Sinestra – Armelle Carbonel

Le livre : Sinestra d’Armelle Carbonel – Paru le 08 novembre 2018 aux éditions Ring dans la collection Ring Noir . 19.95 € ; ( 390 pages) ; 14x 22 cm

4ème de couverture :

Suisse 1942.

Le Val Sinestra, refuse isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux.

Surnommée la ‘nécromancière’, Armelle Carbonel est avec son style viscéral et son extrême maîtrise du suspense en huis clos, l’une des voix les plus captivantes du thriller contemporain. Récompensée à onze reprises, experte en manipulation et rebondissements, la nouvelle référence française du thriller psychologique entraîne le lecteur au coeur d’une véritable symphonie paranoïaque, dont l’intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller.

L’auteur : Armelle Carbonel est une jeune auteure née en 1975 à Paris. C’est dès l’âge de huit ans qu’elle commence par écrire des poèmes, puis viendra roman fantastique et pièce de théâtre. Le thriller va suivre rapidement, exutoire de ses propres démons et blessures d’enfance. La Nécromancière était née…

 

 

Extraits :
« Il lui arrivait parfois d’entendre les cloisons craquer. Il observait alors la pression qu’exerçaient les murs pour se rapprocher. On les aurait crus sur le point de resserrer dans le but de compacter sa carcasse de gringalet entre quatre planches minuscules qui l’empêchaient de respirer »
« Chacune d’elles tentait indépendamment de donner un sens à l’inconcevable. Aucune d’elle ne quitterait cet enfer pour un autre. Pas sans mettre un nom sur le changement qui s’opérait à l’intérieur, dans la tristesse et la douleur. Personne pour leur expliquer la mue de l’enfance à la conscience adulte, cette membrane fragile rongée par l’acidité de la vie »
« Un centre expérimental conçu en plein chaos, un sous-sol rempli de bocaux exposés en guise de trophées. Des membres sciés, des cranes chauves désolidarisés de leurs corps minuscules. Des répliques macabres recouvertes par des poussières d’années. »

La Kronik d’Eppy Fanny

 

SINESTRA d’Armelle CARBONEL aux Éditions RING

ISBN 979-10-91447-89-8

 

L’histoire : 1942 – Une poignée d’exilés fuit les horreurs de la guerre et la France pour trouver refuge en Suisse, au cœur des Grisons.

A l’arrivée, il restera, du convoi initial, un vieil homme au bout de sa vie, secoué par des quintes de toux, Valère l’orphelin, Ana la jeune aveugle et sa mère Klara.

Extrait page 14 :

« Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d’amour, jusqu’à ce que l’haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l’innocence perdue.

Alors, Ana sut que maman s’était trompée.

Le Mal ne connaissait pas la frontière.

Il était la frontière. »

Dix-neuf résidents occupent déjà le Val, ainsi que Guillon, leur hôte, et Le docteur.

Valère, au fil du voyage, est devenu les yeux d’Ana.

De Guillon il lui dira : « C’est un drôle de bonhomme. Il a le sourire dans les yeux et la fringale sur l’menton. »

Du Val Sinestra, il indiquera : « On dirait plutôt un vieux château hanté… »

D’Arthur, l’un des résidents, il murmurera, à la question « à quoi il ressemble » : « A un bon garçon qu’a le vice au mauvais endroit. »

  • Ana a perdu la vue lorsque son père a été assassiné sous ses yeux par un soldat allemand. Le choc sans doute. Klara est surprotectrice avec sa fille. Ana doit garder leur lourd secret. Sinon elles finiront au bûcher. C’est maman qui l’a dit !

  • Valère est le seul survivant de sa famille qu’il a retrouvé assassinée car sa mère a refusé de dénoncer des juifs. Sa survie il la doit à un soldat ennemi. Sa haine, profonde, va à tous les juifs qu’il tient pour responsables de son malheur.

  • Le vieil homme est mutique. Personne ne connaît son nom.

