Papote d’auteur, Dany était avec Serguei Dounovetz

Papote d’auteur, Dany était avec Serguei Dounovetz

L’écrivain Serguei Dounovetz en 2019 photographié par Laurent Delemotte

Serguei Dounovetz, né le 19 mars 1959 à Paris, est un écrivain et scénariste français, auteur de romans noirs et de littérature d’enfance et de jeunesse. Ses univers sont âpres et ses personnages inadaptés évoluent avec sensibilité et humour dans un monde proche de la rupture. On signalera notamment Moviola (Le Dilettante, 1994), Odyssés Odessa (Fleuve noir, 1999) et le recueil de nouvelles Le Doigt sur la détente (Aumage, 2003). Il vit à Montpellier depuis 1990. Il est le créateur de la série Niki Java.

Papote d’auteur, Dany était avec Serguei Dounovetz

Et pour l’occasion notre flingueuse nous offre…

« Les indiscrétions de Mamie Danièle »

Dany : Salut Sergueï. On s’est rencontrés au Cap-Ferret le mois dernier et tu m’as confié qu’aujourd’hui serait un jour particulier … On y reviendra mais avant, peux-tu me dire, dire aux lecteurs qui tu es ?

Serguei Dounovetz : Je suis un auteur de littérature de genre qui publie depuis une trentaine d’années. Parisien d’origine, je vis dans le Sud depuis de nombreuses années. J’ai commencé l’écriture très jeune à travers la poésie et la musique. Autour de 17 ans, j’ai monté un groupe de rock qui s’appelait Les Maîtres-nageurs, je chantais mes textes et jouais de la guitare rythmique, nous avons sorti un 45 tours à la fin des années 70. La chanson m’a amené naturellement à l’écriture de nouvelles dont certaines ont été publiées dans des revues. Parallèlement, passionné par le cinéma, j’ai écrit et tourné plusieurs courts métrages. Pour manger, j’étais machiniste sur les plateaux ciné et cintrier dans les théâtres à l’italienne. De la nouvelle, je suis passé ensuite au roman, le premier que j’ai écrit, intitulé Moviola (envoyé par la poste) a été signé par l’éditeur Le Dilettante en 1994. La presse m’a de suite catalogué auteur de roman noir, c’est ainsi que j’ai commencé dans le polar.

Dany : De quand date tes premiers souvenirs de lecteurs ? Quelles lectures ont bercé le petit Sergueï ? Est-ce qu’on lisait beaucoup dans ta famille ?

Serguei : Mes premiers souvenirs de lecteur viennent de très loin, on lisait beaucoup chez nous, il y avait une immense bibliothèque à la maison. Mon père (artiste peintre) était un passionné de photo et de BD. J’avais à ma disposition des rayonnages entiers de romans classiques, mais aussi d’aventure, de fantastique et de SF, illustrés par des grands noms de l’époque, de la série noire, des San Antonio etc… Mais mon premier choc vient d’un gros bouquin avec une jaquette aux couleurs pop, je l’avais tout de suite repéré sur l’étagère du haut. L’objet était lourd et sera lourd de conséquence dans mon parcours, 1967, j’avais 8 ans. Le titre : Et on tuera tous les affreux de Vernon Sullivan (Boris Vian), mis en images par Alain Tercinet, édité par Eric Losfeld. Je qualifie encore aujourd’hui ce livre comme ma bible.  Pour l’anecdote, j’ai dédié mon premier roman Moviola à Boris Vian.

Dany : Dis-moi, Vernon Sullivan est tout de même à haute teneur en hémoglobine pour un gamin de 8 ans !

Serguei : Il faut savoir que le Vernon Sullivan en question possédait le texte intégral, illustré de planches qui représentaient des pin-up incroyables, très réalistes. J’ai d’abord picoré le texte au hasard des images, puis une envie irrépressible de connaître l’histoire m’a obligé à lire le roman de façon chronologique. C’est la force des dessins qui m’a poussé à lire à huit ans Boris Vian, qui sera plus tard l’auteur qui me donnera l’envie de me lancer à mon tour.

Dany : C’est Boris Vian qui t’a donné l’idée de prendre un pseudonyme ?  Tu nous parles de ton pseudo ?

Serguei : Inconsciemment, c’est sans doute Vian et, plus tard Romain Gary, qui m’a donné l’envie de prendre un pseudonyme, un pseudo qui n’en est pas vraiment un, puisque Chefdeville est le nom de ma mère ; j’ai beaucoup de potes qui portent le nom de leur mère. En fait, je suis répertorié depuis trente ans auteur de polar, mais j’écris aussi depuis toujours des textes qui n’ont rien à voir avec cet univers. C’est pourquoi j’ai décidé en 2009 de prendre ce pseudo pour la sortie de mon récit L’atelier d’écriture au Dilettante. Je suis resté anonyme pendant 4 ans, j’ai même refusé La grande Librairie, ce n’était pas une coquetterie, je voulais jouer la carte à fond, porter deux casquettes, celle du roman noir et l’autre anonyme de la blanche…

 

Dany :  Comment passe-t-on d’un format court (chanson ou nouvelle) à un roman ?

