journal local quel est le lien? On retrouve Daniel Magne chargé de l’enquête qui est encore le corps et le cœur dans la précédente. Sa compagne porte en elle aussi les séquelles de cette dernière enquête et devra surmonter ses douleurs. Y arrivera t-elle ?
De plus Daniel est affublé d’un duo de flic Saussiens comparé à Laurel et Hardy qui amènent une touche d’imprévu et quelques sourires. Une maîtrise de l’histoire et de la recherche de la part de l’auteur pour cet audacieux mélange qui imbrique une histoire passée et peut être non résolue dans un présent plein de doute et d’interrogations dans notre monde où nous devons tous cohabiter les uns avec les autres. Vous n’avez pas tout compris Lisez et soyez patients la fin du livre délivrera le secret du 7/13!

Extrait 2
14 mars 2015
 Quand Picaud m’a dit que c’était moche, il était encore loin de la vérité. Je pense qu’il a simplement répété ce que les hommes de l’IJ lui en avaient laissé filtrer. Nous pénétrons dans le salon et je me colle brusquement la moitié du reste de pommade sous les narines. Le commandant attrape la boîte et m’imite avec précipitation. Torrentin lui-même plisse le nez comme s’il décelait un vague fumet nauséabond. Ce que doit endurer ce type à longueur d’année est inimaginable.
Nous nous arrêtons à la limite de la flaque d’un rouge quasi noir où quelques empreintes ont marqué le passage des scientifiques au cours de leur travail d’investigation. Lorsque mes yeux saisissent enfin le spectacle qui s’offre à moi, le sang se met à bourdonner bizarrement dans mes oreilles. Dans mon estomac, une vague se soulève et menace de prendre l’inverse du chemin habituel.
La voix tranquille de Torrentin s’élève au-dessus du carnage. Pendant qu’il parle, je pose les yeux sur l’abdomen écartelé de couleur verdâtre et j’essaie de ne plus penser à rien.

 

Le petit avis de Kris

7/13 – Jacques Saussey

On se couche toujours moins sot après avoir lu un Jacques Saussey ! Déjà avec  » le Loup peint » , on apprenait pas mal de choses, là c’est encore plus recherché !

Cette période tourmentée de la guerre 39/45 a décidément connu bien des épisodes sombres.L’auteur a parfaitement mené son intrigue policière qui se tient en 2015 en la reliant finement a ces faits se déroulant en 1944 et jusqu’au bout il nous balade allègrement et je dirais même que ce devait être jubilatoire pour lui !!Des faits qui, pour moi, m’étaient inconnus et qui m’ont poussé à rechercher moi aussi des réponses.Bien vu, divertissant et intéressant

 

Extrait :
« Adossé à la fenêtre, il ferma les yeux un instant, imagina le contact du métal sous ses doigts, sur ses lèvres, sur sa joue. Les bras soudés en attendant la première explosion. C’était chaque fois pareil. La même jouissance, la même intensité. Comment un homme pouvait-il se passer de ça ? Une fois qu’on y a touché, c’est pour la vie. Une drogue dure. Une petite mort dès que vous retenez votre souffle devant la cible immobile devant vous. »

 

 L’accroche du Miss Aline

 

Tour à tour en 1944 et en 2015, voyage spatio-temporel que ce roman 7/13. Le lien entre ces deux périodes n’est pas clair,  tout comme la signification de 7/13. Pour comprendre il va falloir suivre cet officier américain qui galère pour trouver un avion que le brouillard cloue au sol. On va suivre également le capitaine Magne dans cette villa où un corps de femme non identifiable et mutilé est retrouvé.

Les heures, les jours passent, peu probable que l’officier américain  parvienne en France.

Les heures, les jours passent, c’est l’hécatombe côté meurtres pour Magne.

Magne va avancer lentement, laborieusement dans son enquête. On va lui envoyer des renforts : les agents Benoît et Richard ! Lisa aussi  va (ré)intégrer l’équipe après une douloureuse épreuve. Avancer pour oublier ? Avancer pour se reconstruire ? Magne est conscient que son épouse est fragile. Va-t-elle tenir le coup ?

Le brouillard n’en fini pas de se dissiper pourtant  l’officier décolle. Va-t-il atterrir ?

Le brouillard total dans une enquête qui va conduire Magne et son équipe près de migrants voulant rallier l’Angleterre.

A la fois historique et d’actualité ce roman intrigue. Comment on en vient à lier l’Histoire et un polar ? Coup de maître et certainement un gros boulot de recherche.

 La balade se fait tranquillement  dans cet espace temps. Tu apprends sur hier et tu es intrigué par aujourd’hui. Qui va s’en sortir ? Quel est lien entre un officier américain et une femme sauvagement assassinée aujourd’hui ? Et grande question : que signifie 7/13 ? Il va vous falloir plonger dans l’univers de Monsieur Saussey pour le découvrir. Bonne lecture !

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Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaître


Le livre : Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaître. Paru le 3 janvier 2018 chez Albin Michel dans la collection Roman Français. 22.90 € (534 p.) ; 21 x 14 cm. (e-pub 15.99 €)

4ème de couverture :

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Couleurs de l’incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l’on retrouve l’extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

L’auteur : Né à Paris le 19 avril 1951, Pierre Lemaitre a beaucoup enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale.
Il est aujourd’hui écrivain et scénariste. Il a rendu hommage à ses maîtres (James Ellroy, William McIlvanney, Bret Easton Ellis, Émile Gaboriau…) dans son premier roman, « Travail soigné », qui a obtenu le Prix Cognac en 2006.
« Alex », prix des lecteurs du livre de poche, deuxième volet de la trilogie Verhoenen renoue avec le style de narration de « Robe de marié »(2009), publié entretemps après « Travail soigné » (2006).
En 2010 sort « Cadres noirs » qui rompt avec le style de ses autres polars et qui s’inspire d’un fait réel survenu à France Télévisions. Ce roman devrait faire l’objet d’une adaptation sous forme de série TV très prochainement.
« Les grands moyens », feuilleton numérique, est une enquête de Camille Verhœven, en marge de la trilogie commencée avec « Travail soigné », poursuivie avec « Alex » et achevée avec « Sacrifices » (2012) qui voit la conclusion de la destinée du héros. « Rosy & John » est la novélisation de son feuilleton numérique Les grands moyens.
En 2013 sort « Au revoir là haut », récompensé du Prix Goncourt 2013 et adapté au cinéma par Albert Dupontel, avec Laurent Lafitte. « Couleurs de l’incendie » (2018) est le second volet de la trilogie.
En 2016, Lemaitre renoue avec le roman noir avec « Trois jours et une vie » qui raconte la destinée d’un jeune assassin de 12 ans.
« Alex » devrait-être adapté au cinéma prochainement par le producteur américain James B. Harris.
Extraits :
« Madeleine resta un long moment à fixer la table, son verre, le journal. Ce qu’elle s’apprêtait à faire l’épuisait à l’avance.
Tout ce qu’elle avait en elle de morale et de scrupules s’y opposait et tout ce dont elle disposait de colère et de ressentiment l’y poussait.
Elle céda à la rancune. Comme toujours.”
« Que les riches soient riches, c’était injuste mais logique. Qu’un garçon comme Robert Ferrand, visiblement né dans le caniveau, se complaise à être entretenu par la grue d’un capitaliste, ça renvoyait le monde dos à dos, l’humanité n’était décidément pas une belle chose.”

