Le jeu de la dame, Walter Tevis

Le livre : Le jeu de la dame, Walter Tevis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos. Paru le 11 mars 2021 chez Gallmeister dans la collection Totem. 11€40. (368 p.) ; 18 x 12 cm

Résumé :

Kentucky, 1957. Après la mort de sa mère, Beth Harmon, neuf ans, est placée dans un orphelinat où l’on donne aux enfants de mystérieuses ”vitamines” censées les apaiser. Elle y fait la connaissance d’un vieux gardien passionné d’échecs qui lui en apprend les règles. Beth commence alors à gagner, trop vite, trop facilement. Dans son lit, la nuit, la jeune fille rejoue les parties en regardant le plafond où les pièces se bousculent à un rythme effréné. Plus rien n’arrêtera l’enfant prodige pour conquérir le monde des échecs et devenir une championne. Mais, si Beth prédit sans faute les mouvements sur l’échiquier, son obsession et son addiction la feront trébucher plus d’une fois dans la vie réelle.

L’auteur : Professeur de littérature à l’université de l’Ohio, Walter Tevis (1928-1984) publie L’homme tombé du ciel, son premier roman, en 1963. Après un long silence, il revient à l’écriture en 1980 avec L’oiseau d’Amérique, comparé à sa publication au Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley et à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Il commence à publier des nouvelles de science-fiction en 1954, puis le premier de ses récits policiers avec « The Big Hustle », paru en 1955 dans « Collier’s Weekly », qui narre la lutte pour la victoire entre deux champions de billard, et « The Hustler », paru en 1957, dans « Playboy ».
Il reprend ces deux nouvelles en les étoffant dans son roman noir « L’Arnaqueur » (« The Hustler », 1959), qui est adapté sous le même titre au cinéma par Robert Rossen, avec Paul Newman en 1961. Une suite réalisée par Martin Scorsese est sortie en 1986, « La Couleur de l’argent » (« The Color of Money »).
Au cours de sa carrière d’écrivain, il publie sept romans, dont trois sur une variante du même thème. Tevis disparaît du circuit littéraire pendant quelques années, souffrant d’alcoolisme et vivant de cours particuliers d’écriture.
Il fut nommé au prix Nebula pour le Meilleur Roman en 1980 pour « L’oiseau d’Amérique » (« Mockingbird », 1980). Il passa sa dernière année à New York, en tant qu’écrivain à plein-temps. Walter Tevis mourut d’un cancer du poumon en 1984.
« L’Homme qui venait d’ailleurs » (« The Man Who Fell to Earth »), film britannique réalisé par Nicolas Roeg, sorti en 1976 avec David Bowie, est adapté du roman « L’Homme tombé du ciel » (« The Man Who Fell to Earth », 1963).
« Le jeu de la dame » (« The Queen’s Gambit », 1983) est adapté en mini-série et mise en ligne en octobre 2020 sur Netflix.
Extrait :
Son esprit était lumineux, et son âme lui chantait la mélodie des délicieux mouvements des pièces. La salle de classe sentait la poussière de craie et ses chaussures grinçaient quand elle marchait devant les joueurs alignés côte à côte. La salle était silencieuse ; elle sentait sa propre présence en son centre, petite, robuste et aux commandes. Dehors, des oiseaux chantaient, mais elle ne les entendait pas. À l’intérieur, certains élèves la fixaient du regard. Des garçons arrivaient du couloir et s’alignaient le long du mur du fond pour regarder la petite fille quelconque venue de l’orphelinat des marges de la ville qui passait de joueur en joueur avec l’énergie résolue d’un César sur le champ de bataille, d’une Anna Pavlova sous le feu des projecteurs. Il y avait environ une douzaine de spectateurs. Certains bâillaient et affichaient un sourire suffisant, mais d’autres ressentaient l’énergie de la salle, la présence de quelque chose que personne n’avait jamais ressenti dans cette vieille salle de classe défraîchie au cours de sa longue histoire.
Ce quelle faisait était, au fond, d’un trivial stupéfiant, mais l’énergie de son esprit fabuleux crépitait dans la salle pour ceux qui savaient écouter. Ses coups d’échecs en irradiaient. Au bout d’une heure et demie, elle les avait tous battus sans avoir raté ou gâché un seul coup.

