Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? Saison 2 Episode 11

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Saison 2 Episode 11

Des interviews.

Mais pas les habituelles rengaines egocentrées des auteurs.

Parce que, finalement, dans un roman, qui va au charbon ? Le personnage !

Et si on leur donnait la parole ? S02E11

par Nick Gardel

 


 

Bonjour. Entrez… Entrez… Ne craignez rien. Cette interview ne respecte ni les codes stricts de l’espace, ni ceux contraignants du temps. Vous pouvez vous exprimer sans aucune réserve. Ici, tous les personnages de roman ont la parole. Nous pouvons d’ores et déjà commencer par une présentation.

Avec plaisir. Je m’appelle Victor Dauterive, lieutenant de gendarmerie. Je suis un peu surpris de vous entendre dire que je serai un « personnage de roman ». Je suis vrai, mon ami, aussi vrai que vous. Mais je vous passe votre fantaisie et je répondrai aux autres questions, puisqu’il parait que vous êtes un homme de confiance. Je peux aussi vous dire que je suis né Victor Brunel, chevalier d’Hauteville, et que je suis né en Bourgogne en 1772. Je vis aujourd’hui à Paris, libre, et j’ai la chance de vivre cette Révolution qui éclairera le monde.

Et c’est dans ce type de rencontre que se révèle tout l’intérêt de l’exercice. Mais au-delà de l’état civil, parlez-nous de vous. Qui est le Chevalier d’Hauteville ?

Vous allez forcer ma modestie, si vous me connaissiez mieux vous sauriez je n’aime guère parler de moi. Mais encore une fois je vous fais confiance. Je suis quelqu’un de loyal et de simple, je crois aussi pouvoir dire que je suis tenace et que les temps que je traverse me forcent à souvent dissimuler mes pensées. J’ai cru longtemps que c’était un défaut mais je m’aperçois que l’homme est bien changeant et qu’il faut savoir parfois cacher son jeu pour percer celui des autres.

Le temps nous sépare. Parlons-en justement. Combien de temps avez-vous passé dans l’esprit de votre créateur ?

Vous en venez à une question délicate, voire étrange : je ne vois pas à qui vous faites référence. Si vous parlez de mon père, le marquis de Saulon, nous n’avons pas de bons rapports. Je suis encore mineur et il ne manquerait pas de me placer en maison de correction s’il le pouvait. Heureusement il ne le peut pas. A bien réfléchir à votre question, j’ai par moments la sensation que quelqu’un raconte mes aventures, je ne sais pas exactement qui. Ce n’est qu’une impression qui demanderait à être vérifiée. Je suis hélas trop occupé pour y consacrer du temps. A mon tour de vous poser une question, de quel « créateur » parlez-vous ? Auriez-vous quelque chose à me dire à son sujet?

C’est malheureusement une question récurrente. Les romanciers existent-ils réellement ? Ne sont-ils pas finalement que des vecteurs d’expression ? Sont-ils la voix qui dicte ou la plume qui raconte ?

Encore une fois, vos questions me paraissent embrouillées. Je ne suis pas susceptible, mais il m’arrive de l’être, et je pourrais me fâcher si vous insistez. On dirait que vous pensez que je n’existe pas. Or vous me parlez, non? Alors? Pour ce qui est de me dicter ma conduite, sachez que j’ai suffisamment eu de peine à fuir mon père pour souffrir que quiconque me dicte ma conduite. Il se trouve que j’affronte des situations un peu complexes (et qui devront rester confidentielles, je suis désolé d’insister sur ce point) et que je dois trouver des ressources pour m’en sortir. Je ne vois pas qui pourrait me dicter de loin ce que j’ai à faire pour survivre. Qui d’ailleurs vit ce que je vis ?

 

« J’en suis sûr, le monde parlera longtemps de notre combat pour la liberté, pour les droits sacrés de l’homme et contre les tyrans. »

Mais, celui de l’autre côté de la page ? L’auteur qui accompagne vos aventures, quels rapports vous entretenez avec lui ?

Toujours cette idée fixe… Je serais tenté de vous poser des questions, puisque c’est mon métier d’enquêteur. Qui est ce créateur ? Où vit-il et à qui raconte-t-il ce que je vis ? Où ? A un cercle d’amis ? Est-ce du théâtre, de la poésie, du roman? J’ai été naïf, je le suis moins aujourd’hui. Je n’aimerais pas forcément que l’on sache tout ce que je fais et je vis. Je me demande si cela n’ajouterai pas aux dangers que je vis.

Je comprends que notre communication soit compliquée… Peut-être avec une question plus terre à terre trouverons-nous un terrain d’entente ? Votre vie personnelle par exemple, comment vous occupez-vous ?

Enfin une question un peu censée, j’en suis heureux pour vous. Je me demande un peu si vous avez toute votre tête avec cette histoire de « créateur ». Entre deux aventures, je me consacre à la peinture, puisque j’ai eu le bonheur d’intégrer l’atelier de David. J’essaye d’éduquer Joseph, j’ai promis de le faire et je tiens toujours mes promesses. C’est un brave garçon mais il n’a pas d’éducation. Pour mes amours, souffrez qu’elles restent secrètes. Une personne, un jour, a parlé de mes sentiments pour Olympe, je ne sais qui est cette personne mais si je la croise, elle risque de passer un très mauvais moment. Tout homme d’honneur devrait comprendre que ces affaires n’ont pas à être publiques.

Vous vous livrez à quelqu’un ? Celui qui vous raconte peut-être ?

Vous y revenez… Ce créateur, c’est ça ? Dans certains rêves, puisque vous insistez — mais vous êtes sympathique alors je vous réponds — il me semble que quelqu’un s’intéresse à moi. Me suit en quelque sorte, de loin, une sorte d’ange gardien. Est-ce ma conscience? Un double rêvé ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que nul ne peut agir à ma place (à moins de vouloir se prendre un poignard dans le ventre ou un mauvais coup, mais je l’aurai averti).

Et si, par le plus grand des hasards, on cherchait à faire connaître vos aventures. Que faudrait-il en dire ?

Je suis quelqu’un de discret, il le faut dans ma profession. Je n’ai pas toujours le choix de mes missions, elles sont dangereuses mais elles me font vivre l’une des plus grandes épopées que le genre humain ait jamais connues. J’en suis sûr, le monde parlera longtemps de notre combat pour la liberté, pour les droits sacrés de l’homme et contre les tyrans. Nous ne savons pas toujours où nous allons, nous devons faire face à des choix entre les vrais amis de la liberté et les traîtres. Mais moi et mes amis sommes sincères et entiers. Si quiconque veut me suivre, si quiconque veut m’aider, je suis son homme.

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