 

La chronique jubilatoire de Dany

Une suite de « au revoir là-haut » qui peut se lire sans avoir lu le premier opus.

Dans une ambiance pesante, nous suivons la descente sociale de Madeleine, fille de banquier et épouse d’un ancien militaire condamné à la prison ferme. Elle n’était pas destinée à succéder à son père et fait l’objet des malversations aux fins de s’accaparer sa fortune. Elle ne peut faire confiance à personne et ses alliances improbables feront des miracles.

A noter de bons personnages de second rang, au titre desquels je relève la fantastique « castafiore »

Pas un polar mais une intrigue réglée comme un mécanisme d’horlogerie, prenante tout au long de ces 540 pages sans aucune longueur superflue. Bien loin de la trilogie Verhoeven mais tout aussi riche et efficace.

La voix secrète – Michaël Mention.


Vous le savez maintenant !

Sur collectif polar nous aimons régulièrement vous donner deux ressentis de lectrices sur un même livre.

Ceux-ci peuvent-être divergents ou aller dans le même sens.

Ce qui est certain, c’est qu’ils se complètent.

Pour que vous amis lecteur, vous vous fassiez votre propre opinion.

Aussi aujourd’hui c’est Julie, notre jeune apprenti chroniqueuse et Eppy Fanny notre Flingueuse en chef qui  se sont lancées dans l’aventure de la double chronique.

Et cet après-midi c’est Eppy qui clôture la session.


Le livre : La voix secrète de Michaël Mention. Paru le 5 janvier 2017 chez 10/18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ; (229 p.) ; 18 x 11 cm.
Résumé:
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin. Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires. Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain. Critiqué par ses pairs, Allard s’enlise peu à peu dans ses questions : son ami Lacenaire est-il impliqué dans les crimes ? Si tel est le cas, sa participation à l’enquête ne risque-t-elle pas de nuire à l’enquête et d’aggraver le chaos ambiant ? 
L’auteur : Né en 1979, Michaël Mention est romancier et scénariste.. ces roman sont inscrits dans une démarche de création littéraire originale et séduisante, que Michaël Mention pratique avec beaucoup d’habilité… et de plaisir. Et il faut dire  que de livre en livre, l’originalité et le talent de Michaël Mention s’affirment aux frontières des littératures historique, policière et fantastique.  Grand Prix du roman noir français au Festival International du Film Policier de Beaune en 2013 pour Sale temps pour le pays (Rivages/noir), il s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux prodiges du thriller.
Extrait :
N’en déplaisent à mes admirateurs et à mes détracteurs, je ne suis ni un Robin des Bois, ni un opposant de plus à Louis-Philippe. Mon idéal, c’est moi, envers et contre vous. Je n’ai mené qu’un combat, celui de me préserver de votre morale, de votre roi et de votre dieu. Voilà, c’est dit.

La Chronique D’Eppy Fanny

LA VOIX SECRETE DE Michaël MENTION

Editions 10/18

Michaël nous entraîne dans un roman historique inspiré des derniers jours du célèbre Lacenaire.

Le récit : Paris, Hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Dans un Paris qui gronde, un Roi mal aimé qui réchappe à un attentat, une presse républicaine très active…

Et au milieu de ces turbulences, une ombre immense qui rode et s’abat sur des enfants qu’elle décapite. De pauvres enfants du peuple qui travaille dans de sombres ateliers et dont les restes éparpillés finissent dans le ruisseau…

En parallèle, Lacenaire, emprisonné, qui s’attèle à ses mémoires, car sa fin, tant souhaitée, est proche. Impatient de son RDV avec la guillotine qui lui a inspiré son plus beau poème à ses yeux, « Dernier chant »

(Extrait P.16):

Salut à toi, ma belle fiancée,

Qui dans tes bras va m’enlacer bientôt !

A toi ma dernière pensée,

Je fus à toi dès le berceau.

Lacenaire emprisonné à la Conciergerie et qui suscite l’intérêt, la curiosité, la colère et parfois l’amitié de ces visiteurs et des Dirigeants de l’Epoque (Gisquet, Thiers et le Roi en particulier).

Un assassin qui ne vient pas d’un milieu défavorisé, qui a une sexualité dérangeante, et qui écrit ses mémoires.

Ballet incessant dans cette geôle : Dumoutier le phrénologue, Lebel le Directeur de Prison, Chabrol le gardien, Arago, Reffray de Lusignan, Allard, Canler, la Baronne De Chaimbourg et autres admiratrices frémissantes.

L’enquête sur les meurtres est confiée à Allard et Canler. Le peuple a peur, le peuple gronde. Il faut faire vite. Allard remarque, sur le 1er corps supplicié, des traces identiques à celles retrouvées sur des victimes de Lacenaire. Qu’est-ce à dire ?

Le voilà visitant le prisonnier et lui demandant, au nom de leur amitié, de l’aide pour appréhender ce tueur d’enfants. Car Lacenaire, bien qu’assassin multirécidiviste, ne s’en est jamais pris à ces innocents.

Gisquet s’étouffe à cette demande de collaboration, et s’étouffe encore plus, lorsque Lacenaire profite de cette sortie extraordinaire pour examiner les corps d’enfants, pour s’échapper.

Une évasion qui donnera la part belle à Canler puisque Allard se retrouve au placard.

L’enquête se déroulera jusqu’à l’arrestation du coupable et nous connaîtrons enfin ses motivations.

Lacenaire sera repris et exécuté. L’histoire suivra son cours jusqu’au moment où le couperet fera son œuvre.

Ce qui est passionnant dans ce roman, c’est le parti pris du récit majoritairement fait par Lacenaire, sa vision sans concession sur une époque et ses travers.

