Les Eaux noires d’Estelle Tharreau

Les Eaux noires d’Estelle Tharreau paru le 7 octobre 2021 dans la collection Le tourbillon des mots chez Taurnada éditions ; 9€90 ; 274 pages ; 11cm x 18cm

4ème de couverture

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés. L’assassin restant introuvable, à l’abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage… Les révélations d’un corbeau, la détresse d’une mère et le cynisme d’un flic alimenteront l’engrenage de la rumeur, de la suspicion et de la haine. Joséfa réussira-t-elle à survivre à la vérité ?
L’auteur  : Née en 1974 en banlieue lyonnais, Estelle Tharreau passe son enfance et son adolescence dans la Drôme. Après le bac, elle entame des études de Lettres poursuivies à Paris. Après diverses expériences professionnelles en Guadeloupe et en Côte d’Ivoire, elle s’installe en Franche-Comté où commencera son aventure littéraire.
Férue de littérature depuis l’adolescence, elle se lance dans l’écriture en 2015 avec son premier roman Orages. En 2016, elle signe chez Taurnada Editions. Après la parution de son second roman, L’impasse, en 2017,  elle se consacre exclusivement à l’écriture et obtiendra pour ce roman le prix Mine de Talent. Elle sortira son troisième roman en 2018 De la terre dans la bouche. Mon ombre assassine sort en 2019, (portrait d’une tueuse en série) et sera sélectionné au festival de Cognac catégorie meilleur roman francophone ainsi que pour le Prix de l’Evêché. En 2020 elle s’expatrie à Dakar et sort son 5ème roman La peine du Bourreau.

Extrait
     Jo en tira deux enseignements douloureux : lorsque les gens ne connaissent  pas la vérité, ils préfèrent en inventer une en parfait accord avec leurs pulsions malsaines, et que ses congénères ont besoin de prendre part et parti.
     Ainsi, tout le monde se lamentait sur le meurtre de la pauvre Coline, tandis que celui de son propre enfant devenait insidieusement la juste conséquence de la vie scabreuse menée par une mère et un fille répugnantes et infréquentables.
     Cette conclusion, Jo l’entendait quotidiennement à la station-sortie 8 que les touristes prenaient d’assaut avec les beaux jours. Il suffisait que les photos de Coline et Suzy apparaissent pour que fusent les commentaires.
     « Trois cafés et un chocolat ! Pauvre gamine quand tu penses qu’elle s’est peut-être fait tuer comme l’autre alors qu’elle, elle n’avait rien demandé… »
     Et Jo devait leur servir trois cafés et un chocolat.

Les missives de Fanny H

Les Eaux noires, Estelle Tharreau

Yprat est une paisible petite ville balnéaire du nord de la France. Enfin, paisible, pas tant que ça puisqu’il y a cette fameuse Baie des naufragés. Elle ne porte pas ce nom-là par hasard.

La jolie et intelligente Suzy Macondo, alias Susu, 17 ans, habite dans l’une des quatre maisons jouxtant la baie. Elle vit avec sa mère, Joséfa, veuve, qui travaille de nuit dans la station essence sortie 8. La nuit ça paye mieux et elle a besoin d’argent pour subvenir à ses besoins et surtout à ceux de sa fille adorée maintenant qu’elles ne sont plus que deux. De toute façon, elle a entièrement confiance en ses voisins et l’un d’eux a une clé au cas où Susu a besoin d’aide. Joséfa maintient le cap pour sa fille mais la routine est très difficile à vivre et surtout à supporter. Sa fille est son rayon de soleil qui fait qu’elle se lève chaque jour.

Mais un jour, hélas, son ciel va s’assombrir encore plus. La jeune fille disparait. Elle ne rentre pas à l’heure prévue. Joséfa s’inquiète et se renseigne auprès de ses voisins. Chez Dominique Soudier, divorcé, ensuite chez Cédric Linegarde, chef de la police municipale et éternel célibataire puis pour finir chez les Soblon : Astrid, Yvan et leur fils, ami d’enfance de Susu, Charly. Et rien, personne ne l’a vu.

Alors, Les eaux noires se mirent à gronder puis libèrent un corps, celui de Suzy Macondo. Jo en veut après le monde entier. Elle se renferme sur elle-même, devient une ombre, une morte vivante, presque une bête. Cédric, amoureux transi, est présent auprès d’elle.

L’enquête est au point zéro. Un corbeau envoit un message, puis deux puis trois. Un nouveau chef de la police est nommé: Thomas Casano qui reprend tout le dossier depuis le début.

C’est toujours un plaisir lorsque je sais que je vais lire un roman d’Estelle Tharreau et là, en l’occurrence, pour une plongée dans Les eaux noires. 

Ce thriller se déroule en cinq parties : Les innocents, Les désespérés, Les pestiférés, Les paranoïaques, Les mauvais.

Une fois de plus, l’auteure creuse et fait remonter à la surface une part sombre et sordide de l’être humain. Elle nous renvoit l’image d’un monde tel qu’il est réellement, c’est à dire pour la plupart égoïste. Ceux qui ne connaissent ni l’empathie, ni la compassion. Ceux qui aiment ou qui n’aiment plus au va-et-vient des ragots ou de leurs intérêts. Ceux qui ne font pas d’effort pour comprendre. Dans Les eaux noires, Joséfa l’apprendra, hélas, à ses dépends, que ce soit par rapport à des voisins, des collègues de travail ou des soi-disant amis.

Estelle Tharreau a choisi une fois de plus un sujet très difficile. Cette fois-ci, celui d’une femme qui perd son enfant, assassiné. En tant que mère, dès les premiers chapitres, j’ai été très touchée par cette maman qui perd ce qu’elle a de plus précieux au monde : son enfant.
L’auteure nous emmène sur des eaux troubles, naviguant de l’un à l’autre des personnages entre leurs mensonges et leurs secrets.

Estelle Tharreau nous démontre qu’il n’y a pas besoin nécessairement de sang, de tortures ou de meurtres épouvantables pour nous présenter la triste noirceur de l’âme humaine. Ne serait-ce que par l’apparence d’un corbeau et les personnes incriminées qui se laissent prendre dans les rouages de son engrenage sournois et pernicieux. Ce corbeau que l’on a déjà connu via l’actualité médiatique. Cet être abjecte qui manipule le monde, s’amuse, se délecte, prêche le faux pour savoir le vrai et va coincer lentement et sûrement ceux dont il connait soi-disant un secret. La bêtise et la méchanceté sont parfois plus déterminées que tout…

J’ai aimé également cet inspecteur Thomas Casano. Il m’a fait pensé au célèbre Hercule Poirot dans sa façon de parler et d’enquêter.

Personnellement, je trouve que l’auteure délivre toujours une touche profonde et subtile du sujet qu’elle traite et que je ne retrouve pas ailleurs.
Mais je ne vous en dirai pas plus. A vous de plonger dans La baie des naufragés !

Un thriller qui me laisse l’amertume de l’écume des eaux noires. Encore un roman d’Estelle Tharreau dont on ne sort pas indemne.

Bande-annonce ici ▶ https://youtu.be/KCAe4NA7iM8
(Merci aux éditons Taurnada)

14 réflexions sur “Les Eaux noires d’Estelle Tharreau

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