Ces orages-là, Sandrine Collette

Le livre : Ces orages-là de Sandrine Collette. Paru le 6 janvier 2021 chez Lattes. 20€. (279 p.) ; 21 x 13 cm

4e de couv : 

C’est une maison petite et laide. Pourtant en y entrant, Clémence n’a vu que le jardin, sa profusion minuscule, un mouchoir de poche grand comme le monde. Au fond, un bassin de pierre, dans lequel nagent quatre poissons rouges et demi.

Quatre et demi, parce que le cinquième est à moitié mangé. Boursouflé, abîmé, meurtri : mais guéri. Clémence l’ a regardé un long moment.

C’est un jardin où même mutilé, on peut vivre.

Clémence s’y est installée. Elle a tout abandonné derrière elle en espérant ne pas laisser de traces. Elle voudrait dresser un mur invisible entre elle et celui qu’elle a quitté, celui auquel elle échappe. Mais il est là tout le temps. Thomas. Et ses orages. Clémence n’est pas partie, elle s’est enfuie.

Avec Ces Orages-là, Sandrine Collette se fait la voix de l’intime et nous offre un roman brut somptueux sur les ravages de l’obsession, servi par cette écriture au cordeau qui la distingue.

 

L’auteur : De Sandrine collette , on ne sait pas grand chose, elle reste très discrète sur sa vie. Elle préfère sans doute que l’on parle de ses livres et elle a bien raison.Sa ndrine Collette est née en 1970. Elle passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan. Aujourd’hui elle se consacre pleinement à l’écriture de ses romans. Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides », qui publia Boileau-Narcejac et Sébastien Japrisot. Il s’agit Des nœuds d’acier, publié en 2013 et qui obtiendra le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne.  Sandrine Collette voulait être palefrenier d’abord parce qu’elle adore les chevaux et puis je voulais être écrivain. Et bien son second vœux est exaucé.
Extrait du prologue  :.
« Il fait nuit.
Nuit des campagnes : noire, épaisse, où la lune sans cesse masquée par les nuages peine à éclaircir les reliefs de la terre – tout en ombres et en lumière.
Une nuit comme il les aime. C’est pour cela qu’il l’a choisie.
Elle, elle court dans les bois. Elle voit mal. Elle devine, plutôt – pourtant elle le connaît, cet endroit. Plusieurs fois, des branches ont giflé son visage et elle a failli tomber en trébuchant sur des racines.
Elle court, elle est à moitié nue. Moitié ?
Il ne lui reste qu’une culotte en soie – et sa montre.
C’est l’été. Il fait chaud.
C’est la peur – son sang est comme glacé à l’intérieur. Et pourtant, elle est en nage. La sueur lui glisse sur le front, perle à ses cils, qu’elle essuie d’un revers de main pour essayer de se repérer au milieu de la forêt.
C’est l’été. Il fait chaud.
C’est la peur – son sang est comme glacé à l’intérieur. Et pourtant, elle est en nage. La sueur lui glisse sur le front, perle à ses cils, qu’elle essuie d’un revers de main pour essayer de se repérer au milieu de la forêt.
Elle entend au-dedans d’elle-même les plaintes étouffées de la panique qui la gagne.
Un coup d’œil ridicule sur sa montre, pour quoi faire ?
Il est presque trois heures, cette nuit-là. Trop long.
Elle a pensé à se rendre, à cesser de fuir. Elle a pensé à s’arrêter et à attendre qu’il arrive. Certaines bêtes le font : tétanisées par l’effort et la panique.
Comme elle.
Rester au milieu de la clairière, là où il la verrait forcément. Là où elle le regardera venir, pas à pas.
Ne plus bouger – que les tremblements. Fermer les yeux.
Mais c’est impossible, elle le sait. Elle sait ce qu’arrêter veut dire
Alors elle s’élance à nouveau, va chercher dans son souffle rauque d’ultimes forces galvanisées par la terreur. Il faut se battre. Il faut aller jusqu’au bout. Sinon, ce sera pire.
Une belle traque. Les mots dansent dans sa tête.
Il l’a crié tout à l’heure, en faisant résonner la nuit : Sauve-toi ! »

Le post-it de Ge

Ces orages-là, Sandrine Collette

Clémence, 30 ans, met fin à une relation toxique qui a duré trois ans. Recluse, sans vraiment amis, ni famille, juste un travail qui la tient debout, elle vit dans une petite maison laissée à l’abandon. Elle doit maintenant résister à la tentation de retourner sous l’emprise de Thomas qu’elle vient de quitter.

Pardon d’avoir mis un peu de temps à mettre des mots sur ceux de Sandrine. Mais comment dire.

J’attends toujours avec impatience le dernier roman de Sandrine Collette, depuis que j’ai découvert son tout premier, Des nœuds d’acier. Et oui je suis fébrile à l’idée de lire une de ces histoires qu’elle nous propose tous les ans depuis quelques années. A chaque fois je me fais cueillir, à chaque fois les mots de Sandrine font mouche, A chaque fois, elle a su se renouveler, nous proposer quelque chose de totalement différent de la fois d’avant.