Extrait P.27 : « Derrière la muraille, j’aperçois ce que certains nomment la liberté, ballet incessant de bourgeois et de miséreux. France, je te plains. Que tu sois aux mains de Louis XVI, de Napoléon, de Charles X ou aujourd’hui de Louis-Philippe, tes inégalités demeurent. La nausée qu’elles m’inspirent me renvoie à celle qui m’a conduit au crime : un dégoût de l’humanité trop pesant, dont je compte bien nourrir mes Mémoires. »

Une vision qui dérange, des écrits qui effrayent et que la censure va inexorablement sabrer.

Une tentative pour stopper cette censure, avortée par les puissants via un chantage ignoble…

Un pouvoir qui a des soubresauts et des hoquets suite à l’attentat de trop :

Exécution de tous les opposants incarcérés, arrestation de tout individu aux opinions républicaines, interdiction de la presse républicaine, dissolution des Sociétés de secours mutuels…

Un gros coup de vis…

 

J’ai adoré ce roman historique parfaitement documenté.

Un roman qui regroupe mon goût pour l’histoire et les intrigues policières

Cette approche sociétale, ce récit puissant sur les manœuvres des puissants afin de préserver leur position. Cette image d’une époque passionnante.

Je ne peux que vous encourager à découvrir cette pépite.

Pour ma part j’ai hâte de découvrir d’autres ouvrages de la plume de Michaël. Me voici accro mon ami !

Et pour ceux et celles qui auraient loupé « Le compte rendu de Julie » sur La voix secrète c’est ICI.

Bonne soirée à vous tous mes chers polardeux

La voix secrète de Michaël Mention


Vous le savez maintenant !

Sur collectif polar nous aimons régulièrement vous donner deux ressentis de lectrices sur un même livre.

Ceux-ci peuvent-être divergents ou aller dans le même sens.

Ce qui est certain, c’est qu’ils se complètent.

Pour que vous amis lecteur, vous vous fassiez votre propre opinion.

Aussi aujourd’hui c’est Julie, notre jeune apprenti chroniqueuse et Eppy Fanny notre Flingueuse en chef qui lance dans l’aventure de la double chronique.

Et ce matin c’est Julie qui ouvre le bal


 Le livre : La voix secrète de Michaël Mention. Paru le 5 janvier 2017 chez 10/18 dans la collection Grands détectives. 7€10 ; (229 p.) ; 18 x 11 cm.
Résumé:
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin. Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires. Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain. Critiqué par ses pairs, Allard s’enlise peu à peu dans ses questions : son ami Lacenaire est-il impliqué dans les crimes ? Si tel est le cas, sa participation à l’enquête ne risque-t-elle pas de nuire à l’enquête et d’aggraver le chaos ambiant ? 
L’auteur : Né en 1979, Michaël Mention est romancier et scénariste.. ces roman sont inscrits dans une démarche de création littéraire originale et séduisante, que Michaël Mention pratique avec beaucoup d’habilité… et de plaisir. Et il faut dire  que de livre en livre, l’originalité et le talent de Michaël Mention s’affirment aux frontières des littératures historique, policière et fantastique.  Grand Prix du roman noir français au Festival International du Film Policier de Beaune en 2013 pour Sale temps pour le pays (Rivages/noir), il s’impose aujourd’hui comme l’un des nouveaux prodiges du thriller.
Extrait:
 « Cher public, ta curiosité a été excitée à un si haut point par mes dernières étourderies, tu t’es mis avec ardeur à la piste de la moindre circonstance qui présentât quelque rapport avec moi, qu’il y aurait plus que de l’ingratitude de ma part à ne pas te satisfaire. »

Le compte rendu de Julie.

Un roman noir et un tueur qui n’épargnent pas la société 

En effet, Lacenaire incarcéré en écrivant ses mémoires n’épargne pas la société, il n’a pas sa langue dans sa poche en étant franc et n’a pas peur de dire ce qu’il pense. On ressent une ambivalence avec ce personnage d’autant plus que Pierre-François Lacenaire a réellement existé et était un poète et un assassin du XIXème siècle, on ne peut pas l’adorer après ce qu’il a fait mais on ne peut pas le détester non plus en plus qu’il va se montrer être d’une grande aide pour la police.

Sa relation avec le policier Allard est touchante, on comprend Allard qui compatit pour son ami Lacenaire même s’il peut dépasser les bornes contre ses supérieurs. 

L’enquête d’enfants disparus et tués cause du fil à retordre aux flics ainsi que pour nous lecteur, ainsi je n’ai rien vu venir et j’ai douté de plusieurs personnages. Cependant, attention aux âmes sensibles surtout ceux qui sont touchés par la cause des enfants car les enfants ne sont pas épargnés dans cette enquête, moi cela ne m’a pas gêné en n’étant pas une âme trop sensible. 

Un autre flic va se montrer ambiguë Canler que j’ai particulièrement aimé mais on va  aussi détester certains personnages mais je vous en dit pas plus pour pas spoiler. 

En conclusion, je vous conseille « la voix secrète » de Michaël Mention, un polar historique et roman noir qui joue avec nos nerfs où on est également dans la tête d’un assassin qui écrit ses mémoires. Grâce à ce livre, j’ai découvert des personnes et des faits historiques dont je ne connaissais pas?

Je remercie Geneviève pour le concours  » La Millième chasse au livre spéciale Noël » qui m’a permis de le gagné, ça a été une excellente découverte.

Foncez le découvrir à votre tour 

 Info sur ce titre  : 
Titre: « La voix secrète »
Auteur: Michaël Mention
Date de parution: 05/janvier/2017
Éditeur: 10/18
Collection: Grands détectives
ISBN : 978-2-264-06878-1
Prix: 7,10 euros
Nombre de pages: 230
Format: poche
Précédemment paru chez le Fantascope  le 16 mai 2011 12€ ; (227 p.) ; 19 x 13 cm

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio


Le livres : Le gang des rêves de Luca Di Fulvio. Traduit de l’italien par Elsa Damien. Paru le 2 juin 2016 chez Slatkine & Cie.  23€ ; (715 p.) ; 23 x 16 cm
 
 4ème de couv

New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

 

 

Luca di Fulvio a Saint Maur en Poche (SMEP) en juin 2017

L’auteur : Luca Di Fulvio, né le 13 mai 1957 à Rome, est un homme de théâtre et un écrivain italien, auteur de roman policier, de fantastique,. C’est sous le pseudonyme de Duke J. Blanco qu’il aborde la littérature d’enfance et de jeunesse.  Ce dramaturge est aussi l’auteur de dix romans. Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.

