Il pleut sur Managua de Sergio Ramírez

En vacances avec Collectif Polar

En route pour l’Amérique Centrale

 

Le livre : Il pleut sur Managua de Sergio Ramírez, traduit de l’espagnol (Nicaragua) par Roland Faye. Paru le 17 mars 2011 chez Métailié dans la collection Noir. 19€50. (269 p.) ; 22 x 14 cm

Il pleut sur Managua Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics. La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle. Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours. Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne. L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres. Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique. Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Sergio RAMIREZ le 30 mars 2011 à Paris

L’auteur : Sergio Ramirez est né au Nicaragua en 1942. Après des études en Allemagne, il abandonne sa carrière littéraire pour s’engager aux côtés de la révolution sandiniste et devient membre de l’Assemblée nationale, puis vice-président du premier gouvernement élu en 1984. Journaliste, essayiste, professeur d’université, il a publié de nombreux romans, dont Châtiment divin.

 

 

 

 

      Extrait :
Une partie de ce saccage était l’œuvre des villageois, mais ceux qui avaient abandonné le yacht avaient aussi voulu effacer toute trace. Une photo du gaillard d’arrière montrait des taches sombres qui se répétaient sur le plancher en bois, même si de nombreuses lattes avaient disparu lors du pillage.
–  Les photos, ça suffit pas, avait-il dit alors à Lord Dixon. Il faut que tu retournes immédiatement à Pearl Lagoon voir ce que tu peux récupérer de tout ce qui a été volé. Et cette fois, n’oublie pas le scanner ! Je veux ton rapport dès ce soir.
On entendait maintenant l’écho des applaudissements qui saluaient le départ de la Vierge Pèlerine. Et, tout en applaudissant lui aussi, sans bien savoir s’il s’était laissé gagner par l’enthousiasme des autres ou s’il faisait semblant, il sentit une petite tape malicieuse sur son épaule : c’était l’inspecteur Alcides Larios, chef du laboratoire de criminalistique, affectant un air cérémonieux de circonstance, qui le regardait derrière ses lunettes sombres, d’un violet intense, dans lesquelles on pouvait se voir comme dans un miroir. Si au temps de la guérilla il n’avait que la peau et les os, aujourd’hui il devait ajuster son ceinturon sous son ventre, la boucle au niveau du pubis. Cela lui donnait un air bizarre, comme s’il traînait la panse d’un autre.
–  Tu as reçu le rapport d’analyse ? demanda l’inspecteur Larios. Service express. C’est bien du sang humain.
Il l’avait reçu ; c’était aussi pour ça qu’il avait hâte de parler à Lord Dixon. Il acquiesça de mauvaise grâce et se retourna vers l’autel face auquel tout le monde s’était mis à chanter Adiós Reina del Cielo. La vierge avait soudain converti en catholiques pratiquants les léninistes les plus endurcis. Doña Sofía avait bien raison de se plaindre. Larios, par exemple, il n’avait rien à faire là : sa juridiction ne s’étendait pas à la plaza del Sol. Éternel secrétaire politique du parti dans les structures centrales de la police sandiniste, il présidait les tribunaux idéologiques qui décidaient de l’attribution du livret de militant, après un examen oral d’aptitude qui pouvait prendre des heures, sans compter les reports, qui excluaient toute possibilité d’avancement. Ce tribunal décidait également des expulsions. Et quiconque se voyait frappé par une mesure d’expulsion des rangs du parti n’avait plus rien à faire dans la police.
La Vierge de Fatima s’éloignait vers le grand portail, accompagnée à nouveau par les chants, la musique de l’orchestre qui jouait toujours Adiós Reina del Cielo, et l’explosion des fusées qui s’élevaient, solitaires, dans un ciel dégagé. Doña Sofía, étrangère à toute cette idolâtrie, vint alors le prévenir qu’on le demandait au téléphone depuis Bluefields.
Il monta les marches avec difficulté, comme d’habitude, obligé de pousser sur sa prothèse avec ses mains. Doña Sofía, qui l’avait précédé, l’attendait à la porte du bureau pour lui remettre le téléphone mobile, et, une fois celui-ci calé contre son oreille, il s’approcha de la fenêtre. En bas, on était en train de hisser la vierge sur le plateau d’un pick-up. Lord Dixon devait avoir entendu la musique et les fusées.
–  La Russie s’est effondrée, le communisme s’est effondré, nous sommes tous des soldats du Christ, dit-il.

Le post-it de Ge

Il pleut sur Managua  de Sergio Ramírez est un polar sur fond de chaos social et politique Alors de quoi ça parle : A Managua, l’inspecteur Morales est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas. Un lieutenant cynique et une ex-guérillera devenue femme de ménage l’accompagnent. L’auteur nous offre un roman policier d’ambiance avec des personnages hauts en couleur dans une Amérique centrale chaotique. Une intrigue qui prend le temps de revisiter l’histoire du Nicaragua sans être trop explicative. Un auteur redécouvert et repris par Métailié qui, après des études en Allemagne, abandonne sa carrière littéraire pour s’engager aux côtés de la révolution sandiniste et devient membre de l’Assemblée nationale, puis vice-président du premier gouvernement élu en 1984.. Pas étonnant qu’ici il nous propose un panorama de ce qu’est aujourd’hui l’Amérique centrale est particulièrement le Nicaragua dans sa diversité complexe, traversée par différents phénomènes sociaux. De plus on apprécie aussi son humour féroce, ironique voire parfois caustique, il arrive souvent à point pour dédramatiser des situations troubles et tendus. Un auteur à découvrir ou redécouvrir et surtout à faire découvrir. Surtout que son éditeur français à republier en 2020 ce super polar en epub, alors pourquoi se priver et bouder son plaisir de voyager intelligent avec Sergio Ramírez

5 réflexions sur “Il pleut sur Managua de Sergio Ramírez

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