Avec « ces orages-là » j’ai cru que j’allais replonger dans un thriller écologiste, un peu à la manière de son précédent roman. Surtout que celui-ci a eu un succès retentissant, enfin j’ai envie de dire. Et il aurait été facile pour notre auteure de suivre la voie toute tracée de la reconnaissance. Mais non c’est mal connaitre Sandrine, même si je me suis fait prendre par le titre, c’est orages là, avouait qu’après « Et toujours les forêts » il y avait de quoi se méprendre. Non ici les orages sont d’un tout autre ordre. Mais je ne vous en dirai pas trop pour ne pas divulgâcher le plaisir de votre lecture à venir.

Non ce que je peux vous dire c’est qu’une nouvelle fois Sandrine Collette nous scotche avec son écriture toujours au cordeau. Elle seule sait mettre aussi bien des mots sur nos maux, sur ceux de sa nouvelle héroïne. Sur ceux de tous ses personnages en fait !   Elle n’a pas son pareil pour décrire ma détresse, le vide, la solitude mais aussi la manipulation, l’emprise, la dépossession de soi. Je vous parlais d’écriture tendue, brute amis cette fois Sandrine Collette est allée beaucoup plu loin, elle a asséché son style, elle l’a dépouillé, elle a écrit à l’os comme on dit. Chaque mot résonne, chaque mot à sa place. C’est juste, ça ne souffre d’aucun ajout. C’est totalement viscéral, ça se vit avec les tripes. On vit avec Clémence, on est son obsession, on souffre ses blessures. Sandrine nous prend au piège, elle nous entraine dans ce parfait thriller psychologique, ses mots nous hante. A l’instar de son héroïne on recherche notre souffle, on devient la proie du pervers narcissique qui poursuit Clémence. Notre auteur avec de simples mots nous dit combien il est difficile de se reconstruire après avoir été sous emprise, elle décrit à merveille le processus de conditionnement. Comment il devient impossible d’échapper à son bourreau, quelle fascination il peut avoir sur nous, surtout on il s’agit de la personne que l’on aime.

Sandrine Collette nous offre un nouvelle fois un roman d’une intensité folle. Plongé dans notre lecture nous ne sommes plus qu’émotion. Et ces émotions se bousculent en nous, elles peuvent même être toute à la fois semblables et inverses voire contradictions. Quel merveilleux portrait de femme elle nous propose là !

Alors merci Sandrine, oui une nouvelle fois merci de m’avoir ainsi bousculée, chamboulée, mise en colère, émue, remuée au plus haut point. Merci car tes mots pour décrire les maux de l’humanité, ou même ceux de la planète dans ton précédent roman, sonne toujours avec exactitude. J’aime ton acuité à nous faire voir les choses avec authenticité et finesse. Alors une nouvelle fois bravo car cette première lecture de l’année s’avère être, une nouvelle fois un pur coup de cœur. Un véritable tsunami d’émotions et un coup de foudre littéraire. Rien de moins !!!

 

 

Autres extraits
« Tout se reconstruit, elle le sait. Même après les plus grands combats, et les plus grandes blessures. À voix basse, les paumes serrées l’une contre l’autre, elle murmure son nom pour se redonner une existence. »
 
« La jeune femme se tient dans l’ouverture de la porte-fenêtre, tournée vers l’intérieur de la maison. Elle, au visage fatigué : a ouvert les mains pour sentir l’air entre ses doigts. Un filet. Puis plus rien à nouveau. Un matin de printemps sans vent, dont la lumière lui fait baisser les yeux, à cause du reflet sur la table nacrée – elle n’a pas encore mis de nappe. Elle n’a pas eu le temps d’en acheter une. Il faudra y penser, demain ou après-demain. Ou pas du tout, et elle continuera à cligner des yeux, finalement elle s’en moque. Autour d’elle, dans la pièce remplie de soleil, les cartons empilés. »
« Juste cette maison étroite. Si petite à côté de – oh non, elle ne veut pas comparer, c’est une maison toute simple et il n’y a rien à ajouter, mais au fond d’elle, est-ce que ce n’est pas un peu faux de dire ça, est-ce que ce n’est pas de la honte, c’est cela, n’est-ce pas. Elle, revenue tant d’années en arrière, démunie, dépouillée de tout. Cette maison, il aurait fallu qu’elle soit plus grande, plus belle, il aurait fallu qu’elle soit à elle et pas une location prise à l’arraché »
 
« La joie oui, qui n’ose pas encore se dire, qui n’a pas assez de place. Qui peut comprendre cela ? Il faut être passé par la peur. Celle des lendemains mais – pas la petite peur de merde des lendemains dans la rue ou dans la misère, hein. Pas la peur ordinaire des fins de mois ou du regard des autres, les peurs minables, minuscules, presque risibles. Non : la peur des lendemains tout court. Celle du jour suivant, le jour qui ne se lèvera peut-être pas pour soi, parce qu’on sera clamsé. Voilà. Ça tient en si peu de mots. Et pourtant, l’un après l’autre, chaque jour se lève. La pensée reste cependant, collée au corps et à la tête : cela aurait pu être autrement. Oh, la chance, le sursis. Il s’en faut de si peu. »

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