 

 

Extrait : 
La première chose que j’ai vu en arrivant en bateau de Hambourg, c’est la statue de la liberté, racontait toujours son père dans ses élucubrations d’ivrogne. C’était le soir et on ne voyait rien de la ville. Mais la silhouette de cette statue, cette escroquerie, se détachait sur le ciel. C’est la première chose que j’ai vue, et j’ai pas compris que c’était une foutue torche qu’elle tenait à la main : j’ai cru qu’elle montrait une liasse de billets ! J’ai cru que c’était mon fric, le fric que je voulais gagner dans le Nouveau Monde, l’unique raison pour laquelle j’avais quitter ma mère et mon père…. et non seulement j’ai trouvé ni fric ni liberté dans cette ville merdique… et chaque fois que je lève les yeux, au marché, je vois cette connasse de statue qui est là-bas et se fout de ma gueule. Avec sa torche, elle a brûlé tous mes rêves.

 

 

Le petit avis de Kris

Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

Réédité en poche le 4 mai 2017 chez Pocket.  9€30 ; (943 p.) ; 18 x 11 cm

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…

L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.

Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.

Cetta, une adolescente de 15 ans, quitte le sud de l’Italie pour les Etats-Unis avec son fils Natale. Elle débarque à Ellis Island en 1909. Le roman suit la vie de la mère et de l’enfant, rebaptisé Christmas, qui tentent de garder espoir et dignité dans l’univers âpre du New York des années 1910 et 1920.

Émouvant, troublant, sombre et lumineux a la fois, un roman qui se dévore (700 pages, moi qui avait dit je ne veux plus lire des gros pavés !) Une fois le nez dedans on ne peut plus le lâcher ! Ah l’Amérique des années 20, cette Amérique qui en a fait rêver plus d’un et déçu quelques autres.
Une bien belle histoire qui me rappelle l’écriture de Dennis Lehane a ses belles heures !
Bref une belle découverte que je ne regrette pas.

 

Les Espionnes du Salève de Mark Zellweger


Le livre : Les Espionnes du Salève de Mark Zellweger, à paraître en France le 16 février 2018 aux éditions Eaux Troubles, 21€ ;  (320 p.) ; 21 x 15 cm. (paru en octobre 2017 en Suisse)

4ème de couv. :

Le 14 juin 1940, l’armée allemande rentre dans Paris et les années sombres recouvrent la France pour plusieurs années. Les jours qui suivent, le service de renseignement de l’armée de la Confédération helvétique, le SR, sous les ordres du général Guisan, s’active aux frontières de la Suisse Romande. En même temps, la communauté internationale du renseignement basée à Genève depuis 1936 se mobilise sous la férule du vice-consul anglais, Victor Farrell. Peu à peu des filières de passage entre la France et la Suisse romande se mettent place, la résistance s’organise entre Genève et Lyon en concertation avec les espions installés à Genève.
Hannah Leibowitz, échappée de justesse du ghetto de Lodz, arrive à Genève en juin 40 avec son fils Avram âgé de 2 ans. Elle prend la tête d’un groupe de femmes de toutes nationalités et résolument décidées à lutter contre la barbarie nazi. On les dénomme : Les Espionnes du Salève.
Le 1er juin 1941, Armand jeune lycéen communiste de Bourg-en Bresse en Zone interdite, se fait prendre par la gestapo lors d’une tentative d’entrée en Suisse au nord de Genève dans les environs de Satigny (les Fontaines) après avoir peint sur la mairie de Gex : « A mort les Boche ». Une certitude s’impose aux espionnes du Salève : on l’a dénoncé. Qui est le traître ? Les espionnes et leurs contacts mèneront leur enquête.
Nos espionnes seront confrontées à des collaborateurs sournois près à les dénoncer, à des agents allemands de l’Abwehr déterminés et agissant en Suisse sous couverture et à des trafiquants en tout genre.

L’auteur: Mark Zellweger, directeur marketing puis consultant en stratégie pendant une trentaine d’années, a voyagé dans le monde entier. en parallèle, il fut conseiller spécial auprès des directions des actions clandestines appartenant aux plus grands services de renseignement.
Mettant à profit sa connaissance approfondie de la géopolitique internationale et sa compréhension des services secrets, il se consacre désormais à l’écriture. ses thrillers se placent dans la lignée des maîtres du genre que sont Ludlum, Clancy et Cussler, avec une touche helvétique.

Extrait:
 » le regard cruel de l’homme à bout de nerfs était des plus explicites.Sev savait que cela se passerait ainsi. De toutes façons elle n’avait pas l’intention de lui révéler quoi que ce soit. Elle espérait juste avoir la force de tenir sous la souffrance.
Elle resta assise sur sa chaise sous bonne garde alors que le commandant de la Gestapo sortait de la pièce. Il utilisait cette pause pour se reposer lui-même, mais aussi pour la faire cogiter avant de reprendre de manière plus approfondie son interrogatoire. »

Le OFF de OPH

C’est avec un merci que je commencerai cette chronique!

 

Merci Mark de m’avoir confié tes espionnes qui m’ont beaucoup touchées par leur force de caractère, leur dévouement, leur humanité, leur courage…

 « Les espionnes du Salève » mêle habilement réalité historique et roman d’espionnage. En suivant Hannah et ses amies, j’ai découvert les méandres des réseaux de renseignement pendant la seconde Guerre Mondiale, leur liens avec les réseaux de résistants et le rôle de la Suisse qu’on nous présente souvent, à tord, comme étant le pays neutre européen qui n’aura pas pris part à cette guerre.

Les espionnes du Salève, Hannah, Ruth, Sev, Adèle… Si cette époque avait été la mienne j’aurais aimé être l’une des leurs et participer avec elles à la lutte contre la barbarie nazie.

 Au delà de l’intrigue et du roman, j’ai vu un hommage aux femmes, nombreuses, qui ont œuvré pour la liberté et que l’Histoire oublie trop souvent.

 Un peu déstabilisée au départ par l’écriture, notre cher Mark étant Suisse, j’ai été happée ensuite très rapidement par ce passionnant roman qui m’a emmené de Paris à Genève en passant par Brest ou encore Gex qui se trouvait alors en zone interdite.

Trahison, amitié, coups tordus, solidarité, rendez-vous secrets, tous les éléments de l’espionnage sont réunis pour vous faire passer un bon moment de lecture.

