Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? Saison 2 Episode 1

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Saison 2 Episode 1

 

Et si on leur donnait la parole ? S02E01

Par Nick Gardel

 

Bonjour, il fallait bien quelqu’un pour inaugurer cette deuxième saison. Et comme il ne s’agit de ne jamais faire comme tout le monde, on va en recevoir du beau. Du beau monde, je veux dire. Mais je ne suis pas là pour m’écouter parler ou me lire écrire. Aujourd’hui je reçois… Je reçois qui en fait ? Je vous laisse vous présenter.

Ben…faudrait d’abord savoir à qui tu t’adresses mon gars, parce que le Roy il n’a pas fait dans le low-cost côté personnage. Il serait même plutôt dans l’excédentaire. D’abord il y a moi, Freeman, le vieil ex-flic noir buté et têtu de Brooklyn, à la recherche de sa fille Lou kidnappée quinze ans plus tôt. Tous les autres, ce sont des barrés. Le Hunter qui prend le midnight expess depuis le couloir de la mort. Le Crow, libéré avec dommages et intérêts du même couloir alors que, pour le coup, lui c’est un vrai serial killer. Le Hackman et son dingo de frangin, shérif et tenancier du Double Seven Motel, pire que pire chacun dans leur genre, et c’est peu dire. La doublette du FBI, Marvelias le mini Telly Savalas et Delesteros, les Garcimore de l’opération spéciale. Et puis tu as aussi Marty le junky, Thelma la nympho, la Denise de chez Denise’s, l’adjoint Irako-dépressif du shérif, et la vingtaine de consanguins d’habitants de Pilgrim’s Rest. Alors si tu veux que quelqu’un te réponde, il va falloir choisir mon gars !

L’homme brave qui écrit sur l’homme libre… Ça laisse présager de l’excellent, du pittoresque. Alors toi, par exemple, quels sont tes traits de caractère prépondérants ?

Moi, mon caractère, ça fait un bail qu’il s’est fait effilocher menu menu par la haine mon gars. Il s’est fait laminer, poncer, araser mon caractère. C’est bien simple, aujourd’hui, mon caractère, la disparition de Lou l’a tellement desséché que tu pourrais le réduire en poudre, le rouler dans de l’OCB, et t’en faire un joint. Du genre à t’envoyer planer quinze ans en arrière pour la voir partir avec son boyfriend dans la Camaro rouge que tu lui as offerte pour ses dix-huit ans, vers Scenic Drive, qu’on appelle aujourd’hui Murder Drive justement parce qu’elle n’en est jamais revenue. Je sais que ça ne répond pas à a question mon gars, mais quand tu as perdu ta fille chérie et que tu es sur le point de mettre la main sur celui qui te l’a enlevée, les questions, t’en a rien à battre. Tout ce que tu veux, c’est enfermer ce mec dans le coffre de ta voiture et aller quelque part pour lui faire avouer où est ta Lou chérie. Ou bien son corps. Tu piges, gamin ?

Braverman est un nouveau venu, mais toi, tu es resté combien de temps dans la tête de ton créateur et surtout comment tu as fait pour en arriver là ?

Je ne sais pas comment je suis arrivé dans la tête de Roy Braverman. Faut savoir que Braverman, mon garçon, il est déjà plusieurs à lui tout seul. Patrick Manoukian, Paul Eyghar, Jacques Haret, Ian Manook, va savoir dans quelle tête j’étais avant de me retrouver chez Roy. En plus, ce mec il est pas vraiment étanche. Ça jointe, ça fuite, ça suinte, ça capillarise, ça distille, ça goutte, ça exsude, ça perle, ça extravase, ça stalagtise de l’un à l’autre. Tout ce que je sais c’est qu’à un certain moment j’ai vu comme une opportunité, une lueur devant, avec un gros mongol mastoc qui jouait des coudes pour se barrer. Alors j’ai fait ni une ni deux, j’ai pris son sillage de Gengis Khan qui faisait tout ce qu’il fallait pour sortir. Il a carrément cassé la baraque. Du coup je me suis fait la belle à mon tour, juste derrière un latino, un Brésilien je crois, qui coursait un Français si je me souviens bien. Ils étaient tellement occupés à se tirer la bourre ces deux-là qu’ils ne m’ont pas vu venir. Alors tu vois, je ne sais peut-être pas comment j’y suis arrivé, ni combien de temps j’y suis resté dans la tête de ce flippé des neurones, mais je m’en suis tiré et c’est l’essentiel.

…entre Roy Braverman et nous, c’est je t’aime moi non plus, c’est l’amour vache, mais c’est de l’amour quand même.

Au final, c’est lui qui raconte ou c’est toi qui dictes ?

