Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? Saison 2 Episode 13

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Saison 2 Episode 13

Des interviews.

Mais pas les habituelles rengaines égocentrées des auteurs.

Parce que, finalement, dans un roman, qui va au charbon ? Le personnage !

Et si on leur donnait la parole ? S02E12

par Nick Gardel

 

Bonjour Kornelius. Vous êtes le nouveau personnage islandais de Ian Manook. Est-ce qu’on peut dire que vous ressemblez un peu à son premier héros, Yeruldelgger ?

Non, on peut pas. Est-ce que j’ai l’air d’un coléreux trapu avec des mains comme des enclumes et des yeux en coups de cutter qui vit dans une tente en feutre au milieu des chèvres et des moutons ?

Ben justement, question moutons…

Oui, je sais, nous sommes 320 000 Islandais pour plus d’un million de moutons, mais la ressemblance s’arrête là !

Quand même, il y a les chevaux aussi !

Quoi les chevaux ? ils sont petits ici aussi, comme ceux de la steppe, c’est vrai, mais les nôtres au moins, ils ont le tölt, une allure en plus entre le galop et l’amble.

Et vous, qu’avez-vous en plus par rapport à Yeruldelgger ?

Rien. Je n’ai rien en plus, parce que nous n’avons rien en commun.

Quand même, vous êtes plutôt balèzes tous les deux, non ?

Moi je le suis. Je fréquente les salles de force dans la tradition islandaise, celles d’où sont sortis deux hommes couronnés du titre d’homme le plus fort du monde. Se remuer des pierres de 100 kg ou des troncs de 600 kilos, c’est quand même autre chose que de faire le coup de poing dans la banlieue d’Oulan Bator, non ?

Peut-être, mais vous croyez vous aussi à des trucs bizarres, non ?

Quoi, quels trucs bizarres ?

Ben Yeruldelgger avec ses croyances chamaniques, et vous, qui croyez au peuple invisible qui vit dans la pierre !

Bizarre, tu trouves ça bizarre, toi, comme c’est bizarre !

Ben quand même, 65 % des Islandais qui croient au peuple invisible…

Et alors, tu crois en Dieu, toi ?

Ben… La question est ardue… Disons que ça serait bien pratique de trouver un bon responsable pour tout le bazar ambiant. Ça arrangerait pas mal les ballons qu’il y ait un machin vaguement aux commandes… Disons, une sorte d’esprit supérieur…

-Et tu l’as déjà vu, ton Dieu ?

-Ben non, évidemment !

Et bien nous, c’est pareil. Nous croyons au peuple des elfes, et ils sont aussi invisibles que ton Dieu !

Euh…bon…d’accord. Si nous reprenions l’interview. Combien de temps êtes-vous resté dans la tête de Ian Manook avant qu’il ne vous laisse en sortir ?

Ecoute, je mesure presque deux mètres, je fréquente régulièrement les salles de force, je chante des chants lugubres dans une chorale…tu crois vraiment que c’est lui qui m’a laissé sortir de son crâne ? C’est moi qui m’en suis évadé, mon gars, parce que le crâne de Manook, c’est pas le cirque du soleil. C’est plutôt la cour des miracles, la foire d’empoigne et le Big Barnum Circus à la fois. C’est bondé de déglingués du bulbe là-dedans. Moi, j’y suis entré en 1973 dans son crâne, quand il a fait son premier voyage sur l’île d’Heimaey, pendant l’éruption du Eldfel.

Et comment avez-vous réussi à vous en échapper ?

Quand l’autre espèce de sang mêlé, là, le Hunter, a surgi de nulle part pour faire diversion. Ian Manook est devenu Roy Braverman, ça a foutu la pagaille dans son cerveau. Du coup j’en ai profité pour forcer le passage.

 

« Ian Manook est sympa. Bon, le type est plutôt bordélique, incapable de tenir un plan, des fiches de personnages, un scénario. Un peu paresseux aussi… »

 

-Et comment a-t-il réagi à votre évasion ?