 Un roman qui m’a émue aussi de part mon histoire personnelle mais pas seulement. Il m’a touché en tant que femme qui aimerait que l’humanité soit un peu plus conscience de la place et du rôle de nos aïeules dans notre Histoire

Paru en Suisse en octobre dernier, Les espionnes arrivent en France le 16 février 2018!

De plus Mark sera présent au salon du livre spécial polar de Nemours  les 27 et 28 janvier prochain! Il aura avec lui ses espionnes en avant première 😊

Les corbeaux de la mi-automne de Thanh-Van Tran-Nhut


Souvenez vous, le mois dernier, je mettais à l’honneur

Tranh Van Tran-Nhut

Aussi aujourd’hui je vous propose de découvrir un de ces fameux polar historique.

A travers le post-it de la bibliothécaire

Les corbeaux de la mi-automne : Une enquête du mandarin Tân de Tranh Van Tran-Nhut

Belle découverte à vous ami(e)s lecteurs zé lectrices.

Le livre : Les corbeaux de la mi-automne : Une enquête du mandarin Tân de  Tranh Van Tran-Nhut. Paru le 5 mai 2011 chez Philippe. Piquier. 19,80€ ; (420 p.) ; 21 x 13 cm.

Présentation de l’éditeur :
Dans cette huitième enquête du mandarin Tân, Thanh-Van Tran-Nhut fait la part belle aux mythes d’Asie, peuplés d’Immortels et de génies, tout en évoquant la longue et tumultueuse histoire qui lie le Viêt-Nam à la Chine.
Sous la pleine lune de la Mi-Automne, l’Archer céleste, le génie des Eaux et le lapin apothicaire reviennent fouler la terre des hommes et jouer avec leurs destins. A peine les derniers lampions de la fête éteints, des moines en colère dénoncent la vicieuse dégradation de leurs lieux de culte et de leurs lieux d’aisance, alors que le mandarin Tân s’active à élucider plusieurs morts suspectes, et qu’une femme au charme irrésistible sème la zizanie dans la bourgade.
Entre-temps, espions et aventuriers sillonnent la campagne, ravivant les tensions immémoriales entre le Dai-Viêt et son puissant voisin, l’Empire du Milieu. Des alliances décisives se nouent devant la menace d’une guerre civile : sommé de se rallier au pouvoir corrompu du Nord ou au seigneur félon du Sud, le mandarin Tân doit enfin faire son choix.

Extrait :
 – Tu crois que les prêtres taoïstes vont nous donner des gâteaux ? demanda Oisillon, dubitatif.
– Sans aucun doute. Ils ne sont pas fous. Nourrir le poussin fera accourir la poule, ils le savent bien.
Du haut de ses six ans, Oisillon fit une moue d’incompréhension. Tambour eut un haussement d’épaules impatient.
– Cela veut dire que s’ils nous soignent, on en parlera à nos parents, qui viendront faire des offrandes plutôt chez eux qu’au temple taoïste concurrent.
– Mais on ira bien aux deux temples quand même ?
– Évidemment, il faut entretenir la tension entre les prêtres du Crapaud à Trois Pattes et ceux des Huit Immortels.
Tambour, à dix ans passés, savait de quoi il parlait : sa mère, tenancière de gargote, n’hésitait jamais à donner les invendus sucrés à ses camarades de classe. Accoutumés à ses fleurs de gélatine au lait de coco, les gamins entraînaient leur famille chez elle à la première occasion, générant un chiffre d’affaires non négligeable. A progéniture gourmande, parents insatiables, aimait-elle répéter en comptant ses sapèques

 

Tran-Nhut :  Les sœurs Tran-Nhut sont les auteurs d’une série d’enquêtes menées par le mandarin Tân et son acolyte, le lettré Dinh, dans le Viêt Nam du XVIIe siècle.

Biographie

Les sœurs Tran-Nhut sont nées au Viêt Nam en 1962 pour Thanh-Van, en 1963 pour Kim. En 1968, elles s’installent aux États-Unis avec leurs parents. Trois ans plus tard, elles arrivent en France où elles feront le reste de leurs études. Thanh-Van repart aux États-Unis en 1980 pour revenir en France quelques années plus tard avec un diplôme d’ingénieur en mécanique du California Institute of Technology. Entre-temps Kim intègre l’École normale supérieure (Paris) en physique.

C’est en 1999 qu’elles se lancent dans l’écriture à quatre mains. De ces séances est issu le mandarin Tân, jeune magistrat d’un Viêt Nam historique. Une « figure mythique de la famille », leur arrière-grand-père maternel, reconnu pour avoir accédé très jeune aux fonctions de mandarin, servira de modèle au héros du roman. « Le Temple de la Grue écarlate » sera publié aux éditions Philippe Picquier la même année.

En 2002, Thanh-Van part pour un voyage autour du monde qui la mènera du Kenya aux glaciers de l’Alaska.

Depuis 2003, Thanh-Van continue seule la série des enquêtes du mandarin Tân. De son côté, Kim s’est lancée dans le polar d’aventure pour adolescents.

Extrait

Quoi qu’il en soit, en cette nuit de fête de la Mi-Automne, il y avait fort à parier que les deux temples avaient quelques douceurs en réserve pour les gamins qui s’y rendaient en bandes joyeuses. Tambour imagina des gâteaux de lune aux bords festonnés, farcis d’une pâte aux graines de lotus constellée de gingembre confit, où des morceaux de saucisse chinoise gravitaient autour d’un jaune d’oeuf salé. Cette évocation, ravivant l’odeur des feuilles de lime et d’eau de rose, l’incita à presser le pas.
Tambour voyait ses amis devant eux, lanterne au poing et chansons aux lèvres, une nuée rouge cerise et jaune citrouille qui s’éparpillait dans la nuit comme une farandole de lucioles en quête d’aventure. Par hasard, il s’était retrouvé à bavarder avec le petit Oisillon qui trottinait à ses côtés, visiblement à bout de souffle. Il avait un peu pitié de ses jambes courtes et de ses joues échauffées, mais il ne fallait pas trop traîner sur le chemin bordé de banians noueux. Tambour tenta de le houspiller :
– Allons, dépêche-toi un peu, sinon les autres vont tout manger.
– Je fais ce que je peux ! Cette lanterne pèse plus lourd qu’un chat.
Tambour secoua la tête. Oisillon, pour imiter ses aînés, avait choisi une énorme lanterne qui ballottait au bout de la canne de bambou. L’armature en jonc, habillée de papier écarlate, dessinait les contours ronds d’un lapin avec, à la place du cœur, une flamme de bougie papillotant au vent.

