Lëd, Caryl Férey

le livre : Lëd de Caryl Férey. Paru le 14 janvier 2021 aux aux Éditions Les arènes dans la collection Equinox. 22€90.  (523 p.) ; 22 x 16 cm

4e de couv :

Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.

Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.

Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.

Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

Lëd (« glace » en russe) est une immersion dans une Russie de tous les extrêmes.
Caryl Férey au sommet de son art.

L’auteur : Caryl Férey est né à Caen le 01 juin 1967. Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français. Il a grandi en Bretagne après que sa famille se fut installée à Montfort-sur-Meu près de Rennes en 1974.Grand voyageur, il a parcouru l’Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard.
En 1994 paraît chez Balle d’Argent son premier roman « Avec un ange sur les yeux ». Il sort la même année son premier polar, « Delicta Mortalia : péché mortel », puis quatre ans plus tard le très remarqué « Haka » (1998).
Il écrit aussi pour les enfants, pour des musiciens, le théâtre et la radio. Il se consacre aujourd’hui entièrement à la littérature.
Il a obtenu le Prix SNCF du polar 2006 pour « Utu » (2004) et le Grand prix de littérature policière 2008, le Prix Mystère de la critique 2009 et le prix Jean Amila au Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale d’Arras 2009 pour « Zulu » (2008).
En 2013, « Zulu » est adapté au cinéma, réalisé par Jérôme Salle d’après le roman homonyme, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker.
« Mapuche » (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012 ainsi que le Prix Ténébris en 2013.
En 2015, il est le parrain de la 11e édition du salon Lire en Poche.
Condor est paru en mars 2016 ,Plus jamais seul est paru en février 2018, Paz en octobre 2019, Lëd en 2020 aux éditions les arènes.
Extraits :
« Nikita aimait ce qui était grand , bolchoï, comme le fameux théâtre : ici, on ne buvait pas « un petit coup », ou on ne fumait pas de « petite cigarette », au petit froid d’un petit jour, pas de bonjour, de merci, de formules de politesse à la noix, on préférait les anecdoty, les blagues, salaces plutôt que pudibondes, parler cœur à cœur plutôt que de la météo, les confidences ou pleurer avec d’autres écorchés quand on était soûl. L’excès russe fait homme. »
« Positiver la souffrance, moteur à explosion de la fierté russe. L’alcool fort participait à l’effort de la guerre intestine. Le nom venait de vada, eau, présent dans tous les rituels et contes de son enfance, élément dont le diminutif « petite eau » donnait vodka, la potion euphorisante éminemment slave qu’on accompagnait de vœux rituels. »
« La coupe la rendait plus femme, avec sa frange courte et les petites mèches rebelles en apostrophe qui accrochaient ses joues, dégageait les traits de son visage, le pétillant de ses iris, sa bouche rose avide… Gleb se fichait de ses habits au design unique au monde, de son corps gainé qui n’était plus celui d’une gamine : sa nouvelle coiffure lui clouerait le bec. Il s’en taperait la paume sur le front, se traiterait de nul, de minable, d’aveugle total devant ce qui pourtant crevait les yeux des épouvantails, du ciel même ! Il regretterait jusqu’au tombeau une occasion pareille qui n’avait jamais servi, il fallait avoir perdu le sens de la roue ! Enfin, dans sa grande bonté, après bientôt dix ans d’attente, Dasha lui pardonnerait ses étourderies. Car elle était comme ça, pas rancunière, offerte au vent, amoureuse, on commençait à le savoir – sauf lui… »

La Kronik d’Eppy Fanny

LËd de Caryl FEREY aux Éditions EQUINOX – Les arènes

ISBN 979-10-375-0278-0

 

L’histoire : La Sibérie, un lieu dur pour l’homme. On comprend pourquoi des camps de « rééducation » y virent le jour à une époque où il ne fallait pas que le peuple soviétique pense trop fort. Époque révolue ?

Sous Poutine non plus il ne fait pas bon être différents, dans ses amours, dans ses choix de combats. La corruption est partout et les accidents vite arrivés.

Une ville, Norilsk, la plus au nord de la Sibérie. La plus polluée. Un sol trop gelé pour offrir des fondations aux constructions : les gostinka, foyers de travailleurs construits lorsque la ville a grandi, ne sont plus que des carcasses vides, hors exceptions, qui abritent encore ceux qui sont nés là et n’ont pas d’autres horizons.

Puis des barres d’immeubles, qui eux aussi présentent des failles de construction. Des logements minuscules. Un univers gris, enseveli sous la neige et la glace et balayé par les vents.

L’économie repose sur les mines de nickel-cuivre-palladium. Raison de la pollution titanesque.

Extrait page 31 :
« Cent mille hectares de toundra avaient disparu, brûlés par les pluies acides autour de la ville, dans la rue les gens se cachaient le visage ou se ruaient dans les entrées d’immeubles lorsqu’un nuage toxique surgissait on ne savait d’où. »

A une autre époque, pas si lointaine, Le goulag de Norillag a fourni de la main d’œuvre gratuite aux mines et aux emplois connexes.

