Papote d’auteur, Ge était avec Sandrine Collette

Papote d’auteur, Ge était avec Sandrine Collette

A l’occasion de la sortie de son dernier roman

C’est orage là

mais aussi de la sortie en poche de

« Et toujours les forêts »

Ge c’est entretenu avec Sandrine Collette, une auteure qu’elle admire particulièrement.

Aussi on vous propose de retrouver ci dessous :

L’interview exclusive de Sandrine Collette par notre porte flingue


Papote d’auteur, Ge était avec Sandrine Collette

Ge :  Bonjour Sandrine, Je suis tellement heureuse de t’accueillir pour la première fois sur Collectif Polar. Et merci d’avoir accepté cette interview.

Les lecteurs et lectrices de notre blog le savent, je suis une fan inconditionnelle de ton écriture et de ton œuvre. Mais aujourd’hui j’aimerais que tu te présentes à eux si tu le veux bien.

Sandrine Collette : Merci avant tout pour ton interview ! Je sais que Collectif Polar soutient beaucoup mes romans et cela me touche toujours. C’est un plaisir de pouvoir parler ici.

Pour répondre à ta question, comme la plupart des auteurs, j’écris depuis que je suis enfant. Je n’ai décidé de me lancer dans la course à la publication qu’en 2013 avec Des nœuds d’acier qui est mon premier roman. Ça a été le changement de ma vie : aujourd’hui, j’ai quitté mon métier à l’université et je vis entre forêts et chevaux au fin fond du Morvan. J’ai retapé ma maison moi-même et je n’ai qu’un souhait, ne plus bouger d’ici et passer mon temps à continuer à écrire…

 Ge : Et puis j’aimerais savoir quel est ton rapport aux livres et à la lecture.

Je suis une grande lectrice, je crois que nous commençons tous de cette façon. Les premiers grands bonheurs dont je me souvienne, c’est Le Club des Cinq puis toute la série de L’Etalon noir à la Bibliothèque verte (je les ai toujours !). Je ne peux pas vivre tranquillement sans des piles de livres d’avance autour de moi, j’ai peur de manquer et je ne peux pas m’endormir le soir si je n’ai pas un livre entre les mains. Je suis aussi un tout petit peu maniaque : je ne prête mes livres qu’aux personnes qui en prennent soin. J’ai horreur qu’on me les rende abîmés et je vais les racheter si c’est le cas. Bref, les livres sont essentiels pour moi, il y a une joie immense à lire un roman en se disant après qu’on aurait rêvé l’écrire soi-même tellement il nous a plu.

Ge :  Sandrine Collette, tu as commencé par un livre choc, une histoire brutale. « Les nœuds d’acier ». Comment aujourd’hui au bout de 9 romans tu ressens ce premier roman.

J’ai l’impression que c’était il y a un siècle. Je ne l’ai jamais relu mais aujourd’hui, j’ai oublié plein de détails que les lecteurs que rappellent lors des rencontres en librairie ou en médiathèque, c’est drôle. Je crois que j’avais une fascination pour la violence qui explique en effet la brutalité de ce premier roman qui a beaucoup plu aux fans de thriller. Il a forcément une place à part puisque c’est lui qui m’a lancée et m’a permis de continuer sur cette voie. Ensuite, le naturel est revenu peu à peu : des thèmes toujours sombres mais davantage de finesse, je crois.

 

Ge : Alors si je peux te rassurer, il y avait déjà beaucoup de finesse dans ton écriture des Noeuds d’acier. 

Et si je le qualifie de « Brutal » c’est parce qu’il nous a beaucoup bousculés

 Dans chacun de tes romans on retrouve la nature, mais aussi les animaux. Toi qui retranscris si bien les sentiments humains, quelle place prend cette nature dans ta vie. Quels rapports as-tu avec elle.

Je vis d’une manière très fusionnelle avec la nature. Depuis quelques années, j’ai l’impression de souffrir avec elle tous ces étés sans eau, d’implorer le ciel obstinément bleu. L’hiver, j’écoute les rivières qui débordent, j’épie les premières fleurs qui annoncent le printemps, perce-neige et petits crocus. Il est impensable pour moi de passer une journée sans sortir : j’ai besoin de respirer cet air libre, de le sentir physiquement, d’ancrer mes pieds dans le sol. La force de la nature est immense et fragile à la fois. Je crois que la plus belle chose pour moi, c’est de ne pas me lasser et de me dire encore aujourd’hui, chaque matin : qu’est-ce que c’est beau.

