Le gardien du feu, Anatole Le Braz. 

Le livre : Le gardien du feu d’Anatole Le Braz.  Paru le 6 mars 2006 chez Liv’éditions dans la collection Liv’en poche n° 67. 9€. (254 p.) ; 18 x 11 cm.  Réédité  le 8 novembre 2019 chez Tohu-Bohu éditions dans la bibliothèque de l’Hermine. 22€. (182 p.) ; 19 x 13 cm

4e de couv :

«Lorsqu’on la contemple en toute sécurité de la chambre d’un phare ou de la maisonnette blanche d’un sémaphore, comme cela, oui, je comprends la mer. Autrement, non ! Paradis des hommes, mais enfer des femmes !…»

Par ces paroles, Adèle Lézurec scelle son destin et celui de Goulven Dénès, quartier-maître à bord de l’Alcyon, et qui, pour séduire la belle Adèle, n’aura de cesse qu’il ne soit nommé à terre comme gardien de phare.

Mais charbonnier et boulangère ne font pas bon ménage : le laborieux et dévôt Léonard va apprendre à ses dépens qu’on se brûle les ailes à trop approcher les frivoles Trégorroises…

C’est une tragédie qui se noue, dont l’issue va se jouer sur l’îlot désolé de Gorlébella, perdu au coeur du raz de Sein.

 

L’auteur : Anatole Le Braz  est né à Saint-Servais (Côtes-d’Armor) en 1859 ; il a été professeur de lettres au lycée de Quimper avant d’être professeur à l’université de Rennes (1901-1924).. Il a écrit beaucoup d’ouvrages sur les traditions en Bretagne : La Légende de la Mort, Contes du Vent et de la Nuit, Le Gardien du Phare, Au Pays des pardons, etc . Collecteur infatigable de contes, chansons et légendes populaires, il est considéré, avec Théodore Hersart de la Villemarqué, comme un des piliers du renouveau de la culture traditionnelle et populaire en Bretagne. Il s’éteint à Menton en 1926.

 

Extraits : 
« – Voici le dossier de cette étrange affaire, me dit l’ingénieur.
Il étala devant moi, sur la table du bureau où nous étions assis, une chemise verte contenant divers papiers et portant, en grosses lettres rondes, cette suscription : « Phare de Gorlébella, 1876. »
– Vous connaissez le phare, n’est-ce pas ?
Je l’avais visité l’année précédente, au cours d’une excursion à l’île de Sein, et je n’avais pas à faire grand effort pour re- voir, par le souvenir, sa haute silhouette de pierre dressée en plein Raz, dans une solitude éternelle, au milieu d’une mer farouche agitée d’incessants remous et dont les sourires même, les jours de calme, ont quelque chose d’énigmatique et d’inquiétant. »
…/…
 » Et le Baliseur s’éloigna, rebroussant chemin devant la tempête dont la grande ombre livide achevait de noyer l’horizon, du côté de l’occident… Deux heures plus tard, elle se ruait sur Gorlébella.
Elle dure depuis, déchaînée par trombes énormes qui font sonner la mer comme sous un galop de bêtes invisibles. Parfois, il me semble ouïr des bruits de cloches, une sorte de tocsin sauvage, jailli des profondeurs de l’abîme. Le phare ronfle, ainsi qu’un immense tuyau d’orgue. Une vie monstrueuse anime les nuages : ils se heurtent, s’étreignent, se bousculent, s’entredéchirent, se livrent une formidable et silencieuse bataille de spectres dans les champs bouleversés de l’espace. »

Le post-it de Ge

Un gardien de phare relate les événements de sa vie qui l’ont mené à tuer l’autre gardien et sa femme, Adèle, dont il était amoureux…

En finesse, Anatole Le Braz nous livre le plus grand thriller breton

Mais alors que nous raconte « Le gardien du feu »

