L’oiseau bleu d’Erzeroum de Ian Manook

Le livre : L’oiseau d’Erzeroum de Ian Manook. Paru le 7 avril 2021chez Albin Michel collection Roman Français.  21€90. (542 p.) ; 23 x 16 cm
4ème de couverture

L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite soeur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs. Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale. Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

L’auteur : Ian Manook aussi connu sous le pseudonyme de Roy Braverman k, il est l’auteur de la trilogie Yeruldelgger (385 000 exemplaires vendus) pour laquelle il a reçu le Prix des Lectrices de Elle, le Prix SNCF et le Prix Quais du Polar.
Né à Meudon, en 1949 Patrick Manoukian est un journaliste, éditeur et écrivain.
Il a écrit sous les pseudonymes de Manook, Paul Eyghar, Ian Manook et Roy Braverman.
Grand voyageur, dès l’âge de 16 ans, il parcourt les États-Unis et le Canada, pendant 2 ans, sur 40 000 km en autostop. Après des études en droit européen et en sciences politiques à la Sorbonne, puis de journalisme à l’Institut Français de Presse, il entreprend un grand voyage en Islande et au Belize, pendant quatorze mois, puis au Brésil où il séjournera treize mois de plus.
De retour en France au milieu des années 1970, il devient journaliste indépendant et collabore à Vacances Magazine et Partir, ainsi qu’à la rubrique tourisme du Figaro. Journaliste à Télémagazine et Top Télé, il anime également des rubriques « voyage » auprès de Patrice Laffont sur Antenne 2 et de Gérard Klein sur Europe 1. Il devient ensuite rédacteur en chef des éditions Télé Guide pour lesquelles il édite, en plus de leur hebdomadaire, tous les titres jeunesse dérivés des programmes télévisés : Goldorak, Candy, Ulysse 31. Patrick Manoukian écrit en 1978 pour les éditions Beauval deux récits de voyage : D’Islande en Belize et Pantanal.
En 1987, il crée deux sociétés : Manook, agence d’édition spécialisée dans la communication autour du voyage, et les Éditions de Tournon qui prolongent son activité d’éditeur pour la jeunesse (Denver, Tortues Ninja, Beverly Hill, X-Files…).
De 2003 à 2011, sous le pseudonyme de Manook, il signe les scenarios de plusieurs bandes dessinées humoristiques aux éditions Semic et Hugo & Cie. Son roman pour la jeunesse Les Bertignac : L’homme à l’œil de diamant (2011), signé sous le nom de Paul Eyghar, obtient le Prix Gulli 2012.
En 2013, il signe du pseudonyme de Ian Manook un roman policier intitulé Yeruldelgger. Les aventures du commissaire mongol éponyme lui ont valu pas moins de seize prix dont le Prix SNCF du polar 2014. Lesdites aventures se poursuivent dans Les Temps sauvages, paru en 2015 et récompensé par un nouveau prix et La Mort nomade (2016).
Son roman Hunter, écrit cette fois sous le pseudonyme de Roy Braverman, est publié en 2018 aux éditions Hugo Thriller. Crow (2019) est le deuxième titre de la trilogie qui se termine par Freeman en 2020. Après la trilogie nord-américaine (Hunter, Crow et Freeman), place à New York avec Manhattan Sunset et Pasakukoo en 2021 !
Extraits :
« – Ce sont des traîtres et des conspirateurs, qui ne cherchent qu’à poignarder dans le dos le pays qui les héberge.
– Qui les héberge ? s’emporte Morgenthau. Les dynasties seldjoukides puis ottomane ne se sont installées en Anatolie qu’à partir du XIe siècle, alors que la présence des Arméniens sur ces terres est attestée depuis 2492 avant Jésus-Christ. Leur premier royaume s’est établi dans le Caucase dès le VIe siècle avant notre ère. Comment pouvez-vous dire que l’Empire les héberge !
– Parce que votre lecture de l’Histoire est faussée par leur propagande, monsieur Morgenthau. Les personnes connues d’aujourd’hui ne sont pas les descendants des Haï dont ils se réclament. C’est un peuple opportuniste et parasite qui s’est approprié l’histoire des Haï pour justifier l’existence de royaumes antérieurs. L’Arménie n’a jamais existé.
– Qui sont donc ces millions de gens, alors ? »
« Stambouliotes d’un côté, Pérotes de l’autre. Deux mondes opposés mais indissociables de la même ville. Stamboul ne dort que d’un œil, toujours inquiète, au rythme du bâton ferré des veilleurs de nuit sur le pavé, dans la crainte des assassins et des terribles incendies qui peuvent ravager en une nuit des centaines de maisons. Et Pera qui ne dort jamais, du haut de sa colline insolente, dehors et dedans ses maisons et ses palais en pierre éclairés à l’électricité. Malgré la nuit, la Grand-Rue bruit encore d’une activité festive et affairée, entre les calèches et les automobiles. C’est le quartier des ambassades et des théâtres, des nids d’espions, des galas mondains, des cellules révolutionnaires et des lupanars. On dit même que certains immeubles sont tout ça à la fois. »
 