Comme à son habitude. Ce tordu m’a laissé courir sur ses pages blanches en me suivant à la trace, et, peu à peu, il m’a amadoué avec ses souvenirs de voyages. Tu sais : la beauté de l’Islande, l’amour de mon pays, la force des premiers matins du monde, le crépuscule des dieux, tout ça…Il m’a eu comme il a eu tous les autres avant moi, Yeruldelgger, Jacques haret, Hunter…À chaque fois il nous fait le coup du mal du pays alors nous, nous nous calmons, nous arrêtons de courir, nous restons avec lui, nous prenons son rythme…Il sait s’y faire, le salaud.

Mais l’histoire, qui l’invente ? Lui, ou vous ?

Honnêtement, là-dessus, Ian Manook est sympa. Bon, le type est plutôt bordélique, incapable de tenir un plan, des fiches de personnages, un scénario. Un peu paresseux aussi, il écrit n’importe où, n’importe comment, quand ça lui chante. Du coup, ça nous laisse un peu de liberté, et lui, ça l’arrange. Quand on digresse, quand on buissonne, quand on vagabonde, il nous lâche la bride et se contente de nous suivre là où nous allons. Et puis d’un coup, hop ! il nous ferre et nous ramène dans son histoire. Mais il faut savoir qu’au moins la moitié de ce qu’il écrit vient de nous.

Et donc, les rapports que vous entretenez avec lui ?

Du coup, c’est plutôt cool. Moi par exemple, j’avais envie de vivre l’aventure de Heimaey avec les femmes que j’aime, et je dois dire qu’il a fait ce qu’il fallait pour qu’elles aient un joli rôle dans le roman. Toutes les deux. Il ne s’est pas fait prier non plus quand je lui ai suggéré que ce serait bien que je fredonne sans cesse ce chant lugubre du Krumavissur. Ça lui a même plu. Et puis il n’a pas fait la sourde oreille quand j’ai commencé à distiller l’idée que je reviendrais bien dans une prochaine aventure…

Quoi ? Il y aura une suite à Heimaey ?

Je n’ai pas dit ça. J’ai dit que je lui ai glissé l’idée à l’oreille et qu’il n’a pas dit non. D’ailleurs, contrairement à Yeruldelgger, il ne t’aura pas échappé qu’il ne m’a pas fait disparaître à la fin.

Pourquoi dîtes-vous ça, vous pensez que Yeruldelgger est mort ?

J’ai dit disparaître, j’ai pas dit mourir ! De toute façon je ne dirai rien de plus. Secret romanesque. Solidarité des protagonistes. Bon, on arrête là, parce que ça devient indiscret tes questions.

Oui mais…

Il n’y a pas de oui mais qui compte ! Ou alors on se la joue à l’islandaise. Tu as droit à une question par bouchée hàkarl que tu avales.

De hàkarl ? C’est quoi ça, le hàkarl ?

Un requin du Groenland. La bestiole n’a pas de système urinaire et doit transpirer sa pisse et ses toxines à travers sa peau. Du coup sa chair est saturée d’acide urique. Tu le pêches, et tu l’enterres six mois sous du gravier pour que la pisse s’extraie le plus possible de la chair par capillarité. Puis tu le laisses bien sécher au grand air pendant trois ou quatre mois pour qu’il durcisse. Après, tu grattes la grosse croûte brunâtre extérieure, jusqu’à la chair restée blanche, que tu découpes en petits dés pour manger à l’apéritif.

Et…ça a quel goût, là, votre hàkarl ?

T’es Français, toi ?

Oui

Et bien tu prends un mélange de maroilles, d’époisses et de brocciu Corse que tu laisses bien pourrir avant de le mariner dans de l’ammoniaque, et tu commences à avoir une petite idée du goût du hàkarl…Alors, une autre question ?

Non, merci, plus de question…c’est où les toilettes ?

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