Les voilà eux aussi dans les murs du Val Sinestra. Un lieu qui a une âme, qui se nourrit de la souffrance qui imbibe ses murs depuis si longtemps.

Extrait page 36 :

«  Il suffisait de substituer une seule lettre pour me révéler tel que le monde m’avait forgé.

J’étais le Mal Sinestra. »

A peine arrivés, voilà que la violence qu’ils fuyaient les rattrape. La mère de Colette, l’une des fillettes qui vit là, est retrouvée morte. Rose n’est plus. Elle semble s’être suicidée. Mais si Colette, fillette violente et bizarre avait tué sa mère ?

Le Val renferme tant de secrets.

Lui qui avant la guerre servait d’abri aux couples illégitimes dont les relations avaient des conséquences. Des enfants naissaient. Des enfants mourraient. De plus en plus. Et Guillon et ses pinceaux immortalisaient ces enfants morts. Les murs supportaient un nombre important de ces tableaux morbides. Le Val Sinestra était fier de ses parures.

Aujourd’hui il y a tous ces enfants avec leurs failles qui vivent dans ses murs.

Ana et sa cécité, Valère qui préfère les garçons, Arthur qui n’arrive pas à dormir, Colette dont l’une de ses mains, en toute autonomie, ne sait délivrer que de la souffrance. Ces quatre-là vont devenir amis. Une amitié improbable. Les autres enfants ont eux aussi des pathologies diverses.

Guillon et le Docteur sont là pour les aider. A leur façon.

Mais la violence est omniprésente au Val. Les quatre ravitailleurs dont ils dépendent pour se nourrir réclament leur dû à chaque visite. Ils sont la terreur des femmes. Une d’elle sert systématiquement de paiement. Elle n’est plus qu’un morceau de viande à leur merci, dont ils usent et abusent avec violence.

L’explication au suicide de Rose ?

Guillon laisse faire. Il n’a pas d’autres choix. Ce qui importe ce sont les expériences tentées sur les enfants avec ce bon Docteur. Tant mieux si elles les soignent. Sinon… ça n’a pas grande importance. Arthur va faire les frais de leurs délires et vivre un calvaire sans nom dans ces sous-sols où les fœtus flottent dans des bocaux, leurs organes prélevés au nom de la science, de la folie.

Puis il y a Ana. Si belle, si douce, Guillon ne peut s’empêcher de la toucher…

Le vieil homme, pas si mutique, pas si mourant, tente de veiller au mieux sur les enfants, telle une ombre. Mais que peut-il, seul, face au Mal qui rôde ?

Le Val Sinestra l’exprime mieux que moi.

Extrait page 119 :

«  J’aurais dû les dissuader, pauvres petits !

Oui, j’aurais pu. Par quelques courants d’air plus effrayants que les précédents ou les craquements sinistres de ma charpente.

Mais j’aurais vécu dans le déni de ma nature véritable.

Car ma nature n’épargnait pas les âmes innocentes.

Elle les détruisait. »

Les mères vont tenter de fuir ces lieux où on leur a pris leur dignité en menaçant leurs enfants pour qu’elles plient. Quittent à abandonner les orphelins. Leurs priorités ce sont leurs enfants.

Hélas on n’échappe pas à son destin.

On n’abandonne pas le Val Sinestra.

Le bûcher tant redouté va flamboyer dans la nuit.

On n’abandonne pas le fantôme malveillant qui rôde.

Valère se souviendra de ce visage aperçu. Trop tard.

Le monstre les aura rattrapés et avalés…

Une fois encore Armelle nous offre un récit d’une noirceur étouffante.

La folie humaine y galope à loisir et détruit tout.

Point d’innocence ici.

Juste les plus bas instincts qui s’expriment dans un lieu anxiogène, personnage à part entière, qui se nourrit du malheur qui suinte de chacune de ses pierres.

Du grand Armelle ! A lire sans faute.

En revanche âmes sensibles s’abstenir.

26 réflexions sur “Sinestra – Armelle Carbonel

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