Plus loin que l’hiver, Isabel Allende

Hello mes Polardeux,

Ce matin Cécile vous proposait une lecture presque en VO de dernier livre d’Isabel Allende qui malheureusement n’ai pas encore traduit en française.

Aussi ce soir je ne vous propose pas mon avis sur ce dernier roman mais du coup je me suis dis que ce serait bien de lire le dernier roman, paru cette fois en France, de notre auteur afin de vous livrer mon petit post-it

Allez c’est parti pour le suite de cette journée spéciale Isabel Allende


Le livre : Plus loin que l’hiver de Isabel Allende. Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-Claude Masson. Paru le 10 juin 2020 chez Grasset. 20€90. (331 p.) ; 24 x 16 cm

4e de couv : 

Plus loin que l’hiver

Au coeur de la tempête de neige la plus terrible que Brooklyn ait connue de mémoire d’homme, Richard Bowmaster, professeur d’université sexagénaire et solitaire, heurte la voiture conduite par une jeune immigrée guatémaltèque sans papiers. Il est contraint d’appeler à l’aide sa voisine et collègue chilienne, Lucía Maraz. Le secret que leur révèle alors la jeune Evelyn Ortega les entraîne bientôt tous les trois dans une incroyable aventure. De confidences en révélations, Plus loin que l’hiver nous transporte de l’État de New York aux terrifiantes années 1970 au Chili, de la langoureuse Rio de Janeiro des années 1980 au règne actuel des passeurs mexicains, et une amitié inattendue voit le jour entre ces trois personnages que tout semblait pourtant séparer.

Isabel Allende pointe l’injustice politique pour raconter, avec la générosité et l’énergie qui lui sont propres, le courage face aux épreuves et la naissance d’une passion. Plus loin que l’hiver est un des livres les plus personnels de l’auteure, une belle histoire multigénérationnelle d’amitié et de rédemption.