 Si tu le veux bien passons à ton actualité. Ton dernier roman et la publication en poche du précédent.

 « Et toujours la forêt » qui est un livre global. Tu imagines une fin du monde. Mais aussi un après le cataclysme. Est-ce l’urgence climatique qui t’a fait écrire ce roman ? Et pourquoi ce roman à ce moment-là ?

C’est l’urgence climatique à une minuscule échelle : celle vue de mon jardin et des forêts du Morvan. Ramené au monde, on pourrait dire que j’ai des œillères mais il me semble au contraire que faire l’expérience concrètement, intérieurement, quotidiennement de ce changement climatique est la meilleure façon d’en prendre la mesure. Autrement dit, les choses ont changé. Je parle en termes de quantité de neige l’hiver (négligeable), d’intensité et de durée du froid, de pluie et de régénération des sources, de la petite faune qui se modifie lentement et notamment les insectes. Il y a eu une première saison où des mantes religieuses sont apparues alors qu’elles vivent bien plus au sud. Mais au sud, il fait trop chaud : alors, elles remontent. Chaque année maintenant, il y a des mantes religieuses chez moi. C’est ça, le début de « Et toujours les Forêts » …

Ces orages là, ton dernier roman n’est pas facile à résumer. C’est l’histoire de Clémence, la renaissance de Clémence. Clémence a une relation toxique avec Thomas et elle arrive à le quitter. Et c’est là que commence ton histoire.

Pourquoi commencer ton histoire par la fin en somme, la fin de « l’histoire d’amour » de ton héroïne.

Je commence mon histoire à ce moment-là justement parce qu’on pense que c’est la fin et qu’on se trompe : quand une femme sous emprise arrive à quitter son « bourreau », c’est la fin de cette histoire qui n’est plus d’amour, mais c’est aussi le début de l’histoire d’après. On pense trop facilement qu’une fois partie, une femme est sauvée. Or l’après est parfois encore plus douloureux (c’est pour cela que beaucoup d’entre elles retournent auprès de ces hommes qui les ont fait tant souffrir et qui vont continuer à la faire). Ce qui m’intéresse, c’est d’aller au-delà des évidences, et l’évidence, c’est que Clémence est partie et qu’elle devrait être ivre de liberté et de joie. Il n’en est rien…

Comment t’es venue cette histoire ? Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Ce n’est pas ce sujet à proprement parler que je voulais traiter. J’avais une histoire en suspens, quelque chose qui parlait davantage d’attente que d’emprise, mais le roman bloquait dans ma tête, je ne trouvais pas la bonne approche. Et puis pendant le 1er confinement Covid, j’ai entendu l’explosion des violences intrafamiliales et cela a sans doute été le déclic. Mais encore une fois, ce n’est pas un livre sur les violences faites aux femmes. Il me semble qu’est avant tout un livre sur la reconstruction, sa possibilité, le prix à payer.

 Tu commences ton roman par un épilogue qui nous laisse pantelants, ce n’est pas la première fois que tu utilises ce procédé narratif, je me souviens de celui d’ « Un vent de cendre » qui était lui aussi terrible. En quoi ces épilogues t’aident-il à écrire l’histoire qui suit.

Ils ne m’aident pas parce qu’en général, je les ajoute à la fin. C’est un peu comme quand on nous disait en français ou en philo qu’une introduction s’écrit à la fin parce qu’elle a alors toutes les chances de correspondre exactement au développement que nous avons fait. Dans « Ces orages-là », j’ai eu envie de dynamiser le début du roman, de happer le lecteur avec quelque chose de terrible, quelque chose qui reste en suspens tout le long du roman, jusqu’à ce que nous en ayons l’explication. Donc cela ne m’aide pas à écrire la suite : cela m’aide à piéger le lecteur.

Tu dis de toi que tu n’es pas bonne dans les bons sentiments. Tu peux nous raconter ce qui te fait dire ça ?

Tout simplement le fait que je n’arrive pas à écrire un « joli » roman. Comme j’aime faire des choses différentes, j’ai essayé d’écrire un texte beaucoup plus léger, presque un feel good book, à l’opposé complet de ce que je publie. C’est terrible parce que soit les idées me manquent, soit j’en trouve une et je me rends compte qu’elle vire au noir au bout de quelques chapitres. Je ne me résigne pas mais je me dis que c’est ma part d’ombre qui parle.