Le post-it de Ge, la bibliothécaire

Les corbeaux de la mi-automne : Une enquête du mandarin Tân de Tranh Van Tran-Nhut

Résumé et avis :

Avec cette huitième « Enquêtes du mandarin Tân », Thanh-Van Tran-Nhut nous plonge dans l’atmosphère trouble qui accompagne le déclin de l’empire vietnamien, au début du XVIIe siècle.

Pour le mandarin, la Fête de la mi-automne avait pourtant bien commencé. Un jeune sbire a renouvelé l’exploit légendaire d’abattre 9 corbeaux en plein vol. Mais pendant la fête, un enfant disparaît.  Le jeune garçon est retrouvé noyé le lendemain de la fête de la mi-automne Peu de temps après, des bonzes en colère dénoncent la profanation de leurs temples, les statues divines et les toilettes des deux temples bouddhistes et taoïstes sont vandalisées.

Ces deux affaires, qui a priori n’ont rien à voir entre elles, vont mobiliser les efforts du mandarin Tân et de ses aides, le lettré Dinh et le sbire Khoa. C’est deux là vont se révéler d’un secours précieux car ils sont tous deux dotés de pouvoirs hors du commun.

Le premier est capable de mémoriser dans ses moindres détails un document aperçu quelques secondes seulement, le second est doté d’un sens olfactif super développé, il visualise les odeurs.

Et puis il y a aussi le docteur Porc chargé des autopsies et féru des dernières découvertes de la médecine légale du XVIIe siècle.

  Le mandarin et ses acolytes vont mener une enquête à travers légendes et événements historiques., celle ci va déboucher sur une chasse au trésor, et révélera les sombres desseins politiques de dignitaires avides de pouvoir.  Abondamment documenté, ce « polar historique se lit d’une traite, tout en nous ouvrant l’esprit  » vers des pans méconnus de l’histoire de l’Asie du Sud-Est.

De plus l’auteur, comme souvent dans ses précédents roman, nous régale avec des recettes et des plats exotiques qui nous font saliver de bonheur. Et en prime la description des « paysages olfactifs » du sbire Khoa est un pur moment d’anthologie, que n’aurait pas renié l’auteur du « Parfum« …
Un vrai délice que ce merveilleux roman.

Ce titre à reçu prixThierry Jonquet 2011.

Ne louper pas, non plus,  les notes historiques en fin d’ouvrage qui apportent elles aussi de précieux renseignements sur sur l’histoire, les traditions, les légendes et les comportements au Dai-Viêt en ce XVII tourmenté.

Extrait :

Alors que Monsieur San le faisait monter sur une estrade festonnée de lampions, Khoa chercha des yeux Mademoiselle Lys qui avait quitté le groupe de musiciens. Du fond diffus des odeurs le jeune homme tenta d’isoler la signature perlée de la jeune fille.

L’assassin des ruines de Cay Rademacher.


 

Le livre : L’assassin des ruines  de Cay Rademacher. Traduit de l’allemand par Georges Sturm. Paru le 8 février 2017 aux Ed. du Masque dans la collection Grands Formats. 20€90 ; (331 p.) ; 23 x 14 cm
4e de couv :
Hambourg, 1947. Une ville en ruines, occupée par les Britanniques et confrontée à l’hiver le plus froid du siècle. Les réfugiés et les sans-logis se retrouvent suite aux bombardements à aménager des trous de cave, à vivre dans la promiscuité des bunkers et des baraques. Les aliments sont rationnés, le marché noir est florissant.
Lorsque le cadavre d’une jeune fille nue est retrouvé parmi les décombres sans aucun indice sur son identité, l’inspecteur Frank Stave ouvre une enquête. Dans cette période d’occupation, la population hambourgeoise ne doit en aucun cas apprendre qu’un tueur menace la paix. Les enjeux sont élevés et l’administration britannique insiste pour que l’inspecteur allemand soit accompagné par Lothar Maschke de la Brigade des moeurs et par le lieutenant McDonald pour élucider l’affaire. Mais d’autres morts sans identité sont vite découverts et Stave, hanté par les souvenirs de sa femme décédée pendant la guerre et de son fils porté disparu, doit surmonter ses propres souffrances pour traquer l’assassin qui rôde sur les sentiers des ruines…

Inspiré d’une véritable affaire toujours non élucidée à ce jour, L’Assassin des ruines dresse le portrait glaçant d’une ville ravagée en proie à un serial killer sans pitié.

 

« Notre société est dévastée, se dit l’inspecteur Stave. Nous, les flics, pouvons seulement déblayer les ruines. »

L’auteur : Cay Rademacher est né à  Flensbourg , en 1965. Il a étudié l’histoire anglo-américaine et la philosophie à Cologne et à Washington avant de devenir journaliste et écrivain. Il a écrit, entre autres, pour GEO et Die Zeit et il est le cofondateur du journal GEO Epoche. Ses romans et documents sont publiés dans huit pays.
Il a vécu à Hambourg avant de s’installer avec sa famille en Provence.

Le Post-it de votre bibliothécaire

 

Extrait : 
Plus vite ils parlent, plus vite nous les renvoyons chez eux. Nous ne sommes pas des barbares. Nous n’avons pas besoin d’utiliser les méthodes de la Gestapo. Nous attendons. La plupart du temps, nos candidats collaborent dès le premier jour et nous confessent tout ce qu’ils savent. Ils sont fiers de leurs inventions, comme des gamins pleins d’ambition. Même quand il s’agit des armes les plus meurtrières. Surtout là, d’ailleurs.

Hambourg, 1947. La ville en ruines est occupée par les Britanniques. Lorsque le cadavre d’une femme nue est retrouvé dans les décombres, l’enquête est confiée à l’inspecteur Franck Stave, qui doit agir en toute discrétion pour ne pas menacer la paix. Or, Stave, hanté par les souvenirs de sa femme et de son fils disparus, doit surmonter ses souffrances pour traquer le meurtrier. Premier roman.

 Tiré d’une véritable affaire jamais résolue (une série de meurtres perpétrés à Hambourg) juste après la chute du reich, ce roman historique nous plonge dans une ville dévastée par les bombes et le quotidien des allemands en proie aux conditions extrêmes, froid intense, rationnement, dénazification… le mal est représenté dans ces meurtres dans des quartiers ouvriers détruits. On suit ces hommes et ces femmes qui tentent de survivre au chaos laissé par la guerre et à leurs tentatives de retrouver un peu d’humanité, qu’un tueur entend détruire par ces cadavres laissés dans les décombres.

Une nouvelle belle découverte de la littérature policière allemande qui nous réserve décidément de fort belle surprise. Une histoire et une lecture marquante à découvrir de toute urgence.