L’auteur : Isabel Allende, née en 1942 au Pérou, a grandi au Chili. L’auteure de Fille du destin, La Cité des dieux sauvages ou encore L’Amant japonais, a connu une renommée internationale dès la publication de son premier roman, La Maison aux esprits. Ses livres sont traduits en trente-cinq langues et se sont vendus à plus de 65 millions d’exemplaires à travers le monde. Elle a été décorée en 2018 par la fondation du National Book Award pour sa contribution exceptionnelle aux lettres américaines. Elle partage aujourd’hui son temps entre la Californie et le Chili.
Extraits :
« FIN DÉCEMBRE 2015, l’hiver se faisait encore attendre. Lorsque Noël est arrivé, avec ses clochettes assommantes, les gens portaient toujours sandales et manches courtes – les uns en célébrant l’étrange amalgame des saisons, les autres dans la crainte du réchauffement planétaire –, tandis qu’aux fenêtres se montraient des arbres artificiels, saupoudrés de givre argenté, qui semaient la confusion parmi les écureuils et les oiseaux. Trois semaines après le Nouvel An, alors que plus personne ne pensait à ce retard météorologique dans le calendrier, la nature s’est réveillée subitement, a secoué son engourdissement automnal et déclenché la pire tempête de neige dans les annales de la mémoire collective.
Dans un sous-sol de Prospect Heights – un caveau de ciment et de briques, avec un tas de neige à l’entrée –, Lucía Maraz maudissait le froid. Elle avait le caractère stoïque des habitants de son pays : habituée aux tremblements de terre, aux inondations, aux tsunamis et cataclysmes politiques, elle se faisait du souci quand aucun malheur ne se profilait dans un délai raisonnable. Et pourtant, rien ne l’avait préparée à cet hiver sibérien qui s’installait à Brooklyn par mégarde. Les tempêtes chiliennes se limitaient à la cordillère des Andes et à la Terre de Feu, dans le Sud profond, où le continent s’égrenait en îles tailladées par les lames du vent austral, où la glace faisait éclater les os et où la vie était rude. Lucía venait de Santiago, avec sa réputation usurpée de douceur climatique, mais où l’hiver est humide et froid, comme les étés sont brûlants et desséchés. La ville est encaissée dans des montagnes violettes, qui se réveillent parfois couvertes de neige. Alors la plus pure lumière au monde se reflète sur les sommets de blancheur aveuglante. En de rares occasions, il tombe sur la cité une fine poussière, triste et pâle comme la cendre, qui n’arrive pas à blanchir le paysage et se transforme en boue. Au loin, toujours, la neige demeure comme aux origines.
« 
« Il avait étudié le japonais pour apprécier les haïkus dans leur forme originelle, il pouvait le lire et le comprenait, mais il aurait trouvé prétentieux de se risquer à le parler. Il avait à cœur d’être polyglotte. Enfant, il avait appris le portugais dans sa famille maternelle, et l’avait perfectionné avec sa compagne brésilienne, Anita. Il avait acquis des rudiments de français, pour des raisons sentimentales, et des éléments d’espagnol, par nécessité professionnelle. Sa première passion 25amoureuse, à dix-neuf ans, était une Française, de huit ans son aînée, qu’il avait connue dans un bar de New York et suivie à Paris. La passion s’était promptement refroidie mais, par commodité, ils avaient partagé une mansarde dans le Quartier latin, où il avait acquis les bases de la connaissance charnelle et de la langue du cru, qu’il parlait avec un accent barbare. Quant à son espagnol, c’était à la fois celui des livres et celui de la rue : il y avait partout des Latinos à New York, mais les immigrés ne comprenaient pas sa diction de l’Institut Berlitz où il avait étudié. »
« En fait, la traversée durait seulement quelques minutes. Ils retrouvèrent les deux autres sur l’îlot et se tapirent dans la végétation, sur le sol sablonneux. Immobiles, ils observaient la rive des États-Unis, si proche qu’ils entendaient la conversation de deux patrouilleurs à bord d’un véhicule dont le puissant projecteur pointait dans leur direction. Plus d’une heure passa de la sorte, sans que l’Expert manifestât la moindre impatience. En vérité, il semblait s’être assoupi, tandis que les autres tremblaient de froid, claquaient des dents et sentaient sur leur peau les insectes et le frôlement des reptiles. Sur le coup de minuit, l’Expert secoua son corps ensommeillé, comme s’il avait une alarme intérieure, et à cet instant précis le véhicule des garde-frontières éteignit son faisceau. Puis ils l’entendirent s’éloigner.
« Nous avons moins de cinq minutes avant l’arrivée de la relève. De ce côté, il y a moins de courant, nous pouvons y aller tous ensemble en barbotant, mais attention, pas le moindre bruit une fois parvenus sur la terre ferme », ordonna-t-il.
Ils entrèrent à nouveau dans le fleuve, cramponnés au pneumatique. Sous le poids des six personnes, il s’enfonçait au ras de l’eau, mais ils le guidèrent en ligne droite. Peu après, ils touchaient le fond et gravissaient le versant marécageux de l’autre bord. Ils étaient arrivés aux États-Unis.
Ils entendirent alors le moteur d’un autre véhicule, mais ils étaient à l’abri de la végétation, hors de portée des projecteurs. »

 

Le post-it de Ge

Plus loin que l’hiver, Isabel Allende

 

Cela faisait des années que je n’avais pas lu de roman d’Isabel Allende. Et c’est je l’avoue un peu le nécessité de notre blog qui m’a fait emprunter ce livre à la bibliothèque. Mais ma foi je ne le regrette pas. Oh non Bien au contraire !

Alors de quoi ça parle.

 Chilienne expatriée au Canada durant la dictature de Pinochet, Lucia Maraz porte toujours les stigmates de son passé. Professeure invitée à l’université de New York, elle s’installe chez son collègue Richard Bowmaster, un homme solitaire. Un jour, au cours d’une tempête de neige, il heurte le véhicule d’Evelyn Ortega, immigrée guatémaltèque sans papiers, et demande de l’aide auprès de Lucia.

Enfin c’est un peu plus compliqué que cela mais vous en dire trop serait spolier l’histoire. Car chacun de nos trois protagonistes a un passé, et ce passé est très lourd.  Et leur présent le devient aussi surtout depuis qu’Evelyne est entrée dans leur vie un peu trop routinière. Car avec Evelyne arrive les vrais ennuies. Et notre trio va être obligé de fuir.

Voilà donc une histoire à trois voix. Trois voix meurtries qu’Isabel Allende va nous permettre d’entendre.  Chacun à leur tour ils vont nous conter leur histoire douloureuse.

Lucia qui a fuit la dictature chilienne et la politique de Pinochet. Richard fuit son ancienne vie lui aussi, une vie visiblement bouleversée par un évènement tragique dont il se sent coupable. Quant à Evelyne, elle est ce que l’on appelle elle aussi une exilée politique, un peu à l’instar de Lucia, elle c’est les gangs, les cartels de la drôle et le contrôle et la violence qu’ils exercent dans leur pays qu’elle a fui.