Serguei : Le format n’a pas grande importance à mes yeux, c’est surtout ce que l’on met dans le texte. J’ai commencé à écrire à 12 ans de la poésie libre, j’étais un fou de Prévert, Maïakovski et Neruda. Quand j’ai commencé avec mon groupe de rock, je chantais mes poèmes, mais rapidement j’ai compris que les rimes ne suffisaient pas, il fallait structurer le texte, compter le nombre de pieds. J’ai donc écrit des chansons dans la tradition du blues, qui racontent une histoire. Puis, j’ai eu envie de développer ces histoires, d’avoir plus de place que le format chanson me proposait pour m’exprimer, c’est ainsi que je suis passé à la nouvelle. Et là, ça été une révélation, j’ai décidé que je serais nouvelliste. J’ai publié une centaine de nouvelles à ce jour et je continue régulièrement à travailler sur ce support qui me convient parfaitement. À mes débuts, j’ai proposé des recueils de nouvelles, régulièrement refusés par les éditeurs. Cependant certains m’encourageaient à m’essayer au roman. Finalement, j’ai développé l’une de mes nouvelles intitulée Caravane, qui est devenue Moviola, mon premier roman.

 

Dany : Comment construis-tu tes romans (ce qui te vient en premier : les personnages, l’intrigue, le contexte ?).

Serguei : Je n’ai aucune règle, parfois je démarre sur le titre qui peut changer avant de terminer l’ouvrage. Mais généralement, l’idée part d’un désir, une envie d’écrire sur un thème précis, un personnage. Je commence par mettre en place une ossature légère de l’histoire, sans trop fouiller, ce que je préfère avant tout c’est la magie de l’écriture qui te mène là où tu ne t’y attendais pas, je suis un auteur de l’inconscient, comprenne qui pourra. Les protagonistes sont très importants, chez moi l’histoire est au service des personnages et non le contraire, je me fiche de l’enquête et non de l’intrigue, c’est pourquoi je ne suis pas un auteur de roman policier mais un auteur de roman noir, où la psychologie des personnages, le contexte social, voir politique, a son importance. J’écris sur la marge, les femmes et les hommes qui hantent mes histoires sont des déclassés, des personnalités hors normes.

Dany : Tu es plutôt plan élaboré au cordeau ou joyeux bordel avec des post-it jusque dans la salle de bains ?

Serguei : Je suis un libertaire rangé (pas des bagnoles), je suis plutôt cordeau que bordel, je déteste les post-it et n’utilise pas les petits carnets, je stocke dans ma tête, prend parfois quelques notes qui ne me servent généralement pas. Mon bureau est encombré de bouquins de référence, je réécris beaucoup mais jette peu, j’ai besoin d’avoir de la musique, j’écris en musique.

 

Dany : tu nous parles de ce qui se passe aujourd’hui ?

Serguei : Aujourd’hui sort Marécages, mon dernier polar, je te livre la 4ème de couv’ :

2050, alors que les ultimes trente glorieuses viennent de s’achever dans une ambiance chaotique de fin du monde, Zac, Harvey et Samuel Yellow, une fratrie atypique qui vit au cœur des marécages entre le Clapas et les Saintes-Maries de la Mer s’insurge contre une dictature implacable qui veut assécher les étangs où ils vivent afin de bâtir les derniers hectares disponibles du littoral. Jeanne, une adolescente de 12 ans et demi (elle tient au demi), orpheline et très mature, recherchée par toutes les mafias locales, va trouver refuge malgré elle auprès du gang des marécages.

Roman noir d’anticipation, social, poétique et politique, Marécages est l’histoire d’un groupe d’hommes et de femmes qui joue sa survie face à une société en déliquescence. Fable libertaire, réfractaire, un chouïa nihiliste, elle met à l’honneur l’amitié, l’amour, le courage et l’espoir, le tout avec un certain humour… noir.

Dany : Merci Serguei d’être venu partager ce moment avec le collectif polar. A bientôt dans les salons …

Serguei : Merci Danièle

Serguei Dounovetz

Marécages

Roman noir

2050, alors que les ultimes trente glorieuses viennent de s’achever dans une ambiance chaotique de fin du monde, Zac, Harvey et Samuel Yellow, une fratrie atypique qui vit au cœur des marécages entre le Clapas et les Saintes-Maries de la Mer s’insurge contre une dictature implacable qui veut assécher les étangs où ils vivent afin de bâtir les derniers hectares disponibles du littoral.

Roman noir d’anticipation, social, poétique et politique, Marécages est l’histoire d’un groupe d’hommes et de femmes qui joue sa survie face à une société en déliquescence. Fable libertaire, réfractaire, un chouïa nihiliste, elle met à l’honneur l’amitié, l’amour, le courage et l’espoir, le tout avec un certain humour… noir.

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