Racailles, Vladimir Kozlov

En voyage avec Collectif Polar

Direction la Russie


Le livre : Racailles de Vladimir Kozlov, traduit du russe par Thierry Marignac. Paru le 21 janvier 2010.  18€ (250 p.) ; 21 x 14 cm

4e de couv :

Chronique noire d’une bande de gopniks dans une cité crasseuse de l’Union soviétique au temps de la Perestroïka. Ecole, castagne, baise et alcool font le quotidien de ces adolescents bas du front, sans éducation ni avenir, pour qui seule compte la loi du plus fort.

Un récit sans lumière et sans rêve, sans jugement ni compassion, rapporté dans un langage minimaliste, cru et argotique ; une histoire de brutes racontée dans une langue de brute. « Une littérature autochtone. »

 

 

L’auteur : Vladimir Kozlov est né en mars 1972 à Moguilev, Biélorussie.Elevé dans un quartier prolétaire de Biélorussie, Vladimir Kozlov fréquente à l’école soviétique avant de rejoindre l’Institut de construction mécanique de Moguilev. Mais c’est ensuite vers des études de traduction de l’anglais et de l’allemand qu’il se tourne. Diplômé en 1996 de l’Université de Minsk, il devient secrétaire de rédaction avant de reprendre des études de journalisme à Bloomington, dans l’Indiana (Etats-Unis). Revenu en Russie – à Moscou -, Vladimir Kozlov se tourne vers l’écriture et signe une première nouvelle, « Fête de la chanson et du groupe » qui paraît dans l’anthologie ‘Rasskazy : New Fiction from a New Russia’ en 2009. Un an plus tard, son roman ‘Racailles’, qui raconte le quotidien d’adolescents russes dans les années 1980, est publié en France aux éditions Moisson Rouge. Il travaille comme traducteur, journaliste et écrivain.

 

Extraits : 
 » Hourra ! Les vacances ! Trois mois ! C’était hier le dernier jour d’école, et il n’y a même pas eu d’école. Il y a seulement eu deux vieux croûtons dégarnis, et une grosse matrone qui se sont pointés pour choisir les élèves de l’école pour crétins l’année prochaine. Ils ont interrogé sur la table de multiplication, six fois huit soixante-quatre ou non ? Qu’est-ce qui distingue un taureau d’un tracteur et quel est le plus lourd un kilo de pain ou un kilo de sucre. Mais ils ont pas dit qui ils avaient choisi, ils le diront plus tard. Pour l’instant on peut jouer au foot et au poker, fumer des mégots, et balancer des cagnasses sur les trains, pour péter les vitres, piéger des chats noirs et les pendre, et encore tout le tas de trucs qui restent. « 
 » Moi ?, qu’est-ce que je suis, moi ? Je suis rien, et on ferait mieux de moins me prendre la tête, sinon j’irai plus jamais manger chez moi, je piquerai de la bouffe au magasin. Le plus important c’est de ne pas tomber aux mains des vendeurs, sinon ils vous tabassent à coups de balai et vous balancent aux flics, mais les flics – c’est tous des salopes et des chacals, mais j’ai rien à dire sur eux. « 
« Et avant de dormir, on fonce encore dans le jardin du Taré – pour lui souhaiter bonne nuit. Il est en sentinelle, il arpente son jardin de long en large avec son fusil, et on lui crie, bonne nuit, Sergueï Stepanytch, ne t’endors pas ou on foutra le feu à ton jardin, et il crie foutez le camp d’ici vauriens, je plaisante pas.
Et maintenant tout le monde rentre à la maison. Et demain – on refera tout exactement pareil »

Le post-it de Ge

Racailles, Vladimir Kozlov

Racaille raconte l’histoire de gosses paumés dans une URSS qui se délite. C’est un premier roman choc
C’est surtout une chronique punk décrivant les conditions de vie et les préoccupations d’une bande d’adolescents désœuvrés d’une cité pauvre de l’Union soviétique au temps de la perestroïka. Ecole, bagarres entre ceux du quartier Travailleurs et ceux du quartier Cosmonautes, alcool, sexe sont leur quotidien.
Dans un style très cru Vladimir Kozlov qui a lui-même grandit dans une cité prolétaire soviétique nous propose une vision très noire et désenchantée d’une jeunesse perdue. Il avait quatorze ans quand Gorbatchev entama les réformes de la Perestroïka, l’âge de son narrateur. Aussi l’écriture ici est celle d’un adolescent en rupture, elle est brusque, brut, débraillée parfois obscène. Il se pourrait que ça puisse gêner voire déranger certains lecteurs. Mais La brutalité de la prose de Vladimir Kozlov s’explique par le souci d’authenticité que notre auteur veut donner à son récit.  Personnellement j’ai trouvé qu’elle collait parfaitement avec les propos de ce polar noir sans concession, désillusionné un brin mélancolique et où il n’y pas de rédemption possible. No Futur !

 

Autre extrait :
« Le soir, Il y a personne de chez nous à la station de bus, alors je vais voir Viek. Il m’ouvre la porte lui-même.
-Entre.
Je retire mes pompes et je rentre dans sa chambre.
-On m’a dit qu’ils avaient lourdé Byr du bahut ? Il demande.
-Pourquoi ?
-Parce que c’est un con. Il a déconné plus que tout le monde, il voulait montrer qu’il était genre affranchi. Chez lui dans son quartier c’était un zéro, mais là-bas, il croyait pouvait faire le malin. Et il a roulé sa caisse. Il mettait pas les pieds au bahut, il en foutait pas une rame, genre il avait autre chose à foutre, qu’il en avait rien v secouer. Eh bien, ils l’ont foutu dehors. Maintenant, à l’horizon, c’est l’armée.
-Comment ça, l’armée ?
-Il a déjà 18 ans, ça va pas tarder. Cet imbécile est resté trois ans en cinquième. Tu savais pas ?
-Non.
-Trois ans. С’est un total demeuré, pire que Byk. Alors il a déconné plus que tout le monde.
-Et qu’est-ce qu’il va faire, maintenant ?
-Rien. Sa mère lui a fait un tintouin d’enfer. Elle s’est pointée direct à l’école et elle lui a écorché les oreilles devant tout le monde. Elle lui a dit qu’elle le lourdait de chez eux.
-Comment tu le sais ?
-C’est un mec que je connais qui me l’a raconté. Il allait à l’école avec lui.
-Et lui alors, qu’est-ce qu’il a fait ?
-Rien. Il a disjoncté, il est parti. Jamais de la vie sa mère le foutra dehors, mais elle va lui prendre la tête. C’est ce qui lui faut, à cet imbécile. Je l’ai croisé aujourd’hui, il était bourré. Il m’a raconté des conneries – genre, c’est lui qui voulait se faire lourder, genre l’armée c’est super, presque comme la taule. »

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