Oui c’est bien cela nous avant là trois fugitifs. Trois humains que la vie à malmenée. Chacun ayant laissé un bout d’eux même dans leur passé et dans leur fuite. Qui une mère, une grand-mère, un frère ou une famille.

A travers Richard, Lucia et Evelyne c’est aussi l’histoire de l’Amérique latine contemporaine que nous raconte Isabel Allende. Un continent au passé trouble et à l’avenir incertain. Des centaines de milliers d’exilés potentiels qui migrent vers le nord dans l’espoir d’un eldorado. Un eldorado lui aussi corrompu et souffrant aussi de ses propres maux et où la misère est aussi présente. Une Amérique qui n’a pas fini s’exorcisé son passé, son racisme ordinaire. Une Amérique qui exploite ses migrants faisant d’eux des esclaves modernes.

Le récit de notre auteur est dense, son écriture puissante et évocatrice. Elle va nous faire vivre un road tripe intense. On va vivre au rythme de ses trois survivants. Trois rescapés j’ai envie de dire.

Avec cette lecture, j’ai cru quitter un temps mes polars et je suis retombée sur une intrigue totalement dingue, digne d’un roman noir et traité sous la forme d’un thriller.

Et oui ici il est question de meurtres, de violence, de gangs et de mafias mais aussi l’immigrations, de misère et d’exploitation de l’homme par l’homme. Et si Isabelle Allende nous offre un livre sur l’exil, et nous propose aussi un roman sur la possible rédemption et hypothétiquement sur le droit à la vie et au bonheur.

Bref un superbe récit et j’ai envie de remercier Cécile de m’avoir poussé à relire cette auteure pour qui j’ai eu un véritable coup de cœur

Autres extraits
« New York était déclarée en état d’urgence ; le doyen de la faculté où travaillait Lucía, soucieux de respecter les consignes, avait ordonné de suspendre les cours. De toute façon, c’eût été pour elle une aventure d’arriver jusqu’à Manhattan.
Tirant parti de cette liberté inattendue, Lucía prépara une recette à réveiller les morts, une spécialité chilienne qui soulage les maladies du corps et apaise les tribulations de l’âme. »

 

« « Pardonnez-moi, c’est ma faute. Je ne vous avais pas vue. Mon assurance paiera les dommages », lui dit-il.
La fille jeta un bref regard sur le feu arrière brisé et le coffre embouti, entrouvert. Elle tenta en vain de le refermer, tandis que Richard lui répétait le refrain de l’assurance.
« Si vous voulez, nous pouvons appeler la police, mais ce ne sera pas nécessaire. Voici ma carte, on peut me trouver facilement dans le coin. »
Mais elle ne paraissait pas l’entendre. Visiblement choquée, elle continuait à s’escrimer sur la fermeture du coffre. Puis elle comprit que c’était inutile et lutta contre le vent pour se rasseoir au volant, suivie de Richard qui insistait pour lui laisser ses coordonnées. Elle démarra sans lui accorder un regard, mais il jeta la carte de visite sur ses genoux, tandis qu’elle accélérait sans arriver à fermer la portière, qui heurta les jambes de Richard, le laissant assis au beau milieu de la chaussée. »

 

« Mais la crise économique de ces dernières années avait aggravé le vieux ressentiment contre les Latinos. Des millions de gens, aux Etats-Unis, truandés par la haute finance et par les banques, avaient perdu leur maison ou leur emploi, et avaient trouvé un bouc émissaire parmi les migrants. « Je serais curieuse de voir si un seul Américain, quelle qu’en soit la couleur, accepterait de travailler pour la misère que l’on nous donne », alléguait Miriam. Elle gagnait
moins, que le minimum légal et faisait des heures supplémentaires pour nouer les deux bouts, car les prix continuaient de grimper alors que les salaires stagnaient. »

8 réflexions sur “Plus loin que l’hiver, Isabel Allende

  1. Mais remercie-moi … avec plaisir 😅🤪
    Bon je le note aussi du coup et ce sera cette fois de ta faute 😁
    Je n’avais pas lu non plus un roman d’Isabel Allende depuis des années et là tu me donnes envie 😁❣️

    Aimé par 2 personnes

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