 

Mais alors as-tu conscience des émotions que tu provoques et procures à travers tes histoires qui sont très fortes ?

Je crois que oui, pour la bonne raison que je les ressens moi-même en écrivant. C’est d’ailleurs la condition sine qua non pour moi : écrire n’est pas un acte intellectuel mais un acte instinctif, émotionnel. Je ne mets pas des mots sur des concepts mais sur des images et des sentiments, il faut que ça vibre, il faut qu’on ait l’histoire sur les pages mais aussi dans les yeux, qu’on rentre dedans. On dit parfois que mon écriture est très visuelle, voire cinématographique, et je pense que cela vient de cette posture. Les mots, d’après moi, ne sont pas que des mots : c’est de la chair, de la peur, de la joie.

Dis-moi Sandrine, comment parviens-tu non pas à susciter la peur mais à réveiller des peurs déjà présentes en nous, des peurs primales tapies dans notre cerveau reptilien.

Ah cela m’intéresse beaucoup ce que tu dis là, parce que c’est exactement ça. Je n’invente rien, j’utilise ce qui est à ma disposition. C’est peut-être parce que nous reconnaissons ces peurs qu’elles nous touchent : elles ne nous sont pas étrangères, elles nous rappellent quelque chose. C’est un peu comme notre incroyable intérêt pour la météo (même si cette théorie ne fait pas l’unanimité) : cela viendrait de notre cerveau reptilien et des temps reculés où le climat pouvait être une question de vie ou de mort, par exemple à la préhistoire ; cette vigilance serait restée dans notre cerveau et se manifesterait de manière plus apaisée par notre constance à regarder les prévisions météo ou à commenter le temps qu’il a fait, celui qu’il fait et celui qu’il fera. J’essaie de faire émerger des sensations, des émotions enfouies mais qui nous sont pourtant parfaitement proches.

Enfin Sandrine…Peut-on dire que le noir te va si bien ?

Si ce n’est pas le noir en tant que genre strict, en tant qu’étiquette, il me semble qu’en effet j’aurais du mal à soutenir que mes romans sont autres. Je préfère le terme « sombre » qui est moins clivant. Ecrire des romans sombres, voilà qui me plaît bien.

Je suis d’accord avec toi, tu n’écris pas que des romans noirs. Tu écris de la littérature noire, sombre.  Et là non plus ce n’est pas clivant. Car personnellement je pense que cette littérature est la plus aboutie car  c’est elle qui reflète le mieux notre monde, celui passé, celui présent et celui à venir.

Tu n’es pas d’accord avec moi ? Et Dis moi ce monde de fou t’inspire-t-il ?

Tout d’accord avec toi… peut-être aussi que nous avons moins de compétence à remarquer les belles choses que celles grises et noires 😉 mais oui, le monde me semble bien sombre. Tu me diras, c’est cette part sombre qui m’inspire, mais pas celle actuelle : soit elle est trop proche, soit elle est trop décevante, je ne sais pas, je ne trouve rien en elle qui permette de mettre un peu de lumière ou de s’évader… alors je continue à regarder à côté ! De toute façon, les histoires peuvent bien différer, l’âme humaine ne change pas beaucoup, elle. 

26 réflexions sur “Papote d’auteur, Ge était avec Sandrine Collette

  1. Voilà qui confirme tout ce qui transparaît dans son écriture ! Et je vois que je ne suis pas la seule à racheter des livres quand on me les rend abîmés ! Un jour, ma marraine m’a demandé de lui prêter un de mes livres dédicacé… j’ai préféré lui en offrir un neuf ! Il n’y a que ma binomette qui peut emprunter mes dédicacés 😁

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  2. Passionnante cette interview de Sandrine Collette par tes soins Geneviève ! Je te rejoins, c’est une auteure qui écrit des romans sombres qui en disent long sur notre monde passé, présent et futur. « Et toujours les forêts » a été une claque monumentale. Je lirais son nouveau livre c’est une certitude. Bises bretonnes ensoleillées Geneviève 😊

    Aimé par 1 personne

  3. Merci Gene pour cet interview!!! Je suis Sandrine ses débuts, j’ai eu plusieurs fois la chance de la rencontrer et je l’adore!!!! Ces livres sont merveilleusement bien écrits, et les sujets qu’elles traitent me touchent particulièrement.

    Aimé par 2 personnes

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