De soleil et de sang – Jérôme Loubry

De soleil et de sang – Jérôme Loubry. Paru le 2 septembre 2020 chez Calmann-Levy dans la collection Calmann-Levy Noir.  19€90. (392 p.) ; 22 x 14 cm

4e de couv

Dans ce quartier chic de Port-au-Prince s’élèvent de belles demeures de pierre entourées de palmiers, de flamboyants et d’arbres orchidées, C’est là que, pour la deuxième fois en une semaine, un couple est retrouvé assassiné dans sa chambre, Deux corps mutilés gisant au pied du lit conjugal. La presse titre déjà sur une série de « crimes vaudous ».

Pourtant l’inspecteur Simon Bélage refuse de tomber dans la superstition. Sur cette île, la corruption et le trafic d’enfants font plus de ravages que le terrible Baron Samedi, le dieu des morts. Simon sait avec certitude que ces crimes sont l’oeuvre d’un être de chair et de sang. Et tous les indices convergent vers un orphelinat fermé depuis près de vingt ans, surnommé la « Tombe joyeuse ».

Mais Simon devrait prendre garde. En Haïti, ignorer les avertissements des esprits, qu’ils soient vrais ou faux, peut se révéler dangereux…

 

L’auteur : Né en 1976, Jérôme Loubry a publié chez Calmann-Lévy Les Chiens de Détroit, Prix Plume libre d’Argent 2018, suivi du Douzième Chapitre, « un polar complètement dingue, angoissant, terriblement prenant » selon Le Parisien. Son troisième roman, Les Refuges, a remporté le Prix Cognac du meilleur roman francophone 2019 et le Grand Prix de l’Iris Noir Bruxelles 2019.

 

Extrait :
— Merde, souffla l’inspecteur en découvrant les deux cadavres assis sur le sol, adossés contre la structure en bois massif du lit.
La moquette était imbibée de sang. Une flaque pourpre s’étendait jusqu’à la porte et auréolait l’ombre des victimes. La disposition des corps était scrupuleusement identique à celle de la semaine passée. L’homme à gauche, son pantalon de pyjama sur les chevilles, la femme à sa droite. La tête de la femme, tournée vers l’entrée, semblait les fixer en tendant les deux piques en acier vers eux en une sorte de prolongement métallique de son regard. Malgré la climatisation et la relative fraîcheur des cadavres, une odeur nauséabonde imprégnait déjà l’endroit.
— Paul et Marie Devaucoux. Cinquante-six et cinquante-deux ans. Couple de Canadiens ayant fait fortune dans l’exportation de café et de bananes, récita Manus en lisant des notes sur son carnet. Pas d’enfants.
— Riches, blancs et morts, résuma Simon.
Il s’accroupit face aux victimes en évitant soigneusement la frontière dessinée par l’étendue de sang. Les mains du mari, contenant l’une sa langue et l’autre son pénis, avaient été disposées à l’extrémité de ses moignons, ballant le long de ses cuisses telles les pièces inutiles d’un mannequin démembré. Du sang avait coulé des orbites de sa femme, sinuant sur ses joues telles des larmes de Rimmel pourpre. Ses mains gisaient entre ses jambes découvertes, doigts pointés vers l’orifice.
Un parfait copier-coller, jugea l’inspecteur en chef.
Des mouches prises au piège dans le plasma refroidi luttaient pour s’en extraire. D’autres avaient abandonné depuis bien longtemps et gisaient, immobiles, repues de morts pour l’éternité.
— Tu as prévenu la scientifique ? s’enquit Simon.
— Oui, je les ai appelés juste après vous.
L’inspecteur regarda sa montre puis se redressa :
— Cela nous laisse un peu de temps, soupira-t-il en se déplaçant le long du mur de la chambre. Aide-moi. S’il s’agit du même meurtrier, il doit l’avoir laissé quelque part.

Le petit avis de Kris

 

En 2010, avant le séisme, l’inspecteur Simon Bélage se rend sur une scène de crime dans un quartier de Port-au-Prince. Un couple de Canadiens a été retrouvé, les mains, les yeux et le sexe mutilés. A côté d’eux se trouve un origami en forme de cercueil. Un meurtre similaire a été commis une semaine plus tôt et Simon découvre que les victimes sont liées à un orphelinat fermé vingt ans plus tôt.
Jérôme Loubry à le don de raconter des histoires mais surtout de les raconter bien !
Ses héros sont attachants même, et surtout, parce qu’ entraînés malgré eux dans des situations tragiques.
Le lieu, Haïti, n’est pas étranger au mystère qui entoure cet orphelinat et à la tension qui s’installe au fur et a mesure des pages.
De nouveau une belle réussite que ce 4 ème opus qui ne vous laissera pas indifférents, j’en suis sûre.

24 réflexions sur “De soleil et de sang – Jérôme Loubry

  1. Je viens d’écrire un long commentaire quia disparu. Je râle sec. C’est mon quatrième livre de cet auteur et j’en dirai davantage plus tard. Je le conseille vivement. A s’accrocher. En changeant de sujet il m’a beaucoup surprise entre vaudou pour une explication très soigneuse des habitants de Tahiti qui vivent imprégnés de cette culture et l’association des enfants d’un pensionnat où il est parvenu à me surprendre par son style, ses descriptions. Du vitrail, j’en retiens qu’il peut-être si poétique. Dans ces autres livres cette touche se retrouve également. La ville de Détroit qui devient le sujet déserté par la population et avec laquelle il ira jusqu’à me faire aimer ces promenades de parses descriptions si vivante. La ville est morte, il l’a ressuscite par les mots.
    Les refuges, autre sujet si surprenant. Dans ce livre, il prend un pensionnat abandonné et le réveille pour en raconter l’histoire, ceci intimement lié avec la culture du vaudou. Pas que. Il y a fort dans son histoire terrible. J’ai sincèrement grimacé pour le sujet abordé. Le temps s’écoulera jusqu’au jour du tremblement de terre qui n’est pas la finalité de l’histoire. Il intègre cet événement,séisme naturel, dans le séisme de tous les personnages. Je n’ai pas regretté la lecture, même si au cours de certaines pages, mon cœur s’est retourné.
    Je laisse la surprise de la lecture et remercie l’auteur de m’avoir autant surprise par ce sujet si improbable. Pas moyen de lâcher le livre jusqu’à la fin, pour savoir ce qu’il advient.
    Merci de m’avoir lue. Bises dame Gene.
    Geneviève

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