Les rencontres de Fanny H : Notre Flingueuse indic était Francis Campagne

Les rencontres de Fanny H 

Notre Flingueuse indic était Francis Campagne

‌Il y a quelques mois, j’ai eu le plaisir de rencontrer Francis Campagne avec mon ami indic, Jimmy Milleville. Nous étions à la librairie Le marais du livre à Hazebrouck. L’auteur était venu nous présenter son nouveau roman Destructions. Je suis venue lui poser quelques questions. 

FH : Est-ce que quelqu’un vous a inspiré le rôle de Clem ? Quelqu’un dans les « célébrités » ? Car j’ai eu l’impression de retrouver un personnage de certaines émissions de téléréalité pour ados. Vos personnages sont-ils entièrement fictifs où vous êtes-vous basés sur des personnages de votre entourage ?

Francis Campagne : Non pas du tout, par contre j’aime utilisé les lieux que je connais.

FH : Par rapport aux scènes qui sont dans le livre, est-ce que vous avez réalisé vos fantasmes en les écrivant ? Est-ce que Clem est votre fantasme ?

Jimmy Milleville : Bravo Fanny !

L’auteur : Joker !

FH : Je ne vais pas vous poser des questions que tout le monde va vous poser !

L’auteur : C’est-à-dire ?

FH : Est-ce que ce sont des idées qui vous sont venues personnellement, est-ce que vous avez pensé à quelqu’un ou à un film ou est-ce vous personnellement qui avez couché vos fantasmes sur papier ? Est-ce que cela vient vraiment de vous-même ou est-ce une inspiration aussi de cinéma, etc. ?

Jimmy : Dorcel.

L’auteur : Oui, je ne sais pas, c’est comme les personnages, bon ils n’existent pas mais on puise dans plein de personnes qu’on connait ou qu’on imagine en fait. Comment dire çà, la question est peut-être est-ce que des personnes se sont reconnues ?

FH : Oui est-ce que vous avez pensé à quelqu’un, une ancienne amie lointaine, une actrice, un film, un autre livre ou c’est vous qui vous êtes mis à la place de Stan ?

L’auteur : Oui forcément un peu.

FH : Voilà c’est ça que je veux savoir.

L’auteur : Forcément que je suis dans le personnage mais à combien de pourcent ? J’en sais rien ! 20, 12, 13, pas plus parce que tout ça, ça n’a jamais existé.
Les lieux existent sauf la villa mais tous les lieux existent. Après je pense que c’est un mélange entre ce que l’on peut imaginer et après on est nourri par tout ce que l’on a vu, lu, etc. Donc tout ça se mélange en fait, ce que l’on a pu connaitre. Maintenant, moi tout cet univers de toc là, dans cette villa, les magazines de luxe, etc. Moi je ne connais pas ça, c’est complétement délirant, je n’ai jamais vécu dans ces univers-là. J’ai côtoyé peut-être parfois des milieux où il y avait du faste mais j’étais vraiment un visiteur là-dedans et donc cette villa est imaginée, c’est un délire en fait. D’ailleurs quelqu’un m’a dit pourquoi il n’y a pas de drogue dans ton truc ? Au point où ils en sont… parce que moi je ne connais pas ça, donc !

FH : Vous auriez pu l’imaginer aussi.

L’auteur : Et il n’y a pas beaucoup de drogue, il n’y a pas beaucoup de téléphone portable mais ça je m’en suis rendu compte après. Les téléphones portables n’ont pas beaucoup d’importance alors qu’aujourd’hui ils sont très importants. Tant pis, c’est pas grave. Après c’est rock n’roll, je voulais un peu cet univers-là. Ils sont tous pêtés. Et en même temps c’est en miroir car il y a quand même des choses que je balance. Je vais dire un gros mot, c’est un peu politique, sur l’état du monde, sur l’immigration, sur la catastrophe climatique, des choses comme ça.
De temps en temps je balance des pics par rapport à ça ou sur le fait que les gens se déplacent un peu en troupeau, etc. Bon, une espèce d’unité un peu comme ça, bon on fait la queue à telle enseigne pendant trois heures. Enfin tout ce truc là, mes personnages, donc moi, sont quand même des observateurs en fait : « Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Ca va encore durer longtemps ? ». Après il y a aussi autre chose dont personne n’a parlé pour l’instant, ce sont les références musicales. Je suis allé un peu fort sur les références musicales aussi sur ce que j’écoute.

FH : Oui il y en a pas mal.

L’auteur : Il y en a pas mal, peut-être un peu trop.

FH : Non pas pour moi.

FH : Autour de vous, vous en avez parlé de cette idée de « sans ponctuation » ? Qu’est-ce que les gens vous ont donné comme retour, vos proches ?
Ils vous ont dit « non ne fais pas ça » ?

L’auteur : Non je n’ai pas tellement demandé l’avis avant de publier le livre.

FH : Même ne serait-ce qu’en parler, pas forcément demander l’avis.

L’auteur : Non, j’ai travaillé assez seul oui et c’est peut-être une erreur de ne pas avoir quelqu’un qui suit le truc et qui dit « là, attention bon ». Je ferai quand même autrement la prochaine fois. Il faut quelques personnes qui accompagnent peut-être la gestation.

FH : Pourquoi ? A quel moment vous avez ressenti ce besoin ?