Goulven Dénés, rude et dévôt Léonard, est quartier maître dans la marine quand il s’éprend d’Adèle Lézurec, joyeuse Trégoroise. Mais la belle ne veut pas sceller sa vie à un marin ; « La mer, Paradis des hommes, mais Enfer des femmes ». Pour séduire et épouser sa belle, Goulven devient gardien de phare. Nos deux jeunes mariés vont alors connaître une vie de couple rêvée, toujours ensemble et inséparables, dans les petites maisons de phares le long de La côte du Trégor.
Mais un jour Goulven est nommé au phare de Gorlébella, un rocher perdu en pleine mer d’Iroise entre la pointe du Raz et l’île de Sein. Au bout du monde, dans cette Cornouaille hostile Adèle va se retrouver seule alors que son homme sera de quart un mois durant dans sa lanterne. Et quand Goulven revient à terre durant quinze jours, notre couple ne retrouve plus son harmonie d’antan. Peu à peu les séparations répétées vont influencer le destin de nos deux protagonistes.
Entre la pointe du Raz et l’île au Sein, le phare de Gorlébella. Trois hommes, les trois gardiens du feu, se relaient sur ce rocher, seul au milieu des flots. À Quimper, arrive un télégramme adressé à l’ingénieur chargé du service des phares : « Feu de Gorlébella, resté allumé toute la journée d’hier, éteint cette nuit. Rumeurs bizarres circulent. Prière donner instructions, si ne pouvez venir vous-même. » On trouve alors une liasse de papiers chargés d’une écriture serrée, l’ultime confession de Goulven Dénès. le gardien de phare relate les événements de sa vie qui l’ont mené à tuer l’autre gardien et sa femme, Adèle…
Un trio amoureux tragique entre deux gardiens de phare au large de l’île de Sein et De La pointe du Raz, et une belle Trégorroise.
En cette année 1876 au large des côtes de Bretagne, le phare de Gorlébella dresse sa haute silhouette de pierre en plein Raz de Sein, dans une solitude éternelle, au milieu d’une mer farouche agitée de remous incessants.
A cent cinquante pieds au-dessus des eaux les deux gardiens – prisonniers de l’Océan et forçats du feu – veillent sur la lanterne dont la flamme attire les goélands attardés et les oiseaux migrateurs qui viennent s’y fracasser.
Parfois, la tempête s’y déchaîne en trombes énormes. On dirait alors entendre des sons de cloches, une sorte de tocsin sauvage jailli des profondeurs de l’abîme.
C’est dans cette lugubre tour que va se dérouler le drame, peut-être le plus atroce dont les tragiques annales du Raz aient conservé le souvenir.
Voici cette fantastique histoire – d’amour et de mort – de Goulven, le gardien-chef du phare, et de son épouse Adèle, la plus jolie fille de Tréguier. Elle était sa femme devant Dieu, mais elle était aussi la femme d’un autre, devant le diable.
Extraordinaire aventure que celle-là, où les démons du Raz de Sein vont hurler leur colère dans la Baie des Trépassés. Pour l’infidèle et son amant, la vengeance du gardien va se révéler terrifiante. Et le destin s’accomplira dans le phare à jamais maudit de Gorlébella.
En plus d’être une belle reconstitution de la Bretagne de la fin du XIXe siècle, où dans ce Finistère austère où chaque pays est différent, ce récit sous forme de journal nous entraîne dans les profondeurs des sentiments les plus extrêmes. En filigrane de ce superbe roman, notre auteur nous propose aussi une critique de l’éducation religieuse et du refoulement. Anatole le Braz nous livre une tragédie dont l’issue va se jouer sur l’îlot désolé de Gorlébella, perdu au coeur du raz de Sein qui ne peut que nous bouleverser.