Extrait partiel page 290 :
« Norillag … comptait près de soixante-dix mille prisonniers dans les années 1950… Les zeks de Norilsk étaient utilisés principalement dans les mines et les usines de transformation… Un empire bâti sur l’esclavage. »

Gleb et Nikkita sont mineurs. Ils vivent là. Au milieu de cet enfer sur terre.

Sur leur temps libre, l’un est photographe, l’autre poète. Ils s’aiment, mais doivent le cacher. Car l’homosexualité n‘est pas acceptée sur les terres rudes de Sibérie.

Un soir de tempête, alors que le vent fait s’envoler un toit voisin, envol immortalisé par le Canon de Gleb, un cadavre glisse au sol avec le morceau du toit. Gleb, Ada (appelle-moi « Dasha ») une voisine de toujours, et un chauffeur de taxi font la macabre découverte.

L’affaire est confiée à Boris, un flic arrivé à Norilsk car trop intègre. Une enquête précédente, alors qu’il était en poste à Irkoutsk, et qui impliquait du beau monde, dont son supérieur, lui a valu ce bannissement. Un point positif à cette punition : il a trouvé l’amour et une femme. Une fée au milieu de l’enfer. Une femme dont les poumons ne valent plus rien. Foutue pollution. Il doit trouver une solution pour la faire soigner, loin de cette ville où l’espérance de vie est aussi courte que la vue les soirs de tempêtes.

Avec l’aide de Léna, seule femme légiste du coin, Boris va tenter de découvrir les raisons de la mort et l’identité du cadavre.

Examens faits, avec les petits moyens à sa disposition, Léna est en mesure de confirmer qu’il s’agit d’un homicide. La date ? Avec des températures à -60°, impossible à déterminer. Pour l’identité mystère. Seule certitude il s’agit d’un Nenets*. Les vêtements du mort en témoignent.

Qu’est-ce qu’un éleveur de rennes est venu faire à Norilsk, et plus particulièrement sur un toit ? Et surtout, comment est-il arrivé là ? Pas de trace de moyen de transport !

Le flic, à qui tout le monde ment, va avoir du mal à progresser dans son enquête. Personne n’aime la police.

Gleb a son secret à préserver. Coûte que coûte.

Dasha est en quête de son identité. Sa grand-mère, dernier pilier de sa vie est morte récemment, sa mère morte aussi, depuis longtemps. Une famille de femmes. Puis il y a les soirées où elle pratique la pole dance. Elle la pudique, alors oublie tout.

Le chauffeur de taxi, Sakir, l’ancien soldat, lui le cul-noir, le basané, sait qu’il doit faire profil bas. Il a, pour seules compagnies, un magnifique chien, un alabaï tueur de loup, et ses fantasmes. Les seules choses qui le retiennent encore à la vie.

Sacha, le mari de la légiste, travaille lui aussi à la mine. La mine nourricière. La mine empoisonneuse… Il fait de la musique et pratique, pour se défouler, un sport de combat très viril. Il est ami avec Gleb et Nikkita. Lui qui aime tant à dire qu’il n’est pas un pédé.

Ils se connaissent tous, fréquentent les mêmes bars. Un microcosme uni.

Boris, pour avancer dans son enquête, va s’appuyer sur Gleb, ses photos, ses contacts chez les Nenets, son ex fiancée fervente écolo. C’est qu’il est tenace Boris. Puis il y a son beau-frère, Andreï, chef de la douane à l’aéroport. Lui est là depuis longtemps. Il peut l’aider.

Boris, qui attendait beaucoup de son entretien avec l’ex fiancée de Gleb, va constater son décès. Elle est là, le corps gelé dans une voiture. Elle, la fervente écologique, ne fera plus de tort au consortium minier pollueur. Elle semble avoir été violée. Et là encore, lors des interrogatoires de suspects, des mensonges. Suspects dont Sakir fait partie. Boris sait qu’il a récemment agressé Dasha. Tout l’accable…

Mais un coupable idéal ne fait pas forcément un coupable.

Les morceaux du puzzle vont se mettre en place petit à petit et conduire Boris jusqu’à la vérité. Le mal est profond, le mal est contagieux. Seule la mort peut en délivrer.

Caryl nous offre, une fois de plus, un récit fort.

Il nous transporte dans un lieu où aucun être sensé ne voudrait vivre.

Il nous offre, comme toujours, des personnages attachants, brisés par la vie. Ici, ils survivent dans un environnement qui n’est pas fait pour l’homme. L’homme qui a rendu cet enfer encore plus invivable. Comme si le climat extrême de la Sibérie ne suffisait pas, la pollution est partout. Chaque bouffée respirée est du poison.

Nous découvrons les Nenets* qui tentent de vivre en préservant leurs traditions, alors que leurs terres attirent les spéculateurs. Les sous-sols sont si riches…

Caryl aborde également les horreurs de la guerre d’Afghanistan et l’histoire de la Russie, dont celle du goulag de Norillag.

Et la nostalgie fataliste de l’âme slave plane sur tout ce roman.

Du grand Caryl. A lire absolument.

Les Nenets, sont un peuple nomade (un tiers seulement aujourd’hui) qui constitue la plus importante des 26 ethnies de la Sibérie. Leur activité traditionnelle est l’élevage de rennes qu’ils utilisent comme transport, comme moyen d’habillement, de nourriture, de campement.

11 réflexions sur “Lëd, Caryl Férey

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s