Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (12)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (12)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ?

Bonjour, c’est un très grand plaisir de vous rencontrer. Traditionnellement nous commençons par une petite présentation. Je vous laisse vous en charger ?

Je m’appelle Emilie Boyer. Je suis née le 22 avril 1976, dans une clinique des Landes, fille unique d’André, ouvrier agricole, et de Roselyne, femme de ménage. Je vis à Begaarts, ville fictive quatre mille deux cents habitants, longues plages de sable fin, surf, soleil, pins, touristes et bars à tapas l’été, solitude, chômage, mort programmée du peu d’industrie locale et désœuvrement l’hiver. Un petit coin de paradis… Dans En douce, je suis une jeune infirmière pleine de rêves de danse, d’amour et de music-hall qui, suite à un accident de voiture au cours duquel je perds une jambe, est contrainte de démissionner. Quatre ans plus tard, je travaille comme ouvrière manutentionnaire dans un chenil de la côte landaise, juchée sur ma prothèse et mes béquilles…

Je suppose que ça a trempé votre caractère… À ce propos et psychologiquement parlant, vous vous décrivez comment ?

Dure au mal et au travail, amoureuse des chiens plus que des hommes, femme « debout », selon l’expression chère à St Exupéry, dos droit et menton relevé, perdue au milieu de la société des hommes, désireuse de vivre pleinement malgré les coups du sort. Je suis une perdante magnifique.

On sent une véritable détermination en vous. Est-ce le fruit d’une longue maturation de la part de votre auteur ? Vous êtes restée combien de temps dans sa tête ?

Huit ans. Le temps que l’histoire autour de moi se mette en place, que les différents déclics opèrent pour que je prenne corps. J’étais déjà l’héroïne d’une nouvelle, écrite pour le festival polar de Lamballe, « Quelques pas de danse », parue un an plus tôt, mais il me manquait de l’épaisseur. Je dansais dans sa tête sans consistance, encore vaporeuse. Et un jour…

Je suis une perdante magnifique.

Malgré cette différence de sexe entre vous, pensez-vous avoir des similitudes avec lui ?

Assurément aucune.

Il ne vous épargne pas au fil du livre, lui en voulez-vous ?

Nous sommes des millions comme moi, à subir les inégalités sociales, à nous débattre pour garder la tête haute, à supporter. J’en veux à celles et ceux qui permettent que des gens comme nous se retrouvent dans la misère. Moi, je gagne à la fin du roman. Dans la vie, c’est rarement le cas.

Après cette victoire, vous vous accordez un peu de repos ?

Je vais vous faire une confidence : entre deux aventures, je n’existe pas ailleurs que dans l’esprit des lecteurs, je ne suis qu’un personnage de roman.

Avez-vous installé une véritable communication entre votre créateur et ce personnage de roman que vous prétendez être ? Par exemple, si vous deviez lui poser une question, qu’elle serait-elle ?

Pourquoi moi ?

Merci. C’est le moment de conclure. Un mot ?

N’oubliez pas : tout ceci n’est que fiction. Toute ressemblance avec des situations mettant des personnes réelles en situation de déclassement social, de souffrance et d’inégalités…

5 réflexions sur “Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (12)

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