Hey, attends un peu le pisse-copie, tu les as vraiment lus ses bouquins ? Tu crois vraiment que c’est l’un ou l’autre ? C’est la guerre mon pote, la guerre entre lui et nous. Demande à Yeruldelgger, demande à Haret, demande à Santana. Ce type c’est un tueur. Tu as vu comment il a dessoudé la belle Solongo dans la Mort Nomade ? Ou Da Souza et Haret dans Mato Grosso ? Si tu veux pas passer au ball-trap de Bravernook ou de Manerman mon garçon, il faut que tu te battes page par page, réplique par réplique pour t’imposer. C’est pas la voie du talent avec lui, c’est le Chemin des dames, baïonnette au stylo. Ta place dans ses romans, tu la prends ou tu la perds, mais personne ne te la donne. Surtout pas lui. Ou eux, je ne sais même plus comment faut dire

Ça doit pas faciliter vos rapports…

D’après toi, gamin ? C’est un type qui m’a enfermé des années dans son crâne plus encombré qu’une prison française et, du jour où je me suis enfui, il s’est amusé à me laisser courir sur une page blanche en cherchant à me planter sur place à grands corps de stylo. Le tir de barrage dans les Croix de Bois, à côté, c’est la promenade des Anglais. Je vais te dire, moi et les autres, nous n’attendons qu’une chose, c’est qu’il tombe un jour de sa propre tête sur cette page blanche pour que nous puissions nous occuper de lui comme il le mérite. À moins qu’il y soit déjà, grimé en un de ses personnages, pour nous manipuler encore mieux et nous pousser à nous entretuer…Il en serait bien capable, le salopard !

Si ce n’est déjà fait, c’est surement à l’ordre du jour. Mais il doit bien y avoir quelques instants de repos tout de même. Justement, quand il passe d’une plume à l’autre, ça laisse libre cours à la vie quotidienne. Qu’est-ce que tu fais de ces moments ?

Je regarde dans mon dos, tout le temps. Je surveille mes arrières. Y’a pas de mi-temps dans ce genre de match mon gars. Ce type il est sur le terrain 24/24-7/7-365/365. Ça n’arrête jamais. C’est pas un cerveau qu’il a ce type, c’est une écrémeuse à entourloupe, et crois-moi question emmerdes, il est capable de te sortir la crème de la crème. Et comme en plus il en fait son beurre, il s’applique le salaud ! C’est simple, faut jamais dormir, faut jamais tourner le dos, faut toujours rester aux aguets, parce que quand tu n’es pas dans l’histoire, il teste sur toi toutes les déglingueries qu’il invente pour la prochaine. Et crois-moi, y’a de quoi s’occuper !

Un tel abattage doit bien le conduire à mettre de l’ordre dans son pandémonium. Ça oblige sans doute à pas mal parler pour mettre tout le monde d’accord. J’imagine que vous discutez ensemble.

Lui il essaye, parce que c’est un verbeux, mais nous on sait que c’est que de la tchache. Soi-disant qu’il demande notre avis : Avis de passage, oui ! Convocation avec mise en demeure, c’est tout ce qu’il connaît ce type. « Freeman, viens voir, j’aimerais bien te faire passer à tabac par Hackman et son adjoint, avec un gimmick rigolo sur la boxe ». C’est une question ça ? Avant même que je réponde « va te faire voir », y’a les deux abrutis qui me tombent dessus avec des poings comme des pelleteuses. Non, c’est plutôt entre nous, entre personnages, qu’on essaye de glisser quelques échanges, pas avec lui. Avec Denise par exemple. C’est une finaude la Denise, elle a réussi à l’enfumer le Braverman avec sa tristesse et sa mélancolie dépressive. Du coup elle en a profité de se rapprocher un peu de moi. Physiquement je veux dire. Pendant que le Roy se délectait des frasques de sa Thelma par exemple, il n’a rien vu venir de la tendresse entre Denise et moi. C’est comme ça qu’on échange. Entre nous. Pas avec lui.

Pour une fois, on ne va pas lui laisser le dernier mot. Vas-y Freeman, c’est ton tour.

Je sais pas ce que voulait faire Roy Braverman de cette histoire, mais nous, ses personnages, nous en avons fait un thriller neveux et tendu. Un thriller à la Tarantino avec de vrais morceaux de frères Coen dedans. Alors il faut nous lire, ne serait-ce que pour nous libérer de ce huis-clos en plein blizzard et nous donner une chance d’être dans la suite que s’écrit déjà. Parce que malgré tout ce qu’il nous fait subir, malgré la haine qu’on a pour lui des fois, malgré les coups bas, les saloperies, les twists à vous tordre la tête, entre Roy Braverman et nous, c’est je t’aime moi non plus, c’est l’amour vache, mais c’est de l’amour quand même.

 

Hunter de Roy Braverman c’est ICI

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