MHF

Un prince de sang de Olivier Seigneur


 

Collectif polar.biblio

 

Un prince de sang, La pompadour mène l'enquêteLe livre : Un prince de sang, La pompadour mène l’enquête de Olivier Seigneur. Paru le 16 novembre 2016  chez  Marabout dans la Collection Fiction – Marabooks GF
4e de couv :
Paris, 1755. Des jeunes filles sont retrouvées mortes et exsangues. Louis XV exige qu’une enquête soit menée, mais en toute discrétion.
La favorite du roi, la marquise de Pompadour, confie donc l’affaire à son valet et homme de confiance, Florimond.Les investigations de ce familier de la cour le mèneront à soupçonner le comte de Charolais, cousin de Louis XV. Une piste que la Pompadour refuse de considérer : on ne s’en prend pas à un prince du sang !
Mais Florimond n’est pas prêt  à renoncer : sa jeune sœur est introuvable depuis de longues années, et il en vient à se demander si sa disparition ne serait pas elle aussi un méfait du sinistre comte Charolais.Du palais de Versailles aux rues de Paris en passant par le Parc-aux-Cerfs, où Louis XV « élevait » des jeunes filles pour sa « consommation » personnelle, la Pompadour et son valet nous entraînent dans les coins et les recoins de la cour et le long des méandres de l’esprit sadique d’un serial killer.
seigneur01L’auteur : Olivier Seigneur est l’auteur de nombreux romans. Olivier Seigneur est né en juin 1956 à Paris. juriste de formation, il est rédacteur en chef d’une revue consacrée à l’actualité politique publiée par l’administration française. Il a reçu en 1994 le prix du festival de Cognac pour Des lapins et des hommes. Il est aussi à l’aise dans le roman policier humoristique que dans le roman policier  » historique  » grâce à son excellente maîtrise de l’intrigue et de la narration.
 Extrait :
« Vite, courir, vite. Déjà il lui semblait entendre au loin le murmure rassurant de la ville, le cahotement d’une charrette, le caquètement d’une volaille égarée. Le gravier écorchait ses pieds nus, mais elle ne le sentait pas. Le mur d’enceinte du domaine se rapprochait, et avec lui la liberté. Plus que quelques pas, quelques instants. La fille crut même entendre, 8par-delà le haut mur, des enfants qui criaient, jouaient. La vie…, c’était la vie qui lui adressait un signe joyeux, une promesse. Une fois parcourues vingt ou trente toises, ce serait le salut. Elle n’allait pas mourir, du moins pas ici, pas maintenant. Mais dans longtemps, très longtemps, chargée d’années et de bonheurs à venir, et surtout ailleurs, chez elle, auprès des siens, de ses petits-enfants. Elle courait, volait. Maintenant elle était libre. Presque…
Soudain, retentit une voix claire, assurée. L’annonce de sa mise à mort. »

Petit avis du bibliothécaire : Le post-it de Véra

A Paris, en 1755, des jeunes filles sont retrouvées mortes. Louis XV demande qu’une enquête soit menée. La marquise de Pompadour, sa favorite, confie l’affaire à son valet et homme de confiance, Florimond. Ce dernier soupçonne rapidement le comte de Charolais, cousin du roi.

Bien écrit, le rythme dynamique est agréable, et les explications historiques en bas de page restent brèves et ne freinent pas la lecture, au contraire, ainsi tout est clair…sauf cette sombre histoire bien sûr !

On entre avec plaisir dans ce polar au temps de Louis XV, entre les intrigues, les crimes sordides, les jeux de pouvoir, tout pourrait être actuel, et en même temps le recul donné par ce virtuel voyage dans le temps ajoute encore à l’intérêt du livre.

Les personnages historiques

Louis XV, roi de France et de Navarre, né en 1710.

Jeanne Antoinette Poisson, épouse Le Normant d’Étiolles, marquise de Pompadour, née en 1721, favorite du roi depuis 1745.

Charles de Bourbon-Condé, comte de Charolais, cousin du roi, né en 1700.

Louis Dominique Bontemps, premier valet de chambre du roi, né en 1738.

Nicolas René Berryer, comte de La Ferrière, lieutenant général de police, né en 1703.

Les personnages romanesques

Jean Florimond, valet de la marquise de Pompadour.

Guillaume de Turpin, intendant du comte de Charolais.

Victoire Escuiller, une jeune veuve.

97825011040120-3622691

Je suis Pilgrim de Terry Hayes : La première chronique que j’écrivais pour Collectif Polar


chouchous-du-week-end

Il y a tout juste 2 ans je débutais une folle aventure en créant mon propre blog.

Je le rêvais depuis longtemps déjà . Je le voulais participatif, je le voulais récréatif et sans prétention aussi.

Bref je voulais m’amuser.

Alors je ne suis lancée dans le grand bain blogueste.

Et ma toute première chronique pour Collectif Polar fut un retour de lecture sur un bouquin qui m’avait fortement  marquée quelques  dix mois plutôt.

Aussi aujourd’hui, en ce jour anniversaire, j’aimerai vus refaire découvrir ce titre qui entre temps est sorti en poche et à fait beaucoup parler de lui !

Alors aujourd’hui j’en fais mon chouchou du week end

Allez c’est parti !!!


97827096458050-2000171
Le livre : Je suis Pilgrim de Terry Hayes
. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz. Paru le 2 avril 2014 chez Lattes. 22,90 € ; (647 p.) ; 23 x 15 cm

97822530016760-2537935Réédité en poche le 1er avril 2015 chez Le Livre de Poche dans la collection Thriller.  8€90 ; (909 p.) ; 18 x 11 cm.

4e de couv :

Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan.

Un chercheur torturé devant un laboratoire syrien ultrasecret.

Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité.

Et en fil rouge, reliant ces événements, un homme répondant au nom                                                       de Pilgrim.

th (1)L’auteur : Ancien journaliste, Terry Hayes a écrit plusieurs scénarios qui ont été portés à l’écran par de grands studios de Hollywood, dont Dead Calm, From Hell, et Mad Max 2. Best-seller traduit dans le monde entier, Je suis Pilgrim est son premier roman. On ne sait pas exactement où il se trouve actuellement.

Résumé  et avis :

Pilgrim est le nom de code d’un homme qui n’existe pas. Autrefois il dirigeait un service de surveillance interne regroupant l’ensemble des agences de renseignement américaines. Peter Campbell travaillait donc pour « le département » . Avant de prendre une retraite dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale sous le nom de Jude Garrett.