 

Le billet de Chantal

Le jeu de la dame, Walter Tevis

Un roman dont le thème est le jeu d’échec ? A priori, j’aurais eu tendance à ne pas m’y arrêter, étant donné que je ne connais rien à ce jeu. Mais je suis curieuse, et de bonnes critiques m’ont donné envie de découvrir cette histoire, qui n’est ni un polar ni un roman noir ni un thriller … Quoique ! On a très vite du suspens, et ce tout au long du récit, et on peut presque, mais oui, parler de tueurs en série, tant la rage de vaincre, de trouver la faille de l’adversaire animent les joueurs, l’héroïne la première.

Beth est un petite américaine, orpheline, de 8 ans, recueillie dans un orphelinat qui s’occupe des enfants sans famille. La discipline est dure, et l’on cherche surtout à ce que les enfants ne causent aucune agitation plutôt que de s’occuper de leur bien-être physique et mental. Certains, les plus chanceux, seront adoptés, un jour.

Beth, enfant solitaire et plutôt repliée sur elle-même, découvre par hasard, dans les sous-sols de l’établissement, un jeu étrange qui la fascine, joué par un homme déjà âgé. Grande observatrice, elle assimile très vite les règles du jeu, et peu à peu, devient la partenaire, en cachette, de M. Shaibel, homme à tout faire. Elle dépasse vite le maître, et quand sa passion, et surtout son prodigieux don pour les échecs sont découverts, contre toute attente, elle ne sera pas punie, mais sollicitée pour jouer contre d’autres adversaires. Commence alors un parcours semé de joies et d’angoisses, que Beth combat avec quelques pilules magiques et un peu plus tard, l’alcool. Elle sera adoptée par un couple, les Wheatley, dont la femme, de prime abord étrange, se révèlera un soutien important pour Beth.

De tournoi en tournoi, sillonnant les USA, puis l’Europe voire le monde entier, Beth grandit avec le désir d’être championne du monde. Elle aura à dominer son penchant certain pour l’alcool, ses démons, sa solitude.

L’auteur raconte cette tranche de vie (car le récit s’arrête quand Beth a environ 21-22 ans) dans un style simple mais précis, décrivant les parties d’échecs sans que ce soit indigeste ni incompréhensible. J’ai lu ces descriptions comme si c’étaient des poèmes … On est accroché très vite, on redoute les adversaires que Beth redoute, on a envie de la soutenir… Bref ! excellente lecture, quasi aussi haletante qu’une course poursuite contre la montre pour sauver le monde !

 

Autre extrait :
 « La librairie Morris faisait l’angle, à côté d’un drugstore. Beth poussa la porte et se trouva dans une grande pièce remplie de plus de livres qu’elle n’en avait vus de sa vie. Il y avait un homme chauve assis sur un tabouret derrière un comptoir, qui lisait en fumant une cigarette. Beth s’approcha de lui et lui dit : 
– Vous avez Les Ouvertures modernes aux échecs ? 
L’homme leva les yeux de son livre et la regarda par-dessus ses lunettes. 
– Ah, ça, c’est pas commun, dit-il d’une voix affable.
– Vous l’avez ?
– Je crois que oui. 
Il se leva de son tabouret et alla vers le fond de son magasin. Il revint vers Beth une minute plus tard, avec le livre dans la main. C’était le même gros livre avec la couverture rouge. Elle retint sa respiration en le voyant. 
– Tenez, dit l’homme en le lui tendant.
Elle le prit et l’ouvrit au chapitre consacré à la défence sicilienne. C’était bon de revoir les noms des différents variantes – la Levenfish, la Dragon, la Najdorf. C’était comme des incantations dans sa tête, ou comme des noms de saints. 
Au bout d’un moment, elle entendit que l’homme lui parlait.
– Ça vous intéresse vraiment tant que ça les échecs ?
– Oui, dit-elle.
Il sourit.
– Je croyais que ce livre n’était que pour les grands maîtres. 
Beth hésita.
– C’est quoi, un grand maître ?
– Un joueur de génie, dit l’homme. Comme Capablanca, sauf que ça remonte à loin. Il y en a d’autres, de nos jours, mais je ne connais pas leurs noms. »

11 réflexions sur “Le jeu de la dame, Walter Tevis

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