La chronique jubilatoire de Dany

L’oiseau d’Erzeroum de Ian Manook

Ian Manook nous propose une saga familiale qui nous mène de 1915 à 1939, constitutive de notre culture contemporaine pour peu qu’on y prête l’attention qu’elle mérite, après une négation préjudiciable à la compréhension de notre histoire récente. Une saga qui se trouve dans la lignée des grandes fresques de Ken Follet sur Le siècle des géants. Ce récit lève un voile pudique sur les exactions commises au nom de la religion, du déni de la légitimité pour certains à vivre sur un territoire où les ancêtres ont vécu pendant des millénaires, a contrario de celle de l’expansion au nom de l’unité turque sous la houlette de Mustafa Kemal.

Deux sœurs Araxie et Haïganouch vont tenter de survivre en unissant leur destin à celui d’Assina. Elles parcourront le Moyen-Orient, l’Europe ou l’URSS. Elles tenteront d’échapper à leurs bourreaux. Nous les quitterons avec le mot « fin » à la déclaration de guerre de 1939.

Le récit est bouleversant car on le sait inspiré à l’auteur par les aventures de sa grand-mère. Bouleversant aussi parce qu’il fait écho à des événements malheureusement banalisés qui se produisent encore de nos jours. Que dire du sort des candidats à l’émigration victimes du trafic d’êtres humains. Que dire de leurs conditions de « survie » dans les camps de fortune.

Avec tout son humanisme, Ian Manook, en racontant l’histoire passée, nous alerte sur notre histoire contemporaine. Pas de voyeurisme, pas d’apitoiement mais des faits qui donnent matière à réflexion sur notre responsabilité collective.

J’avais été touchée par Yeruldelgger, je l’ai été tout autant par les deux fillettes. Ce roman sera un de mes coups de cœur 2021. La fin du roman peut-elle nous faire espérer une suite ? Je suis prête à en reprendre pour 544 pages supplémentaires !  Merci monsieur Manook pour ce voyage.

Lu en version numérique 14.99 €

Autres extraits :
« Détrompe-toi, gamin, le pays s’effondre, mais le pire reste à venir. Ce qui restera de la Turquie se cristallisera dans un nationalisme exacerbé. Les chrétiens seront tenus pour responsables de la défaite, et la haine contre eux sera le ciment de ce qui survivra de l’Empire. Et puis les belligérants vont se disputer ce qu’ils auront arraché à sa dépouille. La guerre est une histoire de défaites et de victoires, mais la paix n’est faite que de mensonges et de trahisons. On va vous mentir et vous trahir encore et encore, ceux qui vous ont massacrés et ceux qui les ont laissés faire, de nouveau copains comme cochons. Vrais ennemis et faux alliés.
– Répète ça et je te tue, menace Agop qui se lève en renversant sa chaise.
– Désolé, murmure Archambaud, je ne voulais pas t’offenser. Je voulais juste vous prévenir. La haine est un gaz lourd. Il traîne sur la plaine longtemps après la fin des combats. »
« Une haleine de curé malade, pense le jeune homme, et de mauvais tabac russe froid. Colgate et Chesterfield ont encore de vastes marchés à conquérir, se force-t-il à plaisanter dans sa tête. »

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