Une jeune femme est assassinée dans un hôtel de seconde zone de Manhattan. Il semblerai que l’assassin se soit inspiré des méthode de Jude Garrett. Un père est décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie saoudite.  Un homme est énucléé, il vivait devant un laboratoire de recherche syrien ultra secret. Des restes humains encore fumants sont trouvés dans les montagnes de l’Hindu Kush. En Turquie, un jeune milliardaire meurt dans un accident.

Pendant ce temps, le Sarrasin, islamiste anonyme et solitaire, prépare sa vengeance contre la famille royale d’Arabie Saoudite et son allié les États-Unis. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité.

Mais quel peut bien être,le fil rouge qui relie tous ces événements ?

La presse anglosaxonne est unanime pour ce thriller The Times, The Guardian, Sunday Mirror, Mail on Sunday….tous y voient un thriller intelligent, jubilatoire…le meilleur thriller depuis des années, un mélange effréné de Homeland, de The Wire et de la trilogie Jason Bourne.

Extrait : » De toutes les leçons que les filles allaient apprendre en tant que jeunes musulmanes, celle que leur mère leur donna cette nuit-là fut la plus importante : prendre son destin en main, comprendre que le seul escalier menant au ciel est celui qu’on se construit soi-même sur terre. »

 

 

Et c’est vrai que ce roman est jubilatoire.

A la fois polar, thriller, roman d’espionnage et d’aventure, ce polar se dévore d’une traite.

Pourtant l’auteur n’utilise pas les codes habituels du page turner. Il prend son temps pour installer les différentes intrigues, pour présenter chacun de ces personnages. Pelgrim, le personnage central, dévoile par à coût son passé. Il parle au lecteur et remonte le fil de son histoire de façon désordonnée, par flash-back. On ne suit pas de façon linéaire le parcours de Pelgrim. Pelgrim a un esprit en escalier, un sujet en amène un autre. A la façon d’un puzzle, nous suivons ses pérégrinations. Et, c’est ainsi, aussi, pour le second personnage le Sarrasin que l’on découvre bien plus tard dans le livre. Ses deux personnages principaux vont s’affronter dans un véritable huit clos qui a pour cadre la planète terre. Et c’est de cette confrontation que naîtra la dramaturgie du texte.

Si l’affrontement du bien et du mal est présent, n’y voyez aucun manichéisme. Chaque personnage, chaque camp a sa part d’ombre. C’est juste à chaque fois deux idéologies qui s’opposent. Car dans ce pavé de 650 pages ( un peu plus de 900 si vous le lisez en poche), la géopolitique, les enjeux économiques et stratégiques de ces 70 dernières nous sont dévoilés. Et sous la plume de l’auteur, le monde contemporain s’éclaire et sa compréhension s’offre à nous.

Je suis Pelgrim est un fantastique récit, un livre incroyable. C’est brillant, intelligent. De plus la qualité littéraire est là et ce texte est remarquablement bien traduit. Ne passer pas à coté de ce magnifique premier roman. C’est une pure réussite.

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 Extrait :  « Il y a des endroits dont je me souviendrai toute ma vie : la place Rouge balayée par le souffle d’un vent brûlant ; la chambre de ma mère du mauvais côté de 8-Mile Road ; le parc d’une riche famille d’accueil, si grand qu’on n’en voyait pas le bout ; un ensemble de ruines, le Théâtre de la Mort, où un homme m’attendait pour me tuer. Mais aucun n’est aussi profondément gravé dans ma mémoire que cette chambre à New York, dans un immeuble sans ascenseur : rideaux élimés, meubles cheap, table couverte de crystal et autres drogues festives. Par terre, près du lit, un sac, un slip noir pas plus épais que du fil dentaire, et une paire de Jimmy Choo taille 38. Pas plus que leur propriétaire elles n’ont leur place ici. Elle est nue dans la salle de bains, la gorge tranchée, flottant sur le ventre dans une baignoire remplie d’acide sulfurique, l’élément actif d’un déboucheur d’évier qu’on trouve dans n’importe quel supermarché. Des dizaines de bouteilles vides de DrainBomb – le déboucheur – gisent un peu partout sur le sol. J’en ramasse quelques-unes, discrètement. Les étiquettes de prix sont encore en place ; pour éloigner les soupçons, celui qui l’a tuée les a achetées dans vingt magasins différents. Je dis toujours qu’une bonne préméditation force l’admiration. L’endroit est sens dessus dessous, le bruit assourdissant : les radios de police qui beuglent, les assistants du légiste qui demandent des renforts, une Hispanique qui sanglote. Même quand la victime est absolument seule au monde, on dirait qu’il y a toujours quelqu’un pour pleurer devant pareil spectacle. 
La jeune femme dans la baignoire est méconnaissable ; les trois jours passés dans l’acide ont totalement effacé ses traits. C’était le but, je suppose. Celui qui l’a tuée a aussi placé des annuaires téléphoniques sur ses mains pour les maintenir sous la surface. L’acide a dissout ses empreintes digitales, mais aussi toute la structure métacarpienne sous-jacente. A moins d’un gros coup de veine avec les empreintes dentaires, les gars de la médecine légale du NYPD vont avoir un mal fou à mettre un nom sur ce corps. Dans des endroits comme celui-ci, où on a le sentiment que l’enfer est encore accroché aux murs, il vous vient parfois de drôles d’idées. Cette jeune femme sans visage me fait penser à une vieille chanson de Lennon / McCartney – Eleanor Rigby, qui gardait son visage dans un pot à côté de la porte. Pour moi, la victime s’appellera désormais Eleanor. L’équipe de la scène de crime est loin d’avoir fini son boulot, mais nul ne doute, sur place, qu’Eleanor a été tuée au cours de l’acte sexuel – le matelas dépassant à moitié du sommier, les draps froissés, une giclée brune de sang artériel décomposé sur la table de chevet. Les plus tordus pensent qu’il l’a égorgée alors qu’il était encore en elle. Le pire, c’est qu’ils ont peut-être raison. Quelle que soit la façon dont elle est morte, que les optimistes, s’il s’en trouve, se rassurent : elle ne s’est pas rendu compte de ce qui lui arrivait – jusqu’au tout dernier moment, en tout cas. Le meth – ou crystal – y aura veillé. Ce truc-là vous excite tellement, vous rend si euphorique quand il atteint le cerveau que vous ne voyez rien venir. Sous son emprise, la seule pensée cohérente qui puisse vous traverser l’esprit est de vous   
trouver un partenaire et de vous envoyer en l’air. »

Pilgrim-V1