L’auteur : J’ai poussé tellement le système que parfois c’est trop. Un jour on m’a dit il manque un mot alors le pire c’est qu’il ne manque pas de mot. Je me suis dit j’en ai marre, j’arrête la phrase là et au lieu de mettre 3 points de suspension j’ai mis un point donc forcément on a l’impression qu’il manque un mot.

FH : Ca on va l’enlever d’internet car si les collégiens le lisent et se mettent à faire ça aussi, ça va pas aller !

L’auteur : J’ai poussé un peu trop loin le bouchon, je m’en suis rendu compte après, quand on m’a dit il manque un mot. Donc non, j’avais pas trop envie. C’est de loin une démarche recluse en fait un peu. Je suis quand même parti deux fois dans les Landes, seul, pendant 15 jours pour finir ça.
J’aime les jolies choses de Virginie Despentes mais je me dit qu’elle est grave celle-là car au niveau du style c’est encore pire, il n’y a pas de sujet, il y a des verbes qui surgissent d’où on ne sait pas. Je suis parti sur des options, pas de point d’exclamation, pas de point d’interrogation, on ne met pas de tiret quand quelqu’un parle, encore une fois débrouillez-vous avec ça, et des changements de point de vue, parfois c’est « je » parfois c’est « il », ça je trouve  cela intéressant car en fait c’est toujours intéressant de se dire est-ce que je suis là ? Je suis là. Je vois ce qui se passe ou est-ce que je vois ce que je vois, où est-ce que je suis là en train de vous voir ou il y a une petite caméra là et j’en fais parti ?
Donc c’est le « je » donc c’est le « il ». Je ne suis pas allé jusqu’à me mettre dans la peau du personnage principal, je vais vous dire pourquoi pas, cela aurait été sympa aussi donc ces choix là, après je les assume. S’il y a un dialogue, je vais à la ligne, et encore une fois c’est pour un peu paumer un peu la personne dans les troubles que sont ceux des personnages.

FH : Les destructions qui sont faites dans le livre m’ont fait penser à cette statue du général de Gaulle taguée et aspergée de peinture et aux autres statues déboulonnées un petit peu partout dans le monde actuellement. Sans rentrer dans le vrai problème lié à ce sujet d’actualité, vous même, vous êtes-vous inspirés de faits réels ? Avez-vous assisté à ce genre d’incident, à des dégradations qui vous ont peut-être donné envie d’écrire dessus ?

L’auteur : Non pas du tout, je n’ai jamais assisté à de tels actes.

FH : Dans Destructions, on avance petit à petit dans le noir. Là vous parlez de plus sanglant dans votre projet, est-ce une envie profonde de vous rendre petit à petit dans le noir de l’âme humaine ?

L’auteur : Je ne sais pas si je saurai le faire ça.

FH : Moi je pense que si, que vous êtes bien partis.

L’auteur : Je suis bien parti ?

FH : Parce que vous avez cette envie de creuser plus justement, plus de sang, plus de douleur.

L’auteur : Je me fais avoir un peu, peut-être…Hier soir, je me disais finalement je me fais avoir, parce que ce que je viens de dire voilà c’est marrant et tout ça, en fait c’est pas vrai parce que ce que je faisais hier soir je me disais finalement, je repars sur des considérations qui sont, je vais dire un peu un gros mot, qui sont psychologiques quoi, sur mon personnage et c’est pas ça que je voulais faire mais je le fais quand même en me disant tiens là ça m’intéresse, c’est un personnage du truc, de creuser celle-là, comment je la vois, qu’est ce que c’est que ses déceptions ou ses rêves cachés qu’elle ne peut pas réaliser.
Je repartais la dessus. C’est vu, ça restera-là en état pour l’instant parce que l’on ne maitrise pas tout. Quand on fait un coup de pinceau, on fait un coup de pinceau, ce n’est pas toujours ce que l’on veut et puis c’est bien quand même. Donc, peut-être en surface je vais m’amuser et puis dans le fonds…

FH : Travaillez-vous sur un prochain projet ? Si oui, peut-on avoir un indice ?

L’auteur : Maintenant, je ne sais pas comment cela va se faire, ça c’est trop tôt pour en parler mais il y aura quand même quelque chose par rapport à notre époque d’aujourd’hui sur des différences sociales, des choses comme ça, de la survie… Le personnage principal est une femme. Ca change quoi ?

FH : On a pas toujours la même façon de penser, d’appréhender les choses, etc. donc cela peut être intéressant de voir un homme se mettre dans la peau d’une femme justement, de lire ça.

L’auteur : Oui j’aurai besoin de gens qui vont passer derrière en disant ça va pas du tout ton truc.

FH : Je pense. 

L’auteur : L’idée c’est de s’amuser.

FH : Vous parlez de vous mettre dans la peau d’une femme mais justement comment faîtes-vous ? Comment vous-voyez la chose ?

L’auteur : Mais je ne sais pas !

Jimmy : Il se travestit.

FH : Vous travestir ?

Jimmy : Tootsie avec Dustin Huffman tu vois, il s’inspire de Tootsie, Mme Doubfire…

L’auteur : Non.

Merci à Francis Campagne pour cet échange et au marais du livre pour l’accueil. Un bon moment où nous avons appris plein de choses intéressantes dans cette découverte totale de l’auteur pour Jimmy et moi et où nous avons bien ri aussi. 

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