Autres extrait :
« J’étais, du reste, à présent que j’y songe, l’homme le plus enclin à être dupe. Je suis né de cette race austère des laboureurs du Léon, dont la religion est le souci suprême. Mon enfance fut sérieuse et un peu triste. Là-bas, point de chansons, ni de danses, ni de ces jeux qui égayent la vie. Je ne me rappelle de ce passé que des bruits de prières et des sonneries de cloches tintant des offices. Une famille s’y considérerait comme maudite, si elle ne comptait parmi ses membres un prêtre. Je fus élevé en vue du sacerdoce ; à douze ans, j’entrais au petit séminaire de Saint-Pol.
Nul écolier ne se montra plus docile ni plus appliqué. Mais la lenteur de mes progrès dans les études latines me nuisit dans l’esprit de mes maîtres, et, sur la fin de ma seconde, ils conseillèrent à mes parents de me garder auprès d’eux. Ce fut une grande déception pour ma mère qui voyait déjà, dans ses rêves, l’église dont je serais le desservant, et le presbytère, fleuri de clématite, où se reposeraient ses vieux jours. Je ne pus supporter le spectacle de ses larmes. Les travaux de la moisson terminés, je m’engageai dans la Flotte. »
« 21 avril.
Rien à signaler, mon ingénieur, du moins pour ce qui est du service. Le baromètre est sur « variable » ; il souffle grande brise de noroît. Ce matin, après l’extinction du feu, j’ai monté mon matelas dans la lanterne, ainsi que des provisions de bouche pour plusieurs jours. Car, d’ici quelque temps, je ne me soucie pas de redescendre. Comme je passais sur le palier du deuxième étage, devant la porte de leur chambre, – de leur tombe, – je l’ai entendue, elle, qui disait à l’autre :
— Je savais bien qu’il avait trop de religion pour vouloir cela !
Puis, mon pas s’éloignant, elle a poussé une clameur folle, un cri d’angoisse désespérée :
— Au nom de Dieu et de saint Yves ! Goulven ! Goulven Dénès !
J’ai continué de gravir les marches, j’ai mangé un biscuit trempé d’eau et je me suis étendu sur le matelas, les bras en croix sous ma tête. J’ai dormi du sommeil de mes nuits anciennes, du temps que l’image de la femme ne me hantait point, – d’un sommeil sans pensée et sans rêves. Le soleil se couchait derrière l’Ar-Mèn, dans les lointains de la mer, quand j’ai rouvert les yeux. Je suis reposé : j’ai les idées d’une lucidité qui tient du prodige, comme si l’éblouissante flamme du phare projetait son éclat jusqu’au fond de mon esprit.
Saint Yves ! Elle a osé invoquer saint Yves ! Ce fut la veille de son pardon… »
« Au sommet de la Pointe du Raz s’élève ou plutôt se tapit, si vous vous souvenez, une sorte de hameau administratif, formé des bâtiments désaffectés de l’ancien phare. C’est un groupe de maisonnettes basses, raccordées bout à bout et ceintes d’un vaste enclos où, dans l’abri des murs, poussent chétivement quelques légumes. À l’entour s’étend le sinistre paysage que vous savez, un dos de promontoire nu et comme rongé de lèpre, troué çà et là par des roches coupantes, de monstrueuses vertèbres de granit. Nulle autre végétation que des brousses à ras de sol, des ajoncs rampants, une herbe éphémère, tout de suite brûlée par les acides marins. Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’air de stupeur muette et résignée qu’ont toutes choses en ces parages, les plantes comme les bêtes, et les habitations aussi bien que les gens. Voilà pourtant l’oasis de bon repos après laquelle aspirent de tous leurs vœux les factionnaires de Gorlébella. Du moins ne s’y sentent-ils plus les emmurés des eaux. Si peu récréatifs que soient ces horizons, encore délassent-ils leurs yeux de la perpétuelle et obsédante agitation des vagues. Et puis, ils ont là leur « chez eux » ; ils y retrouvent la femme, les enfants, la figure chère des êtres et des objets familiers, rentrent enfin dans la vie normale, savourent la joie, irraisonnée mais profonde, d’appartenir de nouveau à la grande communauté humaine… »

3 réflexions sur “Le gardien du feu, Anatole Le Braz. 

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